Jésus viendra-t-il aussi sauver les machines ?
63 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Jésus viendra-t-il aussi sauver les machines ? , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
63 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le progrès des nouvelles technologies, et en particulier celui de l’intelligence artificielle, semble ouvrir la voie à l’émergence d’une nouvelle forme de conscience non biologique qui, selon les transhumanistes, prendrait tôt ou tard l’ascendant sur la nôtre. Si ce scénario de cauchemar n’est pas écrit d’avance, il n’en est pas moins vrai que nombre de nos repères sont remis en question.

Jean-Marc Moschetta propose dans ce texte qui fera date une lecture innovante et pleine d’espérance de cette situation. S’appuyant sur sa double compétence d’ingénieur et de théologien disciple de Teilhard de Chardin, il montre que nous sommes désormais appelés à élargir notre conception du salut bien au-delà de la seule sphère morale, jusqu’à embrasser tout le créé – êtres naturels comme machines et artefacts.

Lumineux, stimulant, parfois vertigineux, cet ouvrage est un acte de foi envers la puissance salvatrice de Dieu – celle qui « renouvelle la face de la Terre » – tout en rendant justice à l’ingéniosité dont l’humanité a fait preuve depuis ses origines.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 juillet 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782728930845
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Dans la même collection
Jacques Ricot, Qui sauver ? L’homme ou le chien ? Sur la dissolution des frontières entre l’homme et l’animal , 2021.

« Car Dieu a voulu que, dans le Christ, toute chose trouve son accomplissement total. »
Épître aux Colossiens 1, 19.
Préface
Il ­n’est rien tel que les commentateurs. Ils découvrent un auteur, un maître, un livre, une œuvre sociale ou technologique… Ils y voient la trace du génie. Ils commentent pour le situer et le rendre accessible à leurs amis. Puis, devant la diversité des réactions et des avis, ils commentent les commentaires et plus les divergences ­d’interprétation sont grandes, plus ils ­s’engagent dans la lutte pour leurs idées – le processus est infini. Mais voilà ­qu’un jour advient quel­qu’un qui ne joue pas ce jeu et prend les choses avec franchise et lucidité. Il voit ce qui ne peut échapper à personne, mais il ose avancer sans être prisonnier ni des conventions, ni des compromis qui aident au succès. Il dit vrai ! Ainsi Jean-Marc Moschetta. Ingénieur, docteur ès sciences, professeur à ­l’Institut Supérieur de ­­l’Aéronautique et de ­l’Espace, mais aussi membre de ­l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse, docteur en théologie de ­l’université de Louvain… il apporte une contribution sur les questions posées par ­l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies. C’est un regard ­d’ingénieur. ­C’est un regard humaniste. ­C’est un regard de croyant. Tout cela dans un même dynamisme. Il ne reste pas dans ­l’ordre de ­l’utile ; il ­s’interroge sur la manière dont ­l’humanité prend en main son avenir et sur le sens donné à la connaissance et à ­l’action, concrètement : à la recherche et à la technologie. Que se passe-t-il dans le vaste monde en matière de technologie à la racine de la recherche et de la créativité ? Rien de moins que la question du destin de ­l’humanité : ­s’arracher aux pesanteurs paralysantes et au consentement triste qui contresignent la résignation face aux limites du savoir et aux illusions du pouvoir. Bref, Jean-Marc Moschetta ouvre ­l’exigence ­d’une vie pleinement humaine, autrement dit le salut en langage religieux. La technologie est mise en situation : celle du corps humain situé dans une vision de ­l’humanité dans le monde des vivants et dans la satisfaction de ce qui ne se réduit pas aux apparences ou à la ­satisfaction des besoins immédiats. Jean-Marc Moschetta ouvre une voie. Il commence par une invitation à honorer et à valoriser ­l’intelligence dans ses manifestations pratiques et ses ambitions les plus hautes, de participation à la vie de ­l’Esprit. Cette intelligence humaine ­n’est pas chose toute faite ; elle est chemin, avancée, progrès, dépassement perpétuel des limites, ce qui est la marque de la pensée. ­Jus­qu’où aller ? Non pas dans une fuite mais, comme ­l’exprime la troisième étape, dans une participation à une œuvre dont ­l’horizon est nommé par ­l’espérance ­chrétienne comme nouvelle création. Conscient que la référence à la vision chrétienne de ­l’avenir est souvent entendue comme une fuite spiritualiste, en dialogue avec les philosophes, Jean-Marc Moschetta précise ce ­qu’est le « corps existentiel » : ouvert sur ­l’intégration ­d’éléments non donnés à la naissance qui contribuent à lui permettre de devenir ce ­qu’il est appelé à être. Ainsi, sans nier la précarité, ni la présence de la mort, paraît un achèvement dont le corps ressuscité de Jésus-Christ est la figure pour les chrétiens, aube ­d’une nouvelle création. Au long de ce parcours, un motif apparaît ; latent, il se renouvelle pour éclater à la fin : le mot amour . Tel est le chemin ! Trop rapidement évoqué ici, il sera source de paix pour le lecteur de cet ouvrage. On voit ­s’ouvrir, avec humour et gravité, une voie. Le livre ­n’est pas un commentaire, ni un jugement du travail ­d’autrui, mais une mise en perspective qui situe les nouvelles technologies, dites intelligentes, dans une vision large (de ­l’atome aux anges) qui se laisse habiter par ­l’espérance ouverte sur une nouvelle création, quand ­l’être humain sera revêtu ­d’un habit de gloire, la création ayant achevé son travail ­d’enfantement.
Jean-Michel Maldamé, o.p.,
membre de l’Académie Poncificale des Sciences.
Introduction
Les progrès de ­l’intelligence artificielle et de la robotique constituent aujour­d’hui autant de motifs de fascination ­qu’ils représentent de sources de crainte pour ­l’avenir. Fascination de voir des programmes informatiques réaliser des tâches longtemps réservées aux experts, comme le dépistage des cancers de la peau ou la maîtrise de jeux complexes tels que le go ou les échecs. Crainte de voir ces systèmes ­d’intelligence artificielle remplacer petit à petit ­l’homme dans presque tous les secteurs professionnels. Fascination ­d’avoir accès à une quantité quasi illimitée de données, là où il fallait des accès réservés, des points ­d’entrée, des relations personnelles pour accéder à ­l’information. Crainte de vivre dans une société de machines sans cœur et sans humanité, qui vous traitent à ­l’image de certains répondeurs téléphoniques où tout dialogue est impossible. Dans ce monde des robots et de ­l’intelligence artificielle, le pire peut côtoyer le meilleur. ­C’est pourquoi un discernement est devenu urgent et nécessaire.
Pourtant, au moment où ­l’on prend peu à peu conscience du désastre climatique créé par ­l’ère industrielle, mais aussi où commence à se dessiner un droit des animaux, voire un droit de la nature, la question du statut des objets techniques – ce que nous appellerons les « machines » – pourrait passer pour une pure provocation. À première vue, ce retour à la nature préconisé par beaucoup, notamment chez les jeunes, ­s’accommode assez mal ­d’une quelconque « théologie des machines ». À la limite, une théologie des animaux ou une théologie de la nature paraît plus indiquée en ces temps de prise de conscience de la crise environnementale. Pour autant, cet intérêt renouvelé pour un réenchantement de la nature ­s’accompagne souvent, par un curieux paradoxe, de ­l’usage intensif et assumé de technologies de pointe. Il ­n’est pas rare que les néo-urbains, soucieux de consommer des produits alimentaires ­« équitables » et respectueux de la nature, fassent, par ailleurs, un usage quotidien et effréné de contenus numériques ou de systèmes ­d’intelligence artificielle. Or, si ­l’on ne doit pas considérer la nature comme une vaste carrière dans laquelle ­l’homme pourrait puiser avec démesure les ressources de son bien-être, on ne voit pas pourquoi les produits technologiques ne devraient pas être, eux aussi, utilisés avec prudence et raison. Le réenchantement de la nature ne devrait-il pas, par cohérence, ­s’accompagner ­d’un réenchantement des objets artificiels ? Et ­s’il faut à présent accepter que le statut des animaux de compagnie ne se réduise pas à celui ­d’un bien mobilier, ne doit-on pas ­également se demander comment situer les objets manufacturés, surtout lorsque ceux-ci présentent un niveau de complexité tel ­qu’ils sont devenus nos indispensables compagnons de vie ? La proposition chrétienne est-elle assez généreuse pour intégrer les machines dans son ambition universelle de salut ? Le Christ Pantocrator ne doit-il pas finir par régner sur toutes choses, les choses naturelles comme les choses artificielles ? Notre hypothèse est que si cette question nous semble encore insolite aujour­d’hui, ­c’est que la théologie occidentale ­s’est engagée sur la voie ­d’un rétrécissement anthropologique dont elle ­n’est pas encore totalement sortie. Malgré les injonctions magistérielles à une prudente intendance de la terre, celle-ci ne revêt en pratique aucune valeur théologique propre et, en dépit des efforts du pape François pour changer les choses, pour la plupart des chrétiens, ­l’homme reste le centre et ­l’objectif principal du plan de salut de Dieu. Comme le relève Claude Geffré, cette « réduction anthropocentrique […] a son origine lointaine dans la tradition augustinienne de la théologie avec son insistance sur la problématique du salut individuel 1 ». Or, il faut à présent renouer avec la perspective cosmique ­d’un salut universel ouverte par saint Paul et le christianisme ancien, et encore présente dans la tradition chrétienne orientale. Cette ouverture cosmique du salut ne saurait ­s’arrêter aux seuls objets naturels, mais concerne aussi la totalité de ce qui a été créé par Dieu, tout en étant produit par ­l’homme : machines, nombres, concertos, poèmes. ­L’essor des systèmes ­d’intelligence artificielle, en relativisant la place de ­l’homme au sommet de la vie intellectuelle, réinterroge plus particulièrement le statut des machines et invite la théologie chrétienne à se prononcer sur leur avenir dans la perspective de ce que nous proposons ­d’appeler la « résurrection intégrale ».
Pour aborder cette question, il convient ­d’abord de prendre acte du rôle central joué par ­l’intelligence dans la pensée biblique exprimée dans les récits de la Genèse. On y est frappé par ­l’importance de ­l’intelligence dans la manière juste de répondre à ­l’amour de Dieu. Le premier chapitre nous permettra de montrer que, si la pensée chrétienne a inscrit au cœur de sa confession de foi ­l’expression du Christ Logos , parole rationnelle, ­c’est en cohérence par rapport aux premières pages de la Bible qui ­n’invitent pas ­l’homme à ­l’obéissance aveugle face au décret de ­l’interdit divin, mais à ­l’adhésion lucide et confiante en sa parole, interprétée comme une promesse de don. Dès lors, ­l’intelligence ouvre à la connaissance de Dieu, pour autant ­qu’elle ne ­s’érige pas en pouvoir sur les masses ou comme arme totalitaire, mais ­qu’elle ­s’accepte comme tâtonnement falsifiable et comme effort permanent pour élucider rationnellement les vérités évangéliques révélées aux simples.
Le chapitre ii nous invitera à élargir notre regard sur ­l’intelligence au-delà de la seule intelligence humaine, afin de ne pas restreindre la définition de ­l’intelligence à ­l’aune de la seule humanité. ­L’intelligence animale, tout comme ­l’intelligence des machines, atteste que le concept ­d’intelligence est un concept banal, non inféodé au genre humain. Répéter que ­l’intelligence artificielle ne pourra jamais que simuler grossièrement ­l’intelligence humaine et ­qu’il y aura toujours une « fine pointe » de ­l’intelligence humaine restant hors ­d’atteinte de la machine paraît aujour­d’hui un jugement assez arbitraire et ne fait pas de bien au débat. Car ce que la nature a réussi à faire émerger, ­l’ingénieur le fera apparaître à son tour, et cela ­n’est pas une tragédie. Acceptons ce fait que ­l’intelligence se construit , que ce soit chez ­l’homme, chez ­l’animal ou dans la machine. Il ­n’y a donc pas, en toute rigueur, ­d’un côté une intelligence naturelle et, de ­l’autre, une intelligence artificielle, mais la notion ­d’intelligence peut ­s’appliquer également à toute forme de système complexe, que ce système soit de nature biologique ou non. Cependant, le fait que ­l’on puisse fabriquer de ­l’intelligence ne suffit pas à établir ­qu’il est légitime de le faire.
Ce sera ­l’objet du chapitre iii . Cette légitimité de fabriquer des systèmes intelligents, ­l’homme la tient du rôle qui lui est assigné dans la Bible et plus particulièrement dans le Nouveau Testament : être non seulement un gardien et un intendant fidèle, mais un véritable cocréateur participant à ­l’œuvre créatrice de Dieu. Dans cette perspective, il ­n’est pas suffisant ­d’assigner à ­l’homme un simple rôle de maintien de ­l’ordre établi. Il lui est demandé ­d’innover, ­d’investir, de miser sur ­l’avenir, de prendre le risque de tout perdre en vue de faire progresser le Royaume. Cet esprit ­d’aventure est ­l’esprit même du Dieu créateur qui ne vient pas restaurer une situation initiale dégradée, mais accomplir toutes les potentialités de la vie. Dans ce rôle actif que ­l’homme se doit de jouer, il ­s’agit de ne pas perdre de vue ­qu’il ­n’est pas destiné à congédier le corps de chair. Le christianisme ­n’est pas une religion de ­l’évasion du corps, mais de sa transfiguration. Les nouvelles technologies du numérique semblent conduire à une certaine élision du corps biologique au profit ­d’un corps virtuel, pur produit de nos désirs de plaire. La fascination pour les systèmes ­d’intelligence artificielle pourrait ­s’accompagner ­d’un certain désamour du corps, celui-ci étant jugé trop petit, trop imparfait pour combler nos attentes réelles.
Ce sera ­l’objet du chapitre iv qui interprétera cette disparition du corps comme ­l’occasion de se réapproprier sa notion, grâce aux lumières de la phénoménologie qui distingue le corps objectif du corps vécu, ressenti, un corps que nous proposons ­d’appeler « corps existentiel ». Ce corps existentiel se construit à partir du corps biologique et rend compte de la manière dont nous formons notre identité : par la relation que nous construisons avec autrui. Les réflexions de la tradition chrétienne sur ­l’immatérialité et, plus récemment, sur ­l’incorporéité des anges, nous semblent significatives de la capacité du christianisme à penser le rôle du corps dans le contexte contemporain des technologies du numérique. De manière étonnamment anachronique, la théologie des anges pourrait nous aider à construire une théologie du corps hybridé ou du corps virtualisé, non pas seulement comme occasion de condamner a priori toute remise en question anthropologique, mais plutôt comme confirmation ­qu’il convient de distinguer la chair et le corps, ainsi que la pensée chrétienne ­l’a toujours fait. À partir ­d’une réflexion sur la mort, le chapitre v tiendra ainsi à distance tout mépris du corps biologique mais proposera, à la suite de Paul, de parler de « corps spirituel » pour désigner ce qui fait ­l’objet de ­l’espérance chrétienne. Un corps qui assume et transforme le corps existentiel que le corps biologique et ­l’histoire ­d’une vie ont produit. Cette opération de transformation que ­l’on appelle résurrection ­n’a rien à voir avec une recréation ex nihilo , mais doit ­s’interpréter comme une vêture, comme le mouvement par lequel le vêtement même du Christ consumera et purifiera le corps existentiel de chaque créature. Cette théologie du vêtement ne requiert pas la mort biologique et peut ainsi étendre la notion de résurrection à toute créature naturelle ou artificielle.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents