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Pédagogie de l'éthique

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Description


Prix spécial du jury du 12e prix Rotary du livre d'entreprise 2006.


Cet ouvrage, sous-titré "Le coeur du développement durable est le "développement durable" du coeur", se situe à part dans la littérature de management, voir dans la littérature toute entière.



Le lecteur est dans un premier temps invité à s’interroger sur l’éthique, sa signification générale ( et sa définition pour chacun . Ensuite, cette notion d’éthique est placée au sein de l’entreprise : le développement durable, le capitalisme, les investissements financiers, le commerce équitable sont présentés, discutés sous un angle original et porteur d’espoir.


Puis, le mode de management de l’entreprise est plus ou moins imprégné d’éthique : dans le comportement du dirigeant, dans les pratiques de marketing ou le mode de gestion des ressources humaines.


Enfin, la méthode de mise en place d’une démarche éthique au sein de l’entreprise est expliquée d’une manière concrète et chronologique.



Tout au long de l’ouvrage, l’auteur s’appuie sur son exceptionnelle expérience d’homme et de chef d’entreprise (soumis au vote annuel de ses collaborateurs) pour nous emmener dans une réflexion globale, mêlant philosophie, économie, finance et management. Il concourt à situer l’homme au sein de l’entreprise et dans la société.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 14
EAN13 9782847691856
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0150€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Pédagogie de l'éthique

Jacques BENOIT
Les droits d’auteur de ce livre sont entièrement versés au profit du CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement).
Le Code de la propriété intellectuelle du 1 er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est généralisée dans les établissements d’enseignement supérieur, provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
© Éditions EMS, 2005
Nous rappelons donc qu’il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement sur quelque support que ce soit le présent ouvrage sans autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris (Code de la propriété intellectuelle, articles L. 122-4, L. 122-5 et L. 335-2).
9782847690453
À Marie-Cécile, mon épouse et fidèle collaboratrice qui a largement contribué à l’écriture de ce livre et sans laquelle il n’aurait pas existé.
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Dedicace PRÉFACE AVANT-PROPOS PARTIE 1 - L’ÉTHIQUE
CHAPITRE I - POURQUOI L’ÉTHIQUE AUJOURD’HUI ? PHÉNOMÈNE DE FOND OU PHÉNOMÈNE DE MODE ? CHAPITRE II - DÉFINITION DE L’ÉTHIQUE CHAPITRE III - ÉTHIQUE ET MORALE CHAPITRE IV - ÉTHIQUE DE CONVICTION, ÉTHIQUE DE RESPONSABILITÉ CHAPITRE V - LA POLITESSE
PARTIE 2 - L’INTELLIGENCE DU CŒUR
CHAPITRE VI - LES DIFFÉRENTS NIVEAUX DE L’APPROPRIATION DE L’ÉTHIQUE CHAPITRE VII - LES FONDEMENTS DE L’ÉTHIQUE CHAPITRE VIII - LOI DE L’UNITÉ ET DE LA DUALITÉ CHAPITRE IX - LA FORCE DE L’AMOUR CHAPITRE X - LE DISCERNEMENT CHAPITRE XI - LA BEAUTÉ INTÉRIEURE CHAPITRE XII - LES 12 RÈGLES DE VIE
PARTIE 3 - L’ÉTHIQUE ET L’ENTREPRISE
CHAPITRE XIII - L’ENTREPRISE : SA FINALITÉ, SES VOCATIONS CHAPITRE XIV - LE DÉVELOPPEMENT DURABLE CHAPITRE XV - RÉPONSES DES ENTREPRISES AU DÉVELOPPEMENT DURABLE CHAPITRE XVI - FONDS DE PLACEMENT ÉTHIQUE ET NOTATION SOCIALE CHAPITRE XVII - LE COMMERCE ÉQUITABLE ET LES ONG
PARTIE 4 - L’ ÉTHIQUE ET LE MANAGEMENT
CHAPITRE XVIII - L’ÉTHIQUE ET LE DIRIGEANT CHAPITRE XIX - L’ÉTHIQUE ET LE MARKETING CHAPITRE XX - L’ÉTHIQUE ET LES « RESSOURCES HUMAINES » CHAPITRE XXI - MISE EN PLACE DE L’ÉTHIQUE DANS L’ENTREPRISE
ÉPILOGUE REMERCIEMENTS ANNEXE TEST POTENTIEL ÉTHIQUE - 70 QUESTIONS POUR DÉCOUVRIR NOTRE POTENTIEL ETHIQUE BIBLIOGRAPHIE INDEX DES MOTS-CLÉS INDEX DES CITATIONS
PRÉFACE
Dans les années 70, nous étions un certain nombre, en France tout particulièrement, à rechercher quelques nouvelles pistes, des nouveaux repères – Tel a appelé cela la Nouvelle Société – après ce choc de 68 et le retournement économique du milieu des années 70.
C’est à cette époque que j’ai entendu parler pour la première fois de Jacques Benoit, lyonnais comme moi, dirigeant d’une moyenne entreprise. Il commençait alors à être connu comme le patron (le seul ?) à être, chaque année « noté et élu » par ses salariés, se remettant ainsi en cause périodiquement par l’instauration d’une démocratie directe dans l’entreprise. J’ai, trop rapidement, fait d’abord un parallèle avec Marcel Barbu, cet industriel auto-gestionnaire de Valence (chacun dans l’entreprise devant être payé suivant ses besoins), dont les plus anciens lecteurs se souviennent peut-être de la prestation qu’il fit à la télévision, comme candidat à la Présidence de la République contre De Gaulle et qui devait très rapidement fermer sa fabrique de boîtiers de montres. Cela n’avait évidemment rien à voir avec le management de Jacques Benoit qui était économiquement viable et socialement exemplaire : ce management faisait alors l’objet de vives discussions chez les syndicalistes et dans certains ministères. Je ne suis pas sûr que Jacques Benoit se soit rendu compte de son impact, à ce point, pendant ces années.
Le hasard de la vie, il y a deux ou trois ans, m’a fait rencontrer quelqu’un qui m’a aussitôt passionné dans les discussions qu’on a pu avoir autour du concept de l’Éthique et du Management. J’ai d’emblée été certain que les cinq cents livres parus sur « l’éthique » ne constituaient en rien un handicap pour la publication d’un nouvel ouvrage, tant la richesse, la pertinence des idées de cet homme, Jacques Benoit, que je retrouvai – près de trente ans après – m’impressionnaient. Il fallait qu’une telle expérience, un tel témoignage, une telle conviction accompagnées d’une vraie modestie soient connus : Jacques Benoit a bien voulu travailler, beaucoup travailler à formaliser ses idées, idées qu’il s’efforce de faire partager au plus grand nombre.
« L’éthique, c’est l’esthétique du dedans » nous dit Pierre Reverdy ce poète philosophe, que reprend Jacques Benoit en début du 2 e chapitre. Morale et Éthique, nous le savons, ont la même signification étymologique : les mœurs ( moralis en latin, ethos en grec). Il ne faut donc pas s’étonner si l’accord ne se fait pas toujours entre les interprétations que l’on donne à l’un ou l’autre des deux mots. « Travaillons à bien penser, voilà le principe de la Morale » disait déjà Pascal. Quant à nous, nous rejoindrons volontiers Paul Ricœur qui définit la Morale comme tout ce qui – dans l’ordre du bien et du mal – se rapporte à des lois, des normes ou des impératifs. L’Éthique est le questionnement qui précède la Morale, en relation avec les « vertus » des Anciens (Aristote) On passe ainsi de l’Éthique à la Morale par les notions d’impératif et de loi (généralement exprimé de façon négative), alors que l’Éthique est du domaine de la liberté à la première personne.
Pédagogie de l’Éthique – sous-titré – le cœur du développement durable est le « développement durable » du cœur de Jacques Benoit est remarquable à plus d’un titre.
D’abord le contenu du livre ; quatre grandes parties : l’Éthique, l’Intelligence du Cœur, l’Éthique et l’Entreprise, l’Éthique et le Management, déclinées en vingt et un chapitres procurent une vue complète, détaillée de toutes les implications personnelles et collectives d’une Pédagogie de l’Éthique. Je ne pense pas que l’on puisse trouver réunie en un seul ouvrage une telle accumulation de savoirs, d’explications, de réflexions.
Ensuite la forme, la lisibilité qui rend si aisée et passionnante la lecture du livre. Le lecteur est accompagné dans sa lecture – qui peut très bien n’être pas linéaire – par une structure de chaque chapitre bien charpentée et qui se retrouve d’un chapitre à l’autre : l’objectif pédagogique, ce qu’il faut savoir et dire (la partie la plus développée) avec un témoignage personnel, et en forme de synthèse, ce qu’il faut retenir et montrer, les moyens et exercices pédagogiques ainsi que les indications de lecture.
Enfin, faut-il dire surtout ?, l’implication sans aucune complaisance avec une sincérité et honnêteté exemplaires de l’auteur qui à travers une vie de projets conduits à terme et d’échecs gérés le moins mal possibles nous propose des pistes de Pédagogie de l’Éthique. De nombreux exemples, illustrations viennent renforcer la thèse. Il s’agit en effet d’une thèse : « l’Éthique n’est pas un but à atteindre mais un chemin à prendre ».
Permettez-moi, mon cher Jacques, en hommage à votre témoignage et à votre travail de reprendre, à peu près, une phrase ou deux de votre épilogue :
Ce qui est primordial en matière d’Éthique ce n’est pas la réponse mais les questions que nous nous posons ; la plus haute manifestation de l’éthique est le pardon, notre propre reconnaissance de notre part de faiblesse, le formidable pari sur l’avenir, sur l’autre : la solidarité au-delà de nos différences ou faiblesses.
Je souhaite à tous les lecteurs qui – je l’espère – seront nombreux d’avoir ce même sentiment d’optimisme, d’ouverture appuyé par cette pédagogie de l’éthique qui se dégage des pages que vous nous soumettez.
Luc Boyer Directeur de Collection Directeur de Recherche à l’Université de Paris – Dauphine
Ai-je besoin de préciser que Jacques Benoit a demandé que la totalité des droits d’auteur soit versée à une ONG ?
AVANT-PROPOS
« Tu me dis, j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends. »
Benjamin FRANKLIN 1
Lorsque Luc Boyer m’a proposé d’écrire un livre sur l’éthique, je me suis demandé « en quoi ce que je peux écrire peut-il être différent de ce qui a déjà été dit ? En quoi ce livre peut-il permettre à son lecteur de mieux comprendre ce qu’est l’éthique et vivre l’éthique ? ». En fait, la réponse est déjà inscrite dans le titre : pédagogie de l’éthique. De toutes parts, sous toutes ses formes et dans tous les domaines on nous explique ce qu’est l’éthique, ses applications, ses enjeux mais nulle part on nous enseigne à nous approprier ce réflexe éthique. L’éthique est comparable à un iceberg dont la partie visible sont les normes, le règlement, le droit, que l’on apprend et respecte ; et puis, il y a la partie invisible qui est liée à notre dimension humaine, que l’on pourrait appeler l’intelligence du cœur. Ce livre a l’ambition de promouvoir cette intelligence (tout en faisant une large place à tout ce qui touche au concret de l’éthique dans l’entreprise) pour donner à chaque lecteur l’envie et les moyens de la développer, de se l’approprier pour vivre l’éthique au plus profond de son être et lui permettre de trouver les réponses dans sa vie au quotidien.
Ce livre s’adresse à tout un chacun, aux professionnels de la formation, aux responsables politiques, économiques, sociaux, aux étudiants, aux employés ou tout simplement à celui ou à celle qui est dans une démarche de réflexion sur le sens de sa vie.
Il a trois ambitions. Informer sur l’éthique et ses applications. Apporter par l’éthique des pistes de progrès à notre challenge professionnel. Inviter à la réflexion sur l’essentiel et les valeurs.
De ce fait, il a trois lectures possibles.
Au premier degré, une information très concrète sur l’éthique, le développement durable, les normes… offrira au lecteur une approche synthétique et juste du pourquoi et du comment de l’éthique aujourd’hui.
Au deuxième degré, des témoignages de situations vécues, d’écueils rencontrés, d’échecs et de réussites, donneront des réponses à tous ceux qui, pour des raisons professionnelles, sont à la recherche de formules nouvelles pour plus de performance.
Au troisième degré, une approche profonde de l’éthique, de l’amour, du sens, alimentera la réflexion de tous ceux qui sont en quête de repères.
La pédagogie en toutes choses repose sur trois piliers : L’information, la connaissance, que l’on peut appeler la théorie. Les applications concrètes, l’exemplarité, que l’on peut appeler la pratique. L’investissement et l’appropriation personnels des deux points précédents : c’est la compétence.
Cela rejoint tout à fait la phrase de Benjamin Franklin : « Tu me dis j’oublie, tu m’enseignes je me souviens, tu m’impliques j’apprends ».
Vous l’avez compris, c’est donc de ce troisième pilier que le livre traitera tout particulièrement. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous touchons là à l’essentiel, à l’aboutissement des deux autres. En terme d’éthique, ce troisième point suppose aborder les valeurs, les repères, les comportements et dans ces domaines il n’y a pas de frontière entre la vie professionnelle et la vie privée. En ce sens nous touchons à une pédagogie « impossible », l’éthique de la personne, fondement de l’éthique de notre société. Jean-François Claude écrit dans la revue Éthique  : « Il nous paraît difficile de séparer l’éthique dans l’entreprise de l’éthique des personnes qui la font vivre. En ce sens, l’éthique est autant utile à l’entreprise qu’à chacun de ses collaborateurs, et en particulier aux managers. Pour être crédible, il paraît important de recommander que l’éthique passe par un engagement personnel de ceux qui y font référence, à quelque niveau que ce soit dans l’entreprise. En ce sens, elle est associée à une certaine authenticité : “Cela ne marche pas si l’on est extérieur”. Elle n’est pas un outil managérial comme un autre. Elle doit être incarnée, habitée par ceux qui s’y réfèrent 2 ».
Par expérience, je peux dire que la plupart des esprits ne sont pas prêts, voire hermétiques ou hostiles, à cet aspect de la pédagogie de l’éthique. J’ai souvenir d’une intervention dans une grande école de Commerce où pendant trente heures j’ai eu en face de moi une majorité d’étudiants psychologiquement incapables de recevoir un discours sur les valeurs et l’éthique ; cela a confirmé ce que je supposais : le grand handicap que peuvent avoir des esprits trop cartésiens à recevoir un discours sur les valeurs et l’éthique. Ce qui explique que, souvent, l’éthique est uniquement enseignée sous l’aspect du droit, des normes, du management, du marketing. C’est une approche utilitariste, sans plus. Pour Rolland Reitter, professeur d’économie et co-fondateur d’HEC, « L’économie est bordée par le droit. L’éthique renvoie à la morale personnelle, à la sphère privée et n’a pas à être enseignée en tant que telle » 3 . Pour André Boyer et Isabelle Arnaud, « Quant à faire de nouvelles leçons d’éthique, pour ne pas écrire de morale, aux actionnaires, aux managers ou aux employés, à quoi bon et à quel titre ? » 4 . Pour Elisabeth Laville « le dernier terme, le plus délicat à traiter est celui d’éthique. Il est pourtant très en vogue dans notre époque en quête de sens, mais je l’emploie personnellement peu tant il me semble relever d’un champ philosophique ou individuel, certes indispensable et incontournable mais intime, plutôt que du domaine de l’entreprise. » 5 Dès lors nous comprenons aisément les dérives de la société d’aujourd’hui dont les responsables sont avant tout les personnes qui savent mais qui, souvent, ont oublié d’être. Heureusement il y a des exceptions et cela fait de grands hommes (Luther King, Mandela, De Gaulle, Gandhi, Schuman, Monnet, etc.) pour ne citer que des hommes hors du commun. Mais combien de gens plus modestes et moins médiatiques possèdent le savoir et l’être et font des choses extraordinaires ?
Loin d’être du temps perdu c’est un grand privilège et une grande chance de pouvoir s’investir dans l’appropriation de l’éthique pour quatre bonnes raisons :
Première raison :
Quelle que soit notre situation professionnelle (ingénieurs, managers ou autre métier), nous sommes tous appelés à fonctionner dans ou avec une entreprise et, aujourd’hui, nous ne pouvons pas comprendre ce qu’est une entreprise et encore moins fonctionner dans cette entreprise si nous n’avons pas intégré cette dimension éthique dans sa réflexion. Qui n’a pas entendu parler de développement durable ? Qui n’a pas entendu parler de la grande responsabilité sociale, sociétale et environnementale des entreprises ? Que nous y adhérions ou non, le phénomène éthique fait partie intégrante de l’image et du fonctionnement de l’entreprise. Il est d’ailleurs étonnant qu’aujourd’hui il n’y ait pas une information systématique sur l’éthique dans chacune des matières et chacun des métiers enseignés (Finance, production, ressources humaines, commercial...).
Deuxième raison :
Nous faisons tous beaucoup d’efforts et de sacrifices pour optimiser nos compétences et par là même favoriser notre promotion sociale. En fait, nous pensons que cette promotion est liée à nos compétences, à nos diplômes, à notre expérience. Bien sûr cela est vrai. Mais en vérité, notre promotion sociale est avant tout liée à notre capacité à communiquer, notre capacité à établir un lien de confiance avec tous les partenaires internes et externes de l’entreprise. Pour commencer avec notre patron pour qu’il nous délègue plus de responsabilités. Puis avec nos collègues pour que notre relation soit empreinte de solidarité, de respect, d’estime. Ensuite avec nos collaborateurs pour qu’ils adhèrent à notre personne, pour que nous puissions les mobiliser sur un projet, les rassembler dans leurs différences, conditions indispensables à la réussite d’une équipe. En externe, notre performance sera liée aussi à notre capacité à établir un lien de confiance avec nos clients, nos fournisseurs. Tous ces points ont en commun nos dimensions de loyauté, de courage, de générosité, d’écoute, de service. Nous sommes complètement dans une dimension éthique. À quoi bon tout savoir ? À quoi bon avoir une tête bien pleine si nous sommes incapables d’établir un lien de confiance avec nos interlocuteurs ? L’éthique participe pour 80 % à la réussite d’une personne.
Troisième raison :
Tout nous conditionne à profiter et jouir de la vie : la publicité, les médias, la TV, la réduction du temps de travail, le développement des loisirs… Pour beaucoup la devise est « Carpe diem 6 ». Puis, au fur et à mesure que nous avançons dans la vie, nous nous apercevons qu’elle a un sens et ne se résume pas à « je “roule” pour moi » mais à « en quoi je “roule” pour les autres ? En quoi je suis responsable ? En quoi je suis acteur de la société dans laquelle je vis ? En quoi je suis utile ?» Ce questionnement est essentiel, il est la réponse au souci de la réalisation de soi : tout simplement donner un sens à sa vie dont l’éthique est la réponse.
Quatrième raison :
Nous sommes tous à la recherche du bonheur. Nous sommes tous orphelins d’un absolu et tout naturellement nous pensons que ce bonheur, cet absolu, dépendent en grande partie de l’extérieur, de la chance de rencontrer le conjoint idéal, un patron qui nous fera confiance, les bonnes personnes pour réaliser nos projets ; de la chance d’avoir des amis sur lesquels nous pouvons compter et avec qui nous sommes bien ; de la chance d’être en bonne santé, etc. Si nous pensons cela, nous avons tout faux. En fait, le bonheur, nous l’avons en nous et c’est parce que nous saurons le trouver en nous que nous le trouverons aussi à l’extérieur. Heureusement qu’il en est ainsi parce que sinon, cela voudrait dire que toutes les personnes que la vie n’a pas gâtées (problèmes familiaux, de santé, professionnels…) n’ont pas droit au bonheur. Alors qu’en fait ces personnes nous donnent souvent de grandes leçons de courage et de vie ! Je pense entre autres à tous ces handicapés qui s’investissent avec passion et bonheur dans le sport ou d’autres activités. A contrario , combien de personnes ont tout pour elles et ne sont pas heureuses pour autant ? Quel rapport avec l’éthique me direz-vous ? Tout simplement, nous sommes dans le même fil conducteur : les valeurs, les repères, le sens qui, encore une fois, apportent les réponses essentielles.
Quelle est ma légitimité à parler d’éthique alors que tant d’autres professeurs agrégés, philosophes, économistes, spécialistes en management, etc. auraient pu le faire mille fois mieux ? La réponse est toute simple. Nous sommes là dans un domaine « à part » qui ne supporte pas de professeurs au sens classique du terme. Il y a un lien étroit entre éthique, morale, repères, valeurs et nous entrons dans la sphère privée – celle du discernement, de la conscience, du bien, du mal. En matière d’éthique la réponse appartient à chacun et ne peut en aucun cas venir de l’extérieur. À partir de là personne ne peut se prétendre professeur et apporter la vérité : chacun a la sienne. C’est pourquoi je me sens tout à fait à l’aise dans cette légitimité à parler d’éthique parce que je suis avant tout un témoin. Mes « cours » ne sont pas des cours mais des « rencontres ». Je suis là pour dire – et aujourd’hui pour écrire – : « Voilà ce que j’ai vécu, voilà ce que j’ai compris, voilà les enseignements que j’en ai tirés, à vous de vous approprier ce qui vous semble intéressant et de laisser le reste de côté. Les réponses que je peux apporter ne sont que des tremplins et n’ont pas d’autre ambition que d’inviter à la réflexion. Je n’ai pas la vérité, au mieux, je vais seulement essayer d’être vrai ». Vous l’avez donc compris, ma légitimité me vient de mon vécu, de mon expérience, de mes réussites, de mes erreurs. J’ai été PDG fondateur d’une entreprise spécialisée dans les graines salées et le pop corn ; vingt-huit ans après, suite – entre autres raisons – à mes erreurs, j’ai du déposer le bilan et vivre deux plans sociaux. J’ai également été le premier et le seul chef d’entreprise à me remettre en question par la démocratie que j’avais instaurée : j’étais connu comme le patron noté et élu par ses salariés alors que – étant propriétaire majoritaire – rien ne m’obligeait à cette remise en question. Depuis sept ans, j’ai « rebondi » dans une nouvelle activité : la formation à l’éthique ; j’interviens dans une trentaine d’écoles (Ingénieurs, commerce, management...). Tout ceci constitue mon expérience et ma légitimité à parler d’éthique.
Principe de pédagogie
« Un principe de pédagogie que devraient surtout avoir devant les yeux les hommes qui font des plans d’éducation, c’est qu’on ne doit pas élever les enfants d’après l ‘état présent de l’espèce humaine, mais d’après un état meilleur, possible dans l’avenir, c’est-à-dire d’après l’idée de l’humanité et de son entière destination. »
Emmanuel Kant, Traité de pédagogie , 1803.
PARTIE 1
L’ÉTHIQUE
CHAPITRE I
POURQUOI L’ÉTHIQUE AUJOURD’HUI ? PHÉNOMÈNE DE FOND OU PHÉNOMÈNE DE MODE ?
« Le XXI e siècle sera spirituel ou ne sera pas. »
André MALRAUX

Objectif pédagogique
Faire comprendre que l’éthique est un fait de société profond, durable et irréversible.

Ce qu’il faut savoir et dire
La réflexion éthique est un phénomène de tous temps : 1750 avant Jésus-Christ, le Code d’Hammourabi témoigne du souci de son rédacteur de moraliser les affaires en réglementant strictement les échanges. 460 avant Jésus-Christ, Hippocrate, par son serment encore en vigueur aujourd’hui, rappelait le devoir du médecin de soigner et si possible guérir tout homme quelles que soient la couleur de sa peau, ses origines, sa condition, ses convictions. Tous les philosophes ont eu une réflexion sur l’éthique qui d’ailleurs, pour eux, est associée à une notion de bonheur. Aristote, élève de Platon, 384 avant Jésus-Christ, a écrit pour son fils l’Éthique à Nicomaque . Kant, philosophe allemand né en 1724, est vraiment un homme essentiellement occupé par l’exigence ; ses maximes sont célèbres. L’homme a toujours œuvré sous des formes diverses pour plus de dignité, de respect, de paix, d’égalité et s’est toujours posé des questions de fond pour atteindre ses buts. La démocratie, les droits de l’homme, l’abolition de l’esclavage, la lutte contre la discrimination raciale, les avancées sociales, le droit du travail, la construction de l’Europe, la fin de l’apartheid, la parité homme/femme… sont tout à fait représentatifs des progrès faits en matière d’éthique. Aujourd’hui, sous l’action de divers éléments, cette sensibilité à l’éthique s’accélère considérablement et, de fait, devient un phénomène de mode. Quels sont ces éléments ?

1. LES RAISONS POUR LESQUELLES ON PARLE D’ÉTHIQUE AUJOURD’HUI

1.1. Perte de repères
Pour André Comte-Sponville, philosophe contemporain, « Un autre processus s’est étalé sur plusieurs siècles. Il a commencé à la Renaissance, s’est accéléré au XVIII e siècle avec les Lumières et s’est poursuivi aux XIX e et XX e siècles. Nous en constatons aujourd’hui, spécialement en France, l’achèvement. Je veux parler du processus de laïcisation et, s’agissant de notre pays, d’un processus de déchristianisation. C’est au fond ce processus que Nietzsche diagnostiquait dès la fin du XIX e siècle en disant “Dieu est mort”. C’est également ce que disait au début du XX e siècle le sociologue Max Weber lorsqu’il parlait du “désenchantement du monde” (…) Notre société ne peut donc plus fonder sur Dieu les principes de sa cohésion. En fait, Dieu est “socialement” mort (…) Il faut en conclure que nous avons besoin de morale aujourd’hui davantage que cela n’était arrivé depuis au moins 3000 ans . » 7
De toute évidence, le phénomène de la laïcisation s’est étendu, tout du moins en Europe. La religion n’est plus référence. Mai 68 en a « rajouté une couche ». Nous nous souvenons encore du célèbre slogan « Il est interdit d’interdire ». Or l’homme est avant tout un être spirituel qui a besoin de repères, de règles et comme le monde a horreur du vide cela explique la multiplication des sectes, des gourous, les succès littéraires liés à la spiritualités (cf. par exemple L’Alchimiste de Paulo Coelho, Da Vinci Code , de Dan Brown), le plébiscite fait à des hommes comme Jean-Paul II (même si tous n’adhéraient pas toujours à tout le discours), le Dalaï Lama, l’abbé Pierre, sœur Emmanuelle… l’éthique est donc la réponse à ce besoin de spiritualité.

1.2. Accélération des progrès de la science
Dans tous les domaines, les progrès de la science sont vertigineux.
En la matière, la vitesse a été multipliée par vingt : il faut aujourd’hui un an à un chercheur pour atteindre le résultat qu’il aurait atteint en vingt ans il y a trente ans. Ces innovations scientifiques posent à l’homme en permanence des problèmes de conscience (citons le clonage thérapeutique, les OGM, l’informatique et toutes les nouvelles technologies, etc.)
C’est par des réponses éthiques que nous pouvons canaliser tous ces progrès pour qu’ils soient au service de l’homme et ne portent pas atteinte à sa dignité et à son bonheur.

1.3. L’hyper médiatisation des affaires
Le scandale fait vendre, donne bonne conscience. La presse l’a vite compris et personne n’est épargné. Chaque jour nous avons notre « ration » de scandales politiques, financiers, économiques, sociaux… Qu’il nous suffise de citer l’affaire du sang contaminé, l’affaire Enron, l’affaire Vivendi, les phénomènes de pédophilie… Ces dysfonctionnements nous interpellent, nous conduisent à faire appel aux valeurs de base, à nous donner des règles éthiques.

1.4. Le dérapage de notre système économique
Dans la logique du système capitaliste (ou de l’économie de marché comme nous l’appelons pudiquement aujourd’hui), qui est basé sur la loi de l’offre et de la demande, le rapport de forces fait référence. Le pouvoir de l’argent est omniprésent et omnipuissant, il n’a aucune frontière, aucune limite ; sur 1 500 milliards de dollars qui s’échangent dans le monde chaque jour, 3 % correspondent à des échanges de biens et de services : tout le reste est de la spéculation ; la finalité financière justifie tous les moyens et pollue tous les domaines. Dans le sport, c’est le dopage. Dans la finance, ce sont la malversation, la fraude fiscale. En politique, c’est le trafic d’influence. Dans l’entreprise, ce sont les « méga fusions », les délocalisations abusives, les licenciements de rentabilité. La mondialisation qui devrait être un fantastique moyen de partage de richesses et de savoir, creuse au contraire un fossé entre les pays riches et les pays pauvres.

1.5. La pollution et l’environnement
Le réchauffement de la terre, la surconsommation avec son gaspillage, la surabondance de nos déchets et la disparition conséquente des espèces, la montée en puissance de consommation de la Chine et de l’Inde sont autant d’éléments qui nous font comprendre l’urgence de revoir notre mode de vie pour être solidaires des générations actuelles mais aussi futures par la préservation de notre planète.

Le sommet de l’espoir
« 2 septembre 2002. Séance plénière du Sommet de Johannesburg sur le développement durable. La salle est archi comble pour écouter les discours des chefs d’État et des gouvernements du monde entier (…) D’entrée de jeu le président Jacques Chirac martèle des vérités bien senties : “Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre du mal développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La terre et l’humanité sont en péril et nous en sommes tous responsables. ” (…) Les phrases s’enchaînent aux phrases et je retrouve les idées qui me tiennent à cœur et pour lesquelles je me bats depuis des années. Ma part personnelle dans ce discours ? Décisive, ont affirmé les uns qui voient en moi le principal conseiller du président en matière d’écologie. Faible, ont répondu les autres qui en sont restés au Nicolas Hulot d’il y a vingt ans et ne veulent connaître que le baroudeur en ULM. La vérité se situe entre ces extrêmes. »
Nicolas Hulot, Le syndrome du Titanic , Calmann – Lévy 2004.

1.6. Le télescopage de deux logiques
L’une, liée au système économique basé sur la compétition qui génère des rapports égoïstes et conflictuels et qui conditionne à notre insu toute notre façon d’être. Pas même la famille n’est épargnée par cette pollution : un rapport de marchandage s’instaure entre parents et enfants : tout a un prix : la vaisselle, le ménage, les courses… Bonjour la gratuité ! Dès l’école on nous apprend à être le premier, dans l’entreprise on nous apprend à « tuer » le concurrent pour gagner, etc. L’autre, humaine, qui veut que chaque homme trouve son bonheur dans la paix et la solidarité. Quand nous faisons nos courses dans un hypermarché, nous recherchons le meilleur prix, la meilleure qualité, le meilleur service et en même temps nous sommes scandalisés parce que l’entreprise licencie… Consciemment ou inconsciemment, nous vivons des contradictions et nous sommes contradiction. Nous avons besoin de mettre de l’ordre dans nos esprits. Tout ceci nous oblige à faire appel à nos valeurs et à nous interroger sur notre manière de les vivre. Quelles sont nos responsabilités ? Comment faire pour que le système économique soit un moyen d’apporter plus de solidarité et le bonheur à chacun plutôt qu’une finalité en soi ?

1.7. Le passage d’un besoin d’avoir à un besoin d’être
Dans nos pays occidentaux, la grande majorité de la génération d’aujourd’hui satisfait à ses besoins primaires (besoin de manger, de se protéger, de se vêtir…). Mais en fait, cette génération aspire à d’autres besoins liés à un équilibre de vie, à une qualité de vie. Cela passe par une exigence de qualité au niveau de ce qu’elle consomme, par un besoin de reconnaissance dans les entreprises, par un besoin de bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, par un besoin de plus de loisirs, en un mot, pour reprendre la pyramide de Maslow, par un besoin de réalisation de soi. Comme nous le verrons, ce besoin ne peut être satisfait que par des valeurs d’Amour. C’est un appel très fort à l’éthique.

2. LE DISCRÉDIT DES RELIGIONS
La laïcisation, la perte de repères, nos questionnements par rapport aux nouvelles technologies, l’hyper médiatisation des scandales, le système économique qui dérape, la pollution de l’environnement… expliquent apparemment, comme nous venons de le voir, l’actuel besoin universel d’éthique.
Mais si tout ceci n’était que la conséquence d’un autre phénomène, plus profond, plus grave, et d’une ampleur jamais égalée : la « faillite » des religions qui ont en partie été incapables de nous faire garder le cap sur l’essentiel faute de crédibilité ?
Pourtant, quels que soit les pays dans lesquels nous voyageons, nous mesurons l’influence que les religions ont toujours eue sur leur culture et leur système d’organisation. (Il est à remarquer que les principaux sites touristiques sont des monuments religieux ou fortement liés à l’histoire religieuse).
De tous temps et sur toute la planète, le pouvoir temporel a tiré son autorité du pouvoir religieux et a eu un lien très étroit avec lui, quelle que soit la civilisation (inca, grecque, égyptienne, chinoise, etc.). Dans le monde occidental, les valeurs judéo-chrétiennes ont fait et font encore référence (dans nos campagnes, pas un village qui n’ait son église : elle est au centre et elle domine ; pendant longtemps, la royauté a été de « droit divin »). En un peu plus d’un siècle, toutes ces dimensions religieuses se sont plus ou moins écroulées (révolution en France, en Russie, en Chine, etc.) et même dans les pays où la religion a encore une forte influence (Inde, Amérique du Nord et du Sud, Moyen Orient…) ses messages sont remis en question par la modernité (lois sur le divorce, l’avortement, l’euthanasie, le mariage homosexuel…). Le pape fait toujours référence mais son autorité morale a diminué : malgré sa demande, l’Europe chrétienne – de naissance et de par l’histoire – refuse d’inscrire ses racines religieuses dans sa Constitution... Plusieurs raisons peuvent expliquer cette perte d’influence des religions :
L’incompatibilité de la vie moderne avec les valeurs religieuses (développement des loisirs, course après le temps, évolution et libéralisation des mœurs).
L’avènement des nouvelles technologies (cinéma, télévision, informatique…).
La logique du système capitaliste qui génère des valeurs basées sur l’argent, la réussite sociale...
Mais surtout parce que depuis plus de deux mille ans elles ont été causes d’innombrables guerres avec leurs millions de morts ; causes d’intolérances, d’intégrismes, de sectarismes, et ça continue ; les religions ont toujours « flirté » avec le pouvoir temporel, et ça continue… En Palestine on se tue entre juifs et musulmans ; au Soudan, on se massacre entre chrétiens et musulmans ; en Inde on se bat entre hindouistes, musulmans et chrétiens ; en Irlande on se tue entre chrétiens protestants et chrétiens catholiques, etc. Aujourd’hui, les religions « payent la facture ». Comment voulez-vous demander aux jeunes de croire et d’adhérer aux religions ? Elles ne sont plus crédibles ! Et je l’expérimente chaque jour avec les étudiants : eux qui ne demandent qu’à s’investir pour un monde plus solidaire, pour plus d’amour, ont un petit sourire ironique et condescendant lorsqu’on leur parle des religions !
Là est la véritable source actuelle des dysfonctionnements de tous ordres. Cependant, il n’est jamais trop tard. Aux religions de comprendre le rôle important qu’elles ont à jouer en matière d’éthique. C’est à chacune d’elles que revient la première responsabilité de faire passer ce message d’amour, message qu’elles doivent délivrer par l’exemplarité, l’humilité, la tolérance, l’union…
En ce sens, Karol Wojtyla devenu Jean-Paul II, a été un remarquable précurseur et visionnaire. Toute sa vie il a lutté avec beaucoup de courage pour le respect des droits de l’homme, dénoncé les guerres, inlassablement sensibilisé les pays riches à leur devoir de solidarité envers les pays pauvres, œuvré pour le rapprochement des religions ; sa démarche d’humilité l’a même conduit – acte extraordinaire sans précédent – à demander pardon pour le mal que l’Église a fait dans le passé. L’hommage universel exceptionnel qui lui a été rendu à l’occasion de ses obsèques est la démonstration éclatante de la dimension spirituelle et humaine hors du commun de cet homme. Il est à espérer que son successeur reprenne à son compte la quintessence de son message…

Témoignage personnel : Lettre ouverte à mon Église
Voilà ce que j’attends de toi et voilà ce que ceux qui se réclament de toi m’enseignent trop souvent.
J’attends de toi que tu m’enseignes l’amour, à aimer les hommes et les femmes quelles que soient leur condition ou leurs convictions, à les respecter, à pardonner à mes ennemis.
Souvent, ceux qui se réclament de toi me disent que je dois principalement aimer Dieu et ceux qui pensent comme moi.
J’attends de toi qu tu m’enseignes la tolérance, à comprendre que chacun a sa propre vérité et que je n’ai pas de jugement de valeur à porter sur la vérité des autres.
Souvent, ceux qui se réclament de toi disent que tu as la vérité et que tous les autres sont dans l’erreur.
J’attends de toi qui tu m’enseignes le droit à la différence et la possibilité de chacun d’agir selon sa conscience et sa conviction.
Or, souvent, ceux qui se réclament de toi ont du mal à distinguer ce qui est de l’ordre de la conscience pure et religieuse de ce qui est du fonctionnement de la société ; ils veulent imposer par la loi leurs convictions au mépris du droit de chacun à choisir en son âme et conscience (divorce, contraception, IVG, euthanasie, PACS…) alors qu’en fait c’est par l’amour et l’exemple qu’ils doivent montrer le chemin de Dieu.
J’attends de toi que tu m’enseignes l’humilité et la simplicité, à voir en toutes choses l’essentiel au-delà des apparences.
Souvent ceux qui se réclament de toi mettent l’accent sur la hiérarchie, l’apparat…
J’attends de toi que tu m’enseignes l’unité et que tu me fasses comprendre que ce qui unit les hommes est plus important que ce qui les sépare.
Souvent ceux qui se réclament de toi me font comprendre qu’il y a plusieurs sortes de chrétiens (les catholiques, les orthodoxes, les protestants ...) et qu’il est important de faire la différence.
J’attends de toi que tu m’enseignes la compassion et la solidarité et à aider les plus démunis et les plus pauvres.
Souvent, ceux qui se réclament de toi sont plus nombreux dans le camp des nantis et des privilégiés que dans celui des pauvres et des opprimés.
Ô mon Église, si je me permets de te dire tout cela, c’est que je me sens complètement t’appartenir, que je voudrais pouvoir le dire avec conviction mais que souvent les arguments me manquent.

Ce qu’il faut retenir et montrer
7 raisons pour lesquelles on parle d’éthique aujourd’hui : Perte de repères. Accélération des progrès de la science. Hyper médiatisation des affaires. Dérapage de notre système économique. Pollution et environnement. Télescopage de deux logiques. Passage d’un besoin d’avoir à un besoin d’être.

Moyens pédagogiques et durée (2 h)
Provoquer des débats avec l’assemblée sur des sujets d’actualité.

Idée d’exercice pédagogique individuel ou en groupes
Cherchez dans l’actualité plusieurs évènements qui posent un problème éthique aujourd’hui et qui n’en auraient pas posé il y a trente ans. Expliquez-en la raison.

Indications de lecture
L’éthique ou le Chaos , J. L. Dherse / Dom H. Minguet, Presses de la Renaissance, Paris 1998.
Le syndrome du Titanic , N. Hulot, Calmann-Lévy, 2004.
CHAPITRE II
DÉFINITION DE L’ÉTHIQUE
« L’éthique, c’est l’esthétique du dedans. »
Pierre REVERDY 8

Objectif pédagogique
Au-delà de la définition étymologique et philosophique du mot éthique, attachons-nous à identifier l’éthique de l’intérieur par les vertus qui la caractérisent.

Ce qu’il faut savoir et dire
Que nous dit le Larousse  ?7
Éthique : adjectif (gr. êthikos, morale) qui concerne les principes de la morale. Jugement éthique.
Éthique : nf. 1. Partie de la philosophie qui étudie les fondements de la morale.
2. Ensemble de règles de conduite. 3. Éthique médicale : bioéthique.
Ces définitions, même si elles sont justes, nous laissent un peu sur notre faim. Lorsque nous parlons d’éthique, en effet, beaucoup pensent à la morale, d’autres à des codes de conduite, à une charte, à la loi, au règlement, à la déontologie, etc. Tout ceci est loin d’être faux mais nous laisse à l’extérieur de l’éthique et ne fait pas pour autant avancer notre réflexion de fond.
Combien de codes de conduite, de lois, de chartes, de règlements font des entorses aux fondements et à l’esprit de l’éthique ! Faute de maîtriser ces bases c’est la porte ouverte à beaucoup de dérapages : une entreprise qui, dans sa charte, s’engage à privilégier les intérêts de ses actionnaires en négligeant de mentionner ceux des salariés est-elle dans l’éthique ? Lorsque des syndicats sont arc-boutés sur leurs principes « éthiques » tels que la préservation des avantages acquis contraire à l’esprit de solidarité envers les autres catégories, ces principes sont-ils vraiment éthiques ? Lorsqu’il n’y a pas encore si longtemps, aux USA ou en Afrique du Sud, des lois prévoyaient un traitement discriminatoire envers les Noirs, ces lois étaient-elles éthiques ? C’est par milliers qu’on pourrait trouver au quotidien des exemples de ce genre. Pourquoi ? Par méconnaissance des vertus de l’éthique.
Quatre mots me semblent tout à fait cerner ce que devrait être un comportement éthique :

1. L’ALTRUISME
Tendance à se soucier des autres, à se montrer généreux et désintéressé.
Une décision éthique doit prendre en compte cette dimension qui va générer respect, écoute, solidarité, service. La partie est loin d’être gagnée ! Exemple : un matin en me rendant en cours, je vois une affiche sur laquelle est noté : « la gratuité de la santé, un droit pour tous ». À l’époque, le débat politique portait sur le trou de la sécurité sociale qu’il fallait renflouer. Arrivé devant les étudiants, je leur pose cette question : je viens de voir une affiche sur laquelle était noté « la gratuité de la santé, un droit pour tous » ; dans quel sens cette phrase vous interpelle-t-elle ? Silence dans la salle, puis une ou deux mains se lèvent et quelques-uns se lancent : « C’est une bonne chose que les plus démunis aient droit à une assistance pour se soigner », « C’est un progrès dont la France peut s’enorgueillir ». J’insiste : « Rien ne vous choque dans cette phrase ? Rien ne vous interpelle ? » Pas de réponse. Alors je leur dis : « Écoutez, si l’on modifiait cette phrase en mettant à la place : la gratuité de la santé, un devoir pour tous ? Qu’en pensez-vous ? ». « C’est mieux ! », « C’est nous faire prendre conscience de notre devoir de solidarité ». J’en rajoute : « Imaginons deux réunions ad hoc pour trouver des solutions au trou de la “Sécu” ; dans la première, les gens sont animés par cette phrase : “la gratuité de la santé, un droit pour tous” ; dans la deuxième, ils sont animés par la phrase : “la gratuité de la santé, un devoir pour tous”. Quel est le groupe qui trouvera les meilleures solutions ? À l’évidence, c’est le deuxième ». Cette petite anecdote fait bien comprendre que nous sommes conditionnés par le respect de nos droits (les droits du patron, les droits du salarié, les droits de l’automobiliste, les droits de l’étudiant, etc. etc.) mais nos devoirs ne sont jamais mis en avant alors qu’en fait nos droits sont le résultat de nos devoirs. L’éthique passe par le souci des autres.
Un autre exemple vécu cet été dans une église corse trop petite pour accueillir tous les vacanciers. Les plus malins sont arrivés bien à l’avance pour avoir des places assises. Et j’ai vu plusieurs familles nombreuses (4/5 enfants de 6 à 15 ans) confortablement installées et des personnes âgées, voire handicapées, obligées de rester debout sans que cela ne gêne personne. Le droit était respecté mais certainement pas l’éthique.

2. LA LOYAUTÉ
Un comportement éthique est un comportement loyal, respectueux de la règle dans la lettre et surtout dans l’esprit. C’est dans ce sens là que j’ai préféré loyal à honnête ; parce qu’on peut être honnête sans être loyal. La loyauté génère la bonne foi, la sincérité, c’est ce qu’on appelle le fair-play chez les sportifs. Je pose cette question aux étudiants : « Imaginez qu’en recevant le relevé de votre compte en banque vous vous aperceviez que vous avez été crédité de 300 € par erreur, que faites-vous ? » Rires dans la salle, et puis quelques réponses fusent : « Je les garde », « Je ne dis rien, c’est la faute du banquier », « J’attends et j’espère que cette erreur passera inaperçue ». Ces étudiants sont-ils malhonnêtes ? Je ne crois pas. Sont-ils pour autant loyaux ? J’en doute. Dans une véritable démarche éthique, ils devraient se dire : « Si j’ai 300 € sur mon compte c’est que, quelque part, ils manquent à un autre compte. Je me dois donc de téléphoner ou d’écrire à mon banquier pour signaler l’erreur ». Ce n’est pas facile d’être éthique ! Autre exemple d’une mauvaise perception de l’honnêteté : nous voyons et recevons souvent des publicités faisant état d’offres fantastiques : voyages à prix cassés, voitures gagnées, remboursement de la différence de prix, etc. Quand nous regardons d’un peu plus près, nous remarquons un petit astérisque qui renvoie à un site Internet où nous nous apercevons que les conditions pour satisfaire à cette offre sont presque impossibles. Ces publicités sont-elles malhonnêtes ? Je ne pense pas : elles respectent la loi. Sont-elles loyales ? Je ne le pense pas non plus. De plus en plus les entreprises ont recours aux meilleurs avocats pour contourner la loi et son esprit. Cela fait partie de la règle du jeu et personne ne s’en offusque.

3. L’UNIVERSALITÉ
Un comportement est éthique lorsqu’il ne fait pas de différences de traitement, de privilèges, entre les personnes.
Là aussi, je questionne mes étudiants : « Êtes-vous éthiques ? » et j’enchaîne : « Je ne vous demande pas de me répondre parce que ce jugement vous appartient et fait partie de votre intimité ; mais je suis sûr que beaucoup d’entre vous, dans leur tête, se disent “bien sûr que je suis éthique avec ma famille, mes amis, mes voisins, ceux qui me sont sympathiques, ceux dont j’attends des faveurs…” Eh ! Oui ! Dans ces cas-là, nous sommes tous éthiques. Mais en fait, dans l’idéal, être éthique c’est avoir le même comportement avec ceux qui nous sont proches ou sympathiques qu’avec ceux qui nous sont éloignés ou antipathiques. Dans l’idéal, c’est nous sentir autant concernés par l’enfant qui meurt de faim à dix mille kilomètres que par l’enfant de chez nous qui n’a pas de quoi manger. Bien sûr, sur la forme, les réponses seront différentes mais le souci d’être solidaire doit être le même. Si, plus tard, dans l’équipe que vous serez amenés à gérer, vous commencez à faire des différences de traitement entre ceux qui vous sont sympathiques et ceux qui vous sont antipathiques, à terme, vous serez confrontés à des difficultés majeures ». Dans le même ordre d’idée, on me dit souvent que « être éthique dans l’entreprise, compte tenu de tous les « coups tordus » qu’on reçoit aussi bien en interne qu’en externe, c’est impossible ». Faux ! Notre devoir éthique est bien sûr de nous protéger contre ces personnes malhonnêtes ; c’est peut-être savoir se séparer d’un fournisseur, d’un collaborateur… Mais nous devons le faire avec nos armes, celles de l’éthique, et non pas les leurs. Il en va de notre image et de la conservation du capital confiance que nous avons. Nous retrouvons souvent ce comportement peu respectueux dans le sport : nous trouvons normal, voire éthique, de siffler l’adversaire pour le déstabiliser et d’applaudir uniquement son équipe pour l’encourager. Encore une fois, nous voyons combien la route est encore longue pour que l’éthique soit vécue dans son esprit.

4. LA GRATUITÉ
C’est le mot qui choque le plus surtout dans les entreprises où rien n’est gratuit, où tout est mesuré en retour sur investissement. Agir gratuitement, c’est agir pour le plaisir de faire. Nous rencontrons souvent ce phénomène dans les faits divers relatant qu’une bande de jeunes a saccagé des installations publiques « gratuitement » pour le seul plaisir de mal faire. La gratuité dans l’éthique, c’est faire quelque chose pour le plaisir de bien faire. Mais, là où ça devient paradoxal, c’est que plus nous sommes dans la gratuité, plus ça devient payant ! Eh ! Oui, les personnes qui réussissent le mieux dans tous les domaines d’activité sont des personnes qui ont plaisir à faire ce qu’elles font, plaisir à apporter aux autres ; à la limite, elles le feraient sans être payées. Certains prennent leur retraite à regret, tellement ils ont plaisir à faire ce qu’ils font. Qui, lors d’un achat, n’a pas fait la différence entre un vendeur qui aime ce qu’il fait, ce qu’il vend et un autre qui est là parce que c’est son métier, un point c’est tout ? C’est au premier que nous ferons confiance, moins au second. Comme nous le verrons plus loin, être éthique n’est pas seulement une question de volonté, c’est une question d’être. À chacun de bien choisir ce qu’il aime faire, ce pour quoi il est fait et ce en quoi il a plaisir à apporter aux autres. Questions fondamentales pour le bon choix de sa profession : les critères de confort financier ne sont que secondaires. Tout naturellement, si ce choix est bon, nous aurons une réussite professionnelle qui va générer le gain et la promotion. Etre éthique c’est donner sans souci de retour.
Pour résumer tout ce qui a été dit, je reprendrai la phrase de Saint-Exupéry : « Chacun est seul responsable de tous » 9 ou dirai plus précisément encore : « L’éthique, c’est la prise de conscience de notre devoir d’intégrer dans nos décisions et actions la dimension humaine et d’œuvrer pour celle-ci. »

Témoignage personnel : Un comportement exemplaire
Lors du dépôt de bilan, pendant la période d’observation que nous avons vécue, l’administrateur judiciaire nous avait donné quatre mois pour revenir au bénéfice. Parmi les mesures concernées pour aboutir, la hausse des prix était incontournable. En tant que directeur commercial de mon entreprise, j’ai donc fait le tour des centrales d’achat pour négocier des augmentations ; la réponse était toujours la même : « Nous ne sommes pas là pour sauver des canards boiteux, si vous ne savez pas gérer votre entreprise c’est votre affaire et non la nôtre ». J’ai fait la même démarche à la centrale d’achat Auchan à Villeneuve-d’Ascq. La réponse fut la même, pire encore, dans le sens où l’acheteur m’a dit : « Non seulement nous n’acceptons pas d’augmenter les prix, mais comme nous venons de racheter Paridoc (les Mamouths) nous allons vous demander une remise supplémentaire ». Je vous laisse deviner ma déconvenue… Cependant, j’ai la chance de connaître personnellement Gérard Mulliez, le PDG d’Auchan, pour avoir déjeuné deux fois en tête à tête avec lui. Suite à la réponse très négative de son acheteur, j’ai pris l’initiative de lui écrire pour lui signaler ce manque de cohérence entre le message de partenariat, de respect des hommes, de respect des entreprises qu’Auchan affiche pour sa plus grande fierté et la réponse de cet acheteur, en insistant sur nos bons et loyaux services de fournisseurs depuis vingt ans. Gérard Mulliez ne m’a pas répondu directement, mais trois jours après j’étais rappelé par son acheteur qui m’a reçu en compagnie de ses deux responsables hiérarchiques avec un discours complètement différent : « Nous comprenons la difficulté que vous vivez, nous sommes prêts à vous aider ponctuellement en augmentant vos prix, cependant, à deux conditions : tant que vous êtes PDG de la Société Benoit et pour une durée maximale d’un an ». Cet accord a été déterminant pour le retour au bénéfice : financièrement (par les gains générés) et psychologiquement (par la confiance qu’il a redonnée en interne ainsi qu’à l’administrateur judiciaire et au juge commissaire). Voilà un exemple tout à fait typique d’un comportement éthique malheureusement rarissime. Gérard Mulliez n’avait rien à gagner dans cette affaire ; il prenait le risque de déstabiliser son acheteur en le désavouant et d’être plus mal placé que la concurrence sur nos produits. Et pourtant, il l’a fait ! Participant ainsi indirectement au sauvetage d’une centaine d’emplois.

Ce qu’il faut retenir et montrer
Est éthique ce qui est :
Altruiste (rapport aux autres) : respect, écoute, solidarité, service, primauté du devoir sur le droit.
Loyal : honnête, de bonne foi, sincère, respect de l’esprit de la loi au-delà de la lettre.
Universel : non sélectif au niveau affectif, philosophique, géographique.
Gratuit (rapport à soi) : ne rien attendre en retour si ce n’est le plaisir de faire ; sinon, nous sommes dans la manipulation.
« Chacun est seul responsable de tous » , Antoine de Saint-Exupéry.
« L’éthique, c’est la prise de conscience de notre devoir d’intégrer dans nos décisions et actions la dimension humaine et d’œuvrer pour celle-ci. »
« L’éthique, c’est l’esthétique du dedans » , Pierre Reverdy.

Moyens pédagogiques et durée (2 h)
Études de cas liées à l’actualité.
Travail de groupes.

Idée d’exercice pédagogique individuel
Témoignez en 30 ou 40 lignes d’un comportement éthique ou contre éthique que vous avez eu vous-même dans votre vie privée, scolaire ou professionnelle et des enseignements que vous en avez tirés.
Nota : cet exercice doit avoir un très faible coefficient, et pour ne pas tomber dans le risque d’un jugement de valeur il est recommandé de mettre la note maximum quel que soit le témoignage.

Indication de lecture
Éthique à Nicomaque , Aristote, Flammarion, Paris 1992.
CHAPITRE III
ÉTHIQUE ET MORALE
« La morale commande, l’éthique recommande. »
André COMTE-SPONVILLE

Objectif pédagogique
Discerner et faire le lien entre ce qui est de l’ordre de la morale (les valeurs) et de l’ordre de l’éthique (notre comportement).

Ce qu’il faut savoir
Que nous dit le Larousse  ?
Moral, moraux : adjectif (lat. mors, mœurs) : 1. Qui concerne les règles de conduite en usage dans une société. Un jugement moral. 2. Conforme à ces règles, admis comme honnête, juste. Avoir le sens moral.
Morale : nf. 1. Ensemble des règles d’action et des valeurs qui fonctionnent comme normes dans une société. 2. Philo. Théorie des fins des actions de l’homme.
À lire et à comparer les définitions de l’éthique et de la morale, il y a peu de différences, sinon par rapport à leur origine (l’une grecque, l’autre latine). Cependant, ces deux mots sont chargés de messages fort différents. Savoir distinguer ce qui est de l’ordre de l’éthique et de la morale est une aide précieuse dans notre discernement, nos décisions et nos actions.
Le sens et le poids des mots sont importants ; en fonction de notre éducation, de notre formation, de notre sensibilité, les mots n’ont pas pour chacun de nous la même valeur. Nous avons tous une perception et une interprétation de chaque mot qui nous est propre. De cette confusion naissent les malentendus et la discorde.
Dans des domaines aussi sensibles que ceux de l’éthique et de la morale qui touchent à nos comportements et aux notions de bien et de mal, nos susceptibilités sont exacerbées et la cacophonie atteint son paroxysme avec son lot d’incompréhensions, d’oppositions et d’amour-propre.
Essayons de mettre un peu d’ordre et de clarifier les interprétations.

1. LA MORALE A UNE CONNOTATION RELIGIEUSE, L’ÉTHIQUE A UNE CONNOTATION LAÏQUE
Que ce soit dans l’entreprise, en conférence et maintenant devant les étudiants, j’ai toujours ressenti la méfiance voire le rejet suscité par le mot « morale ». Pourquoi ? Parce que ce mot a une forte connotation religieuse que nous pouvons expliquer par l’histoire. Pendant longtemps, en effet, les valeurs judéo-chrétiennes ont influencé le fonctionnement et les règles de nos pays occidentaux ; c’est seulement le siècle des Lumières qui instaure une morale laïque ; mais la connotation dogmatique, religieuse, du mot « morale » est restée. Et, comme nous le disions au début, compte tenu de la laïcisation et du rejet des religions, ne cherchons pas plus loin pourquoi ce mot paraît si ringard aujourd’hui. Tout naturellement « éthique » est venu remplacer « morale » vers les année 80. Il s’apparente à la déontologie pour un métier, au droit, aux chartes, aux codes. Sa connotation est plus jeune, plus dynamique et surtout laïque.

2. LA MORALE FAIT ÉTAT DU BIEN ET DU MAL, L’ÉTHIQUE FAIT ÉTAT DU POSITIF ET DU NÉGATIF
Lorsque nous faisons référence à la morale nous entrons tout naturellement dans un jugement de valeur, voire manichéen. Lorsque nous faisons référence à l’éthique notre jugement est relatif. Dans une réponse dite morale, nous opérons une sélection souvent arbitraire qui va nous mettre en rupture avec notre interlocuteur. Dans une réponse éthique, nous relativisons notre jugement par rapport au contexte et nous créons les conditions pour rester en bonne communication avec notre interlocuteur. Les licenciements, par exemple : c’est mal ou c’est bien ? Pour certains, ce n’est pas moral du tout : ils ne pourront jamais adhérer à ces mesures et quel que soit le contexte, ils se battront contre ceux qui les ont prises. Pour d’autres, au contraire, c’est un moindre mal par où il faut passer pour sauver un maximum d’emplois. Dans un autre domaine, l’avortement : c’est mal ou c’est bien ? Pour certains, il est inacceptable parce que assimilé à un crime ; pour d’autres, il est un moindre mal voire un progrès social. La libéralisation de la drogue : c’est mal ou c’est bien? Pour certains, au nom de la morale, c’est inadmissible et ça confine au laxisme ; pour d’autres c’est un moyen de mieux maîtriser ce fléau. À l’occasion de la guerre d’Irak, le président Bush parlait de la « guerre contre le mal » ; le moins que nous puissions dire est que ce discours a été rejeté par le monde dans son ensemble.

3. LA MORALE EST UNIVERSELLE, L’ÉTHIQUE EST SPÉCIFIQUE
La morale qui est liée aux valeurs (amour, paix, dignité, respect, etc.) est le point de repère universel : pour tous les hommes, pour tous les peuples.
L’éthique est l’appropriation spécifique de ces valeurs par un peuple, une institution, une entreprise, une personne.
La liberté est reconnue comme valeur première par tous. Cependant, pour certains elle se traduit par un capitalisme ultra libéral, pour d’autres par une société collectiviste ; pourtant, les deux sont de bonne foi.
L’éthique est dépendante entre autres du facteur religieux, des croyances, de la culture. La religion protestante a fortement modelé le capitalisme anglo-saxon qui fait du profit un « devoir divin ». Alors que la religion catholique a influencé un autre capitalisme où l’argent a une connotation péjorative.
Michel Dion professeur d’éthique sociale à l’université de Cherbrooke (Canada / Québec) écrit dans la revue Éthique 10  :
« Le judaïsme, face au profit, adopte une approche sociothéocentrique , c’est-à-dire à la fois centrée sur la Volonté de Dieu et sur le respect des coutumes locales à travers le prix du marché des biens en question. Cette coexistence de la Volonté de Dieu et du respect des coutumes locales rend les décisions d’affaires dépendantes à la fois d’une juste interprétation des textes sacrés (entre autre de la Mishnah) et d’une connaissance précise des prix du marché (…) L’Islam, face au profit adopte une approche politicothéocentrique , c’est-à-dire à la fois centrée sur la Volonté d’Allah et sur le pouvoir de l’État islamique d’intervenir pour ajuster les comportements à cette Volonté divine. Il en découle que certaines valeurs comme la vérité, l’honnêteté, la justice sociale, la modération n’ont de contenu réel qu’à travers le prisme coranique, lui-même sous l’effet du pouvoir socio politique détenu et exercé par l’État islamique. (…) L’hindouisme, face au profit, adopte une approche holistique , c’est-à-dire que toutes les dimensions de l’être humain et les fins principales de son existence sont prises en considération. Il en résulte de grandes possibilités de rechercher la prospérité matérielle compte tenu de l’impératif assez flou de respecter la moralité et la droiture. Par ailleurs, la recherche de la prospérité n’est pas isolée des autres fins de l’existence humaine, de sorte qu’une véritable conception multidimentionnelle de l’être humain et de son existence est mise en avant et sert de toile de fond à toute recherche du profit ».
La culture elle aussi influence les comportements.
Charles Handy, dans son livre S’engager autrement fait à ce sujet référence à Francis Fukuyama : « La prospérité des sociétés dépend des relations de confiance qui dépassent la famille ou l’institution. Des sociétés familiales, comme l’Italie ou la Chine, ont du mal à accorder leur confiance à d’autres qu’aux membres de la famille. Elles ne peuvent donc pas construire de très grandes entreprises, car cela implique de faire appel à des personnes extérieures au cercle familial. » 11
Le message que nous devons recevoir des ces exemples est l’importance du respect et de la tolérance qui sont indispensables pour mieux comprendre et communiquer.

4. LA MORALE EST « TU » OU « VOUS », L’ÉTHIQUE EST « JE » OU « NOUS »
Vous l’avez sans doute remarqué : la morale nous vient toujours d’un tiers. Les premiers à nous l’inculquer sont nos parents (« Tu ne dois pas voler… », « Tu ne dois pas mentir… », etc.). Puis, l’école prend le relais, tout en prolongeant la relation parent/enfant. Si nous n’y prenons garde, une fois adulte, la morale peut nous enfermer dans une infantilisation inhibante qui laisse peu de place à la relation personnelle. L’éthique nous fait entrer dans une relation adulte/adulte. Le choix de la décision nous est laissé (« J’ai décidé que… », « Nous ferons que… »). Cette différence est essentielle.
Au cours des réunions d’entreprise, j’ai souvent commis l’erreur de faire de grands discours sur le sens, les valeurs, la responsabilité morale de ceux qui m’écoutaient. J’avais vraiment « tout faux » et je ne créais pas les conditions pour le dialogue et l’échange. J’assénais des coups de massue qui, à terme, n’apportaient pas grand chose. En revanche, j’ai vite remarqué que, lorsque je faisais attention aux attentes spécifiques de chacun, je m’unissais à eux dans leurs problèmes et je remplaçais le « vous devez faire… » par un « nous devrions faire… ». Je faisais corps avec eux. Je n’étais plus le « moralisateur » ou la patron qui imposait de l’extérieur, mais le guide qui entraînait et donnait envie d’agir.
La morale génère souvent des jugements sur les autres, l’éthique des jugements sur nous-même (remise en question).

5. LA MORALE PRIVILÉGIE LE RAPPORT À SOI, L’ÉTHIQUE PRIVILÉGIE LE RAPPORT À L’AUTRE
La morale nous interpelle, elle nous permet de mieux nous connaître, d’identifier nos valeurs. Elle est un questionnement sur notre identité profonde, elle conduit à un dialogue intérieur. Elle nous « oblige » à respecter nos convictions religieuses (la prière pour le croyant), philosophiques (la nourriture pour le végétarien), à nous respecter dans notre corps (hygiène, nourriture, repos, etc.).
La morale fera que, même si nous n’avons de comptes à rendre à personne, nous ferons bien ce que nous avons à faire, nous ne tricherons pas avec nous-mêmes, nous saurons reconnaître nos défauts…
L’éthique est un questionnement sur notre rapport aux autres : « Quels sont mes devoirs ? En quoi je suis utile ? » Etc. etc. Elle nous responsabilise par nos comportements, nos décisions, nos actions.

6. LA MORALE EST RÉFÉRENCE, L’ÉTHIQUE EST DISCERNEMENT
« La morale commande, l’éthique recommande » dit André Comte-Sponville 12 . Cette citation résume bien le lien qu’il y a entre morale et éthique et montre qu’il est impossible de dissocier l’une de l’autre. Et pourtant, c’est ce qui se fait souvent. La Mafia a son éthique : la loi du silence. La « vendetta » est une éthique, celle de la vengeance. Les kamikazes qui donnent leur vie pour une cause ont leur éthique : vivent-ils pour autant les valeurs universelles, le respect de la vie, le respect des autres ? Nous voyons bien que faute de faire le lien entre morale et éthique, tous les dérapages sont possibles…
Je dis souvent que la morale est à l’éthique ce que le nord est à la boussole.
Si la boussole que vous avez n’indique pas le nord vous aurez bien du mal à aller à l’est ou au sud ! Et si en terme d’éthique nous n’avons pas de repères solides nous aurons bien du mal à trouver nos réponses. L’explorateur a quelquefois un obstacle imprévu sur sa route : une montagne, un lac… et à un moment donné il sera obligé de se détourner de son chemin initial mais le reprendra vite dès que le terrain le permettra à condition que sa boussole soit fiable. Dans nos décisions, c’est pareil : quelquefois des situations feront que nous ne pourrons pas vivre nos valeurs dans leur intégrité et que nous serons obligés de « biaiser » ; mais si nos repères sont solides nous saurons vite revenir dans la bonne direction. Par exemple, la transparence, la franchise sont des valeurs importantes en terme de morale. Il peut pourtant arriver – et ça m’est arrivé – que pour des raisons stratégiques ou psychologiques nous ne puissions pas faire état dans l’immédiat de certains projets, de certaines vérités (licenciement, suppression de prime, lancement de nouveaux produits, cacher à un malade la vérité sur sa maladie, mentir à une personne sur l’infidélité de son conjoint…) mais que, dès que la situation le permet nous fassions part de ce qui a été un « mensonge » ou un manque de transparence en expliquant pourquoi. C’est le discernement.

7. LA PERVERSION DE LA MORALE EST FANATISME, LA PERVERSION DE L’ÉTHIQUE EST MANIPULATION
L’actualité n’illustre que trop cette perversion de la morale à travers ceux qui pensent détenir la vérité et qui, au nom de cette vérité, sont intolérants, sectaires et vont jusqu’à tuer.
Quant à la perversion de l’éthique, c’est la manipulation et le faux-semblant à des fins personnelles (et les entreprises savent en profiter).

Éthique et Morale
« L’éthique n’a pas de territorialité (elle est antisociale par nature) elle se réfère à des valeurs non dites (elle est implicite). Elle n’est ni universelle (comme la morale) ni territoriale (comme la loi) mais identitaire. Il n’y a pas de contenu qui préexiste à l’acte d’énonciation ni de mémoire. C’est un acte créateur de rupture avec le passé. L’éthique devient alors une sorte de méta-morale et acquiert une vocation pratique (Jacqueline Russ 13 : “L’éthique est en fait une déconstruction : elle déconstruit les règles morales habituelles et tente de trouver une rationalité dans la conduite”). L’éthique est donc vue comme une démarche de questionnement sur les fins de l’action et sur les principes moraux et non simplement comme un mode de comportement par rapport à des fins données. » Y. Pesqueux, Y. Biefnot, L’éthique des Affaires, Éditions d’Organisation, Paris, 2002.

Éthique et Responsabilité
Chambre de Commerce et d’Industrie, Grenoble, mai 2005. Pendant une heure trente Nicole Notat nous parle de ses ambitions pour Vigeo, de l’importance et de la nécessité d’évaluer les entreprises sur leur dimension sociale et sociétale dans la droite ligne du concept du développement durable. Pas une fois elle ne prononce le mot « éthique ».
Dans son livre 14 L’entreprise verte, Elisabeth Laville nous dit que « le dernier terme, le plus délicat à traiter, est celui d’éthique. Il est pourtant très en vogue dans notre époque en quête de sens mais je l’emploie personnellement peu tant il me semble relever d’un champ philosophique ou individuel, certes indispensable et incontournable mais intime, plutôt que du domaine de l’entreprise. »
On substitue en effet de plus en plus le mot « éthique » par le mot « responsable » ou « responsabilité ».
Que doit-on en penser ? Que se cache-t-il derrière cette substitution ? Y a-t-il une différence entre « éthique » et « responsable » ? Oui ! Il y a une très grande différence entre « éthique » et « responsable ». Cette évolution sémantique n’est donc pas neutre.
Le mot « éthique » se suffit à lui-même et porte en lui toute sa signification. Une personne éthique est une personne au comportement loyal, altruiste, universel et gratuit. Le mot « responsable » est beaucoup plus flou. Dire qu’une personne est responsable, oui, mais responsable de quoi ? De qui ? Le mot « responsable » ne se comprend que s’il est complété : responsable d’une personne, d’une entreprise, d’un animal, etc. Un homme responsable est un homme qui assume ses actes mais est-il pour autant éthique ? Quand on a compris cette différence on s’explique davantage l’emploi du mot « responsable » qui engage beaucoup moins, et est plus confortable.
Toutes les personnes sont responsables, toutes les entreprises sont socialement et sociétalement responsables. Sont-elles éthiques pour autant ? C’est se dédouaner à peu de frais des engagements réels d’une entreprise que de parler uniquement de l’entreprise responsable ou des responsabilités de l’entreprise, sans parler d’éthique.

Témoignage : AB Fonderie, une entreprise au comportement éthique exemplaire
Frank Molle, patron de AB Fonderie, est un ami de longue date pour lequel j’ai beaucoup d’estime. Je suis heureux de lui donner l’occasion de témoigner de sa démarche sociale exemplaire mise en place dans l’entreprise qu’il a créée en 1999. Elle développe en effet un programme de réinsertion original hors des structures sociales-économiques classiques. Cette fonderie d’aluminium est située à Vaulx-en-Velin dans la banlieue lyonnaise et emploie dix personnes.
« J’ai construis mon projet professionnel au confluent d’une conviction et d’une compétence.
Ma conviction : la croissance de la personne, dans le sens d’une autonomie et d’une maturité sociales, relationnelles, économiques, humaines, spirituelles, est la pierre angulaire de la construction d’un monde plus juste.
Ma compétence : diriger une entreprise.
L’entreprise est un formidable outil de croissance des personnes. Si l’on veut bien lui donner cette finalité, la rentabilité, la performance suivront logiquement. Je me saisis donc de cet outil, l’entreprise, pour construire une machine à remettre debout des personnes exclues et marginalisées de notre communauté sociale par leur histoire, leur handicap, les aléas de la vie.
Ma stratégie de réinsertion est la suivante : l’État français met à disposition de toute entreprise des aides sous forme de réduction de charges, de prise en charge de coût de formation… pour favoriser l’emploi de personnes hors circuit économique : chômeurs longue durée, jeunes sans formation, RMIstes.
Notre entreprise, AB Fonderie, bénéficie donc de ces aides, qui lui permettent d’employer des personnes issues de ce public. Le handicap principal dont elles souffrent est l’instabilité sociale, voire psychologique, qui engendre un fort absentéisme.
Mais nous constatons que les aides à l’embauche équilibrent les pertes causées par leur absence. Le levier de la réinsertion est donc la persévérance : ne pas mettre fin au contrat sous prétexte que la personne donne le sentiment de ne pas vouloir s’en sortir puisqu’elle ne s’accroche pas ! Croire cela, c’est ne pas comprendre que cet absentéisme est au cœur du handicap qui provoque l’exclusion. Il n’y a donc pas d’autre moyen que d’accepter qu’un chemin de croissance passe par la reconnaissance et l’acceptation des difficultés, même si celles-ci doivent être surmontées avec le temps.
Un long travail de mûrissement est alors amorcé : stabilité engendrée par l’habitude de venir travailler, appropriation d’un lieu de vie social, communautaire, y être reconnu, attendu, y avoir sa place, son rôle à jouer. Produire avec ses mains de la richesse. Prendre une autonomie financière. En un mot, retrouver une dignité.
Une fois avancé sur ce chemin de reconstruction, l’absentéisme s’estompe. Vient alors l’heure de la revendication. Loin d’être un fléau pour l’employeur, elle est l’expression éclatante d’une première victoire sur ce chemin de progrès : « J’ai suffisamment confiance en moi pour me mettre debout face à l’autre et revendiquer une meilleure reconnaissance de mon travail par le salaire. »
Nous arrivons à la concrétisation de la réinsertion. La personne a sans doute acquis l’autonomie lui permettant de poursuivre sans compassion particulière de la part d’autrui son chemin dans l’univers hostile du monde du travail.
Une augmentation de son salaire passe par un changement d’employeur. La personne peut faire valoir ses compétences acquises à AB Fonderie. Nous l’aidons à trouver ce nouvel employeur, en promouvant sa candidature.
Aujourd’hui, après cinq ans d’existence, deux personnes sont employées chez des confrères. L’une après deux années de travail au sein d’AB Fonderie, l’autre après quatre ans.
Certains n’ont pas pu aller jusqu’au bout du chemin. Rien n’empêche qu’ils puissent transférer dans leur vie actuelle les acquis obtenus lors de leur passage plus ou moins long dans l’entreprise.
AB Fonderie a réalisé des bénéfices chaque année depuis sa création.
Le devoir social de lutte contre l’exclusion n’est pas incompatible avec la rentabilité ! »
Contact : abfonderie@wanadoo.fr
Cette entreprise est exemplaire de citoyenneté et de responsabilité.
Si chaque entreprise avait le souci de la même démarche, ne serait-ce qu’au centième de ce que fait Frank Molle, il n’y aurait pratiquement plus de problèmes de société (exclusion, racisme, délinquance, pauvreté, violence…) !

Ce qu’il faut retenir et montrer
LA MORALE Latin : morales L’ETHIQUE Grec : êthicos 1. La morale a une connotation religieuse 1. l’éthique a une connotation laïque 2. La morale fait état du bien et du mal (jugement manichéen) 2. l’éthique fait état du positif et du négatif (jugement relatif) 3. La morale est universelle (valeurs) 3. l’éthique est spécifique 4. La morale est « tu » ou « vous » 4. l’éthique est « je » ou « nous » 5. La morale privilégie le rapport à soi 5. l’éthique privilégie le rapport à l’autre 6. La morale est référence 6. l’éthique est discernement 7. Sa perversion = fanatisme 7. sa perversion = manipulation
La morale est à l’éthique ce que le Nord est à la boussole

Moyens pédagogiques et durée (2 h)
Débat et discussion sur des sujets d’actualité.

Idée d’exercice pédagogique en groupes
Chaque groupe sera invité à réfléchir sur la différence qu’il y a entre un comportement éthique et un comportement responsable, entre un entreprise éthique et une entreprise responsable.

Idée d’exercice pédagogique individuel
Écrivez, au choix : Soit à un leader d’opinion de votre choix (journaliste, éditorialiste ou autre… dans les domaines politique, religieux, économique, social, sportif, artistique, etc.) une lettre de 30 lignes maximum. Faites-lui part de votre accord ou désaccord éthique sur ce qu’il a fait, dit, préconisé ou sur ce qu’il soutient… Soit à une autorité responsable pour formuler une demande très concrète d’ amélioration dans le sens de l’éthique, par exemple écrire à son Maire pour lui signaler qu’il devrait mettre un stop dans telle rue, écrire à un Directeur de magasin pour lui signaler des problèmes de sécurité, etc.
(Joindre à votre copie la preuve de l’envoi de votre courrier : copie de l’enveloppe timbrée, du mail, dépôt de recommandé…)

Indication de lecture
Le capitalisme est-il moral , A. Comte-Sponville, Albin Michel, 2004.
CHAPITRE IV
ÉTHIQUE DE CONVICTION, ÉTHIQUE DE RESPONSABILITÉ
« Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse. »
Règle d’or à l’ONU par Norman ROCKWELL

Objectif pédagogique
Identifier et distinguer les deux approches principales de l’éthique à savoir l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité.

Ce qu’il faut savoir et dire

(…) « Elle aussi avait ses phrases types Et me parlait de ses grands principes, Puis agissait n’importe comment, En vertu des grands sentiments.
Elle allait au Louvre avec Philippe, Toujours en vertu des grands principes, Mais faisait la foire avec Armand, En vertu des grands sentiments.
Elle me soigna pendant ma grippe, Toujours en vertu des grands principes, Puis elle me quitta bien portant, En vertu des grands sentiments. » 15 (…)
Sous un aspect très ludique et plein d’humour Guy Béart mettait bien en avant les contradictions que nous vivons au quotidien d’une part entre le souci que nous avons de respecter nos principes, de ne pas faire d’entorse à notre loi morale, religieuse, à la loi civique... et d’autre part le souci légitime de satisfaire à nos besoins profonds d’amour, de solidarité, d’humanité...
Vivre cette contradiction fait partie de notre discernement : épreuve difficile qui nous oblige à mesurer le pour et le contre.
« Décortiquer » cette apparente ou profonde (le débat est ouvert) contradiction interne que nous vivons dans chacune de nos décisions va nous aider à mieux discerner et à choisir la bonne option.
Autre avantage de cette analyse : elle va nous permettre de voir où se « cachent » les racines de nos décisions et par là même de mieux nous connaître : c’est le premier pas vers la sagesse.

1. L’ÉTHIQUE DE CONVICTION
Comme son nom l’indique, c’est l’éthique qui prend pour référence nos convictions personnelles (morales, religieuses, philosophiques). C’est l’éthique qui privilégie la mise en pratique du respect de nos principes et quelquefois au détriment de l’exercice de notre responsabilité envers les autres. La loi, le dogme, le code, le règlement sont des repères très forts qui font référence dans la décision. L’éthique de conviction part de certitudes qui peuvent induire des conduites autoritaires nous fermant aux autres.
Prenons un exemple : Jean, commercial, s’adresse à monsieur Lebrun, chef d’entreprise : « Patron, j’ai une bonne nouvelle : je tiens une bonne affaire qui va sauver l’entreprise ; « mon » acheteur est prêt à signer un marché de 1 million d’euros mais à une condition pour laquelle j’ai besoin de votre accord : il me demande de lui verser sur un compte personnel à l’étranger 1 % de ce marché ; je pense qu’il n’y a pas à hésiter et que vous serez d’accord, patron ? ». Monsieur Lebrun réfléchit un instant ; c’est un homme droit, honnête, de principes : pas question d’en déroger. « Mon cher Jean, vous connaissez les valeurs et les principes de la maison ; même dans ces difficultés, je ne veux pas y faire d’entorses ; pas question d’accepter ce marché malhonnête » et Jean s’en va déçu et triste.
Deuxième exemple : Arnaud, jeune étudiant peu fortuné, fait un voyage aux USA. Il est tenté par l’achat d’un magnifique caméscope dont son père rêve depuis longtemps, 50 % moins cher que le prix français. Mais voilà, pour bénéficier de cet avantage, il ne faudra pas le déclarer à la douane, le passer en fraude. Arnaud a été élevé dans un milieu respectueux des valeurs et il n’est pas question pour lui de les trahir. Il ne cède pas à son désir de faire plaisir à son père et n’achète pas le caméscope.
Troisième exemple : Nicolas est végétarien par conviction philosophique. Un jour, il est invité par des gens qui l’aiment beaucoup et lui sont très proches mais la maîtresse de maison ne s’est pas souvenu que Nicolas était végétarien et a préparé un bon rôti. Lorsque ce plat est servi, Nicolas surpris ne sait pas quelle attitude adopter ; mais ses convictions et ses principes sont très forts. Il n’hésite pas à dire à la maîtresse de maison qu’il ne peut manger ce rôti si bon soit-il. La maîtresse de maison est très perturbée d’autant plus qu’elle n’a rien d’autre à proposer ; elle est déçue et s’en veut de cet oubli.
Dans ces trois exemples il s’agit de cas typiques d’éthique de conviction.
Les références à l’éthique des trois personnages sont la loi, les valeurs, pour Nicolas les engagements philosophiques. Nous pouvons dire que dans ces trois cas, la primauté a été donnée à la valeur de l’action plutôt qu’à la finalité. Cette approche est rigide avec tout ce que cela comporte d’avantages (droiture, repères stables, absence de flou…). Nous pouvons compter sur ce genre de personnes, elles ne nous décevront pas, elles ne nous trahiront pas. Mais il y a un revers à la médaille : le manque de discernement et le risque de confusion entre moyens et finalité ; cela peut aussi amener une démarche de déresponsabilisation personnelle – s’abriter derrière un code, une loi, voire des valeurs : « C’est pas moi, c’est le règlement », « Je suis là pour exécuter non pour réfléchir »… – autant d’attitudes qui peuvent déraper en partialité, intolérance, sectarisme, fanatisme… sources de conflits, de violence, de lâcheté… et dans tous les domaines: philosophique, sportif, économique, religieux ; que d’injustices, de souffrances morales et physiques, de guerres au nom de convictions éthiques et morales !

2. L’ÉTHIQUE DE RESPONSABILITÉ
L’éthique de responsabilité, au contraire, comme son nom l’indique, a pour référence notre volonté d’assumer notre responsabilité vis-à-vis de ceux envers qui nous avons des devoirs sans pour cela être trop regardants sur les moyens employés – la fin justifie les moyens. Cette éthique est proportionnelle à notre niveau de conscience : ce sentiment de solidarité peut se limiter au cercle de la famille et des amis mais pour certains s’étendre à l’humanité entière.
L’éthique de responsabilité part d’un questionnement, enseigne l’humilité et nous ouvre aux autres. La pratique de cette éthique est périlleuse et rares sont les personnes à même de la vivre…
Reprenons nos exemples.
Si monsieur Lebrun avait été « moins à cheval » sur ses principes il aurait pu dire : « Cette commande va sauver mon entreprise et une centaine d’emplois : pour une fois, je vais faire l’impasse sur mes principes et accepter cette condition même malhonnête. L’important ce sont mes employés. »
Pour Arnaud, le fait d’acheter ce caméscope est l’occasion unique de réaliser le rêve de son père. Il est en droit de penser que ses parents ne seront pas trop regardants sur le fait qu’il ait triché avec la douane… Et puis, après tout, il n’est pas obligé de le leur dire ! L’important est que son père soit heureux.
Nicolas aurait pu penser : mes amis ont fait des frais pour m’inviter, est-ce que j’ai le droit de leur faire de la peine, de les contrarier ? Pour une fois je pourrais bien faire l’impasse sur mes convictions : l’important c’est que mes amis soient heureux.
Comme nous le voyons, cette approche est loin d’être négative mais elle laisse beaucoup – pour ne pas dire trop – de marge de manœuvre – la porte est ouverte à beaucoup de dérapages, de mauvaise foi – elle donne bonne conscience à bon compte, elle génère des conduites égoïstes et partisanes.
C’est donc une approche qui demande beaucoup d’amour. J’aime bien la phrase de saint Augustin qui dit : « Aime et fais ce que tu veux » car elle illustre parfaitement l’idéal d’une éthique de responsabilité. Mais l’homme est-il capable d’aimer comme saint Augustin l’entendait ? Je ne le pense pas, à part quelques rares exceptions.

3. ALORS, QUELLE EST LA VOIE IDÉALE ?
Celle qui associe l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité : le souci de vivre ses convictions et valeurs d’une part et le souci d’être dans cette dimension d’humanité, d’amour, de solidarité et de respect d’autre part.
Les grands problèmes éthiques d’aujourd’hui – l’euthanasie, l’avortement, le clonage, le communautarisme, le foulard… – ne trouveront leurs réponses que dans le fragile équilibre du respect des valeurs et du respect des autres dans leurs différences.
L’écueil est de substituer la morale à l’éthique, d’en faire l’amalgame et de prendre sa morale pour éthique : nous rencontrons souvent cette démarche chez les intégristes de tous bords…
Pourtant, cet écueil peut être évité. Par conviction religieuse, une personne peut être contre l’avortement à titre personnel et par éthique défendre la loi sur l’avortement dans le souci de respecter l’autre dans ses convictions différentes. La réflexion peut être la même par rapport à l’homosexualité. Par conviction religieuse et philosophique, une personne peut être contre le « pacs » à titre personnel, mais, par éthique et souci que l’autre puisse vivre sa différence, le comprendre. Par contre, cette même personne peut ne pas être d’accord avec le mariage des homosexuels parce qu’il est une atteinte grave au respect et à la dignité des personnes pour qui le mariage est une institution sacrée relevant de leurs valeurs religieuses.

4. LES MAXIMES KANTIENNES
Ces trois célèbres maximes sont remarquablement justes et synthétiques par rapport à ces deux formes d’éthique :
« Agis toujours de telle sorte que ta maxime puisse être érigée en loi universelle. »
Que nous dit Kant ? Dans un doute sur une réponse éthique, nous devons nous poser cette question : est-ce que mon comportement peut être validé par une loi ? Est-ce que mon comportement peut être acceptable pour tous ? Si nos réponses sont positives nous validons notre décision sinon nous devons revoir note « copie ».
Kant est donc ici dans une éthique de conviction.
Dans notre premier exemple, si monsieur Lebrun se pose ces questions en regard du « pot de vin » que lui suggère son commercial la réponse est évidemment négative : les « pots de vin » ne peuvent pas être tolérés ! Ce serait tolérer la malhonnêteté et une atteinte grave à la confiance si nécessaire dans le domaine des affaires.
Dans notre deuxième exemple, si Arnaud se pose ces questions, les réponses seront aussi négatives. Les droits de douanes nécessaires à la bonne régulation de l’économie ne peuvent être abolis.
Dans le troisième exemple qui est un peu différent, si Nicolas se pose ces questions les réponses seront négatives : nous ne pouvons pas être végétarien à la carte, quand ça nous plaît ! Ou nous le sommes ou nous ne le sommes pas ! Dans ces trois exemples nous sommes tout à fait dans une éthique de conviction qui privilégie la valeur éthique de l’action par rapport à la finalité.
« Agis toujours comme si tu étais à la fois législateur et sujet de la république des volontés. »
Que nous dit Kant ? Il nous dit qu’il n’y a pas d’un côté ceux qui font les lois et de l’autre ceux qui les exécutent. Il y a seulement des lois qui sont faites par tous et acceptées par tous. Il y aurait donc incohérence à ne pas respecter une loi que nous nous serions dictée.
Là aussi, Kant est dans une éthique de conviction.
Dans cette logique, nous allons vivre la loi et le règlement dans un esprit positif (non comme des contraintes qui nous limitent mais dans la conscience qu’ils sont faits pour nous et qu’ils participent au meilleur fonctionnement de la société) et nous serons enclins à mieux les respecter. C’est ce que nous appelons le civisme.
« Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien en ta personne qu’en celle d’autrui, comme fin et non seulement comme moyen. »
Cette troisième maxime est dans une éthique de responsabilité contradictoire et complémentaire des deux précédentes : elle enrichit le message que Kant veut faire passer sur l’éthique.
Que nous dit-il ? Il nous dit que lorsque nous avons une décision à prendre et que nous la voulons éthique, nous devons nous demander si elle va participer à une finalité humaine et si notre approche est dans le souci de respect, de solidarité et de bonheur pour l’autre.
Nous sommes dans l’éthique de responsabilité.
Dans nos exemples, cela correspond au souci que monsieur Lebrun a de sauver des emplois ; au souci qu’Arnaud a de faire plaisir à son père ; au souci que Nicolas a de ne pas blesser ses amis.
En terme de référence à cette finalité humaine ou « humanité » dont parle Kant, les Droits de l’homme sont exemplaires et font l’unanimité. Mais il reste du chemin à parcourir pour combattre les égoïsmes, les sectarismes, l’intolérance, pour que ces Droits de l’homme qui sont référence deviennent réalité. Nous nous y référons beaucoup quand cela nous avantage, nous les passons pudiquement sous silence quand cela nous dérange.

Extraits de la Déclaration universelle des Droits de l’homme
votée le 10 décembre 1948 à Paris par l’Assemblée générale des Nations Unies
1- Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
4- Nul ne sera tenu en esclavage, ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
12- Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
18- Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.
23/1- Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
23/2- Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
23/3- Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant, ainsi qu’à sa famille, une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
23/4- Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
27/2- Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.
29/1- L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
30- Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un État, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

Témoignage personnel : Une démarche d’éthique de responsabilité
Pendant la période dite « d’observation » consécutive au dépôt de bilan, parmi les mesures à prendre pour revenir très rapidement au bénéfice, il y avait celle d’un plan social.
Cette démarche difficile, voire douloureuse, a été exemplaire de concertation, d’écoute, de respect, pour toutes les personnes. Après beaucoup de négociation, d’entretiens… nous étions tombés d’accord avec les élus du personnel et les représentants syndicaux sur la liste des personnes à licencier. Par rapport à ce choix, la loi oblige à des critères très clairs (ancienneté, situation familiale, compétences, suppression de poste) pour lesquels un nombre de points et un coefficient sont attribués à chacun. La loi prévoit aussi que c’est le Comité d’entreprise qui, en dernier ressort, va valider cette liste et qu’en aucun cas les personnes pressenties au départ en soient informées avant cette validation.
Pour moi, humainement parlant, il était inacceptable, intolérable que des personnes – présentes depuis plus de 20 ans pour certaines – apprennent leur licenciement par voie d’affiche ! J’ai donc pris la décision de ne pas respecter la loi – au risque d’être pénalement condamné pour entrave au bon fonctionnement du Comité d’entreprise – en informant personnellement toutes les personnes pressenties au départ.
Je puis vous témoigner qu’au-delà de leur peine, voire de leur désespoir, toutes ces personnes m’ont dit combien elles appréciaient que je leur annonce personnellement cette mauvaise nouvelle et m’ont remercié ; elles m’ont dit qu’elles se sentaient ainsi mieux respectées.
De plus, ces rencontres m’ont permis de prendre conscience de la grande détresse de deux d’entre elles dont les critères de licenciement et le scoring ne faisaient pas état. Cette détresse était liée à des situations familiales particulières (entre autres divorce en cours…) Je suis donc intervenu auprès du Comité d’entreprise pour qu’il garde ces personnes en échangeant leur départ contre celui de deux autres et lorsque j’ai dit à ces deux autres personnes toute la vérité sur le pourquoi de leur départ, elle l’ont parfaitement compris, ce dont je les remercie encore aujourd’hui.
Nous pouvons nous demander pourquoi je l’ai dit. Tout simplement parce que je savais que de « bonnes âmes » s’en seraient chargées à ma place et qu’il valait mieux être tout de suite transparent en la matière pour éviter toute déformation de la vérité.

Ce qu’il faut retenir et montrer

L’éthique de conviction
C’est l’éthique qui prend pour référence le respect des principes éthiques et des convictions personnelles sans trop se soucier des conséquences. L’éthique de conviction part de certitudes qui peuvent induire des conduites autoritaires nous fermant aux autres.
L’éthique de responsabilité
C’est l’éthique qui privilégie l’exercice de notre responsabilité sans trop se soucier des moyens employés. Sa pratique est périlleuse par la marge de manœuvre qu’elle laisse. L’éthique de responsabilité part d’un questionnement et enseigne l’humilité.

Maximes kantiennes « Agis toujours de telle sorte que ta maxime puisse être érigée en loi universelle. » « Agis toujours comme si tu étais à la fois législateur et sujet de la république des volontés. » « Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien en ta personne qu’en celle d’autrui, comme fin et non seulement comme moyen. »

Moyens pédagogiques et durée (2 h)
Discussion sur les maximes kantiennes et la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

Idée d’exercice pédagogique individuel ou en groupes
Imaginez des situations où l’on est dans l’éthique de conviction et des situations où l’on est dans l’éthique de responsabilité.

Indicatio nd electure
La Déclaration universelle des Droits de l’homme, textes rassemblés par Mario Bettati, Olivier Duhamel et Laurent Greilsamer pour Le Monde, Gallimard, 1998.
CHAPITRE V
LA POLITESSE
« La politesse est la grâce de l’esprit. »
Henri BERGSON

Objectif pédagogique
Sensibiliser à l’importance du respect des codes, des rituels et de la bienséance pour une bonne relation

Ce qu’il faut savoir et dire
J’ai longtemps hésité avant d’écrire un chapitre sur la politesse.
Parler de politesse aujourd’hui a souvent un côté ringard, désuet, moraliste…
Peut-être parce que nos premières leçons de politesse, nous les recevons dès notre enfance (ça ne se fait pas… ce n’est pas bien… on doit faire comme ça… on doit se laver les mains avant de manger… on ne doit pas parler la bouche pleine…). Autant de souvenirs qui nous replongent dans un univers d’autorité et d’irresponsabilité dont nous voulons nous affranchir.
Autre élément certainement facteur de rejet : l’aspect souvent hypocrite de la politesse ; nous connaissons l’expression « trop poli pour être honnête » !
Cependant, la politesse est « le code de la route » de la communication . La politesse est trop importante pour le bon fonctionnement d’une société pour que nous puissions faire l’impasse de ce sujet dans une pédagogie de l’éthique. « Monnaie de papier dit Kant, mais qui vaut mieux que rien et qu’il serait aussi fou de supprimer que de prendre pour de l’or véritable » 16 .
Bonjour, au revoir, merci, excusez-moi, après vous… petites choses, certes, mais qui structurent le lien social et qui font de la politesse le marketing de l’éthique , son emballage (une démarche éthique sera d’autant plus appréciée si nous savons y mettre la manière). Certes, cet aspect superficiel qui confine souvent au snobisme, lui confère un caractère d’ambiguïté pas toujours facile à discerner : nous pouvons être poli sans être éthique (nous trouvons ce genre de phénomène dans la délinquance à col blanc) et même, à la limite, nous pouvons être éthique sans être poli : un rustre ne connaissant en rien les bonnes manières peut très bien avoir un comportement généreux.
La politesse est aussi l’aspect codifié de la victoire de l’esprit sur la partie animale de l’homme . Elle est la marque de l’évolution de notre société, de l’homme des cavernes – dont le fonctionnement était apparenté à celui de l’animal – à l’homme distingué de nos jours : élégant, respectueux des autres, aux idées généreuses. L’homme poli est celui qui maîtrise ses pulsions, ses émotions, qui a le souci de respecter l’autre dans ce qu’il est, ses convictions… Dans ce sens-là, la politesse fait le lien avec les valeurs morales (la bienveillance, le respect, la dignité, la loyauté…).
Cependant, la politesse est essentiellement liée à la forme et non au fond. Dans un duel, il y a des règles de politesse à respecter ; donner au condamné à mort sa dernière cigarette ; certaines déclarations de guerre se font dans la politesse.
Dominique Picard 17 , professeur de psychologie sociale, souligne l’importance de la pédagogie de la politesse lorsqu’elle écrit « …Ainsi la mise au jour des principes fondamentaux du savoir-vivre montre que la politesse n’est pas un rituel factice et un peu suranné comme on a tendance à le penser parfois (…) c’est un mode de régulation fondamental de la vie sociale. Imaginer des relations sans politesse c’est un peu croire qu’une langue peut se passer de grammaire… »

1. AU FAIT, Y A-T-IL UNE DIFFÉRENCE ENTRE LE SAVOIR-VIVRE ET LA POLITESSE ?
Que nous dit le Larousse  ?
Politesse : n.f. Ensemble des règles de savoir-vivre, de courtoisie, en usage dans une société ; respect de ces règles.
Par ailleurs, Dominique Picard nous dit aussi 18  : « On admet généralement que le mot politesse vient du latin “politus”, lui-même issu du verbe polir signifiant au sens propre, l’action de polir et, au sens figuré, celle d’orner avec élégance ».
Savoir-vivre : n.m. Connaissance et pratique des usages du monde.
Difficile d’y voir une différence !
Cependant, à y regarder de près, nous pourrions dire que la politesse est un « état d’être » (nous disons de quelqu’un qu’il est poli) que nous pourrions assimiler à une vertu ; et que le savoir vivre est le « savoir-être » (nous disons de quelqu’un qu’il a de bonnes manières) que nous pourrions assimiler à l’éducation. La politesse se vit dans l’esprit : nous parlons de politesse du cœur. Le savoir-vivre se vit davantage dans la lettre, le respect du rituel ; il s’apparente plus au protocole, à l’étiquette. Cependant, il n’y a pas de politesse sans savoir-vivre. La politesse suppose une capacité d’adaptation, de tact : elle est l’application d’un code accepté par tous et lié à une culture, une tradition, une croyance. Elle passe donc par la connaissance et l’appropriation de ces différences. Le savoir-vivre est la partie réglementée de la politesse. « La politesse est au savoir-vivre ce que la prudence est au code de la route. »

2. HISTORIQUE DE LA POLITESSE
Edith Bouchard 19 , canadienne, professeur en étiquette et savoir-vivre, nous dit :
« Un peu d’histoire.
Le proverbe “Autres temps, autres mœurs” nous rappelle que la manière d’agir des gens varie d’une époque à l’autre. Chaque société a ses coutumes, sa manière de vivre ainsi que ses règles qui favorisent l’entente entre ses membres. Chaque époque nous présente ses forces, ses faiblesses et ses modes. La lecture de certains écrits philosophiques, moralistes ou historiques, nous permet également de constater qu’en tout temps les gens ont lutté pour que le bon sens, la dignité et le respect soient observés en société.
L’époque du Moyen Âge.
Les règles de civilité véhiculées dans notre société occidentale remontent aussi loin qu’à l’époque du Moyen Âge (476 à 1453). Époque où les femmes ont beaucoup œuvré afin d’éduquer entre autres certains grossiers personnages de leur entourage. Ces derniers étaient pour la plupart des guerriers, des marchands, des navigateurs ou encore des chasseurs (souvenons-nous de la réputation des Vikings IX e – XII e )… Éloignés pendant des mois du contexte familial ils ne se souciaient guère de ces marques d’attention qui viennent adoucir les contacts entre les individus.
De siècle en siècle, les règles de civilité se sont améliorées et raffinées en société (poignées de mains, salutations, comportements à la table, lors d’un spectacle…) tandis que d’autres se sont perdues (courbettes, embrassades des pieds, petit doigt en l’air en buvant, port du chapeau qui n’est plus obligatoire…) et cela pour mieux s’ajuster aux fluctuations du temps.
La fin du XVI e siècle.
À la fin du XVI e siècle et au début du XVII e siècle, un événement d’importance survint dans différents pays d’Europe : un courant littéraire se précise en Angleterre, en Espagne et en Italie. La France manifeste une tendance au raffinement par la coquetterie, la politesse (ce mot était synonyme de propreté avant le XVII e siècle) ainsi que par l’écriture recherchée et la manière de penser. Des grandes dames, des duchesses, des gentilshommes voulant réagir contre la grossièreté des mœurs et du langage du peuple et même de la cour devenue si vulgaire sous Henri IV se réunissent à cette fin dans des salons ou des hôtels aristocratiques.
Ce courant précieux oriente les auteurs du temps vers une littérature mondaine, favorise la bienséance, adoucit les mœurs, apporte en partie pureté et précision à la langue. Encore aujourd’hui nous pouvons profiter des effets bénéfiques de ce mouvement. »
Larousse situe la naissance de la politesse en France en 1560 20  :
« Mathurin Cordie, a la pédagogie chevillée au corps. Professeur réputé et chevronné, ce normand, à 66 ans, est nommé principal du Collège de Genève, ville où il s’est réfugié à cause de ses convictions protestantes. Auparavant, professeur au Collège de Navarre à Paris (où il eut Calvin pour élève), il a pu constater le niveau déplorable et le manque de maintien de ses élèves. Pour remédier à cet état de choses, il publie quatre années avant sa mort un véritable manuel de savoir-vivre à l’usage de la jeunesse, La civilité puérile qui connaît aussitôt un immense succès et est plusieurs fois réédité. Son livre n’est d’ailleurs pas une nouveauté : il s’inspire largement de ce qu’a écrit le grand humaniste Erasme en 1529 dans le De pueris instituandis . Et les propres idées de Cordier sont plus tard reprises par saint Jean-Baptiste de La Salle, fondateur des Écoles Chrétiennes, qui publie lui-même en 1695 Les règles de la bienséance et de la civilité chrétiennes .
Reprenons ce que nous dit Edith Bouchard :
« Les années 1960 et 1970
Dirigeons-nous maintenant vers les années 1960 et 70 dites « révolution tranquille », années de grand balayage d’interdits, pour une plus grande liberté individuelle. La discipline autoritaire connue alors devient celle du laisser faire, laisser dire, de l’enfant roi. Les leçons d’hygiène et bienséance dispensées dans les écoles sont enlevées à l’horaire scolaire. De générations en générations bien des personnes négligent les règles et perdent certaines notions parmi les plus élémentaires telles le « merci » et le « bonjour ».
Et maintenant
En ce début de XXI e siècle, nous constatons que les règles de politesse délaissées depuis plusieurs décennies connaissent un regain d’intérêt, une reconnaissance. Doucement, les mentalités changent. Cette transformation est due à différents facteurs tels : la mondialisation, l’essor qu’a pris l’industrie du voyage, l’ouverture des marchés…
Pour qu’une entreprise excelle dans son milieu et surtout sur le plan international, il faut que ses employés fassent preuve de distinction en toutes circonstances. Cet événement force les jeunes québécois à recourir aux règles de savoir-vivre. Ceux qui ont eu la chance d’appliquer ces connaissances dès l’enfance sont vite remarqués lorsqu’ils postulent un emploi.
Un bravo pour le courage et la persévérance des éducateurs consciencieux qui, malgré tout, n’ont cessé de lutter depuis pour développer des relations sociales harmonieuses ».

3. LES 4 PILIERS DE LA POLITESSE : RESPECT, TACT, DISCRÉTION, ÉLÉGANCE

3.1. Le respect des autres et de soi
Le respect part du sentiment de la dignité de toute personne quelle que soit sa condition, ce qu’elle fait, ce qu’elle dit. Un être humain, fût-il le plus crapuleux des hommes, doit être traité avec respect.
Ce respect passe par la prise en compte : Du titre ou de la fonction de la personne (bonjour docteur, bonjour président, bonjour maître…) De l’âge et de la condition physique de la personne (savoir céder sa place à une femme enceinte, aider une personne handicapée, inviter le doyen d’une assemblée à parler en premier… ) De la différence de sexe (nous ne nous conduirons pas avec une femme comme avec un homme : par exemple à table, sauf exception, nous servirons toujours une femme en premier) De la différence de croyance, de culture (nous aurons par exemple le souci de mettre à la disposition d’une personne musulmane des boissons sans alcool ; de faire référence à la culture d’une personne dans la conversation avec elle ; de prononcer quelques mots dans la langue des personnes étrangères auxquelles nous nous adressons…) Du souci d’éviter à une personne de perdre la face (ne pas lui faire remarquer son manquement à l’étiquette, son retard…)
Et cette notion de respect s’applique aussi à soi par le souci d’être « propre » dans son corps et ses vêtements (hygiène, bonne présentation) dans ses comportements (tenue et langage) et dans son esprit (par rapport aux valeurs, à la morale).

3.2. Le tact (ou le comportement juste)
La politesse étant essentiellement une affaire de tact, de subtilité, il est important que la règle ne soit pas seulement apprise mais intériorisée ; c’est la politesse du cœur .
C’est notre aptitude à nuancer, à adapter nos propos, notre comportement, en fonction des circonstances : nous ne nous habillerons pas de la même manière si nous sommes invités à un déjeuner ou à une soirée ; nous éviterons de nous vanter d’avoir réussi à un concours à une personne qui a échoué à ce même concours ; nous ferons en sorte de ne pas voir quelqu’un qui nous est proche s’il est en galante compagnie ; nous éviterons de discuter politique si nous savons que les personnes sont en opposition très vive sur ce sujet…

3.3. La discrétion
Je reprendrai la définition de Dominique Picard 21 « C’est l’art de tenir sa place et de se faire oublier quand il le faut » .
La discrétion passe déjà par le respect de la vie privée des autres. Il y a des questions qu’il est malvenu de poser, surtout à une première rencontre : quel âge avez-vous ? Êtes-vous marié ? Que fait votre conjoint ?
C’est aussi le respect de notre propre vie privée (ne pas en faire étalage, encore moins des problèmes conjugaux s’il en existe…)
La discrétion suppose de l’humilité (ne pas nous enorgueillir de nos succès, ne pas nous imposer à la première place mais attendre d’y être invités, si elle nous revient…)
Ne faisons jamais état d’une confidence qui nous a été faite.

3.4. L’élégance
« La politesse est à l’esprit ce que la grâce est au visage. »
Voltaire
Il y a l’élégance physique liée à notre habillement (le chic, le charme, l’harmonie…) mais aussi l’élégance physique liée à nos attitudes (la façon de nous mouvoir, de nous asseoir – être avachi dans un fauteuil n’est pas une marque de grande classe – de manger – sans se goinfrer) et également l’élégance du cœur (la générosité, le détachement, savoir reconnaître ses erreurs, être beau joueur…).

4. VERS UNE NOUVELLE POLITESSE : SOLIDARITÉ, AUTHENTICITÉ, SIMPLICITÉ
L’évolution des mœurs et des mentalités fait que les critères de politesse évoluent également. Les jeunes en particulier veulent plus de solidarité, d’authenticité, de simplicité, dans les marques de politesse. Les deux piliers de cette nouvelle politesse seront donc la solidarité et l’authenticité.

4.1. La solidarité
En lien avec le développement durable (esprit de responsabilité), la nouvelle politesse prend en compte l’environnement (il est de bon ton d’utiliser du papier recyclé), l’humanitaire (il est de bon goût d’avoir du café Max Havelaar chez soi), la nouvelle relation homme/femme surtout dans le monde du travail (parité), le souci de respecter les autres dans leur différence (les handicapés : il serait de très mauvais goût de se garer à une place qui leur est réservée ; les non fumeurs : il est aujourd’hui très mal venu de fumer sans en demander la permission ; les homosexuels : un discours sectaire à leur sujet est très mal compris aujourd’hui…).

4.2. L’authenticité, simplicité
Nous avons besoin d’une politesse plus vraie, plus éthique, mettant en cohérence le fond et la forme, une politesse plus simple : nous ne supportons plus tout ce protocole, les faux semblants, les discours « ampoulés ». Les hommes politiques des États-Unis illustrent parfaitement ce nouveau courant de politesse : on a vu le président Clinton « se confesser » devant le pays tout entier, le président Bush organiser un G8 avec « pas de cravate » pour mot d’ordre…
Cette nouvelle politesse appelle à un dépoussiérage de tous nos codes de savoir-vivre pour une politesse plus adaptée, plus conviviale.
Il est à noter également un phénomène nouveau : l’inversion du devoir de politesse . Jusqu’à présent, la politesse était « ascendante » et avait pour vocation de valoriser la hiérarchie… Or, aujourd’hui – et nous le constatons dans le management – c’est la hiérarchie qui se pose la question de savoir comment respecter et valoriser son personnel, ses collaborateurs. Par exemple : avant, la politesse dans l’entreprise était essentiellement basée sur les marques de respect pour le chef, le patron – on n’interrompt pas son patron, on ne lui pose pas de questions dérangeantes… la discipline était de règle ; aujourd’hui, le responsable, le chef, le patron ont beaucoup plus le souci de respecter leurs salariés – pas de tutoiement abusif, pas d’écarts de langage, pas de comportements méprisants – en un mot, d’être polis avec eux ! Dans le même état d’esprit de respecter tout un chacun quelle que soit sa condition, une ligne de confidentialité a été instaurée dans nombre d’établissements publics pour respecter les clients ; nous n’appelons plus une personne qui fait l’entretien des locaux « femme de ménage » mais « technicienne de surface » ; il n’y a plus de « caissières » mais des « hôtesses de caisse ».

5. QUELQUES RÈGLES DE POLITESSE…

5.1. La présentation
Lorsque nous présentons deux personnes, la personne qui a le rang le plus élevé doit être renseignée la première sur l’identité de son interlocuteur.
Nous présentons toujours la personne la moins titrée à la personne la plus titrée. À statut égal nous présentons toujours un homme à une femme.
À statut égal nous présentons la personne la plus jeune à la plus âgée.
Ne jamais utiliser la formule « enchanté(e) » mais plutôt « Bonjour monsieur, je suis ravie de faire votre connaissance. »
Lors d’une réception, si nous avons une compagne, ne la présentons pas par la formule « mon amie » mais énonçons sobrement son prénom et son nom. Ceci évitera toute interrogation ou raillerie sur la durée de l’engagement : passade, intérim ou mariage imminent.
À la fin de la présentation, c’est la personne qui a le statut le plus élevé qui tend la main en premier.
À statut égal, c’est toujours la femme qui tend la main en premier.
À statut égal, c’est la personne plus âgée qui tend la main en premier.

5.2. Au restaurant
Un homme entre toujours avant une femme : cette règle n’étant pas forcément connue, nous pouvons ajouter, selon l’interlocutrice : « Je me permets de vous précéder. »
Faisons remettre la carte à chacun avant d’accepter la nôtre : le maître d’hôtel saura ainsi que nous prenons en charge l’addition.
Réservons à la femme la meilleure vue (sur la salle, le paysage…).
C’est toujours l’homme qui choisit les vins.

5.3. Le téléphone
Lors d’un rendez-vous ayons la délicatesse de renvoyer notre ligne à moins que nous n’attendions un appel important : dans ce cas-là prévenons notre visiteur.
Éteignons notre portable dans les lieux publics et en rendez-vous ou dîner.
Si le téléphone sonne dans le bureau de notre directeur, levons-nous et faisons mine de partir. Le plus souvent, il nous fera signe de rester et appréciera notre geste.
Respectons les heures d’appel chez un particulier : pas avant 9 h et pas après 21 h sauf si relation plus personnelle.
Lorsque nous appelons, d’abord nous nommer par nos nom et prénom (jamais employer monsieur ou madame) énonçons l’objet de notre appel et la personne demandée.
C’est la personne qui a appelé qui marque la fin de la communication.

5.4. Au bureau
Lorsque nous recevons une personne, ne restons pas derrière notre bureau, mettons-nous autour d’une table, si possible ronde, sur deux sièges identiques.

5.5. Tutoiement
Avant de tutoyer quelqu’un il est bien de lui en demander la permission.
Par le tutoiement, nous rentrons dans la sphère privée de la personne : toute obligation en la matière (certaines entreprises obligent le personnel à se tutoyer) est une entorse grave à la politesse élémentaire, d’autant plus si cette personne est âgée, s’il s’agit d’une femme, si elle a une position sociale importante.

La politesse du cœur
« … On peut dire (…) que des phrases bien construites ne suffisent pas à produire un beau texte, de même l’observance mécanique des normes du savoir-vivre ne feront jamais un homme – ou une femme – bien élevé et c’est là le paradoxe profond du savoir-vivre : pour être poli, il faut, certes, connaître et suivre les règles ; mais la « vraie » politesse, c’est celle qui sait se faire oublier. Le véritable tact est de paraître n’obéir qu’à ses sentiments et non de se plier aux usages. La distinction raffinée est celle qui paraît « naturelle » comme une indéfinissable façon d’être et de traiter les autres qui ne s’apprendrait pas dans les livres et viendrait du plus profond de soi (…) En tant que support de la communication, la politesse doit comme le langage reposer sur un code commun aux différents interlocuteurs ; mais, en tant qu’expression de soi et de relation à l’autre, elle doit apparaître comme spontanée, unique, et liée à la nature affective de la relation… » Dominique Picard 22 .

Témoignage personnel : La leçon de politesse
J’ai toujours eu le souci d’avoir des relations très courtoises et respectueuses avec tous les gens que je côtoyais dans l’entreprise (collaborateurs, clients, fournisseurs…). Cette politesse élémentaire faisait partie intégrante de la culture de l’entreprise et je demandais à tous de la respecter. Or, un jour, un fournisseur me demande un rendez-vous. Je suis assez surpris de cette demande parce qu’il a l’habitude de traiter avec notre chef de production et même si je le connais et entretiens avec lui des relations très sympathiques, je ne suis pas son interlocuteur au niveau des affaires. Je le reçois donc et me rends de suite compte qu’il est assez perturbé, voire contrarié, loin d’être à l’aise. « Bonjour, Monsieur M… , que vous arrive-t-il, y a-t-il un problème quelconque ? » Il me dit « Et bien voilà, Monsieur Benoit, j’ai longtemps hésité à venir vous voir mais, vous connaissant et connaissant les valeurs de votre entreprise, j’ai pensé honnête de ma part de vous signaler des comportements tout à fait anormaux chez vous. Voilà de quoi il s’agit. Il y a six mois que j’essaie d’obtenir un rendez-vous avec votre directeur et sans y parvenir. La dernière fois, j’ai tenté ma chance en venant directement à l’entreprise pour prendre rendez-vous et je me suis fait insulter par monsieur L., votre chef de production, qui a eu à mon égard des propos très désobligeants, des mots grossiers, et cela devant témoins. J’ai été très fortement blessé et atteint dans ma personne. » Sur le coup, ces propos me surprennent et j’ai un moment d’hésitation. Je ne sais pas quelle doit être ma conduite : minimiser le problème et passer à autre chose ? Mais d’un autre côté, je sens que l’affaire est importante et que cela cache peut-être des entorses très graves à la politesse et à la loyauté par une personne qui a de grandes responsabilités dans l’entreprise. Je veux en avoir le cœur net et décide de crever l’abcès. Je décroche le téléphone et demande à Maurice L… de venir me rejoindre au bureau. Il est là deux minutes après, assez surpris de voir notre fournisseur. Je l’invite à s’asseoir et lui dis très calmement : « Maurice, notre fournisseur que vous connaissez m’a tenu au courant de l’altercation que vous avez eue avec lui et je crois savoir que vous avez tenu à son encontre des propos insultants. » Me tournant vers notre fournisseur : « Pouvez-vous me répéter ce que vous m’avez dit il y a cinq minutes ? » ; celui-ci s’exécute et rapporte les propos qui avaient été dits à son encontre ; « Maurice est-ce vrai ? Qu’avez-vous à dire ? » Un moment de silence s’écoule, puis, très honnêtement, Maurice me dit : « C’est vrai, je le reconnais, ce sont bien les propos que j’ai tenus. » « Je vous remercie de votre franchise. Et maintenant, puisqu’il en est ainsi, je pense qu’il serait bien que vous présentiez vos excuses à monsieur M. ». Nouveau moment de silence ; je sens que l’enjeu est important et que je prends un grand risque : soit il refuse de présenter ses excuses et, dans ce cas-là, je suis en conflit direct avec lui et mesure toutes les conséquences négatives qui peuvent s’ensuivre ; soit il présente ses excuses, perd la face et c’est pour lui un moment très difficile à vivre ; l’atmosphère est glaciale ; on entend une mouche voler ; au bout de deux minutes – et c’est long deux minutes dans ces cas-là ! – Maurice rompt le silence et dit : « monsieur M., je vous présente mes excuses : j’étais ce jour-là énervé et mes paroles ont dépassé ma pensée. » Je suis intérieurement très soulagé mais ne laisse rien paraître. Je demande à monsieur M. s’il est satisfait de ces excuses ; il s’empresse de me dire que oui ; je remercie Maurice de sa grande loyauté et fais comprendre à tous deux que nous effaçons tout et que nous repartons à zéro. Je crois que nous nous souvenons encore aujourd’hui tous les trois de ce moment à la fois douloureux et très beau car il nous fut une belle leçon de politesse et d’humilité.

Ce qu’il faut retenir et montrer
La politesse et le savoir-vivre
Savoir-vivre : connaissance et pratique des usages du monde ( Larousse ). Politesse : Ensemble des règles de savoir-vivre, de courtoisie, en usage dans une société ; respect de ces règles ( Larousse ).
La politesse est le code de la route de la communication.
La politesse est aussi l’aspect codifié de la victoire de l’esprit sur la partie animale de l’homme.
La politesse est le marketing et l’emballage de l’éthique.
Différence entre politesse et savoir-vivre
La politesse est liée à notre souci d’apporter une marque de respect dans notre relation à l’autre. C’est le fond ou l’esprit.
Le savoir-vivre est lié à notre souci de respecter les règles de la politesse. C’est la forme ou la lettre.
« La politesse est au savoir-vivre ce que la prudence est au code de la route. »
Politesse et éthique
« On peut être poli sans être éthique et on peut être éthique sans être poli. »
Les 4 piliers de la politesse
Le respect, le tact, la discrétion, l’élégance.
« La vraie politesse ou la politesse vraie est celle du cœur. »
La nouvelle politesse
Solidarité, authenticité, simplicité.
Inversion du devoir de politesse.

Moyens pédagogiques et durée (2 h)
Exposé magistral et travail en groupes sur ce qu’il faut faire et ne pas faire en terme de politesse. Chaque groupe aura un thème différent à traiter (relation entre collègues de travail ; réception d’amis ; relation avec ses voisins…).

Idée d’exercice individuel
Recherchez dans un manuel de savoir vivre vingt règles de politesse qui sont importantes pour vous en expliquant brièvement votre choix.

Indications de lecture
S.O.S. Politesse , E. Bouchard, 2001/2003, www3.sympatico.ca/edith005 Politesse, savoir-vivre et relations sociales , D. Picard, Presses Universitaires de France, 2003.
Le savoir-vivre d’aujourd’hui , Larousse Guides pratiques, 2004.
PARTIE 2
L’INTELLIGENCE DU CŒUR
CHAPITRE VI
LES DIFFÉRENTS NIVEAUX DE L’APPROPRIATION DE L’ÉTHIQUE
« Ce qui est criminel, ce n’est pas d’échouer mais de viser trop bas. »
James RUSSEL LOWEL – Poète et critique américain

Objectif pédagogique
Discerner les différentes appropriations de l’éthique et savoir les positiver.

Ce qu’il faut savoir et dire
« …quel est le sens du mot “éthique” dans nos sociétés occidentales, si ce mot en a toujours un. On peut se demander à bon droit si l’éthique, telle qu’elle apparaît aujourd’hui, placardée en argumentaire de vente ou comme élément de management, voire de manipulation, correspond à un simple artifice ou à un besoin réel et profond de l’humanité du nouveau millénaire… » . 23
André Boyer nous pose une bonne question et qui fait aujourd’hui débat. On parle d’éthique « à tout bout de champ » mais qu’en est-il exactement ? Chacun y va de sa propre interprétation et émet son avis. On dit une chose et son contraire et c’est un dialogue de sourds : pour les uns, « l’éthique, c’est du bluff, de la stratégie, de la manipulation » ; pour les autres, au contraire, « l’éthique, c’est la valeur qui sauvera la planète », « c’est une démarche sincère, c’est positif ».
Alors, essayons d’y voir plus clair et pour ce faire classons par ordre hiérarchique les différents niveaux d’appropriation de l’éthique. Cela aura l’avantage de mieux savoir de quoi nous parlons et de clarifier dans la tête de chacun toutes les discussions, débats et contradictions qui ont lieu sur l’éthique.
Pour ceci, partons du constat qu’un comportement éthique est le contraire de l’égoïsme et prenons pour référence les quatre mots employés pour le définir : altruiste, loyal, universel et gratuit.
Sept niveaux mis par ordre croissant d’éthique serviront à notre classement. Aucune entreprise ne sera citée dans le souci d’éviter de porter des jugements de valeurs uniquement sur des critères rapportés par les médias qui ne sont pas toujours objectifs ou qui nous montrent seulement une partie des facettes de l’entreprise et de sa problématique.

1. L’ÉTHIQUE « HYPOCRITE »
C’est la perversion de l’éthique qui a toute l’apparence de l’éthique mais dont la finalité est égoïste et malhonnête.
Nous trouvons ce genre d’éthique chez des personnes souvent très sympathiques, assimilées à de « beaux parleurs » qui nous amusent, nous flattent, ont des idées généreuses… Quand nous grattons un peu le vernis nous sommes souvent très déçus et leurs comportements professionnels ou privés sont catastrophiques en terme d’éthique. Nous retrouvons souvent ce genre de profil chez le vendeur qui nous promet la lune, s’enquiert de la santé de notre enfant, de nos proches, qui nous questionne sur ce que nous avons fait, sur ce que nous faisons, sur nos passions… Mais tout ceci n’est que de la technique de vente, de la manipulation ; une fois le contrat signé, la vente faite, il est bizarrement intouchable, jamais disponible et si par hasard nous le rencontrons dans un lieu public ce sera juste un bonjour et nous nous sentirons pris au piège ; nous aurons raison parce que cette personne a usé de son charme uniquement à des fins égoïstes ; elle était apparemment éthique mais pas du tout sur le fond.
L’entreprise qui s’approprie l’éthique à ce niveau d’hypocrisie a peu de chances de durer.
Nous pouvons tromper une fois nos collaborateurs, nos clients, nos fournisseurs, mais pas plusieurs fois.
Aucun des quatre mots définissant l’éthique (altruiste, loyal, universel et gratuit) ne peut s’appliquer à ce comportement.

2. L’ÉTHIQUE « DÉFENSIVE »
C’est l’éthique que nous pourrions également appeler « éthique passive » dont la motivation première est de nous protéger.
Nous avons souvent remarqué que certains conducteurs à qui l’on signale un radar deviennent « très éthiques » et freinent rapidement pour respecter la limitation de vitesse. Apparemment, cette conduite est responsable et nous pourrions la qualifier de conduite éthique. Mais en fait leur motivation est tout autre : c’est la peur de payer une amende, la peur de la perte de points, voire du retrait de permis… et dès que le radar est dépassé ils reprennent sans problème leur « vitesse de croisière ».
Nous pouvons faire ce constat dans beaucoup de domaines : s’il n’y avait pas dans les hypermarchés des moyens magnétiques pour détecter les produits non payés, nous pouvons penser que le taux de vols serait multiplié par dix ou vingt. Pour les impôts, s’il n’y avait pas la peur du contrôleur ou de la pénalité, combien de déclarations seraient exactes et combien seraient payées à temps ? Le moteur, c’est la peur.
Nous retrouvons ce genre de motivation dans les entreprises qui ont pour seul souci de ne pas avoir d’ennuis avec la justice, de ne pas écorner leur image, de ne pas avoir de procès avec leurs clients, de ne pas avoir de grèves. Il est même sorti dernièrement un livre dont le titre est à lui seul tout un programme ( Prévenir les risques éthiques de votre entreprise 24 ) et qui fait appel au souci de protection. Ce livre traite de tous les risques qu’une entreprise peut vivre par manque d’éthique.
Par rapport au niveau précédent, cette démarche est du point de vue éthique d’un cran supérieur. Pour en juger, faisons référence à nos quatre mots clés.
Du point de vue altruiste, nous pouvons dire qu’il y a le souci de ne pas nous mettre dans notre tort en respectant la loi ; c’est plutôt positif. Pour la loyauté, c’est correct, sans plus. Par contre rien d’universel et encore moins de gratuit ! Nous pourrions qualifier cette démarche de « neutre ». À la limite, pour le bon fonctionnement de notre société, il est préférable d’avoir affaire à des personnes ou des entreprises qui ont le souci de respecter la loi (même si leur motivation est égoïste) qu’à d’autres qui ne pensent qu’à la contourner.
J’ai assisté à une conférence du responsable mondial de l’éthique dans un grand groupe bancaire. À l’issue de son intervention, pendant le débat, un participant lui a posé cette question : « Comment se fait-il qu’après nous avoir dit tout ce que vous faites en terme d’éthique, vous n’ayez aucun document communiquant sur cette démarche ? » La réponse fut claire : « Nous ne voulons pas prendre le risque d’être en contradiction avec ce que nous affirmons. » Cela résumait tout son discours aussi bien sur le fond que sur la forme : le souci de se mettre à l’abri de toute critique pouvant nuire à l’image de l’entreprise. Dans cette logique, certains préfèrent « faire profil bas » plutôt que de s’engager.

3. L’ÉTHIQUE « MARKETING »
C’est l’éthique séduction dont la motivation principale est de s’attacher la sympathie à travers un lien affectif.
Nous retrouvons ce genre de comportement chez les personnes qui ont un souci de soigner leur image par l’élégance de leur tenue, de leurs propos, par leur investissement dans les actions de bienfaisance ; ce genre de personnes fréquente souvent des clubs réputés… Mais derrière cet affichage d’action humanitaire, caritative, il y a souvent le souci de se faire des relations qui peuvent favoriser la promotion dans les affaires ou la politique…
Dans les entreprises, le marketing éthique est devenu un passage obligé. Pour soigner leur image 95 % des grandes entreprises américaines ont une Fondation humanitaire. Toutes ont le souci de communiquer sur ce qu’elles font pour la protection de la planète, recherchant des partenariats avec des ONG comme WWF ou Greenpeace… À travers ce souci d’écologie, les entreprises se créent de nouvelles obligations : recyclage des produits, économie d’énergie, protection de l’environnement... (Certains hypermarchés ne donnent plus de sacs plastique à la sortie des caisses). Ces démarches sont souvent sincères mais limitées en terme d’éthique. Que pouvons-nous dire de cela par rapport à nos critères ?
Que ces démarches sont altruistes ? Oui si elles sont vraies ! Loyales ? Pas toujours ! Universelles? Pourquoi pas ! Bien qu’elles soient souvent ciblées… Gratuites ? Difficile à évaluer ! Pour certaines entreprises la démarche est vraiment sincère et responsable. Pour d’autres, cette démarche n’est qu’alibi. Nous parlons alors de « window-dressing » ou maquillage ; de « green-wash » ( « C’est le phénomène de l’entreprise destructrice dans les domaines sociaux et environnementaux qui tente, pour protéger ou étendre son marché, de se poser en ami de l’environnement, en leader de la lutte pour l’éradication de la pauvreté » ) 25  ; on parle aussi de « blue-wash » ( « Effort des firmes pour être perçues comme intégrées à la communauté mondiale des organisations humanitaires associées à l’ONU sans avoir à fournir aucun gage de leur responsabilité » 26 ).

4. L’ÉTHIQUE « UTILITARISTE »
Nous pouvons aussi l’appeler l’éthique « gagnant-gagnant » dans laquelle l’éthique est considérée comme un outil.
Nous retrouvons ce genre de comportement chez les personnes qui considèrent l’éthique comme un investissement : je donne si je reçois. Ce sont des personnes qui « sélectionnent », qui donnent à ceux qui méritent ; ce sont le plus souvent des personnes honnêtes, loyales et de bonne foi ; par contre, elles ont peu de respect pour celles qui font des entorses aux valeurs, et qui sont malhonnêtes, fainéantes, hypocrites… et desquelles elles n’attendent rien. Ce sont des personnes qui ont compris « qu’on n’attrapait pas les mouches avec du vinaigre » et qu’il faut donner pour recevoir.
Dans les entreprises, c’est la pratique bien connue du gagnant-gagnant avec les salariés, avec les fournisseurs, avec les clients. Dans une négociation, il est fait en sorte que personne ne se sente frustré ; cela permet une relation de confiance, de loyauté. Mais encore faut-il que chacun ait quelque chose à donner ! Gare à ceux qui n’ont pas de monnaie d’échange ! Dans certaines entreprises, un collaborateur dont on n’a plus besoin sera licencié sans trop d’état d’âme ; un fournisseur en difficulté sera « déréférencé » ; le petit client sera traité avec peu de respect : « Nous n’avons pas de temps à perdre » ; tout est calculé en retour sur investissement.
Pouvons-nous dire que cette démarche est vraiment éthique, d’après nos quatre critères ? Est-elle altruiste ? Oui mais dans certaines limites. Est-elle loyale ? Pas toujours. Est-elle universelle ? Pas du tout ! Elle est très sélective. Est-elle gratuite ? En rien !

5. L’ÉTHIQUE « CITOYENNE »
Nous rentrons dans la tranche supérieure de l’éthique.
C’est l’éthique responsable au sens le plus noble du terme, celle qui fait que nous nous sentons acteur et concernés par tous les problèmes de société au-delà de notre « petite problématique ».
La personne « citoyenne » a le sens des responsabilités, le souci sincère de respecter la loi (pas question de tricher, de frauder, même si elle peut le faire sans impunité), de respecter l’environnement (vous ne la verrez jamais jeter un papier dans la rue mais par contre pratiquer le tri sélectif des déchets bien que sans obligation), d’avoir des actions de solidarité pour les plus faibles (nous la retrouvons aux restos du cœur, au secours populaire, dans des taches modestes et ingrates…).
Ce sont des personnes admirables de dévouement, de désintéressement mais elles sont rares.
Dans cette catégorie, nous mettrons les entreprises dites « citoyennes » ; dans tous les domaines elle agissent pour exercer leurs responsabilités vis-à-vis de la société ; chez elles, la comptabilité est transparente : pas question d’abus de biens sociaux ; même si ce n’est pas médiatique, elles ont la volonté d’embaucher des handicapés, des chômeurs longue durée, des probationnaires.

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