La religion kôngo
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Description

Dans cet ouvrage, partant des doctrines révélées et de son argument cosmologique, l'auteur expose d'une façon scientifique une théologie systématique monothéiste négro-africaine : la théologie kôngo. L'auteur prouve que la religion traditionnelle kôngo, le Bukôngo, est une survivance de la religion osirienne ; démontrant la convergence dans l'essentiel des doctrines kôngo et chrétiennes, il établit que les deux religions ont puisé à la même source qui est la religion osirienne.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 430
EAN13 9782296698505

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La religion Kôngo
Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François MangaAkoa


Dernières parutions

Richard EYASU, Démocratie en Afrique francophone : une pure fiction , 2010.
Ambroise V. BUKASSA, Congo-Zaïre : éternel rebelle au consensus politique; 2010.
Arlète TONYE, Pratique juridique des financements structurés en Afrique; 2010.
Hugues MOUCKAGA, Les Bapunu du Gabon; communauté culturelle d’Afrique centrale; 2010.
Moïse LIDA KOUASSI, Témoignage sur la crise ivoirienne; De la lutte pour la Démocratie à l’épreuve de la rébellion; 2010.
Jean Damien MALOBA MAKANGA, Les précipitations au Gabon : climatologie analytique en Afrique; 2010.
Jean-Alexis MFOUTOU, Essai sur la traduction : Faits divers et lexique français-munukutuba; 2010.
Pierre-Marie METANGMO, Peut-on sauver le Cameroun ?; 2010.
Hygin Didace AMBOULOU, Le Droit des collectivités locales au Congo; 2010.
Borice MOKELE, Monseigneur Ernest Kombo. Ami de Dieu et des hommes; 2010.
Auguste OWONO-KOUMA, Mongo Beti et l’Eglise catholique romaine; 2010
Bali DE YEIMBEREIN, Dessine-moi la Guinée !; 2010.
Mohamed Tétémadi BANGOURA, Dominique BANGOURA, Gouvernance et réforme du secteur de la sécurité en Guinée; Défis démocratiques et de refondation; 2010.
Jacques MPIA BEKINA, L’évangélisation du Mai-Ndombe. Histoire; difficultés présentes et inculturation; 2010.
Marie Pascaline Josiane MBARGA, La construction sociale de la ménopause; 2010.
Kiatezua Lubanzadio Luyaluka


La religion Kôngo


S es origines égyptiennes
et sa convergence avec le Christianisme


L’H ARMATTAN
© L’H ARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN ; 978-2-296-11796-9
EAN : 9782296117969

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
INTRODUCTION GENERALE
Dans mon ouvrage précédent intitulé Vaincre la sorcellerie en Afrique , j’ai abordé la notion du kindoki et j’ai démontré qu’elle n’a rien à avoir avec la sorcellerie. Le kindoki est en réalité l’enseignement propagé par le système initiatique de la religion-mystère des Besikôngo et le pouvoir qu’il confère. Cette religion, forgée dans le creuset des révélations millénaires jalousement conservées et transmises de génération en génération par les descendants de l’ancêtre Nzîng’a Nkuwu {1} , incluait aussi en son sein la somme des savoirs scientifiques des Besikôngo accumulés à travers le temps et l’espace.

La religion kôngo , comme toutes les religions négro-africaines, a été jusqu’ici mal comprise, faute d’une exposition claire et scientifique de sa doctrine, une doctrine qui pourtant a été bien conservée par les initiés Besikôngo.

C’est pour palier à cette carence que j’ai décidé d’écrire cet essai sur la théologie systématique de la religion kôngo. Le terme bukôngo ne désigne pas seulement la religion kôngo mais toute la culture des Besikôngo. Cependant, cette culture était avant tout religieuse ; car Dieu était toujours au centre de la pensée et de l’activité de l’homme kôngo. Ainsi, pour le besoin de l’ouvrage, vais-je désigner par Bukôngo non seulement la religion kôngo, mais aussi la culture religieuse kôngo.

Cette étude ne se bornera pas seulement à énoncer la théologie systématique kôngo , mais elle en établira aussi les origines égyptiennes par une étude comparée de la religion des Besikôngo et de la religion osirienne.

L’idée de formuler une origine égyptienne de la religion kôngo découle du fait historique démontré par les égyptologues africains que le royaume des pharaons était une civilisation nègre. Ces savants africains ayant démontré d’une façon générale l’antériorité des civilisations nègres en Egypte, il nous appartient, chacun en ce qui le concerne, d’appuyer ce fait en apportant des preuves qui le corroborent dans le cadre spécifique des ethnies particulières.

Partant de l’hypothèse d’une origine égyptienne de la culture spirituelle israélite, cet ouvrage établira aussi la convergence entre le Bukôngo et la théologie chrétienne par une herméneutique des enseignements bibliques.

Comme pour mon précédent ouvrage, je pense que l’étude systématique du Bukôngo aidera les autres africains à regarder leur héritage religieux traditionnel sous un nouveau jour et cela nous amènera tous à cultiver non seulement une vision positive de nos valeurs spirituelles authentiques, mais aussi à cultiver une vision nouvelle des apports des religions d’importation.

Ainsi donc cette étude, bien que centrée sur la religion kôngo , éveillera-t-elle d’autres africains à reconsidérer leurs positions vis-à-vis de leurs traditions spirituelles respectives.

Dans cet ouvrage, je désigne par le terme kôngo tous les descendants de l’ancêtre Nzing’a Nkuwu, mais ce terme en réalité s’applique aussi à tous les peuples qui désignent Dieu par l’expression Nzâmbi Ampûngu. Pour designer l"homme kôngo, j’utiliserai les vocables de Muesikôngo et N’kôngo sans une quelconque distinction sémantique. Au pluriel ces termes deviennent respectivement : Besikôngo et Bakôngo.
PREMIERE PARTIE : ESSAI DE THEOLOGIE SYSTEMATIQUE KÔNGO
1 INTRODUCTION
Lorsque l’on parle des religions africaines beaucoup n’y voient que des fétiches et l’usage de la magie blanche et noire. C’est à peine que certaines recherches anthropologiques révèlent que l’Africain possède aussi une vision d’une religion monothéiste structurée qui peut faire l’objet d’une étude théologique.

Comme je l’ai dit dans mon introduction générale de l’ouvrage, c’est pour palier à une carence en matière de théologie systématique kôngo (et même en matière de théologie systématique des religions négroafricaine s en générale) que j’ai décidé d’écrire ce livre.

Cette première partie consacrée à la théologie systématique kôngo donnera une présentation scientifique d’une interprétation des données concernant les doctrines théologiques de la culture spirituelle traditionnelle des Besikôngo.

Ma présentation se limitera aux branches suivantes de la théologie : la cosmogonie, la théologie propre, l’harmotiologie {2} , angéologie, l’anthropologie, la sotériologie, la pneumatologie et la doctrine du Verbe. Je me limiterai à ces branches dans la mesure où j’estime qu’elles sont suffisantes pour permettre aux lecteurs de se faire une idée vraiment exacte de la religion kôngo.

Ma présentation de la théologie des Besikôngo vise aussi à faciliter aux chercheurs la compréhension du Bukôngo et à leur servir d’outil d’étude comparée de la religion des Besikôngo par rapport à d’autres religions monothéistes, comme aussi par rapport à d’autres religions du monde. Ainsi ce travail permettra-t-il aussi à ceux qui œuvrent aujourd’hui à aider les Africains à revenir à leurs valeurs spirituelles traditionnelles d’éviter de faire de l’amalgame en empruntant à la civilisation orientale des notions qui n’ont rien à avoir avec notre vraie culture spirituelle.

Ce travail est dans ce sens une suite logique des efforts menés par les chercheurs qui m’ont précédé dans la collection des données sur le Bukôngo. Il permettra, j’espère, aux théologiens d’apprécier à sa juste valeur cette culture négro-africaine qu’est le Bukôngo.
2 LES SOURCES DE LA THEOLOGIE KÔNGO
On ne peut faire de la théologie que dans la mesure où il y a une source d’où on peut puiser des données à interpréter. Les Besikôngo ont toujours évolué dans le cadre d’une culture essentiellement orale. Quoique des recherches montrent l’existence des idéogrammes qui indiquent des possibilités d’une fixation de leur pensée à l’époque précoloniale sur des supports matériels. {3}

Les sources de la théologie du Bukôngo sont multiples :

• La tradition orale
• Les récits de ceux qui ont vécu les événements religieux.
• Les récits des initiés rassemblés par des chercheurs.
• Les témoignages des initiés encore en vie.
• La théologie naturelle.

John Mbiti écrit dans son ouvrage Religions et philosophies africaines : « Ce que l’Africain sait de Dieu s’exprime par des proverbes, des courts énoncés, des chants, des prières, des noms, des mythes, des récits et des cérémonies religieuses. Toutes ces choses sont faciles à garder en mémoire et à transmettre, car les sociétés traditionnelles ne possèdent pas d’écrits sacrés. Il ne faut donc pas s’attendre à trouver de longues dissertations sur Dieu » {4}

C’est donc dans cet éventail des données culturelles que le théologien africain doit fouiller pour trouver les données à interpréter. Keathley définit la théologie systématique comme : « la collection, l’arrangement scientifique et la catégorisation, la comparaison, l’exhibition et la défense de tous les faits provenant de toutes les sources concernant Dieu et Son œuvre. » {5} L’élaboration de la théologie systématique ne se limite donc pas à l’étude des textes sacrés.
2.1 La tradition orale
La tradition orale perpétue la théologie kôngo à travers les proverbes, les contes et les chants, dans un langage qui est avant tout symbolique. Car, pour les Besikôngo, l’enseignement spirituel doit toujours se faire par des symboles. Il est à noter que dans chaque famille kôngo il est de coutume de conserver précieusement son histoire et de s’efforcer de la transmettre à la jeune génération. La conservation de cette histoire du clan est considérée comme un devoir sacré chez les Besikôngo. Ces récits sont des sources précieuses qui peuvent aider les théologiens dans leur quête des données concernant la religion kôngo : le Bukôngo.
2.2 Les récits de ceux qui ont vécu les événements religieux
Beaucoup d’initiés qui ont œuvré durant la colonisation ont pu laisser des écrits. Le prophète Simon Kimbangu par exemple a pu bénéficier des services de Stéphane Mfinangani, de Thomas Dumas et d’Emmanuel Bamba pour coucher par écrits ses enseignements.

Les écrits de Mfinangani ne sont plus à notre portée, car ils ont été emportés par la police coloniale du Congo-Belge après le sac du village de Nkamba (au Kongo-central {6} ) où le prophète exerçait sa mission. Ces écrits concernant les enseignements du grand prophète kôngo doivent se trouver probablement dans l’une des archives de la Belgique. Par contre, les écrits de Thomas Duma et d’Emmanuel Bamba sont encore entre les mains des adeptes des églises qu’ils ont laissées, mais aussi entre les mains des membres de leurs familles respectives.

2.2.1 La prière du prophète Simon Kimbangu à Mbanza-Nsânda
Il est intéressant de savoir qu’un sermon du prophète Simon Kimbangu prêché pendant la phase clandestine de sa mission dans la forêt de Mbanza Nsânda est en circulation entre les mains des fidèles de l’Église de Jésus-Christ par son envoyé Simon Kimbangu (EJCSK). Je donne en annexe une traduction de ce précieux document ; on peut aussi la trouver dans le livre le Kimbanguisme d’Alphonse Bandzouzi. {7}

Ce sermon historique du prophète Simon Kimbangu dans la forêt de Mbanza-Nsânda s’est terminé par une prière dont l’introduction est une pièce d’importance capitale dans la compréhension et l’élaboration de la théologie du Bukôngo.

Le grand prophète kôngo a introduit sa prière pour l’avenir de la terre de ses ancêtres comme suit :

Prière à vous tous les anges du trône céleste, source de notre existence !

Prière à vous les sept anges qui siègent à la cour du Dieu Tout-puissant !

Prière là où se lève le soleil et là où se couche le soleil !

Prière à l’est et à l’ouest !

Prière à Vous notre Dieu Créateur Solaire (Mbûmba Lowa) !

Prière à Vous notre Dieu Gouverneur de l’humanité (Mpina Nza) !

Prière à vous tous les anges de la terre et de l’air !

Prière à vous tous les anges qui gouvernent les eaux et le feu !

Prière à Vous le Grand Esprit Kôngo !

Prière à vous tous les anges de la guerre qui gouvernent le centre du Kôngo !

Prière à vous tous les anges de la victoire ( mbasi Za lunungu ) qui luttent dans les quatre coins des deux et de la terre !
2.3 Les récits des initiés collectés par les chercheurs
Bien que les initiés kôngo soient ténus au secret, beaucoup de chercheurs ont pu les approcher et ont pu avoir d’eux des renseignements précieux sur la religion kôngo. Dans ce cadre il est intéressant de noter le travail de collecte mené par Fukiau et publié dans son livre intitulé : le Mukôngo et le monde qui l’entourait . {8}

Tout chercheur qui s’élance dans une telle collecte ne doit pas oublier l’existence de trois genres d’initiations dans la culture négro-africaine : la divine, l’humaine et la démoniaque. C’est dans l’initiation divine qu’il doit donc fouiller pour trouver l’essence de la pensée religieuse négro-africaine. Nous devons aussi savoir que dans chaque religion il toujours y a trois tendances :

• Celle des « élus », c’est-à-dire, des gens qui ont compris leur mission divine sur cette terre des hommes et qui œuvrent pour son accomplissement.
• Celle des élites, c’est-à-dire, des gens qui cherchent à comprendre les principes religieux et à les mettre en pratique.
• Celle populaire : c’est la tendance des gens qui sont peu portés à l’abstraction spirituelle et qui cherchent à adorer Dieu par la foi dans les « élus » et dans l’élite. Cette masse, qui constitue la majorité des croyants, est souvent prête à verser dans une adoration basée sur la magie blanche, c’est-à-dire, la foi en des supports matériels.

C’est donc la pensée des « élus » et celle des élites qui doit guider le chercheur dans sa quête de la compréhension du Bukôngo. Car c’est elle qui contient l’essence de l’enseignement religieux authentique.
2.4 Les témoignages des initiés qui sont encore en vie
Suite à leur traque par les efforts harcelants et conjugués des autorités coloniales et ecclésiastiques, les écoles initiatiques kôngo ont cessé d’exister vers les années trente du siècle écoulé. Les derniers initiés de ces écoles sont donc probablement encore en vie et sont des sources précieuses de la théologie du Bukôngo. Cependant, il n’est pas aisé de dénicher ces initiés et quand bien même on les dénicherait, les faire parler c’est tout une autre paire de manche.

Dans le cadre de cet ouvrage, je vais m’appuyer, entre autres, sur les renseignements qui m’ont été fournis par Marthe Masaka, la plus jeune des derniers initiés du Kimpasi vers le début des années trente du siècle passé.

Marthe Masaka est originaire du village de Kinkazi, secteur Ngeba, territoire de Madimba dans la province du Kongo-centrale {9} . Pour des raisons de fragilité de sa santé, elle a été inscrite dans une initiation du Kimpasi par son oncle Na Ngombi Kindeba, un infirmier célèbre de Ngeba. En sa qualité d’initiée, Masaka a vécu donc toute sa vie terrestre dans la poursuite de la sanctification de son moi. Elle a quitté ce monde terrestre en 2006 pour continuer son voyage dans l’au-delà, dans le monde des nkukunyûngu (ancêtres-saints).
2.5 La théologie naturelle
Parlant des sources de la théologie, Forrest écrit dans son livre intitulé Introduction to systematic theology : « Lewis Sperry Chafer définit la théologie comme « la collection, l’arrangement scientifique, la comparaison, l’exhibition et la défense des faits tirés de toutes les sources concernant Dieu et Son œuvre. » Notez qu’il ne limite pas les sources de la théologie aux Ecritures [sacrées], mais il inclut « toutes les sources ». » {10}

L’une des sources de la théologie dont fait allusion cette citation de Forrest est la raison et sa logique. La théologie naturelle, à l’opposé de la théologie révélée, peut être définie comme la démonstration des doctrines religieuses au moyen de la logique seule.

Cependant, pour éviter de donner à la théologie naturelle de l’ascendance sur la théologie révélée (celle qui s’appuie sur les révélations faites par le Dieu Très-Haut à nos ancêtres-saints), je ne vais tirer par la logique les doctrines du Bukôngo qu’après les avoir explicitées à partir des révélations spécifiques fournies par les initiés kôngo.
3 THEOLOGIE PROPRE
Comme je l’ai dit précédemment, les Besikôngo plaçaient Dieu au centre de toutes leurs activités. Ils désignent Dieu par le vocable général de Nzâmbi Pénétrer la conception que les descendants de Nzîng’a Nkuwu se font de Dieu est donc la tâche qui est dévolue à ce chapitre.
3.1 Evidences de l’existence de Dieu
Nous ne pouvons parler des évidences de l’existence de Dieu que dans la mesure où l’homme croit qu’il peut arriver à la connaissance du Très-Haut. La réponse que la tradition kôngo donne à la question de savoir si l’homme peut parvenir à la connaissance de Dieu est une affirmation et une négation.

3.1.1 L’homme peut connaître Dieu
Le fait même de l’existence des écoles initiatiques où l’on apprenait le savoir religieux prouve que l’homme kôngo croyait à la possibilité d’atteindre à la connaissance de Dieu. Quatre écoles initiatiques existaient chez les Besikôngo : le Lêmba, le Kimpasi, le Buêlo et le Kinkimba. Bien que dans ces écoles l’initié apprenait aussi des connaissances humaines, la connaissance de Dieu conditionnait tout.

Les Besikôngo s’émerveillent de l’existence de Dieu à la vision des éléments et des phénomènes de la nature qui pour eux révèlent la grandeur de Dieu. Les animaux comme le chat, le crocodile et les strigidés indiquent aux Besikôngo des attribues de Dieu, {11} la mer ( kalungà ) par son immensité et ses vagues refoulant les impuretés démontre l’infinitude et la pureté de Dieu. Qu’un silence brusque se produise pendant que les hommes sont naturellement en conversation, le N’kôngo croit que Dieu venait de passer.

Mais, l’évidence de Dieu, les Besikôngo ne la trouvent que dans les bons phénomènes. Lorsque les phénomènes amènent la destruction ou la désolation les Besikôngo s’écrient ( kâwula ) contre eux, car ils pensent alors qu’ils sont une manifestation du diable ( nkadi ampêmba ), à moins qu’ils ne soient une punition infligée par les ancêtres-saints suite à la désobéissance de ceux qui vivent sur ce plan.

Dieu ne se révèle pas à l’homme seulement par la nature, Il se révèle aussi à travers ceux qui incarnent son autorité sur la terre :

• Les ngânga (prêtres traditionnels qu’il ne faut pas confondre aux féticheurs) : formée dans les écoles traditionnelles, cette élite avait le devoir d’être pour la société un exemple de dévotion et d’une vie de sanctification. Le ngânga est un « fils de la résurrection », il a été formé pour être à même d’écouter les oracles venant des deux et même de se tenir face à face avec les initiés qui l’ont précédé dans l’au-delà, car Dieu se révèle aussi par les humanités supérieures, par les nkukunyungu (ancêtres ayant atteint la perfection par rapport à notre plan terrestre) et les bisîmbi (les anges) à travers les visions diurnes et nocturnes.
• Les parents, la sagesse kôngo dit : « Se Nzambi antoto . » Le père dans la famille représente l’autorité paternelle de Dieu, la mère l’assiste dans cette tâche.
• Les ainés dans la société : Les ainés doivent vivre en harmonie avec les lois de Dieu et les coutumes positives pour être toujours du côté de la raison en tant que représentants de l’autorité des deux. La sagesse kôngo dit : « Mbuta Kabuânga ko, sielomoka ka siehmokânga. » (L’ainé peut trébucher mais, il ne doit jamais tomber.) Ce proverbe montre le défi auquel l’ainé doit toute sa vie faire face pour être un bon représentant de Dieu.

3.1.2 L’homme ne peut pas connaître de Dieu
Un proverbe kôngo dit : « kutômbi Nzâmbi ko, Nzâmbi kamonikânga ko. » (Ne cherche pas Dieu, Il est invisible.) Le Mukôngo ne croit pas que les sens charnels puissent être capables de percevoir l’Etre-suprême. Cette conviction ne doit pas cependant être prise pour de l’agnosticisme, elle traduit plutôt une conviction de la nature spirituelle et incorporelle du divin.

Une chanson de Lêmba dit :

Incline-toi
Que Dieu passe
Sur le dos comme sur le ventre
Sur le visage comme sur le ventre. {12}

Fukiau donne l’explication suivante par rapport à cette injonction : « Dieu veut te sacrer mais à cause de sa sainteté, tes yeux ne peuvent le fixer. Si tu veux voir, éloigne-toi et comme il veut te sacrer, penche-toi, couvre-toi de peur que tu ne meurs à jamais. » {13}

Cependant, le mot Dieu dans cette chanson ne fait allusion qu’aux nkukunyûngu. Mais si on ne peut pas voir les nkukunyûngu à cause de la splendeur de leur sainteté a fortiori ne peut-on pas voir le Très-Haut dont la gloire est au dessus de tout.

Pour le Bukôngo l’homme ne peut donc pas arriver à la connaissance de Dieu si par « connaissance » nous entendons une perception sensorielle charnelle de l’Etre-divin.
3.2 Ce qu’est Dieu
Le terme Nzâmbi (Dieu) désigne en langue kôngo trois concepts principalement :

• Le concept de l’Etre-suprême.
• Le concept de la manifestation de l’Etre-suprême.
• Le concept de la religion.

3.2.1 Dieu est l’Etre-suprême
Chez les Besikôngo le concept de Dieu en tant qu’Etre-suprême se réfère à un être précis, dont la nature peut être décrite. Pour essayer de définir la nature de Dieu les Besikôngo l’appellent : Nzâmbi Ampûngu Tulêndo, Nzâmbi Ampûngu Mayanama, Kalunga, Mbûmba Lowa, Mpina Nza, Kôngo… Chacun de ces termes traduit une nature précise de la divinité vue en Sa personne ou à travers Sa manifestation.

3.2.1.1 Dieu est une personne
Le Mukôngo devant les merveilles de la nature et devant les phénomènes qui dépassent son entendement s’exclame : « Nzâmbi mûntu ampiFan’kaka ! » (Dieu est une personne d’un genre unique.) Mais le Mukôngo n’attribue pas une corporalité quelconque à Dieu. Car un proverbe kôngo dit : « Kutombi Nzâmbi ko, Nzâmbi ka monikânga ko. » C’est à dire : ne cherche pas à percevoir Dieu à l’aide des sens charnels, car Dieu est un être invisible, donc spirituel. La personnalité de Dieu n’a pas de limite, car II emplit tout espace ; Il est omniprésent.

Dieu, Nzâmbi Ampûngu Tulêndo, est l’Etre-suprême ; à Lui appartient tout sur la terre et dans les cieux. Aucune autorité n’est supérieure, ni égale à Lui, car II embrasse tout pouvoir.

3.2.1.2 Dieu est autorité suprême
Dieu est pouvoir. Se référant à ce pouvoir l’homme kôngo dit Mpûngu. Mais le pouvoir de Dieu est différent de tout autre pouvoir. Car c’est un pouvoir qui inclut toute autorité : Mpûngu Tulêndo.

Lorsque le Mukôngo fait référence à une autorité humaine, il dit toujours lêndo, jamais il n’utilise dans ce cas le terme tulêndo (pluriel de lêndo ). Parlant de l’autorité qu’avaient les Anciens ma mère me dit toujours : « B am buta lêndo kia kala yâu . » (Les Anciens avaient une autorité.) Mais cette autorité n’était en fait que le reflet de l’autorité divine, d’où elle ne devait s’exercer que dans le bien.

Si pour toute autorité le Mukôngo parle de lêndo, pour Dieu il parle plutôt de tulêndo , car Dieu inclut toute autorité. Dieu est donc Mpûngu Tulêndo, le pouvoir qui est non seulement autorité suprême, mais qui inclut toute autorité, celui à qui tout bien est possible.

3.2.1.3 Dieu remplit tout l’espace
Le Mukôngo pense que Dieu est partout. En tant que tel, Il n’est limité ni par le temps, ni par l’espace. La sagesse kôngo dit : « E n’lêke wa mâmbu mamiy Nzâmbi wazingila ho. » Bahelele explique que par ce proverbe les ainés attirent l’attention des jeunes sur leur propos, car ils sont proches de la mort, un seul être vie à jamais sans connaitre la mort : Dieu. {14} Mais Dieu ne transcende pas seulement le temps, Il transcende aussi l’espace, car II est Esprit ( Mpêve ).

3.2.1.4 Dieu est Tout-en-tout
Les Besikôngo appellent Dieu Kalunga : « Nzâmbi walungila mu biabio . » (Dieu est Tout-en-tout.) Dieu en tant qu’Esprit interpénètre tout l’univers. Tout dans l’univers manifeste Dieu ; manifeste Sa puissance, Son amour, Son intelligence… Dieu est donc la substance et l’essence de son univers.

3.2.1.5 Dieu est la Source de toute existence
Cette vérité nous est enseignée par la prière du prophète Simon Kimbangu à Mbanza Nsânda : « Prière à vous tous les anges du trône céleste, source de notre existence ! » Quoique Dieu soit source de tout, l’univers temporel est l’œuvre de Son Démiurge Mbûmba Lowa. Le Mukôngo devant les merveilles de la nature et étant éternel et immuable, Il ne connait ni commencement ni fin ; d’où, Il ne peut pas créer, car créer implique un commencement et tout que ce qui commence a une fin ; la création ne fait donc pas partie de l’ordre éternel de l’Etre-suprême.

3.2.1.6 Dieu est le Gouverneur de l’humanité
Dieu gouverne l’humanité par le Verbe divin qui sur le plan céleste s’appelle Mpina Nza et sur le plan temporel Kimahûngu. Mpina Nza est l’idéal de Dieu dans Son Fils sur le plan céleste, tandis que Kimahûngu est l’idéal de Dieu dans le fils de l’homme sur le plan temporel.

3.2.1.7 Dieu est le Guérisseur de l’humanité
Un proverbe kôngo dit : « Wabuka bukaye Nzâmbi . » {15} (Si tu guéris fait le avec Dieu.) Le Mukôngo ne croyait pas que l’homme soit capable d’amener la guérison par son propre pouvoir. D’où le ngânga dans sa thérapeutique allopathique priait toujours à Dieu : « Buka mu kati, yabuka kumbazi . » {16} (Guéris l’intérieur pendant que je m’applique à ce qui est extérieur.) Le Mukôngo croit donc que la vraie guérison est opérée par Dieu, car l’homme réel est celui qui est intérieur, cest-à-dire, celui qui est invisible, le spirituel.

3.2.1.8 Dieu est notre Père
Pour traduire la paternité de Dieu les Bakôngo le symbolisent par l’autorité parentale du chef de la famille restreinte : le père. Pour exprimer cette réalité la sagesse kôngo dit : « Se Nzâmbi antoto . » (Le père est le Dieu terrestre.)

3.2.1.9 Dieu est notre Mère
Si l’autorité du chef de famille symbolise l’autorité de Dieu en tant que Père céleste, il ne s’ensuit pas moins que l’autorité de la mère, qui est subordonnée à celle du père chez les Besikôngo, symbolise aussi l’autorité parentale de Dieu et est une preuve de la nature maternelle de Dieu.

3.2.1.10 Dieu en tant que Kalunga
Nous avons vu ci-haut que le terme Kalunga évoque l’immanence de Dieu en tant que Tout-en-tout ; mais il est aussi à noter que le terme Kalunga désigne en langue kôngo la mer. Les Besikôngo, dont les terres longent l’océan Atlantique, s’émerveillent à la vue de la mer ( m’bu ). Celle-ci manifeste pour eux des attributs de l’Etre-suprême.

• La mer présente à leurs yeux une étendue sans fin. Ils y voient donc l’infinitude de Dieu, celui qui ne connait ni commencement ni fin.
• La mer manifeste aussi pour eux la pureté dans la mesure où elle rejette toute impureté qui y est versée par l’homme et par la nature. Ainsi la mer est-il pour eux la manifestation de la sainteté divine.
• La mer est très salée. Les Besikôngo connaissent le pouvoir qu’a le sel de préserver et de purifier. Ainsi trouvent-ils en Dieu non seulement celui qui est totalement pur, mais aussi celui qui purifie et préserve l’humanité de toute souillure.

3.2.2 Dieu est une manifestation de l’Etre-suprême
L’autorité de Nzâmbi Ampûngu Tulêndo s’exerce par l’entremise d’une hiérarchie des Dieux qui sont les manifestations de l’Etre-suprême : les Fils de Dieu. La prière du prophète Simon Kimbangu à Mbanza Nsânda nous indique la tête de cette hiérarchie où on trouve :

• Les anges du trône céleste
• Les sept anges de la cour céleste
• Les Dieu Solaires
• Mbûmba Lowa
• Mpina Nza
• Kôngo
• Les nkukunyûngu ,, les ancêtres ayant atteint la perfection par rapport à notre monde inférieur.

3.2.2.1 Mbûmba Lowa
Mbûmba Lowa est l’un des Soleils qui sont les manifestations directes de Nzâmbi Ampûngu Tulêndo, le Soleil-des-Soleils. L’existence des Dieux Solaires justifie la prière de l’initié kôngo : « Prière là où se lève le soleil et là où se couche le soleil ! Prière à l’est et à l’ouest ! »

Les Dieux Solaires sont les Fils de Dieu sur le plan éternel. La nature solaire est donc l’essence initiale et éternelle du Fils de Dieu avant son apparition sur le plan temporelle. Cette nature est aussi l’essence première et ultime de l’homme qui est la culmination de son ascension vers le divin. Pour inculquer à l’homme cette vérité et lui faire voir le but ultime de son périple dans ce monde temporel, une chanson de l’académie initiatique Lêmba dit :

Ntângu
Tala yo
Yinânguna lêmba. {17}

En voici la traduction :

Le soleil
Fixe-le
Il révèle lêmba.

Dans ce contexte le mot lêmba désigne le lieu de rencontre avec les ancêtres-saints. Cette chanson montre donc à l’initié kôngo que la voie la plus élevée qui l’amène vers la réalisation de la présence constante des ancêtres-saints autour de lui est la réalisation de sa céleste nature en tant que Soleil, c’est-à-dire, en tant qu’irradiation infinie de la sagesse, de l’amour, de la vie, de la beauté, de la vérité… Ceci implique que l’homme ne peut voir les Soleils (les Fils de Dieu) que dans la mesure où il prend conscience qu’il est lui-même aussi un Soleil (un Fils de Dieu).

Mbûmba Lowa est le créateur de cet univers temporel dans lequel nous évoluons maintenant, c’est-à-dire, notre terre {18} est ses deux. Le mot mbûmba vient du verbe kikôngo bûmba , qui veut dire façonner, créer. Il se réfère donc à l’intelligence créatrice des Dieux. Mais le terme mbûmba en langue kôngo désigne aussi le chat. Cet animal est donc dans le Bukôngo un symbole du Dieu Solaire. Ce symbole évoque :

• L’omniscience de Dieu, car à Son instar, le chat voit la nuit comme le jour.
• L’infaillibilité de Dieu, car comme Lui, le chat ne tombe jamais à la renverse. Or dans la langue des Besikôngo tomber ( bua ), veut aussi dire avoir tort ; être vaincu. Ainsi puisqu’il ne tombe pas à la renverse, le chat, comme Dieu, ne tombe pas réellement.
• La toute puissance de Dieu face au mal : car le chat possède la superbe capacité de vider le serpent (en tant que symbole du mal) de tout son venin et de l’amener au village comme une corde vulgaire.
• La pureté divine : le chat montre par sa propreté que le moyen d’acquisition du vrai pouvoir qui est en Dieu c’est la purification de la pensée, l’élévation de la pensée par l’acceptation de sa nature divine et par la sanctification.

3.2.2.2 Mpina Nza
Mpina Nza est le Dieu Gouverneur de l’humanité, ainsi que l’indique la prière du prophète Simon Kimbangu dans la forêt de Mbanza Nsânda. Mpina Nza est l’idéal de Nzâmbi Ampûngu Tulêndo dans les Dieux Solaires. Mpina Nza est donc le Verbe divin sur le plan éternel.

Nzâmbi Ampûngu Tulêndo étant la source de tout, Il est la source de toute lumière ; Il est donc lumière infinie. En tant que lumière infinie le Très-Haut ne peut pas gouverner le monde temporel, car II ne peut pas voir les ténèbres, le mal. Or gouverner implique toujours le choix constant à faire entre le bien et le mal, ou même entre deux maux. Nzâmbi Ampûngu Tulêndo ne peut faire un tel choix car II n’a aucune conscience de l’existence du mal.

C’est un fait aussi que Mbûmba Lowa ne peut pas gouverner le monde dont il est pourtant le créateur, car étant un Soleil

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