Un regard clinique sur les masques
263 pages
Français

Un regard clinique sur les masques

-

263 pages
Français

Description

Les masques, qu'ils soient au service du sacré, de la réjouissance ou de la dérision, sont des objets culturels quasi universels. Ils ont résisté au rationalisme et aux religions monothéistes. Ces dons d'ubiquité et de résilience confirment le mystérieux besoin de l'espèce humaine de devenir à l'occasion simultanément soi-même et un autre, au moins au niveau symbolique. L'auteur a appliqué à sa recherche de sens une analyse clinique des masques à l'instar du praticien qui caractérise des maladies à partir des signes en multipliant les points d'observation. Il souligne l'extrême richesse expressive des masques, et trace des pistes pour expliquer ce qui pousse ainsi l'homme à se masquer et à éprouver autant de plaisir au spectacle des mascarades.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 avril 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140148668
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

BernardVIALETTES
UN REGARD CLINIQUE SUR LES MASQUES De la dérision au sacré
OUVERTURE PHILOSOPHIQUE DÉBATS
UN REGARD CLINIQUE SUR LES MASQUES
Bernard V
UN REGARD CLINIQUE SUR LES MASQUES
D    
Ouverture philosophique Collection dirigée par Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud, Bruno Péquignot et Bruno Trentini Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Dernières parutions Nikos FOUFAS,De l’aliénation chez Rousseau. Genèse et dualité d’un concept, 2020. Yvon QUINIOU et Nikos FOUFAS,Le matérialisme en question. Dialogue critique, 2020. Issoufou Soulé MOUCHILI NJIMOM et Lucien Alain MANGA NOMO (dir.),La nature humaine. Des débats métaphysiques aux technosciences du vivant et des postulats de la modernité politique et étatique, 2020. Fatié OUATTARA,Éduquer, c’est humaniser. Dignité, intégrité, laïcité et violence, 2020. Xavier LAMBERT,Les enjeux cognitifs de l’artefact esthétique, Tome 2, 2019. Xavier LAMBERT,Émotion, cognition et création artistique, Tome 1, 2019. Jean-Yves MERCURY,Chemins avec et autour de Merleau-Ponty, 2019. Guylain BERNIER,Une autre rencontre avec le temps,2019. Isabelle HERBET,Effondrer la surface, La poussée des regards dans la peinture, 2019. François POCHON WESOLEK,La fonction de l’art selon Nietzsche et Freud, 2019.
© 2020, L'Harmattan 57, rue de l’ÉcolePolytechnique – 75005 Paris www.editionsharmattan.fr ISBN : 9782343199092 EAN : 9782343199092
Remerciements
Je tiens à marquer ma reconnaisance à Danielle, mon épouse, et à Marie-Christine et Daniel Byesse pour leur relecture attentive du manuscrit et leurs précieuses suggestions, ainsi qu’à Mme Marianne Pourtal Sourrieu, Conservateur en chef du MAAOA (Marseille), pour sa permission d’utiliser des illustrations issues de ses collections.
Préambule sur les motifs et la méthode
«Le signe ne parle plus le langage naturel de la maladie, il reprend forme et valeur qu’à l’intérieur des interrogations posées par l’investigation médicale. Rien n’empêche donc qu’il soit sollicité et presque fabriqué par elle. Il n’est plus ce qui, de la maladie, s’énonce spontanément ; mais le point de rencontre provoqué entre les gestes de la recherche et l’organisme malade». Michel Foucault « Naissance de la clinique ».
Les masques ne laissent personne indifférent. La littérature est riche de textes consacrés à ce sujet émanant d’illustres prédécesseurs, que ceux-ci soient philosophes (R. Caillois, G. Buraud), critiques d’art (J. Starobinski), historiens (F. Frontisi-Ducroux et J-P. Vernant), psychanalystes (J-T. Maertens) ou ethnologues (C. Lévi-Strauss). La multiplicité des approches confirme, s’il en était besoin, la complexité de cette matière et le mystère qui reste attaché à la coutume des mascarades, largement partagée sur tous les continents. Ce livre vient s’intégrer au sein de cette riche collection d’essais avec une approche que l’on pourrait qualifier de « clinique » par analogie avec la science clinique médicale.
Je me dois dans ce préambule d’expliquer les motifs qui m’ont conduit à imaginer la conception de ce livre et de décrire la démarche qui fut la mienne. Tout débute par le mélange confus de curiosité, de saisissement et de malaise que je ressens habituellement à la vue des masquesquelle qu’en soit l’origine ou la fonction. Ceux-ci sont porteurs d’une force expressive exceptionnelle alors même que la bouche béante et le regard vide qui en sont les vecteurs, restent par leur silence têtu un mystère absolu. On pourrait dire que le message que transmettent les masques, constitue en lui-même un oxymore. L’observateur se trouve écartelé entre une saturation émotionnelle saisissante et une totale incompréhension des mécanismes en jeu dans cet échange. Ce déchirement de l’être est intrigant et inquiétant, quand il n’est pas déstabilisant, voire affolant. En effet, le masque semble vouloir dédaigner notre raison pour s’adresser directement à notre inconscient. Cette fascination pourrait s’assimiler au dit « syndrome de Stendhal » où le trop plein d’émotion artistique entrainerait un
9
bouleversement psychique et physique de l’individu. Il y a dans ces phénomènes de réelles analogies avec les arts sans paroles qui dialoguent directement avec notre âme, telles que la musique et la danse. Comme eux, le masque nous laisse totalement désarmés pour exprimer notre émotion. Il rend tout discours explicatif convenu ou inopérant. Le masque quelle que soit sa finalité (la fête, la dérision, le jeu, le sacré) nous confronte ainsi à une énigme insondable. Pourtant tout porte à croire que la résolution de celle-ci pourrait nous aider à éclairer le mode de fonctionnement de notre psyché et à percevoir, sinon comprendre, les motivations profondes de l’espèce humaine quand elle choisit de s’exprimer derrière un masque. L’ubiquité de l’usage du masque dans le monde pose en effet une autre question radicale. Par sa présence dans de très nombreuses sociétés, cet objet peut être considéré comme une « manifestation d’humanité », alors même qu’il est destiné à masquer l’homme qui le porte. Un autre oxymore en quelque sorte! L’individu s’affirme par le fait même qu’il se dissimule derrière un artefact. On peut se demander pourquoi chaque peuple, chaque ethnie, chaque groupe social, a ainsi éprouvé le besoin impérieux de se représenter par le truchement du masque sous l’aspect d’un autre que lui-même, qu’il s’agisse d’un étranger, d’un ancêtre, d’un animal, d’une chimère, d’un esprit… Ce mystérieux besoin d’épouser une autre personnalité ou condition que la sienne m’a toujours intrigué. Il traduit une insatisfaction constitutive des hommes de leur état. Il me fallait tenter de répondre à ces multiples interrogations. L’écriture pouvait être l’instrument d’une telle recherche intérieure. Je concevais d’en faire une sorte de quête, sinon d’enquête puisqu’il y manque l’exhaustivité, au travers de lectures, de voyages, de spectacles, d’objets amoureusement collectionnés ou contemplés dans les musées ou les livres d’art. J’ai fait le postulat que la description des multiples facettes des masques et des effets variables sur le danseur masqué et l’observateur, serait à même de révéler des sens supérieurs permettant de comprendre pourquoi cet objet fut et reste si nécessaire à l’espèce humaine. Il est possible de décrire ainsi une séméïologie à partir des particularismes ethniques, de la richesse du répertoire plastique, des divers modes de mise en situation, qu’il serait possible de confronter à des références culturelles, des données historiques ou à des expériences vécues. Sans trop m’en rendre compte je devais utiliser pour cette tentative de résoudre un problème complexe une approche
10
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents