Engels : philosophie et sciences
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Description

Ce livre entend retracer la démarche d'Engels dans ce qu'elle instaure de proprement personnel. L'intérêt pour son rapport théorique, articulé sur le thème de la "vengeance posthume" de la philosophie, a permis d'exposer sa lecture de l'histoire et de la philosophie et l'approche des sciences de son temps. Engels ouvre sur le rapport Hegel-Darwin-Marx à partir de la relation traditionnelle de la philosophie et des sciences. D'où le paradoxal office de la "défunte philosophie" dans l'acte de fondation de la doctrine élaborée avec Marx et, plus généralement, dans la pratique des sciences.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2004
Nombre de lectures 88
EAN13 9782296363441
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ENGELS:
PHILOSOPHIE ET SCIENCESOuverture Philosophique
Collection dirigée par Bruno Péquignot
et Dominique Chateau
Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux
originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques.
Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions
qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y
confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique;
elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser,
qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences
humaines, sociales ou naturelles, ou... polisseurs de verres de lunettes
astronomiques.
Déjà parus
Chantal COLOMB, Roger Munier et la «topologie de l'être »,
2004.
Philippe RIVIALE, La pensée libre, 2004.
Kostas E. BEYS, Le problème du droit et des valeurs morales,
2004.
Bernard MORAND, Logiques de la conception. Figures de
sémiotique générale d'après Charles S. Peirce, 2004.
Christian SALOMON (textes réunis par), Les métaphores du
corps,2004.
Pierrette BONET, De la raison à l'ordre. Genèse de la
philosophie de Malebranche, 2004.
Caroline GUIBET LAFAYE et Jean-Louis
VIEILLARDBARON, L'esthétique dans le système hégélien, 2004.
Loïck ROCHE, La volonté. Approche philosophique et
analytique, 2004.
Salloum SARKIS, Les échelles de l'intelligence, 2004.
Jocelyne LE BLANC, L'archéologie du savoir de Michel
Foucault pour penser le corps sexué autrement, 2004.
Monique CASTILLO (Sous la dir.), Criticisme et religion,
2004.
Régis DEFURNAUX, Les cathédrales sauvages, 2004.
Benjamin DELANNOY, Burke et Kant interprètes de la
Révolution française, 2004.
Christophe COLERA, Individualité et subjectivité chez
Nietzsche, 2004.Mohamed MOULFI
ENGELS:
PHILOSOPHIE ET SCIENCES
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, me de l'École-Polyteclmique Hargita u. 3 Via Degli Artisti 15
75005 Paris 1026 Budapest 10124 Torino
FRANCE HONGRIE ITALIEcgL'Harmattan, 2004
ISBN: 2-7475-6606-4
EAN : 9782747566063Avant-propos
«frayage : la possibilité d'une combinaison neuve,
une création 'en quelque sorte' »*
1. Dans l'histoire de la philosophie, il arrive que
certains auteurs, dans une proximité donnée ou recherchée,
créent dans le prolongement du projet de leurs prédécesseurs.
L'exemple le plus manifeste est celui de Platon dont Léon
Robin1 disait que son système devait défendre la mémoire de
Socrate, ce qui équivaut presque à présenter le platonisme
comme la vérité du socratisme. Il y a également Leibniz qui,
dans sa relation à Locke, pense «procurer une entrée favorable
à (s)es pensées, en les mettant en si bonne compagnie 2.» Les
projets de Platon et de Leibniz ne permettent pas d'établir une
analogie entre ces proximités particulières qui, chacune selon
un certain ordre, ont engagé une création philosophique:
Platon, disciple fécond de Socrate; Leibniz, auteur d'une œuvre
qui, malgré tout, n'a pas bénéficié d'un dialogue direct avec
Locke. Pourtant, pour Jacques Brunschwig, Locke était venu
* Jacques Derrida, L'archéologie du frivole. Lire Condillac, Ed.
DenoëlGonthier, Paris, 1976, p. 42.
1 Cité par V. de Magalhàes-Vilhena, Socrate et la légende platonicienne,
PUF, Paris, 1952, p. 7.
2Nouveaux essais sur l'entendement humain, chronologie et introduction par
Jacques Brunschwig, Garnier-Flammarion, Paris, 1966, préface, p. 33.Engels: philosophie et sciences8
remettre en question la pensée de l'auteur des Nouveaux
essais. .. à un moment où le système était pour ainsi dire clos 1.
De ce point de vue, quel était alors le rôle de Dühring dans le
projet d'Engels2 qui, à bien voir les choses, n'était pas le
disciple de Marx mais son collaborateur? Dühring n'eut
certainement pas le même rôle que Socrate pour Platon ou
Locke pour Leibniz. Pour Engels, il ne lui fallait ni exprimer la
vérité d'un maître, ni intégrer la pensée de son interlocuteur au
sein de son propre univers conceptuel dans son côté work in
progress. C'est pourquoi cette lecture entend exposer cette
relation toute particulière entre Engels et Marx via Dühring.
Elle entend dévoiler une inspiration engelsienne longtemps
demeurée contenue. L'occulter sacrifierait, sans vraie raison,
l'audace de l'irréductible originalité d'Engels. On prévoit déjà
le problème que rencontrera toute étude visant à mettre en
évidence l'idée de la souveraineté théorique du collaborateur du
philosophe. Il est pourtant notoire qu'Engels précède en tout
Marx qui deviendra son ami.
On pourra sûrement surprendre Engels en train
d'expliciter, commenter ou rééditer ce que Marx écrit. Mais,
faut-il le souligner, il a toujours assumé cette suppléance en
s'installant au plus près des intentions de l'auteur même s'il lui
arrivait de procéder parfois à quelques modifications
alternatives qu'exigeaient le souci pédagogique, les événements
historiques et les prolongements théoriques. Dühring est donc le
penseur par lequel Engels allait tirer de leur silence les germes
de thèses au principe de leur projet doctrinal, de son projet
théorique. En effet, quand Dühring se manifeste par ses
publications, Engels, en matière de philosophie, n'en est
vraiment encore que dans la contribution à l'œuvre collective
qu'il compose avec Marx. Dühring va lui permettre de
lOp. cit., Introduction, p. 19.
2 Voir sur cette question notre «Engels, éditeur de Marx », apud Georges
Labica et Mireille Delbraccio (dir.), Friedrich Engels, savant et
révolutionnaire, PUP, Paris, 1997.Engels: philosophie et sciences 9
s'engager, avec une certaine autonomie, dans la thématique
philosophique de son époque.
Les considérations théoriques élaborées après la
composition du Capital instaurent à coup sûr une recherche
indépendante, recherche qui avait certes toujours existé, et
n'avait jamais cessé de devenir et ce jusqu'à l'épreuve imposée
par Dühring. Laquelle épreuve va révéler un Engels attentif à
son désir de frayage. Lire en effet Engels, sous le signe de la
création, c'est le lire comme auteur.
2. On le suivra notamment dans l'Anti-Dühring et les
textes alentour. Cet ouvrage est certes un ouvrage de situation,
mais d'une situation qui déborde les domaines que traite son
adversaire et qui lui offre, pour la première fois, la possibilité de
développer, dans leur enchaînement, une grande variété de
sujets. Une mise au point des propositions des deux
collaborateurs est le propos de ce livre. L'occasion est belle
pour qu'Engels sorte de sa réserve et porte à la connaissance ce
que, dans un silence peut-être forcé, il a élaboré dans ses notes
ou a indiqué dans ses lettres. C'est pourquoi il est important de
tenir cet ouvrage comme le confluent où s'articulent des
problématiques d'âge et de sites divers.
D'autre part, et cela n'est pas la moindre raison,
l'intention de l'ouvrage est dans son titre éponyme.
L'opposition est captive d'une signification. Dühring n'est pas
un alter ego. Il développe une mise en question que va devoir
examiner Engels: conjurer Hegel pour ne jurer que par la
Prusse. Pour Dühring, la philosophie allemande a besoin de
faire peau neuve aux fms d'épargner à l'humanité la répétition
des bêtises de l'humanité. L'ordonnance est fort belle, et la mue
fortement souhaitée. Mais quel sort réserver à la philosophie,
quand, encombrée de sa menace de mort, elle se continue
malgré les ratures vivifiantes que lui prodiguent les
philosophes? Sa mortalité est-elle insaisissable à Dühring
luimême? Et si de surcroît, dans son existence philosophique, la
philosophie n'était qu'un défi, indécis mais non moins défmi,
de s'arracher à sa propre mythologie, alors les résultats de son10 Engels: philosophie et sciences
labeur seraient recueillis dans un laisser-être, lequel était
d'abord un laisser-devenir. On croit savoir que c'est dans
l'Anti-Dühring que se forme ce discours sur ce laisser-devenir,
une fois écrit Le Capital. Il semble que la dimension que trace
Engels dépasse l'immédiate triarchie (Allemagne, Angleterre,
France) parce que, précisément, il y envisage une histoire
interne inédite de la philosophie.
Principaux sigles:
AD pour Anti-Dühring
CCEP pour Contribution à la critique de l'économie
politique
DCM pour Dictionnaire critique du marxisme
DDE pour du Darwinisme et de
l'Evolution
DN pour Dialectique de la nature
lA pour L'Idéologie allemande
MEW pour Karl Marx-Friedrich Engels Werke
MPh. pour Misère de la philosophie
LF pour Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie
classique allemande
LSC pour Lettres sur Le Capital
LSN pour sur les sciences de la natureChapitre I
Etat de la triarchie
Le Capital gagne les bibliothèques, et les premières
épreuves de ses traductions commencent déjà à rompre la
complicité du silence. Cette opération va le porter hors de sa
triarchie d'origine. Désormais les leçons de l'ouvrage vont être
soumises à l'épreuve d'autres réalités, ce qui permettra de
sonder l'état d'avance/retard qui caractérisait l'Europe d'avant
1848 à l'aune des stigmates de la confrontation entre le
mouvement socialiste et le nationalisme, qui se
déroule sous le signe du futur antérieur, i.e. de cette
intelligibilité particulière d'une situation donnée par
l'intelligibilité d'une autre situation différente. Le lieu de
l'enjeu est l'Allemagne.
Aussi convient-il de retracer quelques repères dans
l'histoire de cette Europe d'après 1848. Dans le même
mouvement, cette histoire situera autant le contexte scientifique
à reconnaître que l'intervention d'Engels après Le Capital.
1. L'Europe post-révolutionnaire
L'année 1848 qui a nourri beaucoup d'espoirs a causé
aussi l'échec de quelques variétés de socialisme. Le mouvement12 Engels: philosophie et sciences
ouvrier est dispersé, et souvent encore, le mouvement libéral lui
dispute l'initiative. C'est le cas en Europe centrale et orientale,
en Allemagne et en Italie. Dans cette Europe, le mouvement
libéral s'identifie au mouvement national1. L'unité nationale en
constitue le programme. Le mouvement ouvrier ne se détourne
pas non plus de cet objectif: son autonomie passera sûrement
par l'exigence de l'unité nationale. Mais dans ce contexte, elle
constituera sa limite naturelle. Les vicissitudes des partis
allemands témoignent de ce handicap insurmontable.
Dans l'Europe de la triarchie, l'Allemagne a déjà rejoint
le principal tandem constitué par la France et l'Angleterre, à
telle enseigne que l'on ne peut plus parler de cette «misère
allemande », comme elle le fut à la fm du XVIIIe siècle. En
effet, de pays essentiellement agraire, l'Allemagne se
transforme en un pays industriel. Ce développement, œuvre de
la Prusse, connaît dès 1860 un mouvement continu grâce à
l'extension du Zollverein à l'Allemagne presque tout entière.
D'une certaine manière, l'extension du Zollverein préfigure déjà
l'unité nationale. Elle sera d'ailleurs l'œuvre de la Prusse de
Bismarck, consolidant du même coup la prééminence
économique prussienne, ce qui lui assurera une hégémonie
politique de fait sur toute l'Allemagne en 1871.
1 Sur cette identification, on retiendra cette explication: « Le libéralisme est
l'idéologie de la classe bourgeoise qui profite de la révolution française. Mais
en Allemagne, en Italie, dans l'Europe centrale et orientale, l'aristocratie
gouverne, l'unité nationale n'est pas faite, les libéraux sont dans l'opposition,
et le mouvement libéral, pendant la première moitié du siècle se confond avec
le national. Ainsi pendant longtemps coexistent deux formes bien
distinctes de libéralisme: le libéralisme confortable, dont la plus parfaite
expression est la doctrine de Manchester et le libéralisme militant qui inspire,
en Allemagne et en Italie, les éternels vaincus de tous les mouvements
révolutionnaires. L'unité allemande, l'unité italienne ne sont pas faites par les
libéraux, mais dans une certaine mesure contre eux. Le nationalisme change
de nature, de libéral, il devient conservateur, parfois même ouvertement
conservateur» (Pierre Touchard et al., Histoire des idées politiques, PUF,
Paris, 1963, T. ll, p. 511).Engels: philosophie et sciences 13
Quant à l'Angleterre et la France, elles poursuivent leur
développement industriel et commercial. À la faveur de
l'évolution des moyens de communication, les Empires
achèvent leur constitution dans une première répartition. Les
cotonnades de Manchester gagnent les marchés de
l'ExtrêmeOrient, l'Inde et la Chine notamment. Et l'or de la Californie
(1849) et de l'Australie (1861) font de Paris et de Londres des
places de premier ordre dans les transactions fmancières. La
découverte d'un procédé pour convertir la fonte en acier fait de
l'Angleterre le fournisseur du monde entier de la moitié du fer
et des 2/3 du charbon. La France, elle, de pays agraire, se
transforme, sous le Second Empire, en un complexe industriel
important. Les progrès du machinisme aidant, la production de
la houille triple et celle de l'acier quadruple.
Sur le plan politique, des changements ont également
lieu. En Angleterre, Disraëli fait adopter la loi électorale en
faveur des régions industrielles, et atténue le cens électoral dans
les villes. En France, la libéralisation l'emporte sur
l'autoritarisme. Sous Napoléon ill, le droit de grève est accordé
(1864), et l'organisation des syndicats ouvriers est tolérée
(1867). Le régime drastique de contrôle sur la presse est aboli,
tandis que la liberté des réunions est établie (1868). Dans ces
deux pays, le parti n'est pas encore né. En Angleterre,
l'effondrement du Chartisme s'accompagne du double essor
coopératif et syndical. En France, ce sont des organisations
ouvrières d'inspiration proudhonienne qui conduisent les luttes
selon les principes de la méfiance à l'égard de l'étatisme de
Blanqui, et de la spontanéité de leur action tendue vers un
fédéralisme des communautés de travailleurs et le mutuellisme.
En revanche, en Allemagne, Ferdinand Lassalle fonde
en 1863 son Association générale des Travailleurs Allemands.
Il tourne le dos aux libéraux et s'allie à Bismarck. Ce dernier,
complice de Louis Bonaparte, fait de l'Allemagne l'enjeu de
toutes les convoitises européennes. Le maître d'œuvre en est
Napoléon III dont la diplomatie réussit à neutraliser l'Autriche
et la Prusse jusqu'à la réalisation de l'unité italienne en14 Engels: philosophie et sciences
contrepartie de concessions territoriales (Nice). D'ailleurs, cette
dernière ne sera réellement achevée qu'avec la guerre
francoallemande (1870), lors de la prise de Rome, après la vaine
résistance de Pie IX qui refusait de renoncer à son pouvoir
temporel. Le pouvoir pontifical aura par la suite (1871), en
guise de compensation, le bénéfice de la loi des Garanties qui
lui assurera la souveraineté, la propriété des palais du Vatican et
du Latran, ainsi qu'une dotation annuelle.
Cependant les faits décisifs qui secouent l'Europe sont
la guerre franco-allemande et la Commune de Paris. La guerre
franco-allemande entre dans la stratégie de l'unité allemande
que voudrait Bismarck. La guerre entraîne la chute de l'Empire
en faveur de l'unité allemande. Mais, même la jeune
République de Gambetta ne peut éviter de négocier un armistice
et la capitulation de Paris. C'est dans cette situation, dont la
France sort mutilée, qu'éclate ce cri de tonnerre: vive la
Commune! La Commune, «ce sphinx qui met l'entendement
bourgeois à si dure épreuve... », comme le dit Marx. Elie
Halévy interprète la concomitance de ces événements comme
un second échec de la révolution sociale1. Autrement dit, les
conséquences les plus remarquables de la guerre
ttancoallemande sont, dans l'immédiat, l'achèvement des unités
nationales de l'Italie et de l'Allemagne, et ce au détriment de la
France qui perd d'importants territoires. L'Italie devient un
royaume unitaire, tandis que l'Allemagne réalise une fédération
d'Etats. Au château de Versailles, en janvier 1871, Guillaume
er1 est proclamé empereur allemand.
C'est dans la préparation et les effets de cette guerre
que le visage politique de l'Europe changera. En effet, la
décennie 70 sera marquée, en France après la Commune, cette
«antithèse directe de l'Empire », par la réorganisation de
l'armée et des fmances par Thiers, aux fms de reconquérir les
territoires français (1871-1873), par une tentative avortée de
1 Histoire du socialisme européen, préface de Raymond Aron, Gallimard,
Paris, 1948, p.16.Engels: philosophie et sciences 15
restauration monarchiste (1873), et enfin par l'adoption de la
constitution de 1875. Ces événements assureront durablement le
triomphe (1875) de la Troisième République, celle de
Gambetta. Tandis qu'un redressement économique ne vaincra
qu'en 1879 la crise profonde ouverte par la guerre et la guerre
civile.
L'Angleterre poursuit sans grandes ruptures son
évolution vers la démocratie, mais elle connaîtra bientôt une
dépression économique qui mettra en cause le libre-échange.
Les Anglais soutiennent très difficilement la concurrence des
Etats-Unis et de l'Argentine, grands exportateurs de blé et de
viande en Europe. L'Angleterre refuse de modifier ses droits
douaniers, contrairement aux autres pays d'Europe. Même son
industrie sera à terme dépassée par celle des Etats-Unis et de
l'Allemagne.
L'Allemagne, quant à elle, connaît en effet, à partir de
1871, une vie politique alternativement dirigée contre les
catholiques et les socialistes. S'appuyant sur les
nationauxlibéraux qui conservent jusqu'à 1878 la majorité au Reischstag,
Bismarck fortifie l'unité de l'Empire en établissant un régime
économique très proche du libre-échange. Cette alliance lui
permet également de lutter contre le catholicisme. Il le
considère comme l'ennemi de la Prusse. D'où la série de
mesures connues sous le nom de Lois de mai, dirigées contre
l'Eglise entre 1871 et 1875. D'où aussi le Kulturkampf qui,
dans l'esprit du chancelier, désigne une lutte de deux pouvoirs
politiques. Mais, dès 1876, Bismarck, désapprouvé en cela par
l'Empereur, car les Lois de mai n'épargnent pas non plus les
protestants, songe à rompre avec les nationaux-libéraux. C'est
ainsi qu'il va s'appuyer sur les conservateurs pour enrayer les
progrès que marquent les socialistes regroupés. Une loi sur la
presse et des mesures d'exception à leur endroit sont
promulguées. La radicalisation de ces tentatives voit à chaque
fois l'opposition des nationaux-libéraux encore majoritaires.
Cette opposition systématique pousse Bismarck à dissoudre en
1873 le Reischstag. Le nouveau Reischstag vote des mesures16 Engels: philosophie et sciences
encore plus dures contre les socialistes. Elles auront force de loi
jusqu'à sa chute en 1890.
La conjoncture politique dans laquelle Engels aura à
intervenir sera celle des effets immédiats de l'unification de la
social-démocratie allemande. Cet acte se déroulera au congrès
de Gotha en mai 1875. Des négociations très longues auront
lieu entre les eisenachiens et les lassalliens, et ce sera au prix de
nombreuses concessions doctrinales du parti de Liebnecht que
les lassalliens fmiront par l'emporter. Des voix s'élevèrent
contre cette unification précipitée. Bebel et Bracke exprimèrent
leurs inquiétudes à Marx et Engels, tenus loin des négociations.
Dans une lettre à Bracke, Engels adhéra à son point de vue et
confIrma la précipitation dans laquelle Liebnecht s'était engagé.
Mais, dans le contexte du pouvoir de Bismarck, la
socialdémocratie unifiée constitue toutefois un redoutable moyen
pour confronter la machine répressive imposée aux socialistes.
C'est pourquoi, malgré leur réserve, Marx et Engels lui
apportèrent leur appui, tout en suivant de près son évolution
vers l'internationalisme et les luttes syndicales. Car, en fait, ce
mouvement ne prendra réellement son élan de parti de masse
que vers 1875. Et c'est dans le procès de dépérissement de
l'Association Internationale des travailleurs que se fera entendre
la voix d'Engels.
L'Internationale, prise dans une lutte continue et à
rebonds entre bakounistes et marxistes, s'éteindra doucement en
1876. Deux écueils majeurs ont préparé sa dissolution. Selon
Jacques Droz, il y a d'abord l'émergence d'une conscience
d'autonomie des différentes sections affiliées. Dès lors, il est
devenu impossible d'édifier une «organisation de classe à
l'échelle mondiale et à vocation œcuménique ». L'autre écueil,
lié passablement au premier, est inhérent à la difficulté
d'élaborer une solution socialiste aux problèmes des
nationalités, malgré la proposition de Marx et Engels du
«critère particulièrement moderne, celui de la dimensionEngels: philosophie et sciences 17
souhaitable des nations 1.» Cette difficulté accentue
particulièrement la fm de l'Internationale, car, explique Jacques
Droz, « la question nationale apparaissait essentiellement liée à
l'achèvement de la société bourgeoise, il y avait ambiguIté sur
ce que devait être le rôle de la classe ouvrière dans la période
intermédiaire avant que la révolution prolétarienne ait pu, dans
le domaine des relations entre les peuples, introduire la théorie
et la pratique de l'internationalisme prolétarien 2. »
Il convient d'ajouter que, dans la social-démocratie
allemande, le lassallisme est toujours dominant même s'il va
faire place à quelques autres tendances, celle de Liebnecht
notamment, et dont Eduard Bernstein dira de son socialisme
qu'il est essentiellement fondé sur le droit naturel cher aux
Français et qu'il n'a pénétré que superficiellement l'essence de
la doctrine de Marx?
C'est dire que la nouvelle doctrine marxienne, même
après ses publications les plus prestigieuses, se trouve toujours
confrontée à des résistances tenaces, résistances bientôt
renforcées par la diffusion et la bonne réception dans les
milieux dirigeants de la social-démocratie allemande de la
pensée de Dühring. L'attrait exercé sur beaucoup de dirigeants
par la pensée de cet universitaire déclaré socialiste fut sûrement
facilitée par leurs débats encore en cours. Recevant de Bernstein
un exemplaire de l'ouvrage publié en 1872, Bebel
s'enthousiasma pour ce Cours d'économie politique et de
socialisme: «Cette réserve que nous faisons sur l'ouvrage de
Dühring ne concerne pas ses conceptions fondamentales qui
sont excellentes et ont notre entière approbation, au point que
nous n'hésitons pas à déclarer qu'après Le Capital de Marx la
dernière œuvre de Dühring compte parmi ce que l'époque
1Histoire générale du socialisme, PUF, Paris, 1972, T.l, p. 633.
2Ibid, p. 633.
3Voir Jacques Droz, op. cil., p. 498.18 Engels: philosophie et sciences
1récente a produit de meilleur sur le terrain économique... »
Liebnecht s'en défendra après la réaction furieuse de Marx. et
d'Engels qui qualifieront les louanges de Bebel d'indignes.
Mais, malgré cet avertissement, Liebnecht publiera en 1875
dans le Volksstaat des extraits de l'ouvrage en question.
L'enthousiasme ne va certes pas durer longtemps, car Liebnecht
va se rendre compte de l'importance des réserves de Bebel, et se
résoudra, après avoir reçu un article ardemment apologétique en
vue de sa publication dans le journal, à prier Engels de répondre
à Dühring.
2. L'Europe des sciences
Si c'est sur le terrain théorique que la réaction d'Engels
est attendue, il faut alors considérer le contexte scientifique
pour reconnaître la configuration générale dans laquelle se
situent les principaux protagonistes de l'Anti-Dühring et des
textes alentour.
Au moment où Engels prépare son ouvrage, trois
découvertes scientifiques lui paraissent décisives: «celle de la
cellule, celle de la transformation de l'énergie et celle de la
théorie de l'évolution connue sous le nom de darwinisme 2. »
1Neue Zeit (1895), ct: Emile Bottigelli, Avertissement à Anti-Dühring (U E.
Dühring bouleverse la Science), (AD), trad. d'Emile Bottigelli, Ed. Sociales,
Paris, 1972, p. 18; Herrn Eugen Dührings Umwaszung der Wissenschaft,
MEW, Karl Marx-Friedrich Engels-Wer/œ, Dietz Verlag, Berlin, T. 20, 1972.
2 Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, (LF),
trad. revue par Gilbert Badia, Ed. Sociales, Paris, 1970, p. 36.
Engels situe ces découvertes vers 1873, soit quinze ans avant la
rédaction de cet ouvrage. On saisit cette occasion pour faire succinctement,
avec Engels, le point sur les sciences en cette période: « Le matérialisme du
siècle précédent, écrit-il, était surtout mécaniste, parce que, à cette époque, de
toutes les sciences de la nature, seule la mécanique, et encore seulement celle
des corps solides - célestes et terrestres -bref: la mécanique de la pesanteur,
était arrivée à un certain achèvement. La chimie n'existait encore que dans sa
forme enfantine, phlogistique. La biologie était encore dans les langes;
l'organisme végétal et animal n'avait encore été étudié que grossièrement et
n'était expliqué que par des causes purement mécaniques pour lesEngels: philosophie et sciences 19
Ces recherches se déroulent dans une Europe qui n'a
jamais cessé d'être troublée, en particulier dans la seconde
moitié du XIXe siècle. On l'a déjà observé. Selon René Taton,
le XIXe siècle est «le centre d'une période dont l'unité
apparente s'étend entre les années 1780 et les années 1920.
Période qui commence par la plus grande des révolutions
européennes, accompagnée d'une guerre européenne et
s'achève par la première des guerres mondiales, accompagnant
la plus profonde révolution sociale. Période qu'illustre de bout
en bout un extraordinaire ensemble d'inventions
révolutionnaires et conquérantes portées par les mers
occidentales, selon l'expression du Bateau ivre, d'un bout du
monde jusqu'à l'autre bout. Ce siècle n'est pas un siècle de la
tradition. C'est un siècle d'explosions 1.»
En effet, Xavier Bichat, au début du XIXe siècle avec
ses publications Recherches physiologiques sur la vie et la mort
(1800), Traité des membranes (1800), Anatomie générale
appliquée à la physiologie et la médecine (1801), donne à
l'histologie ses titres de noblesse parmi les nouveaux domaines
explorés. Une rupture est introduite par rapport à l'anatomie
comparée telle qu'elle est envisagée par Cuvier, i.e. « l'analyse
de la structure de l'être vivant à l'échelle des organes sans
atteindre les éléments qui les composent, ni leur structure
matérialistes du :xvnr siècle, I'homme était une machine, tout comme
l'animal pour Descartes. Cette application exclusive du modèle de la
mécanique à des phénomènes de nature chimique et organique dans lesquels
les lois mécaniques agissent assurément aussi, mais sont rejetées à l'arrière
plan par des lois d'ordre supérieur, constitue une des étroitesses spécifiques,
mais inévitables à cette époque, du matérialisme français classique» (ibid, p.
33 sq.).
1
Apud René Taton (dir.), Histoire générale des sciences, 4 tomes, PUF, Paris,
1961,1964,1966,1969; T. 3,p. 1.
Sur la notion de siècle en histoire des sciences, voir son article
« Quelques remarques sur la périodisation en histoire des sciences et sur le
concept de XVII: siècle », apud Revue internationale de philosophie, n0114,
1975, pp. 406-420.20 Engels: philosophie et sciences
fondamentale1 ». À partir de là, des travaux voient le jour en
particulier en Allemagne, inspirés fortement de L'Esprit
universel de Schellini. Ils aboutiront, au début du siècle, à la
formulation de certaines anticipations de la théorie cellulaire
dans l'œuvre de Lorenz Oken3. D'autres recherches se
poursuivront en France et en Allemagne; elles fmiront par
déterminer «l'individualité de la cellule »4 chez Dutrochet,
Turpin, Brisseau de Mirbel, Félix Dujardin, Moldenhawer,
Treviranus, E. Meyer et l'Anglais R. Brown. Cette théorie
semble avoir été élaborée surtout en France. Elle fut pourtant
attribuée à deux naturalistes allemands: Mathias Jacob
Schleiden et Theodor Schwann5. Ils ont eu tous deux le mérite
de formuler la généralisation de la notion de cellule. Toujours
est-il que c'est vers le milieu du siècle que la théorie cellulaire
est consacrée et étendue aux deux règnes animal et végétal,
auxquels va s'ajouter l'extension aux cellules des tumeurs et du
1 Maurice Caullery et Jean F. Leroy, apud Histoire générale des sciences, op.
cit., T.3, p. 395.
2 À ce propos, les auteurs cités dans la note précédente écrivent: « Au cours
du :xvnr siècle, des courants hostiles au matérialisme français avaient pris
naissance en Allemagne. La « Philosophie de la Nature », qui se développe
dans ce pays, à la suite des œuvres de Leibniz et de Kant, aura la plus grande
influence sur l'orientation de la botanique. Schelling, autour de 1880, jouit
d'un immense prestige; il enseigne ses fameuses thèses idéaliste sur l'Esprit
universel, principe de l'unité des êtres organisés, lesquels ne seraient que des
explications matérielles successives de ce principe, situées à des niveaux de
plus en plus élevés, et qui ne se rattacheraient entre elles par aucun lien réel.
C'est largement en fonction de cette pensée idéaliste que s'épanouit la science
en Allemagne, et que s'édifient en particulier l'embryologie et la théorie
cellulaire» (ibid, op. cit., T. 3, p. 396).
3Engels note que « Haeckel a eu pleinement raison de reconnaître les mérites
de Treviranus et d'Oken » (AD, p. 40, note 3).
4Maurice Caullery et Jean F. Leroy, op. ci!., T. 3, p. 396.
5Dans une lettre à Marx datée du 14juillet 1858, Engels soutient que « ce qui
principalement révolutionne toute la physiologie comparée c'est la découverte
de la cellule, de la cellule végétale par Shleiden, de la cellule animale par
Schwann (vers 1836) » (Lettres sur les sciences de la nature - LSN -, trade et
présentation de Jean-Pierre Lefebvre, Ed. Sociales, Paris, 1974, p. 17).Engels: philosophie et sciences 21
pus, due au pathologiste Rudolf Virchow qui formula, en 1858,
dans son ouvrage Die cellularpathologie, l'axiome Omnis
cellula e cellula. Il y aura des conséquences heureuses dans
d'autres domaines, en particulier après la reconnaissance de la
nature intermédiaire des êtres unicellulaires ou protozoaires qui
ne sont ni végétaux ni animaux, dans la théorie évolutionniste.
Quant à la thermodynamique, elle montre l'influence
qu'eut la mécanique sur la physique!. Selon Pierre Costabel, «il
n'est pas exact qu'à la fm du XVIIIe siècle tous les physiciens
aient été partisans du 'calorique', c'est-à-dire aient considéré la
chaleur comme un fluide, répandu dans toute la nature et qui,
suivant leur température et leurs propriétés, oblige les corps à la
conserver ou à la propager. L'hypothèse de la chaleur, résultat
du mouvement, était connue de Lavoisier et de Laplace 2. »
L'hésitation3 de Sadi Carnot entre la conception de la chaleur,
comme fluide matériel, et de la chaleur comme résultat d'un
mouvement moléculaire fait découvrir le deuxième principe
fondamental de la thermodynamique (rapport du travail et de la
chaleur), alors que le premier (conservation de l'énergie) ne
viendra qu'avec les travaux de Clausius et William Thomson
vers 1850.
1
TIfaut noter cependant avec Pierre Duhem qu' « Au milieu du XIXe siècle, la
mécanique rationnelle semblait assise sur des fondements aussi inébranlables
que ceux en lesquels Euclide a affermi la géométrie. Sûre de ses principes,
elle laissait couler I'harmonieux développement de ses conséquences.
L'accroissement rapide, incessant, tumultueux des sciences physiques est
venu troubler cette paix et inquiéter cette assurance» (Evolution de la
mécanique, 1903, cité par Pierre Costabel, Histoire générale des sciences, op.
cit., T.3, p. 95).
2 TIfaut ajouter les expériences de Rumford sur « l'échauffement produit par
des rotations rapides avec frottement (qui) posent la question de la
correspondance entre chaleur et travail mécanique}} (ibid, op. cil., p. 107).
3
Carnot admettait en effet l' « indestructibilité du calorique ». On retrouvera,
cependant, en 1878 un mémoire laissé par Carnot rectifiant son erreur. Mais, à
cette date, le principe de conservation de l'énergie était déjà bien connu. C'est
Thomas Young qui l'introduit (voir à ce sujet Georges Allard, Histoire
générale des sciences, op. cil., p. 275).22 Engels: philosophie et sciences
Entre temps, entre 1842-1843, Robert Meyer et Colding
établissent « la notion d'équivalence entre la chaleur et le travail
et élèvent le principe de la conservation de la force vive au rang
d'une loi générale applicable aux phénomènes thermiques 1.» À
cette impulsion décisive, il convient d'ajouter les contributions
théoriques de Joule et de Helmholtz, grâce à qui la «notion
d'énergie, latente à travers tous les développements de la
mécanique classique reçoit alors une application générale 2. »
Le troisième moment correspond aux théories
explicatives de l'évolution. Les deux principaux courants sont
le lamarckisme et le darwinisme. Lamarck, disciple de Bernard
Jussieu et de Buffon, est à proprement parler à l'origine de la
théorie de l'évolutionnisme. Partisan d'une conception qui
s'appuie sur la fixité des espèces, il abandonnera, dès 1800,
dans son Discours d'ouverture du cours de l'An VIII l'idée
d'isolement des différentes espèces et en viendra à une
conception évolutionniste dont il développera la théorie dans sa
Philosophie zoologique, en 1809. Son transformisme est fondé
sur deux règles:
a) le besoin crée l'organe nécessaire; l'usage le fortifie
et l'accroît; le défaut d'usage détermine l'atrophie et la
disparition de l'organe inutile;
b) le caractère acquis sous l'action du milieu est
transmis par la génération; le caractère acquis est donc
héréditaire. La théorie repose sur deux postulats: le premier
repose sur la réponse de l'organisme à un changement de milieu
ou d'habitude, d'où une faculté d'auto-adaptation mise en
1 Pierre Costabel, op. eU., p. 108.
2Ibid, p. 108.
« Au milieu du XIXe siècle, note encore l'auteur, la mécanique a donc fourni à
l'étude des phénomènes thermiques des thèmes fondamentaux» (ibid). En
revanche, observe-t-il, «Le développement des théories mécaniques de la
chaleur marque la limite d'application de l'outil mathématique de la
mécanique classique et l'ouverture sur des perspectives nouvelles» (ibid., p.
109).Engels: philosophie et sciences 23
évidence par les exemples de Lamarck; le second sur
l'hérédité des caractères acquis1.
Le retentissement de l'explication de Lamarck fut très
limité, à cause sans doute du prestige de Cuvier. De l'autre côté,
les expériences ont apporté une réfutation de ses postulats,
nonobstant les objections des lamarckistes arguant que les
expériences ne sauraient être de courte durée.
Le darwinisme connaît, par contre, une fortune
différente. L'ambiance intellectuelle, dans laquelle Darwin
entreprend ses observations et ses analyses, est très favorable. Il
jouit du soutien et des remarques de ses amis, le botaniste Sir
Joseph Hooker, le zoologiste Thomas Huxley et le géologue Sir
Charles Lyell. Ses observations sont au point dès 1842 et 1844,
sans qu'elles ne soient publiées. Elles feront l'objet d'un autre
exposé qui ne sera publié qu'en 1859 sous le titre On the Origin
of species by means of natural selection. L'ouvrage s'articule
autour de deux principes. Le premier indique que ce sont les
changements des conditions de milieu qui déterminent la
variation des êtres vivants. L'autre, Darwin l'appuie sur le fait
que c'est parmi ces variations qu'aura lieu l'émergence des
meilleures formes, résultat d'une sélection naturelle dont la
conséquence aboutira à la survivance du plus apte2.
Voilà rapidement brossé le tableau historique du
contexte européen. Il n'est certes pas complet; il se contente
d'évoquer seulement les théories qu'Engels accueille dans ses
argumentations, et de faire place à beaucoup de savants qui lui
sont contemporains et dont la notoriété n'était peut-être pas
1Maurice Caullery et Andrée Tétry, apud op. ci!., T.3, p. 543.
2 Pour une interprétation globale et nouvelle de l' œuvre de Darwin, voir les
travaux de Patrick Tort, notamment Darwinisme et société (dir.) (PUF, Paris,
1992), Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution (dir.), PUF, Paris, 1996,3
vol.), Spencer et l'évolutionnisme philosophique, PUF, Paris, 1996), Darwin
et le darwinisme (PUF, Paris, 1997), et Pour Darwin (dir.) (PUF, Paris, 1997),
Darwin et la science de l'évolution (Gallimard, Paris, 2001), La Seconde
Révolution darwinienne. Biologie évolutive et théorie de la civilisation ( Ed.
Kimé, Paris, 2002).24 Engels: philosophie et sciences
toujours confmnée. On en a cité quelques uns, on en
rencontrera d'autres. Mais on devra encore faire connaissance
avec la principale figure de l'Anti-Dühring : Dühring lui-même.

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