Mystérieuses civilisations du Pacifique
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Description

Les insulaires du Pacifique étaient-ils seulement de "bons sauvages" aux moeurs libres et à la vie insouciante ? Une caricature contredite par des monuments impressionnants. De la mer de Chine à l'Insulinde, de la Nouvelle Zélande aux Andes, de la Mélanésie à la Polynésie en passant par la Micronésie, des vestiges de pyramides et de temples, d'anciennes forteresses, des routes et des statues géantes nous interpellent. Peut-on soutenir la thèse d'un néolithique tardif dans cette Océanie dont les plus anciens habitants possédaient des écritures et des connaissances astronomiques avancées ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2006
Nombre de lectures 89
EAN13 9782336276366
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Lettres du Pacifique
Collection dirigée par Hélène Colombani conservateur en chef des bibliothèques (AENSB) chargée de mission pour le livre en Nouvelle-Calédonie.
Cette collection a pour objet de publier ou rééditer des textes (romans, essais, théâtre ou poésie) d’auteurs contemporains ou classiques du Pacifique ainsi que des études sur les littératures modernes ou les traditions orales océaniennes (mythologies, contes et chants).
Déjà parus dans la collection :
1- Les terres de la demi-lune, nouvelles par Hélène Savoie, 2005.
2- L’Ile-Monde, nouvelles par Dany Dalmayrac, 2005.
3- Du rocher à la voile, recueil de nouvelles, Cercle des Auteurs du Pacifique (CAP), 2006.
Mystérieuses civilisations du Pacifique

Christian Navis
Sommaire
Lettres du Pacifique Page de titre Page de Copyright Prologue Chapitre premier Constructions cyclopéennes Chapitre deux Villes englouties Chapitre trois Mais d’où venaient-ils ? Chapitre quatre Les mystères de Rapa Nui Chapitre cinq Les indices se resserrent Chapitre six L’énigme malgache Chapitre sept Télescopages de cultures Chapitre huit Les Austronésiens oui, mais avant ? Epilogue Une chronologie à revoir OCÉAN PACIFIQUE à l’Harmattan
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296006386
EAN : 9782296006386
Prologue
Des pyramides en Polynésie ?
Vous voulez rire !
Des villes mégalithiques dans les îles du Pacifique ?
Vous délirez complètement !
Avec des artéfacts métalliques ?
Votre ignorance me consterne !
Et des hommes-volants en plus ?
Alors là, vous avez complètement perdu la tête !
Tout le monde sait que le monde océanien est un désert archéologique...
D’ailleurs, il n’y a rien à découvrir. Ou si peu. Les Austronésiens en étaient encore au néolithique quand la civilisation les a rejoints. Perdus sur leurs poussières d’îles saupoudrant l’immensité de l’océan. Ignorant les métaux et l’écriture. A part quelques céramiques relativement récentes, et de rares tas de cailloux, on n’a strictement rien trouvé.
Pourtant, des voyageurs curieux ont parlé de monuments anachroniques. De vestiges remontant à la nuit des temps. D’écritures indéchiffrables.
Des journalistes ont fait circuler d’étranges photos de villes sous-marines. Des ethnologues intrigués ont rapporté de vieilles légendes, liées à des constructions cyclopéennes, rappelant les plus anciennes civilisations de l’ancien et du nouveau monde. Des ruines mégalithiques connues depuis des siècles, mais oubliées des livres, ont resurgi de la jungle...
Faut-il revoir le dogme ?
Des rives de la mer de Chine aux côtes d’Amérique du Sud, en passant par la Polynésie, la Micronésie et l’Australie, il semblerait qu’une culture avancée ait défriché et occupé des terres aujourd’hui disparues. Cette civilisation aurait pu prendre son départ il y a quinze ou seize mille ans parmi des groupes de proto Indo-européens qui occupaient alors l’Ukraine et l’Ouest de la Chine. Avant de coloniser l’Inde par le Nord, puis l’Indonésie, prélude à une expansion océanienne. Ils avaient atteint un niveau élevé pour leur époque. Puis ils ont disparu.
Les Austronésiens, que l’histoire privilégie, sont arrivés bien plus tard. Après un vide d’occupation de plusieurs millénaires. C’étaient des arriérés en comparaison.
Peut-être aussi des survivants ?
Mais où sont les preuves ?
Les bouleversements géologiques et le zèle des missionnaires ont détruit bien des artéfacts, mais heureusement de nombreux monuments de pierres ont résisté aux hommes et au temps. Ils nous renvoient deux images : celle d’une société capable de construire des villes et des ports il y a plusieurs milliers d’années. Et celle d’un vaste chantier de reconstruction plus récent, d’un niveau comparable à celui des Mayas ou des anciens Egyptiens en matière d’architecture, d’urbanisme, de cartographie, de navigation, et de connaissances astronomiques.
Ainsi, aux Marquises, remarque-t-on des forteresses constituées de blocs énormes, taillés, empilés, et souvent parfaitement ajustés les uns aux autres. A côté de ces ouvrages défensifs trônent de vastes plates-formes. Parfois des statues hiératiques ou des ébauches de géants, tels des menhirs ou des obélisques, y siègent comme autant de sculptures ésotériques. Ce sont des lieux divins, sacrés, vénérés de toute éternité. Il y a dans ces socles de pierre une démesure métaphysique qui évoque irrésistiblement Baalbek, Tiahuanaco ou Gizeh.
A Tinian dans les îles Mariannes, à mi-chemin de la Nouvelle Guinée et du Japon, sont érigés des alignements de piliers massifs appelés lattis.
Ces structures sont constituées de blocs de corail taillés et cimentés. L’ensemble de ces ruines rappelle les constructions du monde préhellénique et les plus vieux temples de l’ancien empire égyptien. Des colonnes couchées, certaines brisées, quelques unes encore debout, côtoient des vestiges de chapiteaux reposant sur des marches d’escaliers monumentaux. Restes d’un très ancien temple ? Voie triomphale ou sacrificielle ? Ruines d’un palais ? Personne n’en a la moindre idée.
Lorsque les navigateurs du XVIIème siècle ont débarqué dans ces îles, les indigènes ignoraient l’origine et la finalité de ces colonnes. Ils se souvenaient seulement que c’était tabou. Terme générique désignant le siège d’un ancien pouvoir, ici oublié par les hommes, avec tous les interdits mystiques qui s’y rattachent. Même si, par commodité, l’anthropologie puis le langage courant n’en ont conservé qu’une interprétation restrictive... En tout cas, on peut parler d’une désastreuse perte de mémoire collective semblable à celle des Rapa Nui de l’île de Pâques.
Les lattis étaient-ils comme les mohaïs, ces gigantesques statues érigées sur des plates-formes monumentales, voués à un culte solaire auquel étaient associés les ancêtres ? Ou des initiateurs déifiés, véritables éveilleurs de consciences, dont les écritures rongo-rongo désormais indéchiffrables conserveraient le souvenir des mythiques généalogies ? Il y aurait là de quoi occuper des générations de thésards et de chercheurs... Si ce genre d’études ne se heurtait pas au parti-pris de quelques mandarins pour qui l’histoire océanienne serait écrite une fois pour toutes.
Autre vestige troublant : aux îles Tonga, à environ trois mille cinq cent kilomètres d’océan à l’Est de l’Australie, on peut voir sur le site de Tongatapu le trilithe de Mua. Ce monument n’est rien d’autre qu’un véritable arc de pierre proto-historique, à la manière de la porte du soleil de Tiahuanaco, ou des plus grandes pierres dressées de Stone Henge. Cette énorme structure est formée de deux monolithes verticaux en supportant un troisième transversal, encastré dans de profondes encoches.
Les deux premiers pèsent dans les soixante dix tonnes chacun et le troisième est estimé à vingt cinq. Ces blocs proviennent d’une carrière de corail située sur une autre île à plus de 200 milles nautiques de là (soit environ 370 kilomètres) En effet, les Polynésiens n’allaient pas en apnée découper des blocs sous la mer comme certains spécialistes le prétendent sans rire... Et d’ailleurs avec quels outils et quels moyens de levage ? Mais plus simplement, là où ils ne disposaient pas de pierres volcaniques, ils arrachaient leurs matériaux aux massifs coralliens émergés du fait des multiples bouleversements géologiques qui ont affecté cette zone au cours des âges.
Tandis que des îles s’enfoncent sous les eaux, d’autres apparaissent ou se surélèvent. Et avec elles, les restes pétrifiés des polypes fossiles. Reste quand même à savoir comment ces monolithes ont pu être façonnés de la sorte et polis avec de grossières haches de pierre ?
Et aussi quelle « pirogue » (puisque telle est la thèse officielle) pouvait supporter des blocs de ce poids ?
Le trilithe n’est d’ailleurs pas le seul vestige intéressant de Tongatapu. On y observe également, à proximité de cet arc de triomphe, des murailles verticales faites d’imposantes plaques parfaitement taillées, polies et ajustées. Celles-ci pèsent de cinq cents kilos à plusieurs tonnes. Ces murailles délimitent des degrés semblables à ceux des plus grandes pyramides mayas. Mais elles possèdent une structure et une architecture qui font irrésistiblement penser aux longues parois verticales des monuments de Yonaguni, une des cités englouties.
Ainsi, à ces ruines visibles, il est permis d’ajouter les villes mégalithiques immergées de Taï Wan et de Yonaguni, lesquelles plaident également pour une lointaine civilisation du Pacifique qui aurait connu son apogée il y a plus de dix mille ans avant de disparaître lors d’un cataclysme mondial qui ravagea tous les continents et anéantit les toutes premières civilisations. Celles-ci se connaissaient-elles ? S’ignoraient-elles ? Etaient-elles liées ? Antagonistes ? Complémentaires ? Quels rapports commerciaux, culturels, politiques, stratégiques entretenaient-elles ? Auraient-elles pu ici ou là fusionner? Ne possédaient-elles pas des origines communes ?
Il semble bien que oui, mais sur un laps de temps de plusieurs millénaires, les liens ont pu se distendre puis reprendre, se raffermir ou se rompre, les colonies se rebeller et vouloir se libérer de la métropole voire la remplacer... Et peut-être y sont-elles parvenues... Les zones d’ombre sont encore trop nombreuses pour sortir du domaine des hypothèses.
Le passé, dit-on, parle à ceux qui veulent bien l’entendre. Mais en Océanie, il reste désespérément muet. Tout est à reconstruire à partir des minuscules morceaux d’un puzzle géant, dispersés dans le maelström du temps.
Les puissances coloniales, les autorités religieuses et les intérêts économiques qui se sont succédés sur ces îles se sont ingéniés, jusqu’au milieu du vingtième siècle, à brouiller l’histoire des insulaires. En détruisant leurs monuments. En dispersant ou en brûlant leurs artéfacts. En imaginant des théories de peuplement simplistes et en associant des analogies linguistiques de pure apparence, afin de déposséder ces peuples de toute légitimité sur les terres qu’ils occupaient depuis des millénaires.
Un véritable ethnocide culturel. Et parfois aussi, physique... Certains chercheurs y ont leur part de responsabilité. Sages récitants, ils ont raconté ce qu’on leur demandait de dire. Cautions pseudo-scientifiques, récompensées de postes intéressants et de belles carrières universitaires. Pour que l’expropriation de tout un peuple soit « moralement » justifiable, et historiquement indiscutable au point de survivre à la décolonisation, il fallait tout nier en bloc : l’ancienneté d’occupation d’abord, qu’on fit remonter à quelques centaines d’années, voire moins...La plupart des insulaires seraient arrivés juste avant les grands explorateurs européens !
La richesse des cultures ensuite, en faisant de cette extraordinaire diversité de peuples, de langues et de pratiques sociales et religieuses, des groupuscules de « pseudo-Chinois » égarés dans quelques îles lors d’un néolithique tardif.
En résumé, c’étaient des primitifs récemment installés sur des îles quasi désertes quand on les avait découverts ! Vision très XVIIIème et XIXème siècle qui a ensuite frappé de cécité la majorité des historiens et, plus grave, égaré pas mal d’ethnologues. Et, même aujourd’hui où des fouilles plus sérieuses sont entreprises, les chercheurs ne s’intéressent pratiquement qu’aux céramiques lapitas qui confirment leurs certitudes. Lapitas, lapitas tant qu’on voudra... Mais surtout, laissons dormir les monuments mégalithiques et les cités englouties.
Quand on s’intéresse vraiment au passé océanien, mais aussi à celui de l’Insulinde qui lui est en grande partie lié, il faut s’attacher à des miettes d’objets souvent en piteux état, approcher des vestiges de monuments très mal conservés, et examiner des bribes de légendes refoulées par de monstrueux lavages de cerveaux qui ont dépossédé tous ces peuples de leur passé.
J’ai moi-même observé la plupart des vestiges et des reliques présentés dans cet ouvrage au cours de mes voyages. Ceux dont je ne peux directement témoigner ont été examinés avec prudence et circonspection. En croisant systématiquement de multiples sources. En cherchant à louvoyer entre les écueils d’une science sceptique et les récifs d’une poésie débridée.
Ma démarche s’est voulue réaliste et pragmatique. D’abord du concret ! S’attacher aux preuves visibles, monuments et artéfacts, et à la datation que les méthodes scientifiques les plus pointues leur attribuent. Même si, occasionnellement, il leur est associé des légendes utiles pour l’interprétation...
Ensuite être curieux de tout, ne rien croire d’emblée, ni ne rien rejeter a priori. Et se méfier des certitudes tenues pour indiscutables, surtout lorsqu’elles sont assorties d’anathèmes et de dérision !
Enfin, examiner d’un œil critique les évidences trop belles pour être vraies et ne retenir que les conclusions résultant à la fois d’observations répétées, de témoignages concordants, et de rapprochements croisés à l’aune de la trans-disciplinarité.
Le plus difficile peut-être fut de franchir un cap psychologique : éluder les moqueries et le scepticisme. Saper les réticences de ceux dont je sollicitais le concours. Les convaincre que je respecterais leur anonymat. Et oser me mettre au ban de la «bonne société scientifique ». Car, plus ou moins inconsciemment, nous acceptons qu’un fossé infranchissable sépare l’histoire dite sérieuse, des hypothèses audacieuses trop bien récupérées par les vendeurs de mirages.
Ne peut-on essayer d’emprunter à chaque attitude ce qu’elle a de plus positif? La rigueur des professeurs et l’imaginaire des chasseurs de chimères ?
Quoi qu’il en soit, loin de moi la prétention de délivrer une nouvelle vision de l’histoire océanienne, définitive et irréfutable. Tout juste des pistes, des indices, des sujets d’étonnement. Et des éléments de réflexion pour les esprits ouverts à l’examen critique des certitudes confites des mandarins.
Chapitre premier Constructions cyclopéennes
Pendant longtemps, il a été d’usage de présenter les insulaires du Pacifique comme de « bons sauvages ». D’aimables hédonistes aux mœurs libres et à la vie insouciante. Même si, occasionnellement, des cas de cannibalisme étaient signalés, cette image d’Epinal a perduré au point de devenir pour beaucoup une allégorie : le symbole fantasmé des îles lointaines. Avec, pour unique culture, des huttes, des cocotiers, des pirogues et des danses langoureuses.
Pourtant des civilisations s’y étaient développées pendant des millénaires ! Construisant des bâtiments de pierres, érigeant des statues anthropomorphes, sacrifiant à des divinités plus ou moins bienveillantes, structurant des sociétés hiérarchisées encadrées par des institutions pérennes. Mais aussi inventant des écritures complexes, menant des guerres de conquête et des expéditions lointaines, et concevant pour cela des navires de haute mer ainsi que des cartes marines et la connaissance de la navigation qui va avec.
Après bien des réticences, l’histoire officielle a fini par admettre vers la fin du XIXème siècle, qu’il avait existé des civilisations océaniennes. Mais chacune de ces cultures était étudiée séparément, avec une prédilection des savants à décortiquer chaque aire de développement en groupes et sous-groupes artificiels. En limitant les échanges aux récentes grandes migrations de peuplement et de découverte, évidemment incontournables, et pour lesquelles on bâtit à la hâte une théorie unique, celle des « lapitas »... Qui évitait soigneusement de remonter trop loin dans le temps, faute de quoi la superbe construction intellectuelle s’effondrait.

Pyramides polynésiennes
On trouve bien quelques allusions à ces structures dans les carnets de voyage de Wallis et de Bougainville, mais le meilleur témoignage nous est fourni par le capitaine James Cook. Lors d’une escale prolongée à Tahiti en 1769, il décrit le maraé de Mahaiatéa comme une construction de pierres taillées élevées en forme de pyramide, sur une base de 267 pieds de long pour 87 de haut (soit 80 mètres à la base pour vingt six de haut) Il observe au milieu du sommet de cette masse une représentation d’oiseau taillée dans du bois, et près de celle-ci une figure brisée de poisson sculptée dans de la pierre.
Cette pyramide trône au milieu d’une vaste place presque carrée, dont les grands côtés mesurent 360 pieds de long (soit cent huit mètres) Cette place est entourée de murailles et pavée de pierres plates parfaitement ajustées dans toute son étendue. A environ cent yards à l’ouest de ce bâtiment (soit quelques quatre vingt dix mètres) se situe une espèce de cour pavée, où l’on voit plusieurs petites plates-formes élevées sur des colonnes de bois hautes de sept pieds de haut. Le capitaine Cook pense qu’il s’agit d’autels païens, parce que les indigènes y placent des provisions de toute espèce en offrandes à leurs divinités. Mais il ne manque pas de souligner l’étonnant talent de bâtisseurs de ces « sauvages » vivant, au quotidien, dans de simples huttes. Et il émet l’hypothèse que les natifs des îles ne sont peut-être pas les vrais constructeurs de ces temples. Le naturaliste Forster qui l’accompagne vulgarisera cette thèse, que Dumont d’Urville reprendra encore en 1841.
Heureusement qu’avec Cook nous disposons d’un témoignage de choix, dont l’original est conservé dans les archives de l’Amirauté Britannique ! Sinon, qui se souviendrait de ces monuments démolis au XIXème siècle pour en récupérer les pierres, destinées à la construction d’un pont ? Une pratique courante alors, les « civilisateurs » prenaient les matériaux là où ils se trouvaient, sans se soucier ni de leur provenance, ni de leur valeur archéologique... Et sans rencontrer la moindre opposition de la part des indigènes ! Des guerres tribales endémiques avaient détourné les insulaires d’une partie de leurs croyances passées. Comme chez les Mayas, ces conflits avaient conduit les Polynésiens à abandonner leurs lieux de culte et même à les détruire. Surtout quand ils appartenaient à leurs rivaux. Les missionnaires et les agents des travaux publics s’associèrent de bon cœur à cette grande entreprise de démolition.
Ainsi, tandis que l’évangélisation coloniale commençait par la destruction des temples et autels traditionnels, en 1815 le roi Pomaré II de Tahiti décidait, après sa victoire de Fei Pi sur les idolâtres, de défaire tous les anciens sites sacrés. Les pierres en furent utilisées pour la construction de routes, de maisons, de jetées, de ponts... Ailleurs, les tikis, ces statues représentant les ancêtres divinisés, furent renversés, brisés ou délibérément saccagés. Un vandalisme accompli par les indigènes eux-mêmes, avec l’assentiment bienveillant des nouvelles autorités. Ces destructions favorisant, du moins l’espérait-on, l’oubli et la disparition de ces « pratiques de sauvages ».
Par bonheur, les sites les plus inaccessibles ont été épargnés. Et il subsiste en de nombreux endroits de gros amoncellements de pierres taillées, plus ou moins recouverts par la végétation luxuriante.
Un des plus intéressants sites de Tahiti est celui qui porte, depuis toujours selon la tradition locale, le nom de « Domaine des Dieux ».
En 1989, lors d’une étude de projet de barrage hydroélectrique sur la Tahinu, au centre de la caldeira, il fut décidé d’inventorier des édifices et des objets signalés depuis deux siècles mais abandonnés depuis, en raison de grandes difficultés d’accès, terrain très accidenté et jungle épaisse. Des fouilles sur dix hectares furent entreprises sous l’égide du CNRS, avec l’appui de chercheurs chiliens et néo-zélandais, spécialistes des civilisations océaniennes. Quatre centres culturels furent redécouverts. Sur le plus étendu, une forte densité de monuments cérémoniels de dimensions impressionnantes prouvèrent l’importance de ces lieux reculés au temps des anciennes pratiques religieuses. La plupart des blocs étaient restés ajustés malgré les tremblements de terre et l’on s’aperçut, comme aux Marquises ou aux Tonga, que les bâtiments avaient été construits selon des normes que nous qualifierions aujourd’hui d’anti-sismiques et d’anti-cycloniques.
Non loin d’un groupe de treize monuments, on retrouva une carrière cyclopéenne avec de très grands ateliers de taille de lames d’herminettes et d’autres armes et outils de pierre. Paradoxalement, ces parages paraissaient avoir été peu habités, pas très longtemps, peut-être même occasionnellement le temps d’accomplir des cérémonies magiques. Le faible nombre et les petites dimensions des vestiges de constructions habitées alentour, et la modestie des terres cultivables dans ce secteur, paraissaient incompatibles avec une occupation humaine durable. Le nom de « Domaine des Dieux » correspondait donc parfaitement à cet ensemble à vocation religieuse, assez semblable dans son principe aux heiau de Hawaï, ces anciennes structures cérémonielles regroupant autour d’un ou plusieurs maraés un ensemble de bâtiments cultuels.
De très nombreux vestiges polynésiens adoptent la forme de la pyramide tronquée à degrés, comme à Saqqarah, à Téotihuacan et à Ténériffe. Et de nombreux moellons laissent encore apparaître des traces de pétroglyphes en mal de déchiffrement. Mais la structure de base reste le maraé, une plate-forme cyclopéenne obéissant souvent à des considérations astronomiques dans le choix de son emplacement.
Beaucoup de maraés portent ou ont porté des pyramides, et l’on peut même dire qu’il n’y a guère de pyramides océaniennes sans maraés. Par contre, on trouve beaucoup de maraés sans pyramides, avec seulement des piliers, des statues ou de simples monolithes dressés. Ceux là semblent être les plus anciens. Comme s’il y avait eu une évolution progressive du massif vers le monumental, semblable à ce que l’on observe dans bien d’autres anciennes cultures.
Les maraés servaient de monuments officiels à vocation sacrée, religieuse ou funéraire, où l’on pratiquait à l’occasion des sacrifices humains comme du haut des pyramides à degrés mayas. La consécration d’un nouveau temple, le retour des solstices, l’exécution des prisonniers de guerre, les prières pour des navigations heureuses ou de bonne récoltes, les occasions ne manquaient pas d’ensanglanter ces pierres votives.
Cook fut même témoin de ces pratiques barbares et les relate dans son livre de bord. Mais c’étaient aussi des édifices d’usage profane destinés à des cérémonies temporelles comme l’intronisation d’un nouveau roi, les déclarations de guerre, ou les fêtes des victoires récentes ou passées. Ces constructions différaient selon les matériaux locaux. Pierres basaltiques tirées des pics volcaniques sur les îles hautes, blocs de corail taillés sur les atolls bas, grosses pierres des torrents ailleurs. Le soin apporté à l’élaboration était partout le même, témoignant de techniques de taille, de moyens de levage et de connaissances architecturales peu compatibles avec le niveau de culture que l’histoire officielle accorde à ces bâtisseurs.
L’ethnologue Jacques Antoine Moerenhout note au XIXème siècle que ces constructions pyramidales à quatre ou cinq degrés, plus rarement de neuf ou dix grandes marches, sont faites d’énormes dalles s’emboîtant parfaitement les unes aux autres, retenues par leur simple poids en l’absence de tout ciment. Un technologie antique commune aux pyramides d’Egypte, à celles d’Amérique centrale, celles des Canaries, et celles de l’Amazonie péruvienne. Mais aussi semblable à divers vestiges sous-marins comme la ziggourat de Yonaguni. Toutes ces coïncidences peuvent-elles être l’effet du pur hasard ?
Il y avait des maraés de toutes tailles, des privés réservés à de grandes familles, et des royaux destinés à toute une île. Le plus grand que l’on connaisse est le maraé Taputapuatéa, dans l’île de Raïatea à l’Ouest des Tuamotu. Celui là ne porte pas de pyramide mais intrigue par son orientation stellaire en fonction des solstices, légèrement erronée si on s’en tient à la datation habituelle de quelques siècles. Mais parfaitement juste si on reconstitue la voûte céleste en des temps très anciens.
Avant d’être éclipsée par les Marquises, cette île fut longtemps considérée comme un des tout premiers centres religieux de l’ancienne Polynésie, et le cœur de sa culture. Mais d’autres sites archéologiques semblables sont présents à Tahiti et sur les îles voisines, et également sur les atolls des Tuamotu et des îles sous le vent. Construites souvent au bord des lagons, ces ruines sont plus aisément accessibles même si, là aussi, des démolitions en règle nous ont précédés. Là où les pierres ne pouvaient être emportées pour servir à de nouvelles constructions, les pétroglyphes considérés par les curés et les pasteurs comme des signes démoniaques, étaient martelés et burinés jusqu’à en devenir informes. Des destructions qui permirent, pendant longtemps, d’entretenir la thèse d’un peuple sans écriture.
Aujourd’hui, les autorités locales essaient, avec de modestes moyens, de restaurer ces vestiges de leur passé. Connaître leurs racines est devenu une véritable passion pour de nombreux Océaniens, qui essaient de façon pathétique de ressusciter les anciennes légendes, en interviewant les anciens qui se souviennent encore de ce que rapportaient leurs propres arrière-grands-parents. De Honolulu à Auckland, de la Nouvelle Guinée à l’île de Pâques, des côtes d’Amérique du Sud à celles du Japon, les bribes du passé parlent beaucoup de pyramides. La pyramide apparaît comme le support de prédilection des légendes. Mais elle est aussi bien plus que cela.
Car en fait, si on cherche un peu, les archipels du Pacifique regorgent de pyramides !
De nombreuses pyramides de pierre ont été découvertes sur les îles Gilbert et Marshall, au beau milieu de l’océan. Abandonnées depuis une éternité, ces constructions évoquent pour les insulaires « le temps des Dieux ». Celui où leurs anciens dieux, mais aussi des hommes qu’ils avaient instruits, volaient dans le ciel, connaissaient tous les secrets de la vie et savaient se retrouver sur l’immense vacuité de l’océan. Ces serviteurs des dieux, prêtres, chamans et technologues étaient des « hommes oiseaux ». Une tradition conservée dans plusieurs archipels et restaurée symboliquement pour pacifier les guerres tribales sur l’île de Pâques, à près de dix mille kilomètres de là. On les y désigne comme les « tangata manus ».
D’autres ruines pyramidales sont visibles dans l’archipel de Hawaii et aux îles Marquises, comme dans toute la Polynésie, tandis que des traditions orales immémoriales des Maoris de Nouvelle-Zélande perpétuent le souvenir d’un continent perdu situé loin au Nord-Est et dont ils prétendent provenir à l’issue d’un très long voyage... En ayant apporté avec eux le secret des « manu tangatas », ces cerf-volants en forme d’aile delta dont certains sont assez puissants pour emporter un homme. Un homme-oiseau évidemment. Des engins volants qui, après avoir stupéfait les premiers colonisateurs, furent interdits sous l’impulsion des missionnaires qui les jugeaient impies.
Mais il n’y a pas que des maraés et des pyramides ! A Hiva Hoa (aux Marquises) dans la vallée de Takauku on trouve près du village d’Atuona une véritable forteresse mégalithique de neuf étages, surmontée d’une espèce d’obélisque gravé de pétroglyphes présentant une ressemblance troublante avec les écritures de l’île de Pâques. Et dans l’archipel Cook, à plus de mille kilomètres à l’Ouest de Tahiti, on peut voir sur les îles Rarotonga et Mangaia des vestiges de routes empierrées qui ne mènent nulle part car elles s’arrêtent au bord des flots. Cela pose évidemment la question de leur finalité. Sur des îles coralliennes où aucune carrière de pierre n’existe, ces matériaux ont forcément été apportés d’ailleurs. Comment ? Par qui ? Et dans quel but ? Puisque, selon le Dogme, ces gens là ne connaissaient ni la roue, ni le chariot, ni l’attelage. Etait-ce destiné à des coureurs à pied comme on l’a dit de la fameuse route des Incas ?
A plus de cinq mille kilomètres à l’Ouest des Marshall, les ruines de Kutaï à Bornéo sont tout à fait impressionnantes. Des murailles composées de pierres empilées et ajustées dont certaines, gigantesques, constituent un intrigant patchwork minéral délimitant des plate-formes et des terrasses aux angles parfaitement dessinés. Des escaliers ruinés les relient tandis que des vestiges de routes pavées sont parfaitement reconnaissables dans la jungle pour peu qu’on éradique la végétation envahissante. Les traditions indigènes en attribuent l’origine à un peuple très puissant qui vivait là jadis. Un peuple tellement aimé des dieux que ceux-ci lui avaient communiqué une partie de leur savoir. Ainsi ce peuple transportait-il de lourds monolithes sans effort, grâce aux incantations de ses sages dont la tradition prétend que les plus efficaces étaient inaudibles ! Hypnoses collectives permettant d’accomplir des efforts surhumains sans ressentir la douleur et la fatigue ? Connaissance d’engins de levage ? Ou superstitions risibles ?
Toujours dans l’Indonésie actuelle, l’île de Bali présente bien des mystères. Liée à plusieurs reprises au continent asiatique, du fait de multiples variations du niveau de la mer, elle connut divers mouvements de populations dans un très lointain passé. De nombreux croisements de peuples et de cultures aussi, avec des civilisations de niveaux technologiques très différents.
La préhistoire balinaise est encore mal connue, mais des vestiges archéologiques prouvent l’existence d’une civilisation mégalithique. Outre des alignements de menhirs, de très anciens occupants ont laissé des sarcophages de pierre en forme de tortue ou de barque. On y a trouvé, en plus des ossements, des bijoux et des haches quadrangulaires, disposés de façon ordonnée autour des défunts. Autant de témoignages d’un rite des morts élaboré, assorti sans doute d’une croyance de la vie dans l’au-delà. La datation au carbone 14 des restes humains leur donne plus ou moins douze mille ans ! Une date intéressante car cette ancienneté pourrait correspondre à une toute première civilisation des mégalithes née aux confins de l’Europe et de l’Asie et qui se répandit ensuite vers l’Est tout en se diversifiant. Peut-être même, en extrapolant un peu, une rémanence de ces croyances apparaît-elle dans les sarcophages en forme de barque communs aux vestiges mégalithiques celtes comme à ceux de Filitosa en Corse, et se retrouve-t-elle dans les croyances ultérieures de la barque des morts, vision partagée par les mythologies égyptiennes puis grecques.
Pure spéculation, certes. Mais doit-on la rejeter a priori sans l’examiner ? Peut-on soutenir que les archétypes expliquent tout ?

Villes mégalithiques
Tout le monde a entendu parler des cinq cent cinquante mohaïs de l’île de Pâques, ces statues spectaculaires dont l’origine demeure encore inexpliquée en dépit des courageuses tentatives faites par des savants dont les théories se contredisent parfois. Mais nous y reviendrons...
Ces colossales têtes de pierre dressées sur des plate-formes ne sont pas les seules constructions cyclopéennes que l’on trouve sur cette petite île de 118 kilomètres carrés. Jacob Roggeveen, le découvreur de l’île au XVIIIè siècle, a décrit un grand temple avec d’imposantes terrasses de pierres sur lesquelles reposaient des colonnes monumentales. Les vestiges d’une salle hypostyle ? En tout cas, une construction apparemment disproportionnée par rapport à la taille de l’île et au nombre de ses habitants. Depuis, ce monument a été transformé en carrière et laborieusement anéanti...
Mais si Rapa Nui demeure un des symboles les plus médiatisés de l’étonnante civilisation océanienne, les îles les plus riches sur le plan archéologique sont les Carolines. Un archipel micronésien théoriquement indépendant aujourd’hui, bien que placé de fait sous la tutelle économique et politique des Etats Unis.
L’île de Pohnpei (ou Ponapé) abrite le mystérieux site de Nan Madol, une énigme proto-historique à laquelle les experts n’ont apporté que des réponses fragmentaires, parfois incohérentes, souvent illogiques ou contradictoires, donc toujours insuffisantes. Mais ils ont des excuses ! Nan Madol est un des pires cauchemars pour ceux qui prétendent raisonner sans violer les théories imposées par les pontes.
L’archipel des Carolines est situé au dessus de l’équateur, au Nord de la Nouvelle Guinée. La ville mégalithique de Ponapé, également connue sous le nom de Nan Madol, y est construite sur des îlots artificiels. Cette cité perdue, véritable Machu Pichu océanien, est cernée par des remparts cyclopéens entourant des édifices monumentaux, des canaux, des ports... Elle tient à la fois des ruines de Zimbabwé, de l’antique Mycènes et de l’indéchiffrable Cuzco. Mais ce qui intrigue le plus sur une si petite île est le matériau de construction utilisé, d’impressionnantes poutres et colonnes basaltiques noires de plusieurs tonnes dont on ne trouve aucune carrière à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde...
On peut aussi se demander pourquoi a-t-on bâti une telle métropole sur une petite île aux maigres ressources, loin de tout ? Quel empire contrôlait-elle ? De quel peuple était-elle la capitale ? A la suite de quels événements a-t-elle été abandonnée ? Malgré des preuves d’une extrême ancienneté, là encore comme à Tiahuanaco ou à Abydos, des historiens rajeunissent systématiquement les monuments. Pour ne pas avoir à réviser le sacro-saint dogme de la civilisation née à Sumer et nulle part ailleurs.
Le site de Nan Madol ne ressemble à rien de connu. On peut comparer cette cité à Mycènes, à Machu Pichu ou à Cuzco. Cela tient un peu des trois et c’est, en fait, radicalement différent. Cela appartient vraiment à une toute autre culture, malgré des points communs. Cela traduit une vision du monde réellement différente tant par la perception des volumes que par l’esthétique.
Nan Madol se présente sous la forme d’une véritable ville-forteresse mégalithique, enserrée dans un réseau de remparts de trois à cinq mètres de large. Aux endroits les plus exposés, la muraille principale est elle même doublée par une autre fortification un peu moins impressionnante. Contre quels ennemis voulaient-ils se protéger pour entreprendre des travaux aussi colossaux ? Quelles divinités voulaient-ils honorer ? Envers qui voulaient-ils témoigner ainsi de tels signes ostensibles de leur puissance ? Ou quels pouvoirs, quels secrets voulaient-ils ainsi protéger et cacher à l’abri des regards pour les siècles et les siècles à venir ? Si l’on admet que la quasi totalité des activités humaines, surtout les plus pénibles, ont un sens utilitaire ou symbolique, économique ou religieux, Nan Madol parait échapper totalement à cette logique.
Cette ville est disproportionnée par rapport à la taille actuelle de l’île et trop isolée pour être au centre d’un système politique, administratif et commercial efficace. Surtout si on la place dans un contexte d’empire insulaire avec, pour seul moyen de communication et d’échange, de frêles pirogues.
Si les cruels et tyranniques Saudeleurs, dont ne sait pas grand chose, l’ont occupée il y a environ mille ans, ils n’en étaient certainement pas les constructeurs, leur médiocre niveau de technologie s’oppose à cette vision qui a pourtant la faveur des professeurs.
Les architectes et les bâtisseurs de Nan Madol ont adopté un système d’enchevêtrements cruciformes de poutres basaltiques, de section prismatique, presque partout hexagonales. Comment les ont-ils taillées de façon aussi précise et répétitive, comme une production industrielle normalisée, en l’absence d’outils de métal et bien sûr de machines ? Comment expliquer le transport de ces poutres de basalte pesant jusqu’à cinq ou six tonnes chacune, depuis une carrière située à plusieurs dizaines de kilomètres de là ? Les longues pirogues doubles étaient certes des navires aptes à la navigation au large, mais les plus grandes mesuraient dans les vingt mètres de long et les coques les plus larges ne dépassaient pas deux mètres. Leurs formes de carènes étudiées pour bien passer dans les houles du Pacifique étaient peu porteuses en données de charge. Et les matériaux dans lesquels elles étaient fabriquées, du bois léger et des structures souples, n’avaient aucune aptitude à supporter de si lourds chargements. Pas plus d’ailleurs que les légères passerelles de bois, tendues entre les coques, pour les relier entre elles. Et quand bien même ces bateaux auraient pu servir d’improbables cargos, par quels moyens de levage aurait-on pu y charger et décharger des éléments de construction aussi lourds ? Comment les a-t-on empilés ensuite en les disposant en croix, parfaitement ajustées, sur des hauteurs pouvant aller jusqu’à douze mètres et des épaisseurs de plus de cinq mètres ?
Autres questions sans réponse : pourquoi ces bâtisseurs dont l’origine se perd dans la nuit des temps, ont-ils choisi cet endroit isolé pour bâtir leur capitale ? Et la capitale de quel empire d’ailleurs ? Aucune grande île n’émerge à proximité. Et quel besoin d’aller chercher loin de la ville du basalte pour créer un socle de pas moins de quatre vingt douze îlots artificiels sur lesquels l’essentiel de Nan Madol a été érigé !
Quelle étrangeté tout de même d’aller en apnée disposer sous plusieurs mètres d’eau des colonnes de basalte afin de constituer des structures artificielles, alors que les îlots coralliens ou motus ne manquent pas dans la région... Et surtout, comment stabiliser et ajuster des blocs de plusieurs tonnes sous la surface puisqu’il s’agissait, officiellement, d’un peuple n’ayant pas dépassé le stade du néolithique ? A moins que ces soubassements n’aient été, eux aussi, brusquement submergés dans un passé reculé ? Cas de figure dans lequel l’île était beaucoup plus grande et la ville oubliée bien plus majestueuse. Hélas cela parait incompatible avec les jetées portuaires enserrant des bassins encore utilisables aujourd’hui. Et aussi avec les canaux serpentant entre les îlots. Ils sont toujours navigables de nos jours, même si leur motivation économique, symbolique, pratique ou rituelle reste encore du domaine des conjectures.
Quoi qu’il en soit, l’existence du port et l’érosion marine au niveau de l’estran semblent démontrer que l’île de Ponapé s’est enfoncée seulement de quelques dizaines de centimètres depuis la construction de la ville, et donc le mystère des îlots artificiels demeure. Sauf à admettre une submersion, par affaissement et/ou montée des eaux, suivie plus tard d’un rehaussement. Après tout pourquoi pas ? L’instabilité géologique de la région pourrait valider cette hypothèse.
A l’intérieur des remparts, on trouve des rues et des escaliers cyclopéens reliant des habitations de type mégalithique, dotées de toits constitués d’une ou deux dalles de pierre plate, pesant plusieurs tonnes chacune. L’exercice a été répété maintes fois comme si cette manutention ne présentait aucune difficulté particulière. Des archéologues y ont vu des tombeaux ou plutôt des mausolées. Un gigantesque cimetière, faute d’autre explication qui se tienne... Pourtant, on n’y a pas retrouvé beaucoup d’ossements. Mais il est vrai que les spécialistes ont tendance à classer dans le genre funéraire tout monument dont ils ne saisissent pas la finalité, comme ils appellent « objets de culte » tous les artéfacts qui dérangent l’ordonnancement de leurs théories...
A Nan Madol, cimetière presque sans squelettes, de nombreux artéfacts furent déterrés. Des ornements faits de coquillages et de corail sculpté ainsi que des outils de pierre taillée pour les plus anciens, des poteries pour les plus récents, celles-ci contenant encore des restes d’aliments. Bizarre pour une cité funéraire à laquelle nos savants attribuent à peine quelques centaines d’années d’ancienneté.
Ou pour les plus hardis un bon millénaire. Or, l’état de fossilisation de certains coquillages ou coraux associés à des artéfacts, ont été datés par des géologues. Ils permettent de remonter à plus de dix mille ans en arrière.
Quant aux poteries, quelques unes sont de type lapita, vieilles de deux à trois mille ans, témoignant soit d’échanges entre les premiers occupants des lieux et les conquérants Austronésiens au cours de leur expansion. Soit d’une occupation postérieure d’un ensemble désert depuis des millénaires. Mais cela ne démontre en aucune manière que les peuples dits Lapita furent les constructeurs de Nan Madol pour la simple et bonne raison que la stratigraphie relève sous les céramiques, des couches d’habitat beaucoup plus anciennes, avec une interruption de plusieurs milliers d’années.
Enfin il est intéressant d’ajouter que sur la petite île corallienne de Wolaéi située à 1600 kilomètres à l’Ouest de Pohnpei, on a trouvé une stèle recouverte de signes scripturaux ne ressemblant à aucune écriture connue, dans l’aire Pacifique ou ailleurs. Une sorte d’équivalent tropical du disque crétois de Cnossos, un unicum, même si des ethnologues ont relevé quelques similitudes avec les pétroglyphes de Bora Bora. Mais cette stèle attise peu l’imagination des épigraphistes, terriblement européocentristes... Une dernière précision troublante: cette stèle est un bloc de basalte semblant provenir de la même carrière que les éléments de construction de Nan Madol. Coïncidence ?
Pour faire un tour complet des Carolines, il faut citer pour finir les vestiges de la cité antique d’Insaru, sur l’île de Lélu, à l’Est de l’archipel. D’énormes murailles de six mètres de haut, faites de très grosses pierres bien assemblées caractérisent ce site qui présente des analogies architecturales flagrantes avec Pohn Pei, situé à cinq cents kilomètres de là. Un réseau de canaux, comme à Nan Madol relie les principaux quartiers entre eux, tandis que des routes pavées font communiquer entre elles les différentes parties de la ville et conduisent à l’extérieur.
Si la cité d’Insaru parait moins étendue que Nan Madol, sa particularité réside dans ses pyramides de basalte de plusieurs dizaines de mètres de haut. Certains des blocs constituant ces édifices pèsent jusqu’à cinquante tonnes. L’origine de ces pierres demeure un mystère.
Selon la tradition locale, la ville aurait été construite en une nuit par des dieux venus aider les hommes. En toute hypothèse, des bouleversements géologiques très anciens ont affecté la région (sans forcément adhérer aux théories « lentes » qui ont la faveur d’une partie de la communauté géologique) car à Nan Madol les soubassements sont enfouis et les canaux débordent, tandis qu’â Lélu, les canaux sont désormais presque tous au dessus de niveau de la mer et donc à sec. Mais des traces d’animalcules marins montrent bien qu’à l’origine, ils ne furent pas conçus comme des sortes de voies terrestres encaissées.
Par ailleurs, sur les îles de Palau en Micronésie, à l’ouest des Carolines, des collines entières ont été sculptées pour ressembler à des pyramides à degrés. Il ne s’agit pas des traditionnelles cultures en terrasses, comme on en trouve dans toutes les parties montagneuses habitées de la planète, car rien n’y est cultivé. Il n’y pousserait d’ailleurs pas grand chose de comestible, ce sont des champs de cailloux au sens propre du terme. Certaines de ces terrasses forment des marches d’escalier de géants de quatre à cinq mètres de hauteur pour le double ou le triple de large. Là encore, les traditions orales du cru sont muettes sur l’utilité de ces monuments dont elles attribuent la construction aux dieux. D’ailleurs, sans une reconnaissance aérienne suivie d’un débroussaillage, ces vestiges seraient restés très mal connus et les sceptiques parleraient de « légendes insulaires » à propos de ces monuments...
Parfois même, on trouve des traces de constructions monumentales sur des îles minuscules éloignées de toutes les voies de communication maritimes.
Entre la Mélanésie et la Polynésie se trouve l’archipel Fidjien. On n’a pas encore fait de découvertes considérables sur les plus grandes îles. Par contre, au centre de la petite île de Naquélé Lévu, sur le site de Nukusévé, on a trouvé un très grand mur défensif de près de trois mètres de haut. Celui-ci entoure le sommet d’un piton rocheux d’une dizaine de mètres de haut surplombant les environs, telle la butte d’un château fort. Outre la muraille proprement dite, on peut observer sur l’aire centrale de cette forteresse proto-historique plusieurs plates-formes, des escaliers et un puits d’eau saumâtre. Une sorte d’avant poste. Mais de quelle civilisation ? Et contre qui ou quoi pouvait-il bien protéger ? Il n’y a rien d’autre sur cette petit île. Rien qui puisse exciter la convoitise et justifier l’installation d’un fort.
Autre bizarrerie comparable : à cinq mille cinq cents kilomètres à l’Est des Fidji, dans le petit archipel Pitcairn à peine habité, dont la célébrité provient des mutinés de la Bounty qui y trouvèrent refuge, il existe sur l’île Henderson des vestiges de murs cyclopéens. Construits à la manière des forteresses Tongas et Fidjiennes, ils sont disproportionnés par rapport à la taille de l’île, au nombre de ses habitants et aux intérêts qu’ils étaient censés protéger.
En règle générale, lorsqu’un monument anachronique ou un objet insolite perturbe leurs certitudes, les historiens conventionnels s’en tirent en le déclarant « non-significatif ». Mais là, on ne peut plus passer à côté de toutes ces données sans se poser quelques questions. Et il n’est plus acceptable que ceux qui prétendent écrire l’histoire haussent les épaules, et ricanent, quand on leur expose des théories iconoclastes.

Statuaire monolithique
Autre élément commun à la quasi-totalité des archipels, avec les pyramides tronquées à degrés, les plate-formes de pierres et parfois les écritures indéchiffrables, les sculptures. Façonnées dans de la pierre, du corail ou du bois, mais avec une nette prédilection pour les monolithes là où c’était possible, les tikis (à ne pas confondre avec les mohaïs qui sont d’une inspiration spécifique) varient de la simple statuette à la statue géante. La plus grande connue est sur l’île d’Hiva Hoa, près d’un maraé. Elle mesure 2,35 m de haut.
Les tikis sont presque tous bâtis sur le même modèle, trois parties de taille relativement égale, un visage triangulaire dépourvu de cou, un corps hiératique aux bras figés contre le torse, et des jambes courtes et épaisses. Ensuite, les sensibilités locales et le talent des sculpteurs permettent diverses variations sur ce thème. Parmi ces improvisations, les tikis de Fatu Hiva aux marquises, comme ceux de l’archipel Pitcairn au Sud de la Polynésie, présentent une inspiration commune tout à fait saisissante avec des statues monolithiques trouvées dans les jungles du Nicaragua, du Honduras et du Belize.
La tête du tiki était généralement sculptée de façon plus fine que le reste du corps avec des yeux proéminents ou hypertrophiés symbolisant la magie et le savoir, et une bouche grimaçante représentant le défi permanent lancé tant aux ennemis de chair et de sang qu’aux esprits maléfiques. Un concept assez proche des pouvoirs que la magie maya attribuait à sa statuaire sacrée.
Erigés près des maraés, les tikis pouvaient aussi orner les demeures de personnages importants, et leur figuration était susceptible de décorer des pirogues ou de servir d’inspiration à des tatouages. Une évolution du figuratif vers l’abstraction, avec des symboles de formes géométrique marquant le passage à un système de hiéroglyphes sinon de proto-lettres.
Il est admis que la finalité religieuse des tikis était de représenter les ancêtres divinisés, créateurs de l’espèce humaine. D’ailleurs il leur était aussi attribué des pouvoirs ou manas, bons ou mauvais, susceptibles d’interférer avec le présent et d’influer sur l’avenir. Par la suite, les tikis devinrent aussi les saints patrons des sculpteurs, leur inspirant les critères d’un homme idéal divinisé, aux proportions magiques symbolisant le pouvoir, le courage, l’intelligence et la beauté.
Ces interprétations reflètent sans doute une part de leur réalité culturelle. Mais il demeure une question sans réponse : ces statues ont un air exotique. Bien que de facture plus sommaire, certaines têtes ressemblent étrangement aux figurines grotesques des mystérieux Zapotèques d’Amérique centrale, antérieurs de plusieurs millénaires aux Mayas.
S’il y a eu un contact dans un lointain passé, comment cette inspiration commune a-t-elle pu se disperser dans l’espace et dans le temps ? Certains tikis comptent plusieurs milliers d’années d’écart entre eux, si on les date d’après les cendres et résidus d’offrandes cérémonielles recueillis dessous, puisque la pierre elle même est indatable. Or on les retrouve, presque à l’identique, sur des archipels éloignés de plusieurs milliers de kilomètres. Lesquels, bien évidemment, n’entretenaient pas des relations maritimes régulières entre eux. Mais où donc les artistes sont-ils allés chercher leur inspiration ? Quel modèle commun a-t-il bien pu les inspirer ?
On a assez peu d’informations sur les religions insulaires d’antan, car la volonté d’effacer ces anciennes cultures a non seulement fait disparaître les monuments, mais les artéfacts du culte, presque tous en bois, ont été brûlés. Et les éducateurs importés de France, d’Angleterre ou du Chili se sont chargés de rompre la chaîne de transmission des rites et des coutumes les plus anciennes. En les dévalorisant là où la persuasion suffisait, en les interdisant ailleurs. Ou en déportant ou tuant les vecteurs humains de ces croyances, si l’intimidation ne suffisait pas.
On sait seulement, grâce aux récits des navigateurs et des explorateurs, que des totems de bois sculpté représentant les généalogies illustres étaient associés aux maraés. Ceux-ci étaient entourés de farés construits en dur pour les prêtres ou les corps des défunts de qualité, avec des petites niches de pierre dans lesquelles étaient déposées les offrandes, tandis que dans les arbres sacrés on installait des volières où venaient nicher les oiseaux, tenus pour être les messagers des dieux.
Il est paradoxal de se dire que sans les descriptions remarquablement précises faites par des capitaines d’antan, les Polynésiens n’auraient probablement jamais pu récupérer la liturgie de leurs anciens rites. Lesquels servent désormais à des reconstitutions historiques destinées à distraire les touristes, sans pour autant réduire le très fort coefficient affectif que les autochtones leur attribuent.
Quoi qu’il en soit, si les relations avec la Mésoamérique donnent lieu à débat, personne n’a encore posé sérieusement la question de savoir si les Polynésiens n’ont pas eu, même indirectement dans un lointain passé, des contacts avec l’Egypte des pharaons. Ou avec la civilisation mégalithique antérieure dont les origines remontent à plusieurs millénaires avant l’ancien empire, et sur les décombres de laquelle l’Egypte pharaonique s’est probablement construite.

La problématique égyptienne
Officiellement, on date les relations de l’Egypte ancienne avec le monde austronésien du cinquième siècle avant J.C. En les qualifiant d’épisodiques, de fortuites, d’occasionnelles. Mais c’est ignorer que depuis des millénaires, les Egyptiens utilisaient déjà la cannelle dans leurs recettes de momification. Cette plante endémique de l’Asie du Sud-Est, et qui bien évidemment ne pousse pas en Egypte, comment est-elle parvenue entre les mains des maîtres-embaumeurs ?
Si l’on établit l’existence d’une telle relation commerciale, celle-ci doit avoir été durable. Le marché des pompes funèbres ne connaît guère le chômage !
Autres similitudes : les navires de l’empire austronésien, dont dérivent les pirogues polynésiennes à balanciers et les pirogues doubles ou catamarans (cathu maran en malais) étaient construites selon la technique des bordés couturés, avec des varangues (structures transversales rigides) mais pas de quille. Leurs mâts étaient souples et leurs voiles en forme de pince de crabe.

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