Adorno. Langage et réification
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Description

L'itinéraire intellectuel d'Adorno (1903-1969) est étroitement lié à l'histoire (mouvementée) de l'Institut marxiste de recherche sociale (fondé par Felix Weil en 1923) et plus largement a ce que l'on a coutume de nommer l'Ecole de Francfort.


Une analyse de l'oeuvre de Adorno et de l'actualité philosophique de la "théorie critique de la société" d'inspiration marxiste. G. Moutot s'interroge aussi sur les raisons d'un revirement par rapport à la ligne initiale : "les fragments que nous avons réunis ici prouvent que nous avons dû renoncer à la confiance qui présida à nos débuts". Ces interrogations ont déjà reçu quelques réponses en particulier celles de Habermas, héritier polémique de l'Ecole de Francfort.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 11
EAN13 9782130636533
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Gilles Moutot Adorno
Langage et réification
2004
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130636533 ISBN papier : 9782130506669 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Une analyse de l’œuvre de Adorno et de l’actualité philosophique de la “théorie critique de la société” d’inspiration marxiste. G. Moutot s’interroge aussi sur les raisons d’un revirement par rapport à la ligne initiale : “les fragments que nous avons réunis ici prouvent que nous avons dû renoncer à la confiance qui présida à nos débuts”. Ces interrogations ont déjà reçu quelques réponses en particulier celles de Habermas, héritier polémique de l’Ecole de Francfort.
Table des matières
Sigles utilisés Repères chronologiques et bibliographiques Introduction Le problème de l’« évolution » de la Théorie critique Retournements Parcours Marxisme et Théorie critique : répétition et déplacement Discordance des temps Réduction du domaine de la lutte Dialectique de la réification Le signe à l’époque de la reproductibilité technique Anesthésie de la critique ? Intermède : « Quand même » « Dialectique de la Raison » ou : Comment lire ? Ulysse, Juliette, le mythe et la Raison Du bon usage de la fiction La mimèsis, contre-origine Sans images Hegel excédé Dialectique négative et négativité esthétique Conclusion
Sigles utilisés
fin d’alléger les références indiquées dans les notes de bas de page, nous avons Aadopté, pour les principaux ouvrages cités, les conventions suivantes :
TH. W. ADORNO
CfM
DN
DR
MM
NsL
Pr.
PT1
QuF
TE
TLP
TÉH
W. BENJAMIN
ŒA
Le Caractère fétiche dans la musique et la régression de l’écoute, trad. fr. Chr. David, Paris, Éd. Allia, 2001. Dialectique négative,trad. fr. Collège de Philosophie, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1992. Dialectique de la Raison(avec M. Horkheimer), trad. fr. É. Kaufholz, Paris, Gallimard, 1974, rééd. « Tel », 1983. Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée,trad. fr. É. Kaufholz et J.-R. Ladmiral, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1980. Notes sur la littérature,trad. fr. (partielle) S. Muller, Paris, Flammarion, 1984. Prismes. Critique de la culture et société,trad. fr. G. et R. Rochlitz, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1986. Philosophische Terminologie,vol. 1, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp Taschenbuch Wissenschaft, n° 23, 1973. Quasi una Fantasia. Écrits musicaux II,trad. fr. J.-L. Leleu, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des idées », 1982. Théorie esthétique,trad. fr. M. Jimenez et É. Kaufholz, Paris, Klincksieck, « Esthétique », 1989. Thèses sur le langage du philosophe,trad. fr. M. Dautrey et M. B. de Launay, in B. Cassin (dir.),Ce que les philosophes disent de leur langue, Rue Descartes,n° 26, décembre 1999, Paris, PUF, p. 11-15.
Trois études sur Hegel,trad. fr. Collège de Philosophie, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1979.
L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique,in Œuvres III,trad. fr. M. de Gandillac, P. Rusch et R Rochlitz, Paris, Gallimard, « Folio », 2000, p. 269-316.
CBA
M. HORKHEIMER
ÉR
TC
TTTC
Correspondance Adorno-Benjamin, 1928-1940, trad. fr. Ph. Ivernel, Paris, La Fabrique, 2002.
Éclipse de la raison,suivi deRaison et conservation de soi,trad. fr. J. Debouzy et J. Laize, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1974. Théorie critique,trad. fr. Collège de Philosophie, Paris, Payot, « Critique de la politique », 1978. Théorie traditionnelle et théorie critique,trad. fr. Cl. Maillard et S. Muller, Paris, Gallimard, 1974, rééd. « Tel », 1996.
Repères chronologiques et bibliographiques
’itinéraire intellectuel d’Adorno est étroitement lié à l’histoire (mouvementée) de Ll’Institut de recherche sociale et, plus largement, de ce qu’on a commencé à nommer dans les années 1950 l’« École de Francfort ». Nous espérons que les indications ci-dessous rassemblées aideront le lecteur peu familier de cette histoire à mieux appréhender l’usage qui en est fait dans les pages qui suivent.
1903Naissance d’Adorno à Francfort. Fondation par Félix Weil d’un Institut marxiste pour la recherche sociale 1923 à Francfort. Horkheimer prend la direction de l’Institut et définit le programme de la Théorie critique, en particulier dansLa situation actuelle de la 1930-philosophie sociale et les tâches d’un institut de recherche sociale(1931) et 1937Théorie traditionnelle et théorie critique(1937). Parmi ses principaux collaborateurs se trouvent Theodor Wiesengrund-Adorno, Herbert Marcuse, Friedrich Pollock, Erich Fromm. 1938-Adorno émigré aux États-Unis où il rejoint Horkheimer. L’Institut se 1941réimplante à New York, avec l’aide de l’Université de Columbia. 1941-Départ de Horkheimer pour la Californie, où Adorno le rejoint. Début du 1942travail commun d’où sortira laDialectique de la Raison. LaDialectique de la Raisonparaît aux Éditions Querido (qui publièrent de 1947 nombreux émigrés), à Amsterdam. 1950Retour à Francfort de Horkheimer et d’Adorno. Publication desMinima Moralia,recueil de textes composés de 1943 à 1951 1947. 1959Mise en chantier de laThéorie esthétique. 1959-Rédaction de laDialectique négative. 1966 1969Mort d’Adorno, près de Zermatt. 1970Publication posthume de laThéorie esthétique(inachevée).
Introduction
L’immeuble était plus maigre et plus solide, mieux tenu que les vieilles constructions qui se collaient en grinçant contre lui, terrifiées par le plan d’occupation des sols. J. Echenoz,L’Occupation des sols.
 Lorsque la vie publique a atteint un stade où la pensée se transforme «inéluctablement en une marchandise et où le langage n’est qu’un moyen de promouvoir cette marchandise, la tentative de mettre à nu une telle dépravation doit refuser d’obéir aux exigences linguistiques et théoriques actuelles avant que leurs conséquences historiques rendent une telle tentative totalement impossible. »[1]Extraites de laDialectique de la Raison,ces lignes déterminent le point d’intersection des deux interrogations qui sont à l’origine de ce travail : 1 / Pour quelle(s) raison(s) et, corrélativement, de quelle manière une « théorie critique de la société », d’inspiration marxiste, en vient-elle à considérer le rapport, à l’âge du capitalisme avancé, entre l’extension de la « forme-marchandise » et les distorsions, déformations, mutilations, etc., de l’existence qui lui sont liées (la « réification » des relations sociales), non plus seulement comme sonthème, mais comme la principale menace pesant sur la possibilité même de sonénonciation ? 2 / Dans la mesure où l’œuvre ultérieure d’Adorno peut être comprise comme une tentative pour sortir d’une telle « crise de la critique » autrement que par lesilence, quel est donc cediscours qui désormais ne se tient plus, desMinima Moralia (1943-1947) à laDialectique négativeet à la (1966) Théorie esthétique (inachevée et néanmoins publiée, de façon posthume, en 1970), que sous le signe de la « possibilité de l’impossible »[2]? Précisément dit : de quels remaniements profonds les concepts mêmes de « théorie » et de « critique » ont-ils dû faire l’objet pour que la « théorie critique », pensée à même le risque de son impuissance définitive, ait encore, comme la dédicace desMinima Moraliaà Max Horkheimer en fait le vœu, unavenir ?
Le problème de l’« évolution » de la Théorie critique
Il appartient au concept même d’une « théorie critique », que l’attention aux intérêts sociaux sous-jacents à toute formation de savoir doit distinguer de la « théorie traditionnelle », de dénoncer comme illusoire toute idée de transparence et de pérennité du rapport entre le « sujet » et l’« objet » de la connaissance. En témoigne, tout spécialement, le souci, formulé par Horkheimer dans son texte-programme de 1931, d’un « travail de recherche collectif », en tant qu’il est lui-même adossé au projet de constitution d’une « philosophie sociale ». En effet, « prises séparément », les diverses approches scientifiques de la réalité sociale sont « insuffisantes »[3], en regard du foisonnement de déterminations caractérisant leur objet mais aussi, et surtout, de leur démarche : dès lors en effet qu’elle se définit par son appareil formel
et le type d’opérations spécifiques où il s’exerce, chaque discipline remplit « en aveugle » la fonction qui lui échoit historiquement par la division du travail et, comme telle, se met au service, au moinspassivement, des expressions idéologiques de celle-ci[4]. À charge dès lors, pour la recherche collective, de corriger les limitations (de méthode, de point de vue) propres à chaque discipline, tandis que la « philosophie sociale » se présente comme une réflexion soucieuse d’unifier les apports de la « science spécialisée »[5]afin, non pas tant d’« accroître le savoir » (but faussement neutre, disposant en fait à l’enrôlement idéologique des savoirs) que de « libérer l’homme des servitudes qui pèsent sur lui »[6]. On voit par là comment, à son début, la Théorie critique opère la reprise de deux exigences, parmi les plus significatives, du marxisme : faire le départ entre science et idéologie ; décider de la « vérité » de la théorie sur le terrain, pratique, de la transformation sociale. Cette double ambition se situe alors dans la perspective d’un déplacement de la question des conditions de possibilité de la connaissance sur le terrain des conditions réelles, tant matérielles qu’intellectuelles, auxquelles celle-ci a affaire dans la « totalité sociale » – et c’est pourquoi l’on a pu parler, à ce propos, d’une « tentative pour transformer la philosophie transcendantale dans le sens d’une pragmatique matérialiste »[7]. Nul doute, à cet égard, que les théoriciens alors regroupés autour de Horkheimer n’ignorent pas les difficultés épistémologiques afférentes à un tel projet et, en particulier, à la transposition ducritèrede la vérité qui y est impliquée : du domaine de la construction hypothético-déductive et de la mise à l’épreuve expérimentale à celui de l’intérêt pour l’émancipation. Pour autant, c’est dans la façon même qu’elle a, non seulement d’exhiber un tel clivage mais de le rendre finalement caduc, que l’approche suivie est alors considérée par ses instigateurs comme viable et féconde. Celle-ci, en effet, ne se contente pas de mettre à mal quelques partages trop bien reçus du champ de la connaissance (sciences exactes/sciences humaines, ou sciences de la nature/sciences sociales, etc.) ; elle conduit à faire jouer une tout autre opposition : d’un côté, les sciences qui, arrimées à un complexe historique déterminé, n’en tirent cependant aucune conséquence quant à leur pratique (c’est le cas, notamment, des « positivistes et des pragmatistes »[8]) ; de l’autre, celles qui thématisent leur lien au monde contemporain et, par là, déterminent solidairement leur situation épistémologique et leur fonction sociale (à l’exemple, qui fournit encore l’inspiration de l’essai de 1937 surThéorie traditionnelle et Théorie critique, de l’économie politique selon Marx). On le comprend : seules les secondes relèvent de la « théorie critique », dans la mesure où elles prennent en charge l’articulation entre les savoirs positifs et la démarche philosophique ; en « réfléchissant » les apports de ceux-là, celle-ci leur assigne la tâche critique requise pour une authentique connaissance du présent, qui m aintenant devient celle des possibilitésle transformer. Quant aux premières, impuissantes à réfléchir de l’intégration « [du] savant et [de] sa science à l’appareil social »[9] et, par là, soumettant de fait la connaissance aux intérêts dominants, elles ne font que traduire la complicité de la « théorie traditionnelle » avec ce qui, à l’ouverture de laDialectique de la Raison, est nommé « la décadence croissante de la formation théorique »[10]. Le problème est toutefois que, au moment où ils écrivent ces lignes, Horkheimer et Adorno ne s’inscrivent plus dans la continuité du programme qu’on vient d’indiquer
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