La Condamnation de la colère, de la haine et de l´envie
74 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

La Condamnation de la colère, de la haine et de l´envie , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
74 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Cet ouvrage s’inscrit dans l’œuvre magistrale de l’imam al-Ghazâlî, Revivification des Sciences de la Religion. Dans la logique des livres précédents du tome III, cette mise en garde contre la colère met l’accent sur l’un des axes fondamentaux de la dérive et de l’échec de l’homme tant en ce bas-monde que dans la demeure dernière. Au-delà de la colère, sont traitées les causes et les conséquences de ce poison de l’âme.A l’origine de tant de malheurs encore très actuels comme les violences conjugales, l’aveuglement face aux évidences de cette vie, la colère traduit avant tout cette incapacité à se maîtriser. A de nombreuses reprises, lorsque des Compagnons demandaient conseil au Prophète, celui-ci leur répétait trois fois de suite : ne te mets pas en colère ! Toujours selon la même méthode, l’imâm Al-Ghazâlî construit cet ouvrage sur une structure pédagogique claire qui n’est autre que celle de la double attestation de foi.La première partie de chaque notion comme la jalousie, la haine, la rancune… consiste à dénoncer la nature viciée de ce caractère et la seconde partie à exposer les solutions. A l’image du médecin, le maître commence par diagnostiquer la maladie pour ensuite en fournir le remède.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 94
EAN13 9791022501187
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les Éditions Albouraq
– Revivification des sciences de la religion –
© Dar Albouraq
Distribué par :
Albouraq Diffusion Distribution
Zone Industrielle
7, rue Henri François
77330 Ozoir-la-Ferrière
Tél. : 01 60 34 37 50
Fax : 01 60 34 35 63
E-mail : distribution@albouraq.com
Comptoirs de ventes :
Librairie de l’Orient
18, rue des Fossés Saint Bernard
75005 Paris
Tél. : 01 40 51 85 33
Fax : 01 40 46 06 46
Face à l’Institut du Monde Arabe
Site Web : www.orient-lib.com
E-mail : orient-lib@orient-lib.com
Librairie Albouraq
91, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Tel : 01 48 05 04 27
Fax : 09 70 62 89 94
E-mail : librairie11@albouraq.com
Site Web : www.albouraq.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction par quelque procédé que ce soit, sont réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1434-2013
ISBN 978-2-84161-952-8 // EAN 9782841619528
Abû Hâmid
Al-Ghazâlî
Le Livre de la condamnation de la colère, de la haine et de l’envie
(Kitâb dhamm al-ghadab wal-hiqd wa-l-hasad)
La Revivification des sciences de la religion
( I h yâ ‘ulûm al-Dîn )
Livre V - IX, tome 3
Traduit et annoté par Hassan Boutaleb
I NTRODUCTION
Comme tous les écrits de l’imam al-Ghazālī, le livre est également un joyau. Il fait partie du troisième quart de l’Ihyā , les causes de la perdition ( rub‘ al-muhlikāt ) qui suit et complète Le livre des vices de la langue . Notre illustre imam nous met en garde contre la colère et nous en fait connaître les causes et les conséquences, de manière à l’éviter.
Il y traite des causes de la jalousie qui, dès lors qu’elles se manifestent extérieurement, conduisent au péché et exposent au châtiment.
Il nous apprend également que le plus grand mal provoqué par la jalousie n’est pas celui que l’on croit, c’est-à-dire faire du mal à celui dont on est jaloux, mais de le subir soi même. Car la jalousie n’est autre que la contestation du partage équitable des faveurs que Dieu accorde à Ses serviteurs. Ainsi, manifester sa jalousie n’est ni plus ni moins qu’une rébellion, aussi grave que celle de Satan qui, par jalousie, refusa de se prosterner devant Adam (que la Paix soit sur lui).
Cette rébellion, Satan tentera de la communiquer et de la transmettre à l’homme à travers la jalousie qu’il suscite et encourage dans le cœur de l’homme. Il est pratiquement impossible de la combattre, mais l’individu, à travers les conseils et les recommandations prophétiques mentionnées par Ghazālī, est en mesure de l’étouffer à l’intérieur de soi à défaut de l’éliminer. Le plus important est de réprouver ce sentiment inné et ceci constitue déjà un gage de bonne foi.
Au nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux
Louange à Dieu en qui seuls ceux qui L’implorent espèrent pardon et miséricorde, et dont seuls les humbles craignent la colère et l’autorité dominante ( s a t watahu ). Lui qui [influence] progressivement Ses serviteurs sans qu’ils le sachent, qui les a soumis aux épreuves de la passion et leur a ordonné de renoncer à ce qu’ils désirent ; à la colère, en leur intimant de la réprimer ; qui les a assaillis par des attraits blâmables et des désirs, et leur a dicté [la conduite à suivre] afin de voir comment ils agiraient. Il les a soumis à l’épreuve de l’amour propre pour voir la sincérité de leur prétention, Il leur a fait savoir qu’aucune chose, de ce qu’ils cachent et de ce qu’ils manifestent, ne Lui échappe et les a avertis qu’Il les saisirait sans qu’ils en aient conscience. En effet, Il a dit : « Ils n’attendront pas ! Un seul cri les saisira au milieu de leurs querelles. Ainsi, ils ne pourront ni faire leur testament ni retourner dans leurs familles. » 1
Et que la prière et la paix soient sur Son Envoyé Mu h ammad, le porteur de l’étendard ( liwā’ ) derrière lequel marchent tous les prophètes, ainsi que sur sa famille, ses compagnons, les imams bien guidés et les seigneurs satisfaits. Une prière dont les effets de grâce sont aussi nombreux que les créatures de Dieu, celles qui sont venues et celles qui viendront, et dont la bénédiction s’étendra aux premiers comme aux derniers. Et qu’Il répande sur eux Sa paix en abondance.
La colère est une étincelle ( sha‘lat nār ) extraite du « […] feu de Dieu jamais éteint, qui pénètre dans les entrailles. » 2 où elle est profondément cachée, tout comme la braise ( al-jamr ) se cache sous les cendres ( al-ramād ). C’est l’orgueil, enseveli dans le cœur de tout tyran qui la fait surgir comme la pierre fait surgir le feu du métal.
Il est apparu aux hommes qui voient par la lumière de la certitude ( nūr al-yaqīn ) que l’être humain a une propension à aller vers le diable lapidé. Celui, que le feu de la colère attise, se rapproche davantage du diable, puisqu’il [le diable] a dit : « Je suis meilleur que lui [Adam]. Tu m’as créé de feu, et lui Tu l’as créé d’argile. » 3
Les propriétés de l’argile sont l’immobilité et la quiétude, alors que celles du feu sont l’excitation, l’action, le mouvement et l’agitation.
Les conséquences de la colère sont la rancune et la jalousie, qui sont la cause de nombreuses morts et corruptions, et dont la source n’est qu’une bouchée de nourriture qui, si elle est saine, assainit tout le corps.
Puisque la colère, la rancune et la jalousie incitent l’homme à des actions blâmables, il convient donc de connaître les défauts et les maux qu’elles provoquent, afin de s’en prémunir, d’en trouver le remède et de les éliminer quand elles s’installent dans le cœur. Car celui qui ne connaît pas le mal risque de le commettre, et le fait de le connaître est insuffisant tant qu’il ne sait pas comment le repousser et l’éliminer.
Nous mentionnerons dans ce livre la condamnation de la colère et les fléaux de la rancune et de la jalousie. Aussi traiteronsnous de la colère, de sa réalité et de la possibilité ou non d’en éliminer la racine à travers la discipline ascétique.
Nous parlerons ensuite des causes qui suscitent la colère et de leur remède, du mérite de réprimer sa colère, de celui de l’indulgence, des paroles permises et auxquelles on peut recourir pour éteindre la colère. Nous donnerons la définition de la rancune et de ses conséquences, nous parlerons du mérite de l’indulgence et de la mansuétude, puis de la condamnation de la jalousie, de sa réalité et de ses causes, de son remède et du grand devoir inhérent à son élimination. Nous évoquerons la cause qui pousse à être très jaloux de ses semblables, de ses compagnons, de ses frères, de ses cousins et de ses autres parents, ainsi que de son enracinement tenace, puis de la rareté et de la faiblesse de ce sentiment, et, au final, du traitement qui permet d’éliminer du cœur le mal de la jalousie.
Et Dieu conduit au succès !
P ARTIE I
L A COLÈRE
[B AYAN 4 1.1]
D E LA CONDAMNATION DE LA COLÈRE
Dieu (Exalté soit-Il) a dit : « Tandis que les mécréants entretenaient dans leur cœur la fureur -celle de l’ignorance-, Dieu fit descendre Sa quiétude sur Son Envoyé et sur les croyants et Il leur imposa une parole de piété, parce qu’ils en étaient dignes et prêts à la recevoir. Et Dieu est au courant de toute chose. » 5
Dieu a condamné les incroyants pour avoir manifesté leur fureur ( al- h amiyya ), suscitée par leur colère injustifiée, et a fait l’éloge des croyants, puisqu’Il a fait descendre Sa quiétude sur eux.
Abū Hurayra rapporte qu’un homme demanda à l’Envoyé de Dieu de lui recommander une action légère. Il lui dit alors : « Ne te mets pas en colère. » 6
Ibn ‘Umar 7 (que Dieu soit satisfait de lui et de son père) a dit avoir demandé à l’Envoyé de Dieu : « Dis-moi des paroles concises afin que je puisse m’en rappeler. » Il lui dit : « Ne te mets pas en colère. » Je réitérai alors par deux fois ma demande et il me répondit à chaque fois : « Ne te mets pas en colère. » 8
‘Abd Allāh b. ‘Amrū 9 demanda à l’Envoyé de Dieu : « Qu’est-ce qui me sauvera de la colère de Dieu ? » Il répondit : « Ne te mets pas en colère. » 10
Ibn Mas‘ūd rapporte que le Prophète a dit : « Quel est celui parmi vous que vous considérez comme invincible ? » Ils répondirent : « Celui qu’aucun homme ne peut défaire. » Il dit alors : « Non, il n’en est pas ainsi. Il s’agit de celui qui se contrôle lorsqu’il est en colère. » 11
Abū Hurayra rapporte que le Prophète a dit : « Le plus fort n’est pas celui que l’on ne peut vaincre, mais celui qui se contrôle lorsqu’il est en colère. » 12
Ibn ‘Umar (que Dieu soit satisfait de lui et de son père) rapporte que le Prophète a dit : « Dieu recouvre la nudité de celui qui réprime sa colère. » 13
Salomon, fils de David (que la Paix soit sur les deux) a dit : « Ô mon fils, ne te fâches pas outre mesure, car la colère souille le cœur de l’homme indulgent. »
À propos de cette parole du Très-Haut : « […] un seigneur, un chaste […] » 14 ( sayyidan wa h a s ūran ), ‘Ikrima 15 a dit : « Le seigneur est celui qui ne se laisse pas dominer par la colère. »
Abū al-Dardā’ 16 demanda à l’Envoyé de Dieu de lui indiquer une œuvre qui lui garantirait l’accès au Paradis. Il lui répondit : « Ne te mets pas en colère. » 17
Jean le Baptiste dit à Jésus (que la Paix soit sur les deux) : « Ne te mets pas en colère ! » Jésus répondit : « Je ne peux m’empêcher de me mettre en colère, car je suis un être humain. » Il lui dit alors : « Fais vœu de pauvreté. » Jésus répondit : « Oui, cela m’est plus facile. »
Le Prophète a dit : « La colère corrompt la foi tout comme la gelée corrompt le miel. » 18 Et : « Plus l’homme se met en colère et plus il se rapproche de l’Enfer. » 19
Un homme lui demanda : « Quelle est la chose la plus pénible pour ma personne ? » Le Prophète répondit : « La colère de Dieu. » L’homme dit alors : « Et qu’est-ce qui m’en ménagera ? » Il lui dit : « Ne te mets pas en colère. » 20
[Les récits des anciens]
Al- H assan [al-Basrī] 21 a dit : « Ô fils d’Adam, à chaque fois que tu te mets en colère, tu fais un bond et à chaque bond tu te rapproches davantage de l’Enfer où tu risques de tomber. »
On rapporte qu’un jour, Alexandre le Grand rencontra un ange à qui il demanda : « Enseigne-moi une science qui puisse renforcer ma foi et ma certitude. » Il lui répondit : « Ne te mets pas en colère, car le diable exerce davantage son pouvoir lorsque l’homme est en colère. Aussi, réprime-la et calme-la par la gentillesse ( al-tu’ada ). Prends garde à la hâte, car si tu t’impatientes, tu te trompes et tu manques ton lot. Sois tolérant ( sahlan ) et tendre ( layyin ) avec le proche et l’étranger et ne sois ni tyran ( jabbār ) ni rude ( ‘anīd ). »
Wahb b. Munabbih 22 a dit : « Un jour, le diable tenta en vain d’égarer un moine qui se trouvait dans un couvent. Il s’approcha de sa porte et lui demanda de la lui ouvrir, mais le moine ne répondit pas. Il lui dit alors : « Ouvre, car si je m’en vais, tu le regretteras. » Le moine ne réagit pas. Il lui dit alors : « Ouvre, je suis le Messie. » − Le moine répondit : « Si tu es le Messie, que ferais-je donc de toi ? Ne nous as-tu pas ordonné l’adoration [de Dieu] et l’ascèse ? Ne nous as-tu pas promis la Résurrection ? Si tu es venu aujourd’hui pour autre chose, je ne l’accepte pas. » − Le diable lui dit alors : « Je suis le diable ; je suis venu pour t’égarer, mais je n’y suis pas parvenu. Je suis là pour répondre à toutes tes questions. » − Le moine dit : « Je n’ai aucune question à te poser. » − Le diable insista et le moine lui dit : « Ne m’entendstu pas ? » − Le diable : « Oui. » − Le moine : « Dis-moi quelle est la propriété humaine qui te donne le plus de pouvoir pour agir sur les hommes ? » − Il répondit : « La dureté ( al- h idda ). Lorsque l’homme est dur, nous pouvons nous jouer de lui tout comme l’enfant joue avec son ballon. »
Khaythama 23 a dit : « Le diable dit : “Comment l’homme peut-il me dominer alors que lorsqu’il est satisfait je m’installe dans son cœur et lorsqu’il se met en colère je me précipite dans sa tête ?” ».
Ja‘far b. Mu h ammad 24 a dit : « La colère est la clé de tous les maux. »
Un des An s ār 25 a dit : « Le comble de la sottise, c’est la dureté et à sa tête, se trouve la colère. Celui qui se satisfait de l’ignorance se passe de l’indulgence qui, elle, est une parure et une chose utile. L’ignorance est laideur et tort et le silence est la meilleure réponse que l’on puisse donner à la question du sot. »
Mujāhid a dit : « Le diable a dit : “L’être humain m’épuise, sauf dans trois circonstances : lorsqu’il est ivre, nous le ceinturons, nous le conduisons où nous voulons et il fait ce que nous aimons ; lorsqu’il se met en colère, il dit alors ce qu’il ignore et fait ce qu’il regrettera et lorsqu’il est avare de ce qu’il possède, nous suscitons en lui l’espoir d’obtenir [davantage et] ce dont il est incapable.” ».
On a dit à un sage : « Un tel se contrôle parfaitement. » Il répondit : « Alors, les désirs ne l’humilient pas, les passions ne le soumettent pas et la colère ne le domine pas. »
Un tel a dit : « Prends garde à la colère, car elle conduit à l’humiliation qui accompagne les excuses. »
On a dit : « Prenez garde à la colère, car “ elle corrompt la foi tout comme la gelée corrompt le miel.” ».
‘Abd Allāh b. Mas‘ūd 26 a dit : « Observez l’indulgence de l’homme quand il s’emporte et son honnêteté quand il convoite une chose. Comment connaîtriez-vous son indulgence s’il ne s’emportait pas et son honnêteté s’il ne convoitait pas ? »
‘Umar b. ‘Abd al-‘Azīz (que Dieu lui fasse miséricorde) 27 envoya une lettre à son gouverneur dans laquelle il lui a écrit : « Ne délivre pas de sentences quand tu es en colère et si tu es fâché contre un homme, emprisonne-le. Une fois que tu te seras calmé, punis-le selon son crime, sans toutefois dépasser quinze coups de fouet. »
‘Alī b. Zayd a dit : « Un Quraychite adressa des propos fâcheux à ‘Umar b. ‘Abd al-‘Azīz qui demeura longtemps silencieux, puis dit : « Tu souhaitais que le diable attise le pouvoir du sultan de sorte qu’il obtienne de toi aujourd’hui ce que tu obtiendras de moi demain. »
Un tel a dit à son fils : « Ô mon fils, l’intellect perd sa lucidité au moment de la colère, tout comme l’esprit du vivant perd sa quiétude devant les fours allumés. Les plus sages sont ceux qui se fâchent le moins : si c’est pour [des questions inhérentes à] la vie de ce monde, il s’agit alors [de leur part] de perspicacité et de ruse et si cela concerne l’autre monde, il s’agit alors d’indulgence et de connaissance. »
On a dit : « La colère est l’ennemi de l’intellect, et la colère est l’ogre [qui dévore] l’intellect. »
‘Umar [b. al-Kha tt āb] (que Dieu soit satisfait de lui) disait dans ses sermons : « Celui qui est protégé de la convoitise, de la passion et de la colère obtient le succès. »
Un tel a dit : « Le désir et la colère conduisent celui qui leur obéit en Enfer. »
Al- H assan [al-Basrī] a dit : « Les signes du musulman sont les suivants : la force dans la religion ; la détermination dans la tolérance ; la foi dans la certitude ; la connaissance dans l’indulgence ; la perspicacité dans la bienveillance ; la générosité dans le droit ; un but dans l’utilisation de la richesse ; la bienfaisance dans le pouvoir ; la constance dans le besoin et la patience dans les épreuves. Il ne se laisse pas dominer par la colère et ne cède pas à la fureur. Le désir ne le soumet pas, son ventre ne l’embarrasse pas, la cupidité ne le méprise pas et son intention ne diminue pas. Il assiste les opprimés et a pitié du faible. Il n’est pas cupide, ne gaspille pas, ne dérobe pas et n’est pas parcimonieux. Il pardonne quand on lui fait du tort et est indulgent envers l’ignorant. Il éprouve son âme et soulage les autres.
On demanda à ‘Abd Allāh b. al-Mubārak 28 : « Dis nous en deux mots quelle est la meilleure qualité ? » Il répondit : « Renoncer à la colère. »
Un Prophète a dit à ses disciples : « Celui qui me garantit qu’il ne se mettra pas en colère, je lui garantis mon rang et ma succession après ma mort. » Un jeune disciple lui dit : « Moi ! » Le Prophète répéta sa question et le jeune reprit : « Moi ! Et je tiendrai parole. » Et lorsque le Prophète mourut, le jeune lui succéda. Il s’agit de Dhū al-Kifl 29 (Ezéchiel). Il a été appelé ainsi, car il s’était engagé à dompter la colère et a tenu sa promesse.
Wahb b. Munabbih a dit : « L’incroyance repose sur quatre piliers : la colère, le désir, la folie et la convoitise. »
[B AYAN 1.2]
D E LA RÉALITÉ DE LA COLÈRE
Sache que lorsque Dieu (Exalté soit-Il) a créé l’animal et l’a exposé à la corruption et à la mort, en raison de causes intrinsèques à son corps et d’autres causes extrinsèques, Il lui a aussi fait don de ce qui le protège de la corruption et de la mort jusqu’à un terme établi qu’Il a mentionné dans Son Livre. 30
Les causes intrinsèques
Dieu l’a composé de chaleur et d’humidité et a suscité entre ces deux choses, une forte aversion et une opposition. La chaleur ne cesse de décomposer l’humidité, de l’assécher et de faire en sorte que tous ses éléments s’évaporent. Si la nourriture n’intervenait pas pour compenser la réduction de l’humidité du corps, l’animal dépérirait.
Dieu a créé la nourriture appropriée aux animaux et a créé le désir qui les incite à se nourrir, afin de compenser ce qui a disparu et épargner aux animaux la mort induite par cette cause.
Les causes extrinsèques
Il s’agit de l’épée, des flèches et toutes les autres armes qui peuvent porter atteinte à l’homme. Il a donc besoin d’une force et d’une fureur qui sortent de lui afin de repousser ces dangers. Dieu a alors créé la nature de la colère à partir du feu et l’a semée en l’homme en la mélangeant à l’argile dont il est composé. À chaque fois que le but de l’homme est contrarié ou qu’il en est éloigné, le feu de la colère s’attise, s’insurge et fait bouillir le sang du cœur. Il se répand alors dans le veines et se hisse jusqu’au haut du corps, tout comme le feu se propage et l’eau bout dans la marmite.
C’est pour cette raison que le visage et les yeux deviennent rouges. La peau se teinte aussi de la couleur rouge du sang qui se trouve en elle, comme la bouteille de verre prend la couleur de son contenu.
Le sang ralentit quand l’homme se fâche contre une personne de condition inférieure, qu’il peut dominer, mais augmente contre une personne de condition supérieure et lorsqu’il désespère de pouvoir se venger. [Dans ce cas] le sang se comprime, et remonte de l’épiderme jusqu’à l’intérieur du cœur ; il procure le chagrin et c’est pourquoi le teint blêmit. Lorsque la colère varie et que le sang se comprime et se relâche, le teint oscille entre le rouge, le jaune et [le visage] se trouble.
De manière générale, on peut dire que la puissance de la colère réside dans le cœur et qu’il s’agit du bouillonnement du sang dans le cœur [de celui] qui réclame vengeance.
Par ailleurs, lorsqu’elle s’insurge, cette force s’oriente vers ce qui peut porter préjudice et le repousse. Si elle y parvient, elle s’apaise, sinon elle réclame vengeance. Or, la vengeance est l’aliment de cette force, son désir et son plaisir, et elle ne s’apaise qu’après avoir été assouvie. En outre, les individus se répartissent en trois catégories selon leur nature, qui va de la négligence ( al-tafrī t ) à l’excès ( al-ifrā t ), en passant par la modération ( al-i‘tidāl ).
La négligence : elle survient lors de la perte ou de la faiblesse de cette force [de la colère] et cela est blâmable. On dit de l’homme qui a perdu cette qualité qu’il est sans fureur ( lā h amiyya lahu ). C’est pourquoi [l’imam] al-Shāfi‘ī 31 (que Dieu lui fasse miséricorde) a dit : « Celui qu’on irrite et ne se met pas en colère, est un âne. » En effet, celui qui a perdu cet aspect de la colère et de la fureur est lourdement amoindri. Dieu a décrit les compagnons du Prophète en leur attribuant la dureté et la fureur dans Sa Parole : « Ses compagnons sont durs envers les incroyants. » 32 Et Il a dit à Son Prophète : « Combats les incroyants et les hypocrites et traite-les avec rigueur. » 33
La rigueur et la dureté procèdent de la fureur, qui elle-même émane de la colère, dans ce qu’elle a de qualitatif.
L’excès : il consiste en la domination de cette qualité au point qu’elle échappe au contrôle de la raison, de la religion et à leur obéissance. L’individu perd alors la clairvoyance, la réflexion, le choix et cède à l’excès,.
Les causes de sa soumission relèvent de sa nature et de l’habitude. Il se peut qu’il s’agisse d’un individu prédisposé naturellement à la colère et que son aspect naturel soit même celui d’un homme colérique. La chaleur du tempérament du cœur peut aussi y contribuer, car « la colère est de feu », conformément à la parole [du Prophète ] 34 . En revanche, la froideur du tempérament l’éteint et contient ses flammes.
Quant aux causes habituelles, elles proviennent de la fréquentation d’individus qui se réjouissent d’avoir laissé exploser leur colère et considèrent leur attitude comme courageuse et virile ( rujūla ). C’est comme quand l’un dit : « Je suis de ceux qui ne supportent pas la ruse ni les intrigues et je ne supporte rien de qui que ce soit ! Je ne suis ni raisonnable ni indulgent. » Et il le dit en se vantant de son ignorance.
Le fait de prendre la colère en vertu et l’envie de ressembler à cet homme s’installent alors dans le cœur de celui qui l’écoute, et ravivent sa propre colère.
Lorsque le feu de la colère est attisé et que ses flammes sont vives, l’individu devient aveugle et sourd à tout conseil. Quand on le conseille, sa colère augmente et s’il cherche la lumière de la raison, il ne la trouve pas, car elle est immédiatement éteinte par la fumée de la colère. Le cerveau est le siège de la réflexion et lorsque la colère devient intense, le sang bouillonne et fait remonter une fumée noire vers le cerveau qui neutralise les sources de la réflexion.
Il se peut même qu’elle atteigne les sens et obscurcisse la vue, de sorte que tout devient noir. Le cerceau est alors telle une caverne qui prend feu et qui se remplit de fumée noire. L’air y devient irrespirable et la lanterne qui s’y trouvait s’éteint. On ne peut plus y marcher à l’intérieur, ni parler ni voir, et on ne peut éteindre le feu ni de l’intérieur ni de l’extérieur. On devra attendre patiemment que tout ce qui peut brûler se consume. C’est donc ainsi qu’agit la colère sur le cœur et le cerveau.
Il se peut aussi que le feu de la colère soit si intense qu’il fasse disparaître l’humidité qui est à l’origine de la vie du cœur, faisant ainsi mourir la personne en raison de la fureur, comme la caverne qui se fissure et qui s’écroule après un incendie, après que le feu en ait détruit les fondations. Il en est ainsi du cœur durant la colère.
Même le bateau dans la tempête, lorsque les vents se déchaînent, est moins exposé : il y est plus en sécurité qu’une âme en proie à la colère. Car sur le bateau, il y aura au moins une personne qui tentera d’en reprendre le contrôle et qui se chargera de sauver la situation, alors que dans le cas du cœur, c’est lui le commandant du navire. La colère l’ayant rendu sourd et aveugle, il n’est plus en mesure de maîtriser son vaisseau.
Parmi les effets extérieurs de la colère, il y a le changement de teint, le tremblement des membres, le désordre, les troubles du langage et des mouvements, la salive apparaît sur les lèvres, les yeux rougissent, les narines se dilatent et l’aspect se transforme. Si l’homme pouvait voir son aspect quand il est en colère, la honte de sa laideur le ramènerait à la placidité. Or, la laideur intérieure est bien plus horrible que celle de l’extérieure, car cette dernière est la résultante de la première. En effet, la laideur prend d’abord forme à l’intérieur et se répand ensuite à l’extérieur. Ainsi, le changement d’aspect est le résultat de la variation interne dont le fruit produit une influence certaine visible sur le corps.
Quant à son effet sur la langue, il se traduit par l’insulte et l’obscénité qu’un homme raisonnable évite et que celui qui les prononce regrette une fois calmé. Cela se traduit aussi par le trouble du langage et par l’usage de termes inappropriés.
Quant aux effets sur les membres, ils se traduisent par les coups, les menaces, le déchirement des vêtements, les tueries et les blessures occasionnées involontairement.
Parfois, lorsque celui contre qui est dirigée la colère parvient à s’échapper, ou, que pour une raison ou une autre il est intouchable, l’individu s’en prend à lui-même. Il déchire alors ses vêtements, se gifle, cogne le sol ou se met à courir comme un homme ivre, égaré et perplexe. Il se peut aussi qu’il s’effondre à terre, ne puisse plus se relever et perde connaissance. D’autres fois, il peut s’en prendre aux choses ou aux animaux. Il peut, par exemple, casser un récipient ou une table parce qu’il est en colère contre eux, ou encore agir comme un fou ; il se met à insulter les bêtes et les pierres ou à leur parler en disant par exemple : « Jusqu’à quand devrais-je te supporter ?… ; espèce de… », comme s’il s’adressait à une personne dotée d’intellect, au point où, s’il recevait un coup [malencontreux] de sa monture, il la frapperait aussi.
Quant à son effet sur le cœur, la colère produit de la rancune, de la jalousie, de mauvaises intentions, de la joie devant les mésaventures de celui contre qui l’on est en colère, la divulgation de ses secrets, la moquerie et autres ressentiments.
Voici donc les effets de la colère extrême.
Quant au résultat d’une fureur atténuée, il se traduit par le manque de courage ou de dignité quand on offense l’honneur de son épouse ou de sa domestique, par le fait d’accepter l’humiliation infligée par des pervers et le déshonneur. Tout cela est condamnable et constitue le signe patent d’un manque de virilité. En effet, le Prophète a dit : « Sa‘d est jaloux et je suis plus jaloux que Sa‘d ; et Dieu est encore plus jaloux que moi. » 35 La jalousie a été créée pour préserver les lignages ( al-ansāb ), si les gens étaient trop tolérants, les lignages se mélangeraient. C’est pour cette raison que l’on a dit : « Les femmes sont protégées dans les nations qui comptent des hommes jaloux. »
La faiblesse de la colère se traduit aussi par le silence et le fait de détourner les yeux devant des actes blâmables. Le Prophète a dit : « Les meilleurs de ma communauté sont les plus sévères. » 36 , c’est-à-dire en matière religieuse. Et le Très-Haut a dit : « Que la compassion ne vous détourne pas d’appliquer la loi de Dieu. » 37
Celui qui n’éprouve plus la colère n’est plus en mesure de discipliner son âme, car celle-ci n’est parfaite que si la colère domine le désir. Cela laisse entendre que l’individu se met en colère lorsque son âme cède aux bas désirs.
La perte [totale] de la colère est blâmable. Ce qui en est louable, c’est la colère qui attend un signe de la raison et de la religion. Elle doit exploser quand elle est nécessaire et s’éteindre quand l’indulgence s’impose. La limite de sa modération se trouve dans la rectitude que Dieu a prescrite à Ses serviteurs et qui représente le juste milieu que le Prophète a décrit en ces termes : « La meilleure des attitudes est celle du juste milieu. » 38
Celui dont la colère incline à la négligence, de sorte qu’il se rend compte d’être trop faiblement jaloux et vil au point qu’il endure sans raison l’humiliation et l’oppression ( al- d aym ), doit se soigner pour renforcer sa faculté à se mettre en colère.
Celui dont la colère incline à l’excès, de sorte qu’il devient trop téméraire et commet des péchés, doit se soigner pour diminuer l’intensité de sa colère et la reconduire au juste milieu, entre les deux extrêmes. C’est cela la voie droite ( al- s irāt al-mustaqīm ) qui est plus fine qu’un cheveu et plus aiguisée qu’une épée. S’il n’y parvient pas, qu’il essaie alors de s’en rapprocher le plus possible. Le Très-Haut a dit : « Vous ne pouvez pas être parfaitement équitables à l’égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir. Mais ne vous détournez pas totalement de l’une d’elles en la laissant comme en suspens. » 39 En effet, celui qui ne parvient à faire tout le bien ne doit pas faire tout le mal.
Il y a des maux moins graves que d’autres, et d’autres qui sont biens supérieurs. Voici donc la réalité de la colère et ses degrés.
Nous demandons à Dieu de nous conduire à ce qu’Il agrée, car Il a le pouvoir sur tout ce qu’Il veut.
[B AYAN 1.3]
D E LA POSSIBILITÉ OU NON DE SUPPRIMER L ’ ORIGINE DE LA COLÈRE
Sache que prétendre supprimer totalement la colère relève de la pure illusion. On a affirmé aussi que la discipline [ascétique] visait à l’éliminer et que c’était là son objectif. D’autres présument qu’il s’agit d’une source qui n’admet pas de remède.
Voici donc l’opinion de ceux qui prétendent que le caractère de l’homme est aussi invariable que son image et que les deux n’admettent pas de changement. Or, l’opinion des uns et des autres est faible.
La vérité à ce sujet réside dans ce que nous mentionnerons à présent : tant que l’individu désirera une chose et en détestera une autre, il ne sera pas épargné de l’emportement ni de la colère. Et tant qu’une chose lui convient et qu’une autre le contrarie, il aimera inévitablement ce qui lui convient et détestera ce qui le contrarie. La colère est soumise à cette logique. L’individu se fâche immanquablement lorsqu’on le sépare de ce qu’il aime et lorsqu’il est victime d’un tort.
Les choses que l’homme aime sont de trois sortes :
1. celles qui sont indispensables à tous, comme la nourriture, le logement, les vêtements et la santé. Aussi, si l’on attente à son intégrité physique en le frappant ou en le blessant, il se met inévitablement en colère ; il en va de même si on lui prend les vêtements avec lesquels il couvre sa nudité, si on l’expulse de chez lui ou si l’on renverse l’eau qui sert à étancher sa soif. Il s’agit là de choses indispensables, dont l’homme déteste manquer et qui suscitent sa colère contre celui qui veut l’en priver ;
2. celles qui ne sont pas indispensables à tous, comme les honneurs, la grande richesse, les esclaves et les troupeaux. Ces choses sont devenues désirables par habitude et par ignorance de leur but. À tel point que l’or et l’argent sont devenus attrayants (séduisants) en soi et sont conservés dans des coffres. L’homme se met en colère contre celui qui les lui vole, même s’il peut s’en passer pour sa subsistance. On pourrait imaginer que l’homme cesse de s’emporter pour ce genre de choses. Si un individu possède une habitation supplémentaire et qu’un tyran la lui démolit, il se peut qu’il ne s’emporte pas, car sa clairvoyance lui permet de percevoir la réalité des choses de ce bas monde. Il préfèrera renoncer à ce qui n’est pas nécessaire et ne cèdera pas à la colère si on lui ôte [un bien supplémentaire]. Bien plus, ce genre d’individus n’aime pas l’existence de cette seconde maison, dans le contraire il serait naturellement fâché. Bien souvent, les gens se fâchent pour des choses qui ne sont pas nécessaires, comme le prestige, la renommée, occuper les premiers rangs dans les cérémonies ou tirer vanité de sa science. Celui qui aime toutes ces choses ne peut que se fâcher si on le devance dans les cérémonies officielles.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents