Interview de Jésus-Christ
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Description

Ce petit livre veut répondre à un certain nombre de questions que chacun de nous se pose ou s'est posé à propos de sa foi en Jésus-Christ , mais auxquelles, bien souvent, personne n'ose répondre. Une enquête passionnante où se trouvent réunies les dernières découvertes historiques archéologiques touchant sa vie et surtout sa doctrine.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2006
Nombre de lectures 61
EAN13 9782336252605
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1 @waiiadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296008304
EAN : 9782296008304
Interview de Jésus-Christ

Eric Agier
Collection Cheminements Spirituels
Dirigée par Élisabeth Le Quéré
Toutes réflexions théologiques, spirituelles,
Toutes expériences mystiques, religieuses, qu’elles se situent au sein ou hors des grandes religions méritent d’être connues.
C’est pourquoi nous favorisons leur édition dans cette collection « Cheminements Spirituels » chez l’Harmattan.
Vous pouvez nous envoyer vos écrits, même les plus personnels. Nous vous répondrons.
Élisabeth Le Quéré Centre de Recouvrance 12, rue de Recouvrance 45000 Orléans Tel : 02 38 54 13 58

Déjà parus :
ABANDA A DJEM., Le combat pour l’essentiel
BEQUART P., Science et croyance : histoire d’une convergence
BERNABEU A., Laissons les enfants grandir
BOMBLED J.P., Quand la modernité raconte le salut...
CONTE A.-M., L’ivre de vie
CRUSE R., Entretiens avec un rebelle
DESURVIRE, Dire vrai ou Dieu entre racisme et religions
De CHALENDAR C., Un Journal décousu
DUROC R., La foi et la raison
FINET R., Rêver à deux
FINKELSTEIN B., L’héritage de Babel, éloge de la diversité
GALLO J.G., La fin de l’histoire ou la Sagesse chrétienne
GARBAR F., Chasser le mal
GENTOU A., Invités à vivre
GILBERT M, RATH N., Les Sectes
HARKIS J.P., Ste Bernadette
KAANICHE H., L’accompagnement spirituel en milieu lwspitalier
KIRCHNER D., Dieu, Créateur ou biblique
KHOUTTOUL M., C’est possible ?
KRUMB J-M., Les fondements de la morale chrétienne
LE CHEVALLIER E., Unis vers l’univers
LECLERCQ P., Un Dieu vivant, Pour un monde vivant
NASTRI G., L’amour trinitaire et son refus de la modernité
NICOLAS B., En feuilletant l’Évangile ou l’Évangile selon ma grand-mère
OBERSON F., Je crois en Dieu, moi non plus...
ROCHECOURT G., La cigale
SANTANER P. M-A., Qui est Croyant ?
SCIAMMA P., Dieu et l’homme - Méditations
VERCELLETQ P., Réflexions sur les stigmates

Du même auteur  :
LA DESINTERGRATION FAMILIAL

Ed. Delachaux & Niestlé, Paris
DIAGNOSTICS POUR NOTRE TEMPS

Ed. Limmatdruck SA, Zürich
UN MECENAT POPULAIRE
Migros et la culture

Ed. Limmatdruck SA, Zürich
DEVIENS UN CADRE PARTICIPATIF
Bréviaire du responsable d’entreprise

Ed. Stella valdensis, Lausanne
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Collection Cheminements Spirituels Avant-propos 1er DIALOGUE - A la découverte de Ieshoua 2 ème DIALOGUE - Comment dégager la vraie doctrine? 3 ème DIALOGUE - Comment prier aujourd’hui ? 4 ème DIALOGUE - La relation de Jésus avec la politique et les élites 5 ème DIALOGUE - Les deux types de christianisme 6 ème DIALOGUE - Vers un retour au christianisme originel 7 ème DIALOGUE - Essai de synthèse et ultimes questions Epilogue Bibliographie
« Jésus-Christ a fait sortir la religion de la religion »
Albert Schweitzer
Avant-propos
Il ne pouvait en parler à son père, ni même à sa mère ; quelque chose s’était déchiré dans son cœur depuis qu’il avait lu cet article de presse qui déclarait en titre : « Jésus n’était pas le Messie, mais un maître de sagesse »

C’est ainsi que Benoît, mon filleul, m’appela un jour pour me dire son désarroi. Il s’ensuivit alors une série d’entretiens verbaux et même épistolaires, mais toujours confidentiels, portant sur son impératif besoin de ressourcement spirituel. L’objectif visé était : comment, tout en conservant sa foi, aller au-delà des mythes et des dogmes pour pratiquer une réflexion d’un ordre plus laïc, débouchant sur la joie de vivre et sur la force d’agir ?
Les sept entretiens qui en résultèrent, contés ici tels qu’ils furent vécus et parlés, à bâtons rompus, en des langages directs s’attaquant sans fard aux sujets brûlants, réussirent à convaincre Benoît et ses camarades de faculté. Ils s’en déclarèrent enchantés. Mon souhait est qu’ils puissent aussi répondre à l’attente d’autres jeunes gens, ou moins jeunes, qui souffrent des froideurs d’une civilisation par trop technicienne en même temps que de traditions religieuses dépassées.
Une nouvelle voie s’ouvre à eux : c’est celle d’un retour à une foi chrétienne épurée, libératrice, plus laïque et privée, pratiquée à la manière d’une méditation. Le Jésus originel « retrouvé », grâce aux travaux d’historiens et d’archéologues modernes, est en effet plus proche de cette génération que le christianisme deux fois millénaire de nos pères.
1 er DIALOGUE
A la découverte de Ieshoua
Après que Benoît m’eut confié sa révolte, je lui proposai d’aller en parler à Jésus, encore caché au fond des évangiles, sous forme d’une « interview » portant sur son véritable message. Magnifique, me répondit-il, je vais pouvoir formuler librement mes questions, seul ou en concertation avec mes camarades et c’est toi qui vas nous répondre après avoir interviewé le Seigneur. Mais fais-le honnêtement, non pas à la manière d’un théologien engagé, mais du sociologue que tu es.

Pourquoi assassine-t-on à nouveau notre Seigneur ?
Tu sais, cher parrain, combien je suis resté bouleversé et perturbé depuis que j’ai lu cet article sur « L’Evangile inconnu » de F. Amsler qui affirme que les attributs et titres de gloire de Jésus-Christ ne seraient que des « adjonctions tardives » faites dans le but de séduire des populations gréco-romaines restées attachées au culte de surhommes divinisés. Que penses-tu de cela ?

Comme toi, j’en suis resté choqué. Cependant, oublie ce « papier » au titre accrocheur et penche-toi plutôt sur l’ouvrage lui-même 1 . Tu y découvriras un fait important. À l’encontre de nos croyances traditionnelles, les premiers fidèles de Jésus furent davantage séduit par sa doctrine que par les péripéties de sa vie, montrant plus d’intérêt pour le message que pour le messager. Ce n’est qu’un demi-siècle plus tard, après la destruction de Jérusalem par les Romains en l’an 70, que quelques notes (logia) sur sa doctrine parvinrent aux judéo-chrétiens qui se trouvaient en exil. Et c’est alors seulement que Marc, Matthieu et Luc purent les recueillir pour en faire la matière de leurs écrits. Tout en les enrichissant d’anecdotes et de récits merveilleux, hélas souvent peu crédibles et tendancieux. Paul et Jean, néanmoins, furent sur ce point des chroniqueurs plus réservés, plus fiables aussi, car ils étaient présents à Jérusalem du temps de Ieshoua 2 .

Mais alors, qu’était donc la vraie pensée de Jésus ?

Selon le professeur F. Amsler, les « logia » recueillies annonçaient surtout une doctrine, celle du royaume de Dieu conçu comme un mode de vie, radicalement nouveau, impliquant de se dépouiller de toutes ses sécurités qu’elles soient matérielles ou psychologiques. Jésus apparaît dit-il : « comme un maître de sagesse dont l’enseignement s’appuyait davantage sur les réalités de la vie que sur la lecture des Ecritures juives. Les auteurs des notes connaissaient indubitablement les circonstances de l’exécution de Jésus, mais cette mort tragique ne fut pas pour eux l’objet d’une interprétation théologique. La Bonne Nouvelle, l’Evangile, ne reposait pas sur le binôme croix de résurrection, mais sur l’annonce de l’irruption du royaume de Dieu ». « La découverte récente de l’évangile de Thomas apporte la preuve que, dans la première moitié du II éme siècle, l’enseignement de Jésus pouvait encore être transmis sans le récit de la passion et donc sans que l’événement de la résurrection fût conçu comme le centre de gravité de la foi chrétienne ».

Je déplore tous ces ajouts tendancieux faits aux paroles de Jésus par des évangélistes établis « hors les murs », en terre étrangère. Mais il n’en reste pas moins que Jésus avait nettement affirmé de son vivant la légitimité de sa divinité et que nous étions invités à l’adorer en sa qualité de « Fils de Dieu ». Et puis, il avait montré sa puissance divine en faisant des miracles que personne n’aurait jamais pu faire.

Là, Benoît, tu y vas un peu fort. Jésus montra au contraire beaucoup de réserve en ce qui concernait ses titres et fonctions, allant jusqu’à demander à ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » En tout cas, il détestait qu’on le pousse trop haut, connaissant les dangers des mythes pris à la lettre. « En même temps, il recommanda à ses disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie ». S’il ne pouvait se passer de recourir au langage imagé, il arrêtait net les idolâtres, relevant ceux qui tentaient de s’agenouiller devant lui en leur disant : « Non, pas moi, mais le Père ! », ou bien, si on lui disait : « Toi qui es bon », il répliquait : « Nul n’est bon, nul n’est juste sinon le Père ».
À propos des « miracles », c’était la même chose. Lorsqu’un malade montrait sa reconnaissance pour avoir été guéri, Jésus refusait les éloges en disant :
« C’est ta foi qui t’a sauvé. » car, « Si tu as assez de foi en toi, tu peux dire à cette montagne : déplace-toi là, et elle se déplacera là. », ou bien ceci :
« Maintenant que tu es guéri, rentre chez toi et ne dis rien à personne ».
Comme beaucoup d’autres guérisseurs à son époque, Jésus savait déclencher de puissants effets psychosomatiques mais il ne faisait pas de « miracles » au sens mythiques du terme : « Ce que vous demandez en priant, croyez l’avoir reçu et vous le recevrez ». La foi en la guérison est l’effet d’une forte persuasion, non d’une divine intervention.
Quant à sa déification en « Fils de Dieu », il faut dire qu’il n’aurait pas écrit fils avec une majuscule, ni revendiqué une autre position privilégiée. Chacun peut être appelé à se sentir fils de Dieu, fils du Père : « Celui qui entend le Père, celui-là est mon frère ou ma sœur ». Même chose quand il dit : « Je suis dans le Père, comme le Père est en moi ». Mais les masses avaient besoin à cette époque de contempler un demi-dieu à visage humain. Les dieux suprêmes : L’Eternel, Yahvé, Zeus, leur paraissaient trop haut placés pour leur permettre une relation spirituelle familière.

Les dogmes et le double langage
Si je comprends bien, parrain, c’est la raison pour laquelle l’Eglise nous a présenté un Christ en gloire, coiffé de l’auréole du martyr, faiseur de miracles, illuminé au sourire apollinien de Fils de Zeus ? On a même inventé la divine Trinité ! Dogmes qui durent depuis près de deux mille ans, mais qui commencent à s’essouffler.

Cela est vrai : « les titres très élevés et les honneurs qu’on a décernés à Jésus ont voilé le côté humain de sa personne. Ainsi, le messager a pris l’avantage sur le message 3 » Et c’est à Saint Paul, et à ses successeurs, qu’on le doit. Pour pouvoir propulser le christianisme dans l’Empire, ce demi juif romain a compris qu’il fallait d’abord mythifier Jésus. Il eut également l’idée de donner une structure à l’Eglise, de la hiérarchiser, de la doter de rites et de dogmes. C’est alors qu’il confia à ses « évêques » dans l’une de ses encycliques : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi serait vaine ! » Aveu de stratégie populaire où il parodie assez bien, par anticipation, le mot fameux de Voltaire : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ».
Avouons-le : toutes les religions furent fondées sur des métaphores, des allégories, des images. Mais les problèmes commencent lorsqu’on se met à croire à la lettre aux symboles qui ont été fabriqués pour illustrer des abstractions. Or, « c’est la lettre qui tue ».

Je puis admettre à la rigueur la nécessité, pour l’époque, d’une telle mise en scène à propos de la résurrection du Christ. Mais, aujourd’hui, on est en droit de se demander à quoi servent ces ambiguïtés de langage tombées de paroles mal transmises et ces ajouts malheureux qui trahissent la vraie pensée du Christ. Il n’est pas facile pour un jeune d’aller chercher dans la Bible une réponse à ses problèmes spirituels. Quant à l’Eglise, elle ne fait rien pour aller au secours de ceux qui, ayant dépassé les mythes, se sentent confrontés à des exigences nouvelles. Surtout l’Eglise protestante qui, nageant à mi-eau, rate à la fois la clientèle ouvrière et les intellectuels.

Je suis d’accord avec toi. Mais pour ce qui touche à l’ambiguïté du double langage, tu te trompes. C’était génial dans l’antiquité de pouvoir toucher les gens à deux niveaux et parfois par les mêmes maîtres. Toute notre civilisation sort de cela. Il y avait eu Socrate, Platon, Aristote (on a en effet retrouvé des dialogues populaires d’Aristote). Cette rhétorique fut notamment enseignée au I er siècle par Quintilien : « La formation des orateurs. »
Quant au Christ, il lui arrivait de devoir affronter une situation difficile : celle de s’adresser à deux publics à la fois. Alors, sans quitter le langage imagé, il se tournait de temps à autre vers les initiés pour leur dire :
« Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ! », ou alors, il les prenait à part après son prêche :
« Je vous le dis maintenant, en esprit et en vérité. », « Et ensuite il leur expliquait toutes choses. » Or, c’est cet « ensuite » qui nous manque le plus aujourd’hui ou qui ne nous fut jamais complètement rapporté.

L’historien Geza Vermes nous précise : « La religion juive s’est toujours pratiquée à deux niveaux. La forme officielle était l’apanage des prêtres qui présidaient le culte sacrificiel. En parallèle, et souvent à l’encontre des sadducéens, il existait une version populaire du judaïsme géré par des personnalités dont on croyait qu’elles avaient été directement choisies par Dieu. Ainsi, « L’homme de Dieu » était le médiateur qui permettait à l’Israélite moyen d’entrer en contact avec son Dieu. Les prophètes, les voyants et les guérisseurs appartenaient à cette catégorie. » 4

Les images et les paraboles
Je comprends la nécessité du double langage pour les Grecs et les Romains. Mais comment Jésus a-t-il pu user et abuser de l’image et de l’anecdote dans un pays ou Moïse avait proscrit la figuration ? Et qu’allait-il faire à Jérusalem, en Judée ? Enfin, qui sont Jéhovah et Elohim ?

Il faut savoir que Jésus était natif de Galilée, pays des « Gentils », c’est-à-dire des païens, prospère et fortement hellénisé. S’il se rend chez les Judéens, peuple de sa mère, après avoir enseigné avec succès en Galilée, c’est pour leur apporter la révélation d’une nouvelle forme de spiritualité.
Son désir est de les libérer de mythes et de rites restés attachés à une religion encore très patriarcale et formaliste. Il les incite vivement à se détacher des patriarches, disant : « Libérez-vous ! », « Ne donnez à personne le nom de père car vous n’avez qu’un Père, celui qui est dans les cieux. », « Qui ne hait sa famille (patriarcale) ne peut me suivre. »
Et il entendait apporter son message de manière populaire, à la mode socratique. Ses auditeurs lui en firent d’ailleurs la remarque : « Maître, pourquoi parles-tu en images et en paraboles ? » À quoi Jésus répondit :
« Il faut bien, aux fous, parler le langage des fous ». Ce parler imagé et elliptique présentait en outre l’avantage de le protéger du risque de se voir condamner à mort par le Sanhédrin pour blasphème grave. Car il avait peur :
« Ce que je vous dis maintenant à l’oreille, vous, allez le proclamer sur les toits. »
Enfin, il n’invoqua jamais devant eux l’Eternel, divinité sans doute trop froide, ni Jéhovah, dieu trop nationaliste, ni même Elohim 5 , le dieu-pluriel ancien, mais le « Père », dieu plus personnel et chaleureux que chacun peut entendre chanter au cœur du cosmos et qu’il faut adorer simplement, « en esprit et en vérité. »

Il faut aller au-delà des mythes
Admettons. Mais reste à expliquer un problème plus dramatique : comment peut-on se sentir autorisé, aujourd’hui, à déclarer que Jésus ne fut pas ressuscité après sa mort sur la croix ? Ses disciples l’avaient cependant bien vu mourir à Golgotha et ils ont pu témoigner l’avoir revu quelques jours plus tard, ressuscité, prenant part à la réunion des apôtres ! Ils l’ont même vu s’envoler ensuite vers les nuages, après qu’il leur eut dit : « Vous allez désormais devoir prier le Saint-Esprit ! »

Hélas, Benoît, les faits que tu énonces là sont peu crédibles, peu vraisemblables et non concordants. Sache, tout d’abord, qu’un seul des disciples a prétendu avoir été présent lors de la crucifixion, c’est Jean. Ensuite, on sait qu’il pleuvait à la nuit tombée et que le public s’en était allé lorsque, deux heures plus tard, un soldat vint annoncer que le corps du Christ avait été enlevé. On pourrait imaginer que des amis pharisiens, de connivence avec les Romains, avaient pu transporter le Christ blessé dans un lieu sûr.
La protection des Romains lui fut déjà acquise antérieurement. Précisons encore que les condamnés à mort par crucifixion, alignés les long des routes de Rome pour servir d’exemples, pouvaient agoniser une semaine durant avant de rendre l’âme.
Bref, une fois rétabli, mais déçu de ses échecs et sur le conseil de ses protecteurs, (on peut fort bien le penser) Jésus s’en va déclarer à quelques intimes :
« Je m’en vais. Il est préférable pour vous que je m’en aille ! », « Allez maintenant prêcher par toutes les nations. »

Et c’est ainsi que fut échafaudé le mythe de sa résurrection, argument jugé utile au lancement de la nouvelle religion. Or, Paul va lancer très fort ce dogme du sacrifice expiratoire de la croix, vu qu’il était resté attaché aux mythes sacrificiels juifs et au récit de l’immolation d’Isaac. Pour lui : « S’il n’y a pas de sang, il n’y a pas d’expiation. » « Christ, notre agneau pascal, a été immolé. » Et la résurrection est l’exacte réplique de la croix : « Le Seigneur a été mis à mort pour l’humanité et il a été ressuscité pour l’humanité. »
Si les témoignages de la résurrection faits dans les évangiles sont peu convaincants : « Les femmes effrayées... », la tradition transmise par Paul cherche à fonder cette résurrection sur toute une série de témoignages. Il y a non seulement celui de Pierre, de Jacques, des autres apôtres et le sien propre, mais encore celui de « cinq cents frères à la fois. » (Co15.5)
Quant à Jésus, il avait préféré parler de la Vie éternelle plutôt que de la réanimation des corps. Les annonces faites dans les synoptiques ne sont donc que des interpolations ultérieures. Paul Winter suggère : « Jésus fut crucifié, mais il ressuscita dans le cœur de ses disciples qui l’avaient aimé et le sentaient proche. »

Merci de ton explication. Mais que reste-t-il encore de ce Christ glorieux, une fois dépouillé de ses attributs de lumière, de sa référence divine, dès lors qu’il n’est plus ni le Fils de Dieu, ni le Crucifié pour nos péchés, ni le Ressuscité appelé à revenir juger le monde ? Il ne lui reste qu’à pratiquer son métier de guérisseur public ?

Mais non, Ernest Renan l’a très bien dit : « Les mythes du sacrifice expiatoire et de la résurrection ne sont que des reliquats de religions primitives ; ils n’ ont pas leur place dans le christianisme. » Le Christ originel « retrouvé » nous est revenu plus fraternel, plus vrai et actuel. Son message garde toute son actualité et toute sa force pour autant qu’on se donne la peine de le dégager de sa gangue. Sa didactique spiritualiste reste irremplaçable : «Je suis venu vous apporter la Bonne Nouvelle!» « Le Royaume est au-dedans de vous. » « Celui qui entend le Père est mon frère. »

Dis-moi, parrain, comment est-ce que tu l’entends, toi, la Voix du Père ?

C’est comme un chant silencieux. Mon oeil intérieur voit alors une colombe qui bat des ailes dans le soleil, immobile, au-dessus des nuages. C’est ainsi parfois que s’ouvrent mes méditations. Elles ont lieu dans des moments de paix, de retraite ou en des lieux privilégiés et solitaires. Alors, tout à coup, c’est l’illumination.
Voici une ou deux de ces méditations privilégiées que chacun, d’ailleurs, a pu éprouver dans des circonstances similaires : - Les yeux fermés, couché sur le dos et nageant par la pointe des doigts dans le flot d’une rivière qui glisse, doucement, au soleil le long de roseaux solitaires, je suis à l’écoute du Père. - Assis dans un sous-bois, je médite, le regard levé vers les fûts dorés d’un bosquet de pins faiblement éclairés par les rayons d’un soleil couchant. - Recueilli dans la pénombre d’une chapelle romane, je suis à l’écoute d’une fugue de J.-S. Bach pour orgue ou de sa chaconne pour violon, l’âme échappée voletant vers une sphère de joie et de lumière. - Enfin, chaque fleur, chaque caillou ou n’importe qu’elle parcelle du corps cosmique peuvent m’apporter joie et réconfort spirituels.
Tu me demandes si l’on peut également rencontrer Dieu au niveau du sensoriel, par exemple à l’occasion d’une jubilation sexuelle ? Certainement. Dieu est présent sur tous les plans. Il est à la fois immanent et transcendant. « La pulsion sexuelle et la pulsion spirituelle sont deux faces de la même prière. 6 » Même remarque pour ce qui touche à l’amour de la nature, de l’art et même du sport, de la gastronomie. Un beau fruit de mer dans ton assiette, c’est comme un morceau de cosmos qui va entrer en toi. En termes scientifiques, ces moments de jubilation s’appellent cinesthésie et coenesthésie.
À toi maintenant de jouer. Cette pratique spirituelle est définie dans le petit Larousse sous « ontologie ». Je te rappelle en outre, à propos du christianisme dans l’Art, qu’Albert Schweitzer a désigné J.-S. Bach comme étant « Le cinquième Evangéliste ».

Si je te comprends bien, c’est comme ça que chacun de nous est appelé à pratiquer sa propre vision intérieure. Pour toi, le Christ nous a apporté la révélation d’une spiritualité où il n’y a plus ni église, ni mythes, ni dogmes, sinon le support libre et poétique de l’image ou de l’objet. Mais alors, il devait au préalable apporter aux hommes la libération de leur mal-être, de leurs maladies, de leur angoisse ?

Certainement. Jésus pratiquait aussi le métier de médecin du corps et de l’âme comme beaucoup d’autres prophètes et guérisseurs de ce temps-là. Son approche était simple : « Venez à moi, vous tous qui êtes affligés et chargés. » Puis, il tentait de déclencher chez les malades la force curative de leur esprit, de leur foi, afin de libérer ces merveilleux mécanismes psychosomatiques qui sont en eux. Prestations que Paul n’a pas jugé bon de relever dans ses Epîtres, bien qu’il ait été contemporain du Christ à Jérusalem, vu le peu d’intérêt qu’elles auraient présenté pour sa clientèle des grandes villes d’Asie mineure. Seule, comptait pour lui, la « saine doctrine » spiritualiste.
Au plan des blocages et des traumatismes psychologiques, Jésus enseignait la thérapie du pardon des offenses : « sept fois », et de la pensée amoraliste : « Ne jugez pas », « Moi, je ne juge personne... ». Quant à sa conception philosophique, elle professait, en deux mots, que le mal-être de l’homme provient d’avoir commis l’erreur de trop privilégier dans son esprit le rationnel. Pour avoir « mis la main sur le fruit défendu de l’arbre de la connaissance », Adam n’est plus en prise directe avec le cosmique. Pour se libérer de ce « péché » originel, il est essentiel qu’il puisse se ressourcer de temps en temps dans l’irrationnel afin d’y exalter son affectivité, son intuition, sa capacité de communion cosmique.
C’est là l’heureux retour aux sources que décrit le récit de l’Enfant prodigue, où l’on voit le fils réconcilié et déculpabilisé retrouver la joie de vivre dans la maison du Père. Mais il faudrait revoir aujourd’hui toute cette terminologie et l’actualiser. Il est inacceptable que les théologiens continuent à nous rabâcher des formules infantiles, erronées, anachroniques.

Le vrai Jésus, un maître spirituel ?
J’aimerais, cher parrain, rencontrer le vrai Jésus seigneur de vie, celui que j’aime depuis mon enfance mais que j’ai du mal à discerner aujourd’hui. Son visage m’est flou son caractère, sa doctrine véritable m’échappent. Mes copains d’études pensent comme moi. Les jeunes en ont marre. Ils se sentent abandonnés, déboussolés. C’est la première fois dans l’histoire qu’une génération est condamnée à vivre sans relation avec Dieu. Le christianisme est désormais la seule religion sur la terre qui ne fasse plus l’objet d’un enseignement obligatoire dans les écoles.

Il est vrai que l’Eglise, ou l’Etat, pourraient faire mieux : établir sur ce point un vrai dialogue avec les jeunes en terrain éducatif, à plusieurs niveaux. Le culte collectif ne suffit pas. Pour se sentir vraiment bien dans sa peau et être efficace, l’homme a besoin d’apprendre à se recharger dans le sein du Père. Richelieu, qui était un grand homme d’action, nous a confié le secret de son constant ressourcement : « Il suffit de s’établir plusieurs fois par jour dans la Présence divine et ne rien faire par la suite qui puisse la détruire. » Car il faut savoir que cette relation intime avec Dieu est une écoute qu’il importe d’apprendre tout jeune : comme la musique, la peinture, la poésie.

Jésus est donc un révélateur spirituel génial qui est encore appelé à s’éclater dans le monde moderne. Mais comment un simple charpentier a-t-il pu développer un tel concept philosophique, et cela, à deux niveaux ?

Il faut cesser avec cette fable du charpentier. Marc, le plus ancien des évangélistes, et Jean, le plus prestigieux, n’ont pas écrit un mot sur la naissance et l’enfance de Jésus. Bref, on peut penser aujourd’hui qu’il a reçu une formation exemplaire, que c’était un jeune homme instruit, que chacun appelait « Maître » et qui désirait se vouer à la vulgarisation par amour du peuple. « Quand Jésus se rendit au Temple et se mit à enseigner, les Juifs s’étonnaient et discutaient : comment est-il si savant, lui qui n’a pas étudié ? » (Chez nous ici à Jérusalem). Si tu le veux, cher Benoît, je t’en dirai bientôt davantage là-dessus.
2 ème DIALOGUE
Comment dégager la vraie doctrine?
Me voici à Londres, cher parrain, où je commence mon semestre d’études. Permets-moi de te poser quelques questions par voie épistolaire.

C’est avec plaisir que je vais tenter d’y répondre. Sache pourtant que mes compétences ne sont pas, pas plus que ma mémoire, illimitées. Mais tu peux toujours recourir aux ouvrages que je t’ai recommandés de lire.
D’abord, à propos de ta remarque liminaire : « Faut-il prier Dieu le Père, Dieu le Fils ou Dieu le saint-Esprit ? », je te dirai : c’est égal, si tu te trompes de numéro (de téléphone), Jésus qui te connaît rétablira automatiquement la communication ! Ensuite sache que prier n’est pas quémander, mais remercier. La prière, pour être efficace, est un acte de grâce et de foi : « Père, je te remercie de ce que tu m’as donné et de ce que tu vas m’accorder encore, car tu sais ce dont j’ai besoin. »

Il reçut une excellente formation
Tu contestes le fait que Jésus ait bel et bien passé sa jeunesse dans l’atelier de son père, Joseph, charpentier à Nazareth. Pourquoi ?

Voici ma réponse :
De l’aveu d’un historien catholique : « la naissance et l’enfance de Jésus sont des adjonctions tardives 7 ». Dans les évangiles, Joseph nous est présenté le plus souvent comme un descendant du roi David, à part une allusion indirecte chez Matthieu : « n’est-ce pas là le fils du charpentier ? ». Peut-être faudrait-il traduire par « constructeur » car les maisons d’alors n’étaient dotées que de toits plats. Et pourquoi pas, « Constructeur du Temple », titre nobiliaire attribué à un lévite d’ascendance royale ? Bref, Jésus fut élevé dans une famille juive très honorable, installée en Galilée, « pays des Gentils. » et Jésus apparaît au monde du I er siècle comme étant un philosophe de haut vol : les défenseurs du christianisme aimaient bien donner de lui cette image.
Gérard Mordillat précise : « Il se pourrait que Jésus, fils bâtard de l’officier romain Panthéra, ait été élève, à Alexandrie, du grand Philon, philosophe néoplatonicien 8 . » Il faut convenir, en tout cas, que : « nombreuses sont les déclarations de Jésus qui rappellent des philosophes connus. 2 »

Jésus enseigne que l’amour de Dieu et du prochain est le commandement le plus important, ce qui correspond à la tradition grecque. En cas d’injustice de la part d’un autre, Socrate dit qu’il faut s’abstenir de vengeance et qu’il faut aimer son ennemi. Epictète enseigne que le philosophe doit se laisser piétiner et continuer à aimer son agresseur à la façon du père de tous, d’un frère.
Il faut savoir enfin que le village de Nazareth, proche de Séphoris, n’existait pas à cette époque. Il ne fut édifié que près d’un siècle plus tard. Installés hors de Palestine, les évangélistes ont commis l’erreur de croire que « Jésus le Nôzaréen », nom retenu pour son inculpation durant son procès, signifiait qu’il était de Nazareth. En fait, il s’agissait là d’une secte de guérisseurs honnie des Juifs.
La Galilée d’alors, riche province romaine, est gouvernée par le roi Antipas qui y édifia des villes importantes du temps même de Jésus : Tibériade la capitale, Césarée, Séphoris, Gadara. Philon, qui était un contemporain de Jésus établi à Alexandrie, écrit :
« Il y a des gymnases grecs dans toutes les villes de Galilée. »
Flavius Josèphe dit, dans la « Guerre des juifs » : « Ce pays est fertile et planté d’une grande variété d’arbres. Ses ressources sont abondantes et ses villes prospères. » Il nous apprend aussi que « les Galiléens sont réputés pour leur esprit belliqueux et pour leur courage. » La province galiléenne fut le siège de troubles qui agitèrent le pays de la seconde moitié du 1 er siècle avant J.-C., jusqu’à la grande révolte des années 66-70. Le gouvernement romain de Syrie avait mis un terme au premier soulèvement en crucifiant 2000 chefs rebelles. La mise en croix n’était pas une exception dans la Palestine romaine.

La hiérarchie de l’Eglise est-elle fondée ?
Pourquoi vouloir nier la légitimité de l’Eglise et de sa hiérarchie ? Jésus n’avait-il pas déclaré : « je bâtirai mon église sur Pierre ? » Ou n’était-ce là qu’un jeu de mots ?

Cette parole est improbable : elle ne figure que dans l’évangile de Matthieu. D’abord, Jésus a toujours affirmé qu’il était opposé à toute forme rigide de culte et à toute hiérarchie ecclésiastique.

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