Descartes en question
201 pages
Français

Descartes en question

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Description

Descartes est aujourd'hui malmené dans l'opinion. Accusé d'indifférence morale envers les animaux, d'apologie de la toute-puissance technicienne, de mépris de la vie affective au nom d'une raison omnipotente, de plagiat grossier du cogito de saint Augustin, de réduction de la philosophie à une suite de savoirs dogmatiquement ordonnés, ne finit-il pas par ramener la diversité naturelle à l'espace géométrique ? N'encourage-t-il pas le conformisme moral le plus docile à travers l'alibi d'une « morale par provision » ? Cela fait beaucoup de chefs d'accusation. Sont-ils pour autant justifiés ? Cet ouvrage montre que la pensée de Descartes est plus complexe que ce que l'on rapporte.

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Date de parution 26 octobre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140161407
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

ÉDUCATION &
PHILOSOPHIE
Bernard Jolibert
DESCARTES EN QUESTIONS L’urgence d’un retour aux textes
DESCARTES EN QUESTIONS L’urgence d’un retour aux textes
« Éducation et Philosophie » Collection dirigée par Bernard Jolibert et Jean Lombard La collection « Éducation et philosophie » publie des études et des textes philosophiques qui traitent des problèmes généraux de la formation des hommes et qui visent à élucider les conditions et les démarches de l’action éducative. Dernières parutions Bernard JOLIBERT,L’humanisme en procès, 2020. Bernard JOLIBERT,Science, religion, philosophie, 2019. Jean LOMBARD,La leçon de philosophie de Socrate à Épictète, 2018. Bernard JOLIBERT,Morale et philosophie, 2017. Bernard JOLIBERT,L’unité politique et la diversité. Autour du « vivre ensemble », 2016. Josiane GUITARD-MOREL,La relation éducative au siècle des Lumières,2015. Julie DUMONTEIL,Nietzsche et l’éducation,2015.Jean LOMBARD,La démarche et le territoire de la philosophie. Six parcours exotériques, 2014. Bernard JOLIBERT,- isme De l’usage des mots en en philosophie,2014. Michel SOËTARD,Méthode et philosophie, la descendance éducative de l’Emile,2012. Jean-Louis VIVÉS,Les devoirs du mari, 2011. Jean-Louis VIVÈS,L’éducation de la femme chrétienne, 2010. Bernard JOLIBERT,Questions d’éducation. Finalités politiques des institutions éducatives, 2009. Bernard JOLIBERT,Montaigne, l’éducation humaniste,2009. Anne-Marie DROUIN-HANS,Relativisme et éducation, 2008. Bernard VANDEWALLE,Kierkegaard, éducation et subjectivité, 2008. Sylvain MARÉCHAL,Projet d’une loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes,2007. Jean-Yves FRÉTIGNÉ,Les conceptions éducatives de Giovanni Gentile. Entre élitisme et fascisme, 2007.
Bernard Jolibert DESCARTES EN QUESTIONS L’urgence d’un retour aux textes
Du même auteur è L’enfance au XVII siècle, Paris, Vrin, 1981. Trac, timidité, intimidation,Toulouse, Privat, 1985. Raison et éducation,Paris,Klincksieck, 1987. L’éducation contemporaine,Paris,Klinsksieck, 1989. Platon : l’ascèse éducative de l’âme,Paris, L’Harmattan, 1994. L’éducation d’une émotion : le trac, Paris, L’Harmattan, 1997. La Commedia dell’arte,Paris,L’Harmattan, 1999.Auguste Comte : l’éducation positive,Paris, L’Harmattan, 2004. La laïcité, actualité et histoire d’une idée, Belgique, EME, 2005. Lexique critique du professeur des écoles, Paris, Seli Arslan, 2006. Réussir le mémoire professionnel en IUFM. Conception, Rédaction, Direction et Soutenance, Paris, Seli Arslan, 2006. La dissertation aux examens et concours, Paris, Seli Arslan, 2007. Réussir son inspection(avec Jean Lombard), Paris, Seli Arslan, 2008. Montaigne, l’éducation humaniste, Paris, L’Harmattan, 2009. Questions d’éducation : Les Finalités politiques des Institutions scolaires,Paris, Harmattan, 2009.La Pensée occidentale, Paris, Ellipses, 2012. De l’usage des mots en « -isme » en philosophie,Paris, L’Harmattan, 2014. L’unité politique et la diversité, autour du « vivre-ensemble », Paris, L’Harmattan, 2016. Morale et philosophie, Paris, L’Harmattan, 2017. Science, religion, philosophie, Paris, L’Harmattan, 2019. L’Humanisme en procès,Paris, L’Harmattan, 2020. Traductions Le Maître (De Magistro)de saint Augustin, Klincksieck, 1988. La grande didactiquede Comenius, Klincksieck, 1992 Conférences sur l’éducationde William James, L’Harmattan, 1996. De l’enseignement(De Magistro) de saint Thomas d’Aquin, Klincksieck, 1999. Livre de l’éducation des enfants(Doctrina Pueril) de Raymond Lulle, Klincksieck, 2005. L’éducation de la femme chrétiennede J.- L. Vivès, L’Harmattan, 2010. Les devoirs du maride J.- L. Vivès, L’Harmatan, 2011. © L’Harmattan, 2020 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-21424-5 EAN : 9782343214245
INTRODUCTION ET SOMMAIREIl est arrivé à Descartes ce qu’il advient parfois aux penseurs illustres. Ils sont souvent plus cités, et mal, que lus. Leur célébrité, réduite à quelques formules tronquées ou isolées de leur contexte, conduit à une simplification désastreuse de leur doctrine. On les convoque à l’appui de thèses très éloignées de leurs préoccupations. Il y a loin désormais de la réflexion philosophique de Descartes à ce qu’on couramment par « cartésianisme ». Ce dernier se réduit à une succession de thèses simplistes : rationalisme étriqué, dogmatisme méthodologique, condamnation univoque des passions, mépris des animaux réduits à l’état de machines, liberté réduite à la contrainte d’obéir au sentiment d’évidence, impérialisme de la technique, cogito sommairement démarqué de saint Augustin, représentation de la philosophie ossifiée dans la figure dogmatique d’un arbre symbolisant la sagesse, autant de lieux communs réducteurs qui s’apparentent à des caricatures. L’auteur du Discours de la méthode devient la cible de procès d’intention. Il se voit réduit à servir telle ou telle cause contemporaine dans laquelle il aurait bien du mal à se reconnaître. C’est sur ce « cartésianisme », à la fois rudimentaire et falsifié, qu’il paraît urgent de revenir. Aussi a-t-il semblé intéressant de repérer quelques-uns de ces lieux communs qui trahissent la pensée complexe de Descartes plus qu’ils ne l’explicitent. Du prétendu esprit « cartésien », qui serait la marque caractéristique des Français « raisonneurs », lesquels se montrent dans les faits ni plus ni moins illogiques et irrationnels que les autres nations, à la condamnation sans appel des passions, en passant par la promotion aveugle de la technique ou l’indifférence complice face à la cruauté envers les animaux, Descartes serait le responsable, direct ou
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indirect, de certains maux qui nous affligent aujourd’hui. Afin de dévoiler l’imposture ultime de cet auteur qui se présente comme original, on se plaît à souligner que son célèbre « cogito » ne serait que le plagiat de celui formulé par saint Augustin plus de dix siècles plus tôt. Plutôt que d’en référer aux interprètes autorisés du cartésianisme, si nombreux qu’on ne saurait en faire le tour, ou à leurs commentaires, tous très érudits, il a semblé indispensable de revenir aux textes mêmes afin de tenter de cerner d’un peu plus près la pensée de l’auteur du Discours de la méthode, desMéditations métaphysiques, desPrincipes de philosophieet dudes passions de Traité l’âme. Les analyses de Descartes sont plus complexes et nuancées qu’on pourrait le croire à entendre ceux qui se réfugient un peu hâtivement derrière son autorité pour défendre leurs propres thèses ou lui en prêtent certaines, d’autant plus caricaturales qu’elles ne sont destinées qu’à servir de repoussoir. Ainsi, Descartes serait à la fois le promoteur des progrès bienfaisants de la technique et le responsable de ses outrances catastrophiques. Il serait le défenseur et le fossoyeur de la liberté. Le présent travail porte seulement sur quelques points de doctrine à propos desquels il est évident que Descartes est malmené dans l’opinion contemporaine. Il ne prétend rien apprendre aux spécialistes de Descartes qu’ils ne sachent déjà. Il voudrait seulement rendre à Descartes, aux yeux de l’opinion, ce qui lui est dû, au-delà des simplifications doctrinales qui relèvent plus de trahisons opportunistes que de simples divergences d’interprétation. Il s’agit seulement de montrer que la pensée de Descartes est plus nuancée et plus précise que ce qu’on appelle un peu hâtivement cartésianisme. Il se pourrait bien que Descartes ne soit pas autant « cartésien » qu’on le dit. Il ne s’agit pas ici de proposer une interprétation nouvelle des œuvres de l’auteur duTraité des passions,
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mais seulement de revenir aux textes. Octave Hamelin, Ferdinand Alquié, Martial Guéroult, Geneviève Rodis-Lewis, Michelle et Jean-Marie Beyssade, entre autres célèbres interprètes de la pensée cartésienne, se sont risqués à en proposer une vision synthétique. Leurs œuvres sont référencées dans la bibliographie en fin de livre. Il est toujours utile et éclairant de s’y reporter. Le présent travail, qui a pour projet de cerner et de questionner les plus courants procès contemporains faits à Descartes, vise avant tout à trouver, dans l’œuvre même, les textes qui confirment ou infirment les positions qu’on lui attribue un peu trop rapidement. Le but est seulement d’interroger Descartes à propos de débats qui paraissent relever plus de procès d’intention que de constats objectifs concernant certaines de ses conceptions philosophiques. Il s’agit de comparer les thèses qu’on attribue hâtivement à l’auteur duDiscours de la Méthode, à ce que nous disent explicitement ses écrits. Dans ce cas, le mieux est d’en revenir aux textes mêmes. Le présent travail se veut donc une simple invitation à lire Descartes de près. Il comporte huit parties qui correspondent à huit thèmes majeurs qui dominent ce que l’on appelle, un peu vite et de manière très approximative, « cartésianisme » et qu’on peut, en guise de sommaire, présenter succinctement de la manière suivante : I.L’homme et l’animal. L’animal parle-t-il et pense-t-il et« ainsi que nous »? Dans les débats portant aujourd’hui sur les relations entre l’homme et l’animal, singulièrement à propos des débats entre les« spécistes »les et « antispécistes », Descartes est souvent convoqué pour justifier l’une ou l’autre thèse. Le plus souvent sa pensée est ramenée à une citation tronquée ou à une analyse coupée de son contexte.
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L’animalité ne serait-elle qu’une mécanique simpliste dénuée de sentiments ? Descartes apparaît alors comme le repoussoir de la bienveillance, dite moderne, envers l’animalité. Les bêtes n’ayant pas d’âme« comme nous », il serait possible de les traiter avec cruauté. Comme si elles ne disposaient pas d’une intelligence et d’une sensibilité proches des nôtres. On oublie d’abord que la théorie cartésienne de l’« animal machine »vaut autant pour les hommes que pour les bêtes et que si ces dernières ne pensent pasque nous « ainsi », cela ne signifie pas qu’elles sont sans sensibilité ni intelligence. Penser le corps sur le modèle de la machine permet d’abord à Descartes d’éviter les errances de la médecine humoriste héritée de l’Antiquité. À propos de l’animalité, la pensée cartésienne y apparaît plus nuancée qu’on le dit parfois. II.Science et la technique. L’homme peut-il se dire La « maître et possesseur de la nature »? En cinq siècles, les progrès des sciences et des techniques ont transformé le monde humain au point d’en ébranler les équilibres traditionnels. Qu’on s’en inquiète ou qu’on s’en félicite, on tend à tenir Descartes pour philosophiquement responsable de cette transformation. Ne prétend-il pas rendre l’hommemaître et possesseur de la« comme nature » ?Mise en conformité aux lois de la raison, la nature serait désormais instrumentalisée au point de n’être plus conçue et traitée que comme une réserve d’énergies disponibles devant être mises au service des besoins humains. C’est là l’ultime manifestation d’une promotion de la subjectivité visant à faire des hommes les souverains de l’univers. À lire leDiscours de la méthode, on est en droit de se demander si Descartes ne serait pas, en effet, complice de
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