La Réprobation de l´avarice et de l´amour de l´argent
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Description

Livre VII du tome III, cet ouvrage s’inscrit dans l’œuvre magistrale de l’imam al-Ghazâlî, Revivification des Sciences de la Religion. Faisant suite au livre de La réprobation du monde qui était de caractère plus général, al-Ghazâlî cerne ici un défaut plus précis ; l’avarice et l’amour des biens matériels. Dépeignant subtilement les différences de l’avarice, de la cupidité ou encore de la convoitise, il met à jour les subterfuges qu’emploie l’âme pour toujours obtenir sa part derrière les apparences de la générosité ou de l’altruisme. L’auteur nous invite à un travail d’introspection sincère dans le but de déceler la réalité de l’intérêt motivant nos actes. Très souvent cachée derrière des désirs de reconnaissance, de réputation ou de rétribution, notre intention est rarement pure et désintéressée ; l’auteur pose même la question de savoir si une telle intention est possible ou pas. Il termine en faisant l’éloge de la pauvreté et par l’entremise de traditions et d’histoires, il démontre l’ampleur de la grâce que constituent le contentement du peu et l’indépendance à l’égard des gens.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 41
EAN13 9791022501279
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,04€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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– Revivification des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1435-2014
EAN 9782841619849
Imâm Abû Hâmid Al-Ghazâlî
LE LIVRE DE LA RÉPROBATION DE L’AVARICE ET DE L’AMOUR DE L’ARGENT
( Kitāb dhamm al-bukhl wa hubb al-māl ) Ihyâ ‘ulûm al-Dîn
Livre VII / X - Tome III
Traduction et annotations
Hassan Boutaleb
INTRODUCTION
Le Kitāb dhamm al-bukhl wa hubb al-māl , le septième livre du Tome III de l’Ihyā de Ghazālī vient compléter le livre de la réprobation du monde qui le précède.
Ici aussi, Ghazālī met en garde les croyants contre les plaisirs de la vie. Il y examine plus particulièrement des défauts comme l’avarice, la cupidité et la convoitise et se tourne, ensuite, vers l’amour de l’argent et la « fausse générosité ».
Avec un soin méthodologique, il recense des traditions et des histoires concernant aussi bien les avares que les généreux en nous invitant à distinguer le geste volontaire de celui intéressé : entre faire le bien pour le bien ou le faire pour une récompense dans ce bas-monde ou dans l’au-delà.
Avant de conclure que la pauvreté est plus noble et plus digne de mérite que la richesse (même celle absolument licite) il nous fait découvrir, à travers des récits plus merveilleux les uns que les autres, la ligne extrêmement subtile qui sépare le licite de ce qui prête à confusion., Il nous exhorte à nous en éloigner le plus possible afin de nous mettre sous l’Étendard du Prophète  et de nous rapprocher de ceux qui rentreront au paradis en marchant et non en rampant.
Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Louanges à Dieu, digne de toutes les louanges pour et par tous les moyens de subsistance qu’Il a mis à notre disposition ! Il écarte les torts, l’angoisse ; Il a créé toutes choses et les a abondamment dotées de nombreuses subsistances. Il a répandu sur les mondes des richesses diversifiées. Il a éprouvé les gens par le changement de leurs conditions et les a soumis tant aux difficultés qu’à la tranquillité ; tant à la richesse qu’ à la pauvreté ; tant au contentement qu’à la déception ; tant à l’opulence qu’à l’indigence ; tant à l’impuissance qu’à la force ; tant à l’insatisfaction qu’au contentement ; tant à la cupidité qu’ à la générosité ; tant à la réjouissance pour ce qui est disponible qu’au chagrin pour ce qui est perdu ; tant à l’altruisme qu’à l’égoïsme ; tant à l’aisance qu’à la pauvreté ; tant au gaspillage qu’à l’avarice ; tant au contentement du peu qu’au mépris de trop. Tout ceci afin de savoir lequel d’entre nous agit le mieux, voir qui a préféré ce monde à l’Autre, qui a troqué cette vie contre l’Autre et qui a fait de ce monde sa provision et son esclave ( khawl ).
Que la Prière soit sur Muhammad qui a abrogé, par sa Tradition toutes les autres et a aboli par sa Loi toutes les autres, ainsi que sur sa Famille et ses Compagnons qui ont suivi la Voie de leur Seigneur. Que la Paix se répande abondamment sur eux tous !
[Nous disons donc :]
Les tentations ( al-fitan ) de ce monde sont nombreuses. Leurs branches et ramifications sont très étendues. Mais la pire de toutes, la plus dévastatrice est l’argent. Ses aspects les plus cruels sont que nul ne peut s’en passer et que celui qui en possède est épargné de son mal. La disparition de l’argent engendre la pauvreté. Peu s’en faut que celle-ci ne suscite l’incroyance. En avoir peut inciter à opprimer autrui, ce qui ne peut qu’aboutir à la perte.
Dans l’absolu, l’argent n’est doté ni de torts ni d’avantages. Ces avantages peuvent mener au salut mais ses torts à la perdition. En distinguer le bien du mal est ardu, seuls les savants confirmés en sont capables, c’est une prérogative de leur clairvoyance en matière de religion.
Cette explication est importante car elle n’est pas mentionnée dans le Livre de la réprobation de ce bas monde 1 . Ce livre concernait tout ce qui apporte une part immédiate dans ce bas-monde tels que l’argent, l’orgueil, les passions du ventre et du sexe, la colère, l’emportement, la jalousie, l’arrogance, la vengeance. Ces exemples ont en commun la part immédiate en ce monde.
Dans ce livre, nous n’avons pris en compte que l’argent [car celui-ci aussi] comporte des vices et des malheurs. La qualité de celui qui n’en possède pas est la pauvreté et celle de celui qui en a est la richesse. Il s’agit de deux conditions qui constituent un examen ( ikhtibār ) et une épreuve ( imtihān ).
Le pauvre peut tenir deux positions : le contentement ou la cupidité ( al-hirs ).
La première est louable, la seconde blâmable. Le cupide peut adopter deux attitudes : soit il convoite ce que les gens possèdent, soit il commence à travailler durement en éprouvant du ressentiment pour ses semblables. La pire des attitudes est évidemment la convoitise ( al-tam‘ ).
Le riche peut, lui aussi, tenir deux positions : il évite les dépenses ( imsāk ) par avarice et cupidité ou, au contraire, il dépense. La première position est blâmable alors que la seconde est louable. Celui qui dépense a deux attitudes : gaspiller ou épargner. Cette dernière est louable.
Toutes ces situations sont confuses. Il est donc nécessaire et important de les éclairer et de les expliquer pour éviter des confusions. C’est que nous tâcherons de développer, si Dieu le veut, dans les quatorze chapitres suivants :
La réprobation et l’éloge de l’argent, le détail des avantages et des fléaux de l’argent, la réprobation de la cupidité, de la convoitise et leurs remèdes, le mérite de la largesse et les anecdotes relatives à des personnes généreuses, la réprobation de l’avarice et les anecdotes relatives à des personnes avares, l’altruisme et son mérite, les limites de la largesse et de l’avarice, le remède de l’avarice, les différents emplois de l’argent, puis la réprobation de la richesse et la louange de la pauvreté et leurs remèdes.
[ Bayān ]
De la réprobation de l’argent et de l’exécration de son amour
Dieu (exalté soit-Il) a dit : « Ô vous qui croyez, que vos richesses et vos enfants ne vous distraient pas du souvenir de Dieu ! Car ceux qui agissent ainsi sont les perdants. » 2 Et : « Sachez que vos biens et vos enfants sont une tentation, mais qu’une récompense magnifique se trouve auprès de Dieu. » 3
Celui qui préfère son argent et ses enfants à ce qui est auprès de Dieu sera perdant et sera affecté d’une immense perte. Dieu (exalté soit-Il) a dit : « Ceux qui désirent la vie de ce monde et ses attraits, Nous rétribuons équitablement leurs actions ici-bas et ils ne sont pas lésés » 4 , et : « L’homme se rebelle, dès qu’il se voit bien pourvu. » 5
Il n’y a de force et de puissance qu’en Dieu (exalté soit-Il) !
Il (exalté soit-Il) a dit aussi : « Vous préoccuperiez-vous d’accumuler [jusqu’à ce que vous visitiez les tombes] ? » 6
L’Envoyé de Dieu  a dit : « L’amour de l’argent et des honneurs produit l’hypocrisie dans le cœur, comme l’eau fait pousser les potagers. » 7
Il  a dit aussi : « Deux loups affamés lâchés dans une bergerie ne sont pas pires que la convoitise de l’homme pour les biens et l’honneur pour la religion de l’homme musulman » 8 , et : « Périssent ceux qui amassent, sauf ceux qui donnent ceci et cela aux serviteurs de Dieu, mais ils sont bien rares. » 9
On lui demanda : « Ô Envoyé de Dieu  , qui sont les pires de ta Communauté? » Il répondit : « Les riches. » 10
Il  a dit aussi : « Viendront après vous des gens qui mangeront toutes sortes de mets, chevaucheront les plus beaux chevaux racés, épouseront les plus belles femmes de toutes race et s’habilleront des plus beaux vêtements et des plus belles couleurs. Ils auront un appétit qui ne se contentera pas de peu et une âme qui ne sera pas satisfaite de beaucoup. Ils seront obsédés par la vie et ne cesseront d’y aller et d’en venir. Ils en feront une divinité à la place de Dieu et leur maître au lieu de leur Seigneur. Ils ne se soucieront que d’elle [la vie] et suivront leurs passions. Voici la recommandation de Muhammad b. ‘abd Allāh 11 pour ceux qui vivront à leur époque et qui les verront et pour les enfants de vos enfants : ne les saluez pas, ne rendez pas visite à leurs malades, ne vous rendez pas à leurs funérailles et ne respectez pas leurs anciens. Ceux qui agiront ainsi participeront à démolir l’islam. » 12
Il  a dit aussi : « Laissez ce bas monde à ses gens. Celui qui prend de ce monde plus que ce qui lui suffit, prend la mort sans le savoir. » 13 ; et : « Le fils d’Adam dit : ‘ Ma fortune, ma fortune! Aurais-tu une autre fortune que celle dont tu t’es nourri et que tu as consommée, que ce dont tu t’es revêtu et que tu as usée, et que ce dont tu as fait l’aumône et que tu as dépensée ? » 14
Untel lui dit : « Ô Envoyé de Dieu  , qu’ai-je donc à ne pas aimer la mort ? » Il lui demanda : « Aurais-tu de l’argent ? » L’homme répondit par l’affirmative. Le Prophète  ajouta : « Libère-toi de ta fortune, car le cœur de l’homme est attaché à sa fortune. S’il s’en libère, il aimera le suivre et s’il le garde, il aimera demeurer avec lui. » 15
Il a dit aussi : « Les intimes ( akhillā’ ) du fils d’Adam sont trois. Le premier l’accompagne jusqu’à la mort, le second jusqu’à sa tombe et le troisième jusqu’au Rassemblement. Celui qui l’accompagne jusqu’à la mort est son argent, celui qui l’accompagne jusqu’à sa tombe est sa famille, et celui qui l’accompagne jusqu’au Rassemblement est son œuvre. » 16
Les Apôtres ont dit à Jésus  : « Pourquoi peux-tu marcher sur l’eau alors que nous en sommes incapables ? » Il leur demanda alors : « Quelle place occupent le dirham et le dinar chez vous ? » Ils répondirent : « Une bonne place . » Il leur dit alors : « Pour moi, ils sont pareils à la glaise sèche . »
Salmān al-Fārisī 17 a écrit à Abū al-Dardā’ 18 (que Dieu soit satisfait d’eux) : « O mon frère, prends garde à ne prendre de ce bas monde que ce dont tu pourras rendre grâce, car j’ai entendu l’Envoyé de Dieu  dire : « L’homme [aisé] de ce monde qui aura obéi à Dieu sur terre sera ramené avec son argent devant lui. A chaque fois que le pont sirāt s’inclinera, son argent lui dira : ‘Avance, tu t’es acquitté de la part de Dieu.’ Puis viendra le tour de l’homme [aisé] de ce monde qui n’aura pas obéi à Dieu avec son argent derrière ses épaules. A chaque fois que le pont sirāt s’inclinera, son argent lui dira : ‘Malheur à toi pour ne pas t’être acquitté de la part de Dieu.’ Et il continuera de le maudire et d’appeler à sa destruction. » 19
Tout ce qui est mentionné dans le « Livre de l’ascèse et de la pauvreté » 20 , à propos de la réprobation de la richesse et de l’éloge de la pauvreté, condamne et critique l’argent. Nous ne le répéterons donc pas ici. Ce qui est mentionné dans le « Livre de la réprobation du monde » 21 traite aussi de la réprobation de l’argent. Ce dernier est, en effet, un des grands piliers de ce bas monde.
Nous n’évoquerons donc que ce qui est spécifique à l’argent.
L’Envoyé de Dieu  a dit : « Lorsque le serviteur meurt, les anges disent : ‘qu’apporte-t-il ?’, et les hommes disent : ‘Que lègue t-il ?’ » 22
Il  a dit aussi : « Ne prenez pas de propriétés foncières (alday‘a), vous [en] aimeriez alors ce bas monde. » 23
[R ÉCITS ]
On rapporte qu’untel a provoqué du tort à Abū al-Dardā’ et que ce dernier ait dit : « Ô mon Dieu, accorde une bonne santé à celui qui me fait du tort, prolonge sa vie et enrichis-le! ». Observe donc comment il a fait de la richesse la plus grande épreuve à coté de la bonne santé et de la longue durée de vie. Il savait que ces trois choses conduisaient inévitablement à l’oppression ( al-tughyān ).
‘Alī (que Dieu ennoblisse sa face) posa un jour un dirham sur sa paume et [lui] dit : « Tant que tu ne me quitteras pas, tu ne me seras d’aucune utilité . »
On rapporte que ‘Umar  envoya à Zaynab b. Jahsh 24  la part qui lui revenait. Elle demanda : « Qu’est-ce donc que cela ? » On lui dit : « C’est ‘Umar b. al-Khattāb qui te l’envoie . » Elle dit alors : « Que Dieu lui pardonne ! » Elle enleva alors un rideau qu’elle découpa et en fit de petites bourses. Elle y mit l’argent [envoyé par ‘Umar] et donna les bourses à ses enfants, à ses parents et aux orphelins. Puis, elle leva les mains vers le ciel et dit : « Ô mon Dieu, fasse que l’argent de ‘Umar ne me parvienne plus après cette année! » En effet, ce fut la première épouse du Prophète  à le rejoindre.
Al-Hasan [al-Basrī] 25 a dit : « Par Dieu, l’homme ne chérit pas le dirham sans que Dieu ne l’avilisse. »
On a dit : « La première fois qu’on frappa le dirham et le dinar, Satan s’en saisit et les plaça sur son front, puis les embrassa et dit : « Quiconque vous aimera deviendra certainement mon esclave. »
Sumayt b. ‘Ajlān 26 a dit : « En vérité, le dirham et les dinars sont le repas (azma) des hypocrites par lequel ils seront conduits en enfer . »
Yahya b. Mu‘ādh 27 a dit : « Le dirham est un scorpion! Si tu n’en connais pas l’antidote, ne le prends pas car sa morsure te tuerait . » On lui demanda : « Quel en est l’antidote ? » Il répondit : « En prendre ce qui est licite et le placer là où il doit l’être . »
Al-‘Alā’ b. Ziyād a dit : « Ce bas monde m’est apparu revêtu de toutes sortes de parures. Je lui ai demandé : ‘Je me réfugie en Dieu contre ton mal!’ Il me répondit : ‘Si tu tiens vraiment à ce que Dieu t’aide à te protéger contre moi, déteste alors le dirham et le dinar.’ » Le dinar et le dirham sont la vie, puisque c’est par eux qu’on arrive à tout de ce qu’elle contient. Celui qui est capable de s’en passer, peut se passer de ce bas monde.
On a dit dans ce sens :
J’ai enfin trouvé et ne pensez pas autrement,
Que le scrupule dépend de ce dirham.
Si tu peux l’obtenir et que tu y renonces,
Sache alors que ta piété est celle du musulman.
On a dit aussi :
Que l’individu ne te trompe pas par la robe qu’il a cousue,
Ou par la chemise qu’il porte au-dessus du genou,
Ou par le signe [de sa prière] (dont l’effet) qu’il porte sur le front,
Montre lui l’argent et tu verras [alors vraiment] son amour et son Scrupule !
Maslama b. ‘abd al-Malik 28 rapporte s’être rendu au chevet de ‘Umar b. ‘abd al‘Azīz 29 (que Dieu lui fasse miséricorde) quelques temps avant sa mort, et lui avoir dit : « Ô Commandeur des Croyants, tu as réalisé ce qu’aucun autre homme n’a pu accomplir et tu laisses tes enfants (il en avait treize) sans le moindre dirham ou dinar ? » ‘Umar demanda qu’on l’aide à s’asseoir puis dit : « Quant à ce que tu as dit concernant mon lègue, sache que je ne les ai privés d’aucun de leurs droits et que je ne leur ai rien donné de ce qui revenait aux autres. Mes fils font partie des deux catégories suivantes : de ceux qui obéissent à Dieu et dont Il assure la subsistance, car Dieu Se charge des pieux ou de ceux qui Lui désobéissent, et dont le sort m’importe peu. »
On rapporte que Muhammad b. Ka‘b al-Qurazī 30 avait trouvé une grande fortune. On lui dit : « Epargnes-en pour tes fils! » Il répondit : « Non, je préfère l’épargner pour mon compte personnel auprès de mon Seigneur, et [léguer] mon Seigneur à mes enfants . »
Untel a dit à Abū ‘abd Rabbih : « Ô mon frère, ne pars pas avec le mal en laissant tes enfants à l’aise . » Abū ‘abd Rabbih distribua alors [aux pauvres et aux ayants droit] cent mille dirhams.
Yahya b. Mu‘ādh a dit : « Les générations précédentes et futures n’auront jamais entendu parler de deux catastrophes, concernant la fortune, aussi terribles que celles qui surviennent à la mort du serviteur. » On lui demanda : « Quelles sont-elles ? » Il répondit : « Elle lui sera entièrement enlevée et on l’interrogera sur [l’origine] de toute sa fortune . »
[ Bayān ]
De l’éloge et de la réprobation de l’argent
Sache que Dieu (exalté soit-Il) a mentionné à plusieurs reprises l’argent ( al-māl ) en le nommant « bien » ( khayr ) comme dans les versets suivants de Son Glorieux Livre : « Lorsque la mort se présente à l’un de vous, et qu’il doit léguer des biens (khayr), qu’il fasse un testament en faveur de ses père et mère et de ses proches parents, conformément à l’usage. C’est là un devoir pour ceux qui craignent Dieu. » 31
Dieu (exalté soit-Il) a dit : « Leur père était un homme juste et ton Seigneur a voulu qu’à leur majorité, et par miséricorde de ton Seigneur, ils découvrent leur trésor. » 32 et Il (exalté soit-Il) a dit aussi à propos des faveurs qu’Il (exalté soit-Il) accorde à Ses serviteurs : « Il vous assistera par des richesses et des enfants. Il vous donnera des jardins et vous donnera des rivières . » 33
L’Envoyé de Dieu  a dit : « Béni soit l’argent sain de l’homme de bien. » 34 Tout ce qui a été rapporté au sujet des aumônes et du pèlerinage comporte aussi l’éloge de l’argent car il n’est pas possible de les faire sans en avoir.
L’Envoyé de Dieu  a loué l’argent en disant : « Peu s’en faut que la pauvreté ne se transforme en incroyance! ». 35 .
Ne considère la réprobation et l’éloge de l’argent, sa raison d’être, son but, ses vices et ses malheurs qu’après avoir compris que l’argent peut être tant un bien qu’un mal. Il est loué en tant que bien et réprouvé en tant que mal. Dans l’absolu, il n’est ni un bien ni un mal mais peut être la cause des deux. C’est pourquoi on le loue parfois et on le réprouve une autre fois. Cependant, l’homme clairvoyant est en mesure de distinguer ce qui en est loué de ce qui en est réprouvé. Cette distinction est possible par ce que nous avons mentionné dans le « livre de la gratitude » 36 dans le bayān consacré aux biens et aux degrés des faveurs ( bayān al-khayrāt wa tafsīl darajāt al-ni‘am ).
Ce qui doit être recherché avec conviction par les sages et les hommes les plus clairvoyants ( arbāb al-basā’ir ) est d’atteindre le bonheur de l’Autre Monde avec son plaisir permanent et son royaume éternel. C’est à ce but qu’aspirent ardemment les généreux et les sages. Lorsqu’on demanda à l’Envoyé de Dieu  quels étaient les hommes les plus généreux et les plus sagaces, il  répondit : « Ceux qui se souviennent le plus de la mort et qui s’y préparent le plus. » 37
Le bonheur en ce bas monde ne s’acquiert que par trois moyens : les précieux mérites de l’âme comme la science et le bon caractère ; les moyens corporels, comme la santé et le salut ; les moyens extérieurs au corps comme la fortune. Les moyens les plus méritoires sont ceux de l’âme, ensuite ceux du corps, et enfin ceux extérieurs.
Ainsi, les moyens extérieurs sont les moins vertueux. Les plus bas sont les dirhams et les dinars. Ce sont deux esclaves n’ayant personne à leur service mais voués à celui d’autrui, on ne les veut pas pour eux-mêmes.
L’âme est le bien le plus précieux pour lequel on veut le bonheur. Elle se met au service de la science, de la connaissance et des vertus pour en revêtir les qualités. Le corps est au service de l’âme à travers ses sens et ses membres. Ses serviteurs sont la nourriture et les vêtements.
Il a déjà été expliqué que le but de la nourriture est la préservation du corps, celui du mariage la préservation de l’espèce humaine et celui du corps de parfaire l’âme, de la purifier et de l’embellir par la science et les qualités louables.
Celui qui connaît cet ordre peut percevoir la valeur de l’argent et sa vertu. L’argent est nécessaire pour l’achat de nourriture et d’habits. Ces derniers sont indispensables à la préservation du corps permettant ainsi à l’âme de se parfaire. Celui qui connaît l’avantage d’une chose et sa finalité et qui l’utilise pour l’atteindre fait du bien et en profite. S’il atteint son but, alors son action sera louable. L’argent peut être un instrument et un moyen pour parvenir tant à un but agrée qu’à des fins perverses. Celles-ci écartent de la félicité de l’Autre Monde et empêchent l’accès à la science et à la [bonne] œuvre. Ainsi, l’argent est louable et blâmable. Louable par rapport aux finalités dignes d’éloges, et blâmables par rapport aux finalités perverses réprouvées.
Celui qui prend de ce monde plus que ce dont il a besoin sera, inconsciemment, l’artisan de sa propre ruine, comme mentionné dans la tradition prophétique.
Dans la mesure où la nature humaine est plus encline à suivre les passions qui barrent le chemin vers Dieu, et que l’argent [est l’instrument] le plus efficace pour les satisfaire, les mises en garde contre le risque que comportent ses excès sont nombreuses. Les Prophètes  se sont tellement prémunis contre son mal que le notre a fait la prière suivante : « O mon Dieu, fasse que la subsistance de la Famille de Muhammad soit le minimum nécessaire (kafāf). » 38 Il n’a voulu de ce monde que ce qui en est pur. Il a dit aussi : « O mon Dieu, fasse que je vive et que je meurs pauvre, et fasse que je ressuscite au milieu des pauvres. » 39
Abraham  aussi a fait la prière protectrice suivante : « Préserve-nous, moi et mes enfants, d’adorer les idoles » . 40
Il faisait allusion à ces deux cailloux que sont l’or et l’argent. En effet, le degré élevé de la prophétie est trop noble pour qu’on craigne que l’adoration de Dieu et des pierres se mélangent. L’idolâtrie était une pratique abolie par la prophétie.
Ce qu’on entend par l’adoration [de l’argent] est l’amour et le penchant qu’on éprouve pour eux et leur illusion trompeuse. Notre Prophète  a dit : « Malheur à l’esclave du dinar! Malheur à l’esclave du dirham et des vêtements de luxe ! Si on lui en donne, il est content et si on l’en prive, il est mécontent ». 41
Il a clairement montré que celui qui les aime en devient un adorateur. Quiconque adore une pierre adore une idole. Plus encore, tous ceux qui adorent une chose quelconque en dehors de Dieu, adorent une idole. Celle-ci empêche d’adorer Dieu (exalté soit-Il) comme il se doit et pousse au polythéisme ( shirk ).
Il existe deux formes de polythéisme : le secret et l’apparent.
Le secret [pour lequel le châtiment] en enfer n’est pas éternel pour seuls quelques croyants qui y échappent exceptionnellement car il est moins perceptible que les larves des fourmis.
L’apparent provoque la damnation éternelle. Que Dieu nous en protège tous !
[ Bayān ]
Des défauts et des avantages de l’argent
Sache que l’argent est semblable à la vipère qui possède un venin et son antidote. Ses malheurs sont son venin et ses avantages l’antidote. Celui qui les connaît peut se protéger de son mal et profiter de son bien.
Les avantages :
Les avantages sont tant matériels que religieux. Il semble inutile de décrire les premiers car toutes les créatures les connaissent, elles se combattent d’ailleurs pour les obtenir.
Les avantages religieux se déclinent en trois catégories :
- Les dépenses pour soi, pour un devoir religieux ou pour pouvoir l’accomplir, comme dans le cas du pèlerinage et du combat dans la Voie de Dieu qu’on ne peut accomplir qu’avec de l’argent. Il s’agit de deux des actions mères qui rapprochent de Dieu, dont le pauvre est privé. Les dépenses pour la nourriture, les vêtements, le logement, le mariage et les choses indispensables pour vivre permettent l’adoration. Si ces besoins ne sont pas satisfaits, le cœur se soucie alors de les obtenir et n’est plus disposé à la religion. Ce qui est nécessaire à l’adoration est aussi, en soi, une adoration. Ainsi, prendre de ce monde ce qui est nécessaire pour accomplir son culte fait partie des avantages religieux [procurés par l’argent]. Mais les plaisirs inutiles et les excès ne rentrent pas dans les besoins et relèvent uniquement des jouissances de ce bas monde.
- La distribution [de l’argent] aux gens. Il en existe quatre types : l’aumône, la grandeur d’âme ( al-murū’a ), la préservation de la dignité et le paiement des salaires.
- Nous avons déjà parlé du mérite de l’aumône et qu’elle éteint la Colère du Seigneur (exalté soit-Il). La grandeur d’âme consiste à honorer les gens aisés et les nobles en les invitant, en leur offrant des cadeaux, en les aidant… Ceci n’est pas une aumône [à proprement parler] qui, elle, est destinée aux besogneux. Mais, elle n’en demeure pas moins un avantage religieux. Elle permet de nouer des liens de fraternité et d’amitié, d’acquérir la qualité de générosité et de rejoindre le groupe des gens charitables. N’est qualifié de généreux que celui qui fait du bien et qui emprunte la voie de la grandeur d’âme et de la chevalerie ( futuwwa ). Ceci aussi augmente le mérite [de l’argent]. On compte un grand nombre de traditions qui louent ceux qui offrent des cadeaux, l’hospitalité et des repas sans condition préalable de pauvreté et de difficulté dans les dépenses. La préservation de la dignité est le fait de dépenser de l’argent pour faire taire les poètes sarcastiques, écarter les libertins et se protéger des mauvaises langues et de leur mal. Dans ce cas, les avantages sont aussi bien immédiats que religieux. En effet, l’Envoyé de Dieu  a dit : « Ce dont se sert le croyant pour protéger sa dignité lui sera compté comme une aumône. » 42 Comment en serait-il autrement alors qu’il s’agit d’empêcher le médisant ( mughtāb ) de commettre le péché de médisance ( ghayba ) et de se prémunir contre la réaction à ses offenses qui peuvent conduire soit à la rétribution [pour s’être montré patient] soit à la vengeance en outrepassant, peut être, les limites de la Loi.
- Le recours aux travaux d’autrui, est nécessaire à l’individu (pour différentes raisons) pour lui permettre de dégager du temps pour ses œuvres de l’au-delà à travers la méditation et le souvenir de Dieu ( dhikr ) (qui est la cime [des œuvres] de ceux qui cheminent ( sālikīn ) [sur la Voie de Dieu]). Toutefois, celui qui n’en a pas les moyens doit s’occuper personnellement de tout ce qui le concerne (comme acheter sa nourriture, balayer la maison ou copier de sa main le livre dont il a besoin). Il lui incombe alors de se fatiguer et de faire tout ce que les autres auraient pu réaliser à sa place, [n’ayant ainsi que peu de temps] pour la science, les œuvres cultuelles, la méditation et la mention de Dieu.
- Les dépenses d’utilité publique comme financer la construction de mosquées, de ponts, d’asiles pour les voyageurs, d’hôpitaux, de récipients d’eau sur les routes et d’autres legs destinés au bien commun. Le mérite de ce genre d’actions bénévoles est immense, durable et utile après la mort. Ces actions attirent de longues bénédictions et apportent beaucoup de biens.
Voici donc les avantages religieux de l’argent. Il s’agit aussi bien de résultats immédiats comme le fait d’être épargné de la pauvreté et de son humiliation, que le fait d’atteindre la gloire et la renommée parmi les créatures et d’avoir ainsi beaucoup de frères, d’assistants et d’amis tout en jouissant de l’affection et du respect des cœurs. Toutes les choses de ce monde requièrent de l’argent.
[Les fléaux de l’argent]
Les fléaux sont aussi bien d’ordres religieux que matériel.
Il y a trois fléaux inhérents à la religion.
Le premier : [l’argent] entraîne les fautes religieuses. Les passions sont diverses et l’incapacité de les satisfaire constitue un rempart entre l’individu et le péché. L’homme en demeure préservé tant qu’il n’a pas d’argent. L’homme qui peine à trouver de l’argent demeure déçu de ne pouvoir satisfaire ses tentations. Mais, dès qu’il trouve les moyens, son envie est attisée et, aussitôt, sa disposition [naturelle] le pousse à passer à l’acte. L’argent est un moyen qui attise l’envie de pécher et de commettre des actes pervers. Si l’individu commet ce qu’il désire, il court à sa perte. S’il l’endure, il en souffre car la patience est plus pénible que le pouvoir et parce que la tentation, quand les conditions sont favorables, est bien plus grande que dans des circonstances défavorables.
Le second : [l’argent] incite à jouir de ce qui est permis. Comment l’individu aisé peut-il manger du pain d’orge, s’habiller de vêtements rugueux et renoncer aux mets délicats comme le faisait Salomon fils de David (que la Prière et la Paix soient sur eux deux) durant son règne ? La meilleure chose que l’individu puisse faire est de ne pas [trop] jouir de ce bas monde et de ne pas y accoutumer son âme. Il en deviendrait dépendant, ne pourrait plus s’en passer, un plaisir l’attirerait vers un autre. Cette dépendance pourrait aussi le conduire à tenter de l’obtenir de manière illicite. Il s’exposerait alors à des situations ambiguës qui le plongeraient dans la raillerie, l’adulation, le mensonge, l’hypocrisie et autres qualités détestables dans le but d’obtenir ce plaisir immédiat et d’en jouir.
Celui dont la fortune augmente a d’autant plus besoin des autres et celui qui a besoin des gens est plus exposé à l’hypocrisie et à la désobéissance pour les satisfaire. Si l’individu parvient à se mettre à l’abri de ce premier fléau, en faisant front contre les plaisirs immédiats, il n’en sera pas pour autant totalement épargné. Le besoin des créatures donne lieu aussi bien à l’amitié qu’à l’inimitié et suscite la jalousie, la rancune, l’orgueil, l’arrogance, le mensonge, la calomnie, la médisance et aux autres maladies du cœur et de la langue (ou d’autres parties du cœur). Tout ce qui précède nous invite à prendre garde aux malheurs que comporte l’argent et à la nécessité de le préserver et d’en faire bon usage.
Le troisième : l’argent nous absorbe tellement qu’on en oublie le souvenir de Dieu (exalté soit-Il). Personne n’en est épargné. Tout ce qui occupe l’homme et le tient loin de Dieu le mène à sa perte. C’est pourquoi Jésus (que la Prière et la Paix soit sur lui) a dit : « L’argent compte trois vices : le prendre de manière illicite . » On lui demanda : « Et si on le prend de manière licite ? » Il répondit : « Alors, c’est l’employer où il ne convient pas de le faire . » On demanda : « Et si on l’employait où il convient ? » Il dit : « Alors votre souci de l’employer dans ce qui convient vous détournera de Dieu (exalté soit-Il) . »
Cela représente la plus grande maladie car la source de toute adoration, sa moelle et son secret, consiste à mentionner Dieu et à méditer sur Sa Majesté. Cela n’est possible que lorsque le cœur est affranchi [de toute autre occupation]. Or, le propriétaire [de terres] s’endort et se réveille en ne pensant qu’à se disputer avec le paysan, à lui exiger des comptes ; se chamailler avec ses associés à cause de l’eau et des limites de ses terres ; se quereller avec les précepteurs du roi, les maçons en retard ou pour leurs malfaçons et ses ouvriers agricoles pour l’avoir volé ou trompé. Le commerçant pensera à la meilleure manière de trahir son associé, à jouir seul des profits, à négliger son travail et à la manière de dépenser son argent. Il en est de même des éleveurs et les autres détenteurs de biens.
Le bien qui nécessite le moins d’efforts est le trésor enfoui sous terre. Mais, son propriétaire ne cesse, lui aussi, de se soucier de sa protection, de craindre qu’un autre le découvre et de repousser les convoitises des autres. Les vallées de la pensée pour ce monde sont infinies. Le seul qui s’en échappe est celui qui n’a que de quoi déjeuner et dîner.
Voici les fléaux suscités par l’argent en ce monde chez les fortunés : la peur, le chagrin, le souci, l’angoisse, la peine à repousser les jaloux et à surmonter les difficultés pour gagner de l’argent et le protéger. L’antidote de l’argent consiste à n’en prendre que ce qui suffit à subsister et à dépenser le reste dans des œuvres de bienfaisance. Le reste n’est que poison et épreuves.
Nous prions Dieu (exalté soit-Il) de nous accorder, par Sa Clémence et Sa Générosité, la paix et le secours nécessaires.

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