Les résistants du bassin de l Alima-Nkeni au Congo
206 pages
Français

Les résistants du bassin de l'Alima-Nkeni au Congo

-

206 pages
Français

Description

Pendant la conquête coloniale de la région Alima-Nkéni du Moyen-Congo dans les années 1900 par les Français, quatre leaders des chefferies Mbochi et Ngangulu, refusèrent de se placer sous l'autorité des occupants. Leur résistance est caractérisée par le refus systématique d'obtempérer aux injonctions des colons, le rejet catégorique de l'impôt de capitation, l'interdiction de l'accès des territoires sous leur contrôle aux agents de l'administration et des compagnies concessionnaires et, surtout, la mobilisation des populations en vue de combattre les différentes expéditions militaires françaises. Ce livre est un hommage vibrant à ces résistants oubliés de l'histoire de la colonisation du Congo.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 novembre 2019
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140134456
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Exrait






Les résistants du bassin
de l’Alima-Nkeni au Congo Collection « Études africaines »
dirigée par Denis Pryen et son équipe

Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études
africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux
qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries
thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
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RD. Congo, L’éthique comme aiguillon critique, 2019.
Georges DUPRÉ, Koto, l’égalité nécessaire, Savoir et pouvoir dans une société
clanique, Les Nzèbi du Congo et du Gabon, 2019.
Arthur VIDO, Biographie du roi Kpengla du Danhomè, 2019
Claude IGUMA WAKENGE, Stade coltan, Extraction minière artisanale, réformes
et changement social à l’est de la République démocratique du Congo, 2019.
Phidias AHADI SENGE MILEMBA, États de l’État en Afrique, Des déficiences
fonctionnelles aux perspectives d’un horizon possible, 2019.
Nestor Kobenan TAN, L’Église au défi des identités, Pastorale de l’interculturalité
en Côte d’Ivoire, 2019.
Gervais MUBERANKIKO, La protection du locataire-gérant en droit OHADA,
Nouvelle édition, 2019.
Mamadou Diarafa DIALLO, L’hygiène en milieu de soins au Mali, Entre
représentations, normes et pratiques, 2019.
Galedi NZEY, La formation des professeurs du second degré au Gabon
(19712010), 2019.
Olivier FANDJIP, Le temps dans le contentieux administratif en droit français et
des États d’Afrique francophone, 2019.
Olivier FANDJIP, Les mutations récentes de la justice administrative en Afrique
francophone. Étude critique à partir du modèle camerounais, 2019.
Placide MALUNG’MPER AKPANABI, L’éducation aux valeurs chez les Ding
orientaux en RDC, De 1885 à nos jours, tome 1, 2 et 3, 2019.
Jérôme TOUNG-NZUE, Réalités du pouvoir au Gabon et fondements du blocage
sociopolitique, 2019.
NIAMKEY-KOFFI, Révolution et liberté, 2019.
Maurel Sosthène ONOMO ETABA, Coopération internationale et terrorisme en
Afrique, L’expérience africaine du droit de poursuite terrestre, 2019.
Jean OTEMIKONGO MANDEFU YAHISULE, La gouvernance universitaire au
Congo-Kinshasa, 2019.
Emmanuel KASONGO MUNGONGO, La gouvernance des entités territoriales
décentralisées, Défis et enjeux de la gestion des finances publiques communales à
Kinshasa, 2019.
Paul AKOGNI, Arthur VIDO et Didier Marcel HOUÉNOUDÉ (dir.), Le patrimoine
historique au service du développement du Bénin, 2019. Assori Itoua-Ngaporo





Lees résisstants ddu basssin
de l’Alima-Nkeni au Congo

1907-1915









































© L’Harmattan, 2019
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

www.editions-harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-17186-9
EAN : 9782343171869Sommaire
Table des illustrations ........................................................................... 9
Remerciements .................................................................................... 13
Introduction ......................................................................................... 15
Chapitre I- Bréve présentation du bassin Alima-Nkeni ......................... 25
A. Aperçu géographique du bassin Alima-Nkéni .............................. 25
B. Organisation socio-politique précoloniale .................................... 28
Chapitre II- La pénétration coloniale française ..................................... 49
A. La conquête coloniale de la région Alima-Nkeni ........................ 50
B. Les réactions des populations locales à l’annonce officielle de
l’institution de l’impôt de capitation ................................................. 63
Chapitre III- La guerre ......................................................................... 87
A. Les instructions de l’administration coloniale .............................. 87
B. Les forces en présence ................................................................. 90
C. Les opérations militaires ..................................96
Chapitre IV- La troisième expédition militaire ................................... 121
A. Nga -Atsèsè et la poursuite de la guerre ..................................... 121
B. La bataille de Fiolamaba (Tsoloba) : 18-30 juin 1913 ................ 127
C. La reddition de Nga-Atsèsè ....................................................... 133
Chapitre V- Les conséquences du système colonial sur la vie
et l’organisation des populations ........................................................ 137
A. La mobilité du siège administratif .............................................. 137
B. L’institution des chefferies coloniales ........................................ 139
C. La destitution du pouvoir traditionnel ........................................ 143
D. Les contraintes du régime colonial ............................................. 145
Chapitre VI- Le devoir de mémoire ................................................... 153
A. Hommage aux héros de la résistance
dans le bassin Alima-Nkéni ............................................................ 154
B. Hommage à tous les autres résistants congolais .......................... 158

7 Chapitre VII- L’État congolais et le devoir de mémoire ..................... 165
A. Les noms des écoles privées ...................................................... 165
B. Les noms des Lycées ................................................................. 167
C. Les noms des rues de Brazzaville............................................... 168
D. Les noms des villes ........................... 168
E. Les monuments ..............................................169
Conclusion ........................................................................................ 173
Annexes ............................................................................................ 175
Bibliographie .................................................................................... 179
Planches 183

8 Table des illustrations
Figure n° 1 : Carte administrative du Congo :
localisation de la zone d’étude ...................................................................... 26
Figure n° 2 : Les 6 districts de la région Alima-Nkéni ............................... 27
Figure n° 3 : Les 12 groupes mbochi ........................................................... 31
Figure n° 4 : Les chefferies traditionnelles Mbochi
de la rive droite de l’Alima ........................................................................... 32
Figure n° 4 bis : La chefferie d’Osebi-O-Mbofo ......................................... 35
Figure n° 5 : Les chefferies mbochi de la rive gauche de l’Alima ............ 40
Figure n° 6 : Les principaux clans moye, devises et sièges ........................ 42
Figure n° 7 : Les chefferies traditionnelles mbochi et ngangulu ................ 45
Figure n° 8 : Les compagnies de l’Alima-Nkéni-Léfini ............................. 54
Figure n° 9 : Factoreries et Comptoirs ......................................................... 55
Figure n° 10 : Comptoirs de 1909 à 1923 .................................................... 55
Figure n° 11 : liste des 30 kani participant aux festivités
d’Endolo en 1908 .......................................................................................... 78
Figure n° 12 : Quelques gros tam-tams ....................................................... 79
Figure n° 13 : Impôt de 1907 à 1909 de la région du Bas Congo .............. 84
Figure n° 14 : Importation des armes et de la poudre de traite en AEF
d’après Catherine Coquery-Vidrovitch ........................................................ 93
Figure n° 15 : Villages du groupe Mollien (Ollèmè) ................................ 111
Figure n° 16 : Villages du groupe de Fiolamaba ....................................... 127
Figure n° 17 : Les 13 terres coloniales du district d’Abala ....................... 139
Figure n° 18 : Les 10 terres coloniales du district de Gamboma ............. 141
Figure n° 19 : Découpage des chefferies traditionnelles mbochi
en chefferies coloniales ............................................................................... 143
Figure n° 20 : Découpage des aires culturelles ngangulu
en chefferies coloniales 144
Figure n° 21 : Repartition des recrutements par colonie de 1921 à 1934 148
Figure n° 22 : Répartition par terre dans la subdivision
d’Osselé en 1931 ......................................................................................... 149
Figure n° 23 : Quelques noms des réquisitionnés au CFCO .................... 149 À mes enfants :
Itoua-Ngaporo Akouélé Assori
Itoua-Ngaporo Ofini Assori
Itoua-Ngaporo Mondo Ewe
Itoua-Ngaporo Essea Mouabe
Itoua-Ngaporo Ngala Akoa

À tous les patriotes du bassin de l’Alima-Nkéni qui opposèrent une
résistance farouche à l’hydre colonialiste et à qui l’écriture a
manqué pour consigner leurs exploits. Qu’ils me pardonnent, faute
de documents écrits sur leur lutte héroïque, de ne pouvoir tout
rapporter ici.
A Mgr. Benoît Gassongo, Évêque d’Owando (feu)
À tous les combattants de la liberté, de l’égalité et de la dignité de
par le monde.


Remerciements
Pour conduire cet ouvrage à son terme, j’ai bénéficié de nombreux
concours. J’adresse mon infinie reconnaissance à tous ceux qui m’ont
aidé par leurs informations à éclairer telle ou telle zone d’ombre. Je pense
particulièrement à :

- Mgr. Benoit Gassongo, Évêque d’Owando (feu) ;
- Mouélé André, magistrat de son état, pour notre profonde amitié
et fraternité qui nous lient depuis notre jeunesse ;
- Elo Dacy, ancien doyen de la Faculté des Lettres et Sciences
Humaines de l’Université Marien Ngouabi, qui m’a soutenu sans
relâche, tout au long de l’écriture de cet ouvrage ; il fut un
véritable complice ;
- Itoua Daniel Isaac, anthropologue, pour ses riches informations ;
Aux descendants des acteurs majeurs de cette histoire, objet de cet
ouvrage, notamment :
- Ben Kiba François, professeur de Mathématiques, petit-fils de
Nga-Atsèsè ;
- Mme Ngalefuru, née Ngala Obambé, baptisée Anne, dernière
fille de Mbunzè, née vers 1905, décédée en avril 2014 ;
- Ngatsè Grégoire, dit Le Pape, fils du noble Nga-Ekoo d’Endolo
et petit-fils de Mbunzè ;
- Okandzé Ongoli, devenu Akulu Gaston, petit-fils de Mbunzè, fils
de Okoo Daniel (dernier fils de Mbunzè, né en 1912, cinq mois
après la mort de son père et décédé en 1977) ;
À chacun et à tous, j’exprime ma profonde gratitude.
Introduction
La pénétration coloniale française n’a pas été ce dîner de gala décrit par
la plupart des historiens de la colonisation. Elle s’est heurtée à une
farouche résistance des populations du Congo, en général, des
populations du bassin de l’Alima-Nkéni en particulier. Cette résistance
s’est manifestée tantôt sous la forme de batailles contre les troupes
coloniales tantôt sous des formes passives (action de sabotage, refus de
payer l’impôt, refus de se plier aux exigences de l’administration
coloniale, refus de porteurs, fuite dans la brousse, action porteuse de
l’élite politique, etc.). L’histoire de ces luttes de résistance n’a,
malheureusement, donné lieu qu’à très peu de travaux scientifiques à ce
jour.
Ce livre se veut un récit d’une histoire méconnue : celle de la résistance à
la pénétration coloniale française, dans la région comprise entre les
rivières Alima et Nkéni, résistance conduite par quatre chefs
charismatiques : Obambé Mbunzè et Nga-Atsèsè en pays mbochi,
NgueMbon et Ngaa-Lien en pays ngangulu.
En pays mbochi, cette résistance commence par la bataille de Bêlè,
désignée par la population locale par l’expression « Etumba a Mbunzè O
Bêlè », la guerre de Mbunzè de Bêlè. En effet, c’est par ces termes que
les Mbochi de la rive droite de l’Alima désignent la première bataille de
la guerre de résistance à la pénétration coloniale française en pays
mbochi de la région Alima-Nkéni. Cette guerre opposa, dès le début de la
colonisation, les troupes françaises au peuple mbochi sous l’instigation et
la direction de deux chefs charismatiques : Obambé du village Bêlè,
connu sous le nom de guerre de Mbunzè et Kasambé du village Epaa
(près d Ello), couronné sous le titre nobiliaire de Nga-Atsèsè. Cette
guerre qui a duré huit années (1907-1915), a nécessité trois expéditions
militaires françaises qui ont livré plusieurs batailles successives, dont la
première eut lieu au village Bêlè en octobre 1911 et se termina par la
mort du chef Mbunzè et de 30 à 50 de ses partisans. Elle donna son nom
à cette longue guerre d’indépendance. L’histoire de cette bataille est très
célèbre en pays mbochi où elle est contée de père en fils, diffusée de
bouche à oreille, chantée par des griots, ces bibliothèques du passé ancestral, qui rappellent la mémoire, les hauts faits et qui chantent les
louanges des grands hommes, à l’occasion des diverses danses :
guerrières (Koma, Okia, Lèkua), initiatiques (Mondo, Kébé-Kébé) et
populaires (olléé, vocal bantou). Je l’ai apprise, comme tous les enfants
du terroir, depuis ma tendre enfance, à Ello où je suis né, à Ngagna où
j’ai grandi, à Tsambitso où j’ai fait mes études primaires.
Elle n’est pas écrite et elle est de ce fait ignorée des Congolais des autres
régions. Les traditions orales disparaissant avec leurs derniers
dépositaires, cette histoire court le danger de s’effacer à jamais de nos
mémoires si elle ne fait pas l’objet d’une transcription par l’écrit. C’est le
cas du premier combat naval dans l’histoire du Congo, celui qui opposa
les 2 et 3 juillet 1878 sur la rivière Alima (entre les deux villages
portuaires d’Epini et d’Okuèsè), les envahisseurs français conduits par
l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza aux populations du groupe
mbochi, qui leur barrèrent la route, les chassèrent de l’Alima et les
repoussèrent sur la terre ferme. Par méconnaissance du terrain, Pierre
Savorgnan de Brazza fit passer dans l’histoire, ces peuples sous
l’appellation de « Bafuru ». Cette erreur n’est jamais corrigée jusqu’à ce
jour, y compris par le Gouvernement du Congo, bien que selon des
1études scientifiques : « les fameux Bafuru sont aujourd’hui bien
identifiés comme étant les arrières-grands-pères des Kuba, un groupe
des Mbochi. Il n’existe pas dans la Cuvette congolaise, un groupe qui
porte ou ayant porté ce nom ».
M’appuyant sur le célèbre aphorisme de l’anthropologue Amadou
Hampaté Bâ selon lequel « en Afrique, un vieillard qui meurt est une
bibliothèque qui brûle », j’ai pris la résolution, en 1974, de rechercher les
traces de cette histoire pour la transcrire par écrit. Pour ce faire, j’ai eu
recours à trois types de documents : les sources écrites notamment les
archives coloniales, « la lettre à Itoua-Ngaporo » de Monseigneur Benoît
Gassongo et les sources orales.
Les sources écrites sur la région Alima-Nkéni se réduisent aux archives
coloniales et à quelques écrits d’auteurs congolais. Les premières études
concernant directement les populations de la région Alima-Nkéni sont
antérieures à cette guerre ; elles ne la mentionnent donc pas. Elles ne
décrivent que l’espace géographique, les mœurs, les coutumes,
l’organisation des peuples colonisés ; il s’agit des ouvrages des deux

1 Ollandet J. Le Nord-Congo, histoire et civilisations, l’Harmattan, 2013, P. 80
16 premiers administrateurs de Pombo, Ponel (1886) et Froment (1887) ; il
s’agit aussi des manuscrits des missionnaires installés le long de la rivière
Alima : celui du Reverand Père Jean Prat de la mission de Boundji et
celui du R. P. Adolphe Jeanjean de la mission de Tsambitso dans les
années 1900 ; il s’agit enfin des publications des compagnies
concessionnaires (Courboin, 1904 et 1908).
Les principales sources écrites qui font référence au conflit qui opposa
l’administration coloniale aux populations autochtones sont des archives
coloniales. Etudiant à la Faculté de Médecine de Lille (France), j’ai mis à
profit mon temps des vacances universitaires pour entreprendre de
longues et laborieuses recherches documentaires dans les sections
outremer des archives natinales de France et de Belgique. J’ai eu la joie de
découvrir au dépôt d’Aix-en-Provence, où sont conservées les archives
de l’Afrique Equatoriale Française (AEF), une série de documents se
rapportant à cette guerre, à savoir les rapports annuels, les comptes
rendus des tournées, les rapports des circonscriptions. Parmi ces
documents je signale entre autres :
er- La Lettre n° 2, datée de Gamboma le 1 janvier 1910, de G. Marsault,
Administrateur Adjoint, en mission en pays batéké, au Lieutenant-
Gouverneur du Moyen Congo à Brazzaville, dans laquelle il préconise
d’installer une force de 30 à 40 gardes régionaux à Gamboma, d’arrêter
les chefs rebelles Ngue-Mbon de Mbaya et Ngaa-Lien d’Akana,
commanditaires de l’assassinat de Lievens, et de les envoyer en prison au
Tchad.
- Le Courrier n° 1867, daté de Brazzaville le 16 septembre 1911, objet
« opération de police en pays mbochi et moye », du
LieutenantGouverneur du Moyen Congo à l’Administrateur de la circonscription
des Batéké (Guyonnet), par lequel il l’instruit de mener une opération de
police contre les populations mbochi, ngangulu et moye.
- Le Courrier n° 1181, daté de Brazzaville le 29 septembre 1911 objet
« opération de police en pays mbochi et moye », du
LieutenantGouverneur du Moyen Congo au Gouverneur Général de l’A.E.F, par
lequel il l’informe des instructions qu’il a données à Guyonnet.
- La Lettre n° 274, datée de Gamboma le 30 octobre 1911, objet
« opération de police en pays mbochi et moye », de l’administrateur de la
17 circonscription des Batéké au Lieutenant-Gouverneur du Moyen Congo,
pour dire qu’il se conformera strictement à ses instructions.
- La Lettre n° 2, datée de Makotimpoko le 8 octobre 1911, du chef de la
circonscription des Batéké au Lieutenant-Gouverneur du Moyen Congo,
pour lui solliciter d’envoyer d’urgence deux caisses supplémentaires de
cartouches à Makotimpoko.
- La Lette n° 109, datée de Brazzaville le 14 octobre 1911, objet
« opération de police en pays bangangoulou, moye et mbochi », du
Gouverneur Général de l’AEF au Lieutenant-Gouverneur du Moyen
Congo, accusant réception de sa lettre n° 1181 et approuvant les
instructions données à Guyonnet par courrier n° 1967.
- Le Rapport n° 282, daté de Gamboma le 20 octobre 1911, objet
« opération de police au pays mbochi et moye », du chef de la
circonscription des Batéké (Guyonnet) au Lieutenant-Gouverneur du
Moyen Congo, qui rend compte des opérations de police effectuées du 11
au 18 octobre dernier chez le groupe mbochi, chef Obambi-Boudja.
- Le Rapport n° 348, daté de Gamboma le 7 janvier 1912, objet
« opération de police au pays mbochi et moye », du chef de la
circonscription des Batéké (Guyonnet) au Lieutenant-Gouverneur du
Moyen Congo, qui rend compte des opérations effectuées du 14
novembre au 31 décembre 1911.
- La Lettre n°/0, datée de Boka le 31 mars 1913, objet « création du poste
d’Ossélé », du Capitaine Fournier, commandant de la circonscription de
l’Alima, au Lieutenant-Gouverneur du Moyen Congo, par lequel il
soumet à son approbation le projet de transfert du chef-lieu de la
circonscription de Boka à Ossélé au lieu de Bêlè.
- Le Rapport n° 18, daté de Boka le 25 avril 1913, objet « situation
politique dans la région de Fiolamaba », du Capitaine Fournier,
Administrateur de la circonscription de l’Alima, au
LieutenantGouverneur du Moyen-Congo, qui décrit la rébellion dans la région de
Fiolamaba, dirigée par le chef Nga-Atsèsè.
- Le Rapport n° 49, daté de Boka le 18 juillet 1913, objet « rapport sur les
opérations de Fiolamaba, du 13 juin au 15 juillet 1913, du Capitaine
Fournier, Administrateur de la circonscription de l’Alima, au
LieutenantGouverneur du Moyen-Congo, qui décrit les « batailles » dans les
18 villages du groupe Fiolamaba et la chasse au chef Nga-Atsèsè qui a pris
le maquis.
Je n’ai pas pu trouver le rapport n° 282 du 20 octobre 1911 par lequel,
monsieur Guyonnet, chef de la circonscription des Batéké, relate les
opérations militaires effectuées du 11 au 18 octobre 1911, dont la bataille
de Bêlè, au cours de laquelle il assassinat le chef Obambé Mbunzè.
Malgré mes nombreuses recherches auprès des dépôts des archives
nationales d’outre-mer (Aix-en-Provence, Pierrefitte, B.N.F. François
Mitterand, Brazzaville), ce document précieux fut introuvable ; d’après le
conservateur des archives coloniales de Pierrefitte, ce document n’aurait
pas été conservé.
Au Congo, les archives coloniales des districts et des régions ont été soit
dilapidées soit brulées. Celles de Brazzaville se trouvent dans un
désordre inouï et exigent un minutieux travail de repérage et de
classement. Par ailleurs, les chercheurs congolais ne semblent pas, pour
l’instant, s’intéresser à ce pan de l’histoire nationale. En effet, dans son
ouvrage (la Cuvette congolaise, les hommes et les structures, P.71-72), le
professeur Théophile Obenga s’est limité à l’énumération des
mouvements de résistance du groupe mbochi sans les décrire ; quant au
professeur Joseph Itoua, dans ses ouvrages, il effleure à peine les
mouvements de résistance ; monsieur Nianga Leckosso consacre six
pages de son livre à cette guerre (P. 223-229) ; seul monsieur André
Engambé décrit les résistances des populations mbochi, ngangulu et téké
de 1879 à 1930.
« La lettre à Itoua-Ngaporo » de l’Évêque d’Owando, Mgr Benoît
Gassongo, constitue la seconde source d’information. Parallèlement à la
recherche documentaire dans les archives coloniales en France et en
Belgique, j’ai écrit en 1974 à Monseigneur Benoît Gassongo, alors
Évêque d’Owando, originaire de la région Alima-Nkéni et dont la mère
était l’une des co-épouses de Mbunzè, l’un des acteurs majeurs de la
résistance et je l’ai prié de bien vouloir me raconter ce qu’il avait appris
par des sources orales, sur l’histoire de la pénétration coloniale française
dans la région de l’Alima-Nkéni. Ma joie fut immense lorsqu’en réponse
à ma demande, le prélat m’a adressé un manuscrit dactylographié de 74
pages, sous forme d’une lettre intitulée « Lettre à Itoua-Ngaporo, au sujet
d’Etumba a Mbunzè-o-Bêlè ». Deux Congolais se sont inspirés de cette
lettre pour écrire leurs ouvrages avec mon autorisation :
19 - Engambé André : Impôt colonial et résistance des populations du
Congo : les cas des pays téké, mbosi et des peuples de l’interfluve
Sangha-Oubangui (1879-1930), l’harmattan, Paris, 2013, 171 p.
- Onday-Akiéra François : Benoît Gassongo : conquête, résistance et
terreur en AEF ; un passé colonial oublié du bassin de l’Alima-Nkéni
(1911-1946), l’harmattan, Brazzaville, 2017, 190 p.
Parallèlement à la recherche documentaire, j’ai eu recours à deux sortes
de sources orales : les enquêtes de terrain, les récits et les chants de
griots. Mes études en France terminées, je suis rentré au Congo en
septembre 1978, riche d’informations puisées dans les sources écrites
coloniales. La nécessité de confronter ces sources écrites avec les faits
révélés dans le manuscrit de Mgr B. Gassongo m’a conduit à effectuer
plusieurs enquêtes de terrain dans la zone concernée, pour collecter des
informations sur l’histoire de la pénétration coloniale française dans la
région de l’Alima-Nkéni. J’ai interrogé la population locale, mais aussi
les originaires de cette région émigrée à Brazzaville, ainsi que quelques
intellectuels issus de cette région. J’ai eu la chance de rencontrer et de
questionner de nombreux témoins du passé, dont le lecteur voudra
trouver la liste en annexe. À Brazzaville, j’ai interviewé à deux reprises
(31 août 1995 et 9 décembre 1997) madame Ngaléfuru née Ngala
Obambé, dernière fille du chef Obambé Mbunzè, âgée de 6 à 7 ans à la
mort de son père en 1911. Cette dernière est décédée en avril 2014. Les
enquêtes de terrain m’ont permis de rassembler une masse importante
d’informations. Certaines d’entre elles confirment les événements relatés
dans les archives coloniales de France, d’autres apportent des éclaraiges
nouveaux sur certaines « batailles » ou précisent le nombre d’habitants
tués dans les villages. Mais elles souffrent toutes de l’imprécision dans
les dates et les chiffres.
Les enquêtes ont cependant été marquées par la méfiance, la réserve, le
refus de communiquer ou de transmettre leur « secret », voire l’hostilité
des populations.
Une autre source orale est constituée par les récits et les chants des griots.
Nos ancêtres n’avaient pas d’écriture. Ne pouvant être transmise par
l’écrit, la mémoire de leur histoire était conservée par les récits et les
chants des griots. Pour empêcher cette transmission orale,
l’administration coloniale interdit la pratique des danses réputées
guerrières : « le Mondo, danse des esprits et Lèkua, danse des
20

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