Staline, Israël et les Juifs
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Description

A partir de documents inédits découverts dans les archives soviétiques, l'auteur retrace l'histoire des rapports entre l'URSS, Israël et les Juifs soviétiques à l'époque stalinienne. Premiers contacts soviéto-sionistes, négociations secrètes, livraisons d'armes tchèques à Israël, immigration clandestine en Palestine, procès Slansky, Affaire des blouses blanches, l'auteur revient sur ces épisodes en apportant de nouvelles réponses à de nombreuses questions.

Pourquoi l'URSS a-t-elle soutenue Israël, Staline était-il antisémite, quelle est la relation entre la répression envers les Juifs d'URSS et la politique soviétique au Proche Orient, existait-il un plan de déportation des Juifs soviétiques, pourquoi le sionisme et le communisme était-il antagonistes ?

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Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782130790808
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0135€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Laurent Rucker
Staline, Israël et les Juifs
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2001
ISBN papier : 9782130511656 ISBN numérique : 9782130790808
Composition numérique : 2016
http://www.puf.com/
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
A partir de documents inédits découverts dans les archives soviétiques, l'auteur retrace l'histoire des rapports entre l'URSS, Israël et les Juifs soviétiques à l'époque stalinienne. Premiers contacts soviéto-sionistes, négociations secrètes, livraisons d'armes tchèques à Israël, immigration clandestine en Palestine, procès Slansky, Affaire des blouses blanches, l'auteur revient sur ces épisodes en apportant de nouvelles réponses à de nombreuses questions. Pourquoi l'URSS a-t-elle soutenue Israël, Staline était-il antisémite, quelle est la relation entre la répression envers les Juifs d'URSS et la politique soviétique au Proche Orient, existait-il un plan de déportation des Juifs soviétiques, pourquoi le sionisme et le communisme était-il antagonistes ?
Table des matières
Remerciements Sigles et abréviations Introduction Chapitre I. Communisme et sionisme : Une opposition irréductible ? I - Les racines d’un conflit II - Des idéologies concurrentes III - La Palestine à Moscou IV - Le sionisme, entre tolérance et répression V - La révolution et la Palestine Chapitre II. L’URSS, la guerre et la Palestine I - Les premiers contacts II - Les options Chapitre III. La surprise I - Les personnes déplacées II - ObjectifONU III - Un ou deux États ? IV - La création de l’État d’Israël V - Les réactions du monde arabe Chapitre IV. La lune de miel I - Un soutien politique II - Des armes pour les Juifs III - Un soutien démographique IV - Une offensive révolutionnaire ? Chapitre V. Du soutien à la rupture I - Du soutien actif à la neutralité passive II - La guerre froide au Proche-Orient III - La lente dégradation des relations soviéto-israéliennes IV - Les relations soviéto-arabes Chapitre VI. Les Juifs d’URSSet la création d’Israël I - La création du Comité antifasciste juif II - Un État juif en Crimée III - Le Comité antifasciste juif après la guerre IV - LeCAJet la création d’Israël
Chapitre VII. Le complot sioniste I : Procès à Moscou I - La dissolution du Comité antifasciste juif II - Procès à Moscou Chapitre VIII. Le complot sioniste II : Procès à Prague I - Le procès Rajk II - Le complot de remplacement III - En quête de légitimité IV - Moscou-Prague Chapitre IX. Le complot sioniste III : L’affaire des Blouses blanches I - La construction du complot II - Les réactions III - Un plan de déportation des Juifs ? IV - Le dénouement Chapitre X. Antisémitisme et stalinisme I - L’instrumentalisation de l’antisémitisme II - L’autonomisation des Juifs soviétiques III - La guerre des clans IV - La politique soviétique au Proche-Orient Sources Index
Remerciements
e livre est tiré de ma thèse de doctorat entamée sous la direction d’Annie C Kriegel. Je voudrais ici lui rendre hommage. Mes plus vifs remerciements vont au professeur Marc Lazar qui a accepté de reprendre la direction de cette thèse après la disparition d’Annie Kriegel. Ses conseils, ses critiques et ses encouragements m’ont permis de surmonter les difficultés et de mener cette entreprise à son terme.
Ma gratitude s’adresse à Stéphane Courtois qui m’a accueilli au sein du Centre d’étude, d’histoire et de sociologie du Communisme (devenu depuis le Groupe d’étude et d’observation de la démocratie) et qui m’a soutenu tout au long de ce travail et au professeur Alain Caillé qui a contribué à la publication de ce livre. Je voudrais aussi remercier tous mes collègues du département de sociologie de l’Université Paris X ainsi que ceux de l’Institut d’études politiques de Paris et de la Documentation française. Je tiens également plus particulièrement à remercier les professeurs Jacques Lévesque, Marie-Pierre Rey et Alain Dieckhoff pour leur soutien, leurs remarques et leurs conseils ainsi que le professeur Gabriel Gorodetsky de l’Université de Tel-Aviv.
Les recherches effectuées à Moscou n’auraient pu être menées sans le concours des responsables et des collaborateurs des centres d’archives. Malgré leurs conditions de travail souvent difficiles, ils ont toujours essayé de répondre à mes demandes. Vitaly Naumkine, qui m’a chaleureusement reçu à l’Institut des études orientales de l’Académie des sciences, m’a apporté une aide précieuse. Ce travail a bénéficié du soutien de l’Université Paris X, du GEODE, du ministère de la Recherche et du ministère des Affaires étrangères.
Une mention particulière à Dominique Vidal qui a relu et corrigé le manuscrit et à Dario Battistella, Pascal Cauchy, Alain Gresh, Pierre Grosser, Gaël Moullec et Nicolas Werth pour leurs suggestions et leur amitié ainsi qu’à Michel et France Rucker qui m’ont soutenu, aidé et encouragé. Sans la confiance de Jean-Christophe Brochier, des Presses universitaires de France, ce livre n’aurait pas pu voir le jour. Un très grand merci à Nira. Ma dette envers elle est infinie…
Sigles et abréviations
AJ: Agence juive
CAJ: Comité antifasciste juif
CC: Comité central
CEIC: Comité exécutif de l’Internationale communiste
HCA: Haut-Comité arabe IC: Internationale communiste (Komintern) LLN: Ligue de libération nationale
MID: Ministère des Affaires étrangères
MGB: Ministère de la Sécurité d’État
NKGB: Commissariat du peuple à la Sécurité d’État
NKVD: Commissariat du peuple aux Affaires intérieures
ONU: Organisation des Nations unies
OSM: Organisation sioniste mondiale
PC(B)US: Parti communiste bolchevik de l’Union soviétique
PCH: Parti communiste hongrois
PCP: Parti communiste palestinien PCI: Parti communiste israélien PCT: Parti communiste tchécoslovaque POSDR: Parti ouvrier social-démocrate de Russie
Introduction
oscou, 24 avril 1994. En cette fin d’après-midi, la rue Tver (ex-rue Gorki) M a été bloquée à la circulation. Soudain, un cortège de limousines noires arrive à vive allure en provenance de la place Pouchkine. Dans l’une d’elles se trouve le Premier ministre d’Israël. Dans quelques minutes, il sera reçu au Kremlin par le Président de la Fédération de Russie. Itzhak Rabin peut savourer l’instant ; il est historique. Pour la première fois depuis 1948, un chef de gouvernement de l’État hébreu effectue une visite officielle en Russie.
Certes, Boris Eltsine n’est plus le secrétaire général du tout-puissantPCUS, mais « seulement » le président d’une Russie amputée de la quasi-totalité des territoires conquis au cours des deux siècles précédents. La visite d’Itzhak Rabin ne peut avoir l’éclat qu’aurait eu celle de l’un de ses prédécesseurs, au temps où l’URSS était le centre et le cœur du système communiste mondial. Mais dans le monde bipolaire de la guerre froide, l’URSSet Israël appartenaient à deux camps ennemis. Enfin, presque. Les nécessités de l’affrontement planétaire entre l’Est et l’Ouest ont longtemps occulté un fait majeur qui a contribué à bouleverser l’histoire du Proche-Orient : sans la contribution décisive, politique, militaire et démographique de l’URSS et de ses satellites, l’État d’Israël n’aurait peut-être jamais vu le jour en 1948 et aurait éprouvé les plus grandes difficultés à survivre au cours des premières années de son existence.
Ce soutien soviétique à la création d’un État juif en Palestine fut une surprise pour tous les acteurs de l’époque. Il a longtemps intrigué les historiens. En effet, le sionisme avait toujours été considéré par le mouvement communiste et, avant lui, par le marxisme et la social-démocratie, comme un projet au service de l’impérialisme britannique et des intérêts de la bourgeoisie juive qui, par là, détournait le prolétariat juif de la lutte révolutionnaire. En outre, pour les marxistes et les bolcheviks, l’idée même de « peuple juif » était sans aucun fondement. Plus étonnant encore, Staline décida de soutenir le mouvement sioniste au moment même où il engageait, dans son propre pays et dans les « démocraties populaires » est-européennes, une nouvelle vague de répression dont les Juifs étaient l’une des cibles principales et dont le caractère antisémite devint de plus en plus évident au fil des années. À la veille de la mort de Staline, on pouvait craindre que cette répression, qui entraîna la rupture des relations diplomatiques entre Moscou et Tel-Aviv, ne visât l’ensemble des Juifs d’URSS.
Autant d’événements qui ont soulevé de nombreuses interrogations et nourri quantité de travaux. Mais jusqu’en 1991, malgré leur grande qualité, ces études
butaient sur un obstacle de taille qui laissait trop de questions sans réponse : l’impossibilité d’accéder aux archives soviétiques. L’effondrement soudain de l’URSS, en 1991, a partiellement levé cette hypothèque. Même si de nombreux fonds restent inaccessibles, en premier lieu celui qui regroupe les documents des secrétaires généraux du parti bolchevik ou ceux de l’ex-KGB, si d’autres ne sont que très sélectivement ouverts, et si, enfin, comme le rappelle Paul Ricœur, « le document n’est pas donné, il est cherché, constitué, institué »[1], il n’en reste pas moins que le voyage au pays des archives soviétiques s’avère extrêmement fructueux et a permis de faire progresser la connaissance historienne de l’Union soviétique, du communisme et, plus largement, du monde contemporain. Ce livre s’appuie donc essentiellement sur l’exploitation des archives soviétiques accessibles que nous avons consultées au ministère des Affaires étrangères de la Fédération de Russie (APEFR), au Centre russe de conservation et d’études des documents d’histoire contemporaine (CRECEDHC) et au Centre de conservation de la documentation contemporaine (CCDC)[2]ainsi que sur les documents publiés dans des recueils ou dans des revues russes et occidentales.
À la croisée de l’histoire et de la science politique, ce travail s’articule autour d’une interrogation centrale : existe-t-il une interaction entre la politique soviétique à l’égard d’Israël et le sort des Juifs enURSS? Autrement dit, peut-on repérer un lien de causalité, et lequel, entre les évolutions des relations entre Moscou et Tel-Aviv, et l’attitude du Kremlin à l’égard des Juifs du bloc soviétique ? Si le soutien soviétique à la création d’Israël relève du champ des relations internationales, il n’en va pas de même de la dégradation des rapports entre l’URSSet l’État hébreu qui, à partir de 1949, semble épouser la chronologie de la répression qui frappe les Juifs soviétiques pour aboutir à la rupture entre les deux pays en février 1953, conséquence de l’affaire des Blouses blanches. Dès lors, la question est de savoir si la répression des Juifs d’URSSle produit d’un changement de la politique soviétique au Proche- est Orient ou bien l’inverse. À quoi s’ajoute une autre question, tout aussi essentielle : pourquoi Staline a-t-il décidé d’élever les Juifs au rang « d’ennemis du peuple » au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ?
Pour répondre à ces interrogations, l’historiographie propose deux voies. La première repose sur l’approche réaliste des relations internationales, qui postule l’autonomie de la scène internationale, de ses règles et de ses acteurs. Dans cette perspective, l’URSS se comportait comme les autres États sur la scène internationale, c’est-à-dire qu’elle pratiquait une politique de puissance, en poursuivant les objectifs géopolitiques des Tsars et en se conformant aux normes et aux règles du système westphalien d’équilibre des forces. L’idéologie n’est alors qu’un instrument qui sert à masquer – et à donner du sens – à une politique de puissance qui ne dit pas son nom ; la politique étrangère est indépendante des contingences intérieures. En conséquence, les
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