L homme & l univers
112 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

L'homme & l'univers , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
112 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Parler de l'homme et de l'univers, c'est donc nécessairement puiser dans les sources islamiques, car seules la perspective islamique conserve toute la vigueur de la sagesse transmise par Dieu, globalement et dans les détails. Le but de ce livre est de définir l'homme en relation avec l'univers. Il doit donc offrir au lecteur un exposé de la doctrine islamique en ce qui concerne la structure de l'homme et de l'univers. Il doit aussi situer l'homme dans le temps et dans l'espace, à la fois en tant qu'individu et dans son contexte social. La définition de la condition humaine, selon la perspective islamique, devrait avoir autant d'importance pour les musulmans que pour les non musulmans. Ce livre n'est pas particulièrement de nature technique et son message est universel. Les lecteurs non experts dans le domaine, surtout les musulmans occidentalisés et les non musulmans intéressés par la spiritualité traditionnelle, devraient trouver dans cet exposé bref mais complet de la doctrine islamique, la réponse à beaucoup des questions de l'époque.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2017
Nombre de lectures 40
EAN13 9791022501750
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,1€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les Éditions Albouraq
– Études –
Dar Albouraq ©
– Face à l’Université d’al-Azhar-Beyrouth –
B.P. : 13/5384
Beyrouth-Liban
Tél / fax : 00 96 11 788 059
Site Web : www.albouraq.com
E-mail : albouraq@albouraq.com
Distribué par :
Comptoir de vente :
Librairie de l’Orient
18, rue des Fossés Saint Bernard
75005 Paris
Tél. : 01 40 51 85 33
Fax : 01 40 46 06 46
– Face à l’Institut du Monde Arabe –
Site Web : www.orient-lib.com
E-mail : orient-lib@orient-lib.com
Albouraq Diffusion Distribution
Zone Industrielle
25, rue François de Tessan
77330 Ozoir-la-Ferrière
Tél. : 01 60 34 37 50
Fax : 01 60 34 35 63
E-mail : distribution@albouraq.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1428-2007
ISBN 978-2-84161-280-2 / EAN 9782841612802
Mostafa al-Badawi
L’ HOMME & L ’U NIVERS
Traduit de l’original anglais par Mariam Le Brock
A LBOURAQ
Système de transcription ا ’i, ’u, ’a ب b ت t ث th ج j ح h خ kh د d ذ dh ر r ز z س s ش sh ص ç ض d ط t ظ zh غ gh ع ‘ ف f ق q ك k ل l م m ن n ه h و w, û ي y, î دا dâ دو dû دي dî دٌ dun دٍ din داً dan دّ dd
Est-ce que celui qui, aux heures de la nuit, reste en dévotion, prosterné et debout, prenant garde à l’au-delà et espérant la miséricorde de son Seigneur Dis : « Sont-ils égaux, ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? »
Seuls les doués d’intelligence se rappellent.
(Coran 39 : 9)
Introduction

Par le nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Compatissant.
L’être humain, qui est l’être le plus apte à connaître et à comprendre, peut à juste titre être appelé la conscience de l’univers.
Dieu, l’Absolu, est Celui qui a créé les myriades de mondes, des particules subatomiques les plus minuscules aux galaxies tournoyantes en passant par les mondes invisibles avec leurs êtres, leurs niveaux et leurs modes. Il a créé ce que nous connaissons et ce que nous ne connaissons pas.
L’homme a été doté d’une intelligence intrinsèque qui, lorsqu’elle est utilisée en conformité avec les lois de l’Absolu, est capable de comprendre les lois cosmiques qui gouvernent ce que l’Absolu a créé, celles qui y définissent la place de l’homme et celles qui mènent à la connaissance de Dieu Lui-même.
Pour mettre en œuvre ce potentiel le plus complètement possible, et pour s’élever de la connaissance du relatif à celle de l’Absolu, l’homme a toujours été guidé par des messages divins successifs, transmis par des messagers qui ont été les meilleurs des hommes, aptes et qualifiés pour recevoir et transmettre la guidance divine.
Le message lui-même a toujours été une affirmation de l’unité, de la transcendance et de la toute puissance divines, et une incitation pour l’humanité à se soumettre au Bien suprême et à jouir des avantages qui en découlent.
Les messagers divins dépositaires d’une Écriture en vinrent à fonder des religions, mettant en place une adoration formelle de l’Absolu, comportant l’observance de Sa Loi sacrée dans le cadre d’une communauté ou d’une zone géographique particulière. D’autres messagers divins furent alors envoyés pour revivifier des religions dont les membres couraient le risque soit de s’éloigner d’elles trop fortement, soit même de les abandonner.
C’est durant la vie de leur fondateur que les religions se présentent sous leur forme la plus pure et la plus dynamique : elles sont alors à leur apogée, pour ensuite connaître le déclin. Comme on vient de le dire, le déclin est retardé par les prophètes ultérieurs, mais il arrive qu’une religion devienne de plus en plus faible et finisse par mourir.
Les lois qui régissent la naissance et la mort des religions, ainsi que les critères nécessaires pour faire la distinction entre religions vivantes, mourantes ou mortes, étaient connus des sages anciens. Aujourd’hui, cette connaissance n’existe qu’au sein de la dernière religion qui survive, l’islam, et qui plus est uniquement au sein d’une minorité peu nombreuse de musulmans. Le reste de l’humanité ne soupçonne même pas l’existence d’une telle connaissance.
Comme c’est le cas des autres religions, l’islam n’échappe pas à une dégradation progressive. Elle est cependant la dernière des révélations, et la seule à posséder un Livre sacré inaltérable, le Coran. C’est pourquoi les musulmans savent, jusqu’à ce jour, que chacun d’eux doit vivre sa vie conformément au commandement divin, y compris dans le détail le plus fin et le plus ordinaire. Plus important, ils possèdent toujours les sources originelles où ils peuvent trouver des modèles de comportement clairs et précis. Ils savent que la réponse à toutes les questions, petites ou grandes, qui intriguent les êtres humains, peuvent être trouvées dans leur Livre.
Parler de l’homme et de l’univers, c’est donc nécessairement puiser dans les sources islamiques, car seules la perspective islamique conserve toute la vigueur de la sagesse transmise par Dieu, globalement et dans les détails. Celui qui chercherait cette sagesse ailleurs rencontrerait des difficultés insurmontables. Un coup d’œil rapide sur les sources originelles des autres religions suffit à montrer que la distance qui les sépare de l’homme moderne est devenue si grande qu’elle les a rendues indéchiffrables. S’y ajoute le fait historique qu’elles ont été à l’évidence altérées et sont maintenant pleines de contradictions.
Les différences de départ entre une religion et une autre se manifestent dans leurs lois sacrées, chacune de ces dernières étant prescrites pour un temps et un lieu donnés. La loi sacrée est ce qui organise la relation entre l’homme et son Créateur, ainsi qu’entre un être humain et un autre. Ces lois, contenues dans l’Écriture révélée, doivent donc inclure des modèles pour l’adoration et pour les relations sociales.
Le dernier des messages divins fut transmis par l’intermédiaire du dernier et du plus parfait des messagers divins, Muhammad, que les bénédictions et la paix de l’Absolu soient sur lui. Le message, comme tous les messages divins, affirme l’unicité, la transcendance et la toute puissance divines. La dernière Écriture sacrée est le Coran qui, contrairement aux Écritures précédentes, a été préservé à la lettre depuis le temps de sa révélation. C’est une situation unique que la sienne de voir son intégrité garantie par Celui qui l’a révélé, l’Absolu, jusqu’à la fin des temps. Et ces affirmations sont des faits historiquement vérifiables.
Cela étant, les musulmans sont les derniers dépositaires de la connaissance révélée sur cette planète, et ils resteront le précieux recueil de la sagesse sacrée aussi longtemps qu’il restera des êtres humains sur terre. La perspective islamique n’est pas, et ne peut pas être, différente de l’esprit de la sagesse originelle, qui constitue le cœur de toutes les révélations antérieures. La source de toutes les révélations étant unique, l’essence de tous les messages est unique. Il faut pourtant regarder au-delà de la forme pour percevoir le sens et saisir ainsi l’unité sous-jacente. Malheureusement, l’homme moderne en est devenu incapable.
Depuis l’irruption brutale de l’Occident dans leur monde, il y a environ deux siècles, les musulmans ont dû faire face au défi de vivre et de survivre spirituellement dans un environnement de plus en plus hostile. Certains y ont mieux réussi que d’autres. Les `ulama -s, les savants traditionnels de l’islam, pour la plupart à l’abri de l’influence des idées étrangères, menèrent, à quelques exceptions notoires près, un combat long, mais déjà d’arrière-garde. Les masses, par contre, n’ayant au mieux qu’une connaissance élémentaire des principes, furent emportées par le raz de marée de l’occidentalisation où les gens perdirent le peu qu’ils possédaient. Dépourvues de tout moyen d’évaluer ce qui leur était présenté comme des connaissances « scientifiques », les masses furent à la merci de toutes sortes de subversions.
Les gens les plus « instruits » furent les premiers à être victimes de ce danger : politiciens, professeurs d’université, écrivains, journalistes, médecins et autres cadres supérieurs. Ce sont ceux-là qui, formant l’élite de ce bas monde, se révélèrent être les plus vulnérables : leur éducation leur ayant donné une mentalité superficielle, et leur rang social un faux sens de supériorité, ils se voyaient les précurseurs du « progrès » dans leur pays. Ainsi fut submergé tout ce qui leur restait de leur héritage de connaissance sacrée, et ils devinrent les alliés non conscients des forces coloniales auxquelles ils croyaient s’opposer.
Bien que l’abominable nature de la culture née de l’ère de la machine soit maintenant suffisamment connue et que certains se soient libérés de son sortilège, il est pourtant trop tard pour tenter un retour à un modèle antérieur à l’occidentalisation. Il ne reste aux musulmans qu’à faire l’inventaire de la situation actuelle, pour repartir ensuite du point où nous nous trouvons.
La réaction courante du monde islamique contre le matérialisme et l’immoralité de l’Occident a produit des tentatives d’islamisation de diverses activités et a en outre conduit à l’émergence d’opinions fortement discordantes quant à la meilleure façon de restaurer l’intégrité islamique. Ces opinions vont du point de vue qu’on appelle « fondamentaliste » – avec sa vision superficielle de l’islam comme ensemble de règles uniquement préoccupées des dimensions extérieures de la religion, et donc très prête à imposer ces règles sur les autres, même par la force – jusqu’au point de vue moderniste, lequel se travestit en islam. Les tenants de cette dernière opinion prétendent que, puisque l’islam est applicable en toute époque et tout endroit, tout ce qui provient d’Occident doit être accepté. Il suffit, pensent-ils, de redonner à chaque chose une appellation arabe, comme si la renommer suffisait à changer son caractère anti-islamique. Par contre, la majorité des musulmans se sent perdue, car ils ne savent pas quoi accepter, ni quoi rejeter, ni sur quelle base.
La capacité de distinguer entre ce qui est inadmissible du point de vue islamique et ce qui peut être assimilé sans danger doit être fondée sur une saine compréhension des principes. Malheureusement, la plupart des musulmans ont maintenant atteint un point où ils ignorent même ce que sont les principes. À cause de cette carence, les quelques tentatives récentes pour reformuler le savoir islamique en termes compréhensibles pour la mentalité d’aujourd’hui ont échoué. Aujourd’hui, de nombreuses personnes bien formées croient que la connaissance religieuse la plus superficielle leur donne le droit de se prononcer au nom de la religion et en opposition à l’autorité religieuse reconnue. Ces gens ont déjà commis des erreurs monumentales.
On entend dire trop souvent que l’islam encourage la « science », et les hadîth -s 1 à ce propos sont mis en avant dans les médias. Mais toute tentative pour définir précisément de quel genre de science il s’agit est systématiquement empêchée et n’atteint pas le public. Ce qui est constamment suggéré dans les médias est que, si l’on recherche les connaissances de ce monde au prix de la connaissance révélée, on reste quand même parfaitement conforme aux traditions prophétiques. Le succès de cette désinformation se mesure au fait qu’alors que le terme `âlim ne pouvait autrefois s’appliquer qu’au savant en matière religieuse, ce terme s’applique de nos jours presque exclusivement à l’expert en science moderne. L’abîme entre la doctrine de l’islam et ses conséquences pratiques est continuellement et intentionnellement élargi. Par exemple, le genre de raisonnement nécessaire pour déduire que, selon la doctrine de l’unité de Dieu, on doit aimer son frère semble maintenant hors de portée de la plupart des gens.
Une faible minorité de musulmans a su combiner l’éducation occidentale, aujourd’hui reconnue, à une connaissance religieuse suffisamment profonde pour initier la redéfinition plus que nécessaire des principes islamiques dans un langage actuel.
Bien que quelques tentatives aient été faites dernièrement, la formulation d’une psychologie islamique – travail indispensable si l’on veut définir ce qu’est l’homme – n’a pas, à ce jour, réussi à atteindre la moindre profondeur. La majeure partie de ce qui a été écrit jusqu’ici ne va pas au-delà du recueil de citations, tirées du Coran et des hadîth -s, à propos de l’âme ( nafs ) ou du cœur ( qalb ) sans souci d’organiser cette information ni d’en tirer des conclusions. D’autres écrits se contentent de plus ou moins reformuler la théorie occidentale en termes islamiques. Ce qui fait clairement défaut, c’est le recours aux sources traditionnelles, soit parce que ces écrivains sont incapables d’interpréter les sources selon leurs propres termes, soit parce qu’ils en ignorent jusqu’à l’existence et qu’ils pensent que la psychologie est une chose inventée par l’Occident. Il en est de même pour la sociologie, la science politique, les théories de l’histoire, etc.
Il ne semble pas utile de plonger, ici, dans l’histoire de la psychologie islamique. Qu’il suffise de dire qu’elle fut formulée en détails par plusieurs autorités, soit par de grands savants tels que l’ imâm al-Ghazâlî, soit par de grands philosophes tels que Ibn Sînâ (Avicenne). Bien que les vocabulaires de ces écoles diffèrent et qu’on y trouve des termes empruntés aux Grecs, les deux, finalement, sont attentives à limiter leurs présentations à ce qui est entièrement compatible avec les principes révélés.
Un principe est proprement ce qui ne dépend de rien hors de lui-même et ce de quoi les autres choses dépendent, ou ce de quoi dérivent les choses, lui-même ne dérivant de rien. Strictement, le seul principe est Dieu. Cependant, d’un point de vue plus relatif, le terme peut être utilisé pour signifier des lois immuables et universelles d’où proviennent d’autres lois plus limitées. Ces dernières, par la suite, deviendront principes pour d’autres lois, encore plus limitées. Plus le niveau est bas, plus la signification est restreinte et figée.
Aucune théorie n’est réellement valable à moins d’être fondée sur des principes dérivés de la révélation. Cette règle ne souffre aucune exception, puisque les principes sont universels et doivent diriger l’étude de la science, quelle qu’elle soit, même la plus grossièrement matérielle. C’est l’unique façon de garantir une objectivité suffisante, quelle que soit la branche de la connaissance, et aussi de se prémunir contre la contamination par le biais humain, et contre les désastres imprévus qui pourraient survenir de son application erronée. Le Coran dit :

Une bonne parole est comme un bon arbre : ses racines sont fermes et ses branches sont dans le ciel, il donne ses fruits à tout instant par la grâce de son Seigneur (14 : 24-25).
Ses racines, c’est-à-dire les principes, sont fermes parce qu’elles naissent de la parole divine, et son fruit est donc abondant et sain. En revanche, sans cette ferme implantation, l’arbre serait sans racines, et donc instable et malsain ; il serait improbable qu’on puisse en tirer un quelconque profit.

Et une mauvaise parole est comme un mauvais arbre : déraciné de la terre et sans stabilité (14 : 26).
Le but de ce livre est de définir l’homme en relation avec l’univers. Il doit donc offrir au lecteur un exposé de la doctrine islamique en ce qui concerne la structure de l’homme et de l’univers. Il doit aussi situer l’homme dans le temps et dans l’espace, à la fois en tant qu’individu et dans son contexte social. Ainsi devrait apparaître le cadre de référence nécessaire pour pouvoir mesurer et évaluer la connaissance empirique.
La définition de la condition humaine, selon la perspective islamique, devrait avoir autant d’importance pour les musulmans que pour les non musulmans. Les psychologues musulmans, psychiatres et autres professionnels dans le domaine de la santé mentale, les sociologues, les anthropologues, les historiens, etc., devraient y trouver le cadre doctrinal nécessaire au sein duquel établir une théorie et une pratique islamiques. Leurs collègues non musulmans devraient quant à eux y trouver une perspective stimulante beaucoup plus profonde que celle dont ils ont l’habitude. Ce livre n’est pas particulièrement de nature technique et son message est universel. Les lecteurs non experts dans le domaine, surtout les musulmans occidentalisés et les non musulmans intéressés par la spiritualité traditionnelle, devraient trouver dans cet exposé bref mais complet de la doctrine islamique, la réponse à beaucoup des questions de l’époque.
Cependant, il faut noter dès le départ qu’un livre si bref ne saurait rendre justice à un si vaste sujet. C’est pour cela qu’après avoir saisi les idées essentielles du livre, le lecteur intéressé devra faire des efforts supplémentaires pour enrichir sa compréhension de chaque domaine et pour atteindre la maîtrise nécessaire pour mettre cette connaissance en pratique. L’aide d’un maître qualifié est presque toujours indispensable dans de tels domaines.
Les connaissances contenues dans ce livre sont tirées des sources les plus autorisées. L’ouvrage est complètement fondé sur le Coran et les hadîth -s. Il n’y a pas de place dans un tel travail pour l’opinion personnelle, et la conjecture est absolument défendue, surtout en ce qui concerne les principes. Par contre, une latitude beaucoup plus grande est permise lorsqu’il s’agit des détails de l’application pratique. Puisque ce livre se préoccupe surtout de principes, on ne verra pas ici ma propre théorisation. Seul la hiérarchisation des vertus, au chapitre des vertus et des vices, est plutôt personnel, ceci étant le résultat de la recherche de la simplicité conceptuelle. Par contre, la définition et la description de la pertinence des vertus elles-mêmes sont entièrement traditionnelles. J’ai beaucoup puisé dans l’oeuvre de l’ imâm al-Ghazâlî, en partie parce que c’est lui qui, à son époque, a entrepris exactement la tâche qui doit être recommencée aujourd’hui. Il maîtrisa la philosophie grecque et les autres écoles pertinentes de son temps et les soumit à une rigoureuse analyse critique, conservant ce qui lui parut cohérent avec le critère de la révélation et rejetant tout le reste.
Les preuves textuelles concernant les sujets traités sont presque sans limite, puisque la fonction de la religion est précisément de définir l’homme par rapport à son environnement, puis de lui enseigner comment vivre de la meilleure manière possible dans cet environnement. Si nous avions voulu traiter cette question de façon exhaustive, le livre se serait facilement transformé en plusieurs tomes. L’intention était seulement d’attirer l’attention sur les principes en cause, de façon à inciter d’autres esprits à les développer et à examiner explicitement ce qui reste pour une grande part ici implicite.
M OSTAFA AL -B ADAWI

1 Un hadîth est une tradition prophétique, une déclaration du Prophète, que les bénédictions et la paix de Dieu soient sur lui.
P REMIÈRE PARTIE
La perspective islamique
L’univers
Les dimensions de l’existence
Dieu est Absolu, tout ce qui est autre est relatif. Cela veut dire que Lui seul est Réel et que toute réalité autre que Lui dépend de Lui. Ceci veut aussi dire que Lui seul est libre, et que toute autre existence est soumise à diverses contraintes à divers degrés. Dieu est Infini, tout ce qui est autre est limité.
Dieu est Transcendant. Il est non seulement au-delà de toute limite de temps, d’espace, de forme ou de changement, mais au-delà de toute limite concevable, ainsi qu’au-delà de la description.
La première chose qu’Il créa fut la lumière pure, ou l’esprit pur, ce qui revient à la même chose. À partir de cela Il créa le reste de l’univers, dans un ordre hiérarchique descendant : plus le domaine est bas, plus il est limité et opaque.
Notre monde visible, ainsi que d’autres mondes invisibles (à nous), tire son existence contingente et sa réalité de Dieu. Les mondes invisibles et supérieurs ont leurs propres raisons d’être et leurs propres réalités, tout comme le domaine matériel. Toute la création est, naturellement, un tout interconnecté, créé par Dieu et complètement dépendant de Dieu. Mais, en relation les uns aux autres, chaque domaine d’existence est dépendant, en même temps qu’il est une ombre du domaine placé immédiatement au-dessus de lui, et cela vers le haut jusqu’aux attributs de Dieu et, au-delà, jusqu’à Dieu Lui-même, Exalté soit-Il, Lui qui ne peut être véritablement connu que par Lui-même. Plus le domaine de l’existence est élevé, plus il est « proche » de Dieu, pour ainsi dire, plus il est « réel », et moins il est conditionnel par rapport à ce qui est en dessous de lui. Le monde « normal » de chaque jour, où nous croyons vivre et fonctionner, est affecté d’une façon incommensurable par les réalités au-dessus de lui, que nous en soyons conscients ou non. La connaissance des royaumes invisibles n’est pas conjecturale mais se fonde sur des preuves provenant des Écritures procurées à l’homme par la révélation divine. Encore plus important est le fait que les messagers divins et autres êtres illuminés perçoivent directement ces domaines : ils peuvent les voir, les entendre, les sentir et les décrire de première main. Plus les êtres humains deviennent matérialistes et opaques, plus cette connaissance se retire, jusqu’à disparaître complètement. Malheureusement, une compréhension adéquate de la condition humaine est, sans elle, impossible.
D’après la tradition, notre monde, le domaine matériel, comparé au domaine subtil qui l’entoure, n’est pas plus étendu que la matrice maternelle par rapport à la planète Terre entière. La libération des contraintes de ce monde au moment de la mort, et notre délivrance vers le domaine de liberté relative de la sphère intermédiaire, sont donc comparables à notre évasion antérieure, celle des contraintes de l’utérus, et à notre délivrance vers la liberté relative du monde terrestre. Pour le fœtus et le nouveau-né, l’ensemble de notre monde doit nécessairement sembler empli de formes et de relations invraisemblables et incompréhensibles, qu’on ne peut interpréter que grâce à une expérience et une étude guidées. De même les réalités des domaines supérieurs doivent également nous sembler au début invraisemblables et incompréhensibles. Elles sont pourtant perceptibles, claires et accessibles. Leur signification et leur fonction deviennent évidentes grâce à l’étude et à la guidance.
Il est aussi dit qu’il y a dix-huit mille mondes dans l’univers de Dieu, et le domaine matériel ou visible ( `âlam al-shâhada ou `âlam al-mulk ) en est un des plus petits : c’est le cosmos perceptible avec ses milliards de galaxies, ses distances intergalactiques inimaginables, ses pulsars, quasars, novæ et trous noirs. Ce domaine est contenu dans le ciel terrestre ( al-samâ’ al-dunyâ ) et ne représente qu’un grain de sable dans le désert par rapport au domaine invisible ( `âlam al-ghayb ou `âlam al-malakût ). Ce dernier se compose de sept cieux superposés et entourés par le Piédestal divin ( al-kursî ), lui-même contenu dans le Trône divin ( al-`arsh ) :

Son Piédestal contient les cieux et la terre,
déclare le Coran (2 : 255). Des précisions supplémentaires sont données dans un hadîth :

Les sept cieux et les sept terres, comparativement au Piédestal, sont comme un anneau jeté dans le désert, et la supériorité du Trône par rapport au Piédestal est comme celle du désert par rapport à l’anneau. 2
Au centre du septième ciel est la Maison visitée ( al-bayt al-ma`mûr ), et un hadîth explique qu’il s’agit du sanctuaire céleste visité chaque jour par soixante-dix mille anges et correspondant à la Ka`ba 3 dans la dimension matérielle. La liaison entre la Ka`ba et al-bayt al-ma`mûr est sans interruption, puisqu’il y a des sanctuaires correspondants au centre de chacun des autres cieux, chacun étant l’ombre lancée par celui qui lui est immédiatement supérieur. Le sanctuaire dans le ciel terrestre est appelé la Maison de Puissance (bayt al-`izza) . C’est ici qu’est l’origine de la descente du Coran, la Nuit de la Destinée (laylat al-qadr) , avant d’être révélé par fragments au Prophète, que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui, au cours des vingt-trois ans qui s’écoulèrent du début de sa mission et de la première révélation, dans la caverne de Hirâ’ à la Mecque, jusqu’à sa mort à Médine. L’image de cette maison, dans le monde matériel, est la Ka`ba de pierre, où descendent « cent vingt miséricordes à chaque instant, soixante pour ceux qui en font le tour, quarante pour ceux qui prient devant elle, et vingt pour ceux qui la contemplent. » 4
C’est aussi dans le septième ciel que se trouve le Lotus de la limite (sidrat al-muntahâ ). Un hadîth explique qu’il est « près du Trône et si immense qu’un cavalier peut voyager sous l’ombre d’une de ses branches pendant cent ans. » 5 Il marque la limite de la connaissance qui peut être accordée aux êtres créés, humains ou autres. Sur le Piédestal reposent non seulement le Trône du roi, mais aussi Ses deux pieds. 6
Dieu se sert de symboles pour faire référence à Ses attributs, car il serait autrement impossible de les décrire. Seules les intelligences les plus obtuses sont tentées de les prendre au sens littéral et seules les plus superficielles les négligent, en les traitant de mythes, au lieu d’essayer de pénétrer le voile et d’en percevoir la signification. Dans ce contexte, les deux pieds symbolisent les deux attributs divins complémentaires de beauté et de majesté, tels qu’ils se manifestent dans le domaine contenu par le Piédestal, c’est-à-dire le ciel et la terre. Ceci est aussi en rapport avec les deux mains divines mentionnées dans le Coran, lorsque Dieu reproche au diable d’avoir désobéi au divin commandement lui imposant de se prosterner devant Adam, que la paix soit sur lui :

Qui t’a empêché de te prosterner devant ce que J’ai créé de Mes deux mains ? (38 : 75)
Dans ce contexte, on interprète Ses deux mains comme la main de compassion et la main de puissance (ou de contrainte), qui représentent aussi les attributs de beauté et de majesté. Une main accorda à Adam sa nature élevée, c’est-à-dire angélique ou spirituelle, alors que l’autre lui donna sa nature plus basse ou animale. La première main lui accorda des qualités telles que la compassion, la douceur, la générosité et la prévenance, la seconde d’autres qualités telles que la dignité, la fermeté et le courage. Il y a un autre passage où les deux mains sont aussi mentionnées :

Non ! Ses deux mains sont largement ouvertes (5 : 64).
Les commentateurs interprètent cette fois les mains comme représentant la générosité infinie : une d’elles répand sur toutes les créatures le bien de ce monde, et l’autre le bien du monde prochain. Ou encore une main accorde les dons extérieurs, et l’autre les dons intérieurs. Le hadîth suivant suggère le même sens :

Le cœur du croyant repose entre deux doigts du Tout Miséricordieux. 7
Ces deux doigts tournent le cœur vers la foi ou vers l’incroyance, vers un attachement aux réalités plus élevées du monde spirituel ou vers le monde inférieur des choses matérielles, vers le rappel de Dieu ou vers la distraction, et ainsi de suite. Muni de cette compréhension, il devient clair que les deux doigts représentent la miséricorde et le courroux.
Au-delà du Piédestal repose le Trône, qui est le niveau où se manifeste l’attribut de la miséricorde totale ou rahmâniyya .

Le Tout Miséricordieux ( al-rahmân ) S’est établi sur le Trône (20 : 5).
Là, les attributs vengeurs ne se manifestent plus. Tout est compassion et contentement. Le Trône est la voûte du paradis, où tout est félicité.
Il faut se rappeler que le domaine invisible n’est pas sujet aux conditions spatiales et que la représentation par une image spatiale des plus hautes réalités, telles que le Trône, le Piédestal et le Lotus, est simplement un moyen d’exprimer, en langage humain, ce qui serait autrement inexprimable. L’utilisation d’une telle image entraîne des inconvénients évidents. Un des plus importants apparaît lorsque deux descriptions différentes, pour une seule et même réalité, semblent incompatibles. Par exemple, lorsqu’il s’agit du Trône, on comprend ordinairement quelque chose qui entoure et contienne. Un de ses noms est alors al-`arsh al-muhît , le Trône entourant. Le même Trône est aussi décrit ailleurs comme le centre de l’univers créé, le siège de l’Esprit (al-rûh) , et de l’Assemblée suprême (al-malâ’ al-a`lâ) . C’est seulement lorsqu’il est vu comme centre que le Lotus et la Maison visitée peuvent être dits être en sa proximité. Ces deux points de vue apparaissent simultanément dans le passage qui suit :

Ceux qui portent le Trône et ceux qui l’entourent célèbrent les louanges de leur Seigneur, croient en Lui et implorent le pardon pour ceux qui croient : « Seigneur ! Tu comprends toute chose en Ta miséricorde et Ta science. » (40 : 7)
Ici donc, le Trône est dit être supporté par les porteurs. Mais il y a ceux qui sont autour du Trône, c’est-à-dire autour du centre. En même temps, la miséricorde divine établie « sur » le Trône est dite s’étendre sur toute chose. Le Trône doit donc être périphérique et non central. Voilà donc un exemple qui montre que les descriptions des réalités supérieures ne doivent pas être prises littéralement, et qu’un symbole ressemble à la réalité qu’il indique d’une certaine façon et en diffère nécessairement d’une autre. Comme pour les domaines invisibles, les réalités de ces symboles sont directement perçues et éprouvées après la mort, ou reçues, comme don de Dieu, par ceux qu’Il rapproche de Lui-même, comme le Prophète et ceux qui suivent fidèlement ses pas.
Intéressons-nous toujours à ce qui n’est pas familier à la plupart des musulmans d’aujourd’hui. Ayant mentionné auparavant l’Assemblée suprême, rappelons-nous que lorsque le Prophète, que les bénédictions et la paix de Dieu soient sur lui, eut le choix entre la prolongation de sa vie sur terre ou le retour à son Seigneur, on l’entendit murmurer : « Ô Dieu ! La Compagnie suprême ! (al-rafîq al-a`lâ) . » 8 De nombreuses autorités affirment que cette Compagnie (ou Assemblée) suprême est constituée de l’Esprit (al-rûh) , des quatre grands archanges, Gabriel, Michael, Séraphiel ( Isrâfil ) et Azraël, et des esprits des prophètes, entourés par les porteurs du Trône et les autres anges. Le hadîth dit :

Quand Dieu décrète une chose, les porteurs du Trône Le glorifient, ensuite ceux dans le ciel au-dessous d’eux, ensuite ceux au-dessous d’eux, jusqu’à ce que les glorifications atteignent ceux qui résident dans le ciel terrestre ici-bas. Alors, ceux autour des porteurs du Trône leur demandent : « Qu’a dit votre Seigneur ? » et ils les informent, et les habitants des cieux se questionnent les uns les autres jusqu’à ce que les nouvelles atteignent les habitants de ce ciel-ci. » 9
En dessous de ces niveaux se trouve le domaine intermédiaire ( al-barzakh ). Là demeurent les esprits après leur départ de ce monde, à la mort. On dit que le barzakh a la forme d’un cor renversé, dont la partie la plus étroite débute dans le domaine infra humain invisible et se termine dans le sijjîn , la demeure des incroyants et des hypocrites. Sa partie la plus large est le ` illiyûn , dont le toit est le Trône. C’est aussi dans ce cor que vivent les esprits avant leur descente dans ce bas monde, et ils y demeurent après leur retour, en attendant la résurrection. Par comparaison avec le monde matériel, le barzakh est subtil alors que, par rapport aux dimensions supérieures, il est dense.
Dans ces mondes, les choses abstraites prennent forme, beaucoup comme les significations abstraites et les réalités informes prennent forme dans les rêves. Par exemple, certaines sourates du Coran apparaîtront comme une lumière dans le tombeau, ou comme des nuages à la résurrection, abritant de leur ombre ceux qui les récitaient pendant leur vie terrestre. Les mauvaises actions apparaîtront aussi à ceux qui les auront commises, prenant la forme d’énormes serpents, de scorpions ou de feux brûlants. Puis il y aura les balances où seront pesées les actions. Ces actions devront acquérir de la substance avant d’être pesées, et elles pourront être contrebalancées par un petit parchemin où sera inscrit : lâ ilâha illa’llâh . L’apparence des significations abstraites en formes perceptibles se nomme `âlam al-mithâl , le monde des similitudes. Ces similitudes peuvent même apparaître dans le domaine matériel, comme lorsque Gabriel apparut à Marie :

… il lui apparut sous la forme d’un humain bien formé (19 : 17).
Le mot utilisé dans ce passage est tamaththala , qui veut dire que Gabriel prit la ressemblance ou la similitude d’un homme. Telle est la nature du domaine intermédiaire, de l’imagination humaine et des rêves. Le monde de l’imagination ( `âlam al-khayâl ) et celui des rêves correspondent intérieurement à ce qu’est le monde des similitudes extérieurement. Ici se trouve l’explication des étranges expériences que les morts subissent dans leurs tombes : ils ne sont pas contenus dans l’étroite fosse de sable où repose le corps, mais dans la dimension subtile qui l’entoure.
Un autre monde invisible est celui des jinn -s, les créatures de feu qui, douées de raison, sont libres d’accepter ou de rejeter les messages divins et se répartissent donc, comme les humains, entre croyants et non croyants. Les derniers sont les adeptes du diable et exécutent ses plans subversifs. Les pires d’entre eux sont appelés démons. La racine d’où provient le mot jinn signifie caché, invisible ou recouvert. Junûn , qui signifie démence, est un mot dérivé de la même racine, non parce que la démence est due aux jinn -s mais parce que la démence est définie comme étant ce qui « couvre » la raison et la cache. Par exemple, junna `aqluhu veut dire : « Sa raison est devenue voilée. ». Les jinn -s peuvent apparaître dans la dimension matérielle et sont capables d’interaction avec elle, car ils sont constitués d’énergie ressemblant beaucoup à l’énergie familière à la science physique. Il existe aussi des niveaux dans le domaine subtil adjacent qui constituent le médium à travers lequel agissent les phénomènes tels que la magie et la sorcellerie ( sihr ), le mauvais œil ( hasad ), et l’hypnose.
L’univers créé est un tout unique, étroitement lié. Tout ce qui survient dans une de ses dimensions se répercute à travers la hiérarchie. Les mondes invisibles et visibles sont en rapport constant, pour le bien comme pour le mal. L’effet de la foi et de l’action vertueuse est d’ouvrir les barrières entre ce monde et les mondes supérieurs et de fermer les barrières entre ce monde et les mondes inférieurs. Le résultat en est la présence de la baraka , l’influence spirituelle, la bénédiction, qui vient d’en haut et pénètre tout, intérieurement et extérieurement, pour faire prospérer tout ce qu’elle touche.

Si les gens du Livre avaient cru et craint Dieu, Nous leur aurions effacé leurs méfaits et les aurions admis dans les jardins de la béatitude. S’ils avaient appliqué la Thora et l’Évangile et ce qui leur est descendu de leur Seigneur, ils auraient mangé de ce qui est au-dessus d’eux et de ce qui est sous leurs pieds (5 : 65-66).
Si les habitants des cités avaient cru et craint Dieu, Nous leur aurions certainement ouvert les bénédictions ( barakât ) du ciel et de la terre (7 : 96).
Il s’agit, dans ces deux passages, de la pluie et des récoltes qu’elle engendre : la baraka qui résulte d’une foi forte, de l’action vertueuse et des prières sincères, rend la pluie ainsi que les récoltes abondantes. Le contraire peut aussi être constaté, résultat du comportement opposé. Le malheur et la destruction affligent les malfaiteurs à cause de ce qu’ils font :

La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont gagné de leurs propres mains ; qu’Il les fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré, dans l’espoir qu’ils reviennent. Dis : « Parcourez la terre et voyez ce qui est advenu de ceux qui ont vécu auparavant ; la plupart étaient idolâtres. » (30 : 41-42)
Ce sujet est cependant une affaire très complexe, mettant en jeu un grand nombre de facteurs, et ceux que nous venons de mentionner n’en représentent qu’une partie. Un autre élément à prendre en compte est la loi divine par laquelle quiconque fait le bien recevra sa récompense ici-bas. Les incroyants, qui travaillent dur leurs champs, recevront en récompense des récoltes satisfaisantes. Par contre, le résultat final de leur mode de vie ne saurait être que catastrophique. De même, les croyants qui négligent leur terre verront l’échec de leurs récoltes. La présence atténuante de saints personnages qui vivent parmi une population corrompue est un facteur qui pèse fortement : le pouvoir de leur baraka neutralise, jusqu’à un certain point, les effets adverses de la corruption, même si tous ces effets invisibles demeurent de façon générale inconnus de la communauté.
Les mondes invisibles exercent aussi leur influence au niveau de l’individu : il y a un échange constant entre chaque personne et les mondes supérieurs et inférieurs. Il y a par exemple un hadîth bien connu qui affirme que, lorsque quelqu’un prononce la formule lâ ilâha illa’llâh , une colonne de lumière s’élance vers le haut, jusqu’à la présence divine, et commence à résonner. Elle continue jusqu’à ce que cette présence exprime l’ordre qu’elle s’arrête. Elle répond alors qu’elle ne peut s’arrêter avant que la personne en question soit pardonnée de tous ses péchés. 10
D’autres bonnes actions s’élèvent aussi vers le Trône et sont remarquées par l’Assemblée Suprême qui bénit et assiste ceux dont les actions méritent son approbation et sa satisfaction. Par contre les malfaiteurs, eux, sont maudits et leurs efforts sont entravés. Répétons que le résultat d’une telle action, par l’Assemblée Suprême, n’est pas d’extirper tout mal. Il n’est pas certain, non plus, que les gens qu’elle assiste seront toujours victorieux dans ce monde de façon perceptible. Le mal est une nécessité, et la vie sur terre doit se détériorer jusqu’au point d’atteindre le fond de l’abysse. C’est alors que le cor sonnera et que la résurrection débutera.
Il existe aussi des influences subversives émanant des basses régions, les régions infernales. Le Coran déclare, concernant Satan et ses armées :

Il vous voit, lui et sa tribu, d’où vous ne les voyez pas. Nous avons fait des diables les alliés de ceux qui ne croient pas (7 : 27).
Vous dirais-Je sur qui descendent les diables ? Ils descendent sur tout calomniateur, pécheur (26 : 221).
Les diables inspirent à leurs alliés de disputer avec vous (6 : 121).
Il est aussi écrit dans le Coran :

Ceux qui disent : « Notre Seigneur est Dieu », puis se tiennent dans le droit chemin, les anges descendent sur eux [disant] : « Ne craignez pas et ne soyez pas affligés, réjouissez – vous dans le jardin qui vous a été promis. Nous sommes vos alliés dans ce monde et da ns l’au-delà… » (41 : 30)
Les paires

Et de toute chose Nous avons créé deux paires
dit le Coran (51 : 49). Ceci veut dire que toute chose dans la création est appariée. Il est dit que les attributs divins sont aussi appariés, car Dieu est dhû’l-jalâli wa’l-ikrâm , le Possesseur de la majesté et de la générosité. Seule l’Essence divine (al-dhât) est unique :

Dis : Il est Dieu, Unique (112 : 1).
C’est une des raisons pour lesquelles le Coran affirme la transcendance divine, l’unicité et l’incomparabilité de Dieu, avant de mentionner les paires, celles que nous connaissons et celles que nous ne connaissons pas.

Transcendant est le Créateur de toutes les paires : de ce que produit la terre, d’eux-mêmes, et de ce qu’ils ne connaissent pas (36 : 36).
Ceci est réaffirmé dans d’autres passages, tels que le suivant :

À l’origine des cieux et de la terre, Il a fait pour vous, de vous-mêmes, des paires et, des bestiaux aussi des paires, vous multipliant par ce moyen. Rien ne lui ressemble (42 : 11).
Dans ce passage, Dieu Se décrit sous Son aspect de Celui qui est à l’origine de tout. Ensuite Il mentionne les paires, les cieux et la terre, c’est-à-dire les dimensions matérielles et cosmiques. Il mentionne, par la suite, au niveau terrestre, les paires mâles/femelles, humaines et animales, et réaffirme Sa transcendance :

Rien ne Lui ressemble.
Des exemples de paires, à partir de tous les points de vue concevables, peuvent se trouver dans le Coran. Du point de vue cosmique, statique ou structurel, nous pouvons citer en exemple la paire cieux/terre, qui peut aussi être désignée visible/invisible, ou mulk/malakût . Les paires vues du point de vue séquentiel correspondent à ce monde-ci/l’au-delà, ou dunyâ/âkhira. L’au-delà est en outre divisé entre le paradis/l’enfer, la félicité/la misère. Dans le contexte du monde terrestre, nous avons les paires jour/nuit, hiver/été, soleil/lune, montagnes/plaines, terre/mer, puis les paires végétales, animales et humaines. Au niveau individuel, nous trouvons le savoir/l’ignorance, le vice/la vertu, l’amour/ la haine, la fermeté/la panique, le rappel de Dieu/la distraction, l’attachement à ce monde/le détachement, et ainsi de suite. Des relations semblables se rencontreront aux niveaux moléculaire, atomique et subatomique.
Pour clarifier ces relations, nous devons savoir que tout ce qui existe a été fait d’après un modèle, ou archétype, dans le savoir divin, éternel et immuable. Toute relation ici-bas correspond à une autre relation à un niveau supérieur, et ainsi de suite, jusqu’à leur origine dans le savoir divin incréé. La première paire, créée pour exprimer cette dualité et qui devint le modèle pour toutes les paires subséquentes, fut le Calame (al-qalam) et la Table préservée (al-lawh al-mahfûz) . Le premier est actif et représente la majesté, la seconde est passive par rapport à la première et représente la beauté. Le Prophète, que les bénédictions et la paix de Dieu soient sur lui, a dit que la première chose que Dieu a créée fut le Calame, et ensuite la Table. Puis Il ordonna au Calame d’inscrire sur la Table la connaissance de Dieu concernant Sa création, du début jusqu’au Jour dernier 11 . Ainsi, le Calame écrivit activement et la Table reçut son empreinte. La première paire humaine comprenait aussi un pôle actif, Adam, qui devait être créé le premier, et Ève, son complément passif.
Les termes actif/passif, mâle/femelle, positif/négatif doivent toujours être compris dans un sens relatif et non absolu, car ce qui est actif par rapport à une certaine chose est en même temps passif par rapport à une autre. Le Calame, actif par rapport à la Table, est en même temps éminemment passif par rapport au divin commandement qui le meut. Les hommes sont plus actifs que passifs par rapport à leurs femmes mais plus passifs qu’actifs par rapport à leurs parents, maîtres et supérieurs. Les femmes sont plus passives avec leurs maris alors qu’avec leurs enfants, mâles ou femelles, leur relation est plus active. Dans une seule relation, par exemple élève à maître, l’étudiant est en général passif par rapport à son maître. Mais il se peut qu’il y ait des éléments psychologiques chez l’étudiant qui soient actifs par rapport à d’autres éléments particuliers chez le maître. Chaque pôle d’une dyade est donc non seulement potentiellement à même d’assurer un rôle opposé dans une autre dyade, mais peut aussi faire partie de rapports complexes où existent des interactions passives et actives dans les deux directions. La raison en est que chaque pôle dans une dyade porte en lui une part des constituants de l’autre. Un exemple évident en est le fait que mâles et femelles produisent tous deux des hormones mâles et femelles qui ne diffèrent qu’en quantité relative. Il faut aussi noter que le terme « passif » ne connote ni l’imperfection ni la faiblesse. Les attributs divins de beauté constituent la perfection passive alors que ceux de la majesté constituent la perfection active. Les attributs, ou rôles, actifs et passifs chez les créatures terrestres ne sont que les ombres terrestres de ces perfections divines. Les attributs passifs ne sont pas moins nécessaires que les attributs actifs, car chacun est le complément de l’autre.
Les deux pôles d’une dyade peuvent appartenir au même degré de l’existence ou à deux degrés superposés. En d’autres termes, il existe des relations horizontales et des relations verticales. Lorsqu’une relation est verticale, le pôle supérieur est toujours principalement actif par rapport au plus bas. Par exemple, chez l’être humain, l’âme, ou psyché, est plus haute que le corps et donc, dans la paire psyché/ soma , la psyché est principalement active. Par contre, en relation avec l’esprit, elle est inférieure, et donc principalement passive. 12 Pour prendre un exemple cosmique, le Trône divin est actif par rapport au Piédestal, qui à son tour est principalement actif par rapport aux sept cieux au-dessous de lui, qui sont à leur tour principalement actifs par rapport au monde matériel.
Le rapport actif/passif des paires peut être considéré, aux niveaux les plus bas, comme un rapport d’opposition, tel que bon/mauvais, par exemple. Mais, dans la plupart des cas, il s’agira d’un rapport de complémentarité plutôt que d’opposition et c’est ce qu’on rencontre de plus en plus souvent au fur et à mesure que le niveau s’élève.
Il faut aussi mentionner dans ce contexte les arrangements de relations « multidyadiques » dans le cadre de systèmes interactifs complexes. Cette perspective a été partiellement étudiée par des théoriciens modernes des systèmes. Des conclusions relativement pertinentes ont été présentées, bien qu’elles soient limitées par la nature même de la science matérielle. Chaque système est conçu comme étant composé de systèmes plus petits et comme faisant partie d’un système plus large. Ces systèmes à l’intérieur d’autres systèmes sont en équilibre. Tout équilibre sera très probablement perturbé périodiquement, simplement pour être remplacé par un nouvel équilibre après une période de déséquilibre. Cela veut dire que chaque équilibre est relatif et porte en lui le germe d’un déséquilibre futur. À l’intérieur de chaque système, les parties les plus légères ou les plus passives sont considérées comme parcourant une orbite autour des éléments les plus lourds ou les plus actifs.
C’est littéralement ce qui se passe dans le cas des électrons, protons, soleils et planètes. C’est peut-être moins évident aux niveaux social et individuel.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents