La fin de la modernité sans fin
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La fin de la modernité sans fin

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Description

Pour beaucoup, la modernité est ce temps au cours duquel, comme l'écrit Mallarmé, "un présent fait défaut". La modernité ou cet emportement irrépressible du temps vers "le nouveau", qui a pour corrélat la perte d'une certaine qualité de notre rapport à l'espace. Cet ouvrage interroge, à travers les relations entre les arts et les sciences, l'architecture et le design dans la culture numérique, ou encore l'art contemporain et l'entreprise, cette involution du temps sur lui-même propre à notre époque.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2013
Nombre de lectures 22
EAN13 9782296515543
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Norbert Hillaire
La fin de la modernité sansfin
Série EstHétique
OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
La fin de la modernité sans fin
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s'agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes "professionnels" ou non. On n'y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Jean-Pierre GRES,La démocratie et le vivant. Un système à l’épreuve des hommes, 2012. François HEIDSIECK,L’Ontologie de Merleau-Ponty (réédition), 2012.María PUIG de la BELLACASA,Politiques féministes et construction des savoirs, 2012. Pascal KOLESNORE,Histoire et liberté : éclairages kantiens, 2012. Mahamadé SAVADOGO,Penser l’engagement, 2012 Françoise KLELTZ-DRAPEAU,Une dette à l’égard de la culture grecque. La juste mesure d’Aristote, 2012. Julien GARGANI,Poincaré, le Hasard et l’étude des Systèmes Complexes, 2012. Jean-Pascal COLLEGIA,Spinoza, la matrice, 2012. Miklos VETÖ,Explorations métaphysiques, 2012. Marcel NGUIMBI,Penser l’épistémologie de Karl Popper, 2012.Joachim Daniel DUPUIS,Gilles Châtelet, Gilles Deleuze et Félix Guattari. De l’expérience diagrammatique, 2012. Oudoua PIUS,Humanisme et dialectique. Quelle philosophie de l’histoire, de Kant à Fukuyama ?, 2012. Paul DAU VAN HONG,Paul Ricœur, le monde et autrui, 2012.
Norbert Hillaire
La fin de la modernité sans fin
Du même auteur Double vue, 50 fragments pour Julien Friedler, éditions Somogy, 2012. La Côte d’azur après la modernité, éditions Ovadia, 2010. L’expérience esthétique des lieux, éditions L’Harmattan, coll. « Ouverture philosophique - Esthétiques », 2008. L’artiste et l’entrepreneur(dir.), éditions de la Cité du design, Saint-Etienne, 2008. L’art numérique, comment la technologie vient au monde de l’art (en coll. avec Edmond Couchot), éditions Flammarion, coll. « Champs », 2005. Œuvre et Lieu, essais et documentscoll. avec Anne-Marie (en Charbonneaux), éditions Flammarion, octobre 2002.Architectures de Lumières, vitraux d’artistes contemporains 1975-2000 (en coll. avec Anne-Marie Charbonneaux), éditions Marval, 2000. « Internet All over. L’art et la Toile »(dir.),Art Press +, 1999. Michel Jaffrennou, éditions La Différence, 1991. « Nouvelles technologies, un art sans modèle ? » (dir.),Art PressHors-Série, 1991. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00854-7 EAN : 9782336008547
AVERTISSEMENT
Voici de nombreuses années que les puissances de la technique n’en finissent pas de défier les possibilités humaines et que les innovations que l’on croyait les plus improbables, ou au moins trop lointaines au regard de notre imagination du possible pour être envisagées avant de longues décennies, ont fini par prendre corps, par s’imposer de manière insidieuse et très rapide, et par occuper aujourd’hui le terrain de nos existences communes, avec l’évidence des traditions les mieux enracinées (sans que nous ayons le temps, ni le recul nécessaire pour réaliser ce qui nous arrive). Comme si le mot fameux de Rosenberg, qui définissait la modernité comme « la tradition du nouveau », avait fini par se réaliser au-delà de toute prophétie 1 moderniste . L’accélération de l’histoire engendrée par la tech-nique est un fait incontournable sur lequel des cohortes d’experts n’en finissent pas de se pencher, comme pour tenter d’exorciser le sens et le mouvement même d’un progrès qui semble avoir largué toutes les amarres qui l’attachaient à
1  Sur la réalisation de cette modernité sous l’aspect de la multitude et de l’excédence, on se reportera à l’analyse qu’en propose Antonio Negri dansArt et Multitude(Epel, 2005). C’est là d’ailleurs une problématique centrale de l’exercice que nous proposons que l’effectivité de la réalisation dans notre monde contem-porain d’un processus que l’on a peine à situer au présent de son actualité, comme si le virtuel devait être inlassablement assimilé à l’ordre d’un futur incertain et lointain. Non, nous y sommes, et c’est ici et maintenant qu’il nous faut envisager le tournant machinique de l’humanité et ses conséquences sur l’art et les modèles d’analyse que nous avons hérités de la modernité (autonomie de l’art, hégémonie d’une vision inscrite dans l’héritage des arts « libéraux » et non pas des arts « mécaniques »). Negri écrit à ce sujet : « j’ai pensé : la transition est finie. La passion ne repose plus sur l’attente, elle ne s’accroche, ni ne se blesse plus en tentant de traverser les barbelés du futur, comme cela arrivait si souvent. La passion gît peut-être déjà dans le futur, et se reflète dans un aube qui la révèle dans sa puissance matérielle, ou plus exactement, qui la fait exploser ».
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l’ancienne humanité (situation dont la dernière production de James Cameron,Avatar, offre un exemple saisissant). Et c’est en ce sens avec justesse que certains philosophes, tels Giorgio Agamben, ou Peter Sloterdijk, ou encore Boris Groys, n’ont de cesse de nous alerter, le premier sur les problèmes posés par une « réduction » de l’humanité au seul niveau biologique de l’espèce humaine, les deux autres sur les problèmes posés par la domestication de l’homme par lui-même. C’est en ce sens aussi que paraissent vains les question-nementsad libitum sur la prétendue fin des progrès de l’industrie et le basculement dans un monde post industriel ; jamais autant qu’aujourd’hui, l’industrie n’aura étendu le champ de ses applications, lesquelles visent désormais ledesignmême des existences et des modes de vie (et plus seulement celui des objets et produits), et jusqu’aux œuvres d’art, même plus envisagées, dans certains cas, sous l’angle de la copie et de la reproduction, mais comme « industries artisanales », de la copie de tableaux de maître produites à la chaîne d ans des ateliers-usines chinois pour les nouveaux riches de la planète.
Ce qui est en cause, chez ces auteurs, c’est ceprocessd’une humanité menacée de régression barbare sous les effets conjugués du déclin de la culture, de la conversation civilisée, du sens commun et des technologies actuelles, et, en même temps, la nécessité de se porter au-delà d’un certain nihilisme à propos de la technique et de la mise en spectacle sauvage du monde contemporain qu’elle rend possible, ou de la seule posture critique du « résistant », dont chacun sent bien les limites. Il faut inventer, face à la puissance de laminage (ou de balayage, comme disait Lyotard) de la technique et de la force qui en émane directement, une contre puissance de la pensée qui procéderait moins d’un criticisme distant (sel on la ligne tracée par Adorno, qui fait consensus aujourd'hui et rejette les « produits » de l'industrie culturelle au nom de la supériorité de l'œuvre d'art, alors que tout démontre la complexité actuelle de la relation œuvre/produit), que d’une familiarité alphabétique avec ces néotechnologies culturelles. Cette inventivité qui fait défaut permettrait de parler et d’écrire le monde avec cette nouvelle langue, et, peut-être, de donner ainsi « un sens plus pur aux mots de la tribu » (mot redevenu très actuel avec la
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régression culturaliste qui menace, mais pas dans le sens que lui donne Mallarmé dans sonTombeau d’Edgar Poe). La technologie comme milieu, non comme outil Il ne s’agit donc pas ici d’un livre portant sur les promesses toujours aussi mal tenues d’unart numériquemal de en reconnaissance, ou d’une nouvelle complainte sur la perte de la main et de la chair sensible des œuvres. Il s’agit plutôt d’envi-sager la technologie comme une ligne de fuite qui traverse toutes les pratiques, tous les acteurs, toutes les scènes, tous les niveaux de la chaîne éditoriale du monde contemporain, et bouleverse en profondeur les équilibres anciens qui la soutenaient (à l’heure où il est question d’éditorialiser la ville – laville 2.0et soncinquième écran– cette formule est plus qu’une métaphore). Ce qui est visé dans ce livre, c’est donc moins la technologie numérique conçue comme un « médium » de plus venant s’ajouter aux anciens outils et matériaux de l’artiste, c’est la technologie perçue indissolublement comme objet et comme sujet, comme moyen et comme finalité, comme médium et comme problème, comme support matériel et comme imaginaire. Ce qui est en jeu, ce n’est finalement rien moins que ce que nous annonce Valéry dans son texte prophétique,La conquête de l’ubiquité: moins la naissance d’un art nouveau que la remise en cause dela notion même de l’art.
Et en effet, notre temps est marqué par l'extension sans limites du calcul et du programme aux domaines les plus réservés de l'existence individuelle et collective ; l'économie de services a aujourd'hui en ligne de mire non seulement les objets techniques et industriels, mais aussi les modes de vie, les émotions, bref toute la sphère du sensible, autrefois privilège de l'art ou de l'échange symbolique désintéressé au sein des communautés humaines. Car le propre de l’œuvre d’art, si l'on s'en tient à un schéma kantien, est qu'elle procède d'un jugement réfléchissant, et non d'un jugementdéterminant, c'est-à-dire qu'elle ne peut faire l'objet d'une preuve et qu'elle échappe à l'emprise du calcul (mais il est vrai que l’emprise du marché, du marketing et du modèle de l’entrepreneur sur l’artiste et dans le monde de l’art oblige à revoir ce schéma). Pourtant, toute l’ambition de ces essais est de porter son regard au-delà des
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