À vous de commencer
86 pages
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Description


« À vous de commencer ». Pour Kierkegaard, c’est le message que le Christ adresse à l’humanité. Ressuscité, il convie les humains à l’initiative et aux combats. Sa présence et sa vie « autorisent » des commencements neufs. C’est le désir de chercher la fraîcheur des commencements qui caractérise les textes qui sont ici rassemblés. Fraîcheur qui distingue nombre d’écrits des premiers chrétiens, mais qui ne cesse de refaire surface tout long de l’histoire chrétienne, parfois à des périodes les plus improbables. La fraîcheur des commencements côtoie souvent la « vieillesse » d’un monde divisé qui exténue ses habitants. On pourrait y voir une contradiction. L’auteur de ce livre s’efforce d’y discerner un appel. La foi somme de voir le monde tel qu’il va, à ne pas détourner les yeux de sa dureté implacable et, en même temps, elle demande d’avoir des yeux pour voir le ferment qui le travaille, le traverse et le renouvelle, à chercher, comme le dit Hopkins, « l’exquise fraîcheur vivant au plus profond des choses ».

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EAN13 9782850404344
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Frère Émile, de Taizé
À vous de commencer
LES PRESSES DE TAIZÉ
ISBN : 978-2-85040-433-7
ISBN : 978-2-85040-434-4 (e-book)
copyright © Ateliers et Presses de Taizé 2020
Couverture : Tableau d’Anne-Lise Hammann,
« Présence fugitive » (2014)
71250 Taizé, France, tél : 03 85 50 30 30
editions@taize.fr        www.taize.fr
ll en va autrement du Christ. Il a vécu ici-bas, cette vie-là est le modèle. Sur quoi, il entre dans la gloire, puis il dit comme s’il s’adressait à l’humanité :
« à vous de commencer » …
K IERKEGAARD
Kierkegaard, Pratique du christianisme , trad. Régis B OYER avec la collaboration de Michel F ORGET , Œuvres II , La Pléiade, Gallimard, 2018, p. 1043.
Préface
À une époque où nombre de ses contemporains avaient mille raisons d’être désabusés, l’incomparable poète que fut Gerard Manley Hopkins (1844-1889) osa croire – malgré tout et malgré son propre penchant à broyer du noir – à « une exquise fraîcheur », « vivant au plus profond des choses  1  ». Le poète-théologien avait ses raisons de croire qu’elle demeure pour qui sait la chercher.
J’achève la révision de ce manuscrit à la fin d’un séjour à Jérusalem. De ma fenêtre, à l’Institut œcuménique de Tantur où notre communauté a été invitée, j’aperçois chaque jour Bethléem et la Basilique de la Nativité, mais aussi le mur qui sépare Israël des Territoires. S’y côtoient la fraîcheur des commencements et la « vieillesse » d’un monde divisé qui exténue ses habitants. On pourrait y voir une contradiction. Je m’efforce d’y discerner un appel. La foi me somme de voir le monde tel qu’il va, à ne pas détourner les yeux de sa dureté implacable et, en même temps elle me demande d’avoir des yeux pour voir le ferment qui le travaille, le traverse et le renouvelle. L’entrée de l’éternité dans le temps, la véritable transcendance telle que l’entend le chrétien, n’est-elle pas justement cette force (il arrive qu’on la nomme « faiblesse ») qui pénètre l’épaisseur du monde pour le transformer ? N’est-elle pas de se saisir de notre lassitude, de notre « vieillesse » pour nous donner une vie nouvelle ?
C’est Isaïe qui me fait comprendre ces choses. De toute la Bible, c’est chez ce prophète, celui qu’on appelle le deuxième Isaïe, qui écrit pour un monde brisé, et non dans le livre de la Genèse, que l’on compte l’emploi le plus fréquent du verbe « créer » ( bara’ , en hébreu), verbe réservé à ce que Dieu seul peut faire. Comme nous aurions besoin de croire comme Isaïe : la création n’est pas limitée à un début du monde ; elle est ce que Dieu fait chaque jour pour renouveler un monde épuisé.
Certains exégètes ont vu dans les versets qui relatent l’appel du deuxième Isaïe un dialogue entre Dieu et son prophète. Quand il est lu de cette manière, on comprend mieux le défi proposé par ce texte. On saisit qu’Isaïe n’a pas été un prophète d’espérance par tempérament. Au contraire, Dieu doit le convaincre, lui faire surmonter un pessimisme fortement enraciné :
Une voix [Dieu] dit : « Proclame ! »
L’autre [le prophète] dit : « Que proclamerai-je ? » – « Tous les êtres de chair sont de l’herbe et toute leur constance est comme la fleur des champs : l’herbe sèche, la fleur se fane quand le souffle du Seigneur vient sur elles en rafale. »
[Dieu] : « Oui, le peuple, c’est de l’herbe : l’herbe sèche, la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu subsistera toujours ! » (Isaïe 40, 6-8)
« Que proclamerai-je ? » ainsi que les mots qui suivent pointent le scepticisme du prophète. C’est comme s’il disait : « Proclamer quoi ? Est-ce que cela en vaut la peine ? Pourquoi se lever le matin puisque tout s’use, s’abîme et disparaît ? »
Ce qui met Isaïe en route est une Parole venue d’un Autre. Ce qu’il appelle « Parole » ne nie pas le mal, la mort, mais incarne une réalité plus déterminante, plus décisive et plus secrète en même temps.
Comme Isaïe, Péguy avait su entendre Dieu lui dire : « Il n’y a que moi qui crée  2 . »
Péguy ne voulait pas qu’on sous-estime ce travail créateur de Dieu, même si le « comment » de son travail nous échappe :
Maintenant comment elle s’y prend pour faire de l’eau
pure avec de l’eau mauvaise,
De l’eau jeune avec de l’eau vieille,
Des jours jeunes avec des vieux jours.
De l’eau neuve avec de l’eau usée.
Des sources avec de la vieille eau.
Des âmes fraîches avec des vieilles âmes.
Des sources d’âme avec de la vieille âme.
De l’eau fraîche avec de l’eau tiède. […]
Comment elle y réussit, comment elle s’y prend,
Ça, mes enfants, c’est mon secret.
Parce que je suis son Père   3 .
Au long de ce parcours, nous allons marcher en compagnie d’auteurs qui ont cru que « l’être humain a été fait pour des commencements ». Hannah Arendt, qui a découvert ces mots chez saint Augustin à un moment important de son existence, écrivait que « la foi et l’espérance » sont « deux caractéristiques essentielles de l’existence humaine que l’antiquité grecque a complètement méconnues ». Elle croyait que « l’expression la plus succincte, la plus glorieuse » de cette confiance se trouvait « dans la petite phrase des Évangiles annonçant leur “ bonne nouvelle ” : “ Un enfant nous est né. ” »
C’est sans doute le désir de chercher la fraîcheur des commencements qui caractérise les textes qui sont ici rassemblés et qui ont pour la plupart été écrits pour répondre à des sollicitations diverses au long des dix dernières années. Fraîcheur qui distingue nombre d’écrits des premiers chrétiens (ch. I et II), mais qui ne cesse de refaire surface tout long de l’histoire chrétienne, parfois à des périodes les plus improbables. Un exemple récent est celui du Concile Vatican II. Rentrant d’une session du concile, le théologien allemand Karl Rahner, enthousiaste, mais mesurant également le chemin à parcourir, était persuadé que le Concile représentait « le commencement d’un commencement ». C’est aussi de fraîcheur et de commencement qu’il s’agit dans les deux textes consacrés au pardon et au regard qui ont tous les deux trait au pouvoir de Dieu de faire du neuf, de nous faire passer de la mort à la vie (ch. III et IV ). Dans une autre tonalité, le chapitre V est consacré aux chants de Taizé. Dans le chant et la répétition s’éveillent les forces du cœur qui permettent de faire « le chemin de la protestation à l’attestation », comme l’a si bien dit Paul Ricœur en commentant la prière à Taizé. Le défi de vivre des commencements nouveaux dans les divisions du monde contemporain est l’objet du chapitre VI, consacré à la fraternité. Enfin, un dernier chapitre propose une lecture du concile Vatican II et plus particulièrement comment ce Concile a su s’adresser à un monde « commençant » et non à un monde finissant.
« Il est tant de beauté dans tout ce qui commence. » Comment ne pas être d’accord avec ces mots que Rilke adressait à un jeune poète ? Mais si nous ne voulons pas fuir le réel, nous dérober aux tâches du quotidien, à son caractère parfois âpre, aux persévérances que requiert l’Évangile, il y a alors à chercher comment vivre ces commencements dans la routine toujours menaçante, à la suite d’échecs cuisants, au milieu des tensions inévitables des relations humaines. En disant, « Aujourd’hui, je commence », saint Antoine, le père du monachisme, ne cherchait pas une échappatoire. Il répondait à l’appel patient de Celui qui ne s’intéresse guère à notre bilan, mais cherche à

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