Abû Madyan - le maître des maîtres
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Description

Biographie d'un géant qu'Ibn ‘Arabî nommait le Maître des maîtres. Trop peu connu, Abû Madyan est un personnage ouvrant la compréhension des enjeux qui scellèrent le sort de l'islam dès le 13e siècle. Premier essai publié en France sur la vie de ce grand personnage vivificateur de la spiritualité islamique.

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Publié par
Date de parution 01 mars 2017
Nombre de lectures 29
EAN13 9791022501989
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Slimane Rezki
Sidî Abû Madyan Shu’ayb al-Maghribî al-Bijâwî al-Andalusî
520 H/589 ou 594 H-1126 EC / 1193 ou 1198 EC
Le maître des maîtres
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© Dar Albouraq
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction
par quelque procédé que ce soit, sont réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1437-2016
ISBN 979-10-2250-198-9 — EAN 9791022501989
Slimane Rezki
Abû Madyan
Le maître des maîtres
À Djamel Mechehad À sidi Abdelbaki Meftah À sidi Selim Abbad À tous les bougiottes
INTRODUCTION
Bien peu de travaux en langue française ont été consacrés à ce saint médiéval que fut Chu’ayb ibn al-Hassan plus connu sous le nom d’Abû Madyan. Pas assez connu, souvent ignoré jusque dans certains milieux soufis qu’il continue pourtant à abreuver de sa poésie. Si l’histoire de la sainteté islamique fut jalonnée de grands noms, celui-ci est probablement l’un des plus prestigieux. Je me souviens de cette anecdote, rapportée par Ibn ‘Arabî, qui illustre bien cette lacune que je viens de souligner. Lors d’un événement spirituel, celui-ci se rend en compagnie d’autres personnages saints sur la célèbre Montagne Qâf, l’équivalent du Mérû Hindou, cette montagne située au Centre du Monde et que symbolise un lotus. Il y rencontre un ange qui lui demande des nouvelles de sidi Abû Madyan. En apprenant qu’il allait bien malgré les torts que pouvaient lui infliger certaines personnes, l’ange fut stupéfait ! Comment un être tel que sidi Abû Madyan, tant aimé de Dieu et si révéré au Ciel, pouvait-il être négligé de la part des habitants de la terre ?
C’est pourtant bien le lot des saints en général et c’est ainsi qu’il en fut pour notre saint andalou. Il fut même rejeté par des savants de son époque, du moins par certains, en particulier ceux de Tlemcen lors de sa première venue. Nous verrons plus loin ce fameux événement qui opposa sidi Abû Madyan aux intellectuels du lieu qui sera celui de sa sépulture. Il est même comique de constater qu’en Algérie même, terre où vécut le saint (Béjaia) et où il fut inhumé (Tlemcen), quand vous évoquez le nom Boumédienne (contraction d’Abû Madyan) les gens pensent directement à l’ancien Président de la République algérienne. Le comble est atteint lorsque vous leur dites que vous ne pensiez pas à lui mais au saint bougiotte (qui vécut à Bougie-Béjaia), certains ne voient même pas de qui vous parlez. On peut tenter une explication de ce phénomène en revenant sur deux périodes, la première, celle de la colonisation qui tenta au prix d’efforts et de violences inouïes d’éradiquer tout patrimoine intellectuel local. Dès les débuts de la colonisation, si certaines zawiyas soufies ou plutôt certains marabouts collaborèrent avec l’occupant français, la plupart d’entre elles s’engagèrent dans le conflit armé au prix, souvent, d’une répression sauvage. La résistance prit également la forme de la transmission d’un patrimoine et d’une identité que le colon désirait effacer. La seconde période fut celle de l’indépendance, en 1962, où sous l’influence des savants d’alors : Ben Badis et la plupart des membres de mouvance réformiste al-islâh , membres également de la société des savants algériens ( jama’iyat al-‘ulama ), propagea une influence wahabo-salafiste, enfermée dans la littéralité du texte. Cette mouvance combattit les turuq soufies en pratiquant un amalgame consistant à dénoncer certains comportements déviants, isolés et fruit de l’ignorance imposée par la colonisation (la majorité des algériens étant illettrée à cette époque), comme étant représentatifs de tous les soufis. Combattue par notamment le sheikh al-‘Alawî, cette mouvance aboutit à l’extrémisme et au terrorisme que subira l’Algérie pendant plus de vingt ans lors des années 90. Toutes les zawiyas, sous l’ère du président algérien de l’époque, Houari Boumédienne 1 , furent spoliées, combattues, voire fermées. Les œuvres des maîtres soufis brûlées, mises à l’index et les soufis regardés comme des ex-collabos. Ce qui était un comble quand on sait que tous les organisateurs de la résistance furent rattachés au soufisme.
Il fallut attendre la fin des années noires du terrorisme pour que soit compris que le soufisme était l’antidote à cette parodie d’islam que fut ce wahabo-salafisme qui n’était rien d’autre qu’une instrumentalisation de l’islam à des fins machiavéliques. Ce n’est qu’une fois la société dévastée, les ravages de la colonisation portés à leur paroxysme par leurs suppôts d’alors, que la prise de conscience s’opéra. Dès lors, le soufisme fut remis à l’honneur, promu et plus encore. Depuis quelques années, quasiment tout le monde se dit avoir été soufi et avoir combattu l’horreur. Redevenu populaire, le soufisme officiel est en passe de devenir la nouvelle parodie, la nouvelle impasse. Bien moins violente extérieurement, cette parodie de soufisme est bien plus destructrice intérieurement, bien plus pernicieuse. Espérons que la vie et l’œuvre d’un saint tel que sidi Abû Madyan fassent l’objet de colloques, de séminaires et de recherches qui permettront de mettre au jour nombre de points restés obscurs.
De quelques méprises ou imprécisions
Bien qu’appelé le Tlemcénien par certains, le Sheikh Abû Madyan résida la plus longue partie de sa vie à Béjaia 2 où se trouvent encore les ruines de sa zawiya en laquelle il prodiguait son enseignement et recueillait les pauvres et les indigents. Béjaia à cette époque est décrite comme une grande métropole et le port principal de transit vers l’Orient. C’était une escale obligatoire qui comptait déjà près de cent mille habitants et plusieurs palais de renom ou d’écoles célèbres comme celle de sidi Touati fréquentée par trois mille étudiants, dont cinq cents femmes. C’est aussi là que Fibonnacci, contemporain d’Abû Madyan, reçut l’enseignement des mathématiques qui lui permit de formuler la fameuse suite portant son nom et la théorie du « nombre d’or ». Sidi Abû Madyan se rendit pourtant bien à Tlemcen de nombreuses années auparavant. Cette ville était déjà peuplée de savants et de maîtres, ces derniers accueillirent Abû Madyan avec un verre d’eau (certains disent de lait) plein en lui disant : « Tlemcen est comme ce verre, plein ; il n’y a plus de place pour d’autres maîtres ». Sortant sa main pleine de pétales de rose de son burnous, sidi Abû Madyan les jeta sur l’eau. Celles-ci flottèrent à la surface du verre sans le faire déborder. Il leur dit alors avant de partir : « Je reviendrai comme la couronne de Tlemcen ». Prédiction qui se réalisa effectivement. D’autres versions contradictoires circulent dans le but de rétablir l’erreur des savants tlemcéniens d’alors. Selon Louis Rinn, Abû Madyan, bien que mal accueilli, s’établit sur la montagne qui domine le village d’al-Eubbad, près du tombeau de sidi Abd Allah Ben Ali. Cette version rend difficilement compréhensible l’événement disant qu’en fin de vie et sur le chemin devant le mener à Marrakech, arriver à Tlemcen et plus précisément à El-Eubbad, Abû Madyan demanda où il se trouvait et comment se nommait cet endroit avant de dire : « C’est un lieu de repos paisible ». S’il avait précédemment fondé une zawiya à cet endroit, comment envisager qu’il l’ait oublié ? Dans une autre version, celle que relate Jean-François Clément dans son livre Voyage au Maghreb , il est dit : « Les profondes connaissances qu’il avait acquises le firent recevoir avec les honneurs de la population. Il dut se soustraire aux instances de ses hôtes qui mettaient tout en œuvre pour le retenir ». Le récit finit en disant qu’après des prédictions il fit ses adieux à Tlemcen, qu’il ne revit qu’à sa mort. Donc ici, plus de zawiya, plus de séjour ni d’accueil chaleureux. Comme dans de nombreux récits hagiographiques, les versions diffèrent ; servant parfois à redorer le blason de certains ou au contraire à avilir celui d’autres. Contradictions et divergences abondent. Je pourrais citer le récit de la bourse d’argent qu’il avait sur lui et qui faisait fuir les animaux. Certains disent que c’est de l’argent que l’on mit dans sa poche à son insu et dans le but de l’aider à acheter de nouveaux vêtements car il était vêtu de guenilles. D’autres prétendent qu’il avait emprunté cette somme pour inviter un voyageur en provenance d’Andalousie à se restaurer. Les récits du motif de son voyage vers Marrakech pendant lequel il trouva la mort divergent aussi notoirement. Selon les uns, il est convoqué car le roi est pris de regret d’avoir fait assassiner une dizaine d’années plus tôt son frère et son oncle qui complotèrent pour le destituer. C’est ainsi que dans la Risâla de Safî ad-Dîn ibn Abî Mansûr ibn Zâfir (un des disciples du maître) traduite par M. D. Gril, il est dit qu’Abû Madyan, préconisa à l’Émir des croyants Ya’qûb de se remettre entre les mains d’Abû al-‘Abbâs al-Marinî. D’autres versions penchent plutôt pour l’exercice d’une vengeance hourdie par certains proches du pouvoir et jaloux de l’aura du saint de Bougie qu’ils accusaient de ressembler au Mahdî tant attendu. Il n’est pas aisé de démêler le vrai du faux ni de déterminer à qui ont pu profiter les arrangements et ajouts biographiques. Nous savons que le sultan renonça à son trône et devint ascète, personnellement, j’opterais pour la première version laissant penser que le but était un repentir sincère.
Je citerais deux autres aspects de sa vie qui ne laissent pas de m’interpeller. Le premier est relatif à la présence du saint en Orient sur laquelle nous n’avons que très peu de témoignages. Parmi ceux en notre possession, il en est un qui décrit l’attachement que sidi Abû Madayn affichait à l’égard de sidi ‘Abd al-Qâdir al-Jilânî, le grand et célèbre saint de Bagdad. Pourtant, lorsqu’il parlait de la vision et de la modalité du soufisme qui étaient les siennes, il se décrivait toujours comme dans la droite ligne de l’imâm Al-Junayd, autre grande figure de la spiritualité, lui aussi originaire de Bagdad. Il ne faisait pas référence à al-Jilânî. Enfin, l’autre énigme, peut-être inextricable, est celle de l’année de sa mort. La majorité des historiens se base sur le fait qu’Abû Madyan serait mort la même année qu’Ibn Rushd (Averroès) et quelques mois avant le sultan Yaqûb al-Mansûr. En effet, si quelques doutes subsistaient dans le cas de sidi Abû Madyan, en revanche, aucun doute ne planait sur l’année de décès de ces deux contemporains du saint bougiotte (de Béjaia). Par conséquent, il n’était pas difficile de fixer la date de décès de ce dernier. Pourtant, plusieurs éléments viennent remettre cette version en cause. Plusieurs dates furent avancées : 588 ; 589 ; 590 ; 592… L’année 589 H retiendra plus particulièrement notre attention car c’est la date que mentionne le plus grand des maîtres, l’Andalou Ibn ‘Arabî. Ce fut aussi l’avis d’une autre grande figure, Yûssef at-Tâdilî (m. 617 H) qui se range à l’avis d’Ibn Arabî qui dissipe la méprise au chapitre 556 de ses Futûhât al-Mekkiyah . Mais avant de voir ensemble ce que nous en dit le Sheikh al Akbar au chapitre susmentionné, je reviendrais sur la problématique que pose la date de 594 H, retenue par la plupart des auteurs dont Claude Addas 3 . Sans conteste, Abû Madyan est la figure centrale de référence parmi les soufis qu’Ibn ‘Arabî cite dans son œuvre. La vénération qu’il lui voue ne laisse place à aucun doute sur l’estime qu’il lui porte. Or, en 589 H, embarquant probablement à Algésiras, le Sheikh al-Akbar quitte son Andalousie natale. Il dit à cette occasion : « Lorsque j’arrivai devant la mer Méditerranée – dit-il à son disciple Qunyawî – je résolus de ne pas m’embarquer avant qu’il me soit donné de contempler tous les états intérieurs et extérieurs que Dieu m’avait destinés jusqu’à ma mort. Je me tournai donc vers Dieu dans un état de concentration totale, une contemplation et une vigilance parfaites. Dieu me fit alors voir tous mes états intérieurs et extérieurs à venir jusqu’à la fin de mes jours. Je vis même que ton père et toi seriez mes disciples. Je connus tes états, tes sciences, tes stations et tes dévoilements puis les théophanies ainsi que tout ce dont Dieu te gratifierait ». Il débarque à Ceuta (Sebta) où il prit le temps de suivre l’enseignement de plusieurs maîtres, dont Ibn Quzam duquel Ibn ‘Arabî dit qu’il avait atteint le degré du « Soufre rouge ». Son intention était alors d’aller à Tunis rencontrer le sheikh al-Mahdâwî auprès de qui il restera un an en 590 H. Plusieurs constats posent problème, à cette époque, si l’on en croit ceux qui retiennent 594 H comme date de la mort du Maître des maîtres (Abû Madyan), pourquoi Ibn ‘Arabî ne va pas lui rendre visite ? Pourquoi ne narre-t-il pas une rencontre alors qu’il dit expressément vouloir se rendre chez sidi ‘Abd al-‘Azîz al-Mahdâwî qui fut disciple d’Abû Madyan et à qui il offrira plus tard la première version de sa somme magistrale, les Futûhât al-Mekkiyah ? Pourquoi fréquente-t-il de nombreux disciples d’Abû Madayan dont certains qu’ils considèrent comme ses maîtres et auprès desquels il entre en khalwa (retraite spirituelle) 4 et ne cherche pas à rencontrer le Maître lui-même ? De surcroît, on sait que lors de ce premier périple, vers l’Orient, Ibn ‘Arabî indique qu’il passe et séjourne même à Tlemcen et à Béjaia qui sont les deux pôles de la spiritualité de l’Algérie d’alors. Enfin, dans le Rûh al-Quds , Ibn ‘Arabî nous informe qu’il reçut la visite de Moussa Abû ‘Imrân, ancêtre du célèbre Sha’rânî 5 (m. 973/1565), Abdâl 6 et compagnon d’Abû Madyan, qui lui rapporta de la part de ce dernier : « Nous nous rencontrerons bien dans le monde des modalités subtiles, mais pas en ce bas monde, Dieu ne le veut pas ».
Mais revenons au chapitre 556 traitant de l’état du pôle dont la demeure est celle du verset : « Béni soit Celui entre les mains duquel se trouve le Royaume » 7 . En ouverture du chapitre, le sheikh précise d’emblée qu’Abû Madyan parvint à cette demeure de polarité en 589 H. Si l’on rapproche le fait qu’Ibn ‘Arabî précise encore qu’il obtint cette demeure une heure avant sa mort 8 , l’année 589 H s’impose comme date de son décès. Ibn ‘Arabî aurait même visité son mausolée et déclamé une poésie qu’il inclura plus tard dans son Diwân .
Une certaine vigilance s’impose toutefois
On pourrait devenir méfiant au vu de ce que je viens d’exposer. On pourrait même l’être encore plus si j’ajoute que certains passages de ses œuvres restent sujets à caution. En effet, certains spécialistes de sa poésie ont remarqué des attributions fautives et des passages incongrus nous amenant à douter de la validité du texte en certaines parties. Enfin, ajoutons que ce n’est pas un cas isolé et qu’il suffit de se rapprocher de n’importe quel codicologue sérieux pour s’apercevoir que ce fléau toucha quasiment toutes les œuvres maîtresses. C’est pour ces raisons que le gouverneur du Khorassan dut, sur la demande de l’auteur lui-même, retirer de la circulation des copies des œuvres de l’imâm Ghazâlî tellement les faux et les contrefaçons pullulaient. C’est aussi pour cela que fut adoptée l’apposition de sceaux et d’ ijâzât (licences d’enseignement et de diffusion) souvent signées par l’auteur pour éviter cette pollution des œuvres à grande échelle. Cette question est d’autant plus cruciale que les contrefaçons se doublent de mésinterprétations qui, largement diffusées, mènent l’islam aux antipodes du legs mohammedien. J’en veux pour preuve un hadîth qui dit que lors du retour du Mehdi, les gens lui demanderont quelle est sa religion tellement l’islam se sera éloigné de ses origines.
Le meilleur moyen est de comparer les éléments multiples de son œuvre, de leur trouver une cohérence et d’identifier les impossibilités pour se faire une idée plus juste de la véritable envergure d’un saint comme le fut Abû Madyan. L’essentiel demeure la dimension spirituelle du personnage que l’on peut toujours passer au filtre ultime de la conformité à l’esprit du Coran et de la Sunna. L’aspirant ne peut espérer, répétaient tant Junayd, Abû Madyan ou plus proche de nous sidi ‘Ali al-Khawwâç, parvenir à s’élever aux degrés de la contemplation directe sans se conformer au modèle mohammadien. C’est ce que fit sidi Abû Madyan qui goûta au festin et à la boisson des soufis. Il ne faut cependant pas s’y tromper, bien que sidi Abû Madyan soit avant tout connu comme poète et soufi, il fut aussi homme de science, juriste et mufti malékite dont les fatwas faisaient autorité. Sa renommée de savant du fiqh (jurisprudence) et de la ‘aqida (théologie) était au moins aussi grande que celle de soufi. Nous verrons plus loin que ses journées étaient organisées de manière à accorder à chaque domaine scientifique une plage horaire exclusive. À l’image d’un Junayd, dont il suivait le modèle dans son enseignement soufi, il concevait l’islam comme un tout ; bien que la spiritualité en soit le cœur, les autres sciences sont tout aussi nécessaires. C’est dans l’harmonieux équilibre et leur juste articulation que se situe l’épanouissement de l’homme et de la société.
Espoir désespoir
Plusieurs colloques furent organisés autour de sa personne. Je me souviens d’une très belle intervention donnée par Za’ïm Khenchelaoui au cours de l’un de ces colloques en Algérie organisé à l’occasion des Durûs El-Mohammadiyya, à Tlemcen justement. Je profiterais de l’évocation de ce souvenir pour exprimer mon désarroi. J’avais saisi l’occasion de m’entretenir avec M. Z. Khenchelaoui de l’état des lieux de la zawiya de sidi Abû Madyan. Collaborateur de la ministre de la culture algérienne d’alors, Khalida Toumi, il m’assura de son aide pour la restauration de ce lieu patrimonial. À ce jour, l’administration « stalinienne » locale et le désintérêt populaire ont rendu toute action impossible. Prions qu’un jour il soit redonné vie à cet endroit si important.


Lieu où se tenait la zawiya de sidi Abû Madyan à Béjaia (Bougie), Algérie
Ces biographies commencent avec celle du sheikh Yûssef

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