L Imam al-Mahdi : Le guide juste de l’humanité
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Description

La croyance au Mahdi est née à l’époque du Prophète Muhammad qui annonça, à plus dune occasion, sa venue future. De temps en temps, il parlait de la gouvernance du Mahdi et des signes de son apparition, mentionnant son nom et son surnom. De nombreux hadiths sont rapportés à ce sujet, tant de source sunnite que de source shiite. On y parle de l« Imam du Temps », issu de la descendance du Prophète, qui est attendu à la fin du monde où il remplira la terre de justice et d’équité.Conçu sous forme d’échanges et de questions-réponses entre scientifiques et intellectuels, shiites, sunnites ou sceptiques, cet ouvrage aborde la question du Mahdi sous différents angles : historique, doctrinal, rationnel et scientifique. De nombreuses références tirées du Coran et surtout de la Tradition du Prophète et des Imams sont données, éclairées par des démonstrations argumentées et des recherches approfondies, à propos de plusieurs aspects importants : origines du Mahdisme et faux mahdis, les références shiites et sunnites, l’occultation et la longévité du Mahdi, les signes annonciateurs de son apparition et la préparation de son avènement.Tous ces points sont traités et développés, dune façon claire et dynamique, selon une méthode qui allie la force des convictions religieuses et la rigueur des preuves scientifiques, permettant de mieux comprendre qui est l’Imam al-Mahdi, le guide juste de l’humanité.

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Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 52
EAN13 9791022511001
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,08€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction par quelque procédé que ce soit, sont réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1433-2012
ISBN : 978-2-84161-564-3 - EAN : 9782841615643
JE VEUX COMPRENDRE
L’Imam al-Mahdi
Le guide juste de l’humanité
Ayatollah Ibrahim Amini
Traduction : Ahmed Mustafa
Révision : Shirine Tannous
I NTRODUCTION
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Le mois de Sha‘ban du calendrier musulman est une période de célébrations. Il est marqué par les naissances du troisième Imam, Hussayn ibn ‘Ali, de son demi-frère ‘Abbas ibn ‘Ali, de son fils ‘Ali ibn al-Hussayn Zayn al-‘Abidin, et enfin, de son illustre descendant, le Qa’im (le sauveur) de ahl al-bayt (la famille du Prophète), le douzième Imam, al-Mahdi  . J’ai assisté à une commémoration de la naissance du douzième Imam  la quinzième nuit de Sha‘ban dans un lycée de Téhéran. L’évènement était bien organisé et un public diversifié y assistait, avec une majorité de gens éduqués, de jeunes et d’étudiants. La réunion était parrainée par l’Association Islamique de cette école.
La rencontre débuta avec la récitation du Coran par un jeune étudiant, dont la magnifique prestation introduisit d’emblée à la dimension spirituelle de l’évènement. Après lui, un autre étudiant récita un poème de sa propre composition sur l’Imam Caché  et un troisième présenta un texte bien rédigé et très pertinent sur le sujet. À la fin de la séance, M. Hoshyar, un honorable enseignant de l’école, prononça un discours très intéressant sur le sujet de l’Imam du Temps  puis la soirée arriva à son terme.
Cette rencontre me fit une profonde impression. Ce n’est pas tant l’aspect officiel qui me frappa mais plutôt l’esprit de sincérité et de piété émanant de ces jeunes gens. Ils réunissaient la religion et le savoir, œuvraient à propager la vérité et la compréhension parmi les gens, et éclairaient leurs réflexions par la foi. L’atmosphère de la rencontre était dominée par la pureté de l’intention et la sincérité du comportement de ces jeunes qui interagissaient avec l’assistance, irradiant la chaleur et le respect.
L’enthousiasme de ces jeunes et leur ferveur religieuse, guidée par une réflexion clairvoyante, furent pour moi une source d’espoir quant à l’avenir de la communauté musulmane. Je voyais l’avenir de la civilisation et la responsabilité de l’évolution de l’humanité qu’ils portaient sur leurs épaules. Mes yeux s’emplirent de larmes d’espoir, et je priai Dieu Tout-Puissant, de tout cœur, pour le succès de l’Association Islamique des étudiants et des écoles, qui avait amorcé cette mission sacrée auprès des jeunes.
À ce moment précis, l’ingénieur Madani, qui était assis près de M. Hoshyar, lui demanda : « Croyez-vous réellement en l’existence de l’Imam Caché ? Votre opinion s’appuie-t-elle sur des recherches ou défendez-vous simplement une telle croyance sur la base de votre foi ? » M. Hoshyar répondit : « Ma conviction n’est fondée ni sur une foi aveugle, ni sur une imitation conformiste. Elle est le fruit d’une étude poussée. Quoi qu’il en soit, je suis tout à fait prêt et disposé à approfondir mes recherches et, au besoin, à ajuster mon opinion en conséquence ».
M. Madani ajouta : « La question de l’Imam du Temps n’est pas très claire pour moi, et rien jusque-là n’a réussi à me convaincre de sa véracité, c’est pourquoi j’aimerais beaucoup discuter du sujet avec vous, et tirer profit de votre étude et de vos recherches en la matière ».
C HAPITRE I
L ES DÉBUTS DE LA CROYANCE AU M AHDI
Dr Emani : Quand la croyance au Mahdi s’est-elle répandue dans la société islamique ? Y a-t-il eu un débat sur la question du Mahdi à l’époque du Prophète ou est-ce après son décès que cette croyance s’est répandue parmi les musulmans ? Certains ont écrit que le Mahdisme n’existait pas dans les premiers temps de l’islam, et que ce n’est qu’au cours de la deuxième moitié du premier siècle de l’Hégire (septième siècle après J.-C.) que l’idée est apparue. Certains considéraient Muhammad ibn al-Hanafiyya (fils de ‘Ali) comme étant le Mahdi (après la mort de son demi-frère al-Hussayn, à Karbala). Ses partisans affirmaient que Muhammad ibn al-Hanafiyya n’était pas mort, mais qu’il vivait au mont Radwa et qu’il reviendrait un jour.
M. Hoshyar : La croyance au Mahdi est née à l’époque du Prophète qui annonça, à plus d’une occasion, sa venue future. De temps en temps, il parlait de la gouvernance du Mahdi et des signes de son apparition, mentionnant son nom et son surnom. De nombreux hadiths sont rapportés à ce sujet, tant de source sunnite que de source shiite. Certains de ces hadiths ont été si fréquemment rapportés, et sans interruption à toutes les époques, que personne ne peut douter de leur authenticité. Par exemple, nous trouvons le hadith suivant rapporté par ‘Abdallah ibn Mas‘ud, qui entendit le Prophète dire :
« La fin du monde ne surviendra pas avant qu’un homme des ahl al-bayt (ma famille), qui se nommera al-Mahdi, n’apparaisse pour diriger ma communauté ».
Une autre tradition rapportée par Abu al-Hujaf cite le Prophète répétant à trois reprises : « Ecoutez la bonne nouvelle au sujet du Mahdi ! Il se lèvera alors que les gens feront face à un conflit sévère, et que la terre sera frappée par un violent séisme. Il remplira la terre de justice et d’équité comme elle aura été auparavant remplie d’injustice et de tyrannie. Il remplira le cœur de ses partisans de dévotion, et répandra partout la justice ».
Le Prophète a déclaré : « Le Jour de la Résurrection n’aura pas lieu avant que le vrai Qa’im (sauveur) ne se soulève. Cela se produira lorsque Dieu le lui permettra. Toute personne qui le suivra sera sauvée, et quiconque s’opposera à lui périra. Ô serviteurs de Dieu, gardez Dieu à l’esprit et allez vers lui, même si c’est sur la glace, car il est vraiment le calife de Dieu et mon successeur ».
Dans un autre hadith : « Quiconque ne croit pas au Qa’im parmi mes enfants m’aura renié ».
Ailleurs, le Prophète assure à sa communauté : « La fin du monde ne surviendra pas jusqu’à ce qu’un homme d’entre les descendants de Hussayn ne se charge des affaires du monde et ne le remplisse de justice et d’équité comme il aura été rempli d’injustice et de tyrannie ».
Le Mahdi, un descendant du Prophète
Un grand nombre de hadiths de ce type existent. Cela montre que la question de la venue future du Mahdi et Qa’im était bien connue à l’époque du Prophète . En réalité, la façon dont ces hadiths évoquent le sujet indique que ce n’était pas quelque chose de nouveau pour les gens. Au contraire, ces hadiths énoncent les signes distinctifs et caractéristiques de la personne qui apparaîtra en tant que Mahdi, comme dans l’affirmation : « Le Mahdi promis fera partie de mes descendants ».
Les traditions suivantes reflètent cette idée. On rapporte de ‘Ali ibn Abi Talib ce qui suit : « Je demandai au Prophète : “Le Mahdi fera-til partie de notre propre famille ou d’une autre famille ?” Il répondit : “Ce sera l’un des nôtres. Dieu parachèvera Sa religion par son biais, comme Il l’a commencée avec nous. C’est par nous que les gens trouveront refuge contre la sédition, de même que c’est par nous qu’ils ont été sauvés du polythéisme. C’est également par nous que Dieu rapprochera les cœurs des gens dans la fraternité, après l’animosité semée par la sédition, tout comme ils ont été rapprochés dans la fraternité par la religion, après la haine semée par le polythéisme’’ ».
Abu Sa‘id Khudri, un proche compagnon du Prophète rapporte : « J’ai entendu le Prophète déclarer de la chaire : “Le Mahdi, l’un de mes descendants, membre de ma famille, se soulèvera à la fin des temps. Pour lui, les cieux verseront la pluie, et la terre produira l’herbe verte. Il remplira la terre de justice et d’équité comme elle aura été remplie de tyrannie et d’injustice.’’ ».
Dans une autre tradition d’Umm Salma, épouse du Prophète, encore plus de détails sont donnés à la communauté. Le Prophète y précise notamment : « Le Mahdi sera issu de ma progéniture, l’un des enfants de Fatima ».
À une autre occasion, le Prophète a dit : « Le Qa’im sera l’un de mes descendants. Son nom sera le mien [Muhammad] et son surnom ( kunya ) sera mon surnom [Abu al-Qassim]. Il aura mon caractère. Il appellera les gens à suivre ma tradition et le Livre de Dieu. Quiconque lui obéit m’aura obéi, et quiconque s’éloigne de lui se sera éloigné de moi. Toute personne qui nie son existence durant son occultation m’aura renié, et quiconque déforme la vérité à son sujet en aura fait autant à mon sujet. Quiconque confirme son existence aura confirmé la mienne. Quant à ceux qui cherchent à falsifier mes dires à son sujet et à égarer ma communauté, je me plaindrai d’eux à Dieu. {Les injustes verront bientôt le revirement qu’ils subiront} ».
Abu Ayyub Ansari rapporte de son côté cette parole du Prophète : « Je suis le chef des prophètes, et Ali est le chef des héritiers. Mes deux petits-fils sont les meilleurs des descendants. De nous naîtront les Imams infaillibles, descendants de Hussayn. Le Mahdi de cette communauté est également l’un des nôtres ». À ce moment-là, un Arabe se leva et demanda : « Ô Prophète de Dieu, combien d’Imams y aura-t-il après toi ? » Il répondit : « Autant que le nombre d’apôtres de Jésus et que les chefs des enfants d’Israël ».
Une tradition similaire est rapportée par Hudhayfa, un autre compagnon du Prophète, qui l’entendit déclarer : « Les Imams après moi seront aussi nombreux que les chefs de tribus des enfants d’Israël. Neuf d’entre eux seront les descendants de Hussayn. Le Mahdi de cette communauté sera l’un des nôtres. Prenez garde ! La vérité est auprès d’eux et ils sont avec la vérité. Aussi, prenez garde à la manière dont vous les traiterez après moi ».
Dans une autre tradition, Sa‘id ibn Mussayyib rapporte d’après ‘Amr ibn ‘Uthman ibn ‘Affan : « Nous avons entendu le Prophète dire : “Les Imams après moi seront au nombre de douze. Neuf d’entre eux seront de la progéniture de Hussayn. De plus, de nous viendra le Mahdi de cette communauté. Quiconque s’accroche à eux après moi s’accrochera à la corde de Dieu, et quiconque les abandonne aura abandonné Dieu’’ ».
Il existe de nombreux hadiths du même genre. Il suffit d’examiner les sources pour en prendre connaissance.
Les hadiths sunnites au sujet du Mahdi
Dr Fahimi : M. Hoshyar, nos amis le savent, mais permettez-moi de vous dire que je suis d’obédience sunnite. Par conséquent, je ne partage pas l’évaluation positive que vous avez des hadiths de sources shiites. Vraisemblablement, les shiites extrémistes, pour une raison ou une autre, après avoir accepté les récits concernant le Mahdisme, ont dû fabriquer des traditions confirmant leurs opinions, et les ont attribuées au Prophète. La preuve en est que les traditions concernant le Mahdi ne se trouvent que dans vos ouvrages shiites. Il n’y a aucune trace de celles-ci dans nos compilations de traditions authentiques. En revanche, je sais qu’il y a quelques récits sur le sujet dans certaines de nos compilations moins fiables.
M. Hoshyar : Les traditions sur le Mahdi ne sont pas complètement absentes de vos compilations de hadiths, en dépit des conditions extrêmement défavorables qui règnaient sous les Omeyyades et les Abbassides, leurs politiques et leurs gouvernements oppressifs ne permettant pas la discussion ni la diffusion des hadiths relatifs à la wilâyat (allégeance aux ahl al-bayt ), à l’ imâmat (gouvernance) et aux ahl al-bayt, pas plus que leurs transcriptions dans les livres de hadiths. Si vous n’êtes pas fatigués, je pourrais vous en citer quelques-uns.
L’ingénieur Madani : M. Hoshyar, je vous en prie, continuez !
M. Hoshyar : Dr Fahimi, dans vos compilations de traditions dites « fiables » ou « authentiques » ( Sihâh ), il y a bien des chapitres consacrés au sujet du Mahdi, dans lesquels des traditions du Prophète sont rapportées. Par exemple, on trouve la tradition prophétique transmise par ‘Abdallah : « Le monde ne prendra pas fin avant qu’un homme de ma famille, dont le nom sera le mien, ne dirige les Arabes ».
Tirmidhi a cité ce hadith dans son Sahîh, avec ce commentaire : « Ce hadith sur le Mahdi est fiable. Il a été rapporté par ‘Ali ibn Abi Talib, Abu Sa‘id, Umm Salama et Abu Hurayra ».
‘Ali ibn Abi Talib rapporte cet autre propos du Prophète : « Même s’il ne reste qu’un seul jour sur terre, Dieu enverra un homme de ma progéniture afin qu’il remplisse la terre de justice et d’équité comme elle aura été remplie de tyrannie »
Dans un autre hadith, Umm Salama rapporte avoir entendu le Prophète dire : « Le Mahdi promis sera de ma progéniture, ce sera un descendant de Fatima ».
Selon Abu Sa‘id Khudri, le Prophète a dit : « Notre Mahdi aura le front large et un nez aquilin. Il remplira la terre de justice comme elle aura été remplie d’injustice et de tyrannie. Il gouvernera pendant sept ans ».
‘Ali ibn Abi Talib rapporte une tradition du Prophète qui lui précisa : « Le Mahdi promis sera de ma famille. Dieu créera les conditions de son apparition en une seule nuit ».
Abu Sa‘id Khudri rapporte la tradition suivante du Prophète : « La terre sera remplie d’injustice et de corruption. À ce moment-là, un homme de ma progéniture se soulèvera et gouvernera pendant sept ou neuf ans, et il remplira la terre de justice et d’équité ».
Davantage de détails sont fournis dans un autre hadith toujours rapporté par Abu Sa‘id Khudri. Dans cette tradition, le Prophète dit : « A la fin des temps, une catastrophe s’abattra sur mon peuple, à cause de la manière dont gouverneront ses dirigeants. La gravité de cette catastrophe sera sans précédent. Elle sera si violente que la terre, par suite de l’injustice et de la corruption, deviendra trop étroite pour ses habitants. Les croyants ne trouveront aucun refuge contre l’oppression. À ce moment-là, Dieu enverra un homme de ma famille pour remplir la terre de justice et d’équité comme elle aura été remplie d’injustice et de tyrannie. Les habitants des cieux et de la terre seront satisfaits de lui. La terre produira tout ce qui pousse pour lui, et les cieux verseront des pluies en abondance. Il vivra parmi les gens pendant sept ou neuf ans. Du fait de tous les bienfaits que Dieu accordera aux habitants de la terre, les morts souhaiteront revenir à la vie »
De nombreux hadiths vont dans ce sens dans vos livres. Je crois que nous en avons cités assez pour illustrer notre sujet.
Objection relevée par un autre
Dr Fahimi : L’auteur de l’ouvrage Al-Mahdiyya fi-l-islâm écrit : « Bukhari et Muslim, les compilateurs des deux ouvrages de hadiths sunnites les plus authentiques, qui ont enregistré les traditions avec méticulosité, en étant extrêmement rigoureux dans la vérification de leur fiabilité, n’ont pas inclus de traditions concernant le Mahdi dans leur Sahîh . Ces traditions font plutôt partie des compilations des Sunan de Abu Dawud, Ibn Majah, Tirmidhi, Nassa’i et du Musnad d’Ahmad ibn Hanbal. Ces derniers compilateurs n’étaient pas sérieux dans le choix des traditions, et les hadiths qu’ils ont rapportés ont été considérés comme faibles et inacceptables de la part d’érudits comme Ibn Khaldun ».
Ibn Khaldun et les traditions concernant le Mahdi
M. Hoshyar : Pour continuer autour de la question de la fiabilité des hadiths concernant le Mahdi, citons globalement l’opinion d’Ibn Khaldun à ce sujet : « Tous les musulmans de toutes les époques savent et acceptent, en général, qu’à la fin du temps, un homme des ahl al-bayt fera, sans aucun doute, son apparition, renforçant l’islam et faisant triompher la justice. Les musulmans le suivront, et il étendra sa domination sur l’empire musulman. Il sera appelé le Mahdi. On trouve de telles traditions dans les compilations des Imams [des ahl al-bayt ]. Elles sont discutées et critiquées par ceux qui les mettent en doute et souvent réfutées à l’aide de certaines traditions ».
C’est le résumé de l’avis d’Ibn Khaldun. Il poursuit en mentionnant les noms de ceux qui ont transmis ces hadiths et évalué leur degré de fiabilité, en accord avec les érudits des sciences de la transmission.
Répondons à ces points soulevés par Ibn Khaldun.
1. Transmission ininterrompue des traditions
De nombreux érudits sunnites reconnaissent que les traditions sur le Mahdi ont été transmises par des chaînes continues ( mutawâtir ), à partir de plusieurs sources. Ils n’émettent aucune réserve à leur propos. Parmi ces savants, figurent Ibn Hajar Haythami, dans As-sawâ‘iq al-muhriqa , Shablanji, dans Nûr al-absâr , Ibn Sabbagh, dans Al-fussûl al-muhimma , Muhammad as-Saban, dans As’af al-râghibîn , Kanji Shafi’i dans Al-bayân , et bien d’autres encore. Le fait que ces traditions soient transmises de façon ininterrompue compense la faiblesse que l’on constate dans leur chaîne de transmission. Selon ‘Asqalani, une tradition rapportée de génération en génération, sans interruption, amène à établir sa véracité. Une action qui s’appuie sur une telle tradition n’est pas sujette à contestation.
Un avis similaire est soutenu par Sayyed Ahmad, Shaikh al-Islam et Mufti Shafi’ite, qui écrit que les traditions concernant le Mahdi sont très nombreuses et transmises sans interruption. Parmi elles, certaines sont sûres ( sahîh) . D’autres sont bonnes ( hasan ) et d’autres encore sont faibles ( da’if ). Il explique que, bien que la majorité de ces traditions soient faibles, comme elles sont nombreuses et que ceux qui les ont rapportées sont aussi nombreux, certaines d’entre elles renforcent les autres, ce qui conduit à les accepter comme fiables.
Les hadiths concernant le Mahdi sont rapportés par plusieurs éminents compagnons du Prophète, parmi lesquels ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf, Abu Sa‘id Khudri, Qays ibn Jabir, Ibn Abbas, Jabir, Ibn Mas‘ud, ‘Ali ibn Abi Talib, Abu Hurayra, Thawban, Salman al-Farissi, Hudhayfa, Anas ibn Malik, Umm Salama et d’autres encore. Parmi les auteurs sunnites qui ont inclus ces traditions dans leurs ouvrages, on peut citer notamment Abu Dawud, Ahmad ibn Hanbal, Tirmidhi, Ibn Majah, Nassa’i, Tabarani, Abu Nu‘aym Isfahani, et de nombreux autres compilateurs de hadiths.
2. La faiblesse de la chaîne de transmission n’est pas toujours un problème
Il est important de noter que la plupart des personnes dont la transmission est reconnue comme moins fiable, et qui sont mentionnées par Ibn Khaldun, ont cependant été approuvées par d’autres et, en fait, même par Ibn Khaldun. De plus, la faiblesse de la chaîne de transmission d’un hadith n’est pas absolument déterminante pour son approbation comme hadith fiable , car l’authentification est chose subjective : alors qu’une certaine caractéristique d’une tradition peut la rendre fiable pour un chercheur, un autre peut arriver au résultat opposé. C’est pourquoi l’avis du premier peut-être accepté seulement s’il a clairement expliqué pourquoi il a jugé la tradition faible.
Dans son Lissan al-mizan , ‘Asqalani dit : « La faiblesse de la tradition prend le dessus sur son approbation lorsque la raison en est rendue explicite. Sinon, l’avis de la personne jugeant la tradition faible n’a pas de valeur ».
Abu Bakr Ahmad ibn ‘Ali al-Baghdadi écrit : « Il est à noter que des traditions sont acceptées et reprises par Bukhari, Muslim et Abu Dawud, bien que certains de leurs rapporteurs aient été critiqués et déclarés non fiables, ce manque de fiabilité n’ayant pas été bien établi et prouvé par eux. De plus, si la faiblesse et la fiabilité d’une tradition sont d’un poids égal, alors c’est sa faiblesse qui l’emporte. Cependant, si la faiblesse est moins claire que sa fiabilité, il peut alors y avoir plusieurs avis sur cette tradition. La meilleure façon de résoudre ce problème d’authentification d’une tradition est de dire que si la raison de la faiblesse est mentionnée et qu’elle est convaincante, la faiblesse l’emporte alors sur la fiabilité. Mais si la raison n’est pas mentionnée, la fiabilité a alors plus de poids que la faiblesse ».
Pour être sûrs, nous ne pouvons généraliser et déclarer avec une certitude absolue qu’en tous points de controverse sur la fiabilité d’une tradition, l’évaluation conduisant à la juger faible a plus de poids que celle conduisant à la juger fiable. Si tous les critères de faiblesse étaient rendus valables, très peu de traditions seraient à l’abri de toute critique. Il est donc important, dans de tels cas, de faire une analyse soigneuse et une évaluation logique pour faire apparaître clairement la vérité.
3. Manque de fiabilité pour simple cause de shiisme
Souvent, une tradition est considérée comme faible parce que son rapporteur est shiite. Par exemple, Ibn Khaldun rejette Qutn ibn Khalifa, l’un des rapporteurs des traditions sur le Mahdi, tout simplement parce qu’il est shiite. A ce sujet, il cite Ijli qui disait que Qutn était bon en matière de hadiths, mais qu’il était quelque peu d’orientation shiite. De même, pour Ahmad ibn ‘Abdallah ibn Yunus et Abu Bakr ibn ‘Ayyash, Qutn était peu fiable et ses traditions étaient rejetées en raison de ses croyances « corrompues ». Pourtant, d’autres tels Ahmad ibn Hanbal, Nassa’i, etc., l’ont accrédité et ont considéré ses traditions comme fiables.
Un autre rapporteur dénommé Harun fut aussi considéré comme faible car ses fils et lui étaient shiites, comme nous le rapporte Ibn Khaldun. Certains spécialistes du hadith considéraient Yazid ibn Abi Ziyad comme un rapporteur faible car « c’était le chef des shiites » et qu’il vivait parmi les shiites de Kufa. A propos de ‘Ammar Dhahabi, Ibn Khaldun nous dit que, bien que d’éminents traditionnistes tels Ahmad ibn Hanbal, Nassa’i et d’autres encore l’aient considéré comme fiable, Bishr ibn Marwan le jugeait faible en raison de son shiisme. Les traditions de Abd az-Razzaq ibn Humam furent aussi considérées comme faibles, parce qu’il avait rapporté des traditions relatant les mérites de la famille du Prophète, et qu’il était connu pour son shiisme.
4. Différence de croyance
La différence de croyance est un autre prétexte employé pour discréditer des traditions rapportées par certains individus pieux et honnêtes. C’était le cas avec une question sensible, ayant à l’époque généré de nombreux débats et mené à une inquisition, comme celle de la nature créée ou incréée du Coran. Certains, dans la communauté, croyaient que le Coran n’avait pas été créé dans le temps, et qu’il était par conséquent éternel. D’autres croyaient qu’il était apparu à un moment donné, dans le temps, et qu’il avait donc été créé. Ces deux groupes n’étaient pas seulement engagés dans des disputes enflammées mais se jetaient mutuellement l’anathème. Les rapporteurs de hadiths qui croyaient que le Coran avait été créé dans le temps ou qui exprimaient leurs doutes concernant ce sujet étaient discrédités et condamnés.
L’auteur de Adwa’ ‘ala as-sunna al-muhammadiyya écrit : « Les érudits avaient condamné un groupe de rapporteurs tel Ibn Lahia, les qualifiant d’infidèles. Leur péché était qu’ils croyaient que le Coran avait été créé. De plus, on dit que Muhassibi n’a pas accepté l’héritage de son père. Il expliquait : “Ceux dont la foi est ambiguë ne peuvent transmettre un héritage. Je ne veux pas ma part d’héritage de mon père”. La raison de son refus était que son père était un waqifi, c’est-à-dire qu’il avait exprimé son doute au sujet de la création du Coran ».
De même, à cause de préjugés extrêmes et de divergences religieuses, on oubliait les critères objectifs permettant de certifier l’honnêteté et la sincérité des rapporteurs de hadiths ; on accordait une confiance injustifiée à certains rapporteurs pour le seul fait qu’on partageait ses orientations doctrinales et qu’on appartenait à la même école de pensée, même s’ils n’étaient pas fiables et avaient un comportement opposé à la foi et à la vertu. La situation était telle qu’au lieu de vérifier la crédibilité du rapporteur, il était approuvé. Ainsi, par exemple, selon Ijli, ‘Umar ibn Sa‘d faisait partie des rapporteurs fiables de la seconde génération, après les compagnons du Prophète, dont les traditions ont été reprises. Cette évaluation est difficilement acceptable et compréhensible quand on connaît la responsabilité avérée de ‘Umar ibn Sa‘d dans l’assassinat de l’Imam al-Hussayn  , lui que le Prophète avait déclaré être le maître des jeunes gens du Paradis et son petit-fils bien-aimé.
Tel fut aussi le cas de Bisr ibn Artar, officiellement promu par Mu‘awiya, qui avait massacré des milliers d’innocents shiites et qui maudissait en public ‘Ali ibn Abi Talib, le calife du Prophète. Toutefois, un tel individu au vil caractère fut excusée pour ses crimes haineux et considérée comme une autorité indépendante et savante en matière de jurisprudence.
Au sujet de Urba ibn Sa‘id, Yahya ibn Mu‘in écrit : « Il est fiable. Nassa’i, Abu Dawud et Daraqutni l’ont considéré comme digne de confiance. Mais par ailleurs, Urba ibn Sa‘id était compagnon de l’oppresseur Hajjaj ibn Yussuf ».
On voit sans difficulté l’application de doubles critères dans l’acceptation des traditions rapportées par des individus favorisés. Bukhari accepta les traditions rapportées par Marwan ibn Hakam dans son Sahih et s’appuya sur elles. Et pourtant, Marwan fut l’une des causes majeures de la « bataille du chameau », ayant encouragé et incité Talha à se battre contre ‘Ali. Ensuite, au cours de la bataille, ce même Marwan tua Talha.
L’auteur de Adwa’ ‘ala as-sunna al-muhammadiyya attire notre attention sur le fait qu’une analyse attentive des efforts de ces érudits pour valider les paroles de Marwan montre clairement le travail effectué pour la promotion d’une personne injuste comme Marwan, ayant soutenu la mise à mort de ‘Ali, ayant tué lui-même Talha, et qui est responsable du meurtre de Hussayn ibn ‘Ali. D’autre part, des compilateurs de hadiths tels que Bukhari et Muslim discréditèrent d’éminents érudits et des personnes ayant mémorisés des traditions prophétiques tels que Hammad ibn Maslama et le pieux croyant Makhul, simplement à cause de leur désaccord avec eux sur certaines questions relatives aux croyances.
En fin de compte, lorsqu’une personne rapportait des traditions faisant l’éloge de la famille du Prophète et de ‘Ali ibn Abi Talib, ou des traditions similaires en accord avec les croyances shiites, certains savants résolument sunnites trouvaient son hadith suspect et peu fiable, ou le déclarait peu vraisemblable. Si telle était la manière de traiter ceux qui étaient simplement soupçonnés d’être de tendance shiite, les hadiths transmis par les rapporteurs ouvertement shiites souffraient d’un traitement plus radical, et leurs traditions étaient totalement rejetées. Il suffit de lire les ouvrages de Tabari pour comprendre la manière et les préjugés avec lesquels étaient traités les rapporteurs dont les croyances ne concordaient pas avec le courant sunnite majoritaire. Selon Muslim, le compilateur de Sahih Muslim , Tabari a dit : « J’ai rencontré Jabir Ju’fi. Mais je n’ai pas rapporté de tradition de sa part, parce qu’il croyait au retour du Mahdi ».
5. Préjugés infondés
Il est évident que ce n’est pas avec des plans préétablis et des préjugés que l’on mène une recherche objective. Toute personne qui désire effectuer une recherche sur un sujet et trouver la vérité doit abandonner les préjugés et la haine qu’il peut nourrir éventuellement à ce sujet avant de commencer son investigation. Lorsqu’en cours de recherche, une preuve est découverte dans une tradition, on doit vérifier son rapporteur afin de prouver sa fiabilité. Si la fiabilité du rapporteur est confirmée, la tradition devrait être acceptée, que ce rapporteur soit sunnite ou shiite. Rejeter les traditions d’un narrateur fiable parce qu’il est shiite ou accusé de l’être va à l’encontre des règles éthiques de la recherche et des méthodes d’investigation. En fait, les érudits intègres parmi les sunnites sont conscients de ces préjugés.
À cet égard, Asqalani commente : « À un moment, on doit cesser d’accepter l’avis de la personne qui discrédite un narrateur et vérifier s’il existe une différence sur le plan des croyances entre la personne qui discrédite et le narrateur qui se fait discréditer. Par exemple, Abu Ishaq Jawzjani était sunnite et haïssait les ahl al-bayt . Les gens de Kufa étaient connus pour leur shiisme, par conséquent, Jawzjani discréditait les narrateurs de Kufa, les jugeait dans les termes les plus sévères et déclarait peu fiables des gens comme A‘mash, Abu Nu‘aym et Abdallah ibn Mussa, qui étaient les principaux rapporteurs de hadiths. Qushayri dit : “Les motivations des gens sont comme des foyers de feu”. C’est pourquoi, dans des cas comme ceux-là, le jugement affirmant la fiabilité du narrateur l’emporte sur l’avis contraire ».
De la même manière, Muhammad ibn Ahmad ibn ‘Uthman Dhahabi, à la suite de son récit concernant la vie d’Aban ibn Taghlib, écrit : « Si quelqu’un oppose une objection au fait que nous déclarions Aban digne de confiance, bien qu’il fasse partie des innovateurs (c’est-à-dire les shiites). Voici ce que je réponds : il y a deux sortes d’innovation. La première est mineure, à l’instar du shiisme, sans extrémisme et déviation morale. Ce premier genre d’innovations était assez commun chez les deuxième et troisième générations, après les compagnons du Prophète, bien qu’ils soient d’une piété et d’une droiture morale irréprochables. Si l’on décide que les traditions rapportées par de tels narrateurs doivent être rejetées, un grand nombre de traditions prophétiques doivent alors nécessairement être refusées. Cette opinion n’a évidemment rien de pertinent. L’autre genre d’innovations est plus grave, et comprend toutes les hérésies et comportements qui ont été condammés par nos anciens, et notamment par Abu Bakr et ‘Umar. Les traditions rapportées par les innovateurs de cette seconde catégorie n’ont certainement pas de valeur, et doivent être rejetées ».
Bref, quiconque entreprend une recherche et souhaite connaître la vérité ne devrait pas accepter superficiellement des déclarations sur le manque de fiabilité d’un narrateur. Il devrait plutôt essayer de découvrir pourquoi tel ou tel narrateur est discrédité, et vérifier si cette personne mérite un tel jugement.
6. Sahih Muslim, Sahih Bukhari et les traditions concernant le Mahdi
Il est important de souligner que si les récits relatifs au Mahdi n’ont pas été rapportés par Bukhari et Muslim, cela ne signifie pas que leurs chaînes de transmission sont faibles. Après tout, ces deux compilateurs n’avaient pas l’intention de retenir toutes les traditions. Selon Bayhaqi, Muslim et Bukhari n’avaient pas envisagé d’examiner toutes les traditions. La preuve en est que de nombreuses traditions rapportées par Bukhari ne font pas partie du recueil de Muslim. De même, il y a des traditions dans le Sahih de Muslim qui ont été écartées par Bukhari. Pourtant, Muslim a déclaré n’avoir retenu que les traditions authentiques dans sa compilation, et Abu Dawud a fait de même dans la sienne. Ce dernier fait a été observé par Abu Bakr ibn Dasa, qui a entendu Abu Dawud dire : « J’ai cité quatre mille huit cent traditions dans ma compilation, toutes fiables ou presque ». De plus, Abu Sabah confirme qu’on lui avait rapporté une déclaration similaire d’Abu Dawud au sujet des traditions de sa compilation, le Sunan , ajoutant que s’il incluait une tradition faible, il le dirait clairement : « De ce fait, toute tradition au sujet de laquelle je n’ai fait aucun commentaire devra être considérée comme fiable. » Un avis positif similaire au sujet du Sunan d’Abu Dawud a été rapporté par Khatabi dans l’introduction de l’édition de Sa’ati. En résumé, les traditions citées dans les recueils de Muslim et de Bukhari ne sont pas différentes, quant à leur fiabilité, de celles rapportées par d’autres auteurs de Sahih, l’important étant d’examiner la crédibilité ou le manque de crédibilité de leurs rapporteurs.
Ce qui est sûr, c’est que les Sahih de Muslim et de Bukhari, dont l’autorité est reconnue par tous les sunnites, contiennent un certain nombre de traditions concernant le Mahdi, bien que le terme « Mahdi » n’ait pas été employé pour définir cette figure. Voici l’un de ces hadiths, rapporté par Abu Hurayra, le Prophète a dit : « Quelle sera votre réaction lorsque le fils de Marie descendra et que votre Imam sera parmi vous ? »
On retrouve d’autres traditions sur un thème similaire dans ces deux compilations. Il faut aussi garder à l’esprit qu’Ibn Khaldun n’a pas déclaré totalement fausses toutes les traditions concernant le Mahdi, mais suelement qu’il ne les acceptait pas. C’est ce qui apparaît dans le contexte où Ibn Khaldun exprime sa remarque sur ces traditions, lorsqu’il dit : « Il est bien connu (et généralement accepté) pour tous les musulmans de toute époque, qu’à la fin des temps, un homme des ahl al-bayt qui renforcera l’islam et fera triompher la justice, fera, sans aucun doute, son apparition. Les musulmans le suivront, et il étendra sa domination sur l’empire musulman. Il sera appelé le Mahdi ».
Il est évident qu’il admet en quelques mots le fait que la croyance au Mahdi attendu soit répandue communément chez les musulmans. De plus, après son évaluation critique des traditions et de leurs rapporteurs, il conclut le sujet par l’observation suivante : « C’est l’état des traditions concernant le Mahdi attendu. On a vu dans les livres qu’à l’exception de quelques-unes, la plupart sont jugées incertaines »
De ce fait, même là, il ne rejette pas toutes les traditions sur le sujet, admettant l’authenticité de quelques-unes.
En outre, il est important de noter que les traditions sur le Mahdi ne sont pas limitées à celles qui sont mentionnées, évaluées et critiquées par Ibn Khaldun. Bien au contraire, la plupart des recueils de hadiths, tant sunnites que shiites, rapportent des traditions avec une chaîne de transmission ininterrompue, qui, une fois vérifiées avec précision, peuvent être considérées comme fiables. Si Ibn Khaldun avait eu connaissance de l’existence de toutes ces traditions, il aurait probablement considéré la croyance au Mahdi comme profondément enracinée dans la révélation islamique.
Pour conclure cette discussion, nous pouvons dire qu’il est incohérent de soutenir, comme certains érudits le font, qu’Ibn Khaldun rejetait la tradition concernant le Mahdi. Ce sont plutôt ces auteurs qui ont cru lire une telle opinion dans les écrits d’Ibn Khaldun.
D’autres opinions d’Ibn Khaldun
Ibn Khaldun conclut ainsi cette section sur les traditions concernant le Mahdi : « La vérité que l’on doit connaître est qu’aucune propagande religieuse ou politique d’un pouvoir ne peut atteindre la victoire, s’il n’existe pas un esprit de clan ou un sentiment de groupe ( ‘assabiya ) pour soutenir les aspirations religieuses et politiques et pour les défendre contre ceux qui les rejettent, et ce jusqu’à ce que Dieu en décide autrement. Nous avons précédemment démontré cette vérité par des arguments rationnels que nous avons présentés au lecteur. La ‘assabiya chez les Fatimides et les Talibites, et en fait parmi tous les Qurayshites, a presqu’entièrement disparu. La seule exception concerne certains Talibites – Hassanides, Hussaynides et Ja’farites – dans le Hejaz, à La Mecque, al-Yandu’ et Médine. Ils sont répandus à travers ces régions et les dominent. Ce sont des groupes bédouins qui sont installés et gouvernent en différents lieux. Leurs avis divergent. Ils sont plusieurs milliers. S’il est vrai qu’un Mahdi doit apparaître, il n’y a qu’une seule façon pour que son appel émerge. Il devra être l’un d’entre eux, et Dieu devra unir ces groupes pour qu’ils le suivent, jusqu’à ce qu’il gagne assez en puissance et en ‘assabiya pour faire triompher sa cause et voir les gens la soutenir. Toute autre démarche – comme celle d’un Fatimide qui lancerait son appel (pour la cause du Mahdi) parmi les gens, et ceci où que ce soit, sans le soutien de la ‘assabiya et le pouvoir, en ne comptant que sur son lien de parenté avec la famille de Muhammad  –, ne serait ni réalisable et tout à fait vaine, étant donné les raisons profondes que nous avons mentionnées précédemment ».
En réponse à cette affirmation d’Ibn Khaldun, on doit noter que, sans doute, quiconque souhaite se révolter et prendre le pouvoir doit avoir le soutien inconditionnel de ses partisans afin d’atteindre son objectif. Des conditions similaires doivent être remplies dans le cas du Mahdi attendu et de sa révolution universelle. Cependant, il n’est pas requis que ses partisans soient parmi les descendants de ‘Ali et de Quraysh. La raison en est que, si le pouvoir et l’autorité sont fondés sur le sentiment de groupe ethnique, alors le soutien à ce pouvoir doit provenir de ce sentiment ; ce sont, en outre, les membres de ce groupe qui devraient le soutenir de manière inconditionnelle. Cela a certainement été le cas de groupes ethniques et de dynasties qui sont parvenus au pouvoir grâce à un tel sens de la loyauté et de la solidarité. En général, un gouvernement qui arrive au pouvoir en s’appuyant sur le sens spécifique et limité du sentiment de groupe est nécessairement dépendant d’un groupe particulier et restreint de partisans. Cela est vrai dans tous les cas d’Etats nationalistes, ethniques et idéologiques.
Cependant, si un pouvoir s’appuie sur un programme spécifique, il doit gagner le soutien de ceux qui sont en faveur de ce programme. Et cela ne peut aboutir que si un groupe reconnaît la valeur du programme, désire le mettre en application, et soutient l’autorité qui s’engage à le réaliser. Le programme révolutionnaire du Mahdi est de ce type. Le programme du Mahdi a une portée profondément universel : le but est que l’humanité, après avoir été entraînée vers des formes extrêmes de matérialisme en opposition avec les commandements divins, revienne au système divin qui repose sur des objectifs moraux et spirituels. Ce programme souhaite résoudre les problèmes auxquels l’humanité fait face en précisant les jugements et peines applicables, afin d’écarter toute cause de conflit dans la société. Il désire réunir les gens sous la bannière de l’Unicité de Dieu, et universaliser la soumission à Dieu et son service. Un tel programme, s’il est mis en place, mettrait fin à la tyrannie et à l’injustice, et diffuserait la paix, par la justice, partout dans le monde.
Afin de mettre en œuvre cet objectif universel, il ne suffit pas de compter sur l’autorité des descendants de ‘Ali, qui sont répandus partout dans le Hejaz, et de s’attendre à ce que la ‘assabiya aide le Mahdi à atteindre son objectif universel. Ce sont, en toute certitude, les gens du monde entier qui doivent se préparer à répondre à l’appel du Mahdi. Au-delà du fait que ce programme est approuvé par Dieu, la victoire du Mahdi dépend d’un groupe de gens sérieux assez large, qui aspirerait à voir un tel ordre se réaliser, étant conscient des mérites du système divinement établi. Ces gens devraient être prêts à sacrifier leur vie pour cette cause. Par conséquent, si les gens avaient face à eux un guide infaillible et incontestable, connaissant le plan divin pour l’humanité et ayant reçu l’approbation divine pour son programme, ils n’hésiteraient pas à l’assister afin de mettre en place l’organisation publique idéale, même au péril de leur vie.
L’existence du Mahdi est certaine
De nombreuses traditions prophétiques concernant le Mahdi sont rapportées par les sources sunnites et shiites. Un examen minutieux du contenu de ces traditions prouve que le thème de l’apparition future du Mahdi et Qa’im était une croyance bien établie du temps de la vie du Prophète. Les gens attendaient une personne qui viendrait pour établir la vérité, et propager l’adoration de Dieu. De plus, ils attendaient de cette personne qu’elle purifie la terre et institue la justice. Ce principe doctrinal était largement connu, et les gens en discutaient les détails. Parfois, ils se demandaient : « Dans quelle famille le Mahdi attendu apparaîtra-t-il ? » On voulait connaître son nom et son surnom, et la raison pour laquelle il était appelé le Mahdi. Les gens voulaient des informations sur sa révolution, et posaient des questions concernant les signes de son apparition. Ils voulaient aussi savoir si le Mahdi et le Qa’im étaient la même et unique personne. Ils étaient au courant de l’occultation du Mahdi, désiraient en comprendre les raisons et connaître les obligations de ses partisans durant cette période. Le Prophète, de temps en temps, parlait aussi aux gens de l’existence du Mahdi et leur transmettait des informations : « Le Mahdi fera partie de mes descendants. Il sera issu des fils de Fatima, parmi les descendants de Hussayn ». À d’autres moments, il donnait son nom et son surnom, des informations sur les signes de son apparition et d’autres détails supplémentaires.
Discussion entre les compagnons et les générations suivantes
Après le décès du Prophète, la question de la venue du Mahdi était souvent évoquée parmi les éminents compagnons du Prophète ainsi que dans la génération suivante. Cette question était considérée comme l’une des vérités de la foi, et traitée comme un évènement futur indubitablement. Voici quelques exemples tirés des sources.
Abu Hurayra dit : « Les gens feront allégeance au Mahdi entre l’angle ( rukn ) et la station ( maqam ) » (allusion à la Kaaba et au maqam Ibrahim). On rapporte qu’Ibn ‘Abbas dit à Mu‘awiya qu’un descendant du Prophète gouvernerait pendant quarante ans, à la fin du temps. A une autre occasion, un homme demanda à Ibn ‘Abbas des informations sur le Mahdi. Il déclara : « J’espère que dans le proche avenir, un jeune homme de notre famille (les Hashimites) se soulèvera pour mettre fin à un conflit et une guerre civile ». Ibn ‘Abbas spécifia aussi que le descendant du Prophète serait l’un des enfants de Fatima. Selon un autre compagnon célèbre du Prophète, ‘Ammar Yassir : « Lorsque an-nafs az-zakiyya (« l’âme pure », surnom de Muhammad, petit-fils de l’Imam Hassan) sera tuée, une voix dira du ciel : “Votre chef est celui qui est ainsi et ainsi”. Par la suite, le Mahdi fera son apparition, et remplira la terre de justice et d’équité ».
‘Abdallah ibn ‘Umar mentionna le nom du Mahdi en la présence d’un Arabe qui dit : « Le Mahdi est Mu‘awiya ibn Abi Sufyan ». Abdallah rétorqua : « La vérité est tout autre. Le Mahdi est une personne qui dirigera la prière devant Jésus ».
‘Umar ibn Qays demanda à Mujahid s’il savait quelque chose sur le Mahdi, étant donné qu’il ne croyait pas en ce que les shiites disaient à son sujet. Mujahid dit : « Oui. Un des compagnons du Prophète m’a dit que le Mahdi ne ferait pas son apparition avant que an-nafs az-zakiyya soit tuée. A ce moment-là, il prendra le commandement, et remplira la terre de justice et d’équité ».
‘Umayra, fille de Nufayl, rapporte avoir entendu la fille de Hassan ibn ‘Ali dire : « Ce que vous attendez ne se produira pas avant que, parmi vous, certains cherchent à s’éloigner des autres, et se maudissent les uns les autres ».
L’auteur de Maqatil at-talibiyin , Abu Faraj Isfahani écrit que Fatima, fille de Hussayn ibn ‘Ali, avait l’habitude d’assister les femmes des Hashimites en tant que sage-femme, à titre de service volontaire. Son fils protestait : « Nous avons peur que tu sois prise pour une sage-femme professionnelle ». En réponse, elle disait : « J’attends l’arrivée d’un être. Lorsqu’il sera né, j’arrêterai d’assister aux accouchements ».
Qatada demanda à Ibn Mussayyib : « L’existence du Mahdi est-elle une vérité ? ». Il répondit : « Oui. C’est un membre de Quraysh et un descendant de Fatima ». Une tradition similaire est rapportée par l’érudit bien connu Zuhri, qui a aussi rapporté que le Mahdi ferait partie des descendants de Fatima.
Abu Faraj rapporte l’évènement suivant. Alors que Walid ibn Muhammad était avec Zuhri, une clameur s’éleva. Zuhri demanda à Walid d’aller voir pourquoi. Après s’être informé, Walid dit à Zuhri : « Zayd ibn ‘Ali a été tué. On annonce sa mort ». Zuhri en fut bouleversé. Il dit : « Pourquoi cette famille est-elle si pressée ? La hâte a déjà détruit plusieurs de ses membres ! » Walid demanda : « Arriveront-ils au pouvoir ? » Il répondit : « Oui, car ‘Ali ibn Hussayn m’a rapporté de son père, qui l’avait entendu de Fatima, la fille du Prophète à laquelle celui-ci avait dit : “Le Mahdi sera l’un de tes descendants”. » Ailleurs, Abu Faraj rapporte une tradition de Muslim ibn Qutayba qui dit : « Un jour, je suis allé rendre visite à Mansur, le calife abbasside. Il me dit : “Muhammad ibn Abdallah s’est révolté, en affirmant être le Mahdi. Par Dieu, il n’est pas le Mahdi. Laisse-moi te dire une chose que je n’ai pas dite et ne dirai à personne d’autre que toi. Mon fils Mahdi n’est pas celui qui est mentionné dans les traditions prophétiques. Je lui ai juste donné le nom de Mahdi comme un signe de bon augure”. »
Parmi les autres sources qui mentionnent ces traditions, on trouve également Ibn Sirin qui disait que le Mahdi promis serait de cette communauté. Il sera devant Jésus lors de la prière. Il rapporte une tradition de ‘Abdallah ibn Harith qui dit : « Le Mahdi se soulèvera à l’âge de quarante ans et il rassemblera les enfants d’Israël ». Une variante de cette tradition rapportée par Artat dit que le Mahdi se soulèvera à l’âge de vingt ans. Une autre tradition explique la raison pour laquelle le Mahdi est ainsi nommé. Selon Ka‘b, « il a été appelé Mahdi car il sera guidé en ce qui concerne les aspects cachés des choses ». ‘Abdallah ibn Shurayk indiquait que la bannière du Prophète serait portée par le Mahdi.
Ibn Sirin relate plusieurs autres traditions qui parlent de la fonction du Mahdi. L’une des tradition rapportées par Hakam ibn ‘Uyayna dit que le rapporteur demanda à Muhammad ibn ‘Ali al-Baqir : « Nous avons entendu dire qu’un membre de votre famille se soulèverait et établirait la justice et l’équité. Est-ce vrai ? ». Il répondit : « Nous attendons aussi sa venue, et nous vivons avec cet espoir ».
Dans une autre tradition, Salma ibn Zafar rapporte : « Un jour, les gens parlaient de l’apparition du Mahdi en la présence de Hudhayfa. Hudayfa dit : “Si le Mahdi apparaissait vraiment à votre époque, peu de temps après celle du Prophète, alors que ses compagnons vivent parmi vous, vous aurez vraiment de la chance ! Toutefois, ce n’est pas le cas. Le Mahdi n’apparaîtra pas avant que les gens ne soient dévorés par l’oppression et la tyrannie, aucun absent ne sera plus aimé et plus nécessaire que lui” ».
Les gens étaient si familiers des caractéristiques du Mahdi que le poète arabe Jarir lut les vers suivants extraits de l’un de ses poèmes, au calife omeyyade ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Aziz, dans lesquels il compare le calife au futur Mahdi : « Ta présence est une bénédiction. Ta conduite est celle du Mahdi. Tu combats ton âme, et tu passes tes nuits à réciter le Coran ».
Muhammad ibn Ja‘far rapporte qu’il a raconté une fois ses infortunes à Malik ibn Anas. Celui-ci lui a dit : « Attends que le sens du verset suivant du Coran se concrétise : {Mais nous voulions favoriser les opprimés de la terre, en faire des guides et des héritiers} ».
Les gens attendaient l’apparition du Mahdi
Au regard de toutes ces références faites au Mahdi et à son apparition dans les sources, il est clair que les gens attendaient la venue du Mahdi dès les premiers temps de l’Islam, comptant, en quelque sorte, les jours qui les rapprochaient de cet évènement. Ils considéraient comme une certitude que le gouvernement légitime allait être rétabli à la suite de son apparition. Cette attente s’intensifiait lors des périodes de troubles politiques quand les circonstances sociales étaient des plus défavorables. Les gens s’attendaient alors à l’imminence de l’apparition du Mahdi. A plusieurs occasions, certains suivirent un faux Mahdi ou considérèrent telle ou telle personne comme étant le Mahdi promis. Muhammad ibn Hanafiyya, fils de ‘Ali ibn Abi Talib et de Hanafiyya, et Muhammad ibn ‘Abdallah ibn Hassan, font partie des personnages que certains ont pris pour le Mahdi promis.
1. Muhammad ibn Hanafiyya
Comme il portait le nom et le surnom du Prophète, un groupe crut qu’il était le Mahdi. Selon Tabari, lorsque Mukhtar ibn Abi Ubayd Thaqafi voulut se révolter contre les Omeyyades et qu’il exigea vengeance contre ceux qui avaient tué Hussayn, le petit-fils du Prophète, il présenta Muhammad ibn Hanafiyya comme étant le Mahdi. Il déclarait être son envoyé et son délégué, et montrait aux gens les lettres qui l’indiquaient.
Ibn Sa‘d nous relate que lorsque les gens voulaient saluer Ibn Hanafiyya, ils s’adressaient à lui de la sorte : « Paix à toi, ô Mahdi ! ». Et il répondait : « En effet, je suis le Mahdi, et je vous guiderai vers la voie juste et la prospérité. Mon nom est le même que celui du Prophète, et mon surnom est aussi le sien. Chaque fois que vous voulez me saluer, dites : “Paix sur toi, ô Muhammad ; paix sur toi, ô Abu al-Qassim !” ».
L’un des signes distincitifs du Mahdi promis, comme ce récit et d’autres similaires le montrent, est qu’il porte à la fois le nom et le surnom du Prophète. C’est la raison pour laquelle Ibn Hanafiyya fit référence à cet aspect en ce qui le concerne lui-même. Cependant, un examen minutieux des sources historiques révèle que ce n’est pas Ibn Hanafiyya qui a prétendu être le Mahdi. Ce sont d’autres personnes, comme Mukhtar, qui l’ont ainsi présenté. Ibn Hanafiyya, pour sa part, gardait parfois le silence quand on le présentait comme le Mahdi, ce qui confirmait implicitement ce qu’on lui attribuait. Il espérait probablement ainsi se venger des criminels de Karbala, et voir la gouvernance islamique revenir à son ayant droit légitime. Cette idée semble corroborée par cette parole qu’Ibn Hanafiyya a dit aux gens : « Soyez conscients que les hommes intègres ont un droit de gouvernance, qui sera établi lorsque Dieu le désirera. Quiconque en sera témoin aura de la chance, et quiconque anticipera cet événement jouira des bénédictions de Dieu dans l’au-delà ».
Muhammad ibn Hanafiyya, dans un sermon prononcé en présence de quelques sept mille personnes, a dit : « Vous vous êtes hâtésdans cette affaire. Toutefois, parmi vos descendants se trouvent des gens qui, avec l’aide des ahl al-bayt , lanceront une guerre contre les ennemis de Dieu. La gouvernance des ahl al-bayt n’est un secret pour personne. Cependant, sa concrétisation prendra du temps. Je déclare solennellement, au nom de Celui entre les mains de qui se trouve la vie de Muhammad, que l’autorité reviendra aux ahl al-bayt ».
2. Muhammad ibn ‘Abdallah ibn Hassan
Il s’agit d’un autre descendant du Prophète que les gens prirent pour le Mahdi. Selon Abu Faraj, lorsque Muhammad ibn ‘Abdallah naquit, la famille du Prophète se réjouit, et cita le Prophète : « Le nom du Mahdi est Muhammad ». Ainsi, ils espéraient que Muhammad serait le Mahdi promis. Ils le vénéraient. Dans les rassemblements, il était souvent mentionné et les shiites transmettaient la bonne nouvelle de son apparition imminente.
Ailleurs, Abu Faraj rapporte selon lequel, lorsque Muhammad ibn ‘Abdallah naquit, il fut appelé Mahdi dans l’espoir que ce soit lui le Mahdi promis par les sources anciennes. Quoi qu’il en soit, les chefs des Talibites l’appelaient an-nafs az-zakiyya . Conformément au décret divin, il était destiné à mourir en martyr à Ihjar Zayt. L’un des esclaves du calife Abu Ja‘far Mansur rapporte que ce dernier lui avait demandé de m’installer près de la chaire de Muhammad ibn ‘Abdallah et d’écouter ses discours. L’ayant entendu dire, une fois : « N’ayez aucun doute sur le fait que je suis le Mahdi, c’est vraiment la vérité », le serviteur rapporta l’incident au calife. « Grand Dieu ! s’écria Mansur, Muhammad se trompe. La vérité est que le Mahdi promis est mon fils ».
Salma ibn Aslam composa des vers au sujet de Muhammad ibn ‘Abdallah dans lesquels il dit : « Ce qui est rapporté dans les traditions se matérialisera lorsque Muhammad ibn ‘Abdallah se manifestera parmi les gens et s’occupera des affaires lui-même. Muhammad a une bague spéciale, que Dieu lui a réservée. Il y aura en lui des signes de piété et de bonté. Nous espérons que Muhammad sera l’Imam, par qui, grâce à son existence bénie, le Coran reviendra à la vie. De plus, par son existence, l’islam sera revivifié et réformé, et pauvres orphelins ainsi que familles indigentes vivront à nouveau dans la prospérité. Il remplira la terre de justice et d’équité comme elle avait été remplie de corruption. Et nos espoirs et aspirations seront satisfaits ».
Les juristes de Médine et les traditions sur le Mahdi
Lorsque Muhammad ibn ‘Abdallah se révolta, l’un des juristes de Médine, du nom de Muhammad ibn ‘Ajlan, se souleva aussi avec lui. Après que Muhammad ibn ‘Abdallah fut tué, Ja‘far ibn Sulayman, le gouverneur de Médine, convoqua Muhammad ibn ‘Ajlan. Pourquoi t’es-tu soulevé avec ce menteur ? », demanda le gouverneur de Médine. Il ordonna alors qu’on coupe les mains d’Ibn ‘Ajlan. D’autres juristes, présents à ce moment-là à la cour, prirent la défense de Muhammad ibn ‘Ajlan, en disant qu’il était un juriste pieux de Médine, qu’il avait considéré Muhammad ibn ‘Abdallah comme étant le Mahdi promis des traditions, et qu’il s’était trompé.
Un autre juriste bien connu et éminent érudit du hadith, ‘Abdallah ibn Ja‘far, s’était aussi soulevé avec Muhammad ibn ‘Abdallah. Lorsque ce dernier fut tué, Ibn Ja‘far fuit Médine, et resta caché jusqu’à son amnistie. Un jour, le gouverneur de Médine alla le voir et lui demanda la raison pour laquelle il s’était soulevé avec Muhammad ibn ‘Abdallah, en dépit de sa connaissance de la loi et des traditions. Il répondit : « La raison pour laquelle je l’ai soutenu et j’ai coopéré avec lui était que j’étais convaincu qu’il était le Mahdi promis au sujet duquel nous avons été informés dans les traditions. Je n’ai pas douté du Mahdisme de Muhammad avant de l’avoir vu être tué. À ce moment-là, j’ai su qu’il n’était pas le Mahdi. Je ne tomberai plus dans le piège de qui que ce soit à partir de maintenant ».
De tels récits confirment que la notion de Mahdi était répandue au cours des premiers temps de l’Islam, proches de la période du Prophète, qu’elle était admise comme une vérité religieuse absolue, et que les gens attendaient le Mahdi. Comme ils étaient opprimés, les gens du commun, qui avaient peu d’informations sur l’apparition du Mahdi, ont cru que Muhammad ibn Hanafiyya, Muhammad ibn ‘Abdallah et d’autres prétendants étaient le Mahdi promis. Cependant, les érudits et ceux qui étaient bien informés au sujet des ahl al-bayt , dont le propre père de Muhammad, savaient qu’il n’était pas le Mahdi promis.
Un homme vint voir ‘Abdallah ibn Hassan, le père de Muhammad, et l’interrogea pour savoir quand son fils Muhammad se soulèverait. Il répondit : « Tant que je ne suis pas tué, il ne se soulèvera pas ». L’homme soupira et dit : « Nous venons de Dieu et c’est à lui que nous retournerons ! Si Muhammad est tué, la communauté s’effondrera ». ‘Abdallah lui répondit : « Ce n’est pas le cas ». L’homme continua et demanda quand Ibrahim allait se soulever. ‘Abdallah répondit : « Tant que je ne suis pas éliminé, il ne se soulèvera pas. Lui aussi sera tué ». De nouveau, l’homme prononça le même verset, et déclara que la communauté courait certainement à sa perte. ‘Abdallah répondit : « Il n’en est pas ainsi. En fait, leur maître, le Mahdi promis, est âgé de vingt-cinq ans. Et lorsqu’il se soulèvera, il tuera tous les ennemis ». Lorsque l’on dit à Marwan que Muhammad ibn ‘Abdallah s’était révolté, il dit : « Ni lui ni aucune autre personne de la généalogie de son père ne sont le Mahdi promis. Il sera plutôt le fils d’une esclave ». Chaque fois que l’Imam Ja‘far as-Sadiq voyait Muhammad ibn ‘Abdallah, il pleurait et disait : « Que ma vie lui soit offerte en sacrifice ! Les gens pensent qu’il est le Mahdi promis. Au contraire, il sera tué. En effet, son nom n’est pas mentionné parmi les califes de cette communauté dans le livre de ‘Ali »
Un groupe était assis autour de Muhammad ibn ‘Abdallah lorsque l’Imam as-Sadiq entra. Tout le monde se leva en guise de respect. L’Imam s’enquit des affaires en cours, et ils répondirent qu’ils avaient décidé de faire allégeance à Muhammad qui était, selon eux, le Mahdi. L’Imam as-Sadiq leur dit alors : « Je vous conseille de renoncer à agir de la sorte, car le temps du soulèvement du Mahdi n’est pas encore venu. De plus, Muhammad n’est pas le Mahdi. »
La poésie de Di’bil et le Mahdi
Lorsque Di’bil ibn ‘Ali al-Khuza’i lut ses célèbres vers en présence de l’Imam ar-Rida, il termina son poème par la phrase suivante : « Nul doute que l’Imam se soulèvera, un Imam qui gouvernera au nom de Dieu et avec sa bénédiction ».
En entendant ces vers, l’Imam ar-Rida pleura et dit : « C’est l’ange béni qui a placé ces mots dans ta bouche ! Connais-tu cet Imam ? » Di’bil répondit : « Non, mais j’ai entendu dire qu’un Imam, issu de votre famille, se soulèvera et remplira la terre de justice et d’équité ». L’Imam ar-Rida ajouta : « Après moi, mon fils Muhammad sera l’Imam. Et après lui, ce sera son fils ‘Ali, puis son fils Hassan. Après Hassan, son fils sera la preuve de Dieu et le Qa’im, qui devra être attendu pendant son occultation. Lorsqu’il apparaîtra, on devra lui obéir. Il est celui qui remplira la terre de justice et d’équité. Mais le temps de son apparition n’a pas encore été fixé. Toutefois, mes ancêtres ont rapporté qu’il apparaîtrait soudainement, en un éclair ». Nombreux sont les récits rapportés par les sources historiques que vous pouvez examiner, si vous le désirez.
L’heure était assez avancée dans la nuit et la séance fut close. Il fut décidé que le groupe se retrouverait le vendredi après-midi suivant.
C HAPITRE II
L ES PSEUDO -M AHDIS
Comme convenu, les invités arrivèrent ensemble l’après-midi chez le Dr Fahimi. Après les salutations d’usage, la session commença. M. Hoshyar prit d’abord la parole.
M. Hoshyar : Il y a une autre preuve concernant les origines du Mahdisme qu’il est important de prendre en compte. Il s’agit des récits sur les individus qui ont prétendu être le Mahdi dans le passé, et dont les noms ont été transmis par les sources historiques. Ces récits suggèrent que non seulement le sujet était largement répandu, mais qu’il était, de plus, considéré comme tout à fait authentique dans les premiers temps de l’Islam. Pour clarifier ce point à l’intention de toutes les personnes ici présentes, je vais évoquer quelques-uns de ces pseudo-Mahdis.
Muhammad ibn Hanafiyya fut considéré comme étant le Mahdi par certains musulmans. On croyait qu’il vivait sur le mont Radwa, qu’il ferait son apparition dans le futur et remplirait la terre de justice et d’équité. Parmi les Zaydites, un groupe, les Jarudis, croyaient que Muhammad ibn ‘Abdallah ibn Hassan était le Mahdi, qu’il était caché, et ils attendaient son retour. Les Nawussis croyaient que l’Imam Ja‘far as-Sadiq était le Mahdi, qu’il était en vie et survivait à l’abri des regards. Les Waqifis croyaient que l’Imam Mussa ibn Ja‘far n’était pas mort et qu’il était occulté. Il allait apparaître dans le futur, et remplir la terre de justice et d’équité.
Un groupe d’Ismaïliens croyaient que ‘Ismail n’était pas mort mais qu’on l’avait déclaré tel par crainte de la persécution. Les Baqiris considéraient que l’Imam Muhammad al-Baqir était toujours en vie, et qu’il était le Mahdi promis. Les Muhammadis croyaient qu’après la mort de l’Imam ‘Ali an-Naqi, l’Imam était son fils Muhammad ; et en dépit de la mort de ce dernier, alors que son père était pourtant encore vivant, ils considéraient qu’il était toujours en vie et que c’était le Mahdi promis. Les Jawaziyas croyaient que le douzième Imam Hujjat ibn Hassan avait un fils et qu’il était le Mahdi promis. Les Hashimites soutenaient que ‘Abdallah ibn Harb Kindi était l’Imam, en vie, mais occulté, et attendaient son apparition dans le futur. Parmi les Ismaïliens, les Mubarakis considéraient Muhammad ibn Ismail comme un Imam en vie et en occultation.
La faction Yazidite soutenait que Yazid était monté au ciel, et qu’il reviendrait plus tard pour remplir la terre de justice et d’équité. Les Ismaïliens disent que le Mahdi mentionné dans les traditions est Muhammad ibn ‘Abdallah, connu sous le nom de Mahdi, qui a gouverné l’Egypte et l’Afrique du Nord. A l’appui de leur croyance, ils citent la tradition du Prophète dans laquelle il déclare qu’en l’an 300, le soleil se lèverait à l’Ouest.
Un groupe d’Imamites croyait que l’Imam Hassan al-‘Askari était toujours en vie, et qu’il était le Qa’im, qu’il vivait caché et apparaîtrait dans le futur pour remplir la terre de justice et d’équité. Un autre de leurs groupes soutenait que l’Imam Hassan al-‘Askari était mort, mais qu’il allait plus tard revenir à la vie et se soulever, car le terme qa’im signifie « se lever après la mort », « ressusciter ».
Les Qarmatis considéraient que Muhammad ibn ‘Ismail était le Mahdi promis. Ils croyaient qu’il était toujours en vie, et résidait en Anatolie. Les partisans d’Abu Muslim croyaient que c’était lui qui était l’Imam, en vie et caché. Un autre groupe croyait que l’Imam Hassan al-‘Askari était le Mahdi, qu’il était revenu à la vie après sa mort, et qu’il continuerait à vivre ainsi jusqu’à ce que vienne le temps où il remplirait la terre de justice et d’équité.
Manipulation des croyances des gens
Ce sont donc les noms de ceux qui prétendirent être le Mahdi ou à qui on attribua cette qualité lors de la première période de l’histoire de l’Islam. Un certain nombre d’ignorants acceptèrent ces prétentions. La majorité de ces groupes ont cependant disparu, et il ne reste d’eux que le nom dans les livres d’histoire. Depuis cette époque, plusieurs individus, appartenant ou non aux clans hashimites, apparurent dans des régions et pays différents, et affirmèrent être le Mahdi promis. Sur le plan historique, de telles proclamations menèrent à des insurrections et à des révolutions, qui firent couler beaucoup de sang, et détruisirent de nombreuses vies humaines.
On peut déduire de ces récits d’événements relatifs aux apparitions de faux messies que la question du Mahdisme et de l’apparition du sauveur divin faisait partie des vérités religieuses bien établies parmi les musulmans, qui attendaient avec impatience l’apparition du Mahdi. Ils considéraient aussi sa victoire, de même que la défaite de son ennemi, comme imminentes. Pour certains individus malins et ambitieux qui revendiquèrent le titre de Mahdi, de telles attentes devinrent une source majeure de manipulation de la foi simple et pure des gens qui croyaient aux enseignements de la révélation islamique. Un certain nombre de ces individus n’avaient probablement pas de projets malveillants, ils voulaient simplement redresser les torts que les populations subissaient, et ce sont plutôt les gens ordinaires qui prirent ces faux messies pour le Mahdi attendu, en raison de leur ignorance, de leurs conditions de vie intolérables, et de leur impatience à voir apparaître le Mahdi.
L’invention des traditions
Ce sont, malheureusement, ces mêmes conditions qui ont contribué à la diffusion de traditions décrivant le Mahdi, le louant et prédisant les signes annonciateurs de son apparition. Ces traditions étaient acceptées sans critique et rapportées dans les livres. Tout chercheur impartial peut trouver ces traditions inventées, s’il entreprend d’examiner les récits historiques abordant l’apparition de ces pseudo-Mahdis puis les compilations de hadiths qui traitent des caractéristiques du Mahdi. Tel est le cas, par exemple, de la tradition dans laquelle le Prophète dit : « Le monde ne prendra pas fin avant que Dieu n’envoie un homme de ma famille, dont le nom sera le même que le mien, et dont le nom du père sera le même que celui du mien. Il remplira la terre de justice et d’équité comme elle aura été remplie d’injustice et de tyrannie ».
Dans ce hadith, le père du Mahdi est présenté comme ayant le nom du père du Prophète, c’est-à-dire ‘Abdallah. Ce point contredit de nombreuses traditions qui mentionne le nom de Hassan comme le père du Mahdi. De ce fait, il est possible de soutenir que ce hadith fut diffusé par ceux qui considéraient Muhammad ibn ‘Abdallah ibn Hassan comme étant le Mahdi. Ils durent rajouter l’expression « dont le nom du père sera le même que celui du mien » au hadith d’origine. Cet avis est confirmé par l’opinion de Muhammad ibn Yussuf dans son livre intitulé Al-Bayan . Il écrit que Tirmidhi rapporte la même tradition dans sa compilation sans mentionner l’expression additionnelle « dont le nom du père… ». Abu Dawud rapporte aussi la même tradition sans cette expression supplémentaire.
Selon une autre tradition, rapportée par Abu Faraj dans son Maqatil at-talibiyin , Abu Hurayra aurait entendu le Prophète déclarer : « En fait, le nom du Mahdi sera Muhammad ibn ‘Abdallah, et il sera atteint d’un défaut de locution ». Cette tradition aussi a été forgée par ceux qui soutenaient la revendication de Muhammad ibn ‘Abdallah ibn Hassan au Mahdisme. On dit qu’il avait des difficultés d’élocution et prononçait certains termes difficilement. Ses partisans considérèrent ce défaut comme un signe distinctif du Mahdi, et forgèrent une tradition à cet effet.
Les Abbassides, eux aussi, inventèrent des traditions pour soutenir leur prétention à jouer le rôle éminent qui est prédit pour le Mahdi. Dans l’une de ces fausses traditions, Ibn ‘Abbas rapporte que le Prophète déclara à son oncle ‘Abbas : « A la fin des temps, il y aura un Mahdi parmi vous. Par son biais, la juste guidance se répandra et les feux de l’égarement seront éteints. En réalité, ce que Dieu a commencé avec nous, il le conclura à travers ta progéniture ». Dans un autre hadith, Ibn ‘Abbas rapporte un dire du Prophète : « Des nôtres, de notre famille, se soulèveront as-Saffah, al-Mundhir, al-Mansur et al-Mahdi. Le Mahdi fera partie des descendants de mon oncle al-‘Abbas ». Ces traditions quelque peu douteuses pourraient donc avoir été forgées par les Abbassides.
Une tradition est attribuée à ‘Ali concernant l’apparition d’étendards noirs en provenance du Khurassan. « Parmi ces étendards se trouve le calife de Dieu, le Mahdi ». Cette tradition aussi a dû être inventée par les Abbassides ou par les partisans d’Abu Muslim Khurassani, d’abord parce que le Mahdi ne viendra pas du Khurassan, et ensuite parce que les étendards noirs étaient l’emblème des Abbassides. Il y a de nombreuses autres traditions qui, manifestement, ont été forgées par les prétendants abbassides pour servir leur cause.
En général, des traditions se rapportant au Prophète lui-même étaient donc forgées pour fournir une légitimité aux prétentions d’un pseudo-Mahdi, et circulaient parmi ses partisans. Par conséquent, il est difficile de trouver un chef éminent sans qu’une tradition ait été inventée et diffusée pour soutenir son Mahdisme. Le problème est que nombre de ces individus étaient décédés, mais que leurs partisans refusaient d’accepter la réalité de leur mort. De ce fait, des traditions étaient forgées a postériori, pour affirmer que leur révolution allait commencer après leur mort et après leur retour à la vie, lorsque Dieu le leur ordonnerait. Fadl ibn Mussa rapporte une tradition dans laquelle Abu Sa‘id Khurassani interroge l’Imam as-Sadiq au sujet du Mahdi : « Pourquoi a-t-il été connu comme al-Qa’im ? » L’Imam répond : « Parce qu’il sera ressuscité après sa mort. Il se lèvera pour une remplir une fonction importante sur ordre de Dieu ».
Ce hadith fut sans doute inventé par les Waqifis qui croyaient que l’Imam Mussa al-Kadhim n’était pas mort et qu’il allait revenir en tant que Mahdi promis. Par ailleurs, il est probable qu’il ait été inventé par ceux qui croyaient que l’Imam Hassan al-‘Askari était mort mais qu’il serait ressuscité plus tard pour établir une société juste. En réalité, en termes de science du hadith, la chaîne de transmission est faible car elle inclut une personne dont la fiabilité est remise en question. Dans une tradition similaire, avec une légère variante, Abu Sa‘id demande à l’Imam as-Sadiq : « Est-ce qu’al-Mahdi et al-Qa’im sont une seule et même personne ? » L’Imam répond : « Oui ». Abu Sa’id poursuit : « Pourquoi est-il connu comme le Mahdi ? » L’Imam répond : « Parce qu’il guidera vers les réalités cachées. – Pourquoi est-il connu comme le Qa’im ? – Parce qu’il sera ressuscité après sa mort, c’est-à-dire qu’il mourra dans la mémoire des gens qui oublieront son soulèvement attendu pour le grand objectif ». Il est évident que les deux traditions ne font qu’une. Dans la seconde, l’oubli de son nom est interprétée comme une mort.
La croyance que le Mahdi mourra et ressuscitera ensuite pour lancer sa révolution fut retenue par certaines personnes qui ont inventées des traditions pour soutenir leur croyance. Ainsi, à la question : « Y a-t-il un exemple de qa’im (d’éveil après la mort) dans le Coran ? », on faisait dire à l’Imam as-Sadiq : « Oui, un passage du Coran parle du propriétaire de l’âne dont la mort a été causée par Dieu, et que Dieu a ensuite ramené à la vie. »
Dans une longue tradition attribuée à Mu’awiya ibn Sufyan, il est rapporté du Prophète ce qui suit : « Après mon décès, une île du nom d’Andalousie sera conquise. Ensuite une armée d’infidèles la dominera. A ce moment-là, un homme, un descendant de Fatima, la fille du Prophète, se soulèvera, venant de la région la plus éloignée du Maghreb. Il sera le Mahdi, le Qa’im. Il est le premier signe de l’Heure ».
La tradition a probablement été inventée par les Ismaïliens qui ont fondé un Etat au Maghreb. La plupart des traditions de ce genre ne présentent qu’une seule chaîne de transmission, et l’information qu’elles véhiculent ne peuvent donc être considérées comme fiables. On peut même dire que, par rapport aux nombreuses traditions concernant le Mahdi dont la chaîne de transmission est ininterrompue, ces traditions ne sont pas du tout crédibles.
La famille du Prophète et les prédictions des onze Imams concernant le Mahdi
Dr Fahimi : Quelle est la croyance des ahl al-bayt et des Imams concernant le Mahdi ?
M. Hoshyar : Après la mort du Prophète, le sujet du Mahdisme était aussi discuté par les compagnons du Prophète et les Imams. C’est la famille du Prophète, en tant qu’héritière du savoir du Prophète et des questions complexes de la foi, qui connaissait le mieux les traditions prophétiques. Ils ont parlé du Mahdi et répondu aux questions qui leur étaient posées à ce sujet. Citons quelques exemples de leurs déclarations en prêtant attention à la chronologie. Bien qu’il existe de nombreuses paroles des Imams et de Fatima az-Zahra , nous n’en citerons qu’une pour chacun.
(1) L’Imam ‘Ali, concernant la venue future du Mahdi
« Le Mahdi promis fera son apparition à la fin des temps, il sera des nôtres. Il n’y a, dans aucune nation, de Mahdi autre que lui qui est attendu. »
Il y a plus de cinquante propos rapportés de ‘Ali ibn Abi Talib en relation avec l’apparition future du Mahdi et son appartenance au ahl al-bayt .
(2) Fatima Az-Zahra
Fatima Az-Zahra déclara à son fils Hussayn : « Lorsque je t’ai donné naissance, le Prophète est venu me voir. Il t’a pris dans ses bras et m’a dit : “Fatima, prends ton Hussayn, et sache qu’il est le père de neuf Imams. D’entre ses descendants apparaîtront des guides justes dont le neuvième sera le Qa’im. »
(3) L’Imam Hassan ibn ‘Ali
« Il y aura douze Imams après le Prophète. Neuf de ces Imams seront de la descendance de mon frère Hussayn. Le Mahdi de cette communauté sera l’un d’entre eux. »
(4) L’Imam Hussayn ibn ‘Ali
« Douze Imams seront issus de notre lignée. Le premier sera ‘Ali ibn Abi Talib et le dernier sera mon neuvième descendant, le Qa’im légitime. Par son existence bénie, Dieu ramènera la terre morte à la vie et à la prospérité. Dieu donnera la victoire à Sa religion sur toutes les autres religions, n’en déplaise aux mécréants. Le Mahdi disparaîtra un temps. Pendant son occultation, nombre de personnes abandonneront la religion, tandis que d’autres resteront fermes et souffriront en raison de leur foi. On se moquera d’eux en disant : “Si ce que vous croyez est vrai, quand donc votre Imam promis se soulèvera-t-il ?” Mais rappelez-vous que quiconque persévère dans ces circonstances défavorables, lorsque les ennemis déformeront la vérité et lui causeront du tort, son statut sera comme ceux qui ont combattu aux côtés du Prophète pour défendre la religion de Dieu. »
(5) L’Imam ‘Ali ibn Hussayn
« La naissance de notre Qa’im sera cachée aux gens de telle sorte qu’ils affirmeront : “Il n’est pas né du tout !” La raison de cette occultation est que, lorsqu’il commencera sa révolution, aucune allégeance ne le liera à qui que ce soit. »
(6) L’Imam Muhammad al-Baqir
Muhammad ibn ‘Ali al-Baqir dit à Aban ibn Taghlib : « Je déclare solennellement que l’Imamat est le pacte divin nous étant parvenu du Prophète. Les Imams après le Prophète sont au nombre de douze, dont neuf sont les descendants de Hussayn. À la fin des temps, le Mahdi fera aussi son apparition parmi nous, et il défendra la religion de Dieu. »
(7) L’Imam Ja‘far as-Sadiq
« Quiconque reconnaît tous les Imams mais nie l’existence du Mahdi est comme celui qui reconnaît tous les Prophètes mais nie la Prophétie de Muhammad . »
On lui demanda : « De qui le Mahdi sera-t-il le descendant? » L’Imam répondit : « Le cinquième descendant du septième Imam (Mussa al-Kadhim) sera le Mahdi. Toutefois, il disparaîtra. Il ne convient pas que vous le nommiez. »
(8) L’Imam Mussa al-Kadhim
Yunus ibn ‘Abd ar-Rahman demanda à l’Imam Muussa ibn Ja‘far : « Es-tu le Qa’im légitime ? » Il répondit : « Oui, je suis le Qa’im légitime. Mais le Qa’im qui purifiera la terre des ennemis de Dieu et qui la remplira de justice et d’équité est mon cinquième descendant. Comme il craindra pour sa vie, il restera caché pendant une longue période, au cours de laquelle un groupe s’éloignera de la religion. Mais certains resteront fermes dans leur foi. »
L’Imam ajouta : « Bénis soient ces partisans (shiites) qui, durant cette période d’occultation, continuerons à nous être fidèles, resterons fermes dans leur loyauté à notre égard et leur hostilité envers nos ennemis. En vérité, ils font partie de nous et nous faisons partie d’eux. Ils sont convaincus de notre Imamat et nous leur reconnaissons leur fidélité envers nous. Que Dieu les bénisse ! Ils seront avec nous au Paradis. »
(9) L’Imam ‘Ali Ibn Mussa ar-Rida
Rayya ibn Salt demanda un jour à l’Imam ar-Rida : « Es-tu sâhib al-amr (l’autorité chargé de la Mission) ? »
L’Imam répondit : « Oui, je suis l’autorité chargé de la Mission. Cependant, je ne suis pas l’autorité qui accomplira la mission de remplir la terre de justice et d’équité. Comment puis-je en être chargé alors que tu es témoin de la faiblesse et de l’impuissance qui prédominent ? Le sauveur promis sera âgé mais jeune en apparence lorsqu’il fera son apparition. Il sera si puissant et si fort que, tendant la main vers le plus grand des arbres, il le déracinerait, et que son cri dans la montagne ferait tomber les rochers en morceaux. Le bâton de Moïse et le sceau de Salomon sont en sa possession. Cette personne sera mon quatrième descendant. Dieu le gardera en état d’occultation aussi longtemps qu’Il le jugera nécessaire. Puis il le fera apparaître, et à travers lui, Dieu remplira la terre de justice et d’équité, comme elle avait été remplie jusqu’alors de tyrannie et d’oppression. »
(10) L’Imam Muhammad ibn ‘Ali al-Jawad
L’Imam Muhammad Taqi al-Jawad déclara à ‘Abd al-‘Adhim Hassani : « Notre Qa’im est le même que le Mahdi que vous devez attendre, et auquel vous devrez obéir une fois qu’il aura apparu. Ce sera mon troisième descendant. Je jure par Dieu, qui a envoyé Muhammad en tant que Prophète et nous a désignés en tant qu’Imams, que même s’il ne reste qu’un seul jour sur terre, Dieu le prolongera jusqu’à ce que le Mahdi fasse son apparition et remplisse la terre de justice et d’équité comme elle aura été remplie d’injustice et de tyrannie. Dieu le préparera comme Il l’a fait pour Moïse en une nuit. Moïse, parti chercher du feu pour sa famille, est revenu chargé de la mission prophétique. »
L’Imam ajouta ensuite : « Attendre la délivrance à venir est la meilleure des actions pour nos partisans (shiites) ».
(11) L’Imam ‘Ali An-Naqi
« Après moi, mon fils Hassan sera l’Imam, et après Hassan, ce sera le tour du Qa’im, qui remplira la terre de justice et d’équité. »
(12) L’Imam Hassan al-‘Askari
L’Imam Hassan al-‘Askari dit à Mussa ibn Ja‘far Baghdadi : « Je vois que vous discutez la question de l’Imam après moi. Sois conscient que toute personne qui reconnaît les Imams après le Prophète, mais qui rejette l’Imamat de mon fils, est comme celui qui a accepté la Prophétie de tous les Prophètes, excepté celle de Muhammad. Celui qui nie le dernier est comme celui qui a nie tous les autres Prophètes. La raison en est que l’obéissance due à ce dernier Imam est comme celle due au premier Imam d’entre nous. De ce fait, quiconque rejette le dernier d’entre nous est comme celui qui a rejeté le premier. Sache que l’occultation de mon fils sera tellement prolongée que les gens tomberont dans le doute, sauf ceux dont Dieu aura protégé la foi. »
Ces traditions concernant le Mahdi sont-elles authentiques ?
L’ingénieur Madani : On ne peut suivre des traditions que si elles sont sûres et fiables. Considérez-vous toutes ces traditions concernant le Mahdi comme fiables ?
M. Hoshyar : Je n’affirme pas que toutes les traditions concernant le Mahdi soient fiables au plus haut point, et que tous leurs rapporteurs soient dignes de confiance. Cependant, il y en a, parmi elles, qui peuvent être considérées comme incontestablement authentiques. Comme toujours, il en est d’authentiques, des bonnes, des fiables et des faibles. Il n’est pas nécessaire d’examiner chacune d’elles, car, comme vous l’avez remarqué, elles sont si nombreuses que toute personne juste et impartiale peut s’y référer avec confiance pour en savoir plus sur leur thème commun : l’existence du Mahdi faisait partie des sujets bien connus de l’islam, les graines ayant été semées par le Prophète lui-même et par les informations détaillées fournies par les Imams. On peut dire avec certitude qu’en islam, il y a peu de sujets qui peuvent rassembler autant de traditions que la question de l’existence du Mahdi.
Permettez-moi de développer. Du début de sa mission et jusqu’au Pèlerinage d’Adieu, le Prophète a abordé le sujet du Mahdi de nombreuses fois. Après le Prophète, l’Imam ‘Ali, Fatima az-Zahra et d’autres éminents membres de la famille du Prophète ont transmis la tradition relative à la venue future du Mahdi. Après tout, ils étaient les porteurs de la connaissance prophétique. Après le décès du Prophète en l’an 632 après J.-C., les musulmans comptaient les jours les séparant de l’apparition du Mahdi, ce qui les a amenés à reconnaître les faux prétendants qui apparaissaient de temps en temps dans l’histoire. Ces traditions ont été rapportées par toutes les écoles de pensée musulmanes, par les théologiens sunnites, shiites, asharites et mutazilites, et transmises par les narrateurs arabes, perses, mecquois et médinois ainsi que par ceux de Kufa, de Basra, de Bagdad et autres. En prenant en compte toutes ces traditions, dont le nombre dépasse le millier, une personne impartiale peut-elle encore avoir un doute concernant la venue future du Mahdi et déclarer que ces traditions ont été inventées par les shiites extrémistes puis attribuées au Prophète ?
Il se faisait tard et le temps manquait pour continuer à discuter plus longuement. De ce fait, il fut décidé que l’on poursuivrait la discussion lors de la prochaine session, qui devait se tenir dans la demeure du Docteur Fahimi.
C HAPITRE III
L E M AHDISME, LES J UIFS ET LES I RANIENS
Les invités se retrouvaient peu à peu chez le Docteur Fahimi. Apres les salutations et échanges d’usage, la session commença à huit heures. Cette fois, ce fut l’ingénieur Madani qui ouvrit le débat.
L’ingénieur Madani : Je me souviens avoir lu un livre, il y a quelques temps, dans lequel l’auteur soutenait la thèse selon laquelle le Mahdisme et le Messie que Dieu a établi seraient des idées soutenues par les Juifs et les Iraniens d’avant l’Islam, croyances qui se seraient répandues parmi les musulmans. Les Iraniens croyaient qu’un homme appelé Saoshyant, un descendant de Zoroastre, allait apparaître un jour et détruire Ahriman, la force des ténèbres, débarrassant ainsi la terre de la corruption. Pour ce qui est des Juifs, alors qu’ils avaient perdu leur patrie et étaient réduits à l’esclavage par les Chaldéens et les Assyriens, un de leurs prophètes avait prédit que, dans le futur, un Messie se soulèverait, les délivrerait et les ferait revenir dans leur terre promise. Ainsi, étant donné que l’on a découvert les origines de l’idée du sauveur et libérateur futur chez les Iraniens et les Juifs, nous pouvons dire que cette notion est parvenue aux musulmans par leurs canaux, et ce ne peut être, de ce fait, autre chose qu’une légende.
M. Hoshyar : Je suis d’accord avec le fait que cette notion était et est toujours répandue parmi d’autres peuples et communautés religieuses. Cependant, qu’elle soit répandue parmi d’autres communautés n’en fait pas une légende ! Pour que les notions et lois islamiques soient authentiques, est-il nécessaire qu’elles soient en désaccord avec les religions passées ? Toute personne souhaitant examiner un sujet, sans une compréhension biaisée, doit commencer sa recherche dans les premières sources de la tradition particulière qui traite le sujet, afin d’en vérifier l’authenticité. Il ne convient pas de commencer l’examen dans les sources de traditions qui existaient précédemment pour alors affirmer ensuite que l’on a découvert les origines de cette croyance superstitieuse ! Si les anciens Iraniens croyaient en Yazdan, le Dieu, et considéraient l’honnêteté comme faisant partie de la bonne conduite, est-il possible d’en conclure que l’adoration divine doit être une légende et que l’honnêteté ne peut faire partie des bonnes mœurs ? De ce fait, que d’autres peuples attendent aussi l’arrivée d’un libérateur et d’un messie ne discrédite pas la croyance des musulmans ; il ne peut non plus être utilisé comme preuve de la véracité de cette croyance.
Les raisons de l’apparition du Mahdisme
Dr Fahimi : Un auteur a bien expliqué les origines de l’idée de la figure messianique future. Si vous le permettez, j’aimerais vous en dire un mot.
L’audience : Faites, s’il vous plaît !
Dr Fahimi : Je vais en parler brièvement. La légende orientale concernant l’Imam messianique a été adoptée par les shiites par l’intermédiaire d’autres communautés religieuses, ils lui ajoutèrent leurs propres détails jusqu’à ce qu’elle atteigne sa forme actuelle. Il y a à cela deux raisons.
La première est que la croyance concernant la naissance et l’apparition d’un sauveur divin était et reste bien établie chez les juifs. Ils croyaient qu’Elie était remonté au ciel, et qu’il reviendrait à la fin des temps délivrer les enfants d’Israël. Or, dans les premiers temps de l’Islam, un groupe de juifs s’était converti à l’islam, tant pour des raisons matérielles que pour ruiner ses bases. Certains d’entre eux atteignirent de hautes positions au sein de la communauté musulmane, par le biais de trahison et simulation. En effet, leur seul objectif était de diviser la communauté musulmane et d’y répandre la dissension. L’exemple le plus frappant de ces éléments subversifs fut ‘Abdallah ibn Saba.
La deuxième raison est que, après le décès du Prophète, les membres de sa famille, notamment ‘Ali ibn Abi Talib, se considéraient comme plus dignes du califat que d’autres musulmans de renom. Un petit nombre de compagnons du Prophète soutinrent aussi leurs revendications. Cependant, contre leurs attentes, le califat fut attribué à d’autres au lieu de revenir à la famille du Prophète, ce qui engendra chez eux amertume et chagrin jusqu’au moment où, suite à l’assassinat de ‘Uthman, le califat revint à ‘Ali. Ses partisans furent satisfaits et espérèrent que le califat n’échapperait plus aux mains de la famille du Prophète. Écrasé sous le poids des guerres civiles, ‘Ali ne put accomplir grand-chose, et fut finalement tué par Ibn Muljam. Son fils Hassan, qui lui avait succédé, ne réussit pas à instaurer l’ordre, et abdiqua finalement, abandonnant le califat aux Omeyyades.
Hassan et Hussayn, les deux petits-fils du Prophète, restèrent donc chez eux alors que le gouvernement passait entre les mains d’autres personnes. La famille du Prophète et ses partisans menaient une vie misérable pendant que les Omeyyades et les Abbassides dilapidaient le trésor public des musulmans. Face à cette situation, le nombre des partisans de la famille du Prophète augmentait et s’opposait aux gouvernements corrompus à travers tout l’empire. Cependant, les dirigeants, au lieu de corriger les erreurs commises à l’encontre de la population innocente, intensifièrent leurs atrocités, tuant et exilant les gens. Bref, après le décès du Prophète, les ahl al-bayt et leurs partisans subirent l’oppression. Le droit de Fatima à l’héritage du Prophète fut nié. Le droit au califat de ‘Ali fut longtemps nié. Hassan fut empoisonné. Hussayn ibn ‘Ali, sa famille et ses compagnons furent tués à Karbala, et les survivants de la tragédie faits prisonniers. Muslim ibn ‘Aqil et Hani ibn ‘Urwa furent tués avec cruauté après que l’amnistie leur fut accordée. Abu Dharr al-Ghifari fut expulsé à Rabdha. Hujr ibn ‘Adi, ‘Amr ibn Humq, Maytham Tammar, Sa‘id ibn Jubayr, Kumayl ibn Ziyad et des centaines d’autres partisans des ahl al-bayt furent exécutés. Sous les ordres de Yazid l’Omeyyade, Médine fut pillée et des centaines de ses résidents tués. De nombreux récits semblables à ceux-là remplissent les pages de l’histoire. Dans ces conditions d’oppression, la vie des partisans des ahl al-bayt devenait presque impossible, et ils commencèrent à chercher la délivrance. De temps en temps, un Alide prenait les armes pour combattre les oppresseurs ; mais l’insurrection finissait par être réprimée par les forces gouvernementales qui, de plus, en tuaient le chef. Ces circonstances défavorables étaient une source majeure de désespoir pour la minorité, partisans des ahl al-bayt , qui ne pouvait plus que se raccrocher à l’espoir de la délivrance. Ces conditions les ont évidemment bien préparés à accepter la croyance au sauveur envoyé par Dieu, au Mahdisme.
C’est durant cette période que les juifs nouvellement convertis et opportunistes tirèrent profit de la situation pour répandre leur croyance au messie divinement missionné. Les shiites, ayant été profondément déçus, ayant souffert de la mort et de la tyrannie sous les pouvoirs en place, jugèrent cette croyance très réconfortante et l’acceptèrent avec enthousiasme. Néanmoins, ils la modifièrent, disant : « Ce sauveur universel viendra assurément de la famille opprimée des ahl al-bayt ». Petit à petit, ils ont embelli l’histoire et y ont ajouté des détails jusqu’à ce qu’on obtiennet l’idée dans toute sa complexité.
Une explication est-elle nécessaire ?
M. Hoshyar : La souffrance et la persécution de la famille du Prophète, les ahl al-bayt , et de ses partisans, tel qu’elles sont rapportées en détail dans le livre que vous avez lu, sont bien vraies. Toutefois, l’analyse détaillée des événements qui ont mené à une telle croyance chez les shiites n’aurait été nécessaire que si nous ne connaissions pas l’origine de l’idée en islam. Si vous vous en rappelez, nous avons montré que le Prophète lui-même avait transmis et diffusé cette idée parmi les musulmans, et les avait informés du rénovateur à venir. Nous avons cité de nombreuses traditions à l’appui, non seulement de sources shiites, mais aussi plusieurs traditions issues des compilations de traditions reconnues par les sunnites comme authentiques. Apres avoir fourni toutes les preuves nécessaires, je ne pense pas que l’on ait besoin de documentation supplémentaire.
Dans la première partie de votre exposé, vous avez mentionné le fait que cette croyance est fortement marquée chez les juifs. Cela aussi est vrai. Mais l’avis que vous citez, selon lequel cette croyance a été répandue au sein de la communauté musulmane par des juifs comme ‘Abdallah ibn Saba, est tout simplement incorrect. Comme nous l’avons vu plus tôt, le Prophète lui-même avait diffusé l’information sur ce rénovateur à venir. Néanmoins, il reste bien possible que des musulmans anciennement juifs aient affirmé cette croyance.
La légende de ‘Abdallah Ibn Saba
Remarquons aussi que l’existence d’un juif nommé ‘Abdallah ibn Saba n’est pas un fait prouvé historiquement. Certains savants considèrent que la légende a été fabriquée par hostilité aux shiites. De plus, même si on reconnaît hypothétiquement qu’il a bien existé, on lui attribue les croyances susmentionnées sans aucune preuve. Une personne raisonnable ne peut estimer crédible le fait qu’un juif récemment converti ait conçu une ruse politique aussi extraordinaire qui lui permet de parler, en public, de l’émergence du sauveur de l’islam parmi les ahl al-bayt , dans les conditions particulièrement répressives qui existaient sous le régime des Omeyyades. De plus, il est improbable qu’une telle personne entreprenne d’organiser une insurrection en secret, et appelle les gens à faire allégeance à un individu de la famille du Prophète afin de renverser le calife et de le remplacer par l’Imam guidé par Dieu, sans que les gens au pouvoir n’en soient informés. Selon ceux qui soutiennent un tel avis, il semblerait qu’un juif converti à l’islam pourrait entreprendre de détruire la religion musulmane sans qu’aucun musulman ne bouge le petit doigt contre lui ! Une telle opinion ne peut exister qu’au royaume de la fantaisie !
Le guide messianique, Mahdi, dans d’autres religions
L’ingénieur Madani : La croyance au Mahdi est-elle limitée aux musulmans ou existe-t-elle aussi dans d’autres religions ?
M. Hoshyar : En fait, cette croyance n’est pas limitée aux seuls musulmans. On peut trouver une croyance en un sauveur futur dans presque toutes les religions révélées et doctrines célestes. Les adeptes de ces religions croient qu’arrivera un moment où le monde sera corrompu et plongé dans la crise. Le mal et l’injustice règneront en maîtres. La mécréance recouvrira le monde entier. À ce moment-là, le sauveur universel du monde fera son apparition. Grâce à une aide divine exceptionnelle, il restaurera la pureté de la foi et vaincra le matérialisme, avec l’aide de l’adoration divine. On trouve de telles données non seulement dans des livres tels que le Zand et le Pazand, le Jamaspname des zoroastriens, la Torah et autres livres bibliques des juifs, et l’Évangile des chrétiens, mais on en trouve des traces plus ou moins importantes même chez les brahmanes et les bouddhistes.
Les adeptes de toutes les religions et traditions adhèrent à une telle croyance et attendent l’apparition de cette figure qui gouvernera avec la bénédiction divine. Chaque tradition donne à cette figure un nom et un titre différent. Les zoroastriens l’appellent Saoshyant (ce qui signifie « sauveur du monde ») ; les juifs le reconnaissent comme le Messie, tandis que les chrétiens affirment qu’il s’agit du Christ. Quoi qu’il en soit, chaque groupe considère que ce sauveur, établi divinement, sera l’un des siens. Les zoroastriens croient qu’il sera Perse et disciple de Zoroastre. Les juifs soutiennent qu’il apparaîtra parmi les enfants d’Israël et dans la descendance de Moïse. Les chrétiens pensent qu’il sera l’un d’entre eux. Les musulmans croient qu’il sera Hashimite et l’un des descendants directs du Prophète. En islam, on la décrit de façon détaillée et complète, contrairement aux autres religions.
Il est remarquable que toutes les caractéristiques et signes distinctifs mentionnés pour identifier ce sauveur universel dans les autres religions peuvent s’appliquer au Mahdi promis, fils de l’Imam Hassan al-‘Askari. Il est possible de le considérer comme un Iranien, car parmi ses ancêtres, la mère du quatrième Imam, Zayn al-‘Abidin, était une princesse persane, fille de Yazdgard, roi sassanide. On peut aussi le compter parmi les fils d’Israël, puisque les Hashimites et les Israélites sont descendants d’Ishaq (Isaac), et, de ce fait, ne forment qu’une seule famille. Il est aussi lié aux chrétiens, car selon certaines traditions, la mère du présent Imam était une princesse byzantine du nom de Narjiss, ce qui est une part de l’histoire miraculeuse rapportée par certaines sources.
Il ne convient pas de confiner le sauveur du monde, le Mahdi, à une nation spécifique. En effet, il combattra les déclarations discriminatoires de distinction raciale, religieuse et nationale. Par conséquent, il devrait être considéré comme le Mahdi de l’ensemble de l’humanité. Il est le sauveur et le libérateur de ceux qui adorent Dieu. Sa victoire est la victoire de tous les Prophètes et de tous les vertueux de la terre. Il restaurera la religion d’Abraham, de Moïse, de Jésus et de toutes les révélations célestes, c’est-à-dire l’islam ; il ravivera la pure religion de Moïse et de Jésus qui avaient annoncé la prophétie de Muhammad.
Disons clairement que nous n’avons ni l’intention de prouver l’existence du Mahdi promis en nous référant aux livres anciens ni n’avons besoin de le faire. Notre intention est de démontrer que la croyance en l’apparition de l’unique sauveur du monde est une croyance religieuse commune, provenant de la révélation divine, et dont tous les Prophètes ont annoncé la bonne nouvelle. Toutes les nations attendent son apparition, mais ont fait des erreurs lorsqu’il s’agissait de l’identifier.
Le Coran et le Mahdisme
Dr Fahimi : Si la tradition du Mahdi était authentique, il y en aurait eu quelque mention dans le Coran. Contrairement à cela, même le terme de Mahdî n’apparaît pas dans le livre divin !
M. Hoshyar : D’abord, il n’est pas nécessaire que chaque sujet vrai soit mentionné dans ses moindres détails dans le Coran. En réalité, il y a un grand nombre de détails particuliers, vrais et authentiques, qui n’ont pourtant pas été mentionnés dans le livre céleste. Ensuite, il y a, dans le Saint Livre, un certain nombre de versets qui, quoique brefs, donnent des indications sur le jour où les adorateurs pieux de Dieu, les adeptes de la vraie religion ainsi que

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