Cheval, au coeur de l
122 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Cheval, au coeur de l'Histoire

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
122 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

100 chevaux qui ont fait l'Histoire !
Le cheval accompagne l'Histoire ! Derrière Napoléon, Jeanne d'Arc, Caligula, Alexandre le Grand, Jules César, l'Impératrice Sissi ou encore Vercingétorix, il y a toujours un cheval. Dorica Lucaci raconte l'histoire de ces montures mythiques, sans oublier de revenir sur quelques légendes comme Pégase ou les Amazones.

Un livre pour tous les amoureux du cheval.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 novembre 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782360755455
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
Titre

Dorica Lucaci



CHEVAL
AU CŒUR DE L’HISTOIRE




« Une heure de la vie passée à cheval n ’est jamais perdue. »
Winston Churchill, Mes jeunes années
Copyright

À Adrian, pour son soutien de tous les jours




Direction éditoriale : Stéphane Chabenat
Suivi éditorial : Pauline Labbé, Alix Heckendorn (pour l'édition électronique)
Conception graphique et mise en pages : Florence Cailly
Conception couverture : MaGwen

Les Éditions de l’Opportun
16, rue Dupetit-Thouars
75003 Paris
www.editionsopportun.com
SOMMAIRE


Avant-propos
Les commencements : archéologie du cheval
In illo tempore …
Un monde inversé : les amazones
« Cherche et tu trouveras » : le cheval des alchimistes
Les chevaux impériaux
Cavaleries
L’ épopée napoléonienne : les chevaux de la Grande Armée
Chevaleries
Le cheval et les hommes politiques
La poste aux chevaux
Le cheval en ville
L’équitation française
Les philosophes préfèrent les ânes
Le grand manège tourne…
Bibliographie
Index
Remerciements
AVANT-PROPOS
L es chevaux, l’Histoire… il ne s’agit pas de justifier cette association, qui va de soi. Ni non plus de défendre mes choix, ou le « tri » (ce qui, vous en convenez, n’est pas tout à fait la même chose) que j’ai opéré dans cette matière foisonnante. Mais il s’agit de m’approprier le sujet, d’y « entrer » par la petite porte et de vous entraîner avec moi… au trot, puis au galop, d’histoire en histoire pour retrouver… la Grande.
Si les chevaux évoqués dans ce livre se sont imposés à moi presque comme une évidence, en écrire l’introduction s’annonçait moins aisé… jusqu’à ce qu’un petit souvenir émerge… si net, si chaleureux, si « insistant » ‒ presque suppliant ‒, que je ne peux m’empêcher de vous le relater.
C’était à l’école, en cours de russe ‒ matière que, je vous le dis d’emblée, je n’aimais pas, et mes camarades non plus. Nous étions en début d’année. La prof ‒ petite et vive, coupe carrée à la Mireille Mathieu, chemise claire, jupe-culotte foncée, bottes de cuir montant jusqu’aux genoux ‒ arpentait la salle. Une originale, il lui manquait la cravache… Ce jour-là, elle nous a proposé un texte d’une dizaine de lignes à traduire du roumain vers le russe. Mais son texte nous a semblé difficile, et on le lui a fait savoir. S’arrêtant au milieu d’une pirouette, la prof nous a décoché un regard contrarié.
« Que ceux qui s’attendent à de la bienveillance dans la notation me le fassent savoir. »
Et comment donc ?! On en était tous demandeurs, pensez-vous…
« Eh bien, qu’ils dessinent, sur le verso de leur copie, un cheval. » Stupeur ! Dessiner un cheval ? Mais… quel rapport ? « Aucun, bien sûr. Non plus qu’entre l’exercice demandé et la bienveillance… » Quelle maligne, la petite prof de russe ! Dessiner un cheval était presque plus difficile que l’exercice de traduction proposé…
Cette fois-là, il y a eu dans la classe vingt dessins de chevaux (plus ou moins aboutis), dont le mien. Et le reste de l’année, à chaque évaluation écrite, on a continué de dessiner des… chevaux, pardi ! Cela nous a fait, en juin, une assez belle petite cavalerie.
Il y a fort à parier que, en cherchant un peu, vous dénicherez aussi un ou plusieurs souvenirs de chevaux : un film qui vous a plu, un livre qui vous a marqué, un cours d’équitation réussi, un spectacle qui vous a ébloui… Quelque part dans votre passé proche ou plus lointain, il y a assurément un cheval intelligent, élégant, attachant… qui attend.
Dans ce livre, je vous propose de retrouver le Cheval dans ses avatars historiques, depuis sa première rencontre avec l’homme jusqu’à nos jours, en passant par les grandes époques qui ont fait sa renommée. Cavaliers, êtes-vous prêts pour une chevauchée à travers l’Histoire ?
LES COMMENCEMENTS : ARCHÉOLOGIE DU CHEVAL
C ommençons par le début. Et pour cela, il nous faudra remonter bien en arrière. Ainsi, à l’Éocène, il y a environ cinquante-cinq millions d’années, vivait sur le territoire actuel de l’Amérique du Nord Eohippus (ou Hyracotherium ), l’ancêtre du cheval. Il était bien petit, de la taille d’un grand renard, et, au lieu de crins, sa queue était faite de poils, tout comme, à la place des sabots, il avait des coussinets sous les doigts… Le petit équidé a traversé les siècles en s’adaptant à l’environnement, aux climats, à la nourriture, mais aussi aux prédateurs qu’il a rencontrés. Son évolution est étonnante, entre le point de départ ( Eohippus ) et ceux d’arrivée : eh oui, plusieurs modèles se sont ainsi développés, souvent parallèlement, en réponse aux facteurs environnementaux. Via les isthmes 1 , l’ancêtre du cheval a migré du nord de l’Amérique en direction de l’Asie, puis vers l’Europe, et jusqu’en Afrique…

La biologie moléculaire ‒ qui examine la parenté entre les espèces ‒ tente d’ailleurs toujours d’expliquer la disparition des équidés du continent américain. Tagada, tagada, tagada… nos souvenirs d’école ne sont donc pas faux : au XV e siècle, Colomb et Cortez ont bien (ré)introduit le cheval en Amérique du Nord, cette région qui a été autrefois son berceau…
Les spécialistes distinguent trois modèles primitifs qui seraient à la base des races actuelles (et il y en a près de deux cents !) : le premier comprend les genres Mesohippus , Anchitherium et Hypohippus ‒ trapus et épais, ces équidés sont adaptés essentiellement à un milieu forestier ; le deuxième est constitué d es genres Parahippus , Merychippus et Hipparion , dont la morphologie s’adapte progressivement aux changements du climat qui ont favorisé le développement des prairies ; enfin, le troisième réunit les genres Dinohippus , Hippidion , Plesippus , Allohippus et Equus . Le genre Equus (auquel appartiennent tous les équidés actuels) regroupait ‒ outre les chevaux, les ânes, les zèbres et les hémiones 2 ‒ bien d’autres espèces du Quaternaire, qui n’ont pas survécu.
Récapitulons : l’origine du cheval est lointaine, et son évolution biologique a été l’une des plus complexes. Son arbre phylogénétique comprend des ancêtres nombreux et divers, mais au fil du temps, les différentes espèces qui composaient le genre Equus ont disparu. Étonnamment, cette longue progression n’a pas été un long fleuve (plus ou moins tranquille) allant de l’ Eohippus (ou Hyracotherium ) au… Cheval. Et surtout il y a eu une multitude de « points d’arrivée ». La famille du Cheval a donc évolué d’un petit mammifère ( Eohippus ) jusqu’au grand cheval que nous connaissons aujourd’hui et à ses « cousins ».
Quoi qu’il en soit, et en attendant que la science nous éclaire davantage ou que de nouveaux fossiles soient découverts, dépêchons-nous de monter une nouvelle marche sur l’échelle du Temps et de nous rapprocher du point R ‒ la rencontre de l’homme et du cheval. On arrive ainsi à la dernière époque glaciaire, il y a environ dix mille ans, marquée par de grandes extinctions : de nombreux mammifères ont alors disparu (mammouths, bisons, chevaux…). Néanmoins, les Equus africains (zèbres, ânes sauvages) ainsi qu’une partie des Equus asiatiques et européens (chevaux, hémiones) ont survécu. Et c’est eux que l’homme a commencé à domestiquer il y a plus de six mille ans.
Une proie parmi d’autres : le grand saut des chevaux à Solutré
Parlons donc de ce qui nous intéresse : la rencontre du cheval avec l’homme. Ce dernier est apparu au Paléolithique, il y a environ quatre millions d’années. De l’ Homo habilis ‒ en passant par l’ Homo erectus ‒ à l’ Homo sapiens , il n’a cessé d’aller son petit bonhomme de chemin : il fabrique des outils, se sert du feu puis apprend à le maîtriser, chasse, pêche, cueille… Son habitat varie aussi : de l’abri-sous-roche à la hutte, puis à la maison en paille et aux constructions de plus en plus élaborées. L’homme de Cro-Magnon, un de ses représentants, nous a laissé de sympathiques témoignages de sa vie ‒ l’art pariétal en est un. Sur les parois des grottes, il a ainsi peint ou gravé des signes (motifs géométriques), des silhouettes humaines et des animaux (bisons, chevaux, cerfs, aurochs…).
Les scènes représentées (chasse, pêche, danse…) nous apprennent que la rencontre de l’homme et du cheval a donc eu lieu très tôt, et que leur histoire commune est des plus longues. Mais ce ne fut pas tout à fait le coup de foudre qu’on peut attendre car, dans ces temps reculés, le cheval constituait pour l’homme un gibier… Et il faisait même partie du gibier le plus chassé, avec le bison et le mammouth. Eh oui, le cheval était, pour nos lointains ancêtres, un animal bon à manger ! Il arrivait donc que les chasseurs préhistoriques lui tendissent des pièges en creusant des trous ou en se servant de dénivelés.
Au pied de la roche de Solutré, un magma impressionnant d’ossements de chevaux a été découvert en 1866 par un historien 3 et un géologue 4 . Il s’étend sur près d’un hectare et atteint parfois un mètre d’épaisseur… À la Préhistoire, avec l’arrivée des beaux jours, la vallée de la Saône se transformait en un vaste marécage. Les troupeaux de chevaux sauvages et de rennes, qui y hivernaient, la quittaient alors pour se rendre dans les hauts pâturages. Puis, à l’automne, ils faisaient le même parcours dans l’autre sens. Les chasseurs préhistoriques les auraient-ils traqués à ces moments-là, en les dirigeant sur le promontoire rocheux d’où ils les auraient ensuite culbutés dans le précipice ? Une « dégringolade en troupeau » ? Une « chute traîtresse » ? Une « chasse à l’abîme » ? La légende court toujours… mais elle est démentie par la réalité, puisque le gisement en question se trouve à une distance trop importante du pied de la falaise pour que cette chute provoquée se soit réellement produite.
Alors, si par un beau matin d’été vous montez au sommet de la roche de Solutré et que vous embrassez du regard ce site magnifique, avec les vignes et le beau village de Vergisson en contrebas, ne vous laissez surtout pas leurrer par la légende du grand saut… Mais rien ne vous empêche d’avoir une pensée émue, dans ce haut lieu de la Préhistoire, pour les chevaux traqués ici autrefois ‒ et pendant plus de vingt-cinq mille ans ‒ par plusieurs générations de chasseurs aguerris.

Ó

LE FABULEUX VOYAGE DE NIKOLAÏ MIKHAÏLOVITCH PRJEVALSKI
Nicolaï Prjevalski (1839-1888), officier russe d’origine polonaise, était surtout un explorateur passionné de l’Asie centrale, de la Mongolie à la Chine et jusqu’au Tibet. Et à ce titre, géographe, naturaliste, écrivain-voyageur… excusez du peu !
En effet, au cours de ses quatre expéditions, Prjevalski a fourni à la Société russe de géographie de nombreux croquis, relevés cartographiques, échantillons paléontologiques, etc. Au travers d’un récit de voyage passionnant ( Voyage en Mongolie et au pays des Tangoutes ‒ 1870-1873) , Prjevalski nous entraîne dans une formidable aventure, relatée dans un style simple et accessible. À aucun moment, les conditions difficiles (attaques de brigands, révoltes des Dounganes 5 , pénurie, mauvais temps…) ne le feront manquer à ses devoirs scientifiques : il poursuivra ses travaux avec le plus grand dévouement, complétera ses collections botaniques et zoologiques, peaufinera ses descriptions des paysages traversés ou des peuples rencontrés… Son texte fourmille d’informations historiques, ethnologiques, etc.
Mais le nom de Prjevalski nous est connu grâce à la découverte qu’il fit, en 1879, dans les plaines de la Dzoungarie 6 , d’un petit cheval sauvage, à la grosse tête et aux longues oreilles, dont on croit reconnaître la silhouette trapue et robuste dans les représentations de la peinture pariétale européenne à la Préhistoire. D’ailleurs, c’est justement à cette fabuleuse rencontre avec un cheval jamais domestiqué par l’homme que je pensais en écrivant le titre de cet encadré. Comme le tarpan (éteint, lui, à la fin du XX e siècle), le cheval de Prjevalski ne se laisse pas monter et se révèle difficile, voire impossible à domestiquer.
Ne quittons pas ce voyageur hors pair ‒ et le cheval qui a hérité de son nom ‒ sans régler un dernier petit détail : sachez que l’écriture de son nom peut varier et qu’on trouve ainsi tantôt Prjevalski , tantôt Przevalski , voire Przewalski …

ç
Les « chevaux du fond des âges 7 » : Chauvet, Lascaux, Pech-Merle
Pour s’abriter, ces chasseurs de chevaux (et d’autres animaux) se réfugiaient souvent dans des grottes 8 , dont ils avaient gravé et peint les parois. Ces ornements (s’agit-il d’ailleurs uniquement d’ornements ? ou bien devrait-on parler de sanctuaires ?) montrent des chevaux, des mammouths, des bisons, des cerfs, des bouquetins, des félins, des ours… Ce sont les plus anciennes représentations artistiques connues, car plus de trente mille ans nous séparent de ces « artistes » de la Préhistoire…
Ces fresques traduisent le rapport de l’homme préhistorique avec l’animal : tantôt de proximité (comme à Chauvet 9 ), tantôt en prenant une certaine distance (comme à Lascaux 10 , plus proche de nous, où les animaux sont plus stylisés). Quoi qu’il en soit, les chevaux sont presque partout dominants. On a même pu parler d’« âge du cheval » pour désigner le Paléolithique, tant leur place y est centrale…
Dans la salle Hillaire de la grotte Chauvet, le panneau des chevaux réunit une vingtaine d’animaux. Parmi eux, quatre têtes de cheval : l’artiste préhistorique a travaillé au fusain, à même la roche. Il a habilement mélangé le charbon de bois et l’argile, obtenant ainsi des nuances différentes ; en ombrant son dessin, il a créé des effets de relief. L’artiste de Lascaux, lui, a choisi de souffler les pigments et d’utiliser des caches.
Ces « chevaux archaïques » ‒ qu’il s’agisse de ceux trottant de Lascaux ou de ceux ponctués de Pech-Merle (Cabrerets, Lot), ou de tous les autres chevaux représentés sur les parois des grottes ornées qui suscitent aujourd’hui l’émotion chez le spectateur ‒ préfigurent déjà le rôle important que cet animal allait jouer dans l’histoire de l’humanité…
Un animal bien utile : domestication et élevage
En chassant le cheval, puis en s’appliquant à le dessiner sur les parois des grottes, l’homme préhistorique a donc commencé à se familiariser avec son anatomie et à comprendre son comportement : sa peur, sa méfiance, son instinct grégaire, mais aussi sa force, sa curiosité, son énergie. Il a peu à peu appris à le maîtriser et à s’en occuper.
Les steppes eurasiennes semblent être le premier lieu de sa domestication 11 environ cinq mille ans av. J.-C. On pense qu’à cette époque-là les peuples des steppes pratiquaient déjà l’équitation : les agriculteurs de ces grandes plaines, en s’adaptant à un environnement peu protecteur, avaient adopté un mode de vie nomade. Ce choix leur permettait de passer, de façon rapide et relativement facile, d’une économie de paix à une économie de guerre. On comprend alors que le cheval ait été l’animal le plus apprécié : d’un côté, associé aux autres herbivores (mouton, chèvre et bœuf), il permettait l’exploitation des pâturages ; de l’autre, il facilitait le déplacement et constituait également la base du pouvoir militaire du groupe nomade.
Des preuves archéologiques confirment l’hypothèse selon laquelle les hommes de la culture Botaï (Nord-Kazakhstan) montaient à cheval et buvaient du lait de jument. Avec l’attelage des chevaux en bige 12 , une autre étape de cette domestication « par degrés » a été franchie. On se déplace désormais différemment, ce qui change la pratique de l’agriculture, stimule les échanges commerciaux et modifie de façon révolutionnaire l’art de faire la guerre.
Les sépultures témoignent aussi de l’importance du cheval dans ces temps reculés ‒ et cela quel que soit le rôle qui lui était attribué dans la cérémonie funéraire, même en dépit de son absence physique (la tombe de Warcq ‒ voir l’encadré ‒ est, de ce point de vue, une exception ; dans la plupart des autres tombes à char retrouvées, le cheval n’était pas présent physiquement). Rarement, les chevaux font figure de « morts d’accompagnement » ; on en retrouve alors les restes à proximité de la tombe du défunt qu’ils suivent dans la mort.

Ö

LES « TOMBES À CHAR » GAULOISES
Dès le premier âge du fer (Hallstatt, 730-460 av. J.-C.), le cheval est lié à l’homme dans les rites funéraires. Il ne fait jamais office d’offrande alimentaire, comme c’est le cas pour d’autres animaux. Mais il est un marqueur social indéniable et peut revêtir un rôle psychopompe, celui d’accompagnateur du défunt dans sa dernière demeure.
Des « tombes à char » ‒ sépultures aristocratiques dans lesquelles avaient été placées des décorations de char, puis, à partir du V e siècle av. J.-C. (second âge du fer), des pièces de harnachement de chevaux ‒ se retrouvent ainsi sur tout le territoire de la Gaule.
En 2013, en Ardennes, au niveau de la commune de Warcq, les travaux de l’autoroute A 304 sont à l’origine de la découverte de la tombe d’un aristocrate rème 13 , enterré avec son char d’apparat et ses chevaux. La mise en scène de la tombe se révèle plus élaborée qu’ailleurs : le défunt se trouve allongé sur son char à deux roues, richement décoré, les armes placées à ses côtés. Et surtout deux chevaux de petite taille (dont on peut voir les squelettes) ont été disposés dans les angles sud-ouest et nord-ouest, et deux autres à l’avant du char.
Le cheval va d’ailleurs garder, au fil des siècles et malgré l’évolution des pratiques funéraires (comme l’incinération, qui devient prépondérante au second âge du fer), son statut privilégié : il est ainsi toujours « présent », ne serait-ce qu’à travers les objets qui s’y rapportent (éléments du char, harnachement…) et qui sont enterrés avec l’urne cinéraire.
Quant aux Gaulois, les auteurs latins nous renseignent sur la passion qu’ils vouaient aux chevaux. Jules César écrit qu’ils étaient prêts aux pires folies pour se procurer un beau cheval. Dans le panthéon de leurs divinités figure le cheval Rudiobos (ou Rudianos), dieu de la Mort qui arrivait à communiquer avec l’au-delà ; tout comme la déesse Épona, protectrice des chevaux et des écuries.

Ñ

AVANT LES VÉTÉRINAIRES, LES HIPPIATRES
Le mot vétérinaire vient du latin veterina ‒ nom collectif qui désignait le bétail ‒, puis veterinaria medicina , qui s’appliquait à la branche de la médecine qui s’en occupait, et enfin veterinarius, à la personne qui l’exerçait.
L’art vétérinaire, lui, est apparu en même temps que la domestication et l’élevage. Il avait sans doute un caractère sacré, mêlant intime-ment thérapeutique et pratiques rituelles. Le célèbre code d’Hammourabi 14 mentionne déjà les hippiatres, médecins des chevaux. Tandis que le cheval avance vers l’Europe, grâce aux populations indo-européennes venant de la Sibérie centrale, qui émigrent par vagues successives à la recherche d’un climat plus favorable, se développent les civilisations grecque et romaine.
Les Grecs ont montré beaucoup d’intérêt pour la médecine du cheval. Ils nous ont laissé Hippiatrica, une compilation des traités vétérinaires de l’Antiquité tardive, classés par maladies. Nous y trouvons des informations sur les traitements, ainsi que sur la prévention, l’alimentation et le quotidien des équidés.
Chez les Romains, non seulement l’existence des hippiatres est attestée, mais ces derniers avaient une place importante dans les institutions : armée, hippodrome, poste.

ç


1 . Les isthmes sont des langues de terre reliant les continents entre eux.

2 . Équidé sauvage d’Asie, proche du mulet.

3 . Adrien Arcellin (1838-1904).

4 . Henry de Ferry (1826-1869).

5 . Les Dounganes, appelés aussi « Hui », sont un peuple originaire du Xinjiang (ouest de la Chine) ; ils habitent une région de l’ancienne URSS, en Asie centrale. La « révolte des Dounganes » fait référence à une guerre de religion du XIX e siècle, plus précisément dans les années 1860.

6 . Le désert de la Dzoungarie se situe dans le nord du Xinjiang, entre l’Altaï et le Tian-chan ; à l’est, il rejoint le désert de Gobi. C’est une région au climat sec, aux étés torrides et aux hivers très rigoureux.

7 . Georges Bataille (1897-1962) écrivain français.

8 . En Europe, la plupart des grottes préhistoriques ornées se situent en France (Périgord, Lot, Ariège, Pyrénées, Mayenne…) ; d’autres se trouvent en Espagne (Altamira), et on en a découvert plus récemment, en 2010, en Europe de l’Est, à Coliboaia (Roumanie). Dans toutes, les équidés sont représentés.

9 . La grotte Chauvet, en Ardèche, près du pont d’Arc, date de l’Aurignacien (entre trente-cinq mille et vingt-neuf mille ans avant notre ère). Plus de quatre cents peintures d’animaux de quatorze espèces différentes ‒ dont certaines ne sont représentées qu’ici ‒ ornent ses parois.

10 . La grotte de Lascaux, en Dordogne, date du Magdalénien (environ dix-huit mille ans avant notre ère). Chauvet « ouvre » et Lascaux « ferme » la période, constituant des sortes de « bornes chronologiques ».

11 . En Europe de l’Ouest, la domestication a eu lieu environ mille cinq cents ans plus tard.

12 . Char antique à deux roues auquel on attelait deux chevaux.

13 . La tribu gauloise des Rème s est une des premières à s’être établies en Gaule, le long de l’Aisne. Sa capitale était Durocatorum (Reims).

14 . Hammourabi (vers 1810-1750 av. J.-C.) a été le plus prestigieux des rois de l’ancienne Mésopotamie, le septième de la première dynastie de Babylone. Son célèbre code, rédigé en cunéiformes, est constitué d’un ensemble de jurisprudences (environ deux cent quatre-vingts articles) qui réglementaient la vie civile du pays. Il a été découvert en 1902 par une mission française chargée de fouilles à Suse, en Iran.
IN ILLO TEMPORE 15 …
E n selle, maintenant, pour une chevauchée magique… aux temps des nomades sillonnant les steppes sur leurs chars de combat tirés par des chevaux fougueux, pour s’établir, enfin, dans le sud de la presqu’île balkanique. Peu à peu, la mer s’imposa à ces cavaliers impétueux, ancêtres des Grecs, au détriment du dressage des chevaux. Ainsi Poséidon, le dieu terrien du Cheval, devint-il, avec le temps, également celui de la Mer et des Marins. On le connaît d’ailleurs davantage sous cet aspect. Mais les jeux isthmiques de Corinthe 16 , avec courses de chars, lui étaient dédiés en tant que « maître des chevaux ». Rien d’étonnant pour celui qui créa le premier cheval et en fit don aux hommes, et qui, par ailleurs, n’hésitait pas à se métamorphoser lui-même en cheval… Il le fit notamments pour séduire Déméter (alias Cérès, en latin), la déesse mère : de leur union naquit le coursier Aréion.

Parfois, Poséidon ‒ si redoutable quand il se mettait en colère ‒ quittait son palais, au fond des eaux, sur un char tiré par quatre chevaux marins à la crinière d’algues et d’écume. En agitant son trident, il pouvait provoquer tremblements de terre, inondations ou sécheresse. La mer s’assombrissait alors, les flots se déchaînaient, et la tempête n’était pas loin…
La mythologie ‒ qui concilie l’homme et le monde à travers une explication imaginaire ‒ n’est pas avare en histoires de chevaux. En voici quelques-unes, parmi les plus belles.

Ö

LES PETITS CHEVAUX AILÉS DE TARQUINIA
Avant Rome et les Romains, il y avait donc Étrurie et les Étrusques. Du IX e siècle av. J.-C. jusqu’au milieu du I er siècle apr. J.-C. s’est développée ‒ sur le territoire qui s’étend entre les monts Apennins, la mer Tyrrhénienne 17 et le Tibre ‒ la civilisation étrusque. À Tarquinia, une des premières cités étrusques, on a découvert, sur le fronton d’un temple en ruines, un très bel ensemble de chevaux ailés en terracotta.
À propos, avez-vous lu le roman éponyme de Marguerite Duras 18 ?
Phaéton et ses chevaux de feu
En ce temps-là donc, alors que Poséidon arpentait les océans, le Soleil parcourait le ciel dans un char tiré par des chevaux si puissants qu’aucun mortel ne pouvait les dompter. Mais quel désastre le jour où Phaéton, le fils du Soleil et de l’océanide Clyméné, fier de ses origines divines et voulant se pavaner devant ses amis, réussit à obtenir de son illustre père le droit de conduire son char de feu ! Quelle ivresse de la part du jeune Phaéton ! Quelle imprudence de la part du Soleil ! Les chevaux sentirent tout de suite la faiblesse du jeune conducteur, et dès lors n’en firent qu’à leur tête : à trop monter, à trop descendre, ils faillirent détruire la route céleste. Pire, leur course désordonnée menaçait d’anéantir l’univers tout entier. Qu’est-ce qui pouvait les arrêter ? Zeus n’eut pas d’autre choix que de foudroyer ce pauvre Phaéton et de le précipiter dans le fleuve Éridan. Le char fut réduit en miettes, tandis que les chevaux affolés se jetèrent dans la mer…
Platon : les chevaux de l’âme
Dans un dialogue célèbre ‒ Phèdre ‒, Platon compare l’âme à un attelage ailé tiré par deux chevaux ‒ l’un blanc ( leukos ), l’autre noir ( melanchrôs ) ‒ que conduit un cocher. Ce dernier, symbole de la raison, arrive à se faire obéir par le cheval blanc (qui réunit toutes les qualités physiques et morales requises pour un bon cheval : port droit, sensé, non turbulent…), mais il peine avec le cheval noir (massif, nuque courte, de travers… symbolisant le bas-ventre, qui n’en fait qu’à sa tête, se laissant emporter par des désirs terrestres ‒ faim, soif, sexualité). Hélas, ces trois éléments ‒ formant un ensemble harmonieux chez les dieux (les âmes parfaites) ‒ sont toujours mélangés chez les hommes (les âmes imparfaites), puisque, dans leur cas, les chevaux ne sont jamais de la même race. Pour les tenir, pour les mener là où il veut, le cocher est alors confronté à des difficultés démotivantes, quasi insurmontables. Mais il se trouve que ces chevaux possèdent des ailes, ce qui signifie que l’âme est perfectible : les ailes lui permettront l’élévation vers le haut ‒ et c’est ce vers quoi toutes les âmes aspirent.
Bellérophon et le légendaire Pégase
L’histoire commence par la victoire de Persée sur la Gorgone Méduse, une créature monstrueuse qui changeait en pierre quiconque la regardait en face. Lorsque le fils de Danaé et de Zeus lui coupa la tête, de son sang naquit Pégase, le cheval ailé aussi rapide que le vent, sinon davantage… D’ailleurs, Persée le montait quand il a délivré la belle Andromède du monstre auquel elle fut offerte en sacrifice à cause de l’arrogance de sa propre mère.
Plus tard, sur le mont Hélicon ‒ une des résidences des Muses, avec le mont Parnasse ‒, Pégase fit jaillir d’un coup de sabot la source Hippocrène, dont l’eau, enivrante comme le vin, inspirait les poètes. Et l’endroit, d’une beauté à couper le souffle, plaisait tant aux Muses… que Pégase devint le symbole de la poésie. Monter sur Pégase , c’est ‒ en parlant d’un poète ou d’un orateur ‒ faire des vers, être inspiré.
Athéna, selon certains, Poséidon, selon d’autres, aida par la suite Bellérophon, un autre héros grec, à capturer Pégase, le fabuleux cheval. La déesse lui aurait montré, en rêve, des objets dorés censés l’aider à le dompter : un mors et des brides. À son réveil, ceux-ci se trouvaient juste à ses côtés, il n’eut qu’à s’en servir. Et le cheval merveilleux, qui paissait près d’une fontaine, se laissa brider tranquillement. C’est sur son dos que Bellérophon alla ensuite combattre la Chimère, une créature au corps de lion, à la tête de chèvre et avec un serpent en guise de queue. Bien évidemment, l’agilité de sa monture permit au vaillant cavalier de vaincre le monstre.
De nouvelles épreuves les attendaient encore, qui eurent toutes une fin heureuse, jusqu’à ce que Bellérophon fut atteint, lui aussi, d’hubris. Il se sentait si puissant, invincible, pareil aux dieux, qu’il se mit en tête de les rejoindre dans l’Olympe. Mais pourquoi faut-il toujours que les héros aient des idées aussi saugrenues ? Bellérophon ne réussit qu’à s’attirer le courroux de Zeus, qui décocha une flèche vers sa monture. Pégase renversa alors son cavalier, le faisant tomber sur la terre, où il erra, solitaire et triste, jusqu’à la fin de sa vie. Quant au cheval ailé, il rejoignit les écuries célestes de Zeus, et forma même une constellation.
à

LES COURSES DE CHEVAUX ÉTRUSQUES
Les tombes étrusques révèlent une société raffinée, où travail, musique, banquets, sports et jeux formaient le quotidien des habitants. On y pratiquait ainsi des compétitions de cavaliers voltigeurs avec des numéros spectaculaires, comme le saut d’un cheval sur l’autre. Mais l’épreuve maîtresse restait les courses de chars attelés à deux ou trois chevaux (biges ou triges). Ces jeux équestres, ou plutôt ces spectacles, avaient lieu en pleine campagne : il s'agissait de sortes de fêtes foraines très animées auxquelles participaient des jongleurs, des équilibristes, des bouffons, des boxeurs… Les auriges étrusques sont d’ailleurs la préfiguration exacte des auriges romains, dont la réputation n’est plus à faire : qu’on pense seulement aux courses de chars qui se déroulaient au Circus Maximus (et à la formule encore célèbre panem et circenses 19 )…
Le cheval et le médecin : Aśvin, les Dioscures, Lug, Chiron, Asclépios, Hippocrate…
De nombreux mythes indo-européens associent le cheval au médecin. Dans la tradition védique, ce sont les frères Aśvin 20 (« cavaliers ») qui dispensaient les soins, tout comme, dans l’espace hellénique, un autre couple de jumeaux divins ‒ les Dioscures 21 , appelés par ailleurs les « poulains blancs de Zeus » ‒ accourait au secours des hommes (néanmoins, cette fonction courotrophe 22 est moins remarquée chez les Dioscures, puisqu’ils sont mis en rapport avec la médecine uniquement dans l’iconographie). Le dieu celte Lug, représenté à cheval (voire parfois identifié à un cheval) et comparé à Apollon, était le petit-fils de Diancecht, dieu celte de la Médecine.
Chez les Grecs encore, c’est un homme-cheval ‒ le centaure Chiron ‒ qui enseignait l’art de la guérison. Achille en bénéficia, tout comme Asclépios, guérisseur lui-même et ancêtre d’une dynastie de médecins, dont Hippocrate fit partie. (Et pour mieux situer Asclépios ‒ qu’ Homère qualifiait de « médecin irréprochable » ‒, sachez que son bâton, autour duquel s’enroulait une couleuvre, est devenu depuis le symbole de la science médicale.) Chiron, le bon centaure, avait aussi une influence morale sur ses élèves ‒ aspect essentiel, puisque le médecin pouvait être tenté de transgresser sa condition mortelle en intervenant dans l’ordre du monde établi par Zeus. Et, pour ne rien gâcher, une formation poétique et musicale venait s’ajouter à cet art de soigner les maux.
L’imaginaire du cheval à l’Antiquité expliquerait ce lien fort entre le cheval et la médecine. On soignait alors par des incantations (la parole), par le fer (la chirurgie) et par les plantes. Ces trois voies de la médecine antique se retrouvent dans les propriétés attribuées au cheval : celui-ci est doté de la parole et a même le don de prophétie (un exemple parmi tant d’autres : ce sont ses chevaux, Xanthos et Balios, qui annoncent à Achille la mort de Patrocle). Ensuite, la chirurgie met en valeur le côté chthonien 23 de l’animal. Les traitements chirurgicaux évoqués dans les mythes sont tous de l’ordre du surnaturel (rajeunir, rendre la vue aux aveugles, ramener des morts à la vie…), le médecin intercédant entre le monde souterrain d’Hadès et celui des vivants ‒ or, le cheval a des affinités indéniables avec les puissances infernales.
Enfin, le cheval semble être à l’origine des plantes médicinales, puisque selon certains mythes cosmogoniques, c’est du sang du premier cheval sacrifié que ces plantes sont nées. Le centaure Chiron vivait sur le mont Pélion, et c’est là justement qu’il a découvert des plantes aux vertus magiques pour ses remèdes (en particulier la centaurée, considérée dans l’Antiquité comme une panacée).
D'ailleurs, le sang du cheval possède des pouvoirs merveilleux : ainsi Asclépios fait-il revenir des morts à la vie en utilisant le sang de la Gorgone Méduse (qui avait alors des traits chevalins : la tête ou l’arrière-train).
L’histoire de ces médecins avant la lettre finit souvent par la mort du héros : Chiron, blessé involontairement par la flèche empoisonnée d’Hercule, souffrait tant qu’il voulut mourir ; Asclépios fut foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité un mort ; Miach, dieu celte de la Médecine, fut tué par son père Diancecht, médecin lui-même et jaloux des talents de son fils… Mais leur mort n’est qu’une épreuve avant leur renaissance divine. Leur destin semble évoluer constamment entre le ciel et la terre, la vie et la mort.
Étant donné l’importance du cheval dans les mythes de guérison et à la lumière de ce qui précède, le nom du médecin Hippocrate peut-il n’être qu’une coïncidence ?

Ñ

HIPPOCRATE « MAÎTRE DES CHEVAUX »
Le nom du père de la médecine signifie en effet « maître des chevaux ». Ce terme pourrait être un nom de métier (en l’occurrence celui de médecin, rappelant le lien de cette profession avec le cheval) qu’on se transmettait de père en fils.
La biographie d’ Hippocrate comprend beaucoup de zones d’ombre. On sait toutefois qu’il est né sur l’île de Cos, vers 460 av. J.-C., dans une famille de médecins. Selon la tradition, il serait le dix-septième descendant d’ Asclépios. Sur son tombeau, en Thessalie, on le dit issu de la race de l’« immortel Phoibos 24 ». Quand on sait que la Thessalie était à la fois « nourricière des chevaux 25 » et berceau de la médecine, et que c’est là que reposent aussi Asclépios et Chiron… on se dit que le culte du dieu-médecin en rapport avec le cheval opérait toujours.
Les Centaures
Ces êtres hybrides, mi-hommes mi-chevaux, que les sculpteurs grecs de l’époque classique ont souvent représentés, sont les fils de Centauros et d’une jument sauvage. Un conflit les oppose aux Lapithes 26 , qui habitaient le nord de la Thessalie (au passage, mentionnons que ce peuple était renommé pour son adresse à manier les chevaux).
Mais attention, il ne faut pas les confondre avec des centaures comme Chiron (voir p. 27), qui était, selon Pindare 27 , le fils de Philyra (une fille d’Océanos) et de Cronos. Il y a, en effet, de bons centaures et des centaures… sauvages. Chiron faisait partie des premiers, tout comme Pholos, un autre centaure savant et prévoyant, fils d’un silène et d’une nymphe. Ces centaures amis des hommes sont d’ailleurs représentés dans l’iconographie par un corps humain complet à l’avant et un arrière-train de cheval, tandis que les ennemis des Lapithes, les Centaures « sauvages », n’ont d’humain que le buste, leurs quatre jambes étant équines.
Mais revenons au conflit avec les Lapithes : apaisés au bout d’un nombre élevé de querelles, les deux camps voisins décidèrent de faire la paix. En guise de bonne volonté, le roi des Lapithes, Pirithoos (ou Pirithoüs), convia tout le monde à son mariage avec Hippodamie (remarquez, au passage, les sonorités équestres du prénom de la mariée). Tout le monde ? Exactement ! Les Centaures, et même les dieux (excepté Arès, dieu de la Guerre, et Éris, déesse de la Discorde), se joignirent avec joie à la fête. Mais les Centaures ne se démentirent pas. Ils aimaient trop le vin et en burent jusqu’à en perdre la raison. Eurytion, leur chef, ivre, voulut enlever la mariée, et tous ses congénères se jetèrent alors sur les femmes présentes. Il s’ensuivit une belle bagarre, qu’ Ovide 28 décrit dans ses Métamorphoses . Thésée lui-même (grand ami du roi lapithe) aida à chasser les paillards, les obligeant à quitter le pays.
Ó

POMPÉE, LE CHEVAL PUBLIC ET L’ORDRE ÉQUESTRE DANS LA SOCIÉTÉ ROMAINE
La société romaine comprenait deux ordres prestigieux : l’ordre sénatorial et l’ordre équestre. Ce dernier regroupait les élites militaires et intellectuelles. Les jeunes gens de bonne famille commençaient par s’illustrer à la guerre, comme chevaliers, puis s’engageaient dans les magistratures. Sous Auguste, qui avait une grande estime pour les intellectuels, les poètes (tels Virgile, Horace, Ovide, Tibulle…), les historiens (Tite-Live…), les philosophes (Areus d’Alexandrie, Fabius Maximus…) et les rhéteurs (Fabius Quintilianus, père de Quintilien) faisaient souvent partie de l’ordre équestre.
L’accès aux deux ordres était strictement réglementé. Pour l’ordre équestre, la naissance, une certaine fortune (400 000 sesterces) et l’éducation étaient les critères d’entrée. Le chevalier se voyait alors remettre un « cheval public » et avait l’obligation d’accomplir dix campagnes militaires au service de l’État. Le contrôle s’effectuait lors d’une cérémonie avec public : les censeurs dominaient du haut de leur tribune et posaient leurs questions à haute voix ; les chevaliers, à pied et tenant leur cheval par la bride, s’évertuaient à répondre, acclamés par un public enthousiaste.
Plutarque 29 raconte ainsi qu’en 70 apr. J.-C., lors de cette cérémonie, Pompée avait été applaudi par les citoyens et conduit chez lui par les censeurs pour avoir participé à toutes les campagnes : « Oui, je les ai toutes faites, et avec moi-même comme général. »
Sleipnir, la monture d’Odin
Depuis douze siècles, un cheval géant « galope » sur la pierre de Tjängvide, sur l’île de Gotland (en Suède) : c’est Sleipnir, le coursier magique d’Odin, le dieu de la Connaissance dans le panthéon nordique et le dieu de la Guerre dans le domaine germanique, où il est appelé Wotan. Il se nourrit de feuilles du frêne Yggdrasil, dont les racines plongent dans la fontaine de jouvence. La foudre le rend plus fort et le vent le remplit d’une joie infinie… Une femme ‒ peut-être une walkyrie ‒ lui tend à boire.
Symbole de richesse et de fertilité, Sleipnir se distingue par sa longue crinière et, surtout, par ses huit pattes, qui lui permettent de relier en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire le monde des ténèbres et Walhalla, le paradis des héros… puisqu’il y accompagne les guerriers morts au combat. Odin alias Wotan a, en effet, pour coutume de regarder attentivement les batailles afin de repérer les guerriers les plus courageux. Mais la fonction psychopompe de cet équidé est patente lorsqu’il porte Hermodr, le fils d’Odin, aux Enfers pour ramener d’entre les morts le dieu Baldr. Sleipnir aurait inspiré Tolkien pour son Gripoil, le cheval de Gandalf dans la saga Le Seigneur des anneaux .
Le cheval roumain à neuf cœurs
Dans le folklore roumain, le cheval détient une place de choix. Tous les héros ‒ sans exception ‒ sont accompagnés d’un cheval remarquable. Celui-ci leur prodigue ses conseils, les cache dans son oreille en cas de danger, leur fournit des armes ou des objets dotés de pouvoirs magiques, les enterre (et parfois se laisse mourir de chagrin) si par malheur ils se font tuer…
Avec son maître, ce cheval merveilleux a le don de stimuler la végétation : à leur passage, les champs verdissent, les forêts prospèrent et des sources d’eau cristalline jaillissent d’entre les pierres… Souvent, il a neuf cœurs, huit pattes, douze ailes, quatorze rates… c’est que Dieu l’a créé pour que l’homme puisse accomplir ses pensées.
Lorsque son maître meurt, le destrier est choisi par un autre futur grand homme. Ainsi, plus il est vieux, plus il a de valeur. Il peut donc vivre longtemps, presque éternellement : il suffit de le reconnaître parmi les chevaux plus ordinaires, puis de le nourrir de braises et de l’abreuver d’eau ou de lait pour qu’il retrouve sa jeunesse et redouble de force.
Le cheval de Troie
Nous y voilà ! Pas moyen de l’oublier, celui-là… même s’il ne s’agit que d’une ruse (mais quelle ruse !) et d’un cheval en bois.
Dix années après le siège de Troie, les pertes humaines et matérielles s’avéraient immenses. Achille, côté grec, Hector, côté troyen, et bien d’autres étaient déjà tombés. Le temps commençait à se faire long… Ulysse eut alors cette idée inattendue, soufflée ‒ paraît-il ‒ par la déesse Athéna : construire une arme redoutable sous la forme d’un grand cheval de bois. Et ce fut Épéios, piètre guerrier mais génial menuisier, qui le réalisa avec les troncs d’arbres du mont Ida. Les plus vaillants guerriers, Ulysse en tête, se cachèrent dans les flancs de l’animal, tandis que le reste de l’armée grecque fit semblant de s’éloigner par la mer. Les Troyens n’en croyaient pas leurs yeux : que faire de cette impressionnante statue équestre dédiée, comme on pouvait le lire, à Athéna ? On n’allait quand même pas la laisser sur le champ, non ? Cassandre, la prophétesse, s’en méfiait. Enfin, c’est peu dire !… Laocoon, prêtre de Poséidon, avait alors tenté d’ouvrir les yeux des Troyens en lançant son javelot contre le flanc de la bête. Ça sonnait creux… Qu’on la brûle et puis qu’on n’en parle plus !
Mais ces quelques voix prudentes (et même, dirait-on aujourd’hui, visionnaires) furent vite oubliées, puisque la ruse ne se limitait pas au cheval de bois. En effet, Ulysse, ce grand malin, avait tout prévu. Un espion en guenilles se laissa attraper par les Troyens, qui le questionnèrent alors sur le pourquoi du comment. Épuisé et effrayé, l’homme leur raconta une histoire incroyable, mais qui n’eut aucun mal à être crue. (La manipulation ne date pas d’hier !…) Il aurait échappé aux Grecs, qui voulaient l’offrir en holocauste aux dieux afin de s’attirer leur bienveillance pendant leur voyage de retour. Et le cheval, le grand cheval ? Ah, celui-là ! Eh bien, ces maudits Grecs l’ont construit pour apaiser Athéna mais, comme il risquait de porter chance à la cité si jamais on l’avait rentré entre ses murs, on lui donna cette taille gigantesque… Ouf, quel soulagement !…

Ö

LES PRESTIGIEUX CHEVAUX TROYENS
Selon Homère, la première guerre de Troie avait été livrée pour des chevaux…
Laomédon, roi de Troade, avait embauché deux ouvriers : l’un pour bâtir les murs de Troie, l’autre pour faire paître les troupeaux. Mais le roi ne voulut pas les rémunérer lorsqu’ils arrivèrent au terme de leur travail. Bien au contraire, il les chassa, menaçant de les vendre comme esclaves. Or, ces deux victimes n’étaient autres que Poséidon et Apollon, les dieux grecs qui expiaient alors une punition : passer une année entière parmi les mortels, sans disposer de leurs pouvoirs divins. Vexés, ils le furent à un point que nous, pauvres mortels, ne pouvons imaginer. Le second se laissa amadouer par les sacrifices des Troyens, mais le premier ne voulut rien entendre. Et il se vengea terriblement de l’humiliation subie en leur envoyant un monstre marin qui ravageait les terres et dévorait les humains.
Dans la cité, la décision fut prise d’apaiser l’horrible créature en lui sacrifiant la jeune Hésione, fille du roi. Mais le hasard ‒ qui a toujours bien fait les choses, comme on le sait ‒ s’arrangea pour qu’Héraclès passât par là et qu’il tuât le monstre. Tout aurait pu bien se terminer si le héros avait accepté la récompense promise. Hélas, à la place de la belle princesse, celui-ci demanda les chevaux merveilleux de Laomédon. Connaissant désormais la mauvaise foi du roi, on ne sera pas surpris qu’il veuille duper son bienfaiteur en lui offrant de vulgaires rosses et en gardant pour lui les chevaux exceptionnels. Héraclès comprit trop tard la supercherie et, furieux, retourna se venger…

ç
Et puis comment ne pas baisser la garde lorsque les dieux eux-mêmes semblaient aller dans ce sens ? En effet, deux énormes serpents sortis de la mer étouffèrent le méfiant Laocoon et ses deux fils. Pouvait-on encore se méfier ? Le cheval entra donc dans la cité. Et à partir de là, Troie fut condamnée.
À la tombée de la nuit, les guerriers grecs sortirent silencieusement de leur cachette de bois et, en ouvrant larges les portes de la cité, y firent pénétrer leurs compagnons d’armes qui étaient revenus avec leurs bateaux. Le massacre commença. Seul rescapé : Énée, portant sur ses épaules son père, Anchise, et dans ses bras son enfant, Ascagne… Les Romains le voient comme le fondateur de Rome, puisque Remus et Romulus étaient ses descendants. Mais n’oubliez jamais ceci : en s’enfuyant, Énée emmenait avec lui non seulement son jeune enfant, mais aussi son vieux père… Il comprenait que sans passé, il ne pouvait y avoir d’avenir ! À bon entendeur…


AJAX, LE BOURRICOT
Pendant la guerre de Troie, Ajax 30 , le fils de Telamon, frappé d’un coup de folie (la fameuse hubris des Grecs), s’en prit aux soldats de son propre camp. Zeus n’apprécia point et le métamorphosa en âne. Pas très flatteur, certes, mais cela prouve qu’il n’y avait pas que des chevaux à Troie. Et que l’âne avait conquis les poètes, à commencer par Homère…

Ñ

Kantaka, le cheval de Bouddha
Chakravarti , « celui qui fait tourner la roue [de la Loi] en mouvement », désigne dans la mythologie indienne le dirigeant idéal. Celui-ci dispose des Sept Joyaux du pouvoir royal ( Saptaratna ) : l’éléphant, le cheval, le gemme qui exauce tous les vœux, la reine, la roue, le ministre et le général. Par la suite, le Chakravarti a été identifié à Bouddha.
Le cheval, deuxième joyau, était très apprécié en Asie pour ses qualités de rapidité et d’endurance, qui suscitaient le respect et faisaient de lui la monture des classes aisées. La légende raconte que c’est Kantaka, un cheval magique dont les sabots ne touchaient pas la terre, qui avait autrefois aidé Bouddha à fuir son palais…
*
Vous n’avez pas manqué de remarquer que, dans ce chapitre, réalité historique et mythe se mêlent intimement. Non seulement il n’y a plus de limite franche entre les deux, mais c’est le mythe qui a tendance à envahir de partout les territoires du réel. Et j’espère que, du fait de ce choix, cette plongée dans le passé éloigné ne fut que plus vraie et plus enivrante… la vie n’étant, pour une fois, qu’un reflet dans le miroir chatoyant du mythe.


15 . « En ce temps-là » (latin).

16 . Les jeux isthmiques étaient organisés entre les cités grecques de l’Antiquité vers le VI e siècle av. J.-C. Poséidon (dit aussi hippios, « équestre ») était vénéré à Corinthe, de même qu’Athéna (dite hippia, « au mors », puisqu’on lui doit l’invention du mors).

17 . Nom donné à une partie de la mer Méditerranée, délimitée par la côte italienne, la Corse, la Sardaigne et la Sicile.

18 . Marguerite Duras, Les Petits Chevaux de Tarquinia , Gallimard, 1953.

19 . « Du pain et des jeux de cirque » (latin). Juvénal décrivait par ces mots ses compatriotes avides de blé et de jeux gratuits.

20 . Écrit parfois « Ashvins ».

21 . Les Dioscures étaient, dans la mythologie grecque, les frères Castor et Pollux, de valeureux chevaliers (l’iconographie les représente le plus souvent montés sur des chevaux blancs). Dans L’Iliade , Castor est d’ailleurs présenté comme « dompteur de chevaux ». Les deux frères ont joui d’une grande popularité à l’époque classique en tant que protecteurs des navigateurs, mais aussi grâce à leur double statut : Pollux, immortel, n’accepta pas d’être séparé de son frère Castor, mortel, et obtint de Zeus de partager avec lui son immortalité. Les « jumeaux célestes » passeraient donc un jour sous la terre, dans le royaume d’Hadès, l’autre jour dans le ciel.

22 Du grec kourotrophos , « qui nourrit et élève des enfants ». Cette notion renvoie donc à la naissance et au soin des enfants, englobant plus largement la formation de ces derniers jusqu'à l'âge adulte.

23 . En rapport avec les divinités infernales : Hadès, Déméter…

24 . Ou Phébus, le « brillant » ‒ surnom donné au dieu Apollon, un autre dieu-médecin.

25 . L’Iliade , IV, 202.

26 . En ces temps-là, de nombreuses peuplades vivaient en Grèce. Elles arrivaient d’horizons différents et avaient des coutumes spécifiques… Si, à l’époque de la guerre de Troie, les Grecs se contentaient de faire traîner leurs chars par des chevaux, il se peut ‒ comme la guerre entre les Lapithes et les Centaures semble le prouver ‒ que l’équitation y fut connue bien avant. On a ainsi émis l’hypothèse que les Centaures étaient des cavaliers nomades attirés par les pâturages de la Thessalie. On suppose toutefois qu’ils étaient fort incommodes, ce qui explique que Thésée et Hercule les combattirent avec autant de conviction.

27 . Pindare, Pythique III, 1-5 ( apud Valérie Gitton-Ripoll, « Chiron, le cheval-médecin ou pourquoi Hippocrate s’appelle Hippocrate »).

28 . Ovide (43 av. J.-C.-18 apr. J.-C.), poète romain issu d’une famille de l’ordre équestre. Il fut exilé par l’empereur Auguste à Tomis, sur les bords du Pont-Euxin (la mer Noire), sous prétexte que son recueil Ars amandi (« l’Art d’aimer ») était immoral (la vraie cause est restée mystérieuse).

29 . Plutarque, Vie de Pompée , apud É lizabeth Deniaux, Michel Balard, Rome, de la cité- État à l ’Empire .

30 . Le plus fort et le plus courageux des Grecs après Achille. On l’appelle « le grand Ajax », pour le distinguer d’Ajax, fils d’Oïlée (roi de Locride).
UN MONDE INVERSÉ : LES AMAZONES
L e mot amazone renvoie certains d’entre nous tout droit au mythe grec des femmes guerrières, ces filles du dieu Arès et de la nymphe Harmonia, craintes et admirées à la fois ; d’autres penseront d’abord aux Scythes 31 , ce peuple cavalier des steppes eurasiatiques, qui nous a laissé les kourganes ; d’autres encore se souviendront du régiment de femmes-soldats du Dahomey 32 (actuel Bénin) ; enfin, la plupart auront en vue toute femme libre, courageuse, indépendante socialement et sexuellement. Une chose est sûre : le cheval est un attribut indissociable de l’Amazone… C’est pourquoi on en parle ici.
Les Amazones, des femmes fortes qui combattent à cheval
On peut se demander si les Amazones ont réellement existé. Les auteurs grecs et latins les ont localisées en Asie Mineure orientale, près du fleuve Thermodon. C’est Homère qui, le premier, mentionne la tombe de la « bondissante Myrina », une Amazone qui conduisait son char à une vitesse ahurissante. Ces femmes fortes avaient la réputation non seulement d’aimer les chevaux et de manier les chars comme nulles autres, mais aussi d’être d’excellentes cavalières.
Fortes comment ? Jugez par vous-même : Héraclès et Thésée, les plus grands héros grecs, les affrontèrent… Le premier déroba à leur reine Hippolyte 33 (étymologiquement « celle qui monte des chevaux sans frein ») la ceinture magique, une relique vénérée dans le temple d’Héra à Argos. Il s'agissait de son neuvième travail sur les douze qu’il devait accomplir. L’issue de cette rencontre fut tragique : Héraclès tua la reine pendant le combat. Le second, Thésée, ramena à Athènes la sœur d’Hippolyte, Antiope : prisonnière de guerre ou amante, les avis sont partagés. Mais ce geste osé souleva la colère des autres Amazones, qui arrivèrent en nombre pour la libérer. Le conflit s’apaisa provisoirement, puisque Antiope attendait un bébé 34 . Cela aurait donc pu bien se terminer, pour une fois, mais il n’en fut rien (que voulez-vous, c’est souvent comme ça dans les mythes grecs). Pour certains auteurs, Antiope perdit la vie en combattant aux côtés de Thésée ; pour d’autres, ce dernier abandonna sa malheureuse amante, qui ensuite trouva la mort ; pour d’autres encore, il la tua lui-même à cause de son insupportable jalousie…
Et l’histoire continue. Cette fois-ci, c’est Achille qui, devant Troie, affronte Penthésilée, une autre reine cavalière, venue venger la mort de sa sœur. Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont forts tous les deux, mais ils se combattent. À force égale. Ou presque, puisque Penthésilée se fait tuer par Achille, qui la pleure amoureusement et s’effondre de douleur devant son corps sans vie… La source est, encore une fois, prestigieuse : L’Iliade d’ Homère. Et ses commentateurs le disent tous, les Amazones vivaient à cheval ‒ elles sont d’ailleurs rarement représentées sans leurs montures, qui, croyez-le ou non, crachaient des flammes par leurs naseaux…
Si l’on se tourne maintenant vers des interprétations historiques, on a le choix entre trois groupes d’ Amazones : celles du Thermodon (Asie Mineure, mille deux cents ans avant notre ère), celles de Bohême 35 (Tchéquie, début du VIII e siècle) et celles d’Amérique du Sud (combattues en 1542 par l’explorateur espagnol Orellana).
À peser les données, le groupe du Thermodon 36 s’avère finalement être de « fausses » Amazones, puisqu’il s’agissait plutôt d’une société où les deux sexes partageaient équitablement la chasse et la guerre. Hérodote, dans ses Histoires , décrit les Sauromates (ou Sarmates), peuple voisin des Scythes, comme des nomades cavaliers et éleveurs de chevaux ; leurs femmes montent à cheval, tirent à l’arc et lancent le javelot aussi bien que les hommes ; elles y sont presque obligées, puisque aucune fille ne peut se marier avant d’avoir tué un ennemi. Au V e siècle av. J.-C., Hippocrate appuie, lui aussi, ce témoignage. Comme chez les Scythes et les autres peuples cavaliers, la plus grande fortune des Sauromates était le cheval. Cette « égalité » entre les deux sexes avait donc fait jaser les antiques qui qualifiaient ces hommes de « régis par les femmes », d’où sans doute l’ambiguïté…

Ö

LES WALKIRIES
La mythologie nordique comporte des nymphes, ou divinités féminines, qui ont des traits en commun avec les Amazones. Comme ces dernières, elles se déplacent à cheval ‒ cela va sans dire, sinon on n’en parlerait pas ici ‒ et jouent un rôle psychopompe : sur les champs de bataille, elles désignent les guerriers voués à la mort, puis les conduisent à Walhalla, le palais d’Odin et en même temps paradis des héros.
En Bohême, la reine Libussa (par ailleurs fondatrice de Prague) disposait d’une garde féminine efficace, commandée par la puissante Wlasta. Quand Libussa mourut, son mari décida de désarmer ces femmes, occasionnant par là même la « guerre des filles ». Victorieuses dans un premier temps, celles-ci s’imposèrent et, selon leurs règles, les hommes furent affectés aux travaux ménagers et à l’agriculture ; ils n’avaient pas le droit de porter des armes et ils ne devaient pas monter à cheval. Hélas, les filles perdirent la lutte finale et furent toutes massacrées…
Enfin, parlons un peu des

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents