Les mots de la fin ! - 200 adieux historiques
227 pages
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Description

C'est votre dernier mot ? Vous êtes sûr ?
Les dernières paroles réunies dans cet ouvrage, il y en a de toutes sortes. Elles sont tendres, résignées, courageuses, insolites, poétiques, angoissées, mystérieuses, codées, théatrâles ou parfois banales... mais elles sont toutes bien réelles. L'art du bon mot a en effet pollué depuis des décennies les derniers mots, l'art de la phrase quasi posthume qui fera parfois passer son "auteur" à la postérité.

Catherine Guennec est donc remontée à la source et ces 200 adieux sont contextualisés, expliqués et sourcés. Nul doute que ces ultimes déclarations vont vous émouvoir, vous étonner, voire vous faire rire.

Ce "dictionnaire des mots de la fin" vous permettra d'apprécier pour leur sens de la formule Apollinaire, Archimède, Béjart, Céline, Coco Chanel, Flaubert, Freud, Nostradamus, Sartre, Toulouse-Lautrec, Vian, Wagner, Zweig et tant d'autres !

Au commencement était le verbe... à la fin aussi !


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Informations

Publié par
Date de parution 24 mai 2017
Nombre de lectures 143
EAN13 9782360755226
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0400€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les dernières paroles réunies dans cet ouvrage, il y en a de toutes sortes. Elles sont tendres, résignées, courageuses, insolites, poétiques, angoissées, mystérieuses, codées, théatrâles ou parfois banales... mais elles sont toutes bien réelles. L'art du bon mot a en effet pollué depuis des décennies les derniers mots, l'art de la phrase quasi posthume qui fera parfois passer son "auteur" à la postérité.

Catherine Guennec est donc remontée à la source et ces 200 adieux sont contextualisés, expliqués et sourcés. Nul doute que ces ultimes déclarations vont vous émouvoir, vous étonner, voire vous faire rire.

Ce "dictionnaire des mots de la fin" vous permettra d'apprécier pour leur sens de la formule Apollinaire, Archimède, Béjart, Céline, Coco Chanel, Flaubert, Freud, Nostradamus, Sartre, Toulouse-Lautrec, Vian, Wagner, Zweig et tant d'autres !

Au commencement était le verbe... à la fin aussi !


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© Les Éditions de l’Opportun
16, rue Dupetit-Thouars
75003 PARIS
www. editionsopportun.com
Éditeur : Stéphane Chabenat
Suivi éditorial : Clotilde Alaguillaume / Pauline Labbé (pour l’édition électronique)
Mise en pages : Emmanuelle Noël
Conception couverture : MaGwen
ISBN : 978-2-36075-522-6
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
Ce document numérique a été réalisé par Pinkart Ltd


à Jacqueline, à Pierre et à Yvette
in memoriam


« Que cet ouvrage, par-delà son sujet [...] fasse naître chez celui qui le lira un grand désir de vie, qu’il lui dise la grandeur de notre existence et sa douloureuse beauté, tel est mon souhait. Car le plus haut degré de la sagesse consiste à concilier les extrêmes et, dans leur totalité retrouvée, celle du jour qui n’oublie pas qu’il est moitié de nuit, de répéter à l’homme qu’il vivra demain et encore demain et encore et encore [...]. »
Robert Sabatier, extrait de la préface du Dictionnaire de la mort,
Albin Michel, 1967.
« To die, to sleep
To sleep perhaps to dream ? »
« Mourir, dormir
Dormir peut-être pour rêver ? »
Épitaphe d’un inconnu au cimetière Saint-Louis d’Évreux.

Avant-propos
Les dernières paroles (celles prononcées lucidement), il y en a de toutes sortes. Des tendres, des résignées, des courageuses, des nerveuses, des insolites, des poétiques, des mystérieuses, des angoissées, des théâtrales, des ordinaires (même pour des « artistes de la phrase »)..., des apocryphes aussi. On prête si généreusement aux morts ! Beaucoup sont modifiées ou inventées dans un souci de grandeur ou de convenance. Certaines poursuivent même avec acharnement le bon mot et « Se non è vero è ben trovato » comme disent les Italiens. Des exemples ? : « C’est la première fois qu’on m’aura pour douze balles » (Mata Hari) ; « Ou bien c’est ce papier peint qui disparaît ou moi » (Oscar Wilde)... On n’y croit pas trop, non ? Et puis, quand la réalité n’est pas assez jolie, on la réinvente. Des mots confus ou inintelligibles, l’absence de paroles et voilà qu’on nous tricote encore du sur mesure digne du trépassé...
La légende des personnages de légende va son chemin, brodant, rebrodant parfois de jolies choses d’ailleurs, mais que nous essaierons de démasquer (pas si facile…) et de vous signaler. Ces faux bons mots ante mortem ont sans doute quelque chose à nous dire ou à nous apprendre, comme tous les vrais...
Les citations* retenues, plus de deux cents, toutes sourcées et contextualisées, vont vous émouvoir, vous étonner et même vous amuser. Exhumons leur beauté, leur tendresse, leur originalité ou leur folie derrière lesquelles peuvent se cacher le secret ou la vérité d’une vie (la mort – « la chose distinguée » , comme l’appelait Henry James – ne devrait-elle pas faire tomber tous les masques ?). Peut s’y camper encore une simplicité désarmante voire une terrible banalité. Terrible mais « considérable », comme l’écrivait Claude Aveline. « La phrase banale devient considérable quand rien au monde ni de soi-même n’est plus assez fort pour qu’une autre la suive... »
Si les hommes passent et trépassent, leurs paroles parfois savent ne pas mourir. « Mourir, plutôt crever ! » disait l’ami Siné. Trois bons derniers mots gravés sur sa tombe au cimetière Montmartre.
« Au commencement était le verbe. » À la fin aussi...
*Une bibliographie finale permet d’identifier leurs références.
A
Guillaume APOLLINAIRE , de son vrai nom Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky (poète, écrivain, 1880-1918)
« Sauvez-moi docteur, je veux vivre, j’ai tant à faire... »
Des derniers mots comme une prière, une supplique... Celle du « poète combattant », déclaré « mort pour la France » et emporté par la grippe espagnole, le 9 novembre 1918 vers 17 heures. Deux jours avant la signature de l’armistice de la Première Guerre mondiale.
La nuit même, le jeune Cocteau, qui a veillé le poète avec Ruby (Amelia Kolb, « la jolie rousse », sa femme), Max Jacob et Picasso, écrit à André Salmon : « Le pauvre Apollinaire est mort [...], [il] ne s’est pas vu mourir. Mon docteur espérait le sauver, mais il avait les deux poumons atteints. C’est une grande tristesse. Il est parvenu à vivre par un miracle d’énergie jusqu’à 5 heures. Son visage est calme et tout jeune. »
Deux jours plus tard, le convoi funèbre file vers le Père-Lachaise.
Chaque année, le 9 novembre, amis et admirateurs d’Apollinaire se réunissent autour de la stèle de granit (23 e rangée, division 89) où « rayonne le nom de Guillaume Apollinaire ». Le monument-menhir, conçu par Picasso, a été financé par la vente de deux œuvres de Matisse et Picasso (1924). La tombe porte une double épitaphe extraite du recueil Calligrammes, trois strophes de Colline et un calligramme de tessons verts et blancs en forme de cœur qui se lit « mon cœur pareil à une flamme renversée ».
Il l’a dit aussi...
Un petit mois avant de rendre l’âme, « Kostro l’exquis » (un des surnoms d’Apollinaire) faisait preuve d’un certain humour :
« Alphonse III a la grippe espagnole, disait-il. La nouvelle ne nous étonne qu’à moitié : un bon roi doit avoir à cœur de n’user que des produits nationaux. »
Annette Becker, Apollinaire, une biographie de guerre, Tallandier, 2009.
Louis ARAGON (poète, écrivain, 1897-1982)
« Je fais ce que je peux. »
Il part une nuit de Noël en prononçant sans doute ces six mots. Après ses obsèques, le cercueil est emporté dans le parc de sa propriété de Saint-Arnoult-en-Yvelines. Aragon est inhumé sous une grande dalle où l’attendait depuis juin 1970 Elsa Triolet. Sur la pierre, des mots gravés : « Quand côte à côte nous serons enfin gisant … » Et « Il y aura toujours l’eau, le vent, la lumière / Rien ne passe après tout si ce n’est le passant*... »
* Extrait de Les Yeux et la Mémoire (1954), Chant II : « Que la vie en vaut la peine ».
Pour le meilleur et pour le pire
« Quand côte à côte nous serons enfin gisant, l’alliance de nos livres nous unira pour le meilleur et pour le pire dans cet avenir qui était notre rêve et notre souci majeur à toi et à moi. La mort aidant, on aura peut-être essayé et réussi à nous séparer plus sûrement que la guerre en notre vivant.

Les morts sont sans défense. Alors nos livres croisés viendront, noir sur blanc la main dans la main, s’opposer à ce qu’on nous arrache l’un à l’autre. Elsa. »
Intégralité de l’épitaphe gravée sur leur tombe
* * *
Il l’a dit aussi...
« Il est plus facile de mourir que d’aimer. C’est pourquoi je me donne le mal de vivre, mon amour. »
Elsa, 1959.





ARCHIMÈDE de Syracuse (physicien, mathématicien, 287 av. J.-C. -212 av. J.-C.)
« Ne dérange pas mes cercles. »
Derniers mots d’Archimède, nous affirme-t-on depuis longtemps.
On sait peu de chose sur lui..., si ce n’est la fameuse « poussée d’Archimède » (« tout corps plongé dans un fluide subit une poussée verticale… ») et son fameux « Eurêka » ( j’ai trouvé ) qu’il aurait lancé du fond de sa baignoire après avoir trouvé la solution à un quelconque problème. L’anecdote est douteuse... tout comme les derniers (trop jolis) mots qu’on lui attribue mais que l’on vous livre quand même.
Explication de ces ultima verba supposées : Syracuse était tombée aux mains des Romains. Un soldat croise et bouscule notre vieux mathématicien traçant des figures géométriques sur le sol (des cercles ! naturellement). Rebuffades du savant : le Romain l’envoie ad patres d’un coup d’épée d’un seul.

Raymond ARON (philosophe, journaliste, 1905-1983)
« Au journal ! »
Le philosophe meurt le 17 octobre 1983 « en courant du palais de Justice aux bureaux de L’Express ». « Au journal ! » lance-t-il à son chauffeur avant de s’écrouler sur la banquette arrière de la voiture.
Ce seraient ses véritables derniers mots, contrairement à la légende qui lui fait dire, comme ultime et très jolie phrase : « Je crois que je suis arrivé à dire l’essentiel. » Phrase qu’il a effectivement prononcée, mais en sortant de la 17 e chambre correctionnelle du tribunal de Paris où il était allé plaider la cause de Bertrand de Jouvenel.

20 octobre 1983, cimetière Montparnasse
Raymond Aron est enterré dans l’indifférence des pouvoirs publics. Une petite centaine de personnes suit l’enterrement. Ni discours ni fleurs de l’Élysée ou du gouvernement.
« Des sanglots officiels ont accompagné Tino Rossi à sa dernière demeure et pour Raymond Aron, rien », écrit Philippe Alexandre ( Notre dernier monarque, Robert Laffont, 2016). Aron l’avait toujours dit : « J’ai réussi à être toujours fâché avec les hommes de pouvoir. »






Jean ARP (peintre, sculpteur, poète, 1886-1966)
« Je vous aime tous et je m’en vais maintenant rejoindre ma Sophie. »
Dernières paroles pour les siens et dernière pensée pour sa Sophie.
Il part un 7 juin rejoindre sa première femme, Sophie Taeuber (épousée en 1922) avec laquelle il s’était lancé dans la recherche artistique expérimentale et avait créé d’immenses œuvres abstraites à quatre mains.
Sophie (1889-1943) était morte à Zurich, intoxiquée par le monoxyde de carbone émis par un poêle à gaz défectueux. Sa mort anéantit Jean Arp qui ne travailla plus pendant trois ans.
La vie, l’amour, la mort…
« Ce n’est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons. Elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable. La mort est le sel de notre amour. C’est la vie qui dissout l’amour. »
François Mauriac, Le Désert de l’amour , 1924 .

B
Jean-Sylvestre BAILLY (mathématicien, astronome, président de la Constituante, premier maire de Paris, 1736-1793)
« ... seulement de froid, mon ami. »
10 novembre 1793. Il fait un froid de gueux, le bourreau n’en finit pas de préparer son infernale machine, « le grand rasoir national »... Bailly va être guillotiné. On mène le vieil homme à l’échafaud. Il est frigorifié, grelotte, claque des dents. « Tu trembles, Bailly ! » se moque un assistant du bourreau (ou un homme du peuple, les sources diffèrent). « Oui. .., lui répond-on, mais seulement de froid, mon ami . »

Honoré de BALZAC (écrivain, 1799-1850)
« Appelez Bianchon ! seul Bianchon peut me sauver ! »
Vérité ? Élucubration ? Sur son lit de mort, dans son délire, Balzac aurait réclamé un médecin, et pas n’importe lequel : Bianchon. Horace Bianchon n’est autre qu’un des nombreux personnages créés par l’écrivain, le médecin de La Comédie humaine .
Balzac repose au Père-Lachaise. C’est Victor Hugo qui prononça son oraison funèbre. Le jour des obsèques, il pleuvait fort. La rumeur prétend que le pauvre Hugo, après avoir glissé sur le bord de la fosse, se serait retrouvé assis sur le cercueil ! Là encore, vérité ? Élucubration ? En ce qui nous concerne, notre religion est vite faite...

Balzac honoré... 19 août 1850, discours prononcé à ses funérailles (extrait)
« [...] Messieurs, le nom de Balzac se mêlera à la trace lumineuse que notre époque laissera à l’avenir. [...] Depuis quelques mois, il était rentré en France. Se sentant mourir, il avait voulu revoir la patrie, comme la veille d’un grand voyage on vient embrasser sa mère !
Sa vie a été courte, mais pleine, plus remplie d’œuvres que de jours !
Hélas ! ce travailleur puissant et jamais fatigué, ce philosophe, ce penseur, ce poète, ce génie, a vécu parmi nous de cette vie d’orages, de luttes, de querelles, de combats, commune dans tous les temps à tous les grands hommes. Aujourd’hui, le voici en paix. Il sort des contestations et des haines. Il entre, le même jour, dans la gloire et le tombeau. Il va briller désormais, au-dessus de toutes ces nuées... parmi les étoiles de la patrie.
Vous tous qui êtes ici, est-ce que vous n’êtes pas tentés de l’envier ? [...] »
(Victor Hugo , Littérature et philosophie mêlées, tome 2, Librairie L. Hachette et C ie , Paris, 1868.)

Jules BARBEY d’AUREVILLY (écrivain, critique, 1808-1889)
« ... » (4 larmes)
« Je vais mourir... » annonce-t-il vingt-quatre heures avant de partir.
Le « connétable des lettres » souffre d’une hépatite qui, il le sait, lui sera fatale. Louise Read (sa dernière et dévouée amie, rencontrée en 1879) l’accompagne jusqu’à son dernier souffle. Le 23 avril au matin, il est de plus en plus faible. Huit heures et demie : elle lui tient les mains. Le visage du mourant « se contracte, deux grosses larmes coulent de l’œil droit. Un moment de calme puis deux larmes encore. » Puis, « tout [est] fini », raconte-t-elle.
Ce grand bavard part sans un ultime mot mais sur quatre larmes...

Madame BARRAULT , mère de Jean-Louis Barrault (comédien, metteur en scène, 1910-1994)
« Si tu savais... c’est merveilleux. »
Jean-Louis Barrault nous a livré dans un de ses livres, Une vie sur scène (entretiens avec Guy Dumur 1981, Flammarion 2010), les derniers mots de sa mère. Elle disparaît le 14 juin 1939. « Je voudrais ajouter un mot à propos de la mort de ma mère, son dernier mot, écrit-il. Je suivais son agonie quand tout à coup, elle me fait signe de m’approcher d’elle et me dit : “Si tu savais... c’est merveilleux.” Là j’avais l’impression qu’elle m’enfantait une nouvelle fois à l’occasion d’un passage aussi important, celui de la naissance ou de la mort. Ma mère me soufflait que tout cela était merveilleux. »

Béla BARTOK (musicien hongrois, 1881-1945)
« Ce qui m’attriste le plus, c’est que je doive partir la valise pleine. »
26 septembre 1945. Bartok répète à plusieurs reprises cette dernière phrase. Regrets éternels de partir sans « avoir terminé ses dernières partitions » ...
Il vit ses dernières années aux États-Unis où, à partir de 1943, sa situation financière s’améliore : Serge Koussevitzky, Leonard Primrose et Yehudi Menuhin lui commandent des partitions qu’il n’arrivera pas à toutes terminer. Il meurt au West Side Hospital de New York (des suites d’une leucémie).
Dix personnes suivront son cercueil au cimetière Ferncliff à Hartsdale (N.Y). Les honneurs viendront mais de façon posthume. La Hongrie publie une série de timbres à l’effigie du compositeur ; une rue dans Budapest porte son nom ; le centenaire de sa naissance de même que le cinquantenaire de sa mort sont célébrés dans le monde entier par des concerts et festivals consacrés à ses travaux. Enfin, 7 juillet 1988, soit quarante-trois ans après sa mort, son cercueil est transféré à Budapest où il a droit à des funérailles nationales.

Marie BASHKIRTSEFF (diariste, peintre, sculptrice ukrainienne, 1858-1884)
« Nous allons nous éteindre ensemble. » (en fixant la flamme d’une bougie mourante)
31 octobre 1884. Elle a 25 ans et meurt de tuberculose.
Quelque temps auparavant, se sachant condamnée, elle relit son Journal , qu’elle avait commencé à tenir – en français – dès l’âge de 12 ans. Cinq mois avant le grand voyage, elle y écrit : « Si j’allais mourir, comme cela, subitement, je ne saurais peut-être pas si je suis en danger, on me le cachera... Il ne restera bientôt plus rien de moi... rien... rien ! C’est ce qui m’a toujours épouvantée. Vivre, avoir tant d’ambition, souffrir, pleurer, combattre, et, au bout, l’oubli !... comme si je n’avais jamais existé... Si je ne vis pas assez pour être illustre, ce journal intéressera toujours : c’est curieux, la vie d’une femme, jour par jour, comme si personne au monde ne devait la lire, et, en même temps, avec l’intention d’être lue. »
Ses derniers mots seraient-ils trop jolis pour être vrais ?
Un studio d’artiste pour dernière demeure
Marie Bashkirtseff est enterrée à Paris (XVI e ) au cimetière de Passy. Sa tombe, déclarée monument historique, reconstitue son atelier dans la chapelle funéraire du cimetière (1886).






Charles BAUDELAIRE ( poète, critique d’art, essayiste, 1821-1867)
« Crénom ! Crénom !... »
1867. Dernier jour d’août, dernier matin de Baudelaire... Foudroyé par plusieurs attaques d’apoplexie, il a perdu l’usage de la parole et est paralysé du côté droit. Hémiplégique, aphasique, il aurait pourtant murmuré, avant de partir « crénom... » et « avec extase », selon Nadar ( Charles Baudelaire, le poète vierge ).
À la fin de sa vie, Baudelaire ne parvenait plus qu’à articuler ce seul mot.
Jules Vallès raconte...
« Il ne lui restait ouvert que le quart d’un œil dans cette tête qui retombait trop lourde sur l’épaule [...]. Il ne pouvait articuler qu’un mot, comme un enfant, mais ce mot, il le gémissait, le ricanait, et, avec des hoquets de colère ou de joie, il traduisait ses impressions suprêmes ! On lui montra une fleur : il lui fit risette avec son sourire de fou. “ Cré nom ! cré nom !” roucoulait-il en balançant la tête, et comme ému par le parfum et par l’éclat. Cré nom ! C’était tantôt un salut et tantôt un juron, suivant qu’on lui montrait une chose ou un nom qu’il avait aimés ou haïs. Cré nom ! C’était peut-être aussi le grognement idiot du désespoir ! – Qui sait [...]. »
Jules Vallès, Charles Baudelaire, La Rue, 7 septembre 1867.





Pierre Augustin Caron de BEAUMARCHAIS (poète, écrivain, affairiste, agent secret, 1732-1799)
« Bonne nuit tout le monde ! »
… aurait-il lancé, comme à son habitude, avant d’aller se coucher.
Après un bon dîner avec des amis, il meurt d’une apoplexie foudroyante dans la nuit du 17 mai 1799. Son serviteur le retrouve mort dans son lit.
Il est inhumé dans un tombeau qu’il avait fait aménager dans ce qu’il appelait son petit jardin. Sa maison du boulevard Saint-Antoine démolie, on le transporta au cimetière du Père-Lachaise (division 28). Il y repose toujours.
Des voisins célèbres
Père-Lachaise, division 28, reposent ensemble pour l’éternité d’autres célébrités comme : Barras (député à la Convention qui contribua à la chute de Robespierre), Béranger (le chansonnier), Brillat-Savarin(le gastronome qui réclamait un dies irae aux truffes dans ses derniers moments – voir plus loin ), quelques militaires comme le maréchal Masséna, le maréchal Lefebvre, l’heureux époux de « Mme Sans-Gêne », mais aussi Richard Wallace (le philanthrope britannique qui dota Paris de fontaines qui portent son nom)...





Ludwig van BEETHOVEN (musicien allemand, 1770-1827)
« Plaudite, amici, comedia finita est. » (« Applaudissez, mes amis, la comédie est terminée. »)
« Ce fut le 26 mars 1827 à 5 h 3/4 du matin que notre immortel ami rendit le dernier soupir », écrit le chef de musique Schindler à M. Moschelès (Vienne. Lettre du 4 avril 1827). Schindler, qui a assisté « l’immortel ami » jusque dans les derniers moments, précise que Beethoven délirait presque continuellement depuis le 24 avril avec quelques rares « intervalles lucides ». « Il sentait sa fin approcher », le 23, il disait – dernières paroles intelligibles relevées – à Schindler et M. Breuning, un autre ami, « Plaudite, amici... » (la citation fameuse de l’empereur Auguste). Le départ du génie est souvent théâtralisé à outrance. Lisez plutôt : « Vers la fin de l’après-midi du 26 mars 1827, le ciel s’assombrit. Tout à coup, un éclair illumine la chambre de Beethoven, aussitôt suivi du craquement sinistre d’un énorme coup de tonnerre. Beethoven ouvre les yeux, se redresse en brandissant le poing vers le ciel, puis s’effondre, mort... » (Il partit effectivement un jour d’orage.) Beaucoup de dernières paroles apocryphes peuvent encore être relevées. Trop tentant de faire dire au musicien sourd « Au ciel j’entendrai » ou autre « J’entendrai au paradis »... Schindler, qui assistait son ami Beethoven jusqu’à l’ultime instant, n’a rien entendu de tel. Il n’était pourtant pas sourd, lui !





Maurice BÉJART , de son vrai nom Maurice-Jean Berger (danseur, chorégraphe belge*, 1927-2007)
« Appareillons... »
L’un des plus grands noms de la danse s’envole un 22 novembre (0 h 25), sur ce dernier mot. Un écho aux Fleurs du mal de Baudelaire et de son poème Le voyage : « Ô mort, vieux capitaine, il est temps ! Levons l’ancre. Ce pays nous ennuie, ô mort ! Appareillons ! [...] » Il allait avoir 81 ans le 1 er janvier qui suivait. Ses cendres ont été dispersées à sa demande sur les plages d’Ostende, en Belgique, son pays d’adoption si cher à son cœur.
* Lettre destinée au consulat de Belgique écrite à Genève un mois avant sa mort : « Si je demande aujourd’hui ma naturalisation belge, c’est parce que je me suis toujours senti proche de la Belgique, bien plus proche que de la France qui est pourtant le pays où je suis né. Je pense qu’aujourd’hui est venu le temps d’officialiser cette relation indéfectible. Que je puisse enfin lire dans les dictionnaires et les biographies qui me sont consacrés, “Maurice Béjart, chorégraphe belge”, c’est là mon souhait le plus sincère. »
Il l’a dit aussi...
« Je crois que l’on meurt toujours à temps... Le temps est compté différemment pour chacun mais on meurt à temps. »
Interview à l’agence de presse suisse ATS, sd.





Georges BERNANOS (écrivain, 1888-1948)
« Et maintenant, à nous deux ! »
L’auteur des Dialogues des carmélites , ultime méditation sur la mort, aurait réservé à cette dernière ou à Dieu ces derniers mots.
On lui prête encore ceux-ci : « Voilà que je suis pris dans la sainte agonie. »
La première proposition, plus courte, débordante de courage et de curiosité, ne manque pas de panache.
« Alors le soleil s’était dégagé... »
« ... L’abbé Pézeril était au moment de son oraison funèbre où il rappelait que lors des derniers sacrements, Bernanos lui avait dit doucement, parlant sans aucun doute de Dieu : ‘‘ Et maintenant, à nous deux’’ ... Alors le soleil s’était dégagé, et un rayon droit comme une barre était venu se poser sur le cercueil. »
André Malraux, Antimémoires , œuvres complètes, tome III, La Pléiade, 1996

Jacques Henri BERNARDIN de SAINT-PIERRE (écrivain, 1737-1814)
« ... Je sens que je quitte la terre et non la vie. »
21 janvier 1814. Il neige, le vent souffle et malmène les arbrisseaux sous sa fenêtre, « tout est triste », rapporte un proche. Départ plein d’espoir quand même pour Bernardin de Saint-Pierre qui console sa famille en pleurs.
La phrase exacte est d’ailleurs un peu plus longue que celle citée ci-dessus. (Voir l’encadré.)
Ses « presque derniers mots »
« Quelques heures avant sa mort, en sortant d’une longue faiblesse, comme il les vit tous en pleurs autour de son lit, il leur tendit la main ; sa voix n’était plus qu’un souffle, à peine il put nous dire : ‘‘Ce n’est qu’une séparation de quelques jours. Ne me la rendez pas douloureuse. Je sens que je quitte la terre pas la vie !’’ Et comme s’il eut cédé à la plus tendre conviction, il ajoute : ‘‘Que ferait une âme isolée dans le ciel même ?’’ Ces mots touchants furent presque les derniers qu’il prononça. Peu d’heures après, il n’était plus ! »
Henri Bernardin de Saint-Pierre , Essai sur la vie de Bernardin de Saint-Pierre, Lefebvre éd. Paris, 1836.





Sarah BERNHARDT (comédienne, 1844-1923)
« Comme la mort est lente à venir... Je veux des fleurs, beaucoup de fleurs... »
26 mars 1923. Celle pour qui Cocteau inventa l’expression de « monstre sacré » ne lâche ni la main de Maurice, son fils unique et adoré, ni celle de sa fidèle amie Louise Abbéma. Dans son lit à colonnes, elle a revêtu une longue robe blanche de satin sur laquelle est épinglée sa Légion d’honneur. Elle tient un crucifix et reçoit l’extrême-onction. Ses derniers mots sont pour son Maurice.
On lui en prête d’autres... Ceux-là néanmoins paraissent assez vraisemblables.

Un cercueil en poirier et bois de rose...
... capitonné de satin blanc, avec poignées en argent, la suivait dans ses déplacements et trônait dans sa chambre. Elle s’y allongeait, s’y reposait, y dessinait, y entassait les lettres de ses amants... « Quand même » , sa devise, était gravée sur la « boîte ».

* * *
Elle l’a écrit aussi...
« La vie est courte, même pour ceux qui vivent longtemps. Il faut vivre pour quelques-uns qui vous connaissent, vous apprécient, vous jugent et vous absolvent, et pour lesquels on a même tendresse et indulgence [...]. »
Ma double vie, Mémoires de Sarah Bernhardt, 1907.
.





François-Georges Mareschal de BIÈVRE ( marquis de Bièvre, auteur de théâtre, 1747-1789)
« On ne me tirera jamais de ce pas. » [de Spa]
Bièvre prend les eaux à Spa en 1789. Il s’est toujours distingué par ses reparties, ses calembours (regroupés dans un « Biévriana », 1800). À l’heure du grand départ, il ne faiblit pas, au moins sur cet article. Incorrigible, il aurait fait ce dernier jeu de mots.
Encore une (trop ?) belle repartie ante mortem ? C’est à craindre..., mais après tout, pourquoi refuser à l’auteur ce dernier bon mot et ce joyeux départ dans l’au-delà !
On découvre pourtant dans la littérature d’Ange de Saint-Priest ( Encyclopédie du xix e ) que Bièvre serait peut-être décédé trois ans plus tard, en 1792, à Anspach, « capitale du margraviat de ce nom, en Franconie ». Plus difficile, le jeu de mots avec « Anspach »... Quoi qu’il en soit, Saint-Priest le précise : « Les personnes qui ont particulièrement connu M. de Bièvre assurent qu’il était souverainement bon et obligeant. » Et on termine juste par une petite rosserie : « Il n’a guère moins rendu de services qu’il n’a dit et publié de niaiseries »...
Un auteur inspiré
Le facétieux marquis calembouriste glissait ses jeux de mots partout. Un exemple ? Le titre d’une de ses œuvres : Les amours de l’ange Lure et de la fée Lure (1772). « La fée Lure » qui croisa bien sûr « la Fée Néantise », « la Fée Licité » ... Que des fées Nomènes !...






Léon BLOY (écrivain, essayiste, pamphlétaire, 1846-1917)
« C’est très pénible, l’esprit ne peut s’accrocher à rien, il glisse... O crux ave, spes unica. » (« Salut, Ô croix, notre unique espérance »)
Derniers échanges avec son filleul... Avant-dernières paroles : « C’est très pénible... » C’est bientôt la fin. Sa femme s’approche en murmurant « Ave o crux spes unica ». Le moribond, si préoccupé de Dieu dans un monde qu’il juge « au seuil de l’Apocalypse », rectifie : « O crux ave, spes unica »... Ce seront, d’après le témoignage de son filleul, ses dernières paroles.

Antoinette Madeleine de BORDEAUX , baronne de FONTAINE MARTEL (?-1733).
« Ma consolation est qu’à cette heure je suis sûre que quelque part on fait l’amour. »
Amoureuse des belles lettres, des beaux esprits, amie de Voltaire qu’elle héberge de longs mois, la dame avait de la conversation et le sens de la formule.
Sa toute dernière, on aimerait tellement qu’elle soit vraie...

François BORDIER (acteur des Variétés amusantes, 1758-1789)
« Y monterai-je ou n’y monterai-je pas... »
Bordier s’était rendu célèbre grâce à une fameuse réplique d’une pièce intitulée Le Ramoneur prince . Au moment de monter dans une cheminée, il disait : « Y monterai - je ou n’y monterai-je pas. » Une tirade qu’il resservit au bourreau qui allait le pendre. Au pied de l’échelle, il redit en souriant sa tirade, ses derniers mots : « Y monterai-je ou n’y monterai-je pas ? » Il y monta, hélas ! Ce jeune homme, talentueux et d’une vraie « gaieté de caractère », qui allait convoler en justes noces avec l’actrice Mlle Fiat, s’était trouvé malencontreusement pris dans une émeute populaire à Rouen. Il est arrêté, condamné... Un de ses amis l’avait invité à quitter Paris pour se reposer à la campagne afin de se remettre de soucis de santé. « Il relevait d’une maladie dangereuse dont il eût mieux fait de mourir », écrivait la comédienne Louise Fusil. Et le jeune Bordier monta à l’échafaud et au ciel...

BOURVIL , de son vrai nom André Raimbourg (acteur, chanteur, humoriste, 1917-1970)
« C’est pas juste. »
Matin du 23 septembre 1970. Il serait mort au milieu des siens dans son appartement parisien du boulevard Suchet en soufflant ces quatre derniers mots. Il n’avait que 53 ans...
C’était un 26 janvier...
Bourvil est enterré à Montainville (Yvelines) où il avait une maison de campagne, pas loin de celle de Brassens, le Moulin de la Bonde. Les deux hommes s’appréciaient et échangeaient en week-end des conseils sur les tondeuses à gazon ou parlaient littérature... C’est en se rendant sur sa tombe à Montainville que Jeanne Lefrique (1918-1986), l’épouse de Bourvil, va trouver la mort un 26 janvier dans un accident de voiture...


Johannes BRAHMS (musicien allemand, 1833-1897)
“Ach! Das ist gut!” (« Ah ! c’est bon ! »)
3 avril 1897. Ultimes paroles après un dernier petit verre de vin du Rhin, autorisé par le médecin malgré la gravité du mal, mais vu sa fin proche... Johannes Brahms est inhumé au cimetière central de Vienne. Comme Beethoven et Schubert.
« Aimez-vous Brahms ?... »
... la question que l’on aurait aimé poser à une certaine Clara...
Brahms fait la connaissance de deux musiciens : Robert et Clara Schumann (mère de six enfants, de quatorze ans plus âgée que lui). C’est LE coup de cœur ! Robert Schumann qui l’aidera dans sa carrière devient son ami mais... Clara le fascine. Leurs liens s’intensifient, surtout après l’internement de Robert (qui souffre d’hallucinations). « Tes lettres sont pour moi comme des baisers » , écrit Brahms à Clara.
Le décès de Robert Schumann viendra curieusement bouleverser cette liaison. Brahms poursuit l’espoir de la consoler, mais Clara s’éloigne peu à peu. Ils restent en contact (par lettres). Et puis un jour, Brahms reçoit de Marie, la fille de Clara, une sinistre nouvelle : « Notre mère s’est aujourd’hui paisiblement endormie »... Pas question de ne pas assister aux obsèques. Il se jette dans un train... mais se trompe de correspondance. On repousse alors l’enterrement pour qu’il puisse y assister. Il arrive finalement à Francfort. Mais nouvelle méprise ! L’enterrement a lieu à Bonn. Brahms a quand même le temps d’accourir et de s’effondrer dans la petite chapelle où « Clara l’attendait sagement… Comme toujours. » Curieuse histoire que la leur, pétrie de malentendus et de contretemps... jusqu’à la fin !






André BRETON (poète, écrivain, 1896-1966)
« Quelles sont les véritables dimensions de Lautréamont ? »
Dernières paroles... surréalistes.
27 septembre 1966. Le poète croate Radovan Ivsic (1921-2009) accompagne Breton dans l’ambulance qui les emmène de Saint-Cirq-Lapopie vers Paris. En route, à l’occasion d’un arrêt, Breton l’interroge sur Lautréamont. Il meurt le 28 septembre.
« Rappelez-vous cela, rappelez-vous bien tout », prononcera d’ailleurs à plusieurs reprises le « chercheur de l’or du temps » le dernier mois de sa vie :
« Le visage marqué par une étrangeté nouvelle », il confiait à Radovan Ivsic : « Je ne me retrouve pas […]. Je suis extérieur à ma pensée. Dès que ce sera possible, demandez à Alquié [Ferdinand Alquié] si ce phénomène d’extériorité existe. Rappelez-vous cela, rappelez-vous bien tout. Au milieu de la nuit, je ne suis plus qui je suis, je ne suis pas moi-même. Puis, quand je me réveille, je suis André Breton […]. »

Il l’a dit aussi...
Conscient de sa fin proche, Breton répète à Ivsic ce qu’il avait déjà dit à Mimi Parent (artiste peintre) : « Je veux être enterré debout dans une horloge... Le fossoyeur sera bien embêté de creuser un trou vertical. »






Jean Anthelme BRILLAT-SAVARIN (écrivain, gastronome, 1755-1826)
« Je vais avoir un dies irae aux truffes »…
… aurait-il soufflé avant de mourir une veille de réveillon, dit-on. Le mot est plaisant. Trop sans doute.
À bien y regarder, Brillat-Savarin nous a quittés... un 2 février. Drôle de date pour un réveillon.
Un dernier verre avant de partir
Grimod de La Reynière (1759-1837), un autre collègue gastronome, aurait réclamé, à l’article de la mort, non pas des truffes mais de l’eau plate : « Au moment de paraître devant Dieu, je veux me réconcilier avec mon plus mortel ennemi... » Encore de bien belles paroles... Apocryphes ?


Madeleine BROHAN (actrice, sociétaire de la Comédie-Française, 1833-1900)
« Ah ! mes enfants, pas la peine de me fermer les yeux... »
Les derniers mots de la vieille comédienne... « à la beauté crue comme un fruit vert » , disait du temps de sa splendeur Théophile Gautier. « Regard de velours, démarche de reine » , elle était belle, Madeleine... Louis-Napoléon Bonaparte, le prince de Joinville et Paul Déroulède (dont elle eut un enfant) furent de ses amoureux...
« Pas la peine de me fermer les yeux », dernière plaisanterie, dernière confidence soufflée à sa famille réunie autour du lit de la mourante... qui était devenue aveugle !

Georges Louis Leclerc, comte de BUFFON (naturaliste, mathématicien, biologiste, philosophe, écrivain, 1707-1788)
« Je vous trouve charmante alors que rien ne me charme plus... »
Derniers ou avant-derniers mots du plus célèbre naturaliste de son temps. Un savant bien galant qui avait toujours su tourner le compliment. Un soir de réveillon, à une vieille dame qui lui demandait où poussaient les truffes, il répondit : « À vos pieds, madame. » Les truffes poussent au pied des charmes : et la vieille dame de rosir de plaisir jusqu’à ce qu’elle entende préciser que les fameux champignons choisissent les « vieux » charmes.
Mourant, Buffon voit s’installer à son chevet, pour ne plus le quitter, une garde malade volontaire (une demoiselle Blesseau). « Que de bonté ! Vous venez me voir mourir... Quel spectacle pour un cœur sensible... » murmure-t-il. Après cinq jours d’agonie affreuse, « courageux, résigné, sans s’étonner ni se plaindre », serrant la main de Mlle Blesseau, il rend son âme à Dieu, le 16 avril 1788 à 1 heure du matin. Après un dernier compliment à sa garde malade...

C
Henri CALET , de son vrai nom Raymond-Théodore Barthelmess (écrivain, journaliste, homme de radio, 1904-1956)
« Il faut se quitter déjà ? »
Furent ses derniers mots… (écrits).
C’est Louis Nucéra qui nous confie les ultimes paroles de son ami Calet, de santé fragile, emporté précocement par une crise cardiaque un 14 juillet. La veille ou l’avant-veille, il écrivait sur son agenda les mots cités ci-dessus.
Il est aussi l’auteur de la citation fameuse : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. »
Il l’a dit aussi…
« La vie, un petit mot d’une syllabe, presque un soupir. »
Cité par Louis Nucéra, Ils ont éclairé mon chemin , Écriture, 2000.

Maria CALLAS (cantatrice grecque, 1923-1977)
« Je ne me sens pas bien. »
16 septembre 1977. Bruna, sa femme de ménage, s’apprête à quitter l’appartement. Elle entend soudain un bruit sourd, se précipite et voit Maria Callas, allongée sur le sol. « Je ne me sens pas bien », murmure la diva, qui s’apprête à mourir (d’une insuffisance cardiaque).
Elle l’a dit aussi...
« J’ai perdu ma voix, il ne me reste plus qu’à mourir. »
À sa sœur, au téléphone, en 1976.

Gaston CALMETTE (journaliste, 1858-1914)
« Je n’ai fait que mon devoir. Ce que j’ai fait, je l’ai fait sans haine. »
Gaston Calmette (frère aîné d’Albert, bactériologiste, co-découvreur du BCG) est un homme brillant. Il dirige Le Figaro , il en augmente les tirages et en fait un journal des plus importants. N’hésitant pas à l’occasion à exposer la vie privée des grands de ce monde, comme un vulgaire magazine people ! 1914 : Le Figaro , à l’instigation de Louis Barthou (président du Conseil [Premier ministre]) et de Raymond Poincaré, lance une campagne virulente contre Joseph Caillaux (ministre des Finances du gouvernement Doumergue). 138 articles en quatre-vingt-quinze jours ! Chaque jour pendant trois mois, « le ploutocrate démagogue » (surnom attitré de Caillaux) est violemment attaqué et accusé de mille turpitudes. Calmette mènera « une campagne sous la ceinture », dixit Jaurès, en publiant entre autres un fac-similé d’une lettre intime et compromettante du ministre à sa maîtresse Henriette (qu’il épousera d’ailleurs par la suite après une première union avec Berthe Gueydan). Henriette voit rouge ! Le 16 mai, excédée, elle se rend à la rédaction du journal et tire sur Calmette. Six coups à bout portant. « Il n’y a pas de justice, je la fais moi-même » , commente-t-elle.
Emporté par une ambulance, Gaston Calmette a le temps de prononcer : « Dites bien que je n’ai fait que mon devoir... »
Meurtrière et historienne d’art
Quatre mois après l’assassinat de Calmette s’ouvre le procès d’Henriette. Son avocat (l’un des avocats de Dreyfus) plaide le crime passionnel. Crime d’amour, elle est acquittée ! (son « Jo », Joseph Caillaux, savait user de son entregent.) « Il n’y a pas de justice » , disait Henriette... Au début des années 1930, « la comtesse » (son surnom, redevable à ses passe-droits) décroche un diplôme de l’École du Louvre, devient historienne d’art et une spécialiste du sculpteur Jules Dalou.


Pierre CAMBRONNE (vicomte Pierre Jacques Étienne Cambronne, général de division du Premier Empire, 1770-1842)
« Ah ! mademoiselle, on considère l’homme comme quelque chose, l’homme n’est rien. »
Nantes. 29 janvier 1842. Mort très pieuse et sans éclat d’un retraité de l’armée... La veille, il confiait ces derniers mots à une jeune fille venue le visiter. « L’homme n’est rien » et, poussière, il retourne à la poussière...
Selon la légende, le général Cambronne, commandant le dernier carré de la Vieille Garde à Waterloo, sommé de se rendre par le général britannique Colville, aurait répondu le fameux « La garde se meurt mais ne se rend pas ». Citation apocryphe... Devant l’insistance du Britannique, il aurait fini par lui expédier le non moins fameux mot de cinq lettres, « merde ! » – dernière citation apocryphe – qu’il nia toute sa vie avoir prononcé.

Lui, il l’a dit...
« Heureusement pour lui, le général [Cambronne] ne mâchait pas ses mots. »
Gustave Bord (historien et essayiste, 1852-1934), cité par Édouard Driault, Revue des études napoléoniennes , Skatline reprints, 1934.





Antonin CARÊME , de son vrai nom Marie-Antoine Carême (pâtissier et chef, 1784-1833)
« ... Il faut, vois-tu, secouer doucement la casserole. »
« Le roi des cuisiniers (ou pâtissiers) » ou « le cuisinier (pâtissier) des rois », pâtissier-architecte, créateur de pièces montées sophistiquées et des jardins miniatures de la gourmandise, constructions sucrées éphémères..., – à qui l’on doit les croquembouches et les profiteroles – meurt dans son appartement parisien de la rue Neuve-Saint-Roch, un 12 janvier.
Quelques heures avant de partir, la partie gauche de son corps se paralyse et il perd connaissance. Tout d’un coup, il rouvre les yeux... Un de ses élèves préférés a tenu à être à son chevet. « C’est toi ? Merci, mon bon ami... » Une dernière discussion s’amorce. « Demain, envoie-moi du poisson » , déclare le moribond. « Hier les quenelles de soles étaient très bonnes mais pas ton poisson. Tu ne l’assaisonnes pas bien, écoute... » Et rassemblant ses dernières forces, il lui rappelle à voix basse la recette, le conseille... Sa main droite, la seule valide, reproduit dans un faible mouvement le bon geste : « Il faut, vois-tu, secouer doucement la casserole. » Ses derniers mots. Il s’éteint une demi-heure plus tard sans avoir plus jamais parlé ou reconnu quiconque.
Il l’a écrit aussi...
« Les Beaux Arts sont au nombre de cinq : la peinture, la sculpture, la poésie, la musique, l’architecture, laquelle a pour branche principale la pâtisserie. »
Le Cuisinier pittoresque, 1815, rééd. le Mercure de France, 2003 .





Sadi CARNOT (homme politique, président de la République, 1837-1894)
« ... Il vaut mieux me laisser. »
Sadi Carnot meurt assassiné le 25 juin 1894. Les médecins tentent l’impossible. Il leur en est reconnaissant, les en remercie mais déclare : « Docteur, vous me faites mal... je souffre… il vaut mieux me laisser. »
Il repose au Panthéon avec son grand-père Lazare Carnot.
Un drôle de cadeau
De retour d’un voyage aux Indes et au Népal, l’un de ses amis, le professeur Gustave Lebon (philosophe, sociologue, chimiste, physicien...) offre à Sadi Carnot une statuette. Elle avait appartenu longtemps à la dynastie des rois de Khadjurno. Le rajah qui l’avait donnée à Lebon souhaitait vivement s’en défaire : elle passait pour assurer le pouvoir à l’un des membres de la famille qui la possédait mais aussi pour lui attirer une mort violente.
« Je l’ai trouvée originale avec sa bizarrerie artistique et son étrange réputation », explique Lebon, « il aurait été malhonnête de ne pas vous prévenir mais surtout ne la prenez pas si vous n’acceptez pas les risques d’honneur et de danger... » Carnot, amusé, l’accepte.
Le 3 décembre 1887, il devient président de la République. Le 25 juin 1894... il est assassiné. Après le décès en 1898 de Cécile Carnot, l’épouse du président assassiné, les enfants trouvèrent dans son testament « la prière expresse de ne pas conserver l’idole hindoue ».






Jean-Louis CARRA (journaliste, révolutionnaire, 1742-1793)
« Ça m’ennuie de mourir, j’aurais bien voulu voir la suite. »
Pure curiosité, conscience professionnelle ou les deux... Voici, selon plusieurs témoins dont un plutôt digne de foi (Victor Hugo, Quatrevingt-treize ), les derniers mots du journaliste Carra au pied de l’échafaud.





Giacomo CASANOVA (aventurier vénitien, 1725-1798)
« ... j’ai vécu en philosophe et je meurs en chrétien. »
Il meurt le 4 juin 1798 en laissant des Mémoires inachevés et après avoir reçu les derniers sacrements. « Grand Dieu et vous tous témoins de ma mort, dit-il, j’ai vécu en philosophe et je meurs en chrétien. »
Il l’a écrit aussi...
« Ceux qui disent que la vie n’est qu’un assemblage de malheurs veulent dire que la vie même est un malheur. Si elle est un malheur, la mort donc est un bonheur. […] Si le plaisir existe, et si on ne peut en jouir qu’en vie, la vie est donc un bonheur. Il y a d’ailleurs des malheurs ; je dois le savoir. Mais l’existence même de ces malheurs prouve que la masse du bien est plus forte. Je me plais infiniment quand je me trouve dans une chambre obscure, et que je vois la lumière d’une fenêtre vis-à-vis d’un immense horizon. »
Histoire de ma vie, Mémoires écrits entre 1789 et 1798, publiés de façon posthume (1822).

Louis Ferdinand CÉLINE , de son vrai nom Louis Ferdinand Destouches (écrivain, médecin, 1894-1961)
« Pas de médecin ! Pas de piqûre ! Pas d’hôpital ! »
Samedi 1 er juillet 1961, 18 heures. Céline, 67 ans, meurt discrètement dans sa villa Maïtou, petit pavillon vieillot du 23 de la route des Gardes à Meudon. Selon son souhait, ses amis tiennent sa mort secrète. Pas de médecin, pas de piqûre, pas d’hôpital (ses derniers mots) et pas de tapage ! Une cinquantaine d’amis le mettront en terre. Parmi ceux-ci : Marcel Aymé, Roger Nimier, Claude Gallimard, Lucien Rebatet, Max Revol, Jean Roger Caussimon...

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