Les laïcités dans le monde
69 pages
Français

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Les laïcités dans le monde

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Description

La laïcité n’est pas une « exception française ». Elle n’est pas plus un « pur concept » intemporel. Il existe des laïcités dans le monde qui résultent de processus historiques divers, de fondements philosophiques pluriels et qui correspondent à des réalités sociales, culturelles et politiques elles-mêmes variées. Cela ne signifie ement que ces laïcités soient équivalentes mais implique, dans chaque situation, qu’un seuil minimal de laïcité ait été franchi.
Dans le contexte d’une troisième mondialisation, qui n’est plus une occidentalisation, cet ouvrage vulgarise des travaux très peu connus pour nous inviter à penser une géopolitique de la laïcité et en mieux saisir les enjeux.

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Informations

Publié par
Date de parution 08 octobre 2014
Nombre de lectures 16
EAN13 9782130652533
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0049€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

QUE SAIS-JE ?
Les laïcités dans le monde
JEAN BAUBÉROT
Président d’honneur de l’École pratique des hautes études (Sorbonne) Professeur émérite (chaire « Histoire et sociologie des laïcités »)
Quatrième édition mise à jour 7e mille
À lire également en « Que sais-je ? »
Jean Baubérot,Histoire de la laïcité en France, 3571
Guy Haarscher,La laïcité, 3129
Michel Levinet,Droits et libertés fondamentaux, 3888
Jean Grondin,La philosophie de la religion, 3839
Martine Pretceille,L’éducation interculturelle, n° 3487
Du même auteur
Vers un nouveau pacte laïque ?, Le Seuil, 1990.
Religions et laïcité dans l’Europe des Douze (éd.), Syros, 1994.
La Morale laïque contre l’ordre moral (1997), Le Seuil, réédit. 2009. Une haine oubliée (1870-1905)V. Zuber), Albin Michel, 2000. (Ouvrage (avec couronné par l’Académie française.) Religion, modernité et culture au Royaume-Uni et en France (1800-1914)(avec S. Mathieu), Le Seuil, 2002.
Laïcité (1905-2005) entre passion et raison, Le Seuil, 2004. La Laïcité à l’épreuve. Religions et libertés dans le monde (éd.), Universalis, 2004. De la séparation des Églises et de l’État à l’avenir de la laïcité (avec M. Wieviorka, éd.), Éd. de l’Aube, 2005.
Émile Combes et la princesse carmélite : improbable amour, roman historique, Aube-Poche, 2007.
La laïcité expliquée à M. Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours, Albin Michel, 2008.
Une laïcité interculturelle : le Québec avenir de la France ?, Éd. de l’Aube, 2008. Sacrée médecine. Triomphe et crise d’un sanctuaire de la Raison, (avec R. Liogier), Entrelacs, 2010. Laïcité sans frontières(avec M. Milot) Le Seuil, 2011.
La Laïcité falsifiée, La Découverte, 2012, réédit. 2014.
Une si vive révolte, L’Atelier, 2014.
Les sept laïcités françaises, édit. de la FMSH, 2015.
978-2-13-065253-3
Dépôt légal – 1re édition : 2007 4e édition mise à jour : 2014, octobre
© Presses Universitaires de France, 2009 6, avenue Reille, 75014 Paris
Sommaire
Page de titre À lire également en Du même auteur Page de Copyright Introduction – La laïcité, réalité internationale Chapitre I – Préhistoire de la laïcité I. –Contestations anticléricales II. –Distinctions dans le sunnisme III. –La société de chrétienté IV. –Les ruptures du XVI siècle e V. –Première mondialisation, premier État laïque VI. –Sécularisme et laïcité Chapitre II – Fondements philosophiques de la laïcité I. –La pensée séparatiste de Locke II. –L’anticléricalisme de Voltaire III. –La religion civile rousseauiste IV. –Naissance de la franc-maçonnerie V. –L’espérance du progrès Chapitre III – Despotismes éclairés, révolutions, laïcité I. –Le « despotisme… éclairé » II. –De la Révolution anglaise… III. –… à la Révolution américaine IV. –La Révolution française V. –Un premier seuil de laïcisation Chapitre IV – Laïcité et modernité triomphante I. –Sécularisation et laïcisation II. –L’Amérique latine III. –L’Europe IV. –La séparation des Églises et de l’école V. –Colonisation et modernité laïque VI. –Le deuxième seuil de laïcisation Chapitre V – Sociétés sécularisées et laïcité I. –Résistances à la domination occidentale II. –Les religions politiques III. –Les zigzags de la laïcité IV. –La laïcisation des mœurs Chapitre VI – Géopolitique de la laïcité I. –Mutations géopolitiques de la laïcité II. –Amérique du Nord III. –Amérique du Sud IV. –Afrique du Nord et Proche-Orient V. –Afrique subsaharienne
VI. –Asie VII. –Europe Chapitre VII –Laos,laïcité et défis du XXI siècle e I. –Un troisième seuil II. –Sécularisation et laïcisation aujourd’hui III. –De la citoyenneté au républicanisme IV. –Du pluralisme au multiculturalisme Bibliographie Notes
Introduction
La laïcité, réalité internationale
L’usage courant du terme « laïcité » est limité à certains pays. Mais la notion qu’il recouvre est beaucoup plus large. Une Déclaration universelle sur la laïcité au XXIe siècle, signée par 250 intellectuels de 30 pays en 2005, affirme : « Un processus de laïcisation émerge quand l’État ne se trouve plus légitimé par une religion ou une famille de pensée particulière et quand l’ensemble des citoyens peuvent délibérer pacifiquement, en égalité de droits et de dignité, pour exercer leur souveraineté dans l’exercice du pouvoir politique. […] Des éléments de laïcité apparaissent donc nécessairement dans toute société qui veut harmoniser des rapports sociaux marqués par des intérêts et des conceptions morales ou religieuses plurielles. » La Déclaration ajoute : « La laïcité n’est l’apanage d’aucune culture, d’aucune nation, d’aucun continent. Elle peut exister dans des conjonctures où le terme n’a pas été traditionnellement utilisé. »1 Cette approche rompt avec des idées reçues. Elle n’est pourtant pas éloignée de la conception de pères fondateurs. Ainsi, le rapport de la proposition de la loi française de séparation des Églises et de l’État (1905), écrit par Aristide Briand, citait différents pays comportant un régime de laïcité, entre autres le Brésil, le Canada, les États-Unis et le Mexique. Premier théoricien de la laïcité, le philosophe Ferdinand Buisson affirmait (en 1883) que la France était le pays « le plus laïque d’Europe ». C’était reconnaître que d’autres pays européens l’étaient aussi, à un degré moindre, et que des pays d’autres continents l’étaient peut-être plus. Pour Buisson, la laïcité s’enracine dans un processus historique où les « diverses fonctions de la vie publique » se sont séparées et affranchies de « la tutelle étroite de l’Église ». On en arrive finalement à « l’État laïque, neutre entre tous les cultes, indépendant de tous les clergés, dégagé de toute conception théologique ». Cette gouvernance politique permet « l’égalité de tous devant la loi » par « l’exercice des droits civils désormais assurés en dehors de toute conviction religieuse » et « la liberté de tous les cultes »2. La sociologue canadienne Micheline Milot et moi-même indiquons que les finalités de la laïcité sont la liberté de conscience et la non-discrimination pour raisons religieuses, et ses moyens la neutralité arbitrale de l’État, et la séparation des pouvoirs politiques d’avec les autorités religieuses3. La Déclaration citée définit la laïcité par trois principes : « respect de la liberté de conscience et de sa pratique individuelle et collective ; autonomie du politique et de la société civile à l’égard des normes religieuses et philosophiques particulières ; non-discrimination directe ou indirecte envers les êtres humains ». Des universitaires américains, indiens… envisagent leSecular State de façon analogue, nous le verrons. Ainsi, le vocabulaire a changé, la problématique reste proche de celle des pères fondateurs. Chaque perspective renvoie à des indicateurs qui signalent des degrés plus ou moins prononcés de laïcité, et non à une laïcité absolutisée. L’évaluation peut être diverse : Briand privilégiait logiquement le critère de la séparation, son classement aurait pu être différent s’il avait retenu l’école ou les mœurs. Il est donc possible d’étudier différentes laïcités existant sur notre planète en se montrant attentif aux processus historiques de laïcisation qui les ont constituées, aux fondements philosophiques qui les ont légitimées et à leur réalité sociale et politique actuelle, privilégiant soit la neutralité, soit la séparation, soit la liberté de conscience, soit la non-discrimination. Ces laïcités
ne sont pas équivalentes, et il est possible de les évaluer par rapport à ces quatre indicateurs. Cela implique néanmoins qu’un seuil minimal de laïcité a été franchi. Le sociologue mexicain Roberto Blancarte propose de définir ce seuil comme « un régime social de coexistence, dont les institutions politiques sont essentiellement légitimées par la souveraineté populaire et non plus par des éléments religieux »4. L’intérêt de cette définition est triple. Il consiste d’abord à rappeler que l’étymologie de « laïcité » provient du nom greclaos,le peuple distinct des clercs. Ensuite, ce propos se relie à deux idées centrales en la matière, articulées par la théorie du contrat : le principe de souveraineté dans et par le droit ; l’idée de l’individu titulaire de droits. Enfin, le sociologue rejoint l’analyse du philosophe belge Thomas Berns : la laïcité, lelaos existent en relation de tension non seulement avec la religion, mais aussi parfois avec l’État : Blancarte insiste lui-même sur « la subsistance de formes de sacralisation du pouvoir, même sous des schémas non strictement religieux », ce qui peut induire des luttes « pour une laïcisation de la laïcité ». Les relations d’écart, constitutives de la laïcité, précise Berns, ne sont « jamais définitivement acquises » ; elles peuvent « se retourner contre elles-mêmes » et doivent être « entretenues, renouvelées »5. Loin d’une conception substantiviste, figée pour laquelle existerait, de manière intemporelle, « la laïcité », pur concept platonicien dans le ciel des idées, loin de l’idée nationaliste d’une laïcité « exception française », nous trouvons là une approche rationnelle, dynamique de la laïcité où sciences humaines et philosophie politique concourent ensemble à la construction du savoir. Que cette approche soit internationale, que ce savoir circule et entre disciplines et entre chercheurs de différents pays enrichit et renouvelle l’étude de la laïcité.
Chapitre I
Préhistoire de la laïcité
Pour définir la laïcité, Buisson décrit un processus dont le point de départ serait la « confusion » des différents pouvoirs, leur « subordination » à la religion. En fait, peu de sociétés sont théocratiques. En général, même quand ils se trouvent en relation étroite, pouvoir politique et pouvoir religieux sont distingués, et le clergé ne gouverne pas directement. Cependant, il représente une puissance qui influe sur le pouvoir politique, car celui-ci se légitime par un fondement religieux. La laïcité est donc bien plus qu’une simple distinction entre « pouvoir temporel » et « pouvoir spirituel » ; elle résulte d’un processus historique où la modernité occidentale a joué un rôle important sans être exclusif. Toutefois, la distinction des pouvoirs fait que les sociétés non laïques ne présentent pas d’hétérogénéité absolue avec les laïcités actuelles qui elles-mêmes gardent des traces de périodes antérieures6. Chaque tradition peut donc acclimater la laïcité à sa culture, retrouver dans son passé des éléments qui,a posteriori, paraissent annonciateurs de laïcité. Par ailleurs, des formes d’anticléricalisme et des systèmes pluralistes ont existé de façon antérieure et extérieure à la modernité occidentale. Voici quelques exemples.
I. – Contestations anticléricales
D’origine européenne, la notion de « religion » peut s’appliquer de façon extensive si on la définit comme la gestion du rapport au sacré par un ensemble de croyances et de rites. Dès que cette gestion est confiée à des spécialistes, ces derniers « se trouvent en butte à des critiques. La vénalité, l’hypocrisie, la médiocrité, la débauche des clercs sont des thèmes (présents) un peu partout dans le monde »7. En Chine « médiévale », par exemple, la critique du vœu de chasteté s’effectue au nom de la « pierre angulaire de l’édifice confucéen qu’est la piété familiale »8. En Chine, au Japon, au Vietnam, les normes confucéennes ont constitué une métamorale délimitant l’espace de légitimité des religions. Dans le cas cité, il s’agit du bouddhisme. Mais le bouddhisme originel lui-même peut être considéré comme une doctrineproto-secular,voire anticléricale mettant en cause le système brahmanique de l’Inde ancienne9. L’anticléricalisme est universel, car le dispositif de gestion des rapports sacré/profane prête toujours à contestation. Il peut paraître insupportable que la distinction sacré/profane se marque par une différenciation entre humains (clercs et laïcs). Le mode de vie spécifique des clercs qui prétendent gérer le contact avec le sacré est mis en cause. Les clercs se voient reprocher d’être inhumains (aspect « antinaturel » du vœu de chasteté) ou trop humains (le clerc gras et libidineux). Quand l’anticléricalisme récuse les liens entre politique et religion, il devient laïcisateur. Certaines accusations concernent la propension de la religion à influencer l’État, à échapper à son contrôle, ou à être au service d’un État étranger ; d’autres dénoncent le conformisme de la religion face à l’État. Cet anticléricalisme peut aboutir à deux résultats divergents. Le premier est l’athéisme d’État qui veut éradiquer la religion : le communisme étatique l’a symbolisé, mais son effondrement en Europe et la panthéonisation de Mao Zedong en Chine montrent que l’on n’en finit pas facilement avec la religion. Le second est la laïcité où la religion est admise comme un phénomène social collectif mais qui doit être lié à des choix personnels, tension jamais facile.
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