L empire des croyances
224 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

L'empire des croyances

-

224 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Comment comprendre les métamorphoses et les formes actuelles de la croyance ? Pourquoi certaines croyances se diffusent-elles rapidement dans l'opinion publique et d'autres non ? Quels sont les contextes sociaux qui favorisent l'émergence des croyances ? Ce livre proposent plusieurs réponses à partir de divers exemples décrivant les logiques qui sous-tendent nos adhésions cognitives, les phénomènes collectifs qui les favorisent. L'empire des croyances et celui de la déraison ne sont pas entièrement compatibles.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782130738374
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0157€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

2003
Gérald Bronner
L'empire des croyances
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130738374 ISBN papier : 9782130540397 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Comment comprendre les métamorphoses et les formes actuelles de la croyance ? Pourquoi certaines croyances se diffusent-elles rapidement dans l'opinion publique et d'autres non ? Quels sont les contextes sociaux qui favorisent l'émergence des croyances ? Ce livre proposent plusieurs réponses à partir de divers exemples décrivant les logiques qui sous-tendent nos adhésions cognitives, les phénomènes collectifs qui les favorisent. L'empire des croyances et celui de la déraison ne sont pas entièrement compatibles. L'auteur Gérald Bronner Gérald Bronner est professeur de sociologie à l’université Paris Diderot et est l’auteur deLa Démocratie des crédules (Puf, 2013). Ses recherches portent sur les croyances collectives et la cognition.
Table des matières
Introduction Chapitre premier. La logique des croyances I - La difficile distinction entre croyance et connaissance II - La croyance et la rationalité III - La relation ambiguë entre le croire et le vouloir Chapitre II. Conditions d’émergence des croyances I - Introduction du problème II - Les catégories de la croyance III - Désenchantement du monde, rationalisation et empire des croyances Chapitre III. Le marché cognitif I - Homogénéité de la croyance et principes métaphysiques clandestins II - Introduction au marché cognitif III - Le monopole cognitif IV - Oligopole et concurrence cognitifs V - La fixation des prix Conclusion. Situation actuelle du marché cognitif et problèmes non résolus dans ce livre Bibliographie
Introduction
ésumé :On y souligne que la croyance est une caractéristiq ue typiquement Rhumaine et qu’elle accompagne notre espèce depuis l’origine de son histoire. La question est de savoir si notre société, où la connaissance scientifique s’est largement développée, permet encore l’existence de croyances. Il y est montré que non seulement l’empire des croyances n’a pas régressé dans notre société contemporaine, mais qu’il revêt des formes sans cesse renouvelées. La science, elle-même, pouvant contribuer à produire de nouvelles croyances. Le 28 février 1993, près de Waco, Texas, les agents du FBATF (Office des alcools, du tabac et des armes à feu) et du FBI décident de prendre d’assaut la ferme forteresse d’une secte dont les adeptes sont connus sous le nom de Davidiens. Huit personnes sont alors tuées dans la fusillade qui s’ensuit, parmi elles, quatre agents fédéraux et quatre disciples de David Koresh, le gourou du groupe. Malgré le siège qui fit suite à cette rixe, les adeptes ne manifestèrent aucune volonté de se rendre, ils restèrent fidèles à leur maître spirituel et à leurs croyances. Vernon Wayne Howell, né le 17 août 1959 à Dallas, de père charpentier et d’une mère infirmière, semble avoir très tôt des dispositions pour l’étude des saintes écritures. L’histoire affirme en effet qu’il les connaît par cœur dès l’âge de 12 ans, et qu’il parcourt, dès l’adolescence, la Californie, prêchant la bonne parole en s’accompagnant de sa guitare. En 1985, Vernon Wayne Howell annonce le retour du Christ pour les dix prochaines années et, en 1987, il fonde sa propre église et s’installe avec une cinquantaine de disciples à Mont-Carmel. L’autorité de Howell, qui affirme être la réincarnation de Cyrus, roi de Perse, qui permit le retour des juifs dans leur pays, est contestée par Georges Ben Roden revendiquant, quant à lui, le titre de roi Salomon. L’affrontement ira même jusqu’à l’échange de coups de feu. Howell s’imposera définitivement lorsque Ben Roden sera incarcéré pour le meurtre d’un autre rival religieux. En 1990, après une tentative malheureuse de percer dans la musique à Hollywood et une tournée d’évangélisation en Australie, il change de nom pour celui de David Koresh (Koresh étant la forme américanisée de Cyrus). Il est alors à la tête d’un groupe de plus de 100 adeptes bercés par un discours autoritaire et belliqueux. Cette secte, gardée nuit et jour par une milice issue de son propre sein, limite les rapports avec le monde extérieur, tandis que David Koresh fait valoir un droit de cuissage sur la majorité des femmes du groupe. La secte est aspirée par une dérive millénariste lorsque Koresh, à l’âge de 33 ans annonce l’imminence de la fin des temps. Visionnant sans relâche des films de guerre, les membres s’arment, ce qui finit par alerter le FBATF. La suite est connue et fut largement couverte par les médias. Le siège consécutif à la fusillade du 28 février prit fin tragiquement le 19 avril. Les négociations ne donneront rien, même lorsque les demandes de Koresh sont satisfaites, comme celle de voir ses prêches diffusés sur les médias texans ou cette
autre de participer à une émission nationaleAmerican Talkssur CBN (à laquelle il se dérobera finalement). L’idée de Koresh de s’entretenir avec le Pape est en revanche catégoriquement refusée. À la suite d’un certain nombre d’atermoiements, Janet Reno, l’attorney general, ordonne de donner l’assaut contre la communauté. Le bilan est dramatique car un incendie ravage le ranch de Mont-Carmel lorsque les dépôts de munitions sont touchés dans la fusillade. 86 personnes sont mortes dans les flammes, parmi elles, 17 enfants et David Koresh. Cet exemple dramatique et spectaculaire souligne combien les croyances peuvent avoir une incidence déterminante pour nos actions, menant certains d’entre nous jusqu’au sacrifice de leur vie. Toutes les croyances cependant n’ont pas des conséquences aussi tragiques. La société des hommes ne serait guère vivable si c’était le cas, dans la mesure où les croyances sont omniprésentes et font, pour ainsi dire, partie de la condition humaine. Certains auteurs défendent d’ailleurs l’idée que l’espèce humaine a réellement émergé lorsqu’elle s’est mise à croire et à imaginer[1]. Les rares témoignages matériels de nos lointains ancêtres semblent attester que leur société était déjà une société de croyances. Ainsi, il apparaît que, très tôt dans l’histoire de l’humanité, nos pères ont cru en l’existence d’une viepost mortem, c’est-à-dire d’un monde après la mort. L’homme préhistorique avait donc déjà des croyances, c’est du moins la thèse que défend Leroi-Gourhan (1990, p. 53), pourtant toujours très prudent sur ces sujets : « L’inhumation volontaire et si possible rituelle a été le grand argument de bataille pour ou contre la religion paléolithique. Il est certain que le fait d’enterrer un corps constitue une forte présomption en faveur d’idées sur la suite d’une vie au-delà de la mort apparente. » Les croyances accompagnent non seulement l’histoire des hommes, mais constituent une spécificité de notre espèce. Il est difficile, en effet, de soutenir que les animaux croientproprement parler, explique Engel (1994, p. 94-98) en rappelant que l’on à distingue quatre caractéristiques de la croyance : 1/ Les croyances sont des états mentaux sémantiquement évaluables et elles ont des contenus intentionnels. C’est-à-dire que les individus ont un rapport de validation volontaire à des énoncés qui peuvent faire sens pour autrui. Ce qui constituera, comme nous le verrons, une différence avec la notion de représentation. 2 / Les croyances ont des pouvoirs d’influence et un « profil fonctionnel ». La croyance est l’un des facteurs qui peut amener un individu à prendre une décision, à choisir telle option plutôt que telle autre. Par ex emple : « Je crois que telle équipe a plus de chance de gagner, je parie par conséquent sur elle. » 3/ Les contenus des croyances sontholistiques, c’est-à-dire que pour qu’une croyance ait un contenu déterminé, il est nécessaire qu’elle soit reliée à d’autres croyances. Une croyance implique donc, de fait, un ensemble de croyances. Par exemple, je crois que demain il va faire beau, ce qui implique que je crois que demain le soleil va se lever, que j’aie des critères d’évaluation préformés sur ce que l’on peut considérer comme météorologiquement une belle journée, etc. 4/ Les croyances sont des états intentionnels de second ordre. C’est-à-dire que si les croyances auxquelles nous adhérons potentiellement ne sont pas toutes présentes
consciemment à notre esprit, ce qui est heureux, elles pourraient le devenir pour peu seulement que nous le voulions. Si nous reprenons l’exemple précédent, la croyance selon laquelle il fera beau demain en implique au m oins une autre : celle selon laquelle le soleil se lèvera demain. Cette dernière n’est pas présente à mon esprit lorsque j’énonce la première, mais elle pourrait sans peine le devenir si je m’interrogeais sur ce sujet. Les comportements animaux, même chez les singes les plus évolués, ne sont par conséquent jamais motivés par des croyances, ils ne répondent pas aux critères trois et quatre de la croyance (les points un et deux pourraient, à la limite, donner lieu à discussion). Que les destins de l’homme et de la croyance aient été liés jusqu’à présent est peu douteux, mais l’on pourrait se demander ce qu’il en sera à l’avenir. En effet, cette forme d’appréhension de la réalité qu’est lacroyance n’est-elle pas amenée à disparaître à mesure que la concurrence qu’exerce laconnaissance? Par progresse exemple, les croyances concernant l’existence d’une vie après la mort ne peuvent perdurer qu’autant que nous sommes ignorants de notre devenirpost mortem, la croyance est la plupart du temps liée à une carence en information. De la même façon, la plupart des peuples ont forgé des mythes dits cosmogoniques, c’est-à-dire narrant le début de l’existence de l’univers et des êtres qui le peuplent, qui répondent à la question : d’où venons-nous ? comment expliquer ce qui nous entoure ? Si les questions concernant la survie de l’âme restent sans réponse et peuvent à ce titre laisser cours à toutes sortes de croyances, celles de la genèse de l’univers sont au moins partiellement éclaircies par la science et en particulier par la cosmologie. Partiellement, c’est-à-dire qu’elles sont loin de désactiver toutes formes de croyances, mais du moins discréditent-elles, pour la plupart des Occidentaux, la possibilité de l’intervention matérielle de créatures gigantesques séparant le ciel et la terre, comme le narrent certains mythes du commencement. Ceux qui, parmi eux, continueront à apporter un certain crédit aux textes défendant ce genre de thèses souligneront généralement qu’ils sont à interpréter au sens symbolique (ce qui ne fut évidemment pas toujours le cas)[2]. La question est donc : les progrès de la science, et de la connaissance en général, sont-ils en mesure de faire disparaître les croyances ? C’est une thèse qui fut défendue et dont l’avènement fut même souhaité un temps en e e particulier au XIX siècle et au XX siècle. Il apparaissait en effet à certains que le progrès de la raison était en mesure de faire advenir une société d’où toute forme de superstition aurait été bannie. Beaucoup concevaient l’histoire de l’humanité de façon ontogénétique, en d’autres termes, on soutenait qu’elle avait connu un état enfantin pour devenir aujourd’hui enfin adulte[3]. L’Europe étant, dans cette perspective, le fleuron le plus avancé de l’histoire de l’humanité tandis que de nombreux peuples, les « primitifs » étudiés par les anthropologues, étaient restés dans la condition de l’enfance. Ceux qui défendaient cette thèse trouvait dans la persistance de ces peuples à adhérer à des croyances magiques un argument incontournable. Lévy-Bruhl (1951, p. 20) soutint même l’idée, avec un certain succès, que non seulement il y avait une
différence d’évolution sociale entre les peuples occidentaux et les « primitifs », mais qu’encore ces derniers ne pensaient pas de la même façon quenous. Alors quenous étions capables de rationalité, il n’en n’allait pas de même pour ces êtres animés par une penséeprélogique« Il faut donc renoncer à ramener d’avance les opérations : mentales à un type unique, quelles que soient les sociétés considérées, et à expliquer toutes les représentations collectives par un mécanisme psychologique et logique toujours le même. » Ces thèses étaient soutenues par le progrès remarquable de la science qui semblait pour beaucoup de nature à résoudre les problèmes de l’humanité et à la libérer de son carcan de croyances. Certains, comme Freud (1981, p. 226-227), en appelaient même à une dictature de la raison :
« Puisse un jour l’intellect – l’esprit scientifique, la raison – accéder à la dictature dans la vie psychique des humains ! Tel est notre vœu le plus ardent. »
Dans quelques disciplines, certains pensaient même que le processus de connaissance était presque achevé. C’est cette ambition que Lord Acton confessait pour les sciences historiques dans la première édition deCambridge Modern History. Même s’il admettait que tous les problèmes n’étaient pas encore résolus, il considérait cette situation comme provisoire. Dans la deuxième édition de l’ouvrage, 60 ans plus tard, comme le rapporte Carr (1988), on estimait que la recherche était sans fin et qu’il n’y avait pas d’histoire objective[4]. De la même façon, en physique, la progression des connaissances scientifiques donnait le sentiment à certains que les mystères de l’univers étaient en passe d’être résolus définitivement. Lord Kelvin, par exemple, considérait que cette discipline était presque achevée si l’on exceptait deux problèmes : le rayonnement du corps noir et l’expérience de Michelson. Le développement ultérieur de la science, en général, et de la physique, en particulier, démontrera la naïveté de ce genre de point de vue. Cette discipline ne fut e pas seule à connaître au cours du XX siècle une profonde remise en question, mais de toutes, c’est sans doute celle dont les révolutions internes furent les plus remarquables. Parmi les trois principaux axes de ces incroyables turbulences, deux furent le résultat de la résolution des problèmes mineurs évoqués par Kelvin : le premier (rayonnement du corps noir) permit d’aboutir à la physique quantique, le second (expérience de Michelson et Morley) à la théorie de la relativité restreinte. Gleick (1991, p. 21) synthétise en une formule l’objet de ces trois révolutions :
« La relativité a éliminé l’illusion newtonienne d’un espace et d’un temps absolus ; la théorie quantique a supprimé le rêve newtonien d’un processus de mesure contrôlable ; le chaos, lui, élimine l’utopie laplacienne d’une prédictibilité déterministe. »
Si l’on tentait aujourd’hui, comme le fit Lord Kelvin en son temps, l’exercice de répertorier ce qui fait question en science physique, on dénombrerait un nombre de
zones d’obscurité très important. Ceci revêta priori la forme d’un paradoxe : comment la connaissance et l’inconnaissance peuvent-elles progresser de concert ? Ce dernier fut examiné avec élégance par Pascal. Si la connaissance est une sphère, explique-t-il, sa surface est en contact avec ce qu’elle ne contient pas, c’est-à-dire l’inconnu, de ce fait, à mesure que la connaissance progresse et que la surface de cette sphère fait de même, l’aire en contact avec l’ignorance ne cesse de progresser elle aussi. En réalité, ce n’est pas tant l’ignorance qui croît symétriquement à la connaissance, que laconscience de ce qui est inconnu, c’est-à-dire encore la conscience du manque d’information, qui caractérise notre appréhension de certains sujets. La position de Lord Kelvin, pour naïve qu’elle nous apparaît aujourd’hui, n’est cependant pasincompréhensible, il n’y a rien d’étonnant à ce que, étant donné l’état d’avancement de la physique à son époque, il n’ait pas été en mesure de prendre conscience de ce qui était inconnu, en particulier dans le domaine de l’infiniment petit. Cet exemple, qui pourrait être élargi, montre combien l’idée que la progression de la connaissance serait de nature à éliminer mécaniquem ent les croyances est, elle-même, une croyance. La science n’est pas en mesure de réduire à rien la sphère des croyances pour au moins trois raisons : Premièrement, comme on l’a vu, à mesure de son développement, elle met au jour de nouvelles questions qui engendrent de nouvelles croyances. En effet, une croyance a besoin, pour être formulée et se diffuser, de relever du concevable. Or, la science élargit le domaine du concevable. Par exemple, la découverte que la terre n’est pas au centre de l’univers, pas plus que notre système solaire ou notre galaxie, qu’il existe d’autres planètes et que, conjointement, il est possible de concevoir des engins volants, a renduconcevabled’extraterrestres capables de venir l’existence éventuellement jusqu’à nous. Cette croyance remarqu able de notre contemporanéité[5]est en quelque sorte rendue possible par le développement de la science car, auparavant, tout phénomène céleste atypique était plutôt interprété comme relevant d’interventions miraculeuses diverses. Deuxièmement, la science n’est pas, et ne sera vraisemblablement jamais, en mesure de répondre à certaines questions, en particulier celles de la métaphysique. Par exemple, les croyances en l’existence d’une âme, en la réalité de Dieu, etc. ne peuvent être altérées en soi par le développement de la science. La science peut, bien entendu, contribuer à discréditer telle ou telle structure argumentative religieuse, comme elle l’a fait pour l’interprétation littérale du récit biblique de la création de l’univers et des animaux, mais elle ne peut définitivement répondre à aucune des questions portant sur le sens de la vie. Ceux, parmi les scientifiques, qui défendent le point de vue d’une ontologie matérialiste, par exem ple, se croyant autorisés par les succès et le prestige de la discipline à laquelle ils appartiennent, ne font rien d’autre qu’émettre des croyances relevant d’une certaine forme d’idéologie scientifique. Les sciences de la nature, en particulier, sont généralement incapables de répondre à la questionpourquoi, quand elles répondent si bien à la questioncomment. Par ailleurs, la religion ne régresse pas nécessairement face au progrès de la science. En effet,
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents