Religion, métaphysique et sociologie chez Bergson
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Description

Cet ouvrage propose une lecture nouvelle de la doctrine de la religion chez Bergson, en analysant la méthodologie originale empruntée par le philosophe, notamment dans Les Deux Sources de la Morale et de la Religion. Celle-ci met en jeu sa métaphysique spiritualiste et les acquis de la sociologie de son temps, en l’occurence celle de l’École française fondée par Émile Durkheim.
L’originalité et la modernité de la démarche bergsonienne résident dans l’intégration différentielle de ces deux points de vue, où chacun d’entre eux se trouvent en retour redéfinis dans une perspective nouvelle. En adoptant ce « mixte » méthodologique, Bergson reconnaît ainsi la nécessité de traiter le fait religieux dans sa polymorphie, à la fois comme fait spirituel et social. Dans cette optique, le fait mystique, saisi indépendamment du dogme et de la foi, occupe une place centrale dans la mesure où, d’une part, il s’impose de manière inédite dans la doctrine bergsonienne comme l’« auxiliaire puissant de la recherche philosophique », et où, d’autre part, en s’incarnant dans des « individualités », il met à jour une dialectique subtile qui se joue entre le social et le spirituel, envisagés de manière divergente par la métaphysique bergsonienne et la sociologie durkheimienne.
Brigitte Sitbon-Peillon tente ainsi de comprendre le rapport complexe qui se joue entre les différents niveaux de ce savoir, où la religion devient le medium suscitant leur articulation. On y voit comment Bergson, dans son dernier ouvrage, tout en déployant les conditions d’une épistémologie originale à une époque décisive pour l’histoire des sciences, s’éloigne des métaphysiques classiques, mais ne court pas le « risque » d’une abolition de son exigence spéculative : celle de faire de la philosophie une expérience intégrale.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782130739807
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0165€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Brigitte Sitbon-Peillon
Religion, métaphysique et sociologie chez Bergson
Une expérience intégrale
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2009
ISBN papier : 9782130567103 ISBN numérique : 9782130739807
Composition numérique : 2016
http://www.puf.com/
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Cet ouvrage propose une lecture nouvelle de la doctrine de la religion chez Bergson, en analysant la méthodologie originale empruntée par le philosophe, notamment dansLes Deux Sources de la Morale et de la Religion. Celle-ci met en jeu sa métaphysique spiritualiste et les acquis de la sociologie de son temps, en l’occurence celle de l’École française fondée par Émile Durkheim.
L’originalité et la modernité de la démarche bergsonienne résident dans l’intégration différentiellede ces deux points de vue, où chacun d’entre eux se trouvent en retour redéfinis dans une perspective nouvelle. En adoptant ce « mixte » méthodologique, Bergson reconnaît ainsi la nécessité de traiter le fait religieux dans sa polymorphie, à la fois comme fait spirituel et social. Dans cette optique, le fait mystique, saisi indépendamment du dogme et de la foi, occupe une place centrale dans la mesure où, d’une part, il s’impose de manière inédite dans la doctrine bergsonienne comme l’« auxiliaire puissant de la recherche philosophique », et où, d’autre part, en s’incarnant dans des « individualités », il met à jour une dialectique subtile qui se joue entre le social et le spirituel, envisagés de manière divergente par la métaphysique bergsonienne et la sociologie durkheimienne.
Brigitte Sitbon-Peillon tente ainsi de comprendre le rapport complexe qui se joue entre les différents niveaux de ce savoir, où la religion devient lemedium suscitant leur articulation. On y voit comment Bergson, dans son dernier ouvrage, tout en déployant les conditions d’une épistémologie originale à une époque décisive pour l’histoire des sciences, s’éloigne des métaphysiques classiques, mais ne court pas le « risque » d’une abolition de son exigence spéculative : celle de faire de la philosophie uneexpérience intégrale.
Table des matières
Œuvres de Bergson Introduction 1 - Théorie de la religion ou des religions ? 2 - Religion et système 3 - Repenser la séparation entre sociologie et métaphysique Première partie. Mysticisme et philosophie Chapitre I. Le fait mystique 1 - Attente et déception des catholiques 2 - À la rencontre des mystiques 3 -Les Deux Sourcessuite deL’Évolution créatrice? 4 - L’axe épistémique 5 - Certitude et vérité mystiques Chapitre II. Les mysticismes 1 - Le mysticisme grec 2 - Le mysticisme oriental 3 - Mysticisme hindou et action 4 - Le prophétisme juif 5 - Passivité, contemplation et action 6 - Phénoménologie de l’émotion Chapitre III. Objectivation du mysticisme 1 - La critique de la démonstration rationnelle de l’existence de Dieu 2 - Mystique et dogme 3 - Les symptômes mystiques Chapitre IV. Fonction épistémologique du mysticisme 1 - Intuition philosophique et religion dynamique 2 - Les données immédiates de la conscience mystique 3 - Vision, image et touche divine 4 - La nuit de l’intelligence 5 - L’ineffable et la théologie négative 6 - Le non-savoir Conclusion de la première partie Deuxième partie. Une méthodologie « mixte » : entre métaphysique et sociologie Chapitre I. Le « mixte »
1 - Pluralité des points de vue 2 - Le fait et l’expérience 3 - La recherche des sources et la séparation entre morale et religion 4 - La morale des primitifs 5 - La simplicité du modèle clos Chapitre II. Des primitifs au primitif 1 - La critique de la « mentalité primitive » 2 - La fonction fabulatrice 3 - La magie 4 - La logique du corps 5 - Introspection, névrose et religion Chapitre III. Le social et le spirituel 1 - Le statique et le dynamique 2 - La « thermodynamique des sociétés » 3 - L’imitation comme facteur d’humanisation et de socialisation 4 - Supra-spiritualité et hyper-spiritualité Conclusion de la seconde partie Conclusion générale 1 - L’intelligence face au religieux 2 - Intensification de l’intuition philosophique par l’intuition mystique 3 - Interdisciplinarité Bibliographie raisonnée Archives Bibliographies I - Études consacrées à Bergson II - Articles consacrés à Bergson III - Ouvrages et articles sur la religion IV - Œuvres et articles de sciences sociales V - Autres ouvrages et articles cités ou consultés Index des noms
Œuvres de Bergson
es principalesŒuvresde Bergson ont été rassemblées dans l’édition dite L du centenaire, Paris,PUF, 1959, éditée par André Robinet et préfacée par Henri Gouhier. Nous renverrons à sa pagination suivie de celle de la collection « Quadrige » avec le titre abrégé de chaque œuvre.
La plupart de ces œuvres classées par ordre chronologique ont fait l’objet d’une édition critique dirigée et présentée par Frédéric Worms dans la collectionPUF« Quadrige » :
Bibliographie
DIC : Essai sur les données immédiates de la conscienceéd. Arnaud (1889), Bouaniche, Paris,PUF, « Quadrige », 2007, 322 p. MM : Matière et Mémoire (1896), éd. Camille Riquier, Paris,PUF, « Quadrige », 2008, 544 p. R : Le Rireéd. Guillaume Sibertin-Blanc, Paris, (1900), PUF, « Quadrige », 2007, 364 p. EC : L’Évolution créatrice (1907), éd. Arnaud François, Paris,PUF, « Quadrige », 2007, 736 p. e ES : L’Énergie spirituelle(1919), Paris,PUFéd., 1996, 224 p., « Quadrige », 5 DSi : Durée et Simultanéité(1922), Paris,PUF, « Quadrige », 1992, 216 p. DS : Les Deux Sources de la morale et de la religion(1932), éd. Ghislain Waterlot, Paris,PUF, 2008. e PM : La Pensée et le Mouvant(1934), Paris,PUF, « Quadrige », 6 éd., 1998, 304 p. Mélanges (Mél.), éd. André Robinet, avec la collaboration de Rose-Marie Mossé-Bastide, Martine Robinet et Michel Gauthier, avec un avant-propos d’Henri Gouhier (Paris,PUF, 1972, 1 692 p.). L’auteur y trouvera, la thèse latine de Bergson sur « L’idée de lieu chez Aristote », complément de l’Essai sur les données immédiates de la conscience, initialement parue chez Alcan sous le titre Quid aristoteles de loco senserit, et traduite par Robert Mossé-Bastide, dans une version publiée antérieurement dansLes Études bergsoniennes, II, 1948, p. 29-104. Correspondances (Cor.), éd. André Robinet, avec la collaboration de Nelly Bruyère, Suzanne Stern-Gillet et Brigitte Sitbon-Peillon, Paris,PUF, 2002, 1 705
p. Cours, t. I :Leçons de psychologie et de métaphysique, éd. Henri Hude,PUF, coll. « Épiméthée », 1990, 445 p. Cours, t. II :Leçons d’esthétique. Leçons de morale, psychologie et métaphysique, éd. Henri Hude, Paris,PUF, coll. « Épiméthée », 1992, 489 p. Cours, t. III :Leçons d’histoire de la philosophie moderne. Théories de l’âme, éd. Henri Hude, Paris,PUF, coll. « Épiméthée », 1995, 314 p. Cours, t. IV :Cours sur la philosophie grecque, éd. Henri Hude, Paris,PUF, coll. « Épiméthée », 200, 278 p. Henri Bergson et Octave Hamelin,Deux cours sur Fichte, éd. Philippe Soulez et Fernand Turlot, Strasbourg,PUS, 1989, 203 p. « Histoire de l’idée de temps », cours au Collège de France de 1902-1903, leçons des 5 et 12 décembre 1092, éd. Arnaud François, dans Frédéric Worms (éd.), Annales bergsoniennes, t. I :Bergson dans le siècle, Paris,PUF, coll. « Épiméthée », 2002, p. 25-68. « Histoire des théories de la mémoire », éd. Arnaud François, cours au Collège de France, leçons des 15, 22, 29 avril, 6 et 13 mai 1904, dans Worms, Frédéric (éd.),Annales bergsoniennes, t. II :Bergson, Deleuze, la phénoménologie, Paris,PUF, coll. « Épiméthée », 2004, p. 41-149. « Cours de Bergson sur leDe rerum radicali de Leibniz», éd. Matthias Vollet, dans Frédéric Worms (éd.),Annales bergsoniennes, t. III :Bergson et la science, Paris, PUF, coll. « Épiméthée », 2007, p. 35-52. « L’évolution du problème de la liberté », cours au Collège de France de 1904-1905, dactylogramme déposé à la bibliothèque Jacques Doucet, 8, place du Panthéon, 75005 Paris.
Introduction
1 - Théorie de la religion ou des religions ?
a question de la religion n’est que tardivement abordée par Henri L Bergson, dansLes Deux Sources de lamorale et de la religion, son dernier ouvrage, paru en 1932. C’est une époque décisive, pour l’histoire des sciences, « moment d’une évolution »[1]se poseront des problèmes communs à où plusieurs disciplines et où s’imposeront des ruptures épistémologiques, encore déterminantes, aujourd’hui, dans le champ des sciences humaines. La philosophie bergsonienne s’est élaborée, tel un « organisme », à partir d’un dialogue, ou plutôt d’une « protestation »[2], contre des savoirs constitués, instaurant d’emblée l’idée, toute moderne, d’un rapport à penser, de manière expresse, entre la philosophie et les sciences humaines, ou exactes.
Notre étude implique de comprendre ce rapport, qui, concernant la religion, poursuit en filigrane cette idée d’un « contact » entre la philosophie et ce qui peut en instruire la réflexion, ici, de manière nouvelle et originale, la mystique et la sociologie. Cet effort de compréhension, nous poussant à remonter aux sources de la pensée bergsonienne, de peser les influences, d’extraire les similitudes et de faire une synthèse des idées au milieu desquelles le philosophe a vécu, est certes tout différent de l’ « imprégnation graduelle » que préconise Bergson pour comprendre l’esprit d’un philosophe. Mais « sans cet effort préalable pour recomposer une philosophie avec ce qui n’est pas elle et pour la relier à ce qui fut autour d’elle, nous n’atteindrions peut-être jamais ce qui est véritablement elle ; car l’esprit humain est ainsi fait, il ne commence à comprendre le nouveau que lorsqu’il a tout tenté pour le ramener à l’ancien »[3]. Comment, dès lors, comprendre la théorie bergsonienne de la religion, et l’articulation qu’elle engendre entre religion, métaphysique et sociologie, à partir de son contexte « épistémique » ? Par ailleurs, existe-t-il véritablement chez Bergson une « théorie de la religion » qui puisse permettre une telle investigation ? Avant de répondre à ces questions, une autre, plus simple et plus évidente, s’interpose d’emblée : celle de son énonciation. Comment, en effet, parler de lathéoried’un philosophe, qui précisément refuse la systématisation, et la généralité de la théorie en l’opposant aux faits[4] ?
S’il y a une « théorie de la religion » chez Bergson, elle serait fondée, avant tout, sur l’observation du fait religieux saisi commeexpérience, qu’elle soit primitive ou mystique. C’est pourquoi nous dirions volontiers théoriedes religions plutôt que deladans la mesure où Bergson, par la dichotomie qu’il religion,
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