L histoire de 10 femmes
111 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

L'histoire de 10 femmes , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
111 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Aliénor d'Aquitaine, Blanche de Castille, Yolande d'Aragon, Jeanne d'Arc, Marguerite d'Angoulême, Diane de Poitiers, Elisabeth d'Angleterre, Marie Stuart, Catherine II de Russie et Sarah Bernhardt, autant de destins-étapes du voyage historique de plus de 700 ans auquel France Gelbert nous invite. Avec sa verve, son style tonique pimenté de ses commentaires personnels et son intégrité, elle nous embarque sur les traces de ces 10 femmes qui ont marqué leur temps. Sous son regard avisé et sémillant, ces portraits concis prennent le relief singulier qu'une approche purement académique n'aurait jamais pu lui donner.
* L’historien Philippe Erlanger met en page de garde de sa biographie de Diane de Poitiers, deux annotations contradictoires, l’une de Joachim du Bellay : « Diane nous a fait entre nous comme un miracle apparaître... » L’autre, de Claude de l’Aubespine : « Ces deux seuls ( Diane et le cardinal de Lorraine ) ont été les flammèches de nos malheurs !* ...Les trois coups retentissent en coulisse !* « La Voilà ! » glisse malicieusement Sacha Guitry, par allusion à sa jambe de bois !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 09 décembre 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782379792700
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0324€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L histoire de 10 Femmes
10 Femmes de l Histoire

France Gelbert

2019
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com

Table des matières

Aliénor d'Aquitaine : Duchesse d'Aquitaine, reine de France, reine d'Angleterre1122-1204
Yolande d'Aragon : Duchesse d'Anjou, comtesse de Provence, reine de Sicile1384-1442
Blanche de Castille : Mère de Saint Louis1188-1252
Jeanne d'Arc : On l'appelait la pucelle~1412-1431
Marguerite d'Angoulême : Duchesse d'Alençon, reine de Navarre1492-1549
Marie Stuart : Reine d'Ecosse, reine de France1542-1587
Diane de Poitiers : Duchesse de Valentinois1500-1566
Elisabeth Ière d'Angleterre : La reine vierge1533-1603
Catherine II de Russie : La Grande1729-1796
Sarah Bernhardt : La divine1844-1923
« Le roman est l’art de créer une personne, la biographie l’art de la ressusciter »
Benjamín Jarnés (1888–1949)
 
Avant – propos
 
 
 
 
Le jour de mon baptême, ma petite mère attacha à mon berceau un grand bouquet, bleu, blanc, rouge…
 
Est inscrite sur ma carte d’identité, la liste de mes prénoms affichant avec quelque solennité le dernier toujours choisi par ma petite mère… Jeanne d’Arc !
 
Ma mère, Rose Brunon, avait une dévotion particulière pour la Pucelle qui avait sauvé le royaume de France. La France, la patrie, l’ancien royaume, la Fille Aînée de l’Eglise ! Voilà tout ce qui comptait pour elle. Toute son éducation, son milieu familial, et surtout la mort de son frère aîné qui, presque délibérément, avait fait le sacrifice de sa vie pour que son pays reste libre… C’était Sa vie et, Dieu sait, si elle nous en parla, nous en racontant les péripéties, les drames et aussi les joies et l’enthousiasme de «  Savoir  ».
 
Très proche du frère qui lui restait, Jean, elle partage avec lui l’amour du passé, l’amour de notre Histoire et l’a certainement soutenu dans ses recherches et achats merveilleux qui devaient un jour devenir la fabuleuse collection installée à présent au Musée de l’Empéri, à Salon de Provence.
Rose écrivit de nombreuses pièces de théâtre aux sujets patriotiques, très peu à mon goût dois-je l’avouer, toujours empreintes de sacrifices et de gloire.
 
Elle promena tous ses petits-enfants – parfois au bord de l’épuisement – dans la capitale, les initiant à l’art, la beauté et… l’Histoire !
 
Comment aurais-je pu rester indifférente à cet appel ? Mais, et là est mon désespoir, pourquoi ai-je attendu son absence pour l’imiter ou essayer de l’imiter, quand je me suis mise à raconter les vies de ces personnages de l’Histoire et essayer de faire partager ma passion avec un groupe amical ?
 
Maman et moi aurions tellement profité de cette nouvelle proximité ! Mais nous étions déjà en communion d’âme lorsque, les dernières années de sa vie, ne le pouvant plus elle-même, elle me priait de lui lire des biographies de personnages illustres, de femmes le plus souvent… Peut-être, faut-il voir là ce qui m’a poussée à tenter de conter ces vies passionnantes à mon tour !
 
Aussi est-ce à ma petite mère que je dédie ces histoires, tout en remerciant mon petit-fils Michaël Baudino de son aide. Mon neveu Arnaud Bezard-Falgas de sa compétence, en tant qu’historien, héraldiste et écrivain. Grâce à eux, ce recueil peut désormais exister.
 
France Bezard-Falgas Gelbert
Aliénor d’Aquitaine
 
Duchesse d’Aquitaine, reine de France, reine d’Angleterre 1122–1204
 
Parler des femmes est à la mode ! Mais essayer de raconter la vie d’une Aliénor [1] d’Aquitaine ayant vécu au XIIe siècle, n’est pas très facile ! Aliénor nous plaît, elle est l’exemple à suivre, la Femme que l’on appelle aujourd’hui libérée ! Libérée, mais de quoi ? J’ai toujours pensé que les femmes restent maîtresse de leur destinée si elles le désirent et si, comme l’assure Jacqueline Tabarly, elle savent « rendre les clés de la maison qu’elles ont gardé pendant la guerre ! » . Belle phrase, n’est-ce pas ?
 
Régine Pernoud, elle, nous a démontré que les femmes, au Moyen-Age, étaient finalement bien plus indépendantes que celles des époques dites modernes !
 
Aliénor d’Aquitaine vécut en pleine époque romane. Les historiens ne se sont pas très sûrs de l’année de sa naissance, en 1120 ou 1122 à Bélin en Gironde. Elle descend de l’illustre famille d’Aquitaine. Son grand-père Guillaume, le premier des troubadours, est un être terrifiant de vie et va lui transmettre cette violence. Il se rendit célèbre par ses démêlés avec l’Eglise et sa vie plutôt agitée. Quant à son père, il se vit admonester par Bernard de Clairvaux qui vint le conjurer de rentrer dans l’orthodoxie, mais le saint homme subit une réponse d’une telle violence qu’il ne dût son salut, dit-on, qu’à la rapidité de ses jambes !
 
Aliénor reçoit une éducation soignée, à la hauteur des prétentions de la maison d’Aquitaine.
Elle parle plusieurs langues, fréquente troubadours et trouvères [2] , rencontre des bardes armoricains, voire des musulmans venus d’Espagne. Ce milieu raffiné explique l’intérêt qu’elle portera toujours aux Arts et aux Lettres.
 
Ses mœurs sont plutôt libres, en cela elle suit l’exemple donné par sa famille ! Elle est confiée, lors d’un pèlerinage de son père à Compostelle, à son jeune oncle Raymond de Poitiers, à peine plus âgé qu’elle, et aura, avec lui, des relations sans doute bien proches de celles de l’amour. Nous le retrouverons plus tard à Antioche.
En 1137, Aliénor épouse le fils aîné du roi de France Louis VI. Tout de suite, le ministre Suger, le grand Suger, comprend le beau parti que représente la jeune duchesse, héritière du domaine d’Aquitaine, et se montre enchanté de cette union car le domaine royal qui consiste, à l’époque, en une étroite bande de territoires s’étendant depuis le cours de l’Oise à la hauteur de Soissons jusqu’à Bourges : c’est-à-dire l’Ile de France, l’Orléanais, une partie du Berry. Ce territoire va s’étendre de façon spectaculaire.
 
Bien sûr, le roi de France est le suzerain de grands féodaux, mais ils sont, pour la plupart, beaucoup plus riches et puissants que lui, tels le duc de Normandie, les comtes de Toulouse, de la Marche, de Champagne. Le duc d’Aquitaine détient un domaine opulent ouvert sur l’Océan, les villes de Bordeaux, Bayonne, La Rochelle (toute nouvelle). Aussi Suger se réjouit-il à la perspective de ce mariage, car le royaume s’agrandira d’autant.
Dans sa hâte, il précipite la cérémonie qui sera célébrée au mois de juillet de l’an 1137.
 
Le mariage a lieu en la cathédrale Saint André de Bordeaux. Aliénor a quinze ans, elle est rayonnante de toute sa beauté printanière. Vêtue d’une robe écarlate, sûre d’elle, habituée aux regards et aux hommages, elle domine le jeune prince Louis assis près d’elle. Il est vrai que l’héritier de la couronne de France est un frêle adolescent de seize ans qui semble avoir grandi trop vite.
Suger, craignant peut-être quelques manifestations, les fait couronner en même temps duc et duchesse d’Aquitaine à Poitiers. Mais, à ce moment, arrive la nouvelle de la mort du roi de France, Louis VI. Les adolescents vont donc faire leur entrée dans Paris comme roi et reine de France. Paris n’est pas encore la capitale de la France, il ne le deviendra qu’à la fin du XIIe siècle.
 
Assise sur sa haquenée, Aliénor aperçoit la ville, le fleuve parsemé d’îles verdoyantes, dont la plus scintillante, l’île de la Cité ceinturée de remparts, crainte toujours vivace chez les Parisiens d’une nouvelle invasion normande. Paris qui voit se former son université…université éclaboussée d’un scandale qui fait encore jaser les clercs et les étudiants. Ils se souviennent tous d’un événement survenu il y a une vingtaine d’années, l’humiliante mutilation subie par Abélard. La jeune reine s’est sûrement fait raconter l’étonnante histoire de cette jeune Héloïse amoureuse de son professeur !
Pour le moment, Aliénor pose son pied dans ce triste palais de la Cité. Combien il est lugubre ce palais et combien est austère cette cour de France !
Aliénor décide de transformer tout cela. Elle accueille des chevaliers aquitains, poitevins, des troubadours, fait évoluer la mode, encourage les jeux… même libertins ! Pendant douze ans de présence à la cour, elle aura une influence primordiale sur l’évolution des mœurs du Nord. Elle est une femme d’esprit et apprécie ses troubadours vantant les plaisirs de la « fine amor », l’Amour Courtois, à ces frustes et farouches guerriers du nord. On leur conte les exploits de personnages féeriques : le roi Arthur fait son apparition et rêver son auditoire. Tout cela parsemé de quelques touches d’anticléricalisme, vieilles traditions dans la maison d’Aquitaine !
 
Malheureusement, ces innovations choquent cette population nordique, toujours un peu jalouse de ces gens des pays d’oc derniers représentants du raffinement romain mais considérés, au nord de la Loire, comme légers et futiles… La reine règne aussi sur le cœur de Louis, l’influence fortement, a la malencontreuse idée d’écarter Suger et fait exiler sa belle-mère (!). Aliénor se mêle de politique et cherche à faire revivre ses prétentions sur le comté de Toulouse [3] .
Elle entretient une polémique avec Bernard de Clairvaux. Cet ancien moine de Cîteaux, a été le premier abbé de Clairvaux, mais est surtout considéré comme l’arbitre incontesté de tout conflit se passant dans la Chrétienté. Certains historiens lui reprocheraient peut-être de mélanger un peu trop la grandeur du royaume du Christ et la puissance de la papauté ! Enfin la reine et le saint homme finissent par trouver une sorte d’entente : Aliénor se désespère de ne pas donner d’héritier au royaume, saint Bernard lui promet, si elle recherche la paix du royaume, de prier le ciel d’exaucer ses vœux… Eh ! bien, un peu plus tard, Aliénor mettra au monde une fille.
 
Alors qu’elle est occupée par sa toute nouvelle maternité, le roi Louis VII peut commencer un règne plus personnel. Il rappelle Suger et, répondant à l’appel de saint Bernard, décide de se croiser en 1147. Les chrétiens sont très inquiets car Edesse, en Terre Sainte, est tombée entre les mains des Turcs. Que vont devenir les foules de pèlerins qui font le saint voyage vers Jérusalem ?
 
Louis VII, premier roi de France à prendre la croix, « décide » d’emmener avec lui son épouse, peut-être poussé par l’inquiétude et la jalousie ! Quoique Michelet avance une autre hypothèse plausible : la présence d’Aliénor est peut-être nécessaire pour s’assurer la fidélité des chevaliers gascons et poitevins. La jeune reine fera donc partie du pèlerinage d’un air plutôt contraint et proclame alors avoir épousé un moine !
 
Ils arrivent à Constantinople et contemplent, éblouis, les merveilles que recèle la cité. Le moindre monument, le plus petit palais, est recouvert d’or, de mosaïque. Aliénor, éblouie, compare ces splendeurs avec le misérable palais de la Cité ! Ils laissent Constantinople et arrivent à Antioche où la reine retrouve son cher oncle Raymond de Poitiers. Ces retrouvailles ne sont évidemment pas du goût du roi, car Aliénor veut rester avec Raymond. Fou de rage, Louis forcera son épouse à quitter la ville et continuer sur Jérusalem.
 
A partir de là, les historiens prennent parti et vont faire d’Aliénor une espèce de Messaline.
Où est la vérité ? Il n’y a pas de fumée sans feu évidemment !
 
Le pèlerinage se termine très mal, le roi et la reine rentrent chacun de leur côté. Alerté par Suger, le pape les recueille, tente de les réconcilier. Le résultat se manifeste neuf mois plus tard, par la naissance d’un second enfant, en 1150… encore une fille, hélas ! Le fossé ne fera que se creuser entre les deux époux. Et l’histoire prend mauvaise tournure avec l’affaire d’Anjou. Louis VII a des problèmes avec Geoffrey le Bel Plantagenêt. Ce comte d’Anjou marié à la petite fille du conquérant Guillaume de Normandie, Mathilde [4] , n’a qu’une idée : faire de leur fils Henri, un roi d’Angleterre ! Pour le moment, le jeune Henri Plantagenêt n’est que duc de Normandie, vassal du roi de France et vient prêter hommage. Epoque importante dans la vie de la reine, car ce sera la première rencontre d’Aliénor et Henri Plantagenêt qui est, à l’époque, un fougueux et séduisant jeune guerrier de dix-sept ans…
 
L’ombre noire de la catastrophe commence à obscurcir le ciel du royaume de France lorsque, au début du printemps 1152, l’Archevêque de Sens déclare nul le mariage entre Louis VII et Aliénor. Aussitôt, la princesse retourne vers ses provinces d’Aquitaine. Elle n’y restera pas très longtemps ! Le 18 mars 1152, arrive à la cour de France, une effarante nouvelle : la duchesse et ancienne reine de France, Aliénor, vient d’épouser son cadet de onze ans, Henri Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie… L’orage qui menaçait a éclaté, l’Aquitaine et le Poitou échappent à la couronne de France.
 
Cette union matrimoniale sera une des causes de ce que l’on appelle la Guerre de Cent ans, l’affrontement franco-anglais avancé de deux cents ans ! Les mânes de Suger ont dû frémir dans sa tombe, cela est sûr ! Aliénor fait, paraît-il, un mariage d’amour joint à un savant calcul : elle espère dominer cet homme plus jeune qu’elle. De son côté, Henri, certainement sensible à la beauté de la jeune duchesse, accapare ainsi le quart de la France actuelle et trouve dans cette union tous les avantages.
 
Redevenue simple duchesse d’Aquitaine et de Normandie, Aliénor va combler de bienfaits les abbayes de ces provinces, notamment celle de Fontevrault.
En 1153, on fête la naissance du premier héritier mâle chez Henri et Aliénor. C’est une gifle pour le roi de France à qui Aliénor n’a pu donner que des filles, mais un heureux présage pour le duc et la duchesse de Normandie car, l’année suivante, la mort du roi d’Angleterre permet à Henri et Aliénor d’être couronnés à Westminster au mois de Décembre de la même année.
 
Nouvel héritier mâle en 1155. Les dix années qui vont suivre seront des années de splendeur et de pouvoir pour Aliénor. Elle va donner huit enfants à son époux : cinq fils dont deux seront rois, Richard et Jean. Trois filles, dont Eléonore qui sera la mère de Blanche de Castille et Mathilde qui, mariée au duc de Bavière, sera la tige de la maison de Hanovre dont les descendants règnent aujourd’hui sur la Grande-Bretagne. La reine se déplace sans arrêt, passe et repasse le Channel, parcourt ses provinces continentales ou visite l’Angleterre : Oxford, Winchester. Elle est horrifiée de l’état de délabrement dans lequel est le palais de Westminster, déteste cette habitude anglaise de boire de la cervoise et décide de leur apprendre à aimer le vin, particulièrement le bordeaux ! Encouragés de la sorte, les marchands de Guyenne vont apprendre le chemin des ports anglais et mettre en route un marché fructueux !
 
Henri Plantagenêt, lui aussi, est infatigable. Il parcourt ses domaines, reprend en main l’administration de l’Angleterre. Lorsqu’il est sur le continent, Aliénor est dans la Grande Ile et vice- versa ! Deux admirables administrateurs qui vont redonner un sang nouveau à leur empire, car il s’agit bien d’un empire !
Mais ce n’est pas suffisant ! Ils revendiquent la Bretagne, l’obtiennent. Ce pauvre Louis VII est séparé de cette belle province par des territoires appartenant aux Plantagenêts et n’en connaît ni la langue ni les usages ! Il la leur cède…
 
Oui, un véritable empire ! Henri et Aliénor possèdent toute la moitié ouest du royaume de France, à laquelle s’ajoute le territoire anglais. On comprend mieux les incessantes allées et venues entre le continent et l’Ile. Il faut dire qu’à cette époque, les souverains et seigneurs ne cessent de parcourir leurs terres, soit pour maintenir la paix, soit pour consommer sur place leurs revenus !
 
Le XIIe siècle n’est pas un siècle statique, bien au contraire. Rappelez-vous les foules de pèlerins circulant sur les routes vers des lieux saints parfois très éloignés : Rome, Saint Jacques de Compostelle, Terre Sainte. Pierre l’ermite, lors de la première croisade [5] , en 1095, prêchée par le pape Urbain, a entraîné des milliers de femmes, enfants, vieillards, miséreux. Partie avant celle des chevaliers, ce « saint voyage » s’est malheureusement très mal terminé.
 
Aliénor, dans ses domaines, va faire la démonstration de ces dons d’administratrice. On la dit toujours amoureuse d’Henri II, les mauvaises langues qui lui avaient attribué toute une collection d’amants, n’en mentionnent plus aucun à partir du moment où elle devient reine d’Angleterre. A une exception toutefois, le poète Bernard de Ventadour… Aliénor entre dans ce monde « breton », théâtre des exploits du roi Arthur. Les passions violentes de la mythologie celtique se teintent de courtoisie. Apparaît l’Admiration pour la Dame.
L’époque est aux romans de chevalerie, comme l’enseignement religieux est sur les tympans et chapiteaux des églises romanes. Les deux Plantegenêts vont fiancer leur fils Henri à Marguerite de France, princesse née du second mariage du roi Louis VII. Ils ont un rêve : mettre la main sur le royaume capétien. Hélas, pour eux, ce rêve va s’éteindre en 1165, sous le coup de l’annonce, tant attendue, de l’arrivée d’un héritier mâle à la cour de France, le futur Philippe-Auguste [6] .
 
L’année suivante, Aliénor donne naissance à son dernier enfant, Jean (futur Jean Sans Terre, personnage désagréable dont l’Histoire aurait fort bien pu se passer !). Dès cette année-là, 1166, les époux s’éloigneront l’un de l’autre. Henri est amoureux d’une certaine Rosamonde.
La légende raconte qu’Henri aurait fait construire un labyrinthe, y aurait enfermé sa belle dans une chambre dont lui seul connaîtrait l’entrée. Mais, poursuit la légende, Aliénor aurait soudoyé des gardes, trouvé la chambre, et assassiné sa rivale. L’histoire est trop jolie pour être vraie… enfin, si l’on peut dire !
 Par contre, ce dont nous sommes sûrs, c’est le plan machiavélique conçu par la reine, plan consistant à dresser ses fils contre leur propre père. La reine affirme :
 
« L’héritier doit être Henri, déjà associé au trône, ou mon cher Richard (son préféré) qui est indépendant en tant de duc d’Aquitaine, ou même Geoffroy, futur duc de Bretagne par son mariage… »

Jean, le plus jeune, reste encore à l’écart de toutes ces conspirations, mais se rattrapera un peu plus tard !
Ce fut une période très noire pour le roi Henri d’Angleterre. Il entre en conflit avec son précieux chancelier Thomas Becket, le fait assassiner sur les marches de l’autel de la cathédrale de Canterbury. Le poids de cette faute va peser très lourd sur les épaules du roi. Excommunié, l’entrée des sanctuaires lui est interdite. Henri crie son innocence, se repent, subit même l’humiliation publique de la flagellation à Avranches…
Aliénor, pendant ce temps, installe son fils préféré, Richard, dans ses provinces d’Aquitaine, l’entoure d’une cour brillante où poètes et musiciens se côtoient. Richard est un être cultivé, grand guerrier, mais s’abandonne à des passions s’éloignant des règles de moralité ! Il fait aussitôt pénitence publique, en cela, il est bien de son temps, et… Recommence ! En tout cas, Richard est heureux en Aquitaine, il préfèrera toujours cette province au royaume brumeux anglais.
La reine sera avertie de la mort de son premier époux Louis VII, et surtout, surtout de celle de son fils aîné.
Après la disparition de ce fils, le Plantagenêt va élargir quelque peu les horizons de son épouse.
Oh ! Il a bien changé. Le fier guerrier est devenu obèse, il marche difficilement, il a perdu de sa superbe. Aliénor, au contraire, est toujours belle, sa retraite forcée l’aura, comment dire, assagie et fortifiée. Elle en donnera la preuve éclatante, une fois rendue à la liberté, chose faite dès la mort du Plantagenêt, en 1189. Elle a soixante-sept ans, très âgée pour l’époque, est la maîtresse de l’Angleterre, car Richard, nouveau roi, est la plupart du temps sur le continent et va réaliser son propre rêve : partir pour la croisade. Aliénor sera, sans en porter le titre, régente du royaume anglais ! Elle a décidé de marier son fils bien-aimé. Elle veut qu’il donne un héritier à sa dynastie. Aussi, comme il est à Messine, elle lui emmène la jeune Bérangère de Navarre et le mariage est célébré à Chypre, mais sans elle ! La reine a repris le chemin de l’Angleterre où, comme elle l’avait prévu, son dernier fils, Jean, intrigue contre son frère. Aliénor se débat afin de conserver à Richard, ses biens. De là, naissance d’une bien jolie légende, celle de Robin des Bois !
 
Une mauvaise nouvelle survient à la cour, le roi Richard vient d’être fait prisonnier par le duc d’Autriche. Aussitôt, la reine bat le rappel de tous ses vassaux, lève des impôts. Les abbayes se dépouillent de leurs trésors. Il faut payer l’énorme rançon exigée. Une fois la somme requise réunie, Aliénor prend la mer et attend à Cologne le bon vouloir de l’empereur. Enfin, le 2 février 1194, le fils est rendu à sa mère et à l’Angleterre qui leur fait un accueil triomphal. Il reste à punir les traîtres. Finalement Jean profitera de la clémence de son frère, peut-être poussé par sa mère qui, désormais, ne veut plus être qu’un instrument de paix. Aliénor s’est d’ailleurs retirée entre les murs de Fontevrault, cette abbaye qu’elle a tellement dotée. Aliénor est très attachée à Fontevrault, abbaye fondée au XIe siècle par Robert d’Arbrissel, composée de deux communautés, une de femmes, l’autre d’hommes, mais dirigées par une abbesse qui devait être une femme veuve.
Le fondateur voulait allier l’expérience et la sagesse ou la modération qui viennent avec l’âge sans doute !
Aliénor pense y terminer sereinement ses jours. Les nouvelles lui parviennent très tardivement.
Mais un jour, l’on vient la quérir, Richard, son fils préféré, est mourant. Blessé au siège de Chalus, il meurt, sa dépouille sera déposé à Fontevrault en 1199, où il repose toujours auprès de sa mère.
 
Se pose le problème de la succession de Richard, inextricable ! Le fils de Geoffroy, petit-fils d’Aliénor, ou Jean ?
Et voilà l’infatigable reine repartie sur les routes. Elle a une préférence quant au futur monarque : ce sera Jean. Aliénor pense qu’il conservera, peut-être, l’intégralité de l’empire Plantagenêt. Elle se concilie donc l’Aquitaine et le Poitou, accordant franchises sur franchises, va prêter hommage au roi de France Philippe-Auguste pour les territoires sis dans le royaume français. Aliénor tente de conseiller, de diriger son fils Jean, mais, peu rassurée de ce côté, part tout de même pour l’Espagne rejoindre sa fille Eléonore et choisir parmi ses petites filles celle qui est destinée à l’héritier de France. Son choix se portera sur Blanca, future reine de France et mère de Saint Louis.
 
Pendant ce temps, comme elle l’avait craint, Jean accumule les méfaits (le mot est faible), ligue toute la chrétienté contre lui. Exaspéré, le roi de France convaincra Arthur de Bretagne de déclarer la guerre à son oncle Jean sans Terre. Le nouveau roi d’Angleterre est un être malfaisant et va commanditer un assassinat. Celui de son propre neveu, Arthur. Que ne ferait-on pour conserver le pouvoir ?
 
C’est de Fontevrault, où elle s’est de nouveau réfugiée, qu’Aliénor assiste, impuissante cette fois, au désastre. Elle a connu le triomphe de l’empire anglo-angevin et ne peut, hélas, qu’en contempler à présent le déclin.
Peut-être, cette femme à la si brillante personnalité, au destin si fabuleux, qui vécut une si longue vie, a-t-elle finalement cédé au chagrin, à la faillite de ses desseins.
A l’âge de quatre-vingt deux ans, le 31 mars 1204, Aliénor disparaît et repose à présent dans cette abbaye aimée où elle avait décidé de vivre ses derniers instants.
Footnotes ^ D’après mon neveu Arnaud Bezard-Falgas, elle serait mon aïeule ^ Les poètes sont appelés troubadours au sud de la Loire et écrivent en langue d’oc. Par opposition aux trouvères au nord de la Loire qui écrivent en langue d’oil  ^ Son bisaïeul était Guillaume IV, comte de Toulouse (~1040–1094)  ^ Elle avait épousé en premières noces, Henry V, empereur du Saint-Empire. C’est pourquoi certains l’appellent « L’Emperesse ».  ^ Le terme « croisade » est une trouvaille du XIXe siècle  ^ « Auguste » parce qu’il était né au mois d’août 
Yolande d’Aragon
 
Duchesse d’Anjou, comtesse de Provence, reine de Sicile 1384–1442
 
Chinon, 6 mars 1429… une silhouette élancée fend l’assemblée de la Grande Salle du château. Est-ce un garçon ? Une fille ? L’adolescent se dirige tout droit vers un personnage qui se dissimule tant bien que mal parmi les courtisans : le Dauphin de France. 
     C’est une toute jeune fille, mais elle est habillée en homme. Elle « aurait » dix-sept ans. L’assistance éberluée la regarde  s’agenouiller devant le prince qu’elle a découvert dans la foule, et tout le monde peut entendre ces paroles étonnantes :
 
   « Gentil Dauphin, j’ai nom Jehanne la Pucelle, le roi des Cieux vous mande d’être sacré  et couronné en la ville de Reims. Vous serez lieutenant du  roi des Cieux qui est Roi de France »
 
Ainsi parle la Légende ! Quelle histoire ! Mais quelle histoire !
Une femme, tout au fond de la salle, observe de loin la scène. Son cœur bat très fort. La première partie de son plan est en train de réussir. Cette femme s’appelle Yolande d’Aragon, belle-mère du futur roi de France. Le dauphin Charles l’appelle sa « bonne mère ».  Les chroniqueurs disent qu’elle est la plus belle princesse de France. Yolande est espagnole, fille d’un roi d’Aragon, née dans le superbe palais de Saragosse construit par les Arabes. Violante-Yolande est une fille du grand air, elle est une des premières « afficionada » des courses de taureaux, elle aime les longues chevauchées, mais s’intéresse aussi à l’architecture. Elle va devenir l’épouse, après moult hésitations, d’un duc d’Anjou qui se bat pour un royaume dont il n’aura jamais que le titre, la Sicile. Elle est donc devenue par son mariage reine de Sicile, comtesse de Provence et s’occupera toute sa vie de ses provinces françaises, l’Anjou et la Provence. Louis d’Anjou et Yolande sont tous deux descendants du roi de France Jean le Bon, elle par sa grand-mère Marie de France, lui par son père fils du roi Jean II.
Ce duc d’Anjou sera un des trois oncles « tuteurs » du pauvre roi dément Charles VI, parents à moitié honnêtes, à moitié corrompus. Vous avez certainement souvenance des deux autres « oncles » : le fastueux, aux mœurs étonnantes, duc de Berry homme de lettres, grand mécène, grand amateur d’art, homme aux collections somptueuses. Le troisième et le plus jeune est Philippe, futur duc de Bourgogne, fondateur de la fameuse dynastie des Grands Ducs d’Occident et surtout tige de ces Bourguignons ennemis du royaume de France quoique du même sang.
Il est tout de même intéressant de vérifier une fois encore que ces étrangères devenues épouses de monarque ou Grand de notre pays, adoptent totalement les intérêts de leur nouvelle patrie et en assument la responsabilité. Je pense évidemment à Blanche de Castille, à Catherine de Médicis, toutes deux régentes sévères du royaume de France. Avec quelques défaillances bien sûr : la méprisable Isabeau de Bavière dont nous parlerons ici.
Yolande d’Aragon veillant ainsi sur ses biens en terre française, se préoccupera de la même façon du … royaume de France et va le sauver des griffes anglaises. Tout est dit…
En 1413, elle décide la reine Isabeau, toujours aussi horrible épouse du pauvre roi fol Charles VI, à lui confier son dernier fils qu’elle rejette d’ailleurs complètement, et à le fiancer à la jeune princesse Marie d’Anjou, sa fille laquelle, paraît-il, est laide à faire pleurer les Anglais ! Il se passe alors un événement qui est à l’encontre des coutumes royales. Le fiancé s’en va vivre chez ses beaux-parents en Anjou !
Lorsqu’il sera, du fait de la disparition de ses deux  frères aînés en 1417, devenu l’héritier de la couronne et cela malgré les reniements et menaces de la reine sa mère Isabeau (toujours la même !), Yolande aiguisera ses alliances afin d’évincer la monarchie anglaise et leurs alliés bourguignons. La reine de Sicile va même parvenir à faire signer au duc de Bretagne un accord dans lequel figure curieusement le nom de Charles suivi de la mention fils de roi ! Le duc de Bretagne est cousin de celui de Bourgogne et la reine espère, comme toujours, parvenir ainsi à quelque forme de pacification. But perpétuel de la belle-mère du roi Charles VII .Plus tard, elle refusera de le rendre à sa mère qui lui demandait de le lui renvoyer, adressant à l’ignoble Isabeau cette missive :
Ma réponse est non. Car à femme pourvue d’amants, point n’est besoin d’enfant. Si je vous renvoyais votre fils à Paris, vous en feriez bientôt un cadavre comme ses frères, un fou comme son père (là, elle va un peu loin !) ou un Anglais comme vous. Cet enfant est mien, il est ici sous ma protection, venez l’y chercher si l’osez…
 
A partir de là, Yolande d’Aragon prendra soin de Charles de Ponthieu (son titre à l’époque), tentera de lui donner une éducation de membre de la Maison de France, tentera de lui forger un caractère trempé (ce prince qui n’aime que les beaux chevaux et les jolies filles !), de lui donner confiance en lui ! ce qui malheureusement est une qualité qu’il est loin de posséder. En effet, comment imaginer que ce petit Charles timide, renfrogné, grosse tête, regard fuyant, jambes cagneuses et bouche molle, sera un jour roi de France ? qu’il va guérir les écrouelles ? et sera appelé Le Victorieux !(cf. l’ouvrage d’Arnaud des Roches de Chassay)
Yolande d’Aragon le protégera de toutes sortes de dangers menaçant sa vie (attentats, empoisonnement, mauvais conseillers etc…). Elle va entretenir une correspondance suivie avec ce que l’on doit appeler des informateurs, amis, vassaux, supérieurs d’abbayes, se servira plus tard d’épouses ou « collaboratrices » dans tous les genres… Yolande d’Aragon met en place ses réseaux.
 
Voyez, en 1425, Charles VII ordonne à ses sujets de lui obéir par le moyen de la reine de Sicile. Les exemples sont nombreux. Mieux encore, lorsqu’elle s’absente de la cour, le pauvre dauphin-roi ne fait que des bêtises !
On sait que depuis le désastre d’Azincourt  (1415) en effet, le royaume est en grand danger. Charles VI est sujet à des crises de démence, les Anglais manipulés par Isabeau de Bavière ( qui « a tourné sa veste » en cours de route) contestent les droits des enfants royaux. Nos cousins d’outre-Manche vont trouver des renforts auprès des Bourguignons. Le nouveau duc de Bourgogne, Philippe le Bon va rapidement se ranger du côté anglais après l’assassinat de son père. Il est vrai qu’il ne peut guère faire autrement, la Flandre bourguignonne a besoin de l’Angleterre et de sa laine, elle ne peut se passer de ce commerce bilatéral.
 
La guerre civile fait rage, les partisans des Orléans vont se ranger sous la bannière du duc d’Armagnac, le nouveau parti du dauphin Charles, parti galvanisé par la belle-mère du dauphin, j’ai nommé bien entendu la reine de Sicile. En 1420, traité de Troyes dans lequel le royaume de France est abandonné aux Anglais, le pauvre inconscient Charles VI « reconnaît » le roi d’Angleterre Henry V comme son héritier ! « Héritier » qui doit épouser la dernière fille du roi de France, Catherine. Le vrai dauphin est déclaré « bâtard » par sa propre mère Isabeau. Il ne sera plus désormais que le roi de Bourges.
Yolande observe, s’inquiète, elle sait combien le royaume de France est en grand péril (et ses propres biens aussi évidemment). La reine de Sicile décide de métamorphoser l’époux de sa fille. Il est, pour elle, le seul vrai  roi de France. C’est tout.
 
Il le faut, pense-t-elle, le petit dauphin inquiet doit laisser place à un roi qui saura bouter hors de son royaume l’ennemi anglais ou bourguignon…
 
 Donc, elle videra sa bourse, s’endettera, fera fondre sa vaisselle d’argent pour payer ces hommes d’armes entre autres qui vont aller délivrer Orléans. Orléans, clé de ce pays de Bourges où s’est réfugié le dauphin. C’est elle encore qui va ouvrir la voie à travers les lignes ennemies vers Reims…vers le sacre.
D’ailleurs, à sa mort, la reine de Sicile « s’excusait (auprès de sa descendance) de ne laisser ni or, ni objets précieux. Tout fut dépensé pour ses enfants et son gendre. » Elle n’a cessé de confondre le destin du royaume avec celui de sa Maison.
Le roi fol Charles VI disparaît en 1422 suivant dans la tombe son gendre et roi d’Angleterre Henry V. Voici donc le chétif dauphin de Bourges devenu roi de France et ce malgré tous les obstacles élevés sur sa route. La reine de Sicile impose le duc de Richemont comme connétable, elle jette dehors certains favoris indignes (parfois définitivement, il est vrai !), convoque les états généraux à Poitiers. Une séance au cours de laquelle l’assemblée, enthousiaste, lui propose quasiment la régence :
 
S’il plait au roi, il commettra dès maintenant de ladite sureté à la reine de Sicile sa mère, et à ceux que ladite reine voudra appeler à le conseiller…

La transformation du petit prince maladif et craintif en monarque couronné et sacré n’est pas un mince épisode de l’histoire de la France. Yolande d’Aragon sait qu’il est absolument indispensable que le peuple de France apprenne que son nouveau roi, comme tous ses ancêtres, a été « oint » en la cathédrale de Reims, la ville de Clovis… en outre, il faut que le peuple de France se lève, enthousiaste et belliqueux enfin, et soit entraîné par une idée, une image, un miracle, pour bouter hors du royaume l’ennemi.
La « grosse affaire », la grande polémique pour certains, vrais ou éphémères historiens, est de savoir, d’essayer de comprendre le mystère Jeanne d’Arc.
 
Nous sommes au XVe siècle, la vie du peuple de France est empreinte de « merveilleux », de « mystère », d’interventions divines, il est environné de maléfices, de miracles.  Leur quotidien est rythmé par l’angélus,  leurs « loisirs » ou repos sont les jours de fêtes carillonnées.
Le royaume est dans un état de misère incommensurable, les « compagnies », lorsqu’elles ne sont pas engagées et surtout payées, ravagent et pillent les provinces. L’ennemi « anglois » occupe la quasi moitié de notre pays et les Bourguignons l’autre !
 
L’Histoire elle-même ne sait plus très bien où elle en est…
Question : Yolande d’Aragon a-t-elle joué un rôle dans l’intervention de la Pucelle ?
Deuxième  question : Jeanne serait-elle de souche royale, fille illégitime expédiée en Lorraine dès sa naissance et … «  retrouvée » soudainement à une période où elle pourrait être d’une utilité certaine ?
 
A mon avis, c’est l’évidence même quant à la première question. Je suis très dubitative quant à la deuxième, ne pensez-vous pas ?
Un des fils de Yolande d’Aragon, René d’Anjou (appelé on ne sait trop pourquoi le Bon Roi René) était marié à une princesse de Lorraine et avait entendu parler de Jeanne, il avait même assisté en 1428 à l’audience accordée par son beau-père et entendu celle-ci réprimander le duc de Lorraine en le priant :
-(…)tout d’abord de cesser d’entretenir des relations « coupables »avec sa « nièce »…
 
 et ensuite de lui :
-… bailler son fils (gendre) pour aller voir le dauphin…
 
Ce qui ne s’était pas réalisé d’ailleurs. René d’Anjou n’ayant rejoint son beau-frère qu’à Reims. Mais la reine de Sicile sait combien la situation des duchés de Bar et Lorraine, « enfoncés comme des coins entre les morceaux du duché de Bourgogne » représente une importance politique et géographique énorme, elle va donc utiliser l’idée du Merveilleux et du Miracle arrivant à point pour sauver le royaume de France, n’est-ce pas ? Jeanne la Pucelle sera l’Envoyée de Dieu pour les populations françaises mais, et c’est cela qui va devenir terriblement important, elle sera une Sorcière pour les Anglais qui ont, paraît-il, une crainte irraisonnée des phénomènes dits surnaturels. 
 
Ce qui importe encore, c’est que personne, y compris son propre père, ne voulait bien entendu croire Jeanne jusqu’alors… et voici que soudain, en 1428, les portes s’ouvrent, la route s’éclaircit, une escorte se forme. Jeanne sera écoutée, accompagnée, protégée, vêtue, nourrie…crue peut-être même !
En pleine guerre civile, une guerre d’homme, une petite paysanne (encore un point d’interrogation) ignorante, mais l’est-elle vraiment ?,  se lance dans une aventure sans précédent !
La polémique est rude entre les partisans de la « bergerette » de Domrémy et une naissance royale, enfant cachée d’Isabeau de Bavière et de son beau-frère Louis duc d’Orléans !
En ce XVe siècle où les femmes du peuple ne peuvent gouverner que leur foyer (et encore !), une toute jeune fille de dix-sept printemps montrant force d’âme et volonté peu communes, aurait pu toute seulette traverser des provinces ravagées et terriblement dangereuses, accompagnée de quatre écuyers (appartenant à la Maison d’Anjou !) ou valets. Lesquels, d’après leurs propres dires, n’auraient jamais eu vile pensée à son endroit ! Cette même enfant serait arrivée jusqu’à Chinon, aurait reconnu un dauphin (qui avait accepté de la recevoir) dissimulé dans la foule, lui aurait parlé, elle lui aurait redonné confiance et décidé à lever une armée pour aller tout d’abord (comme ça en toute simplicité !) délivrer Orléans assiégé, puis, pour couronner le tout (c’est le cas de le dire !)traverser les lignes tenues par les Bourguignons et arriver jusqu’à la cathédrale de Reims vers l’ange souriant, se faire apostropher par un moine , dans le but de faire sacrer le nouveau et seul roi de France…
Quelle histoire, encore une fois, mais quelle histoire !
Oui, il est évident que celle qui voulait la réussite de son gendre, qui désirait la paix et la prospérité dans ses états menacés, celle-là même ne pouvait laisser passer la chance qu’offrait l’arrivée de la Pucelle. Tout cela aurait pu être préparé à l’avance et c’est ce qui s’est passé !
La reine de Sicile a présidé à la fameuse vérification (c’est moi qui l’appelle ainsi !) de la virginité de Jeanne par les matrones. Yolande a mis en œuvre toute sa force, toutes ses « relations », tous ses avoirs, tous ses biens. Depuis la prime jeunesse de Charles, elle travaillait dans ce but, elle avait commencé par le former, avait su l’entourer de conseillers (oublieuse parfois de règles de morale trop strictes à son goût), conseillers certes partageant les mêmes idéaux et opinions qu’elle-même, fait nommer un nouveau connétable, faciliter un peu plus tard l’arrivée de Jacques cœur, grand argentier du roi. D’ailleurs, la reine de Sicile s’entendra avec lui le priant de lui fabriquer de la fausse monnaie, tant est grand son besoin d’argent, allant jusqu’à lui promettre l’impunité. Pourquoi n’aurait-elle pas compris, voire « inventé » l’importance de la mission johannique pour l’avenir du royaume ? Pourquoi n’en aurait-elle pas profité ?
 
Jeanne s’est dite l’Envoyée de Dieu. C’est bien. Mais Dieu choisit-il entre deux camps, chrétiens de surcroît ? Dieu a-t-il des préférences ? Tout le long des siècles, tous les camps ennemis se disent dans la Voie Réelle de Dieu. Contre celui qui combat « au nom de Dieu » il n’y a rien à faire, car il pense que son ennemi combat Dieu lui-même, ce qui est hautement haïssable ! A cette idée, chaque soldat se prend pour son Epée vengeresse…
Les Anglais et les Français… les Allemands et les Français ! Les Français entre eux, hélas !
Mais que Dieu est loin de tout cela !
L’historien Philippe Erlanger écrit ceci :
 
« La Bible nous montre Dieu donnant la victoire à son peuple contre les idolâtres. Son intervention entre deux pays pratiquant avec ferveur la même religion pose un problème beaucoup plus troublant auquel, je ne me hasarderai pas à chercher une solution… »
 
et il ajoute :
 
« Certains m’objecteront que Dieu n’a pas besoin de la reine de Sicile si la Pucelle est son envoyée. A ce compte, Dieu n’avait pas non plus besoin de Jeanne pour disperser les armées anglaises … »
 
Cela semble logique en effet. Mais Philippe Erlanger s’est heurté à une médiéviste du genre assez « buté » je dois l’avouer, Régine Pernoud, qui l’a attaqué affirmant haut et fort que Jeanne ne fut l’instrument de personne, pas facile à manier…
La lutte fait rage entre les deux historiens (chacun s’occupe comme il peut !) car Erlanger rétorque aussitôt qu’il n’a jamais écrit le contraire, la reine de Sicile ayant abandonné sa protégée dès que leurs vues politiques furent divergentes. En fait, lorsqu’elle n’eut plus besoin d’elle, désirant alors surtout renouer des liens normaux avec les Bourgogne.
Tiens, parlons en de la biographie (1945) de Philippe Erlanger sur Charles VII qui nous révèle des horizons encore insoupçonnés (pour moi en tout cas !) sur la présence incontestable de la princesse d’Aragon et sur son influence non moins  incontestable auprès du dauphin puis roi Charles.
Puis, en 2006, paraît  (enfin) une biographie passionnante de Yolande d’Aragon écrite par Arnaud des Roches de Chassay ôtant les derniers doutes et contentant nos cœurs avides de vérité.
Une vérité qui éclate, triomphante : la Pucelle aurait été chef des armées royales, certes, oui-da, mais on vêt le duc d’Alençon d’une armure blanche semblable à celle que porte Jeanne… ainsi, on pourra toujours apercevoir une armure blanche en tête des armées du roi !
 
– A elle de paraître, à toi de faire ! a recommandé la reine au jeune duc.
 Voilà qui est important !
 
Je dois ajouter que Yolande avait fait revêtir cette tenue « blanche » à Jeanne, afin peut-être d’impressionner encore davantage les Godons sous cette apparition un peu fantomatique. Effet réussi, car ils (les Anglais) hurlaient de terreur en l’apercevant !
Le nouveau roi de France, Charles septième du nom, sera sacré…sans la présence de Yolande d’Aragon. Cela aurait trop démontré son « importance » sans doute !
Et soudain, c’est la chute, la fin qui s’annonce. La Pucelle voudrait continuer à mener sa guerre contre l’Anglois ! Mais non, « on » n’a plus besoin d’elle ! son rôle est terminé. Les Anglais n’auraient-ils plus peur d’elle ? Il est vrai qu’à Paris elle va se trouver en face non pas des Godons, mais des Bourguignons. Peut-être peut-on voir là une des raisons de la fin de ses victoires. Elle va s’acharner de toutes ses forces, mais se trouve seule ou presque et, lorsqu’elle sera faite prisonnière… personne, non personne (vous voyez à qui en particulier je pense ?) ne lèvera le petit doigt pour la sauver. Yolande ne veut plus de guerre, de ruines, d’horreurs, elle veut arriver à une Paix établie entre la France, la Bourgogne, l’Angleterre.
Elle va débarrasser le royaume d’un conseiller néfaste, La Trémoïlle, le faire occire et le remplacer par son dernier fils, Charles du Maine, continuant ainsi à exercer le pouvoir sur le roi à travers son fils qui fournit Charles VII en jolies filles. De ce côté là, il a en effet une belle santé, il est vrai.
 
Et enfin, en 1435, s’ouvre le fameux Congrès d’Arras. Une salle pour les Français, une salle pour les Anglais et entre les deux, jouant les arbitres, le duc de Bourgogne, bien sûr !
Les Anglais, bien trop gourmands, quitteront le congrès très offusqués. Bast ! On fera sans eux déclare sans ambages la reine de Sicile ! Mais les exigences bourguignonnes sont énormes. Alors, raconte Arnaud des Roches de Chassay, les Français se retirent pour « prier ». De fait, ils envoient un chevaucheur à Yolande afin de solliciter son avis. Elle recommande de commencer par faire la paix avec la Bourgogne… en ce qui concerne les Anglais, on verra plus tard !
Il faudra attendre encore dix ans pour les voir quitter  (à part la ville de Calais) le royaume de France !
Mais l’œuvre de la reine ne va pas s’arrêter là, mais non. C’est encore elle qui va réunir les Etats Généraux à Orléans afin de trouver les ressources financières  et l’armée régulière dont désormais le roi a besoin. C’est encore elle qui fera établir que désormais les « annates », impôt que paye le clergé à Rome, soit payé … au roi de France !
 
Cadeaux royaux en vérité !
Ce seront les derniers, et c’est une reine épuisée qui va se retirer à Saumur, tout près de ce château qu’elle a tant aimé. Yolande d’Aragon y poussera son dernier soupir  le 14 novembre 1442 ou 1443.
Une grande Dame, une Dame si modeste que la majorité des historiens l’ont ignorée, une Dame dont il ne nous reste malheureusement aucun portrait sinon un vitrail !
Une grande Dame dont les petits-enfants seront les dignes héritiers : Louis XI et la fille de ce dernier, Anne de Beaujeu, son autre petite-fille, Marguerite d’Anjou reine d’Angleterre.
Pour l’historien Arnaud des Roches de Chassay, trois personnages,et eux seuls, ont fait l’unité et la grandeur de la France : Yolande, Louis XI  et sa fille Anne.
Il n’est jamais trop tard pour dire Merci, n’est-ce pas ?
 
Blanche de Castille
 
Mère de Saint Louis 1188–1252
 
L’Espagne et la Reconquête ! Un homme, Rodrigo Diaz de Bivar, sera parmi ceux qui refoulèrent les envahisseurs arabes conduits par Tarik en un point appelé depuis Gibraltar (Djebel Tarik).

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents