L Education de l’âme
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L'Education de l’âme

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Description

Plus important que la somme des savoirs que peut acquérir un homme, sont les vertus par lesquelles il donne un sens à ces savoirs. A une époque où l’éducation est souvent réduite à un apprentissage purement quantitatif, la voix de Ghazali apparaît aussi singulière que son message semble indispensable. L’enjeu de cet ouvrage, central à l’enseignement soufi, est immense : il s’agit de la connaissance de soi. L’auteur pénètre avec nous l’âme humaine puis nous fait revenir sur le thème essentiel des vertus pour que nous en cernions les subtilités et que nous aspirions à parfaire notre façon d’être. Puis il aborde le sujet de l’éducation des enfants, ce prolongement de nous-mêmes.Qui plus grand que l’imam al-Ghazâlî, pourrait nous accompagner dans un tel parcours ? Il est cet immense érudit qui ne cessa d’être une référence pour les savants musulmans depuis neuf siècles ; et ce gnostique éclairé, qui a si bien sondé les raisons et les cœurs, que les soufis jusqu’à nos jours se réclament tous de lui.Ce livre n’est rien de moins qu’une porte ouvrant sur un long combat contre soi.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 363
EAN13 9791022501170
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,028€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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– Revivificaton des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1431-2010
ISBN 978-2-84161-494-3 // EAN 9782841614943
Al-Ghazâlî ’Imam Abu Hamid
L’éducation de l’âme
L’ ÉDUCATION DE L’ÂME, LE POLISSAGE DES MŒURS ET LE TRAITEMENT DES MAUX DU CŒUR 1
Louange à Dieu, Lui qui gère les affaires et dispose de tout ; Lui qui façonna le monde selon un juste équilibre, et lui donna une parfaite forme ; Lui qui donna à l’Homme une belle apparence, en veillant à ce qu’il soit sain de constitution et de proportion, le préservant des excès dans sa conformation et sa complexion ; Lui qui chargea Son serviteur de parfaire ses vertus en y employant son effort volontaire, en suscitant en lui la crainte, et en le mettant en garde ; Lui qui facilita à l’élite de Ses serviteurs le polissage de leurs mœurs par le concours de Sa providence et de Son aide, et qui leur fit la grâce de pouvoir surmonter les difficultés de cette tâche. Puisse Dieu répandre Sa grâce et Son salut sur Muhammad, Son serviteur et Prophète, Son bien-aimé et élu entre tous, Son annonciateur et avertisseur auprès des hommes : sur ses traits resplendissaient les lumières de la prophétie, et à travers ses expressions et ses airs se manifestait la vérité. Qu’Il accorde également Sa grâce et Sa paix à la famille du Prophète et à ses compagnons, eux qui surent blanchir le visage de l’islam des ombres et des tares de l’impiété, et qui surent refouler le vain mensonge sans en être aucunement atteints
La noblesse de caractère (al-khuluq al-hasan) est la caractéristique du maître des envoyés. Elle est la plus estimable forme d’œuvres méritoires dont puisse se parer l’homme sincère. Elle s’avère, après examen, n’être rien de moins que la moitié de la religion, le fruit des efforts fournis par les pieux serviteurs, et le résultat de l’exercice spirituel pratiqué par les dévots. Quant aux vices, ce sont des poisons mortels, de funestes écueils, des objets d’infamie, des sources patentes d’ignominie et des tares qui éloignent le serviteur du Seigneur des mondes, et le relèguent au rang des démons. Les vices sont la porte ouverte au « brasier de Dieu qui dévore les cœurs » 2 , les nobles vertus, quant à elles, sont la porte du cœur ouverte sur les jardins de la félicité et sur la proximité du Miséricordieux.
Ainsi les vices sont-ils autant de maladies du cœur et d’affections de l’âme. Mais ces maladies perdurent dans l’au-delà, ce qui les rend autrement plus graves que les maladies physiques. Quelque bénéfiques que soient les soins qu’apportent au corps les médecins lesquels soins n’ont d’effets qu’en ce bas-monde il convient de donner la priorité à l’étude des soins relatifs aux maux du cœur, car leurs effets demeurent dans l’au-delà. Cette forme de médecine est donc un devoir incombant à tout homme sensé. Car aucun cœur n’est exempt d’une maladie qui, si elle est négligée, se développe et engendre d’autres maux qui la confortent. Le serviteur a donc besoin d’en maîtriser la science, et d’en connaître les causes, avant de retrousser ses manches, et de s’employer à traiter son cœur, à lui porter les soins nécessaires, et à l’amender. C’est le sens de la parole de Dieu : « Quiconque la purifie [l’âme] est promis au succès » (Coran, 91 : 9), tandis que le fait de négliger ces soins est indiqué par Sa parole : « Est promis à la perte quiconque la souille » (Coran, 91 : 10).
Nous allons tâcher, dans cet ouvrage, de présenter un ensemble de maladies touchant le cœur, et d’indiquer le moyen de les traiter de manière globale, sans rentrer dans le détail des affectations particulières. Car nous nous emploierons à détailler ces maladies du cœur dans les autres sections de cette partie consacrée aux « actions pernicieuses » (Muhlikât). Notre propos ici sera donc de donner une vision synthétique de l’acquisition des vertus spirituelles, en exposant la méthode qu’il convient d’employer pour y parvenir. Dans cette optique, nous établirons un parallèle avec la médecine du corps, afin que notre propos soit plus aisé à appréhender. Et dans ce souci de clarté, nous suivrons les objectifs suivants :

- Indiquer le mérite des vertus.
- Expliquer la nature véritable des vertus.
- Montrer que les traits de caractères sont susceptibles d’être changés par l’exercice.
- Evoquer les moyens par lesquels il est possible d’acquérir les vertus et d’exercer l’âme.
- Recenser les symptômes révélant les maux du cœur.
- Expliquer comment l’homme peut connaître ses défauts.
- Citer les textes de références indiquant que le moyen de porter soin au cœur n’est autre que le renoncement aux désirs.
- Indiquer les signes révélant les vertus.
- Montrer comment exercer les enfants dès leur plus jeune âge.
- Expliquer en quoi la volonté est une condition préalable, et en quoi la préparation à l’exercice est nécessaire.
Ce sont là les onze points et chapitres qui constitueront cet ouvrage, s’il plaît à Dieu.
1) Le mérite des vertus et le démérite des vices
Le Très-Haut a dit à Son Prophète et bien aimé, faisant son éloge et révélant au monde la valeur qu’il a à Ses yeux : « Tu jouis certes d’un caractère sublime » (Coran, 68 : 4). Et ’Â’isha 3 que Dieu soit satisfait d’elle – disait : « L’envoyé de Dieu – que Dieu lui accorde Sa grâce et Son salut – avait pour vertu le Coran. » 4
Un homme demanda au Prophète (  ) ce qu’étaient les nobles vertus. Il récita la parole de Dieu – exalté soit-Il : « Montre-toi indulgent, commande ce qui est conforme au bon usage, et détourne toi des ignorants » (Coran, 7 : 199). Puis il ajouta : « Elles consistent à se rapprocher de celui qui rompt les liens avec toi, à donner à celui qui te refuse, et à pardonner à celui qui te fait du tort » 5 L’envoyé de Dieu (  ) a dit également : « J’ai été envoyé pour parfaire les nobles vertus. » 6
Il a dit aussi : « Ce qui aura le plus de poids dans la balance au Jour du Jugement, ce sontla piété et la vertu. » 7
On raconte par ailleurs qu’un homme était venu se placer devant le Prophète, et lui avait dit : « Ô envoyé de Dieu, en quoi consiste la religion ? » Il répondit : « La vertu. » Puis l’homme se plaça à sa gauche, et demanda : « En quoi consiste la religion ? » Le Prophète répondit encore : « La vertu. » Puis l’homme se plaça derrière lui, et demanda : « En quoi consiste la religion ? » Le Prophète se retourna alors, et lui dit : « Ne comprends-tu pas ? Elle consiste à ne pas te mettre en colère. » 8
On demanda une autre fois au Prophète : « Qu’est-ce que le [grand] malheur ? » Il répondit : « Le vice. » 9
Un homme dit un jour au Prophète :« Fais-moi une recommandation ! » Il répondit : « Crains Dieu où que tu sois. » L’homme reprit : « Mais encore ? » Le Prophète continua : « Fais suivre tes mauvaises actions par de bonnes actions : tu les effaceras. » L’homme reprit : « Mais encore ? » Le Prophète ajouta : « Agis envers les gens de façon vertueuse. » 10
On demanda au Prophète (  ) quelle est la plus méritoire des œuvres, à quoi. il répondit : « Le caractère vertueux. »
Le Prophète a dit également : « Il est exclu que Dieu donne à son serviteur une belle constitution et une belle complexion pour le livrer ensuite en pâture aux flammes.
Al-Fudayl relate que quelqu’un avait dit au Prophète (  ) : « Telle femme jeûne le jour et prie la nuit, mais elle a très mauvais caractère : elle fait du tort à ses voisins par sa médisance. » Le Prophète déclara : « On ne peut attendre aucun bien de cette femme, elle fait partie des gens de l’enfer. »
Abû Dardâ’ rapporte qu’il a entendu l’envoyé de Dieu (  ) dire : « [Au Jour du Jugement,] les vertus et la générosité seront placée en premier lieu sur la balance. Lorsque Dieu créa la foi, celle-ci s’exclama : “Renforce-moi !” Dieu la conforta alors avec les vertus etla générosité. Puis quand Il créa la mécréance, celle-ci déclara : “Renforce-moi !” Dieu la conforta avec le vice et l’avarice. »
Le Prophète (  ) disait également : « Dieu a choisi cette religion pour Lui-même. Aussi ne convient-ilpas en votre religion de ne pas être vertueux et généreux. Embellissez donc votre religion de ces deux caractéristiques. » 11
Il a dit aussi : « La vertu est la plus insigne création de Dieu. » 12
On demanda à l’envoyé de Dieu (  ) : « Quels sont les croyants dont la foi est la plus estimable ? » Il répondit : « Ceux qui ont le caractère le plus vertueux. » 13
Le Prophète (  ) a également dit : « Vous ne sauriez faire bénéficier de votre argent à tous les hommes. Soyez-leur donc bénéfiques par votre aménité et vos vertus. » 14
Et il a dit (  ) : « Le mauvais caractère corrompt les œuvres comme le vinaigre altère le goût du miel. » 15
Jarîr Ibn ’Abd Allâh raconte que le Prophète (  ) lui a dit un jour : « Dieu t’a fait beau de constitution. Sois donc également beau de complexion. » 16
Al-Barrâ’ Ibn ’Âzib rapporte que l’envoyé de Dieu (  ) était le plus bel homme de visage et le meilleur de caractère. 17
Abû Mas’ûd al-Badrî rapporte que l’envoyé de Dieu (  ) disait dans ses invocations : « Ô mon Dieu, Tu m’as donné une belle constitution, accorde-moi donc une belle complexion. » 18
’Abd Allâh Ibn ’Umar – que Dieu soit satisfait de lui et de son père – rapporte que l’envoyé de Dieu répétait souvent dans ses invocations : « Ô mon Dieu, je Te demande de m’accorder d’être sain de corps et en bonne santé, et de me donner un caractère vertueux. » 19
Abû Hurayra – que Dieu soit satisfait de lui – rapporte que le Prophète a dit : « La noblesse du croyant réside en sa religion ; son patrimoine de bonnes œuvres, en son caractère vertueux ; et sa mâle vertu en sa raison. » 20
Usâma Ibn Sharîk a dit : « J’ai vu un jour des bédouins interroger le Prophète sur la plus estimable chose qui puisse être donnée au serviteur. Il leur avait répondu : “C’est le caractère vertueux”. »
Le Prophète (  ) a dit également : « Les plus aimés et les plus proches de moi parmi vous sont les plus vertueux. » 21
Ibn ’Abbâs – que le Très-Haut soit satisfait de lui et de son père – rapporte cette parole de l’envoyé de Dieu : « Si une personne ne possède pas au moins une des trois vertus que je vais vous indiquer, ne faites aucun cas de ses bonnes œuvres : une piété telle qu’elle lui interdit de braver les interdits divins ; une longanimité le poussant à ne pas s’offusquer des comportements des sots ; et un caractère vertueux dont il fait preuve dans sa relation aux autres. » 22
Dans les invocations qu’il faisait à l’abord de ses prières, le Prophète répétait parfois : « Mon Dieu conduis-moi à adopter les plus estimables caractéristiques. Nul ne peut y conduire si ce n’est Toi. Et préserve-moi des plus méprisables caractéristiques. Nul ne peut m’en préserver si ce n’est Toi. » 23
« Un jour que nous étions avec l’envoyé de Dieu (  ), rapporte Anas, il déclara : “Les vertus font fondre les mauvaises actions comme le soleil fait fondre la glace.” » 24
Le Prophète (  ) disait : « Un des bonheurs de l’homme réside en son caractère vertueux. » 25 , et aussi : « L’heureuse fortune consiste en le caractère vertueux. » 26 Il a dit un jour à Abû Dharr (  ) : « Ô Abû Dharr, il n’est d’action raisonnable comme la bonne réflexion, et il n’est de patrimoine d’œuvres méritoires comme le caractère vertueux. » 27
Anas rapporte que Umm Habîba avait dit à l’envoyé de Dieu (  ) : « Si une femme qui a eu deux maris dans sa vie, meurt, et qu’ils meurent également et rentrent au Paradis, auquel des deux appartiendra-t-elle ? » Il répondit : « A celui qui se montra le plus vertueux avec elle, ô Umm Habîba. Les vertus récoltent le bien des deux mondes. » 28
Le Prophète a dit également : « Le musulman clairvoyant atteint le degré du dévot jeûnant le jour et priant la nuit par ses vertus et la noblesse de son rang. » 29
Selon ’Abd ar-Rahmân Ibn Sumra, l’envoyé de Dieu (  ) a déclaré : « J’ai vu hier une chose surprenante : un homme de ma communauté se tenait agenouillé, séparé de Dieu par un voile. Puis son caractère vertueux vint le faire entrer en présence du Très-Haut. » 30
Selon Anas, l’envoyé de Dieu (  ) a dit : « Le serviteur atteint d’éminentes stations et de nobles rangs dans l’au-delà par ses vertus, même s’il accomplit peu d’actes d’adoration. » 31
On rapporte que ’Umar que Dieu soit satisfait de lui était venu voir un jour le Prophète (  ). Des femmes de la tribu de Quraysh, qui se trouvaient chez celui-ci, parlaient avec lui sans retenu, et élevaient la voix au-dessus de la sienne. Lorsque ’Umar demanda la permission d’entrer, elles s’empressèrent de se placer derrière le rideau. Il entra, et trouva l’envoyé de Dieu en train de rire. Il lui demanda alors : « Ô envoyé de Dieu, toi pour qui je donnerais père et mère, de quoi ris-tu ? » Il répondit : « Je m’étonne de voir que lorsque ces femmes qui étaient avec moi entendirent ta voix, elles se précipitèrent derrière le rideau. » ’Umar déclara : « Tu mérites davantage que moi qu’elles te craignent, ô envoyé de Dieu ! » Puis il s’avança vers elles, et leur dit : « Eh ! Ennemis de vous-mêmes que vous-êtes, me craignez-vous et ne craignez-vous pas l’envoyé de Dieu (  ) ?! » – Oui, répondirent-elles, tu es plus rude et plus rustre que l’envoyé de Dieu (  ) ! » Le Prophète déclara alors : « Ô Ibn al-Khattâb (’Umar), par Celui qui tient ma personne entre Ses mains, le Diable ne saurait te croiser sans changer de route. » 32
Le Prophète (  ) a dit par ailleurs : « Le mauvais tempérament est un péché impardonnable, de même que la défiance est une faute qui se révèle elle-même. » 33 , et aussi : « Le serviteur atteint par son mauvais tempérament le plus bas degré de l’enfer. » 34
Le fils de Luqman le sage avait demandé à son père : « Quelle est la plus grande qualité qu’un homme puisse avoir ? – Sa religion, répondit-il – Et si on devait en mentionner deux ? reprit le fils. – Sa religion et son argent, reprit Luqman. – Et si on devait en mentionner trois ? – Sa religion, son argent et sa pudeur. – Et si on devait en mentionner quatre ? – Sa religion, son argent, sa pudeur et son bon caractère. – Et si on devait en mentionner cinq ? – Sa religion, son argent, sa pudeur, son bon caractère et sa générosité, affirma Luqman. – Et si on devait en mentionner six ? demanda encore son fils. – Ô mon fils, si quelqu’un réunit ces cinq qualités, il s’agit d’un homme pur et pieux, et d’un saint de Dieu préservé du Démon. »
Al-Hasan a dit : « Quiconque a un mauvais caractère se fait souffrir soi-même. »
Anas Ibn Mâlik a dit : « Le serviteur atteint par son caractère vertueux le plus haut degré du paradis, sans être un grand ascète ; et il atteint le plus bas degré de l’enfer par son mauvais caractère, tout en étant ascète. »
Yayhâ Ibn Mu’âdh a dit : « En la largesse des vertus résident les trésors des biens dispensés par la Providence. »
Wahb Ibn Munabbih disait : « L’homme au mauvais caractère est comme une poterie cassée : elle ne peut plus rien contenir, et ne peut plus revenir à l’état de terre. »
Al-Fudayl a dit : « Je préfère la compagnie d’un libertin au bon caractère à celle d’un ascète au mauvais caractère. »
Ibn al-Mubârak était accompagné d’un homme de mauvais caractère lors d’un voyage. Il patientait avec lui, et le traitait avec la courtoisie préventive nécessaire. Lorsque l’homme le quitta, Ibn al-Mubârak se mit à pleurer. Quand on lui en demanda la raison, il expliqua : « Je pleure par compassion pour lui : je l’ai quitté et l’ai laissé à son mauvais caractère, lequel contrairement à moi, ne l’a pas quitté. »
Al-Junayd a dit : « Quatre vertus élèvent le serviteur aux plus hauts degrés, même si ses œuvres sont peu nombreuses, et sa science limitée : la longanimité, l’humilité, la générosité et le bon caractère. C’est là la complétude de la foi. »
Al-Kinânî a dit : « Le soufisme consiste en la vertu. Quiconque te fait acquérir davantage de vertu, te rend meilleur soufi. »
’Umar– que Dieu soit satisfait de lui – a dit : « Montrez-vous vertueux lorsque vous êtes en compagnie des gens, et agissez bien envers eux au moment de les quitter. »
Yahyâ Ibn Mu’âdh a dit : « Le caractère détestable est un démérite que ne compense aucune bonne action ; tandis que le caractère vertueux est un mérite que n’altère pas les mauvaises actions, mêmes nombreuses. »
On demanda à Ibn ’Abbâs ce qu’est la noblesse. Il déclara : « C’est ce que Dieu a expliqué dans Son livre saint : Le plus noble d’entre vous aux yeux de Dieu est le plus pieux . (Coran, 49 : 13) » Puis on lui demanda ce qu’est le patrimoine d’œuvres méritoires, à quoi il répondit : « Le plus vertueux d’entre vous est celui qui jouit du plus large patrimoine d’œuvres méritoires. » Et il disait également : « Tout édifice a un fondement. Or le fondement de l’islam est la vertu. »
’Atâ’ a dit : « Les hommes qui s’élèvent ne le font que par leurs nobles vertus. Et nul n’en a atteint la perfection hormis le Prophète élu (  ). Aussi, les hommes les plus proches du Très-haut sont-ils ceux qui suivent la voie du Prophète par leurs vertus. »
2) De la nature véritable de la vertu et du vice
Nombreux sont ceux qui ont abordé le sujet de la vertu et ont tenté d’en cerner la nature. Mais ils ne se sont pas penchés sur sa réalité essentielle, ils n’ont fait qu’en montrer les différentes manifestations. Ce faisant, ils n’ont pas pour autant recensé l’ensemble des aspects de la vertu, chacun ne mentionnant que ce qui lui apparaissait ou lui venait à l’esprit. Ils ne se sont donc pas employés à la définir, à en expliquer la nature, et à en recenser les manifestations de manière détaillée et exhaustive.
Al-Hasan disait ainsi : « La vertu consiste à faire bon visage, à se montrer généreux, et à passer sur les torts d’autrui. »
Selon al-Wâsitî, la vertu consiste à ce que l’homme « ne querelle personne, et ne soit pas querellé par les autres, du fait de sa grande connaissance de Dieu. »
Shâh Karmânî, quant à lui, disait qu’elle consiste à « se garder de faire du tort, et à pourvoir aux besoins des autres. »
D’autres ont dit qu’elle consiste à être près des hommes tout en étant étranger aux affaires qui les concernent en propre.
Al-Wâsitî a dit une autre fois que la vertu consiste à « contenter les gens dans le bonheur et dans l’épreuve. »
Abû ’Uthmân dit pour sa part qu’elle consiste à « être satisfait du Très-haut ».
Sahl at-Tustarî fut également interrogé au sujet de la vertu, à quoi il répondit : « Elle commence par la capacité à endurer les torts, à ne pas répondre par la pareille, à faire miséricorde à qui se montre injuste, à demander pardon pour lui, et à être compatissant envers lui. » Il a dit en une autre occasion qu’elle consiste à « ne pas soupçonner Dieu concernant notre subsistance, à Lui faire confiance, et à croire sereinement qu’il tiendra Sa promesse ; puis à Lui obéir, et à ne pas enfreindre les commandements qu’Il nous a donnés relativement à Lui-même ou relativement aux gens. »
’Alî – que Dieu lui fasse miséricorde – a dit : « La vertu consiste en trois dispositions : se préserver des interdits, tendre vers ce qui est licite, et élargir le nombre de personnes à charge. »
Al-Husayn Ibn Mansûr a dit que la vertu consiste en ce que « le désaveu des gens ne te fasse pas fléchir dès lors que tu observes la vérité. »
Abû Sa’îd al-Kharrâz, enfin, disait qu’elle consiste à « n’avoir d’autre préoccupation que le Très-Haut. »
Les propos de ce type sont fort nombreux. Ils traitent des manifestations de la vertu, non de la vertu elle-même, sans néanmoins couvrir l’ensemble de ses manifestations. Aussi s’avère-t-il nécessaire de faire avant tout la lumière sur la nature de la vertu, plutôt que de rapporter les différentes paroles et affirmations à son sujet.
Nous ferons donc remarquer d’abord que les termes « constitution » et « complexion » 35 sont souvent utilisés ensemble : on dit de quelqu’un qu’il est d’une belle constitution et d’une belle complexion pour dire qu’il est aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur. Par le premier terme, on désigne donc la conformation physique, tandis que par le second, on désigne la conformation morale. Parce que l’homme est constitué d’un corps que l’on appréhende par les yeux physiques, et d’un esprit et d’une âme que l’on appréhende par le regard intérieur. Chacune de ces réalités a une conformation propre : belle ou laide. Or l’âme et l’esprit ont une valeur bien plus grande que le corps. C’est pourquoi, dans le Coran, le Très-Haut révèle [en S’adressant aux anges] : « Je vais créer un être de chair à partir de terre. Lorsque Je l’aurais façonné parfaitement, et que Je lui aurais insufflé de Mon esprit, prosternez-vous devant Lui . » (Coran, 38 : 71) Il nous informe donc que le corps tire son origine de la terre, tandis que l’esprit tire son origine du Seigneur des mondes. L’esprit (rûh) et l’âme (nafs) désignent ici une seule et même chose.
La complexion est donc l’expression d’une disposition enracinée dans l’âme, dont procèdent les actions de façon naturelle, l’individu les accomplissant sans même réfléchir ou prendre le temps de s’interroger. Si cette conformation est telle qu’en procèdent de belles et louables actions, tant du point de vue moral que du point de vue légal, elle est appelée « belle complexion » (ou « caractère vertueux »). Mais s’il en procède des actions détestables, on appelle la complexion qui en est la source, « mauvaise complexion » (ou « caractère vicié »). Nous avons précisé qu’il s’agit d’une disposition ancrée dans l’âme, car si un individu, par exemple, dépense son argent en de rares situations et pour une raison incidente déterminée, on ne peut dire de lui qu’il est généreux, tant que cette vertu ne se révèle pas permanente. Nous avons également émis la condition que ces actions se fassent naturellement et de manière non réfléchie, car quiconque, par exemple, dépense son argent péniblement, ou déploie un immense effort pour ne pas se mettre en colère, ne peut être qualifié de généreux ou de longanime.
On distinguera donc quatre choses. Premièrement, l’action, bonne ou mauvaise ; deuxièmement, la capacité de les accomplir ; troisièmement, la connaissance que la personne en a ; quatrièmement, la conformation de l’âme la prédisposant à celle-ci, laquelle fait qu’elle tend vers une des deux attitudes, bonne ou mauvaise.
La complexion ne correspond pas à l’action, car il arrive souvent qu’un individu soit de nature généreuse, mais qu’il ne puisse pas donner, soit qu’il n’ait rien, soit qu’il ne puisse pas le faire, pour une raison ou une autre. Il se peut également qu’il soit avare de nature, mais qu’il donne malgré tout, soit qu’un intérêt l’y pousse, soit qu’il le fasse par ostentation. La complexion ne correspond pas non plus à la capacité. Car la capacité de donner ou de ne point donner, et nous dirions même de faire une chose ou son contraire, est la même. Tout homme fut créé, de par sa nature première, capable de donner ou de ne pas donner, ce qui n’implique ni la générosité ni l’avarice.

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