De la condamnation de la vanité
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C’est dans la vigilance (tayyaqud) et la perspicacité (fitna) que réside la clef du bonheur. La vanité (ghurûr) et l’insouciance (ghafla) sont la source de l’infortune (shaqâwa). Il n’y a pas plus grand bienfait de Dieu à l’égard de Ses serviteurs que la foi et la connaissance, et pas d’autre moyen de parvenir à Lui que l’épanouissement des poitrines par la lumière de la clairvoyance (basîra), tout comme il n’y a pas plus grand châtiment que la mécréance et l’insoumission, et rien qui n’incite à elles sinon l’aveuglement du coeur par l’obscurité due à l’ignorance. Nous nous proposons d’exposer les genres de vanité ainsi que les catégories de gens aveuglés par la vanité d’entre les juges, les savants et les hommes de bienfait qui ont été abusés par ce qui constitue les principes des choses, belles en apparence mais aux aspects cachés hideux.Nous indiquerons la manière dont ils ont été abusés par ces principes ainsi que leur insouciance à cet égard. Même s’il est impossible de les dénombrer exhaustivement, il nous est possible d’attirer l’attention sur des exemples qui nous éviterons une recherche approfondie. Les groupes de ceux aveuglés par la vanité sont nombreux.

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Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 17
EAN13 9791022501156
Langue Français

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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1431-2010
ISBN 978-2-84161-414-1 // EAN 9782841614141
Al-Ghazâlî ‘Imam Abu Hamid
De la condamnation de la vanité
(qui est le dixième traité du quart de ce qui conduit à la destruction de vivification des sciences de la religion)
Traduit de l’arabe par Lyess Chacal
D E LA CONDAMNATION DE LA VANITÉ
Louange à Dieu Qui détient en Sa main toutes les affaires, Qui par Sa puissance détient les clés des bienfaits et des maux. Lui Qui amène Ses amis des ténèbres à la lumière et Qui pousse Ses ennemis vers les abîmes de la vanité. Prière sur Muhammad qui a sorti les hommes des ténèbres ainsi que sur sa famille et sur ses Compagnons, que la vanité de la vie d’Ici-bas n’a pas induit en erreur sur Dieu, prière incessante au fil des siècles, des mois et des heures.
C’est dans la vigilance ( tayyaqud ) et la perspicacité ( fitna ) que réside la clef du bonheur. La vanité ( ghurûr ) et l’insouciance ( ghafla ) sont la source de l’infortune ( shaqâwa ). Il n’y a pas plus grand bienfait de Dieu à l’égard de Ses serviteurs que la foi et la connaissance, et pas d’autre moyen de parvenir à Lui que l’épanouissement des poitrines par la lumière de la clairvoyance ( basîra ), tout comme il n’y a pas plus grand châtiment que la mécréance et l’insoumission, et rien qui n’incite à elles sinon l’aveuglement du cœur par l’obscurité due à l’ignorance. Le cœur des hommes doués de sagacité ( akyâs ) et des hommes doués de clairvoyance est : « semblable à une niche où se trouve une lampe; la lampe est dans un [récipient de] verre; celui-ci semblerait un astre étincelant; elle est allumée grâce à un arbre béni, [grâce à] un olivier ni oriental ni occidental, dont l’huile [est si limpide qu’elle] éclairerait même si nul feu ne la touchait* lumière sur lumière ». Quant au cœur des vaniteux, ils est « semblable à des ténèbres sur une mer obscure; un flot la couvre sur lequel est un flot, sur lequel sont des nuages. Ténèbres sur lesquelles sont d’autres ténèbres. Quand [l’homme] sort sa main, à peine peut-il la voir. Celui à qui Dieu ne donne pas de lumière n’a point de lumière ». Les hommes à l’esprit fin sont ceux que Dieu a voulu guider. Il a, alors, ouvert leur poitrine à l’Islam et à la voie droite. Les vaniteux, quant à eux, sont ceux que Dieu a voulu égarer. Il a ainsi fait que leurs poitrines soient étroites comme s’ils montaient au ciel. Le vaniteux est celui dont la clairvoyance ne s’est pas épanouie pour qu’il puisse se guider seul, qui est resté dans l’aveuglement et qui a pris pour chef sa passion et pour guide le Diable, et : « quiconque aura été aveugle en cette [vie]-ci, sera aveugle en la [vie] dernière et plus égaré [encore] en chemin ». Si l’on sait que la vanité est la source principale des infortunes et l’origine de ce qui conduit à la destruction, il est nécessaire d’en exposer les préludes et les causes ainsi que le détail de ce qui amène à sombrer fréquemment dans la vanité afin que le novice y prenne garde après en avoir eu connaissance et qu’il s’en préserve. Le bienheureux d’entre les hommes est celui qui connaît les tenants des fléaux et de la perversité, qui y prend garde et qui a construit sa vie ( amr ) sur la détermination et la clairvoyance.
Nous nous proposons d’exposer les genres de vanité ainsi que les catégories de gens aveuglés par la vanité d’entre les juges, les savants et les hommes de bienfait qui ont été abusés par ce qui constitue les principes des choses, belles en apparence mais aux aspects cachés hideux.
Nous indiquerons la manière dont ils ont été abusés par ces principes ainsi que leur insouciance à cet égard. Même s’il est impossible de les dénombrer exhaustivement, il nous est possible d’attirer l’attention sur des exemples qui nous éviterons une recherche approfondie. Les groupes de ceux aveuglés par la vanité sont nombreux; cependant, ils se divisent en quatre grandes catégories :
la première catégorie concerne les savants.
La deuxième catégorie concerne les gens en général.
La troisième catégorie regroupe les mystiques.
La quatrième catégorie regroupe les détenteurs de biens matériels.
Tous ceux de ces catégories qui ont été dupés par la vanité se divisent en de nombreux autres groupes. Les aspects de leur vanité sont multiples. [En effet], il y en a qui voit le convenable dans le blâmable à l’instar de celui qui choisit la mosquée pour la décorer, [usant pour cela] de biens illicites.
Il en est parmi eux, qui ne fait pas de distinction entre l’activité qu’il déploie pour lui et celle qu’il déploie pour Dieu le Très-Haut à l’exemple du prédicateur dont l’ambition réside dans l’approbation de ses propos et le prestige.
Il en est qui délaisse le plus important pour s’affairer à autre chose, d’autres qui délaissent [ce qui, de la religion] est obligatoire au profit de [la pratique] surérogatoire et d’autres encore qui abandonne l’essentiel pour s’occuper du superficiel à l’instar de celui dont l’intérêt pour la prière est moindre que l’intérêt qu’il porte à la correction de l’origine des lettres ainsi qu’à d’autres éléments de base qui ne peuvent être éclairés que par un exposé détaillé des groupes [qui les constituent] et grâce aux exemples donnés.
Commençons avant tout par le rappel de la vanité des savants en exposant, en premier lieu, la condamnation de la vanité et sa seule signification propre.
E XPOSÉ DE LA CONDAMNATION DE LA VANITÉ , DE SA SIGNIFICATION PROPRE ET DES ASPECTS QU ’ ELLE REVÊT
Sache que les paroles du Très-Haut : « que la vie immédiate ne te trompe point et que le trompeur ne te trompe point sur Dieu », « mais vous vous êtes séduits vous-mêmes; vous avez tergiversé; vous avez intrigué; vos souhaits vous ont trompés » suffisent pour ce qui est de condamner la vanité, et le Messager de Dieu, que la paix et le salut soient sur lui, a certes dit : « combien meilleur est le sommeil des hommes doués de sagacité et combien ils surpassent les veillées nocturnes des sots et leurs interprétations de la [loi]. En vérité, une once de grain provenant d’un homme pieux et convaincu vaut mieux que la terre emplie d’hommes que la vanité a dupés », et : « l’homme doué de sagacité est celui qui soumet [les passions] de son âme et qui agit pour ce qui surviendra après la mort; le sot, quant à lui, est celui qui suit les passions de son âme et espère beaucoup de Dieu ». Tout ce qui a été rapporté concernant le bienfait du savoir et la condamnation de l’ignorance montre combien la vanité est méprisable, car on désigne par vanité certaines catégories de l’ignorance puisque l’ignorance consiste en ce que l’on soit convaincu d’une chose dont l’appréciation qu’on en fait est contraire à ce qu’elle est réellement. La vanité est de ce fait une ignorance, à ceci près que toute ignorance n’est pas nécessairement une vanité. Bien plus encore, le terme vanité évoque particulièrement celui qui se trompe sur une chose ainsi que celui abusé par une chose qui est donc ce qui le trompe. Chaque fois que celui qui s’applique avec assiduité à un travail [ou à étudier la loi], qui est convaincu d’une chose qui s’accorde avec la passion, et que la cause de laquelle découle l’ignorance est un argument spécieux et une imagination corrompue, pense que cela est une preuve suffisante, alors qu’elle ne l’est pas, l’ignorance qui découle de cette attitude est appelée vanité.
