Arthur Schopenhauer - Oeuvres complètes
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Description

Ce volume 24 contient toutes les oeuvres d'Arthur Schopenhauer traduites en français jusqu'en 1912, avec leur appareil critique complet, et est agrémenté de plusieurs ouvrages d'époque sur Schopenhauer et sa philosophie. La reconnaissance optique des caractère a été réalisée spécialement pour cette édition. Ce volume est donc le fruit d'un très gros travail d'édition.


Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand, né le 22 février 1788 à Dantzig en Prusse, mort le 21 septembre 1860 à Francfort-sur-le-Main.



CONTENU DE CE VOLUME


ŒUVRES
DE LA QUADRUPLE RACINE DU PRINCIPE DE LA RAISON SUFFISANTE
LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. I
LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. II
LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. III
LES DEUX PROBLÈMES FONDAMENTAUX DE L'ÉTHIQUE :
ESSAI SUR LE LIBRE ARBITRE
LE FONDEMENT DE LA MORALE
PARERGA ET PARALIPOMENA :
ESQUISSE D’UNE HISTOIRE DE LA DOCTRINE DE L’IDÉAL ET DU RÉEL
APHORISMES SUR LA SAGESSE DANS LA VIE
ESSAI SUR LES FEMMES
1-ÉCRIVAINS ET STYLE
2-SUR LA RELIGION
3-PHILOSOPHIE ET PHILOSOPHES
4-ÉTHIQUE, DROIT ET POLITIQUE
5-MÉTAPHYSIQUE ET ESTHÉTIQUE
6-PHILOSOPHIE ET SCIENCE DE LA NATURE
7-FRAGMENTS SUR L’HISTOIRE E LA PHILOSOPHIE
8-ESSAI SUR LES APPARITIONS ET OPUSCULES DIVERS
DIVERS
PENSÉES ET FRAGMENTS
MÉMOIRES SUR LES SCIENCES OCCULTES
L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON
FRAGMENT AUTOBIOGRAPHIQUE
REMARQUES DE SCHOPENHAUER SUR LUI-MÊME
VOIR AUSSI
ARTICLES DE LA REVUE DES DEUX MONDES
LA PHILOSPHIE DE SCHOPENHAUER, Th. Ribot
SCHOPENHAUER ET SON DISCIPLE FRAUENSTÆDT, E. de Hartmann
SCHOPENHAUER, L’HOMME ET LE PHILOSOPHE, A Bossert
L’OPTIMISME DE SCHOPENHAUER, S. Rzewuski


Les livrels de lci-eBooks sont des compilations d’œuvres appartenant au domaine public : les textes d’un même auteur sont regroupés dans un eBook à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur. On trouvera le catalogue sur le site de l'éditeur.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 67
EAN13 9782376810322
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ARTHUR SCHOPENHAUER ŒUVRES COMPLÈTES lci- 24

Les lci-eBooks sont des compilations d’œuvres appartenant au domaine public. Les textes d’un même auteur sont regroupés dans un volume numérique à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur.

MENTIONS

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ISBN : 978-2-37681-032-2
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VERSION

Version de cet ebook : 3.4 (07/02/2020), 3.3 (17/03/2018), 3.2 (12/12/2017), 3.1 (25/10/2017), 3.0 (24/09/2017), 2.0 (05/11/2015), 1.2 (19/02/2015)

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La déclinaison de versions n (entière) correspond à un ajout de matière complété éventuellement de corrections.
SOURCES

– Reconnaissance ABBYY : Essai sur le libre arbitre (IA/Google Books/Michigan) , Aphorismes sur la sagesse dans la vie (IA/Google Books/Michigan) , De la quadruple racine du principe de la raison suffisante (Gallica/Bnf) , Le Monde comme Volonté et Représentation (Gallica/Bnf) (Gallica/Bnf) (Gallica/Bnf) , Ecrivains et style (Google Books) , Sur la religion (Google Books/Bibliothèque municipale de Lyon) , Philosophie et philosophes (Google Books/Bibliothèque municipale de Lyon) , Ethique, droit et politique (Gallica/Bnf) , Métaphysique et Esthétique (IA/University of Toronto/ University of Ottawa) , Philosophie et science de la nature (Google Books/Bibliothèque municipale de Lyon) , Fragments sur l'histoire de la philosophie (Google Books/Bibliothèque municipale de Lyon) , Essai sur les apparitions et opuscules divers (Hathi Trust/Google Books/Université du Texas) , La philosophie de Schopenhauer (IA/Robarts - University of Toronto) , Schopenhauer et son disciple Frauenstædt (IA/Robarts - University of Toronto) , L'Optimisme de Schopenhauer (IA/University of Ottawa) , Schopenhauer, l'homme et le philosophe (IA/Google Books/University of Michigan) , La Métaphysique en Europe depuis Hegel ( I ) (IA/ Tufts University/Tisch Library) , La Métaphysique en Europe depuis Hegel ( II ) (IA/ Tufts University/Tisch Library) , Schopenhauer et la physiologie française (IA/ Tufts University/Tisch Library) , La Philosophie de Schopenhauer (IA/Robarts - University of Toronto)
– Wikisource : Le fondement de la morale (Google Books) , Pensées et fragments (Gallica/Bnf) , Mémoires sur les sciences occultes (Gallica/Bnf) , L’art d’avoir toujours raison (Traduction Wikisource) (CC BY-SA 3.0) , L’Allemagne littéraire (IA/ Tufts University/Tisch Library) , Un Bouddhiste contemporain en Allemagne (IA/ Tufts University/Tisch Library) , La Métaphysique en Europe depuis Hegel ( III ) (IA/ Tufts University/Tisch Library) , La Philosophie de Schopenhauer et les Conséquences du pessimisme (IA/ Tufts University/Tisch Library) , Schopenhauer, l’homme et le philosophe (IA/Robarts - University of Toronto) , A propos du cinquantième anniversaire de la mort de Schopenhauer (IA/Robarts - University of Toronto)

– Couverture : Ludwig Sigismund Ruhl, circa 1815, 1818. Schopenhauer-Archiv der Stadt - und Universitätsbibliorhek Frankfurt am Main. Wikimedia Commons.
– Images de Titre 1 et 2 : Photo J. Schäfer, mars 1859. Frankfurt am Main University Library.
–Image Pré-Sommaire : Johann Jacob Seib (C. L. Leblane ?), 28 août 1845. Frankfurt am Main University Library.
– Images Post-Sommaire 1 et 2 : 1852, d’après 2 daguerréotypes. The Open court , The Open Court Pub. Co., 1887. Paul Carus. The Newberry Library/CARLI/Internet Archive. Légende : « D’après 2 daguerréotypes fortement prisés par Schopenhauer, maintenant en possession d’Elisabeth Ney. Elles représentent la séance où Schopenhauer but la bouteille de vin historique pour faire disparaître son trait de physionomie lugubre et pessimiste accoutumé. »
– Image Post-Sommaire 3 : Photo F. Bruckmann. Life and death : being an authentic account of the deaths of one hundred celebrated men and women, with their portraits , London : Constable and Co. Ltd, 1910. Flickr/IA/University of California Libraries
– Images Post-Sommaire 4 et 5 : Photo J. Schäfer , mars 1859. Wikimedia Commons/Frankfurt am Main University Library.

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LISTE DES TITRES
A RTHUR S CHOPENHAUER (1788 - 1860)
ŒUVRES
DE LA QUADRUPLE RACINE DU PRINCIPE DE LA RAISON SUFFISANTE
LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. I
LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. II
LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T.  III
LES DEUX PROBLÈMES FONDAMENTAUX DE L'ÉTHIQUE :
ESSAI SUR LE LIBRE ARBITRE
LE FONDEMENT DE LA MORALE
PARERGA ET PARALIPOMENA
E SQUISSE D’UNE HISTOIRE DE LA DOCTRINE DE L’IDÉAL ET DU RÉEL
ESSAI SUR LES FEMMES
APHORISMES SUR LA SAGESSE DANS LA VIE
1- ÉCRIVAINS ET STYLE
2- SUR LA RELIGION
3- PHILOSOPHIE ET PHILOSOPHES
4- ÉTHIQUE, DROIT ET POLITIQUE
5- MÉTAPHYSIQUE ET ESTHÉTIQUE
6- PHILOSOPHIE ET SCIENCE DE LA NATURE
7- FRAGMENTS SUR L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
8- ESSAI SUR LES APPARITIONS ET OPUSCULES DIVERS
DIVERS
PENSÉES ET FRAGMENTS
MÉMOIRES SUR LES SCIENCES OCCULTES
L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON
LETTRE À L’ÉDITEUR ROSENKRANZ
FRAGMENT AUTOBIOGRAPHIQUE
REMARQUES DE SCHOPENHAUER SUR LUI-MÊME
VOIR AUSSI
ARTICLES DE LA RDDM
LA PHILOSPHIE DE SCHOPENHAUER , T H . R IBOT
SCHOPENHAUER ET SON DISCIPLE FRAUENSTÆDT , E. DE H ARTMANN .
SCHOPENHAUER, L’HOMME ET LE PHILOSOPHE , A B OSSERT
L’OPTIMISME DE SCHOPENHAUER , S. R ZEWUSKI
PAGINATION
Ce volume contient 1 709 615 mots et 4 044 pages
01. LETTRE À L’ÉDITEUR ROSENKRANZ
5 pages
02. ESSAI SUR LE LIBRE ARBITRE
120 pages
03. LE FONDEMENT DE LA MORALE
155 pages
04. APHORISMES SUR LA SAGESSE DANS LA VIE
184 pages
05. PENSÉES ET FRAGMENTS
142 pages
06. DE LA QUADRUPLE RACINE DU PRINCIPE DE LA RAISON SUFFISANTE
186 pages
07. LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. I
456 pages
08. LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T. II
331 pages
09. LE MONDE COMME VOLONTÉ ET REPRÉSENTATION, T.  III
469 pages
10. ÉCRIVAINS ET STYLE
124 pages
11. SUR LA RELIGION
130 pages
12. PHILOSOPHIE ET PHILOSOPHES
144 pages
13. ÉTHIQUE, DROIT ET POLITIQUE
124 pages
14. MÉTAPHYSIQUE ET ESTHÉTIQUE
133 pages
15. PHILOSOPHIE ET SCIENCE DE LA NATURE
133 pages
16. FRAGMENTS SUR L’HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
135 pages
17. ESSAI SUR LES APPARITIONS ET OPUSCULES DIVERS
136 pages
18. MÉMOIRES SUR LES SCIENCES OCCULTES
143 pages
19. L’ART D’AVOIR TOUJOURS RAISON
61 pages
20. ARTICLES DE LA REVUE DES DEUX MONDES
189 pages
21. LA PHILOSPHIE DE SCHOPENHAUER
135 pages
22. SCHOPENHAUER ET SON DISCIPLE FRAUENSTÆDT
58 pages
23. SCHOPENHAUER, L’HOMME ET LE PHILOSOPHE
236 pages
24. L’OPTIMISME DE SCHOPENHAUER
95 pages

LETTRE À L’ÉDITEUR ROSENKRANZ
Traduit par Joseph Tissot

Éléments bibliographiques :
Sources de la présente édition : Critique de la Raison Pure , deuxième édition, Ladrange, 1845 (pages I - XV )


5 pages
TABLE
LETTRE À L’ÉDITEUR ROSENKRANZ
Titre suivant : ESSAI SUR LE LIBRE ARBITRE
LETTRE À L’ÉDITEUR ROSENKRANZ
…. Pendant que je méditais sur le meilleur parti à prendre dans l’intérêt commun de Kant et de l’histoire de la philosophie, je reçus, sans m’y attendre, mais à ma grande satisfaction, une lettre de M. le docteur Arthur Schopenhauer, de Francfort-sur-le-Mein, qui me fit prendre la résolution définitive de préférer la première édition. Schopenhauer donnait déjà en 1819, dans un appendice de son ouvrage profond : Le monde comme volonté et représentation, p. 591-725, une critique étendue de la philosophie de Kant. Il y exposait avec une inspiration vraiment philosophique les mérites de cet ouvrage, mais il y relevait aussi, en les expliquant d’une manière fondamentale et positive, sans préoccupation ni arrière-pensée, les contradictions dans lesquelles Kant s’était égaré. Je lui demande la permission d’extraire de sa première lettre, du 24 août 1837, le passage suivant :

« Il est bien reconnu que Kant a voulu faire, dans sa seconde édition de la Critique de la raison pure un changement important, et que toutes les éditions postérieures ont été réimprimées d’après celle-là. Mais je suis bien convaincu, et cette conviction n’a fait que s’accroître et se fonder sur des motifs de plus en plus certains par l’étude réitérée de l’ouvrage ; je suis convaincu que Kant a mutilé, défiguré, gâté son œuvre en la modifiant ainsi. Ce qui l’a porté à cela, c’est la crainte de l’opinion, résultat de la faiblesse de l’âge ; faiblesse qui n’atteint pas seulement la tête, mais qui attaque aussi quelquefois au cœur cette fermeté si nécessaire pour mépriser les contemporains, leurs opinions et leurs vues sur les services qu’on leur a rendus, services sans lesquels du reste on ne sera jamais un grand homme. On lui avait objecté que sa doctrine n’était que l’idéalisme de Berkeley rajeuni. Il vit donc avec effroi que l’originalité si précieuse et si nécessaire à tout fondateur de système était compromise. (V. Prolégomènes à toute métaphysique future, p. 70, 202. et suiv.) D’un autre côté, en renversant les doctrines consacrées du vieux dogmatisme, particulièrement de la psychologie rationnelle, il avait excité le mécontentement. Ajoutons cette circonstance tout extérieure, que le grand roi, l’ami des lumières et le protecteur de la vérité, venant de mourir, Kant se laissa effrayer de tout cela, et fut assez faible pour faire une chose indigne de lui, pour changer entièrement le chapitre premier du deuxième livre de la dialectique transcendentale, et pour en supprimer 57 pages contenant tout juste ce qui est le plus strictement nécessaire à la parfaite intelligence de tout l’ouvrage. Grâce à cette suppression, et à l’addition destinée à remplacer le texte primitif, toute sa doctrine se trouve en contradiction avec elle-même, contradiction que je n’ai relevée et mise en évidence dans ma critique, p. 612-618, que parce que je n’avais jamais lu jusque-là, en 1818, la première édition, qui est exempte de ce vice, et qui forme un tout parfait. En vérité, la seconde édition ressemble à un amputé qui aurait une jambe de bois. Dans la préface à cette seconde édition, p. 42, il motive le rejet de cette importante et très-belle partie de son livre, sur de pauvres et même de fausses excuses, parce qu’il ne veut pas avoir l’air de convenir qu’il rétracte la partie supprimée : on peut, dit-il, en prendre connaissance dans la première édition ; il a pris l’espace nécessaire pour la partie nouvellement introduite. — Mais quand on compare la seconde édition avec la première, on voit clairement que cette allégation manque de sincérité. Dans la seconde édition, l’auteur ne s’est pas borné à retrancher l’important et beau chapitre en question , et à le remplacer sous le même titre par une intercalation très-insignifiante et plus longue de moitié ; il y a de plus glissé une réfutation expresse de l’idéalisme, qui dit précisément le contraire du passage retranché, et qui soutient toutes les erreurs qui s’y trouvaient réfutées de la manière la plus solide ; elle se trouve donc en contradiction avec toute la doctrine de l’auteur. Cette prétendue réfutation de l’idéalisme, donnée ici pour la première fois, est si dépourvue de fondement, si évidemment sophistique, elle est même en partie un galimatias si confus, qu’elle est tout à fait indigne de figurer dans cet ouvrage immortel. L’auteur, qui en sentait l’insuffisance, a voulu encore la corriger dans la préface, en changeant un passage, et la justifier dans une note longue et obscure ; mais il a oublié de faire entièrement disparaître de sa seconde édition tous les nombreux passages qui se trouvent en contradiction avec l’addition nouvelle, et qui sont en parfait accord avec la partie retranchée. Tels sont en particulier toute la section sixième de l’antinomie de la raison pure, comme aussi tous les passages que j’ai rapportés dans ma critique, p. 615, étonné que j’étais de le voir se contredire ainsi lui-même, et ne connaissant pas encore alors, comme je l’ai déjà dit, la première édition, ni par conséquent le caractère furtif des nouvelles substitutions. Que ce soit la crainte qui ait porté l’illustre vieillard à défigurer ainsi la critique de la psychologie rationnelle, c’est ce qui résulte clairement de ce que ses attaques contre ces doctrines consacrées du vieux dogmatisme sont beaucoup plus faibles, plus timides et moins radicales sous la nouvelle forme que sous la première, et que, pour les adoucir, il recourt aussitôt à des réflexions préliminaires sur l’immortalité de l’âme, déduite des principes de la raison pratique, réflexions qui en sont comme le postulat, mais qui n’ont pas encore là leur place marquée par la logique ou l'enchaînement des matières, et qui ne peuvent par conséquent pas encore être comprises. Cette retraite inquiète l’a donc conduit, dans un âge où la légèreté de sens n’est pas moins naturelle que la crainte, à soixante-quatre ans, à désavouer proprement, et sur le point capital de toute la philosophie, à savoir, le rapport de l’idée et du réel, les pensées qu’il avait conçues dans ses plus belles années de maturité, et auxquelles il était resté fidèle toute sa vie. Mais ce ne fut pas sans honte, franchement et sans s’échapper par des portes dérobées, qu’il abandonna ainsi son système. Voilà donc comment la Critique de la raison pure est devenue dans la seconde édition un livre mutilé, contradictoire, altéré, et jusqu’à un certain point apocryphe. Il est fort présumable que le reproche de mal entendre la Critique de la raison pure, reproche que se sont constamment adressé les uns aux autres, et vraisemblablement avec le même droit de tous les côtés les successeurs (adversaires ou partisans ) de Kant, doit être attribué principalement à la malheureuse amélioration que l’auteur a voulu apporter lui-même à son œuvre ; car qui peut entendre ce qui porte en soi des éléments contradictoires ? »

Dans cet état de choses, qu’on ait cependant suivi partout la deuxième édition, c’est ce qui est très-naturel. On y supposait, avec un philosophe tel que Kant, des améliorations incontestables, et l’on était confirmé dans cette opinion par la préface. Quant à la manière tranchante et sévère avec laquelle M. le docteur Schopenhauer s’exprime sur la conduite de Kant, c’est son affaire de la justifier. Dans le cours de sa longue lettre, il m’engageait cependant à soigner la réimpression de la première édition ; il me disait que depuis bien longtemps il avait lui-même songé à une semblable entreprise, et qu’il avait dressé un catalogue exact de tous les changements apportés à cette édition ; il eut même la bonté de me l’offrir. — Je n’hésitai pas un instant, puisque je partageais sa conviction sur la supériorité de la première édition, à lui donner raison, et à faire usage de sa libéralité. Il m’envoya peu de semaines après la liste des variantes, et je lui en fais ici mes publics remercîments.
ESSAI SUR LE LIBRE ARBITRE
L ES D EUX P ROBLÈMES FONDAMENTAUX DE L ' ÉTHIQUE , PARTIE 1
Traduit en français par S ALOMON R EINACH

Éléments bibliographiques :
Éditions originales : Ü BER DIE F REIHEIT DES MENSCHLICHEN W ILLENS . [S UR LA L IBERTÉ DE LA V OLONTÉ HUMAINE ] 1 er édition, 1839 2 e édition, 1860
Première édition française : Librairie Germer Baillière, 1876
Sources de la présente édition : Même éditeur, Deuxième édition, 1880.


120 pages
TABLE
AVERTISSEMENT
CHAPITRE PREMIER. — Définitions. 1° De la liberté. Distinction entre trois genres de libertés. Réduction du concept de la liberté au concept général de l’absence de nécessité. — Définition de la nécessité. Distinction entre trois genres de nécessités. Affi
CHAPITRE II. — La volonté devant la conscience. — Chaque volition a un objet qui en est la cause et la matière. — Le témoignage de la conscience nous atteste, non pas notre libre arbitre, maie notre pouvoir personnel sur nos organes. C’est une affirmation
CHAPITRE III. — La volonté devant la perception extérieure. — Le principe de causalité, considéré comme la forme la plus générale de notre entendement. — Trois formes de ce principe, la causation, l’excitation et la motivation. Leurs caractères distinctifs
CHAPITRE IV. — Tous les grands penseurs se sont rangés à l’idée déterministe. — Jérémie. — Luther. — Aristote. — Cicéron. — Le Livre des Macchabées. — Passage de saint Clément d’Alexandrie. — Opinion de saint Augustin. — Vanini. — Hume. — Kant. — Retour su
CHAPITRE V. — Conclusion et considération plus haute. — Sentiment de la responsabilité morale. — Ce sentiment porte sur le caractère et non sur les actes. — La responsabilité comme la liberté résident dans l’Esse et non dans l’Operari. — Exposition de la d
APPENDICE I. — De la liberté intellectuelle. — La liberté intellectuelle consiste dans la possibilité de l’action des motifs sur la volonté. — Cas où elle est supprimée. — Fondement rationnel de la pénalité. Conciliation des peines légales et du déterminis
APPENDICE II. — Exposition de la théorie de Kant sur la liberté, empruntée à la Dissertation sur les Fondements de la Morale, par Schopenhauer. — Passage très-important de Porphyre, cité par Stobée.

AVERTISSEMENT
—–––

La dissertation dont nous donnons aujourd’hui la traduction fut écrite en 1838, à l’occasion d’un concours ouvert par l’Académie de Norvège {1} . Elle fait partie de l’ Éthique de Schopenhauer, qui contient en outre une longue exposition des principes de sa morale. La dernière édition est précédée de deux préfaces, dirigées en grande partie contre l’Académie de Danemark, qui n’avait pas couronné cette seconde dissertation, et avait reproché assez vertement à l’auteur son intempérance de langage à l’égard de Fichte et de Hegel. ( Plures recentioris œtatis summos philosophos tam indecenter commemoravit, ut justam et gravem offensionem habeat. ) Nous n’avons pas jugé utile de reproduire ces œuvres de polémique ; mais nous extrayons de la seconde préface les lignes suivantes, datées du mois d’août 1860, et qui sont significatives :
« J’ai fini par m’ouvrir une voie en dépit de la résistance de tous les professeurs de philosophie pendant de longues années conjurés contre moi, et les yeux du public éclairé s’ouvrent de plus en plus sur le compte des summi philosophi de l’Académie de Danemark. Si, pour quelque temps encore peut-être, de malheureux professeurs de philosophie qui se sont depuis longtemps compromis avec eux soutiennent leur drapeau avec des forces défaillantes, ils sont cependant bien tombés dans l’estime publique, et Hegel notamment s’achemine à grands pas vers le mépris réservé à son nom auprès de la postérité…. Que nos professeurs de philosophie allemands aient considéré le contenu des dissertations que je réimprime ici comme ne méritant aucuns égards, bien loin qu’elles soient dignes d’un examen sérieux, c’est ce que j’ai déjà reconnu ailleurs {2} , et cela va du reste de soi. Comment donc de hauts esprits de cette nature devraient-ils faire attention à ce que de petites gens comme moi écrivent? De petites gens, sur lesquels, dans leurs écrits, ils daignent à peine jeter en passant et de haut en bas un regard de mépris et de blâme ! Oui, ce que je produis ne les regarde pas : qu’ils restent cloîtrés dans leur libre arbitre et dans leur loi morale…. car ce sont là, ils le savent bien, des articles de foi…. Aussi méritent-ils tous d’être créés d’un seul coup membres de l’Académie de Danemark. »

[1] ESSAI SUR LE LIBRE ARBITRE
––––––––––––––––––––––––––––––
CHAPITRE PREMIER   DÉFINITIONS.
Dans une question aussi importante, aussi sérieuse et aussi difficile, qui rentre en réalité dans un problème capital de la philosophie moderne et contemporaine, on conçoit la nécessité d’une exactitude minutieuse, et, à cet effet, d’une analyse des notions fondamentales sur lesquelles roulera la discussion.
1° qu’entend-on par la liberté?
Le concept de la liberté, à le considérer exactement, est négatif. Nous ne nous représentons par [2] lui que l’absence de tout empêchement et de tout obstacle : or, tout obstacle étant une manifestation de la force, doit répondre à une notion positive. Le concept de la liberté peut être considéré sous trois aspects fort différents, d’où trois genres de libertés correspondant aux diverses manières d’être que peut affecter l’obstacle : ce sont la liberté physique, la liberté intellectuelle, et la liberté morale.
1° La liberté physique consiste dans l’absence d’obstacles matériels de toute nature. C’est en ce sens que l’on dit : un ciel libre (sans nuages), un horizon libre, l’air libre (le grand air), l’électricité libre, le libre cours d’un fleuve (lorsqu’il n’est plus entravé par des montagnes ou des écluses), etc …. {3} Mais le plus souvent, dans notre pensée, l’idée de la liberté est l’attribut des êtres du règne animal, dont le caractère particulier est que leurs mouvements émanent de leur volonté, qu’ils sont, comme on dit, volontaires, et on les appelle libres lorsqu’aucun obstacle matériel ne s’oppose à leur accomplissement. Or, remarquons que ces obstacles peuvent être d’espèces très-diverses, tandis que la puissance dont ils empêchent l’exercice est tou [3] jours identique à elle-même, à savoir la volonté ; c’est par cette raison, et pour plus de simplicité, que l’on préfère considérer la liberté au point de vue positif. On entend donc par le mot libre la qualité de tout être qui se meut par sa volonté seule, et qui n’agit que conformément à elle, — interversion qui ne change rien d’ailleurs à l’essence de la notion. Dans cette acception toute physique de la liberté, on dira donc que les hommes et les animaux sont libres lorsque ni chaînes, ni entraves, ni infirmité, ni obstacle physique ou matériel d’aucune sorte ne s’oppose à leurs actions, mais que celles-ci, au contraire, s’accomplissent suivant leur volonté.
Cette acception physique de la liberté, considérée surtout comme l’attribut du règne animal, en est l’acception originelle, immédiate, et aussi la plus usuelle ; or, envisagée à ce point de vue, la liberté ne saurait être soumise à aucune espèce de doute ni de controverse, parce que l’expérience de chaque instant peut nous en affirmer la réalité. Aussitôt en effet qu’un animal n’agit que par sa volonté propre, on dit qu’il est libre dans cette acception du mot, sans tenir aucun compte des autres influences qui peuvent s’exercer sur sa volonté elle-même. Car l’idée de la liberté, dans cette signification populaire que nous venons de préciser, implique simplement la puissance d’agir, c’est-à-dire [4] l’absence d’obstacles physiques capables d’entraver les actes. C’est en ce sens que l’on dit : l’oiseau vole librement dans l’air, les bêtes sauvages errent libres dans les forêts, la nature a créé l’homme libre, l’homme libre seul est heureux. On dit aussi qu’un peuple est libre, lorsqu’il n’est gouverné que par des lois dont il est lui-même l’auteur : car alors il n’obéit jamais qu’à sa propre volonté. La liberté politique doit, par conséquent, être rattachée à la liberté physique.
Mais dès que nous détournons les yeux de cette liberté physique pour considérer la liberté sous ses deux autres formes, ce n’est plus avec une acception populaire du mot, mais avec un concept tout philosophique que nous avons à faire, et ce concept, comme on sait, ouvre la voie à de nombreuses difficultés. Il faut distinguer en effet, en dehors de la liberté physique, deux espèces de libertés tout à fait différentes, à savoir : la liberté intellectuelle et la liberté morale.
2° La liberté intellectuelle — ce qu’Aristote entend par τὸ έϰούσιον ϰαὶ ἀϰούσιον ϰατὰ διάνοιαν (le volontaire et le non-volontaire réfléchis) — n’est prise en considération ici qu’afin de présenter la liste complète des subdivisions de l’idée de la liberté : je me permets donc d’en rejeter l’examen jusqu’à la fin de ce travail, lorsque le lecteur sera familiarisé par ce qui précède avec les idées qu’elle [5] implique, en sorte que je puisse la traiter d’une façon sommaire. Mais puisqu’elle se rapproche le plus par sa nature de la liberté physique, il a fallu, dans cette énumération, lui accorder la seconde place, comme plus voisine de celle-ci que la liberté morale.
3° J’aborderai donc tout de suite l’examen de la troisième espèce de liberté, la liberté morale, qui constitue à proprement parler le libre arbitre, sur lequel roule la question de l’Académie Royale.
Cette notion se rattache par un côté à celle de la liberté physique, et c’est ce lien qui existe entre elles qui rend compte de la naissance de cette dernière idée, dérivée de la première, à laquelle elle est nécessairement très-postérieure. La liberté physique, comme il a été dit, ne se rapporte qu’aux obstacles matériels, et l’absence de ces obstacles suffit immédiatement pour la constituer. Mais bientôt on observa, en maintes circonstances, qu’un homme, sans être empêché par des obstacles matériels, était détourné d’une action à laquelle sa volonté se serait certainement déterminée en tout autre cas, par de simples motifs, comme par exemple des menaces, des promesses, la perspective de dangers à courir, etc. On se demanda donc si un homme soumis à une telle influence était encore libre, ou si véritablement un motif contraire d’une force suffisante pouvait, [6] aussi bien qu’un obstacle physique, rendre impossible une action conforme à sa volonté. La réponse à une pareille question ne pouvait pas offrir de difficulté au sens commun : il était clair que jamais un motif ne saurait agir comme une force physique, car tandis qu’une force physique, supposée assez grande, peut facilement surmonter d’une manière irrésistible la force corporelle de l’homme, un motif, au contraire, n’est jamais irrésistible en lui-même, et ne saurait être doué d’une force absolue {4} . On conçoit, en effet, qu’il soit toujours possible de le contrebalancer par un motif opposé plus fort, pourvu qu’un pareil motif soit disponible, et que l’individu en question puisse être déterminé par lui. Pour preuve, ne voyons-nous pas que le plus puissant de tous les motifs dans l’ordre naturel, l’amour inné de la vie, paraît dans certains cas inférieur à d’autres, comme cela a lieu dans le suicide, ainsi que dans les exemples de dévouements, de sacrifices, ou d’attachements inébranlables à des opinions, etc. ; — réciproquement, l’expérience nous apprend que les tortures les plus raffinées et les plus intenses ont parfois été surmontées par cette seule pensée, que la conservation de la vie était à ce prix. Mais quand même il serait démontré ainsi que les motifs ne [7] portent avec eux aucune contrainte objective et absolue, on pourrait cependant leur attribuer une influence subjective et relative, exercée sur la personne en question : ce qui finalement reviendrait au même {5} . Par suite, le problème suivant restait toujours à résoudre : La volonté elle-même est-elle libre ? — Donc la notion de la liberté, qu’on n’avait conçue jusqu’alors qu’au point de vue de la puissance d’agir, se trouvait maintenant envisagée au point de la vue de la puissance de vouloir, et un nouveau problème se présentait : le vouloir lui-même est-il libre? — La définition populaire de la liberté (physique) peut-elle embrasser en même temps cette seconde face de la question ? C’est ce qu’un examen attentif ne nous permet point d’admettre. Car, d’après cette première définition, le mot libre signifie simplement « conforme à la volonté » : dès lors, demander si la volonté elle-même est libre, c’est demander si la volonté est conforme à la volonté, ce qui va de soi, mais ne résout rien. Le concept empirique de la liberté nous autorise à dire : « Je suis libre, si je peux faire ce que je veux ; mais ces mots «  ce que je veux  » présupposent déjà l’existence de la liberté morale. Or c’est précisément la liberté du vouloir qui est maintenant en question, et il [8] faudrait en conséquence que le problème se posât comme il suit : «  Peux-tu aussi vouloir ce que tu veux?  » —ce qui ferait présumer que toute volition dépendît encore d’une volition antécédente. Admettons que l’on répondît par l’affirmative à cette question : aussitôt il s’en présenterait une autre : « Peux-tu aussi vouloir ce que tu veux vouloir? » et l’on irait ainsi indéfiniment en remontant toujours la série des volitions, et en considérant chacune d’elles comme dépendante d’une volition antérieure et placée plus haut, sans jamais parvenir sur cette voie à une volition primitive, susceptible d’être considérée comme exempte de toute relation et de toute dépendance. Si, d’autre part, la nécessité de trouver un point fixe {6} nous faisait admettre une pareille volition, nous pourrions, avec autant de raison, choisir pour volition libre et inconditionnée la première de la série, que celle même dont il s’agit, ce qui ramènerait la question à cette autre fort simple : «  Peux-tu vouloir  » Suffit-il de répondre affirmativement pour trancher le problème du libre arbitre? Mais c’est là précisément ce qui est en question, et ce qui reste indécis. Il est donc impossible d’établir une connexion directe entre le concept originel et empirique de la liberté, [9] qui ne se rapporte qu’à la puissance d’agir, et le concept du libre arbitre, qui se rapporte uniquement à la puissance de vouloir. C’est pourquoi il a fallu, afin de pouvoir néanmoins étendre à la volonté le concept général de la liberté, lui faire subir une modification qui le rendit plus abstrait. Ce but fut atteint, en faisant consister la liberté dans la simple absence de toute force nécessitante. Par ce moyen, cette notion conserve le caractère négatif que je lui ai reconnu dès le commencement. Ce qu’il faut donc étudier sans plus de retard, c’est le concept de la Nécessité, en tant que concept positif indispensable pour établir la signification du concept négatif de la liberté.
Qu’entend-on par nécessaire ? La définition ordinaire : « On appelle nécessaire ce dont le contraire est impossible, ou ce qui ne peut être autrement, » est une simple explication de mots, une périphrase de l’expression à définir, qui n’augmente en rien nos connaissances à son sujet. En voici, selon moi, la seule définition véritable et complète : « On entend par nécessaire tout ce qui résulte d’une raison suffisante donnée », définition qui, comme toute définition juste, peut aussi être retournée. Or, selon que cette raison suffisante appartient à l’ordre logique, à l’ordre mathématique, ou à l’ordre physique (en ce cas elle prend le nom de cause), la nécessité est dite logique (ex. : la conclu [10] sion d’un syllogisme, étant données les prémisses), — mathématique (l’égalité des côtés d’un triangle quand les angles sont égaux entre eux) ; ou bien physique et réelle (comme l’apparition de l’effet, aussitôt qu’intervient la cause) : mais, de quelque ordre de faits qu’il s’agisse, la nécessité de la conséquence est toujours absolue, lorsque la raison suffisante en est donnée. Ce n’est qu’autant que nous concevons une chose comme la conséquence d’une raison déterminée, que nous en reconnaissons la nécessité ; et inversement, aussitôt que nous reconnaissons qu’une chose découle à titre d’effet d’une raison suffisante connue, nous concevons qu’elle est nécessaire : car toutes les raisons sont nécessitantes. Cette explication est si adéquate et si complète, que les deux notions de nécessité et de conséquence d’une raison donnée sont des notions réciproques ( convertibles ), c’est-à-dire qu’elles peuvent être substituées l’une à l’autre. D’après ce qui précède, la non-nécessité (contingence) équivaudrait à l’absence d’une raison suffisante déterminée. On peut cependant concevoir l’idée de la contingence comme opposée à celle de la nécessité : mais il n’y a là qu’une difficulté apparente {7} . Car toute contingence n’est que [11] relative. Dans le monde réel, en effet, qui peut seul nous donner ridée du hasard, chaque événement est nécessaire, par rapport à sa cause ; mais il peut être contingent par rapport à tous les autres objets, entre lesquels et lui peuvent se produire des coïncidences fortuites dans l’espace et dans le temps. Il faudrait donc que la liberté, dont le caractère essentiel est l’absence de toute nécessitation, fût l’indépendance absolue à l’égard de toute cause, c’est-à-dire la contingence et le hasard absolus {8} . Or c’est là un concept souverainement problématique, qui peut-être ne saurait même pas être clairement pensé, et qui cependant, chose étrange à dire, se réduit identiquement à celui de la liberté. Quoi qu’il en soit, le mot libre signifie ce qui n’est nécessaire sous aucun rapport, c’est-à-dire ce qui est indépendant de toute raison suffi [12] santé. Si un pareil attribut pouvait convenir à la volonté humaine, cela voudrait dire qu’une volonté individuelle, dans ses manifestations extérieures, n’est pas déterminée par des motifs, ni par des raisons d’aucune sorte, puisque autrement — la conséquence résultant d’une raison donnée, de quelque espèce qu’elle soit, intervenant toujours avec une nécessité absolue — ses actes ne seraient plus libres, mais nécessités. Tel était le fondement de la pensée de Kant, lorsqu’il définissait la liberté, « le pouvoir de commencer de soi-même une série de modifications. » Car ces mots « de soi-même, » ramenés à leur vraie signification, veulent dire « sans cause antécédente, » ce qui est identique à « sans nécessité. » De sorte que cette définition, bien qu’elle semble en apparence présenter le concept de la liberté comme un concept positif, permet à une observation plus attentive d’en mettre de nouveau en évidence la nature négative.
Une volonté libre, avons-nous dit, serait une volonté qui ne serait déterminée par aucune raison, c’est-à-dire par rien, puisque toute chose qui en détermine une autre est une raison ou une cause {9}  ; une volonté, dont les manifestations individuelles [13] (volitions), jailliraient au hasard et sans sollicitation aucune, indépendamment de toute liaison causale et de toute règle logique. En présence d’une pareille notion, la clarté même de la pensée nous fait défaut, parce que le principe de raison suffisante, qui, sous tous les aspects qu’il revêt, est la forme essentielle de notre entendement, doit être répudié ici, si nous voulons nous élever à l’idée de la liberté absolue. Toutefois il ne manque pas d’un terme technique ( terminus technicus ad hoc ) pour désigner cette notion si obscure et si difficile à concevoir : on l’appelle liberté d’indifférence {10} ( liberum arbitrium indifferentiæ. ) D’ailleurs, de cet ensemble d’idées qui constituent le libre arbitre, celle-ci est la seule qui soit du moins clairement définie et bien déterminée ; aussi ne [14] peut-on la perdre de vue, sans tomber dans des explications embarrassées, vagues, nuageuses, derrière lesquelles cherche à se dissimuler une timide insuffisance, — comme lorsqu’on parle de raisons n’entraînant pas nécessairement leurs conséquences {11} . Toute conséquence découlant d’une raison est nécessaire, et toute nécessité est la conséquence d’une raison. L’hypothèse d’une pareille liberté d’indifférence entraîne immédiatement l’affirmation suivante, qui est caractéristique, et doit par conséquent être considérée comme la marque distinctive et l’indice de cette idée : à savoir qu’un homme, placé dans des circonstances données, et complètement déterminées par rapport à lui, peut, en vertu de cette liberté d’indifférence, agir de deux façons diamétralement opposées.
2° qu’entend-on par la conscience?
Réponse : la perception (directe et immédiate) du moi, par opposition à la perception des objets extérieurs, qui est l’objet de la faculté dite perception extérieure. Cette dernière faculté, avant [15] même que les objets extérieurs viennent se présenter à elle, contient certaines formes nécessaires [à prior i] de la connaissance, qui sont par suite autant de conditions de l’existence objective {12} des choses, c’est-à-dire de leur existence pour nous en tant qu’objets extérieurs : telles sont, comme on sait, le temps, l’espace, la causalité. Or, quoique ces formes de la perception extérieure résident en nous, elles n’ont pourtant pas d’autre but que de nous permettre de prendre connaissance des objets extérieurs en tant que tels, et dans une relation constante avec ces formes ; aussi n’avons-nous pas à les considérer comme appartenant au domaine de la conscience, mais bien plutôt comme de simples conditions de la possibilité de toute connaissance des objets extérieurs, c’est-à-dire de la perception objective.
En outre, je ne me laisserai pas abuser par le double sens du mot conscientia {13} employé dans l’énoncé de la question, et je...

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