La Ruse
123 pages
Français

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La Ruse , livre ebook

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Description

Faire avec la règle, en cherchant à en maximiser les possibilités, ou faire malgré la règle, en la transgressant pour mieux satisfaire ses intérêts ? Le problème soulevé dans ce livre est celui des limites de la règle et du pouvoir de l’invention.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 novembre 2011
Nombre de lectures 1
EAN13 9782760532021
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0500€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Vedette principale au titre:

La ruse: entre la règle et la triche

(Cahiers du Gerse; n o  10)

ISBN 978-2-7605-3200-7

1. Tromperie. 2. Règle (Philosophie). 3. Fraude. 4. Jugement. I. Perraton, Charles, 1948- .
II. Bonenfant, Maude, 1976- . III. Collection: Cahiers du Gerse; n o  10.

BJ1422. R872011 177'.3 C2011-941326-4











Presses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier, bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
Téléphone: 418 657-4399 − Télécopieur: 418 657-2096
Courriel: puq@puq.ca − Internet: www.puq.ca

Comité scientifique et de rédaction

Serge Cardinal, Département d’histoire de l’art, Université de Montréal Mike Gasher, Department of Journalism, Concordia University
François Jost, Département des communications, Université de Paris III Sorbonne-Nouvelle
Germain Lacasse, Département d’histoire de l’art, Université de Montréal Alain Médam, Sociologue et peintre
Charles Perraton, Département de communication sociale et publique, UQAM
Bernard Perron, Département d’histoire de l’art, Université de Montréal Jean-François Renaud, École des médias, UQAM
Jean-Philippe Uzel, Département d’histoire de l’art, UQAM

Remerciements
Le Gerse remercie le CRSH, la Faculté de communication, ainsi que le Département de communication sociale et publique de l’UQAM qui, par leur aide financière, ont rendu possible cette publication.
Les Presses de l’Université du Québec reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada et du Conseil des Arts du Canada pour leurs activités d’édition.
Elles remercient également la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour son soutien financier.

Révision des textes
Charles Perraton
Maude Bonenfant
Charline Lessard

Mise en pages
Info 1000 mots

Conception de la maquette de couverture
Jean-François Renaud

Œuvre en couverture
Conception et réalisation de l’image composite: Jean-François Renaud
Cheval de Troie: iStock, visage de Ménélas: Zafky

2011-1.1 –  Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
© 2011 Presses de l’Université du Québec / Cahiers du gerse
Dépôt légal – 3 e trimestre 2011
Bibliothèque nationale du Québec / Bibliothèque nationale du Canada
Charles P ERRATON et Maude B ONENFANT



La ruse fait-elle preuve d’astuce, de finesse, d’habileté et d’ingéniosité ou constitue-t-elle un aveu de faiblesse? Pourrait-on y voir la critique, sinon la maximisation de la règle, une manière de la travailler ou de travailler sur elle? Mais un travail sur la règle n’est pas sans limites: la triche en marque la transgression. En effet, alors que la ruse consiste à faire avec la règle , en cherchant à en maximiser les possibilités, la triche consiste à faire malgré la règle , en la transgressant pour mieux satisfaire ses intérêts. C’est que les pressés et les ambitieux trouvent toutes les raisons pour transgresser les règles du jeu. Pour celui qui agit dans son intérêt, toutes les raisons sont bonnes de transgresser les règles du jeu. Des raisons politiques, religieuses ou personnelles peuvent le convaincre d’agir en toute légalité. Pourquoi respecterait-il la règle s’il se croit dans son droit ou s’il n’en comprend pas l’utilité? Pour plusieurs, en effet, jouer avec la règle fait partie du jeu.
Mais tout écart perçu par rapport aux cas connus d’application de la règle n’appelle-t-il pas un jugement pour décider s’il relève de la ruse ou de la triche? Et un tel jugement ne suppose-t-il pas le recours à un tiers? De quelle nature est ce jugement qui permet de décider si le «coup» est acceptable ou pas? Considère-t-on le coup comme maximisation de la règle – ouvrant ainsi la porte à une éventuelle modification de la règle – ou comme transgression? Que faut-il juger et qui peut le faire? Avant de répondre, il est bon de rappeler que pour Kant, dans la Critique de la raison pure , le jugement est «la faculté de subsumer sous des règles, c’est-à-dire de décider si quelque chose rentre ou non sous une règle donnée». Mais comme il n’y a pas de règle qui permette de décider si une chose est soumise ou non à une règle donnée, on doit reconnaître que le jugement est un art plutôt qu’une science, qu’il s’exerce sans pouvoir s’apprendre. Voilà pourquoi, comme on le dit en droit, l’autorité d’un jugement varie en fonction de «l’instance à partir de laquelle il émane».
Le chant xxiii de l’ Iliade relate les jeux funèbres organisés par Achille en l’honneur de Patrocle. La course de chars en marque les débuts et la fin de l’épreuve donne lieu à un débat célèbre sur le classement où la ruse d’un des participants est soumise au jugement. Deuxième vainqueur de la course, Antiloque triomphe par la ruse sur ses adversaires. Il ne l’emporte ni par la vitesse de ses chevaux ni par son habileté à mener l’attelage, mais par une manœuvre jugée frauduleuse qui rend discutable le classement à l’arrivée. Comme le note un commentateur de l’œuvre: «Il faut, pour répartir les parts d’honneur, que le groupe débatte, interprète et juge.» (Rousseau, 2010: 46) Considérant que la tactique d’Antiloque relève davantage de la triche que de la ruse – du moins au sens où nous l’avons défini plus haut –, Ménélas conteste sa victoire devant l’assemblée des Argiens. Saisi de repentir – ou faisant preuve de ruse encore –, Antiloque s’excuse et obtient le pardon de Ménélas qui lui cède finalement la deuxième place. D’abord considérée comme celle d’un tricheur, la tactique d’Antiloque passe ensuite pour celle d’un joueur rusé.
Considérons cet autre exemple cité par Hock-Koon dans son article: le Fosbury Flop . Dick Fosbury est un athlète américain qui remporta la médaille d’or du saut en hauteur aux olympiques de Mexico en 1968. Atypique et spectaculaire, sa technique du rouleau dorsal lui permit non seulement de battre ses adversaires qui faisaient appel à l’ancienne technique du rouleau ventral, mais aussi d’établir un nouveau record mondial à 2,24 m avec la technique du rouleau dorsal. Pour décider si cette technique relevait de la ruse ou de la triche, les juges passèrent en revue les règles et en vinrent à la conclusion qu’aucune d’elles n’était transgressée. Parce que Fosbury avait su: 1) donner l’appel d’un seul pied, 2) passer au-dessus de la barre, 3) ne pas la toucher, 4) ne pas plonger, sa technique fut acceptée et reconnue comme une manière rusée de faire le saut. Le cas de Iouri Stepanov mérite également d’être cité. Le 13 juillet 1957, il établit un nouveau record mondial du saut en hauteur à 2,16 m. Surpris d’une telle progression, des journalistes européens établirent par la suite, en analysant certaines photos prises lors de l’événement, que l’athlète portait des souliers avec des semelles anormalement épaisses (3 à 4 centimètres), ce qui avait pour effet d’augmenter son impulsion. Même si les règles furent changées par la suite, son record du monde ne fut pas invalidé par les fédérations (International Association of Athletics Federations), parce que les règlements ne sont pas rétroactifs, mais il fut jugé par la communauté athlétique comme étant un tricheur.
Le problème soulevé dans ce livre est celui des limites de la règle et du pouvoir de l’invention; non seulement la règle comme limite entre la ruse et la triche, mais aussi la règle comme limite au-delà de laquelle, ou par rapport à laquelle, l’innovation est possible. Comme nous le verrons dans les textes qui suivent, la ruse est non seulement l’art d’utiliser la force du fort à son détriment, mais aussi celui d’inventer des issues possibles qui n’étaient pas prévisibles. Nous verrons égalemen

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