La vanité est, ainsi, l’apaisement de l’âme quant à ce qui sied à la passion. Le naturel y penche alors sous l’effet d’un argument spécieux et d’une duperie du Diable; celui qui est convaincu qu’il est un bien, soit présentement soit ultérieurement, en [s’appuyant pour cela sur un argument spécieux corrompu] est donc vaniteux. La majorité des gens ont une haute opinion de leur personne alors qu’ils sont, à ce sujet, dans l’erreur. La majorité des gens sont, de ce fait, vaniteux même si les genres de leur vanité varient ainsi que leurs degrés. Au point que la vanité de certains d’entre eux est plus visible et plus intense que celle de certains autres; la plus visible et la plus intense étant la vanité des mécréants ainsi que celle des insoumis et des pervers. Nous rapportons [maintenant] des exemples pour chacune de ces deux catégories quant à la signification propre de la vanité.
Premier exemple : il s’agit de la vanité des mécréants. Il en est parmi eux qui ont été dupés par la vie d’Ici-bas et d’autres qui ont été trompés sur Dieu par le Trompeur ( gharûr ). Quant à ceux qui ont été dupés par la vie d’Ici-bas, ils sont ceux qui ont dit : « nous pouvons profiter présentement de l’ici-bas alors que nous ne pouvons profiter de l’au-delà qu’ultérieurement ». Ils ont aussi dit : « la certitude est préférable au doute. Les plaisirs de l’Ici-bas sont une certitude et les plaisirs de l’Au-delà, un doute. Nous ne délaissons pas, ainsi, la certitude au profit du doute ». Ce sont-là des comparaisons déficientes qui ressemblent à la comparaison [qu’a faite] Iblîs lorsqu’il dit : « je suis meilleur que lui. Tu m’a créé de feu et Tu l’as créé d’argile ». Les paroles du Très-Haut font allusion à ces gens-là : « pour ceux qui ont troqué la vie immédiate contre la vie dernière, le tourment ne sera point allégé et [ceux-là] ne seront point secourus ». Le traitement de cette vanité se fait soit par la confirmation de la foi, soit par la preuve [fournie]. Quant à la confirmation par la seule foi, elle consiste en ce que [le vaniteux] croie Dieu le Très-Haut dans Ses paroles : « tout ce que vous possédez s’épuisera, tandis que ce qui est auprès de Dieu durera » et dans Les propos de Sa Sublime Majesté : « ce qui est auprès de Dieu est meilleur », et : « l’Au-delà est meilleur et plus durable », « la vie immédiate n’est que jouissance fallacieuse », et enfin : « que la vie présente ne vous trompe donc pas ». Le Messager de Dieu, que la paix et le salut soient sur lui, en informa un groupe de mécréants qui le suivirent aveuglément, le crurent et eurent foi en lui sans lui demander de preuves. L’un d’entre eux dit : « je t’adjure au nom de Dieu ! T’a-t-il vraiment fait Son messager ? » le Messager de Dieu répondait : « oui ! » et il était cru. Telle est la foi du commun [des hommes], ce qui n’entre pas dans la vanité. A l’instar du jeune enfant qui croit son père [lorsque celui-ci lui dit] que travailler est préférable au jeu bien que le jeune enfant ne sache pas quel est l’aspect de l’existence d’un bienfait dans le fait de travailler.
Quant à la connaissance par l’exposition claire et la preuve, elle consiste en ce que le vaniteux connaisse l’aspect de la déficience de cette comparaison que le Diable a formée dans son coeur, car il y a une cause à la vanité de tout vaniteux et cette cause est un argument efficient ; et tout argument efficient est un genre de comparaison qui survient dans l’âme et qui donne lieu à l’apaisement de l’âme pour cet argument efficient même si l’homme n’en a pas conscience et même s’il est incapable de formuler un tel argument à la manière des savants. La comparaison formée par le Diable a deux origines :
La première d’entre elles est que l’Ici-bas est utile immédiatement et l’Au-delà, profitable ultérieurement, ce qui est vrai. L’autre origine [concerne] les propos [suivant lesquels] ce qui est présent est préférable à ce qu’il adviendra plus tard; c’est là un terrain d’équivoque car la réalité n’est pas telle quelle. Au contraire, si ce qui est présent est pareil à ce qui est ultérieur tant sur le plan de la mesure que sur le plan du but que l’on se fixe, la chose présente est alors préférable à celle qui adviendra plus tard. Si, par contre, ce qui est immédiat est moindre que ce qui se produira dans le futur, ce dernier vaut donc mieux. Le mécréant vaniteux dépense, ainsi, un denier pour son négoce afin d’en percevoir dix un peu plus tard sans pour autant dire que « ce qui est présent est préférable à ce que j’obtiendrai plus tard, je ne le délaisserai donc pas ». Si, [par ailleurs], le médecin le met en garde contre les fruits et les plaisirs de la nourriture, il les délaissera immédiatement par crainte du mal que lui occasionnerait la maladie à l’avenir. Il a ainsi délaissé ce qui pouvait lui être utile immédiatement pour se satisfaire de ce qui pouvait lui être utile ultérieurement. Tous les commerçants courent les mers et se fatiguent durant leurs voyages, dans le moment présent, pour le repos et le profit [qu’ils acquerront] plus tard. Si dix deniers acquis ultérieurement valent mieux qu’un seul denier acquis immédiatement, je compare, alors, le plaisir de l’ici-bas à celui de l’au-delà du point de vue de la durée; si l’âge maximum que puisse atteindre l’homme est de cent ans, ce qui n’est pas le centième d’une part correspondant au millionième de l’au-delà, c’est comme s’il délaissait un denier pour en percevoir un million, mais bien plus, pour qu’il perçoive ce qui n’a ni fin ni limite. S’il observe cela du point de vue de la qualité, il constatera que les plaisirs de l’ici-bas sont impurs alors que les délices de l’au-delà sont purs, dénués de toute saleté. De ce fait, le vaniteux s’est trompé dans ses propos : « ce qui est présent est préférable à ce qui viendra plus tard ». C’est là une vanité à l’origine de laquelle est l’acceptation d’une formule générale connue, qui a pour dessein une particularité. Le vaniteux a donc été négligent quant à la particularité de son cas.
Celui qui a dit : «ce qui est présent est préférable à ce qui viendra plus tard » a voulu dire que ce qui est présent est préférable à ce qui viendra plus tard qui est son semblable même s’il ne le dit pas ouvertement.
A ce moment-là, le Diable se rue sur l’autre comparaison qui est que la certitude est préférable au doute. L’au-delà est donc un doute. Cette comparaison est plus corrompue que la première car chacune des deux [repose] sur une base déficiente puisque la certitude est préférable au doute si elle est son semblable et si tel n’est pas le cas, la fatigue du commerçant est une certitude et son gain un doute. Quant à celui qui étudie la loi, il est certain de son effort mais dans le doute quant à l’accession au rang du savoir. Le chasseur est lui [aussi] certain qu’il traque sa proie, alors que le succès de la chasse est incertain. C’est pourquoi le jugement ferme et résolu ( hazm ) est le propre des hommes sages, et tout cela n’est que le délaissement de la certitude au profit du doute. Cependant, le commerçant dira : « si je ne fais pas de négoce, je resterais affamé et mon mal augmentera. Si, par contre, je fais du négoce, ma fatigue sera moindre et mon gain important ». Ainsi en est-il du malade qui prend son médicament repoussant et désagréable alors qu’il est incertain de sa guérison et sûr de l’amertume du médicament. Il dit cependant : « les maux causés par l’amertume du médicament sont moindres comparés à la peur que m’occasionneraient la maladie et la mort ». De ce fait, celui qui doute de l’au-delà doit absolument dire au vu du jugement ferme et résolu : « les jours de patience sont peu nombreux, [puisqu’ils s’achèvent] avec le terme de la vie, comparé à ce que l’on dit de l’au-delà. Si ce qui est dit sur l’au-delà est faux, seule la jouissance durant les jours de ma vie m’échappera. Je considérerais, ainsi, que je suis resté dans le néant. Si, au contraire, ce qui est dit est vrai, je resterais dans le feu [de l’Enfer] l’éternité et cela n’est guère supportable ». A ce propos, ‘Alî, que Dieu honore sa face, dit à un hérétique : « si ce que tu dis est vrai, tu seras sauvé et nous aussi; si ce que nous disons est vrai, nous serons sauvés et tu seras perdu ». ‘Alî n’a pas dit cela parce qu’il doutait de l’au-delà, mais il s’adressa à l’hérétique à la mesure de son entendement et lui montra que, même s’il n’était pas convaincu, il était vaniteux.
Quant à la deuxième origine des propos du diable, elle consiste en ce que l’au-delà est un doute, ce qui est aussi une erreur. Au contraire, l’au-delà est, chez les croyants, une certitude. A cette certitude correspondent deux conceptions : l’une d’entre elles est la foi et la confirmation, suivant en cela les prophètes et les savants. Cela aussi supprime la vanité. C’est la conception de la certitude chez le commun des gens ainsi que chez un grand nombre de nantis. Tel le malade qui ne connaît pas le remède de son mal alors que les médecins et ceux qui pratiquent la para médecine sont unanimes sur le fait que son remède n’est autre que telle ou telle plante ; l’âme du malade est apaisée en les croyant, sans en demander la confirmation par des preuves médicales. Au contraire, il a confiance en leurs propos et les met en pratique. Même s’il restait le teint jaune ou impotent, il ne traiterait pas cela de mensonge alors qu’il sait grâce au pouls et grâce à la comparaison de ses états qu’ils sont plus nombreux que lui, plus utiles que lui et plus savants en médecine qu’il ne l’est, et plus encore alors qu’il ne connaît rien de la médecine. Il prend conscience de son mensonge par leurs propos et n’est pas convaincu de leur mensonge par ses propos [à lui]. Il n’est pas dupe quant à leur science et s’il soutenait ses propos pour abandonner ceux des médecins, il serait alors impotent et vaniteux. Ainsi en est-il de celui qui porte son regard sur ceux qui sont convaincus de l’existence de l’Au-Delà, qui le connaissent le mieux, qui sont ceux qui disent que la piété ( taqwa ) est le remède efficace pour accéder au bonheur de l’Au-Delà. Leurs ancêtres sont les meilleurs de la création de Dieu et au degré le plus élevé dans la clairvoyance, dans la connaissance ( ma‘rifa ) et la raison. Ces [hommes] sont les prophètes, les saints, les sages et les savants. Le reste de la création a suivi chacune de ces catégories. Certains paresseux s’en sont écartés parce que leur passion les a dominés et que leurs âmes ont opté pour la jouissance ( tamattu‘ ). Délaisser leurs passions est pénible pour eux ainsi qu’il leur est pénible de reconnaître qu’ils font partie des habitants ( ahl ) de l’Enfer. Ils ont, de ce fait, nié l’Au-Delà et traité les prophètes de menteurs. Tout comme les propos du jeune enfant et ceux de l’homme au teint pâle ne dissipent pas la quiétude du coeur quant à ce sur quoi les médecins sont unanimes. Ainsi en est-il des propos de cet homme riche, que les passions ont absorbé; ils ne peuvent susciter de doutes sur ce qu’ont dit les prophètes, les saints et les savants. Cette quantité de la foi est suffisante à l’ensemble des gens. C’est une certitude péremptoire qui incite, assurément, à l’action et par laquelle se dissipera la vanité.
Quant à la deuxième conception [amenant] à connaître l’Au-Delà, elle concerne la révélation faite aux prophètes et l’inspiration faite aux saints. Ne croyez pas que la connaissance du Prophète, que la paix et le salut soient sur lui, des choses de l’Au-Delà et de la religion soit une imitation aveugle de ce qu’il a entendu de Gabriel, que la paix soit sur lui, tout comme ta connaissance, qui n’est qu’une imitation aveugle du Prophète, que la paix et le salut soient sur lui, jusqu’à ce que ta connaissance soit pareille à la sienne. Cependant, c’est seulement la personne qui imite [l’autre] aveuglément, qui est différente et gare à cela ! Car suivre aveuglément un enseignement donné ( taqlîd ) n’est pas le seul fait d’une connaissance, mais il est une ferme conviction. Les prophètes sont les connaissants et le sens de leur connaissance, c’est qu’il leur a été dévoilé la réalité des choses telles qu’elles sont. Ils l’ont contemplée grâce à la vision intérieure tout comme tu contemples toi-même tout ce qui est perceptible, par la vue extérieure. Ils font, ainsi, part de ce [qu’ils connaissent], par ce qu’ils ont perçu, non par ce qu’ils ont entendu ou imité aveuglément, et ce, parce qu’il leur a été révélée la réalité de l’esprit ( rûh ), qui tient de l’ordre de Dieu le Très-Haut. Mais qu’il soit de l’ordre de Dieu ne signifie pas qu’il est l’ordre qui s’oppose à la défense. Car cet ordre-là est discours, et l’Esprit n’est pas discours. Il ne faut pas non plus comprendre par l’ordre le fait ( ash-sha’n ), comme si l’on voulait dire par là qu’il est de la création de Dieu seulement. Cela est général en effet et s’étend à tous les êtres créés. C’est que le monde est deux : le monde de Décret et celui de la Création; et à Dieu appartiennent la Création et le Décret. Or, les corps soumis à la quantité et aux dimensions sont du monde de la Création (la Création, en effet, étymologiquement, désigne la mensuration) et tout être pur de la quantité et de la dimension est du monde de l’Ordre. L’explication de cela en est le secret ( sirr ) de l’Esprit, et il n’y a aucune bienveillance dans le fait de le mentionner en raison du dommage que subiraient beaucoup de gens en en entendant parler; tel le secret de la prédestination, secret dont la divulgation a été rendue inaccessible. Donc, quiconque connaîtra le secret de l’Esprit, connaîtra son âme et s’il connaît son âme, il connaîtra son Seigneur et s’il connaît son âme et son Seigneur, il saura, grâce à sa nature originelle ( fitra ), qu’il est un commandement divin et qu’il est, dans le monde des corps, un étranger. Il saura [par ailleurs] que sa venue ( hubût ) dans ce monde ne découlait pas, en soi, de son caractère, mais d’un fait ( amr ) accidentel, étranger à lui, et ce fait accidentel étranger provient d’Adam, que la paix et le salut soient sur lui, par lequel s’est manifestée l’insoumission, cette insoumission a déchu Adam du Paradis, alors que le Paradis lui convenait le mieux conformément à son essence, car il est dans le voisinage du Seigneur le Très-Haut et il est un commandement divin. Son désir [d’être] dans le voisinage du Très-Haut tient à un caractère essentiel, sauf si les obstacles du monde étranger à son essence le détournent de sa nature oubliant ainsi son âme et son Seigneur. Chaque fois qu’il agira de la sorte, il oppressera son âme puisqu’il lui a été dit : « ne soyez point comme ceux qui, ayant oublié Dieu, se sont fait oublier eux-mêmes par Lui ! Ceux-là sont les pervers », c’est-à-dire ceux qui sortent de la conformité à leur nature et de la présomption qui pèse sur leur mérite. On dit : « le trèfle s’est détaché de sa calice » lorsqu’il a été arraché de son lieu naturel de développement. C’est une indication sur des secrets dont l’inhalation des senteurs enthousiasme les initiés, mais secrets dont l’écoute écoeure les déficients car ils leur corrompent l’odeur de la rose par celle de la fiente et éblouie leurs yeux faibles, tout comme le soleil éblouie la vue des chauve-souris. L’ouverture de la porte de l’intime du coeur sur le monde de la Royauté s’appelle connaissance et amitié de Dieu et celui qui en est favorisé s’appelle ami de Dieu et homme de connaissance. C’est là les commencements des stations des prophètes. La dernière station des amis de Dieu est la première station des prophètes.
Revenons à notre sujet. L’objectif est donc que la tromperie du Diable, qui consiste en ce que l’au-delà est un doute, peut être repoussée soit par une certitude aveugle, soit par une clairvoyance et une perception interne. Si les croyants par leurs paroles et leurs convictions intimes délaissent les commandements de Dieu, abandonnent les oeuvres pies et s’attachent aux passions ainsi qu’aux insoumissions, ils sont alors les associés des mécréants dans cette tromperie puisqu’ils privilégient la vie d’ici-bas au détriment de l’au-delà. Certes, leur cas est moins grave car le fondement de la foi les protègera du châtiment éternel et ils seront sortis du feu de l’Enfer et ce, même après un temps déterminé. Cependant, ils sont tout de même des vaniteux puisqu’ils ont reconnu que l’au-delà est préférable à l’ici-bas et qu’ils ont penché vers l’ici-bas et ses attraits. La foi seule ne suffit pas pour réussir. Le Très-Haut a dit : « en vérité, Je suis certes, Celui qui toujours pardonne à qui revient [sur ses erreurs], croit, accomplit oeuvres pies, enfin s’engage dans la bonne direction » et le Très-Haut a dit : « la miséricorde de Dieu est proche des bienfaisants ». Le prophète, que la paix et le salut soient sur lui, a par ailleurs dit : « la vertu (ihsân) consiste en ce que tu adores Dieu comme si tu le voyais ». Le Très-Haut a dit : « par le temps ! L’homme est certes en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement l’endurance ». La promesse de la miséricorde dans l’ensemble du Livre de Dieu le Très-Haut est liée à la foi et à l’oeuvre pie et pas seulement à la foi. Ceux-là sont aussi des vaniteux, j’entends par là ceux qui se reposent avec sécurité sur l’ici-bas, qui en sont satisfaits, qui jouissent de ses bienfaits et qui en sont amoureux. Ceux-là même qui ont en aversion la mort de peur de perdre les plaisirs de l’ici-bas hormis ceux qui l’ont en aversion par crainte de ce qu’il y a après. C’est donc un exemple de la vanité de l’ici-bas chez les mécréants et les croyants en général.
Mentionnons, concernant la tromperie au sujet de Dieu, deux exemples liés à la vanité chez les mécréants et les insoumis. Quant à la tromperie des mécréants au sujet de Dieu, elle concerne les propos de celui qui dit en son for intérieur et ouvertement : « s’il était à Dieu une vie future, nous serions plus en droit d’y aspirer que quiconque, nous y aurions la plus grosse fortune et nous serions les plus heureux », ainsi que Dieu le Très-Haut l’a mentionné concernant les propos des deux hommes s’entretenant lorsqu’Il dit : « je ne pense pas que l’Heure survienne et certes, si je suis ramené à mon Seigneur, je trouverai meilleur lieu de retour que ce jardin ». La signification générale de leurs deux cas comme cela a été rapporté dans l’explication détaillée c’est que le mécréant d’entre eux avait fait construire un palais pour cent dinars; il acquit un jardin pour cent dinars ainsi que des serviteurs pour le même montant. Il se maria, enfin, à une femme et déboursa cent dinars. Pour tout cela, le croyant l’exhorte et lui dit : « tu as acheté un palais périssable et destructible. N’aurait-il pas mieux valu que tu achètes un palais impérissable au Paradis ainsi que des serviteurs impérissables et immortels, et que tu te maries à une houris immortelle ? ! Le mécréant lui répondra : « il n’y a au Paradis rien de tout cela; et tout ce qui a été dit s’y rapportant n’est que mensonge ! Si tout cela existait, il y aurait pour moi, au Paradis, bien mieux que ce que [je possède ici-bas] ». C’est ainsi que Dieu le Très-Haut a décrit les propos de ‘As b. Wâ‘il lorsqu’il dit : « je recevrai certes biens et enfants ». Dieu le Très-Haut dit alors en réponse à ‘As b. Wâ‘il : « estimes-tu qu’il connaisse l’inconnaissable ou qu’il ait pris un pacte auprès du Bienfaiteur ? Non point ! ». On rapporte au sujet de Khabbâb b. al-Arth qu’il dit : « j’avais une dette sur ‘As b. Wâ‘il. Je me rendis chez lui afin d’en réclamer le paiement, [ce] qu’il refusa de faire. Je dis alors : « je la récupérerai dans l’au-delà ! ». Il me répondit : « si tu parviens à l’au-delà, j’ai là-Haut des biens et des enfants avec lesquels je te paierai ma dette ». Dieu le Très-Haut révéla Ses paroles : « as-tu vu celui qui ne croit pas à Nos signes et qui dit : “je recevrai certes biens et enfants” », et Dieu le Très-Haut a dit : « certes, si Nous lui faisons goûter une miséricorde [venant] de Nous, après qu’un malheur l’a touché, il s’écrie : « “ceci m’est dû et je ne pense pas que l’Heure arrive. Certes, si je suis ramené à mon Seigneur, j’aurais auprès de Lui la Très Belle Récompense” ». Tout cela fait partie de la tromperie au sujet de Dieu.
La cause en est l’un des raisonnements analogiques d’Iblîs, contre lequel nous cherchons protection auprès de Dieu, et cela parce que les gens considèrent tantôt les bienfaits que Dieu leur a octroyé dans l’ici-bas, les comparant aux bienfaits de l’au-delà, et ils considèrent tantôt l’ajournement du châtiment [ici-bas], le comparant au châtiment de l’au-delà comme l’a dit le Très-Haut : « et ils se disent en eux-mêmes : “pourquoi Dieu ne nous tourmente-t-Il point pour ce que nous disons ?” ». Dieu dit en réponse à leurs propos : « leur comptant sera la Géhenne qu’ils affronteront. Quel détestable devenir ! ». Ils considèrent les croyants qui sont indigents, ébouriffés et couverts de poussière. Ils se moquent d’eux et les méprisent. Ils disent : « sur ceux-ci, Dieu a-t-Il répandu Ses bienfaits parmi nous ? », et : « si [ce message] était meilleur, ils ne nous auraient point devancés dans son acceptation ». L’ordonnancement de l’analogie qu’Iblîs a déposé dans leurs coeurs consiste en ce qu’ils disent : « Dieu a été Bon envers nous en nous [octroyant] les bienfaits de l’Ici-Bas. Quiconque bénéficie d’un bienfait est [forcément] aimé et toute personne aimée bénéficiera aussi de bienfaits à l’avenir », comme l’a dit le poète :
Dieu a certes été Bon par le passé,
Aussi, le sera-t-Il à l’avenir.
Cependant, il compare le futur au passé par le biais de la marque d’honneur ( karâma ) et de l’amour lorsqu’il dit : « si je n’étais pas éminent chez Dieu et aimé de Lui, Il n’aurait pas été généreux envers moi ». L’illusion dans sa pensée c’est que tout homme à qui un bienfait est octroyé, est [nécessairement] aimé. Bien plus encore, dans sa pensée, le bienfait dont il jouit ici-bas est une bonté. Il s’est donc trompé au sujet de Dieu lorsqu’il a cru qu’il était éminent chez Dieu en s’appuyant sur un prétexte qui n’indique aucunement l’éminence mais au contraire l’avilissement chez les hommes doués de clairvoyance. A l’instar de l’homme qui possède deux jeunes esclaves. Un pour lequel il éprouve de l’aversion, l’autre pour lequel il éprouve de l’amour. Au jeune esclave qu’il aime, il lui interdit de jouer et le contraint à [passer son temps] au cabinet afin de lui enseigner les règles du bien-être ( adab ). Il lui interdit les fruits et les plaisirs de la chaire qui lui causeraient du tort, et lui administre les remèdes qui lui sont profitables. Quant à celui pour lequel il éprouve de l’aversion, il le néglige afin qu’il mène sa vie comme il l’entend; il s’adonne aux jeux, ne pénètre pas dans le cabinet et consomme tout ce qu’il désire.

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