Nietzsche et la critique de la chair
282 pages
Français

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Nietzsche et la critique de la chair

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Description

L'analyse de l'auteur est que le « concept de Dionysos » selon Nietzsche, ne conduit ni à l'affirmation inconditionnelle de la vie, ni à celle des corps vivants que nous sommes, mais à leur critique, à la première tentative d'une critique de la chair. Cette critique ainsi engagée reprend celle de Kant et se déplace dans un autre domaine. Il s'agit de partir des exigences de l'excès du flux (Dionysos) qui réclame d'être délimité (Apollon) puis incorporé, organisé et aimé par une oreille en chair (Ariane). C'est la première histoire philosophique de l'amour (et du désamour) entre la chair et le flux.

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Nombre de lectures 4
EAN13 9782130642251
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0225€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Barbara Stiegler
Nietzsche et la critique de la chair
Dionysos, Ariane, le Christ
2011
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130642251 ISBN papier : 9782130587934 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
On croit que Nietzsche affirme inconditionnellement le corps et la vie. Mais, en mettant le corps « à la place de l’âme et de la conscience », il n’aurait rien fait d’autre que d’incarner la subjectivité des Modernes dans la corporéité, poursuivant jusqu’à son terme l’« achèvement des Temps modernes » (Heidegger). Nous contestons ces deux hypothèses. Le « concept de Dionysos » (Ecce Homo) ne conduit ni à l’affirmation inconditionnelle de la vie, ni à celle des corps vivants que nous sommes, mais à leur critique, à la première tentative d’unecritique de la chair. Si la critique qui s’engage ainsi reprend celle de Kant, elle se déplace dans un tout autre domaine. Il ne s’agit plus de partir des réquisits de la connaissance, ni de l’expérience et de son besoin d’unité, mais desexigences de l’excès du flux(Dionysos) – qui réclame d’être délimité (Apollon), puis incorporé, organisé et aimé par une oreille en chair (Ariane). Ce qui se trame entre Dionysos, Apollon, Ariane et le Crucifié n’est pas un ornement littéraire. C’est la première histoire philosophique de l’amour (et du désamour) entre la chair et le flux. L'auteur Barbara Stiegler Ancienne élève de l’École normale supérieure de Fontenay Saint-Cloud, docteur et agrégée de philosophie, Barbara Stiegler enseigne au lycée Louise-Weiss d’Achères (Yvelines).
Table des matières
Remarques bibliographiques Liste des abréviations Introduction. Dionysos et la critique de la chair Première partie. Dionysos et Apollon La « pensée fondamentale » de la naissance de la tragédie 1 - La dualité de l’expérience dionysiaque 2 - La « pensée fondamentale » Dionysos : l’archi-unité des vivants 3 - Dionysos est la chair comme sensation de soi 4 - Dionysos est la chair commune dunous 5 - Du continu invivable à la nécessité du discontinu Apollon : la représentation nécessaire 6 - Le sujet qui se représente un monde d’objets 7 - Le fond dionysiaque d’Apollon : la destruction du classicisme 8 - Les limites du représenter : du sentir au souffrir 9 - La déduction transcendantale à l’envers La tragédie : l’excès à la limite 10 - La genèse de la tragédie et l’esthétique wagnérienne 11 - La naissance de la tragédie : quand l’homme dionysiaque ne se sent plus dieu 12 - Eschyle et Sophocle : « le point de vue proprement tragique » 13 - L’art sublime : l’excès à la limite Socrate : la modernité au tribunal de Dionysos 14 - La chair malade de l’homme moderne 15 - Guérison par la musique ou par la pensée tragique ? Deuxième partie. Dionysos et Ariane Dionysos disparaît, puis revient 16 - Comment Dionysos devient unx 17 - Pourquoi l’xredevient Dionysos Éternel retour : l’excès s’incorpore 18 - S’exposer au lointain 19 - S’incorporer les possibles 20 - L’impossible coïncidence de la chair et de l’excès 21 - L’excès comme récurrence 22 - La double condition : l’excès des possibles doit prendre corps
Surhomme : l’enfant de Dionysos et d’Ariane 23 - Dionysos donateur, l’humanité donataire 24 - À condition – que le surhomme soit à venir 25 - L’avenir à condition ou la puissance sans condition ? 26 - Dionysos, Ariane et le surhomme Volonté de puissance : en chair et en os 27 - La critique ducogito-volo 28 - Activité, passivité, mémoire 29 - Chair supérieure et corps actif 30 - La puissance entre Dionysos et le fil d’Ariane 31 - Vers la critique de la chair Troisième partie. Dionysos et le Christ Transvaluation : Dionysos juge les chairs 32 - Du schème à la valeur 33 - Nihilisme, métaphysique et philosophie 34 - La philosophie de Dionysos 35 - La « première transvaluation de toutes les valeurs » La mort de Dieu au nom du Dieu 36 - Au nom du Dieu 37 - Le Dieu d’amour et le Dieu qui revient La vie éternelle et l’éternel retour de la vie 38 - La communauté de Dionysos et saint Jean 39 - Dionysos, saint Jean et les mystères d’Éleusis 40 - Nietzsche, Hölderlin et saint Jean 41 - La vie éternelle selon Nietzsche et saint Jean Le surhomme et l’idiot 42 - Affirmer ce qui advient 43 - L’affirmation à condition 44 - L’idiotie de l’affect et lepathosde la distance L’oreille en chair et la chair en croix 45 - La chair crucifiée 46 - La chair justifiée 47 - La croisée des fronts : saint Paul et Platon 48 - La prédication du ressentiment 49 - La grande politique à l’épreuve du christianisme Conclusion. Critique de la chair : organiser les conditions Index nominum
Remarques bibliographiques
outes nos citations de Nietzsche suivent l’édition de référence établie par G. Colli Tet M. Montinari :Sämtliche Werke,Kritische Studienausgabe, Colli/Montinari (éd.), München/Berlin/New York, Dtv/W. de Gruyter, 1980sq., et sa traduction française dans lesŒuvres philosophiques complètes, Deleuze/Gandillac (éd.), Paris, Gallimard, 1968sq. Les références à la correspondance renvoient à la m ême édition :Sämtliche Briefe, Kritische Studienausgabe, Colli-Montinari (éd.), München/ Berlin/ New York, Dtv/W. de Gruyter [trad. franç. :Correspondance, trad. Bréjoux/de Gandillac, Paris, Gallimard, 1986]. Signalons toutefois la référence ponctuelle à d’autres éditions ou traductions :Werke, Kritische Gesamtausgabe, Colli/Montinari (éd.), Berlin/New York, 1967sq., [pour les trad. franç. del’Introduction aux leçons sur l’Œdipe-Roide Sophocle, trad. Dastur/Haar, Fougères, Encre marine, 1994 ; etLes philosophes préplatoniciens, trad. Ferrand, Combas, L’Éclat, 1994] ; etPhilosophische Notizen, Mette/ Schlechta (éd.), Nietzsche, Werke und Briefe,Historisch-kritische Gesamtausgabe, Beck, München, 1933sq., t. III [trad. franç. :« Écrits de jeunesse », CahierPI 6,in Nietzsche,Œuvres, de Launay (éd.), Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 2000, t. I]. Pour Nietzsche, nous citons d’abord l’ouvrage abrégé (se reporter à la liste des abréviations)–FP s’il s’agit d’un fragment posthume – suivi soit du paragraphe, soit du sous-titre, et dans le cas des fragments posthum es, de l’année et de la numérotation de l’édition Colli-Montinari. Nous indiquons ensuite la page de l’édition allemande, suivie de celle de la traduction française dans lesŒuvres philosophiques complètes. Un système de citation abrégé s’applique également pour certains ouvrages de Kant, Hegel, Schopenhauer et Wagner (voir la liste des abréviations). Les autres références sont détaillées lors de leur première occurrence, qui peut se repérer facilement grâce à l’index des noms en fin d’ouvrage. Parce qu’elle est la version la mieux connue de Nietzsche, toutes nos citations de la Bible sont la plupart du temps des traductions de la Bible de Luther, parfois reprises de la TOB (plus proche de Luther que la Bible de Jérusalem) :die Bibel, Luther-Übersetzung, Stuttgart, Deutsche Bibelgesellschaft, 1984, 1999, etLa BibleLes – TOB, e Éditions du Cerf / Société biblique française, 1988, 9 éd. Pour la version originale, nous nous référons àNovum Testamentum, Nestle/Aland (éd.), Stuttgart, Deutsche e Bibelgesellschaft, 1984 (27 éd.). Le système de citation des références bibliques reprend les abréviations utilisées par l a TOB et distingue, pour plus de clarté, les chapitres (en chiffres romains) et les versets (en chiffres arabes).
Liste des abréviations
AC ASZ BTV DD DWA EH
ETS
FP
FW GD GM GT JGB KRV KU KWZ MAM MR NCW OD
PZG
ST UB
UWL
VA
Antichrist(L’Antéchrist) Also Sprach Zarathustra(Ainsi parlait Zarathoustra) Beethoven(Wagner,Beethoven) Dionysos-Dithyramben(Dithyrambes de Dionysos) Die dionysische Weltanschauung(La Vision dionysiaque du monde) Ecce Homo(Ecce Homo) Einleitung in die Tragödie des Sophocles(Introduction aux leçons sur l’Œdipe Roide Sophocle) Fragment posthume, suivi de l’année de rédaction et de la numérotation de l’édition Colli-Montinari Die fröhliche Wissenschaft(Le Gai Savoir) Götzen-Dämmerung(Le Crépuscule des idoles) Zur Genealogie der Moral(La Généalogie de la morale) Die Geburt der Tragödie(La Naissance de la tragédie) Jenseits von Gut und Böse(Par-delà bien et mal) Kritik der reinen Vernunft(Kant,La Critique de la raison pure) Kritik der Urteilskraft(Kant,La Critique de la faculté de juger) Kunstwerk der Zukunft(Wagner,L’Œuvre d’art de l’avenir) Menschliches,Allzumenschliches(Humain, trop humain) Morgenröte(Aurore) Nietzsche contra Wagner(Nietzsche contre Wagner) Oper und Drama(Wagner,Opéra et Drame) Die Philosophie im tragischen Zeitalter der Griechen(La Philosophie à l’époque tragique des Grecs) Socrates und die Tragoedie(Socrate et la tragédie) Unzeitgemäße Betrachtungen(Considérations inactuelles) Über Wahrheit und Lüge im aussermoralischen Sinne(Vérité et mensonge au sens extramoral) Vorlesungen über die Ästhetik(Hegel,L’Esthétique)
VPP
WWV
Die vorplatonischen Philosophen(Les philosophes préplatoniciens) Die Welt als Wille und Vorstellung(Schopenhauer,Le Monde comme volonté et comme représentation)
Introduction. Dionysos et la critique de la chair
epuis un siècle de réception de l’œuvre de Nietzsch e, tous les grands Dcommentaires ont été attentifs au statut radicalement nouveau qu’elle avait donné à la question de la vie et du corps vivant, et tous ont interprété son «concept de Dionysos » comme l’indice de ce renouvellement[1]. Que Nietzsche ait donné à la question de la vie un poids nouveau, qu’il ait imposé le corps vivant comme le nouveau fil conducteur dont toute la pensée allait devoir dorénavant partir, que son « Dionysos » enfin ait eu quelque chose à voir avec le corps et la vie sont des faits indiscutables dont ce travail est lui-même parti. Mais une fois ces faits établis, la grande majorité des commentaires font un pas de plus, en prêtant à Nietzsche la thèse d’uneaffirmation inconditionnelle de la vie et du vivantet en interprétant le nom de Dionysos comme le symbole de cette affirmation sans condition. C’est ce saut – de laquestiondu vivant à sonaffirmation sans condition– qu’il s’agit d’interroger. Contre toute affirmation inconditionnelle du corps et de la vie, et contre toute affirmation sans condition en général, le « concept de Dionysos » pose au contraire les bases d’une critique des corps vivants – ou de ce que nous proposons d’appeler unecritique de la chair. Si Heidegger a pu affirmer que « [mettre] le corps vivant à la place de l’âme et de la conscience ne [changeait] rien à la position fondam entale établie par Descartes », c’est qu’une pensée qui affirmerait inconditionnellement le corps en vie risquerait bien de ne rien faire d’autre, en effet, que d’incarner la subjectivité des modernes dans la corporéité, tout en continuant d’affirmer son inconditionnelle souveraineté sur tous les étants[2]. Si la philosophie de Nietzsche est bien unecritique de la chair qui, non seulement met au jour ses conditions de possibilité, mais pose que toute chair, et la nôtre au premier chef, doit se soumettre à des conditions – celles de « Dionysos » justement – limitant sa souveraineté, alors la conclusion de Heidegger pourrait être réexaminée sur d’autres bases et minutieusement démontée. Pour faire la genèse de sa critique de la chair, c’est d’abord dans une filiation kantienne et non plus cartésienne qu’il faut inscrire l’entreprise philosophique de Nietzsche. Refusant de céder à l’illusion superficielle d’un antagonisme absolu entre Nietzsche et Kant, se souvenant peut-être que l’époque de Nietzsche était dominée par les questions de Kant et les débuts du néokantisme, certains commentateurs ont déjà souligné l’importance de cette filiation et sa valeur heuristique. Dans les années 1960 déjà, Gilles Deleuze parlait d’une « critique » nietzschéenne, et Henri Birault affirmait que « Nietzsche fait uneGénéalogie de la moraledans le même sens où Kant fait uneCritique de la Raison purel’un comme l’autre posant le problème de la », valeur à la lumière d’une « déduction juridique »[3]. Le problème, c’est que dans les deux cas la critique nietzschéenne n’était jamais qu’une critique des« valeurs » et qu’elle s’enracinait toujours dans le sol d’une affirmation sans condition, soit de l’« affirmation » elle-même (Deleuze) soit des prérogatives du sujet vivant et de ses propres conditions de possibilité (Birault)[4]. Si l’« affirmation de l’affirmation » que Deleuze prête à Nietzsche revient à affirmer inconditionnellement les forces actives
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