Recherches archéologiques en Angola
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Description

Cet ouvrage présente l'exposé des résultats de trois domaines de la recherche archéologique en Angola, peu connue en France : la préhistoire, l'art rupestre et l'archéologie funéraire. Les occupations anciennes sont étudiées dans la région de Benguela, au sud du pays ; concernant l'art rupestre, les sites de la province de Namibe sont étudiés.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2008
Nombre de lectures 273
EAN13 9782296200371
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES
EN ANGOLA@
L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion. harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05830-9
EAN : 9782296058309Manuel GUTIERREZ
RECHERCHES ARCHÉOLOGIQUES
EN ANGOLA
Préhistoire, art rupestre, archéologie funéraire
L' HarmattanPhoto de couverture:
Fouille archéologique à Dungo IV (Angola)
Photo: M. Gutierrez
Publié avec le concours de :
Équipe Afrique-UMR 7041 du CNRSREMERCIEMENTS
Pour commencer cette page de remerciements, je dirais que le travail de terrain
occupe une place centrale dans la recherche archéologique, cette lapalissade
prend une connotation bien différente quand il s'agit de recherches
archéologiques en Afrique et en particulier sur des terrains difficiles.
L'approche de terrain est complexe dans la mesure où il faut vaincre des
réticences liées au décalage entre situation sur place et l'importance et moyens
que nous accordons à notre recherche. Il faut aussi dépenser beaucoup
d'énergie pour expliquer que les finalités de la recherche ne sont pas étrangères
à la vie des hommes et des femmes d'aujourd'hui, qu'il s'agit de notre histoire.
Ainsi lorsqu'on trouve des institutions et des personnes qui sont impliquées
dans la même démarche, on ne peut qu'accepter leurs demandes. Dans notre
cas, elle se traduit par notre intégration dans l'équipe du Musée National
d'Archéologie de Benguela, et c'est en grande partie grâce à cette intégration
que les recherches à Dungo, au sud de Benguela ont pu avoir lieu. Mes
remerciements s'adressent tout naturellement à l'Equipe du Musée de
Benguela. Ce musée dépend administrativement de la Direction du Patrimoine
Cutlurel, Ministère de la Culture d'Angola, que je remercie également.
Un autre fait de notre domaine est que la recherche coûte cher, il faut ainsi
chercher des sources de financement et expliquer qu'il y a des pays, comme
l'Angola par exemple, où la vie est très chère. Nous avons souvent trouvé un
soutien solide au Ministère des Affaires Etrangères à Paris, au Service de
Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France en Angola, que
je remercie pour leur aide et confiance. Nos institutions de rattachement ont
également participé activement à nos recherches et je me permets de remercier
l'Université de Paris 1(Panthéon-Sorbonne) et l'équipe de recherches sur
l'Afrique-UMR 7041 du CNRS.
Sur le terrain et en particulier dans mes recherches sur l'art rupestre j'ai pu
compter avec l'aide et l'amitié d'Ildeberto Madeira, ville de Namibe, qui
pendant des années m'a témoigné de sa solidarité et que je tiens à remercier.
Dans le sud du pays j'ai pu compter également avec l'aide de personnes qui
m'ont guidé vers des sites d'art rupestre et en particulier M. Mulala que j'ai eu
l'occasion de remercier de son vivant.
7En ce qui concerne la formation d'une équipe de recherche, j'ai la chance de
pouvoir compter, du côté français avec la collaboration de Claudine Karlin
(UMR 7041) que je remercie à plus d'un titre puisqu'elle participe à la
recherche et à la formation sur le terrain, et a aussi fortement contribué à la
qualité de ce livre. Mon collègue Claude Guérin (spécialiste en paléo-faune,
Université de Lyon 1), et Jérémie Vosges (archéologue spécialiste en
expérimentation lithique) font également partie de cette équipe, je leur adresse
mes remerciements.
Dans le domaine de la formation, je remercie également l'Université A. Neto,
Luanda, pour la collaboration reçue de la part du Département de Géologie et
pour les accords de scientifique signés entre cette institution et
notre université.
Ma famille a participé aussi à toutes mes démarches et a dû souvent supporter
mes absences pour cause de terrain, je lui adresse mes remerciements. Il est fort
possible que des personnes ou des institutions aient été oubliées dans cette page
de remerciements, j'adresse mes remerciements à toutes les personnes et
institutions qui nous ont aidé d'une manière ou d'une autre à la réalisation des
recherches et à la publication de ce livre.
8INTRODUCTIONINTRODUCTION
L'ouvrage que nous présentons ici retrace une quinzaine d'années de
recherches de terrain et de laboratoire sur trois grands domaines de notre
discipline: le Paléolithique ancien, l'art rupestre et l'archéologie funéraire de
l'Angola.
Les recherches de terrain se sont déroulées dans un contexte complexe puisque
ce pays a vécu dans une situation de guerre pendant de nombreuses années. La
guerre est ainsi en grande partie responsable des limites territoriales des
activités archéologiques dans la mesure où les zones de conflit et les régions
minées ont été pendant des années, et le resteront encore tant que le déminage
ne sera pas complet, hors de portée de nos activités. La guerre implique aussi
que des secteurs complets de l'économie, des travaux sur les infrastructures,
des besoins intellectuels, l'accès à l'éducation ou à la santé par exemple, soient
relégués très loin dans les priorités d'un pays. La vie, dans une situation de
conflit prolongé, tend à se résumer au quotidien, les hommes et les femmes, les
institutions n'arrivant plus à s'engager sur le long terme. Au-delà de cet aspect,
la notion de construire s'efface, s'érode au profit de la seule tentation de
détruire. La recherche archéologique n'échappe pas à ce constat et l'on
s'aperçoit, par exemple, que les programmes de recherche ont été élaborés pour
des missions très courtes, une intervention spécifique ici ou là, comme s'il
fallait profiter d'une accalmie pour travailler en sciences de l'homme. Pour
nous, chercheur, il a été souvent difficile de convaincre nos partenaires que la
recherche archéologique nécessitait du temps et de la patience pour apporter
des faits sur l'histoire ancienne du pays.
La recherche archéologique angolaise a vécu cette situation de guerre depuis
l'indépendance, dans les années 1970, jusqu'à une période relativement récente
où l'on note un intérêt nouveau pour l'archéologie et le travail de terrain. Ce
renouveau, à Benguela par exemple, résulte de l'existence du Musée National
d'Archéologie, seule structure archéologique du pays, et de la présence du
Centre Universitaire de Benguela, où l'on peut suivre un enseignement en
archéologie. Le regroupement de ces deux unités dans le cadre d'une structure
de formation théorique et pratique, un chantier-école, permet d'envisager
11l'avenir de la discipline avec une certaine confiance. La naissance d'autres
formations universitaires liées à l'archéologie dans d'autres universités du pays
conforte cette tendance.
En ce qui concerne l'organisation de la recherche, notre activité s'est déroulée
en fonction de deux données: limitations territoriales pour la recherche et
demandes d'intervention pour sauver une partie d'un patrimoine menacé. Par
rapport au premier paramètre, nous avons dû limiter les recherches sur l'art
rupestre à la partie sud du pays, partiellement épargnée par les conflits. En
relation aux demandes émanant des institutions angolaises, nous avons répondu
positivement à la direction du Musée National d'Archéologie de Benguela et
intégré l'équipe de recherche de cette institution. D'autres demandes nous ont
conduit à l'organisation de fouilles de sauvetage dans la région du Moyen
Kwanza, au centre du pays.
Nous présentons successivement les trois grands domaines que nous avons
abordé: recherches en préhistoire sur la bande côtière au sud de Benguela,
chapitre I ; étude de l'art rupestre au sud du pays au chapitre II et archéologie
funéraire au chapitre III.
Le premier chapitre intègre un historique de la recherche qui met en évidence
l'importance des vestiges préhistoriques en Angola tout en soulignant l'absence
de méthode de fouille pour bien situer la place stratigraphique du matériel
lithique collecté et donc sa chronologie précise. Après avoir abordé les
questions relatives à notre intégration dans l'équipe du Musée National
d'Archéologie de Benguela, nous présentons l'état des connaissances sur le
Paléolithique inférieur de cette partie de l'Angola. Les sites de Dungo sont
longuement abordés car ils ont permis de mettre en place des méthodes fines de
fouille préhistorique qui aboutissent à la découverte in situ d'une industrie
paléolithique importante et de vestiges osseux nombreux en rapport avec le
lithique. Les premiers éléments d'une chronologie fiable, basée sur des
données de laboratoire vérifiables, peuvent aussi être avancés.
Nous évoquons en fin du chapitre la création d'un chantier école de fouille
archéologique dans les sites de Dungo, Baia-Farta, qui montre l'importance
que nous accordons à la formation et l'attrait que l'archéologie suscite à
nouveau dans le milieu universitaire et au-delà.
12Le chapitre Il aborde l'étude des sites d'art rupestre au sud du pays, à Benguela
puis dans la province de Namibe, où nous pouvions nous rendre au début des
années 1990 sans trop de risque. Des sites d'art rupestre, peintures, gravures,
figures modelées sur roche, existent ailleurs dans le pays. Ils avaient été
signalés dans les années 1980, mais leur accès était difficile à cause de la
guerre et de l'existence de mines anti-personnelles.
Depuis les débuts des recherches, en 1991, nous avons pu nous rendre à
plusieurs reprises dans la région et élargir considérablement nos connaissances
aussi bien sur la probable signification de certaines figures que sur l'existence
de nouveaux sites. Les informations obtenues sont longuement commentées, en
particulier la tradition orale régionale qui nous semble très importante pour
ouvrir des pistes d'analyse sur les peintures et gravures de la région.
L'intégration de la tradition orale dans l'étude des sites d'art ancien nous
conduit à évoquer des situations, au nord et au centre du pays par exemple, où
l'interprétation des figures et des scènes n'a pas tenu compte de cette donnée
malgré l'évidente pertinence de son apport. Dans le cadre de l'interprétation,
nous incluons un bref commentaire sur les théories « chamaniques » qui ont
touché, entre autres, l'art rupestre d'Afrique australe et qui nous semblent très
peu aptes à expliquer l'art de l'Angola dans la mesure où des sociétés
chamaniques n'ont jamais été signalées en Angola et que la création artistique
ancienne ne semble pas non plus en refléter la pratique. À la fin de ce chapitre,
nous évoquons une série de mesures pour l'étude, la conservation et la mise en
valeur des sites d'art rupestre.
Le dernier chapitre, consacré à l'archéologie funéraire, inclut un historique des
données concernant aussi bien les pratiques funéraires connues à travers la
littérature et la tradition orale, que des informations sur les constructions en
pierre en Angola. Le domaine est très riche et, dès les premiers documents
écrits sur la région, on trouve des commentaires, voire des dessins, concernant
le traitement des morts et les rituels qui accompagnent le défunt jusqu'à la
sépulture puis vers l'au-delà. Sur les sépultures, les informations sont
nombreuses et indiquent une diversité importante de monuments, tumulus,
petites cabanes, pierres dressées, entre autres. Les publications se sont surtout
concentrées sur l'architecture et très rarement sur le contenu qui lorsqu'il est
abordé livre une information très diffuse.
13La fouille de la nécropole de Kapanda occupe une place importante car elle
résulte d'une initiative angolaise de développer une archéologie préventive. La
construction d'un barrage permit de la notion et la pratique de
fouille de sauvetage dans une région qui devait devenir un lieu important de
production d'électricité pour le centre du pays. L'initiative de faire appel à
l'archéologie au moment de construire ce barrage est venue des chercheurs
angolais qui comprirent le risque de voir disparaître un patrimoine important
sans en retirer aucun enseignement pour l'histoire sur l'anthropologie et les
rites funéraires qui avaient accompagné la construction des sépultures.
La fouille occupe une large place dans ce chapitre par l'importance que nous
avons accordée au contenu anthropologique des édifices et parce que nous
voulions que la méthode d'approche puisse servir de modèle en archéologie
funéraire en Angola. Les difficultés que nous avons rencontrées après la fouille
obéissent en grande partie aux différents types de remplissage qui ne semblent
pas correspondre à une pratique unique mais évoquent plutôt des situations
complexes que l'archéologie seule ne semble pas pouvoir résoudre. Là aussi
nous avons longuement évoqué la tradition orale actuelle et sub-actuelle, qui,
nous pensons, peut apporter des indices et des voies de réflexion importantes
pour envisager des réponses, ou pour mieux poser les questions. À la fin de ce
chapitre, nous incluons la sépulture de Caotinha, où une fouille préventive eût
lieu avec l'accord et la participation des populations locales. La conclusion du
chapitre met en évidence la jeunesse des études en archéologie funéraire dans
le pays et l'importance du développement de la discipline.
Enfin, dans la conclusion générale nous présentons un bilan global des trois
domaines de la recherche archéologique angolaise que nous avons développés.
Nous évoquons avec une certaine insistance les méthodes utilisées car nous
sommes convaincus qu'elles sont en grande partie à l'origine des résultats
obtenus. Nous signalons également de nombreuses pistes de recherche et de
formation qui se dégagent. L'un des sites qui nous semble réunir ces deux
aspect, recherche et formation, est Dungo où de bonnes perspectives ont été
élaborées.
14CHAPITRE I
PRÉHISTOIREI-Introduction
Notre premier travail en Angola en 1991 avait pour objectif des recherches sur
l'art rupestre du sud du pays. Lors de notre mission sur le terrain, nous avons
été contactés par des ethnologues qui souhaitaient une intervention
archéologique sur un site menacé à l'intérieur du pays. Par ailleurs, le Musée
National d'Archéologie de Benguela étant la seule institution du pays assurant
à la fois recherche et conservation des vestiges archéologiques, notre intention
était de prendre contact avec l'équipe qui l'animait.
Bien que le but initial de notre mission soit l'étude des peintures et des
gravures rupestres de la province de Namibe, nous avons répondu positivement
à la demande d'intervention des ethnologues. D'une part à cause de l'urgence
que revêtait la fouille d'un site archéologique voué à la disparition et, d'autre
part, parce que le pays ne comptait aucune équipe spécialisée en archéologie de
sauvetage.
Dans le même temps, nous rencontrions l'équipe du musée de Benguela qui, au
milieu des années de guerre, sous l'impulsion de son directeur, Luis Pais Pinto,
homme charismatique et volontaire, avait maintenu l'archéologie en vie,
malgré une situation de pénurie extrême. Le musée ne disposait plus de voiture,
leur ancienne 4X4 ayant rendu l'âme: pour se rendre sur les sites
archéologiques il fallait soit compter avec la générosité d'amis, soit louer un
véhicule, ce qui était préférable quand c'était possible, à condition d'en avoir
les moyens. En ce qui concerne le matériel indispensable à la vie du musée,
dire que même l'encre pour marquer le matériel manquait traduit bien la
situation. Le musée possédait un appareil photo, mais les peUicules étaient
introuvables sur le marché. La bibliothèque ne recevait aucune publication
internationale et les livres les plus récents dataient des années 1970. Malgré
tout, l'équipe du musée avait répertorié un grand nombre de sites
archéologiques dans la région de Benguela, constitué une importante collection
de pièces lithiques et établi un inventaire de tout le matériel archéologique
existant. C'est dans ce contexte que la direction du musée nous demanda
d'intégrer l'équipe en tant que conseiller scientifique externe. Il paraissait
difficile de refuser une telle demande.
17Ainsi, à l'issue de cette première mission, nous avions des engagements auprès
des responsables de la culture de Luanda pour conduire une fouille de
sauvetage dans la région du Moyen Kwanza, ainsi qu'auprès du Musée de
Benguela avec lequel commençait une longue collaboration scientifique. Ces
choix ne résultent pas d'une décision arbitraire et personnelle opérée dans la
solitude d'un bureau, mais de la confrontation avec une réalité et des demandes
aux-quelles tout chercheur en sciences humaines est, normalement, sensible.
Ainsi, en 1992, après avoir suivi en France une formation en archéologie
funéraire, nous avons réalisé la fouille de la nécropole de Kapanda, dans la
région du Moyen Kwanza, qui devait être immergée par les eaux d'un barrage.
Nous présentons dans le chapitre trois les résultats de ces recherches.
En ce qui concerne le musée de Benguela, nous avons élaboré un projet
d'échange de chercheurs dont la finalité était double: faire venir en France de
jeunes archéologues angolais pour des formations de courte durée, mais aussi
faire venir en Angola des chercheurs français confirmés qui aideraient à la
valorisation de la recherche archéologique du pays. La collaboration
scientifique avec le musée, comprenait la formation et une aide matérielle en
littérature spécialisée pour redonner vie à la bibliothèque, mais aussi un
développement de la recherche de terrain et l'apport d'un matériel
archéologique introuvable localement (du niveau de chantier jusqu'aux sacs en
plastique pour ranger les objets archéologiques).
Avant d'aborder les recherches communes conduites dans la région de
BaiaFarta, au sud de Benguela, nous présentons dans les pages qui suivent
l'émergence d'une archéologie africaine, une description sommaire de
l'Angola, suivie d'un bref rappel historique de la recherche archéologique sur
place.
II - Présentation géographique de l'Angola
L'Angola se situe sur la côte occidentale de l'Afrique, au sud de l'équateur. Le
pays est limité au nord et au nord-est par la République Démocratique du
Congo (ex-Zaïre), à l'est par la Zambie, au sud par la Namibie et à l'ouest par
l'océan Atlantique (carte 1).
18Carte 1 - Carte de l'Angola
2
Le territoire d'une superficie de 1 246 700 km , se trouve entre les latitudes 4°
21' 26" et 18° 02' 10" S et les méridiens 11° 38' 40" et 24° 03' 20" E. Le
pays est divisé, pour l'étude de la préhistoire, en trois grandes zones
écologiques (Clark 1966). La zone Congo, au nord, inclut le bassin du Zaïre
proprement dit, et la région adjacente qui va jusqu'à la mer, au nord du fleuve
Kwanza. La zone Zambèze, au centre-sud-est, qui comprend une grande partie
du plateau intérieur, est limitée au nord par une ligne de partage des eaux
Zaïre/Zambèze, à l'ouest par la zone sud-ouest et au sud par le fleuve Kunene.
Enfin, la zone sud-ouest est une bande de territoire comprise entre l'océan
19atlantique et le fleuve Kunene, au sud, et s'étend vers le nord jusqu'à la zone
d'influence du fleuve Kwanza (carte 2).
ANG 0 LA
PREHISTORIC CULTURE REGIONS
CONGO
.'.,
. ..
.'
. ., ,..." .......
ZAMBEZI
Carte 2- Les trois zones écologiques de l'Angola (d'après Clark 1966)
20III -Histoire de l'archéologie
111-1 Emergence d'nne préhistoire africaine grâce anx premiers hominidés
La recherche archéologique en préhistoire africaine connaît un important regain
d'intérêt au niveau international à partir des premiers résultats des travaux de
Louis et Mary Leakey en Afrique orientale dans les années 1950 qui va
occulter une situation très contrastée.
La découverte de matériel lithique de facture humaine dans les niveaux de base
de la séquence d'Olduvai, montrait la présence très ancienne des hommes sur le
continent, présence qu'il était possible de dater avec précision en millions
d'années grâce à l'activité volcanique.
L'étude du matériel lithique provenant d'Olduvai, réalisée par L. Leakey en
1928, trouva un écho mitigé dans la communauté scientifique, et l'auteur même
des échantillons, Hans Reck, se montrait plutôt sceptique devant les arguments
de Leakey quant à l'origine anthropique des pièces lithiques. C'est seulement à
la suite de la mission de 1931, dirigée cette fois par L. Leakey, que les bifaces
trouvés dans le Bed IV sont reconnus comme des objets de facture humaine.
Mais il faut attendre la publication des industries lithiques d'Olduvai en 1951
pour que ces sites deviennent une référence de la préhistoire africaine. Leur
consécration n'arrive, toutefois, qu'en 1959 avec la découverte d'un crâne
d'australopithèque auquel on peut désormais attribuer des dates très anciennes.
C'est en effet des mesures Potassium-Argon qui ont permis d'affirmer que ces
vestiges humains étaient âgés de 1,8 million d'années. L'intérêt pour Olduvai
s'accompagnera alors d'une véritable « ruée» des chercheurs vers cette partie
du continent (Gallay 1999).
La découverte d'empreintes de pas sur le site de Laetoli, indique qu'à une
période encore plus ancienne que le Bed I d'Olduvai, la bipédie était déjà
acquise: le tuf ayant gardé les empreintes de pas d'individus bipèdes, était daté
de 3,5 millions d'années (ibid).
À partir de ces découvertes, les recherches sur les origines de l'humanité se
sont orientées très majoritairement sur l'est de l'Afrique. L'impulsion donnée
ainsi à la préhistoire et à la paléontologie permit de fixer un premier cadre
général tant pour l'évolution de l'homme que pour l'évolution de la production
21lithique en Afrique. La reconnaissance d'une industrie ancienne dont le nom
était issu d'un gisement africain, Olduvai, signait l'émergence de la recherche
préhistorique africaine. Cette tendance à considérer l'est du continent, et en
particulier la Riff vallée, comme le seul endroit où l'on pouvait
raisonnablement trouver des vestiges très anciens de la présence humaine, a
conduit, dans une certaine mesure, à négliger la recherche en préhistoire sur le
reste du continent ou au moins à la développer avec moins d'éclat. Toujours
est-il que l'impulsion donnée à la préhistoire africaine à partir des recherches
d'Olduvai, permit de s'intéresser à ce continent en tant que « berceau» de
l'humanité.
Les recherches actuelles et la découverte de nouveaux fossiles très anciens,
Abel, Orrorin, Tournaï, tout en confirmant la haute ancienneté des premiers
humains en Afrique, élargissent aussi le cadre géographique de leur présence.
De manière concomitante, cette extension des territoires occupés par les
premiers hominidés montre que le rôle de la Riff vallée n'était peut-être pas
aussi déterminant qu'on l'avait un temps imaginé dans l'apparition de la
bipédie et de l'humanité.
La diversité des découvertes et l'étendue du cadre géographique des origines de
l'humanité n'ont pas été accompagnées d'un développement régional de
l'archéologie qui serait en harmonie avec l'importance des découvertes. Ainsi,
par exemple, l'existence de vestiges paléontologiques de très haute ancienneté
au Tchad, n'a pas donné lieu, pour l'instant, à une impulsion considérable de la
recherche archéologique dans ce pays.
Dans d'autres régions d'Afrique, le constat est encore plus sombre dans la
mesure où la recherche archéologique, quand elle existe, se trouve souvent
dans un état de convalescence de longue durée. Pour ne citer que quelques
exemples, c'est le cas des pays d'Afrique centrale, Congo, RDC, Angola, entre
autres. Les raisons de cet état de la recherche sont très variées et souvent liées à
des conflits armés qui ont laissé des pays exsangues et de vastes régions
militarisées, parce qu'elles ont été minées, sont aujourd'hui d'accès peu sûr.
Ces situations ont conduit ces états à privilégier certains secteurs de l'économie
et, très souvent, à réduire, voire supprimer, toute aide à la recherche dans le
domaine des sciences humaines en particulier. L'université, et par conséquent
la recherche archéologique, ont fortement souffert et continuent à pâtir de cet
état des faits. L'Angola n'a pas échappé à ce mouvement, comme nous allons
22le montrer en développant ici un aperçu de la recherche archéologique dans ce
pays.
III - 2 Historique de la recherche en Angola
L'existence de pièces lithiques préhistoriques en Angola fut signalée dès la fin
du siècle dernier. Deux articles publiés en 1890 (Severo, R. et Delgado, N.)
rendaient compte de la présence de collections: l'un était consacré à des pièces
« néolithiques» originaires de la « province d'Angola» et l'autre parlait de «
roches» taillées récoltées par le Révérend Père Antunes dans la même
« province d'Angola ». Dans ces deux articles, le matériel archéologique était
présenté hors contexte et sans autre précision chronologique que celle de
« Néolithique» utilisée par Severo. Néanmoins ces articles montraient, dès
cette époque, l'existence d'industries lithiques anciennes en Angola.
111-2.1 À l'est du pays
C'est seulement au milieu des années 1940 qu'on verra apparaître des
documents plus précis sur la préhistoire du pays. À cette époque, la Compagnie
de Diamants d'Angola avait créé à l'est l'un des premiers musées du pays, le
Musée de Dundo, consacré à l'étude des peuples Lunda- Tshokwe. Très
rapidement, les activités du musée se diversifièrent, incluant recherches et
publications archéologiques. Ainsi les premiers numéros de la publication
propre du musée furent consacrés aux recherches archéologiques de J. Janmart,
chef des services de prospection de .la compagnie de diamants. Cet ingénieur
s'intéressait préférentiellement au matériel lithique, rassemblé de différentes
manières: ramassage de surface, collecte de pièces lithiques lors de l'activité
minière, sur les tapis roulants utilisés pour le transport des minerais,
observation des coupes visibles sur les fronts de taille des mines à ciel ouvert
et, enfin, fouille archéologique.
Le ramassage de surface se faisait d'une manière arbitraire selon l'auteur
luimême qui indique qu'il « n'avait pris, en effet, que quelques spécimens de
chaque espèce de pierres taillées rencontrées et [qu'il avait] négligé les
innombrables galets éclatés et déchets de taille », ajoutant: des « pièces de
petites dimensions, telles que les lames à dos abattu, ont échappé à mon
regard »(Janmart 1948). Le matériel récolté était composé de nucleus, dont des
nucleus Levallois, d'éclats, de bifaces, dont certains auraient servi, selon lui
d'herminettes, de hachereaux, etc.
23

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