La Vie
84 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

La Vie

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
84 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le Pape François médite la Bible ! Des homélies inédites et exclusives du cardinal Bergoglio adressées à tous, un appel à se tourner vers les humbles, les petits, les pauvres...
La découverte de la spiritualité d'un pape qui a laissé très peu d'écrits avant son élection.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 octobre 2014
Nombre de lectures 8
EAN13 9782728920969
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0075€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

C ARDINAL J ORGE M ARIO B ERGOGLIO
P APE F RANÇOIS
La Vie
Textes réunis par Federico W ALS et traduits de l’espagnol par Hortense DE P ARSCAU
P ROLOGUE
Nous sommes témoins d’un moment historique. Nous sommes en train de vivre un moment unique. Pour la première fois dans l’histoire de l’Église, un pape venu d’Amérique latine – le continent catholique – est élu pour être l’évêque de Rome et successeur de Pierre dans la conduite de cette barque millénaire. Nous sommes nombreux à nous souvenir des moments qui ont suivi la fumée blanche en ce début de soirée romaine à la fois pluvieuse et froide, ce mercredi 13 mars 2013. Que de nervosité, d’anxiété, d’incertitude… mais aussi quelle profonde réjouissance, quelle joie ! Réjouissance à l’annonce d’un nouveau Saint-Père et joie parce que nous, catholiques, sans encore connaître celui que les cardinaux avaient élu, étions déjà heureux de la venue d’un nouveau pasteur. Lorsqu’en ce jour le cardinal protodiacre français, Jean-Louis Tauran, annonça au monde à 20 h 12 (heure de Rome) : « Annuntio vobis gaudium magnum. Habemus Papam ! » , non seulement la place Saint-Pierre exulta de joie mais chacun de nous, en union avec tous ceux présents, fut bouleversé au plus profond de son être à l’idée d’avoir un pape. Puis, quelques secondes plus tard, le cardinal Tauran nous surprit tous en disant : « Eminentissimus ac Reverendissimus Dominum, Dominum Georgium Marium Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Bergoglio. »
« Bergoglio ! » « Le pape est argentin ! » « Bergoglio est pape ! » voilà quelques-unes des réactions spontanées des Argentins et notamment de ceux qui eurent le privilège de le rencontrer et de travailler avec lui. Impressions qui, au fil des heures, se muèrent en un sentiment indescriptible de joie, d’émotion et de larmes pour ce nouvel évêque de Rome, cadeau de l’archidiocèse de Buenos Aires en particulier et plus largement de tout le peuple argentin, à l’Église universelle. Homme simple et austère, doté d’une profonde humilité et d’un grand sens du service, le père Bergoglio (comme il se présente lui-même) a su s’attirer la confiance et l’affection de ses fidèles car, même dans l’exercice des plus hautes charges ecclésiastiques, il ne cessa jamais d’être prêtre. Dans sa nature profonde, François nous montre qu’il a toujours été et qu’il demeurera un pasteur au milieu de son troupeau qu’il connaît et aime comme sa propre chair. Aussi, dès ses premiers gestes, il laisse présager un pontificat empreint de paternité et de présence auprès des plus démunis.
« Je voudrais tant une Église pauvre et pour les pauvres ! » s’exclame le pape François lors de son remarqué premier discours aux journalistes dans la salle Paul-VI, ne laissant pas le moindre doute sur la devise qui marquera son pontificat. Les plus nécessiteux et les plus démunis, dans tous les sens du terme, sont ceux que l’Église doit rejoindre. Une Église qui ne soit pas « autoréférentielle », mais qui donne un témoignage vivant du Christ, de la joie d’être catholiques, de la simplicité mais aussi de l’engagement qu’implique le message du Christ en chacun de nous, non seulement pour nous-mêmes mais aussi vis-à-vis des autres. C’est pourquoi le cardinal Tauran conclut en disant : « Qui sibi nomen imposuit Franciscum » (Auquel le nom de ­François s’est imposé)…
Et pourquoi « François » ? Le pape lui-même nous raconte qu’à l’instant de son élection, le cardinal Hummes l’a étreint et embrassé en disant : « N’oublie pas les pauvres. » Ces paroles ont résonné si profondément en lui qu’il a immédiatement pensé à saint François d’Assise qui s’était consacré aux pauvres et qui, en même temps, avait été un homme de paix, un homme qui aimait et respectait la création.
C’est pourquoi nous avons souhaité intituler cet ouvrage La Vie . La sélection d’homélies et de lettres pastorales de l’ancien cardinal Bergoglio, aujourd’hui entre vos mains, est le reflet fidèle de la pensée simple et claire, profonde et engagée, cohérente entre le dire et le faire, d’un pasteur. Un pasteur qui nous appelle à être missionnaires en annonçant la vérité, la beauté et la bonté qui sont le Christ lui-même, qui sont Dieu le Père qui, dans son infinie miséricorde, nous aime sans condition et nous pardonne sans nous juger. Comme les trois autres volumes rassemblant les enseignements du cardinal – La Miséricorde, Le Témoignage, La Mission –, il constitue un appel de l’ancien archevêque de Buenos Aires à agir comme les catholiques que nous voulons être.
Au fil de ces pages, nous allons voir que le message de Jésus, qui est vie, est simple : nous devons être des messagers de la vie. Nous ne sommes pas maîtres de cette vie et nous sommes appelés à partager la table du Seigneur avec nos voisins, avec notre prochain. Dieu nous confie cette mission au moment même de la conception et elle s’enracine au fur et à mesure que nous grandissons et avançons sur le chemin de la vie : avec la santé, la maladie, la prospérité, l’adversité, la douleur… et à l’aube de la vieillesse ! Sachons veiller avec amour et dignité sur la personne âgée qui incarne la sagesse de la vie. Et face à la culture de mort si en vogue, laissons Jésus entrer dans notre cœur pour que triomphe la culture de vie.
Je vous invite donc à nous laisser porter par ce que nous propose Jésus : pardonner, écouter, être compréhensif, semer la paix, être patient et aimer sans condition à l’image de la Vierge Marie pour son Fils et pour nous, elle qui fut une mère si tendre. Que les réalités que nous voyons et vivons quotidiennement en tant que chrétiens nous amènent à prendre conscience, à nous rendre responsables, et à ouvrir notre cœur pour défendre la culture de vie dès les premiers instants, et jusqu’au repos dans les bras du Père, en accueillant tous les hommes sans en exclure aucun pour ne pas être un peuple triste.
Au-delà du prologue de rigueur, nous avons souhaité partager avec vous ces textes originaux sans commentaires éditoriaux pour que résonne toute la richesse de la parole et de la pensée du cardinal Bergoglio. Il appartient à chacun de nous de prendre le temps de les méditer, de les laisser décanter et de les faire fructifier.
Spirituellement proche de son peuple et profondément priant, le pape François a semé en abondance et avec de nombreux fruits tout au long de sa vie, et il continue de le faire. Sans que personne le voie, avec l’humilité et la générosité que nous demande l’Évangile, il n’a cessé de cheminer et d’être proche de son frère qui avait besoin d’un geste, d’une parole, ou simplement d’un regard. Faisons honneur à son œuvre pastorale en la prolongeant par nos actes, en ouvrant notre cœur à Dieu et au frère qui est notre prochain, et surtout en nous laissant AIMER par Dieu.
Un évangélique avec qui j’ai cultivé une amitié fraternelle au fil des années – amitié vivifiée par le dialogue interreligieux et l’œcuménisme ancré dans notre cher peuple argentin – avait l’habitude de clore son émission en disant : « Nous nous retrouverons la prochaine fois, si Dieu le veut, et je vous salue avec les mots de Jésus de Nazareth : “Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux.” » Qu’il en soit ainsi !
Federico Wals Responsable du bureau de presse Archevêché de Buenos Aires
F AIRE CE QUE J ÉSUS FIT POUR NOUS
Jn 13, 6-20
« Faites de même » est la demande de Jésus à ses amis pendant qu’il leur lave les pieds, peu de temps avant de livrer sa vie, de donner la Vie. Faire comme Lui. En un geste, il résume tout ce qu’il a fait durant ces années, « passer son temps à faire le bien », ce qu’il va faire de façon plus définitive sur la croix, en aimant jusqu’à l’extrême. Aimer : se mettre à genoux, s’incliner, s’abaisser plus bas que « l’autre », pour le servir sans condition. Jésus répond gratuitement au besoin, il lave les pieds de ceux qu’il aime, il est aspergé par la boue qui se forme au contact de la terre de l’autre et de son eau propre. Il les traite avec amour, leur procurant du repos pour le corps et le cœur, et finalement il se livre entièrement, livrant « tout » par le geste.
« Faire de même » n’est pas uniquement répéter ou copier. « Faire de même », c’est « faire ce que Jésus fit ». Et que fit Jésus ? Jésus créa des espaces d’amour. « Faire de même », c’est recréer la vie à partir de ses sentiments. « Faire de même », c’est, comme Jésus, vaincre le mal en aimant Dieu de tout son cœur et en aimant les autres de toute son âme et toute sa vie. « Faire de même », c’est, comme Jésus, vaincre la haine et la discorde par le pardon et la compréhension, qui sont sources d’unité. « Faire de même », c’est, comme Jésus, vaincre la souffrance en aidant, en apaisant et en consolant l’autre. « Faire de même », c’est, comme Jésus, vaincre la violence par des gestes de paix et de tendresse, là où il semble ne pas y en avoir. « Faire de même », c’est, comme Jésus, vaincre l’intolérance par la patience, la compréhension et la confiance qui nous encouragent à avancer.
« Faites de même » n’est, ni plus ni moins, qu’une incitation à être Lui-même. Ce n’est pas un rêve fou mais plutôt la folie d’une réalité nouvelle qui nous ouvre à son cœur et nous emplit de l’Esprit Saint afin de nous conforter dans la promesse qu’il nous a faite : « Vous ferez de grandes choses. »
« Faites de même », c’est nous demander de le laisser être en nous. C’est par et pour cela qu’à chaque eucharistie il se rompt et se partage en créant l’« espace premier et nécessaire pour tout amour qu’est notre propre cœur ».
S’incliner, s’asperger, servir, donner la vie n’est pas une demande exagérée ni inutile de Jésus mais une invitation à vivre avec son Esprit, à vivre dans son Esprit. Cette demande contient également la récompense : être un avec Lui pour ne former qu’un avec le Père et donc faire des choses plus grandes, des miracles, et ce avec le don de la vie reçue.
Nous souhaitons et nous avons quotidiennement besoin de miracles de l’amour, nous avons à prendre nos responsabilités envers les enfants et les jeunes de la rue qui mendient, dorment dans des stations de métro et dans des gares, dans des halls et des marchés, cherchant à faire partie, seuls ou en groupe, du paysage quotidien des villes. Des enfants et des adolescents qui fouillent et récupérent les cartons des poubelles pour tenter de trouver ce qui pourrait constituer leur unique nourriture de la journée, même à des heures avancées de la nuit. Des enfants et des jeunes, souvent sous le regard de plus grands qui les exploitent, occupés à diverses tâches formelles et informelles, qui vendent, qui jonglent, qui lavent les pare-brise, qui ouvrent les portes des voitures ou qui distribuent des petites images dans les métros.
Chercher ou apporter une réponse sans solution ne peut nous faire oublier que nous avons besoin de changer nos cœurs et nos mentalités pour nous amener à valoriser et à rendre plus digne la vie de ces enfants depuis le sein de leur mère jusqu’au jour où ils reposeront dans les mains de Dieu le Père, et à œuvrer chaque jour en conséquence.
Nous devons entrer dans le cœur de Dieu et commencer à écouter la voix des plus faibles, de tous ces enfants et adolescents… Ces voix, tout comme les paroles du Seigneur, devraient nous toucher dans nos engagements et nos actions.
Nous ne voulons plus jamais d’enfance abandonnée dans notre ville, d’adolescence ou de jeunesse marginalisée, de chrétien, de paroisse, d’autorité indolents ou indifférents face au chemin de croix de nos familles et de nos enfants. Nous ne voulons plus d’égoïsme, d’intérêt personnel ou partiel au détriment d’efforts et d’engagements nécessaires à l’unité et aux besoins impératifs et immédiats.
Nous sommes venus pour nous laisser nourrir de la parole de Jésus, pour l’adorer et pour que ses sentiments s’installent tout doucement dans notre cœur pour pouvoir faire, avec son aide, la même chose que Lui chez nous, dans les écoles, les quartiers, notre patrie. Ainsi imprégnés de sa vie, nous pourrons construire un monde meilleur, construire son règne d’amour.
Card. Jorge Mario Bergoglio, s.j. 15 octobre 2005
A IDE-NOUS, M ÈRE, À PRENDRE SOIN DE LA VIE
Mt 18, 5 – C.E.C. 2285
Chers frères, chères sœurs,
Le trente et unième pèlerinage des jeunes au sanctuaire de Luján 1 a pour thème : « Aide-nous, Mère, à prendre soin de la vie ». Demandons à notre Mère cette grâce : qu’elle nous aide à prendre soin de toute vie et de toute la vie. Demandons-le avec le cri filial de la prière et de la confiance que nous donne la Vierge. Elle qui dit à saint Jean : « Ne suis-je pas ici car je suis ta mère ? » La savoir proche de nous avec sa tendresse de mère nous rend forts pour lui demander, avec un cœur d’enfant : « Aide-nous, Mère, à prendre soin de la vie. » Et, à la lumière de cette prière filiale, je souhaiterais vous faire réfléchir sur le problème vital qui touche notre ville. Depuis quelques années, de nouvelles réalités ont fait leur apparition dans le paysage urbain : des rues coupées par des barrages, des piquets, des personnes qui vivent sur les trottoirs… et, dans ce paysage, la réalité la plus douloureuse il me semble est celle des enfants . Constater ces situations injustes et risquées dont sont victimes nos garçons, nos filles et nos adolescents nous frappe et nous touche profondément.
Des enfants et des jeunes de la rue qui mendient, dorment dans les stations de métro et dans les gares, dans les halls et les marchés, cherchant souvent à appartenir, seuls ou en groupe, à ce paysage quotidien des villes… Ce sont des réalités ­habituelles.
Des enfants et des adolescents qui fouillent et récupèrent les cartons des poubelles pour tenter de trouver ce qui pourrait constituer leur unique nourriture de la journée, même à des heures avancées de la nuit.
Des enfants et des jeunes, souvent sous le regard de plus grands qui les exploitent, occupés à diverses tâches formelles et informelles, qui vendent, qui jonglent, qui lavent les pare-brise, qui ouvrent les portes des voitures ou qui distribuent des petites images dans les métros.
Dans la ville de Buenos Aires, la « traction animale » est interdite. Si une charrue remplie à ras bord de cartons est tirée par un cheval, la charrue peut être confisquée… Mais il existe des centaines de charrues remplies de cartons, allant et venant (j’en vois tous les jours dans le centre), qui, ne pouvant être tirées par un cheval, sont tirées par des enfants. Est-ce autre chose qu’une « traction animale » pour ces enfants ?
Nous avons appris le 13 août dernier dans les journaux qu’un réseau de pédophilie était implanté dans les quartiers de Chacarita, Floresta, Congreso, Recoleta, San Telmo, Montserrat, Núñez, Palermo et Caballito. De jeunes garçons et de jeunes filles de cinq à quinze ans ont des relations avec des adultes. Il y a quelques années, nous avions vivement réagi en entendant parler des « sex tours » européens organisés en Asie développant le tourisme sexuel des enfants… et désormais nous avons la même chose ici, notamment dans les offres de certains hôtels prestigieux.
L’utilisation croissante d’enfants et d’adolescents dans le trafic de la drogue est une réalité alarmante. La consommation massive d’alcool chez les enfants et les jeunes, avec la complicité de commerçants peu scrupuleux, est également aberrante. Parfois même, on observe la consommation de boissons alcoolisées chez des enfants en bas âge.
Les chiffres, d’autre part, nous montrent que la majorité des enfants sont pauvres et qu’environ 50 % des pauvres sont des enfants. Le niveau de précarité, aujourd’hui et dans un avenir proche, s’annonce dramatique. Les conséquences inévitables de ces carences alimentaire et environnementale, ainsi que l’insalubrité, la violence et la promiscuité conditionnent la croissance de ces enfants, rendent leurs relations personnelles problématiques, et leur insertion sociale et communautaire difficile. Il est effrayant de constater que certaines agences de tourisme proposent comme excursion pour touristes étrangers la visite dans notre ville de centres d’urgence où vivent des enfants dans un état de précarité et de pauvreté extrêmes.
La production culturelle, et la télévision en particulier, met constamment à la disposition de nos enfants et de nos jeunes (comme le signalent certaines institutions prestigieuses et quelques personnalités de notre société) des programmes présentant une dégradation et une libéralisation de la sexualité, une dévalorisation de la famille, une promotion de non-valeurs déguisées artificiellement en valeurs et une exaltation de la violence, aux côtés d’une liberté irresponsable du « tout, tout de suite ». Tout cela entraîne des habitudes de conduite qui deviennent des repères pour notre jeunesse, face à la passivité des organismes de contrôle et au financement complice des entreprises et des institutions.
Cette réalité annonce une dégradation morale de plus en plus profonde et importante, qui nous amène à nous interroger sur les décisions à prendre pour retrouver ce respect de la vie et de la dignité chez nos enfants. Pour bon nombre d’entre eux, nous leur volons leur enfance, leur futur, et le nôtre. C’est une responsabilité que nous partageons tous en tant que société et la responsabilité est plus lourde encore pour ceux qui détiennent le pouvoir, l’éducation et la richesse.
Et lorsque nous regardons la réalité religieuse, il existe tant d’enfants qui ne savent pas prier ! Tous ceux à qui on n’a pas appris à chercher et à contempler le visage du Père du Ciel, qui les aime et les préfère ! Et c’est une grave carence pour l’être même d’une personne.
Toutes ces réalités nous ébranlent et nous mettent en face de nos responsabilités de chrétiens, avec notre devoir de citoyens, notre sens de la solidarité, nous qui formons une communauté que nous souhaitons tous les jours plus humaine, et respectueuse de la dignité de l’homme et de la société.
Face à cette réalité de nos enfants et adolescents, il existe diverses réactions. Soit on s’habitue peu à peu en étant de plus en plus passif ou indifférent et en banalisant l’injustice. Soit on adopte une attitude faussement normative d’un prétendu bien commun, en exigeant de la société une répression et un contrôle croissants (comme la baisse de l’âge de la responsabilité pénale ou la séparation forcée des familles). On en arrive ainsi à imposer injustement une ­décision judiciaire à des familles en situation de pauvreté, ou à promouvoir une institutionnalisation abusive et arbitraire.
Et nous pourrions poursuivre longtemps cette description qui nous amène à crier notre prise de conscience. Nous devons être conscients de la situation d’urgence chez nos enfants et nos jeunes. Nous devons affronter nos propres responsabilités personnelles et sociales face à cette urgence. Nous devons assumer pleinement les positions constitutionnelles dans ce domaine.
Nous devons prendre conscience que chaque enfant de la rue, marginalisé ou abandonné, qui n’a pas suffisamment accès à l’éducation ou à la santé, est non seulement le reflet explicite d’une injustice mais également d’un échec institutionnel qui touche les familles, leur voisinage, les institutions de quartier, leur paroisse et tout type de services publics. Beaucoup de ces situations demandent une réponse immédiate et non fugace comme des feux de Bengale. Chercher ou apporter une réponse sans solution ne peut nous faire oublier que nous avons besoin de changer nos cœurs et nos mentalités pour nous amener à valoriser et à ramener ces enfants à la dignité, depuis le sein de leur mère jusqu’au jour où ils reposeront dans les mains de Dieu le Père, et à œuvrer chaque jour en conséquence.
Nous devons entrer dans le cœur de Dieu et commencer à écouter la voix des plus faibles, de tous ces enfants et adolescents, et nous rappeler les paroles du Seigneur : « Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille, moi. »

1 . Le sanctuaire de Luján est l’un des hauts lieux de pèlerinage de toute l’Amérique latine où les miracles se multiplient avec une dévotion particulière à la Vierge. Il se trouve à environ 60 km de Buenos Aires. [NdT]
L AISSE-TOI REGARDER PAR J ÉSUS
Mt 27 – C.E.C. 1429
Nous entrons avec Jésus dans Jérusalem. Jérusalem aujourd’hui est plus qu’une ville, c’est une réalité pour chacun de nous. Aujourd’hui, Jésus entre dans la Jérusalem de mon cœur. Aujourd’hui, Jésus entre de nouveau dans ma vie. Et Jésus entre dans Jérusalem avec courage. Il ne se laisse pas tromper par la fête, par les plaisirs du moment que les gens de bonne volonté lui procurent. Lui sait ce qui va se passer par la suite. Il sait que cette ambiance festive est passagère. Il s’attend ensuite à la persécution, à la calomnie, à la diffamation, à la prison, au jugement fallacieux, à la torture, à la condamnation par un lâche qui s’en lave les mains… le chemin de la croix et sa mort l’attendent. Tout cela pour moi. C’est ce que nous devons nous dire aujourd’hui. Nous entrons avec Lui dans Jérusalem, nous entrons dans cette semaine, et Lui entre dans la Jérusalem de mon cœur. D’une certaine façon, nous devons vivre ainsi cette semaine : penser et nous rappeler ce que Lui a subi pour chacun de nous cette semaine.
Il a payé pour moi ! Chacun de nous peut le dire. Si aujourd’hui nous avons l’espérance, c’est parce qu’il s’est sacrifié. Comme ce païen peut-être, symbole de toute l’incrédulité, ce centurion païen qui se trouvait au pied de la croix et qui montait la garde. Chacun de nous devrait proclamer : « Cet homme est le Fils de Dieu qui m’a sauvé ». Que la part en nous pécheresse et païenne, que la part en nous éloignée de Jésus proclame : « Cet homme est le fils de Dieu ! Vous êtes le Fils de Dieu ! »
Nous pouvons, durant cette semaine, faire beaucoup de choses pour accompagner Jésus et pour nous laisser accompagner par Lui : regarder le crucifix, regarder Marie au pied de la croix, regarder les souffrances du Christ, regarder son cœur généreux livré pour nous et qui donne la vie, regarder sa solitude… Dans toute l’histoire, il n’existe pas de solitude plus intense que celle de Jésus pendant cette semaine ! Il fut encore plus seul qu’un chien ! Tous l’ont abandonné, plusieurs l’ont trahi ! Tout est dit ! Mais Lui demeure en chacun de nous. Souvenons-nous donc de cela cette semaine. Il n’y a pas d’autres commentaires à ajouter. Il suffit de se rappeler l’Évangile. Et Jésus, une fois de plus, te regarde toi, me regarde moi, regarde chacun de nous comme il a regardé les femmes de Jérusalem, comme il a regardé Pilate dans les yeux, comme il a regardé le bon larron, comme il a regardé sa mère. Avec ce regard, il nous dit quelque chose à chacun : laisse-toi regarder par Jésus souffrant ! Laisse son regard te pénétrer ! N’aie pas peur du regard de Jésus ! Il n’est pas venu pour te condamner mais pour te sauver. Laisse-toi sauver par Jésus. Ne t’éparpille pas à acheter des petits bonheurs faciles et éphémères. Ouvre ton cœur pour que pénètre le bonheur du salut qu’il nous a offert en sacrifiant sa vie. Et c’est pour cela que cette semaine est sainte, car la sainteté provient de la croix, elle provient de la réconciliation avec Dieu. Il nous a réconciliés avec Dieu.

À nous de le lui dire, tous ensemble, en regardant le crucifix, et de répéter avec moi :

« Bien aimé Jésus :
Nous entrons aujourd’hui avec Toi dans Jérusalem.
Je veux te suivre cette semaine,
Te suivre dans ta solitude,
Te suivre dans ton abandon,
Te suivre dans les calomnies,
Te suivre dans la persécution,
Te suivre en prison,
Te suivre dans la torture,
Te suivre sur la croix.
Bien aimé Jésus :
Merci d’être entré dans Jérusalem.
Tu l’as fait pour moi.
Fais que je rentre dans mon cœur,
Et que je te laisse entrer Toi,
Pour que tu me donnes la paix,
Me pardonnes,
Et me combles d’espérance.
Amen. »
Card. Jorge Mario Bergoglio, s.j. Buenos Aires, samedi 4 avril 2009 Messe pour le dimanche des Rameaux
H EUREUX CEUX QUI PLEURENT, CAR ILS SERONT CONSOLÉS
Mt 5, 1-12
« Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. » (So 3, 12). Telle est la promesse de Dieu à son peuple en ces temps de grandes difficultés et d’épreuve. Il ne leur promet ni richesse ni pouvoir ; mais plutôt une attention et la sécurité la plus importante qui puisse exister : « Il prendra pour abri le nom du Seigneur. » Il leur promet son intimité, la chaleur d’un père, son accueil plein de tendresse et de compréhension. Et nous venons le lui demander aujourd’hui. Notre douleur est immense, une douleur qui ne peut s’exprimer par des mots, une douleur qui a bafoué notre ville, qui a frappé des foyers entiers 2 . Nous venons chercher refuge dans le nom du Seigneur. Nous lui demandons sa tendresse d’amour paternel.
Nous ne sommes ni importants, « ni puissants ni nobles », comme nous dit saint Paul, mais nous voulons être le peuple du Seigneur. Nous voulons tirer notre force de son regard bienveillant et, dans notre douleur, nous venons chercher le Seigneur, comme nous le demande le prophète : « Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. » (So 2, 3) Nous confions au Seigneur ce qui nous est arrivé. Nous lui disons que nous ne sommes ni puissants, ni riches, ni importants, mais que nous souffrons beaucoup. Nous lui demandons de nous consoler, et de ne pas nous abandonner car nous voulons être ce « peuple pauvre et petit » … qui « prendra pour abri le nom du Seigneur. » (So 3, 12). Nous lui demandons de nous suivre de près car nous voulons continuer à cheminer et à lutter.
Nous voulons nous appuyer sur sa promesse : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés » (Mt 5, 4). Nous lui demandons de nous consoler car ce n’est pas une sorte de résignation passive, mais plutôt la tendresse du Père qui nous relève et nous remet en chemin grâce à son regard de miséricorde et de justice : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » (Mt 5, 6). C’est pour cela que nous lui demandons la justice. Nous lui demandons que son peuple humble ne soit blessé par aucune astuce mondaine, que sa main puissante remette les choses à leur place, et rende justice. La plaie est douloureuse. Personne n’a le droit de se servir des enfants et des jeunes. Ils sont l’espérance d’un peuple et nous avons la responsabilité de les protéger.
Ainsi, nous prions tous ensemble aujourd’hui, affligés et unis, pauvres et humbles. Puisse notre prière attirer le regard de Dieu notre Père. Puisse notre prière être entendue pour le repos éternel de tant de vies de jeunes balayées par l’irresponsabilité. Puisse notre prière apporter consolation aux familles qui souffrent. Puisse notre prière continuer de fortifier tous les hommes et toutes les femmes qui se sont donnés jusqu’au bout dans ce grand malheur : les infirmières, les infirmiers, les médecins, les volontaires, les pompiers… Puisse notre prière toucher et réveiller notre ville meurtrie, pour qu’elle ne mette pas son espérance dans les puissants de ce monde mais dans le Seigneur, et qu’elle comprenne qu’on ne se joue pas des enfants ou des jeunes. Puisse le Seigneur nous prendre par la main et nous relever et la Sainte Vierge nous protéger.
Card. Jorge Mario Bergoglio, s.j. Buenos Aires, 30 janvier 2005 Tragédie du « Cromagnon »

2 . Incendie qui a ravagé la discothèque « Cromagnon », à Buenos Aires, le 30 décembre 2004, et où périrent 194 victimes. [NdT]
N OUS SOMMES TOUS INVITÉS
Lc 14, 15-24
Jésus se trouvait là et vit, lorsque les portes s’ouvrirent, que tous ceux qui étaient invités au festin s’agglutinaient pour voir qui occuperait la meilleure place. Et Jésus s’attrista de tout cela.
« Nous sommes tous invités au festin de la vie. » Dieu nous invite à la vie : il nous a amenés ici, il nous a invités. Aucun de nous n’est le maître de maison de la vie, personne n’a la clé, et Lui nous invite car il est la vie. Il nous fait participer à sa grandeur, à sa beauté, à sa bonté, à sa vérité qu’est la vie.
Nous sommes tous invités. Aussi, celui d’entre nous qui se croit maître de la vie se trompe et la perdra. Nous ne sommes pas des maîtres : nous sommes des invités. Tu es là, car tu es invité, et lorsque l’on est invité quelque part, on doit se comporter en invité et non en maître du domaine. On est invité. Le maître de maison c’est le Seigneur, l’auteur de la vie qui est venu tous nous inviter. Il ne faut donc pas se comporter en maître et ne pas accaparer les lieux. Et c’est pareil pour tous car tous… tous… nous sommes invités, du plus grand au plus petit, du plus sage au moins sage, du plus riche au moins riche, du plus puissant au moins puissant : nous sommes tous invités.
Nous avons tous reçu cette si belle chose qu’est la vie, le plaisir de vivre, le plaisir de pouvoir chanter, parler, penser, profiter, souffrir aussi. C’est un cadeau. Nous sommes tous invités. Comme dans cette phrase de la Bible où Dieu dit à ces personnes que la vie a rendues plus riches ou plus puissantes : « Plus vous serez grands, plus vous devez être humbles. » Pourquoi dit-il cela ? Parce que le pouvoir, l’argent, la réussite nous donnent le vertige. La réussite nous fait perdre la tête. Donc plus on est grand, puissant, riche, comblé, plus on doit être humble pour garder la tête froide. Car celui qui ne garde pas la tête froide se met en avant et ne reste pas à sa place. Plus on est grand, plus on doit rester humble.
Et voilà ce qu’il dit en plus à ceux qui se comportent en maîtres de la vie, ceux qui croient mériter la meilleure place : « Quel grand mal que l’orgueil. » L’orgueil est une mauvaise racine qui envenime le cœur. On ne peut l’éviter. Donc, nous devons être humbles car nous sommes invités à la vie, nous ne sommes pas les maîtres de la vie, nous ne pouvons pas occuper les lieux comme ces invités qui veulent occuper les meilleures places. Et méfions-nous de l’orgueil, ne nous croyons pas meilleurs car l’orgueil est une mauvaise herbe qui s’enracine dans le cœur. Regardez dans les journaux, à la radio, à la télévision, ceux qui se croient maîtres de la vie, ceux qui disent : « Moi je fais ce que je veux dans la vie » Les maîtres… ils sont tous des orgueilleux. Aucun humble ne se croit maître de la vie. En revanche, nous voyons certaines personnes qui consacrent toute leur existence à travailler pour la vie, pour la vie des autres, comme ces grands-mères qui tricotent des chaussons pour des petits-enfants, ou arrière-petits-enfants qu’elles ne connaissent pas, et, de l’autre côté, tous ces enfants qui attendent les ­chaussons qu’on va leur donner… Vous sentez la simplicité, l’humilité avec laquelle elles donnent leur vie. Voici la simplicité, l’humilité de ceux qui se sentent invités.
L’Évangile nous paraît donc très simple. Souvenons-nous de l’image qu’il nous donne, cette image de l’entrée, de l’entrée au festin et d’une cohue qui se précipite pour savoir qui siégera à la meilleure place. Qu’ils sont orgueilleux, ceux qui souhaitent la meilleure part, ceux qui se comportent en maîtres, et qui peuvent dire : « Celui-ci peut vivre, celui-ci ne peut pas vivre… » Ce sont des orgueilleux. Et Jésus nous dit : « Tu n’es pas maître de la vie, ni maître de ces lieux de la vie. » Tu es un de plus sur le chemin de la vie. Sois humble et si la vie te place à un endroit un peu plus haut que les autres avec de l’argent, du pouvoir, une situation professionnelle ou quoi que ce soit, sois encore plus humble pour ne pas te laisser envahir par l’orgueil, qui fait que l’on se croit plus important que les autres. Toutes ces personnes qui regardent les autres de haut, ne voient-elles rien ? Comme ce pharisien de l’Évangile qui entre dans ce lieu de culte et se place devant, bien devant tout le monde.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents