Le catholicisme
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Description


De l'histoire de l'Église à ses pratiques actuelles, ce guide propose de découvrir la religion catholique à partir de mots-clés. En partant de mots souvent bien connus et de réalités parfois mal comprises, ce guide présente une synthèse complète des différentes dimensions du catholicisme (institutionnelle, humaine, théologique et spirituelle). Organisés par ordre alphabétique et traités par des auteurs spécialistes, ces 60 mots-clés font l'objet d'un article clair et de citations vivantes.



Histoire et pratiques - Des auteurs spécialistes - 60 mots-clés




  • Arts sacrés


  • Augustin d'Hippone


  • Benoît de Nursie


  • Bible


  • Bioéthique


  • Catéchuménat


  • Chrétienté médiévale occidentale


  • Collégialité


  • Démocratie


  • Démographie


  • Diocèse


  • Droits de l'homme


  • Écoles théologiques


  • ...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 mars 2017
Nombre de lectures 1
EAN13 9782212268195
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0350€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De l’histoire de l’Église à ses pratiques actuelles, ce guide propose de découvrir la religion catholique à partir de mots-clés. En partant de mots souvent bien connus et de réalités parfois mal comprises, ce guide présente une synthèse complète des différentes dimensions du catholicisme (institutionnelle, humaine, théologique et spirituelle). Organisés par ordre alphabétique et traités par des auteurs spécialistes, ces 60 mots-clés font l’objet d’un article clair et de citations vivantes.
Histoire et pratiques
Des auteurs spécialistes
60 mots-clés

JEAN-YVES CALVEZ (†2010) est jésuite, philosophe et politiste.
PHILIPPE LÉCRIVAIN est jésuite, historien et théologien.
Jean-Yves Calvez Philippe Lécrivain
LE CATHOLICISME
Deuxième édition
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Mise à jour rééalisée avec la collaboration de Benoît Pellistrandi
Mise en pages : Istria
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2008, 2017
ISBN : 978-2-212-56552-2
SOMMAIRE

Introduction
Arts sacrés
Augustin d’Hippone
Benoît de Nursie
Bible
Bioéthique
Catéchuménat
Chrétienté médiévale occidentale
Collégialité
Démocratie
Démographie
Diocèse
Droits de l’homme
Écoles théologiques
Éducation
Famille
François d’Assise
Gouvernement de l’Église
Grégoire (l’abbé)
Guerre
Ignace de Loyola
Inculturation
Jansénisme
Jésus
Laïcité
Libéralisme
Médias
Migrations
Ministères
Missions
Modernité
Moines
Mondialisation
Mystique
Œcuménisme
Organisations internationales
Papauté
Paroisses
Prière
Propagation du christianisme
Raison et Foi
Réformes
Sacrements
Schisme
Sécularisation
Séminaires
Symboles de foi
Teilhard de Chardin (Pierre)
Temps liturgiques
Teresa (Mère)
Thérèse d’Avila
Thomas d’Aquin
Travail et Entreprise
Tribunaux ecclésiastiques
Vatican II
Vie religieuse
Vincent de Paul
Pour aller plus loin
INTRODUCTION
Le « catholicisme » est une réalité immense. Une longue histoire d’abord : deux millénaires déjà. C’est la communauté religieuse la plus nombreuse existant aujourd’hui. Et variée, ô combien. Une réalité, donc, difficile à appréhender. On a choisi ici de recueillir les éléments essentiels sur son histoire – de Jésus de Nazareth au concile Vatican II –, sur la vie des catholiques, leur manière de prier, de penser, d’agir et de s’organiser, sur les saints et les saintes, dont mère Teresa de Calcutta est l’une des dernières.
Ces éléments sont en ordre alphabétique. En consultant le sommaire, au début ou l’index, à la fin, on trouvera ce à quoi on s’intéresse le plus, ou d’abord. Comme les « liens » d’Internet, les renvois conduiront aux sujets voisins. Nous cherchons à expliquer les termes les plus difficiles ou les moins connus par des définitions, aidant à comprendre. Ainsi, chaque lecteur pourra cheminer à son pas, à sa façon, selon ses intérêts.
Certains points de vue, certaines affirmations, dans les articles qui constituent ce panorama, pourront surprendre des lecteurs habitués à des présentations plus classiques. Nous nous sommes en effet efforcés de tenir compte le plus possible de la recherche contemporaine, qui a parfois déplacé les perspectives usuelles.
De nombreux travaux historiques ont, par exemple, renouvelé la perception que l’on avait de divers aspects du Moyen Âge comme du XVI e siècle (le temps des « Réformes »), et même des XVII e et XVIII e siècles. S’agissant des questions doctrinales ou des points de vue éthiques du catholicisme contemporain, les auteurs se sont appuyés principalement, quoique non exclusivement, sur le concile Vatican II (1962-1965), la plus importante référence de l’Église catholique actuelle.
ARTS SACRÉS
Un rapide tableau des arts sacrés au cours des siècles est un bon moyen pour sentir ce qu’a pu être l’expérience religieuse des chrétiens. On s’attachera tout particulièrement à l’architecture, à la peinture et à la musique.
L’Antiquité tardive
L’architecture
Après s’être réunis dans des maisons privées, les chrétiens ont cherché des lieux plus vastes. Datés des années 220-230, on trouve les restes exceptionnels d’une maison chrétienne communautaire dont la structure comporte chapelle, salle de cours et cloître. Si, au siècle suivant, on adopte le style basilical à Rome, à Jérusalem, c’est l’anastasis (« résurrection »), une construction circulaire surmontée d’une coupole (rotonde), que l’on bâtit au Saint-Sépulcre. Puis vint le temps des églises cruciformes.
Les représentations imagées
À ce moment-là, les chrétiens créent peu d’images, celles de l’orante, du pécheur, du pasteur. Un tournant a lieu, à la fin du IV e siècle, lorsque le christianisme devient la religion officielle de l’Empire sous Théodose (379-395). Se développe alors un art chrétien : mosaïques, sarcophages, portes sculptées de Sainte-Sabine à Rome.
La musique
Il est très vraisemblable que le chant ait été utilisé dans les liturgies, mais sans appareil instrumental, pour se démarquer des festivités théâtrales. Cyprien, évêque de Carthage de 248 à 258, écrit à ce propos :
« Autant c’est le propre d’un impudent que de faire retentir des clameurs, autant il convient à la pudeur chrétienne de se faire entendre par des prières mesurées. »
Les temps médiévaux
L’architecture
Image de la Jérusalem céleste, l’église doit inspirer, par ses formes et ses décorations, tout à la fois le sens de la proximité et de la transcendance de Dieu. Au style carolingien et à ses églises à deux chevets symétriques succède l’art roman que les grandes abbayes vont contribuer à répandre.
Utilisant l’arc en ogives, diagonales soutenant la voûte, plus stable que l’arc en plein cintre dont la courbure est un demi-cercle, né à Saint-Denis en Île-de-France, le style gothique, essentiellement vertical, se perpétue jusqu’au XV e siècle.
Les représentations imagées
Au moment de la « querelle des images », qui divisa les chrétientés orientales, opposant les moines partisans d’une représentation imagée du Christ et des saints à ceux qui, plus ou moins sous influence musulmane, refusaient ces pratiques, le concile de Nicée II (787) déclare :
« Plus on regardera fréquemment ces représentations imagées, plus ceux qui les contempleront seront amenés à se souvenir des modèles originaux, à se porter vers eux, à leur témoigner en les baisant une vénération respectueuse sans que ce soit une adoration selon notre foi, qui ne convient qu’à Dieu seul. »
Mais en Occident, la querelle n’a pas eu le même impact qu’en Orient. L’image religieuse, surtout après le XII e siècle, se propose comme une traduction visuelle de l’Écriture et des textes apocryphes. À la fin du Moyen Âge, la réapparition du portrait, la redécouverte de la perspective et l’intérêt pour les paysages vont donner naissance à un art où le religieux n’est plus que prétexte.
La musique
Il ne reste que peu de traces de la musique pratiquée avant le X e siècle. En Suisse, à Saint-Gall, en l’an 900, un manuscrit révèle un chant écrit en « neumes », ces signes anciens d’une notation musicale ornée. C’est le début de la grande période du grégorien, ce chant liturgique dont la codification fut attribuée au pape Grégoire (590-604).
Plus tard, parallèlement à l’art des trouvères, ces poètes lyriques des XII e et XIII e siècles, une musique plus savante, d’inspiration religieuse et puisant ses racines dans la musique grégorienne, apparaît. Autour de ces mélodies, plusieurs contre-chants donnent naissance à une véritable polyphonie. Mais, à l’ Ars antiqua (l’art ancien) des motets de Pérotin (vers 1200), succède bientôt l’ Ars nova (l’art nouveau) qui éclate dans La Messe Notre-Dame de Guillaume de Machaut (†1377), qui multiplie les dissonances rythmiques.
De la Renaissance à l’époque moderne
L’architecture
Au XV e siècle, la Renaissance, qui cherche son inspiration dans un retour à l’art romain, reçoit une impulsion de la reconstruction des anciennes basiliques de Rome. Ailleurs, on se borne à faire des ajouts au gothique, comme à Saint-Eustache à Paris ou dans la chapelle des Fugger à Augsbourg. Au lendemain du concile de Trente (1545-1563), le cardinal jésuite Robert Bellarmin (1542-1621) demande que, de tous les points de l’église, on puisse voir la chaire et l’autel.
Par la suite, l’architecture baroque, donnant la primauté à la sensibilité, veut mobiliser l’expérience subjective du spectateur par la dynamique de l’édifice lui-même ou par sa décoration, ainsi les réalisations du Bernin à Rome. En France, aux XVII e et XVIII e siècles, les œuvres d’un Mansart sont plus sobres. En revanche, en Espagne et en Amérique latine, tout sera luxuriant.
La peinture et la sculpture en France
Pour nous en tenir à la peinture en France au XVII e siècle, remarquons que l’école maniériste de Fontainebleau, que caractérisent des effets très sophistiqués tendant parfois au fantastique, est encore très suivie. Cependant, de nombreux peintres ont aussi été marqués par les différentes écoles italiennes. Certains ont ainsi introduit le caravagisme dont on trouve des échos dans les clairs-obscurs de Georges de La Tour. D’autres, comme les frères Le Nain ou Philippe de Champaigne, ont eu davantage de liens avec les peintres flamands.
À la fin du « plein-baroque », la création française oscille alors entre un art exubérant et un art ordonné : le « classicisme ». En sculpture, Girardon appartient à la fois au classicisme par sa force mesurée et maîtrisée, et au plein-baroque par son dynamisme et son emphase.
La musique
La Renaissance a donné à la musique polyphonique une telle qualité qu’elle a été utilisée dans la liturgie et y a fourni des chefs-d’œuvre, surtout grâce à l’école romaine, et notamment Palestrina (†1594). La chapelle papale est demeurée fidèle à cette musique.
Mais cela ne doit pas dissimuler d’autres hauts lieux musicaux où s’illustrent Lully (†1687) et Charpentier (†1704), Haydn (†1809) et Mozart (†1791), et bien sûr Haendel (†1759) et Bach (†1750). De nombreuses formes musicales sont créées pendant cette période d’un siècle et demi.
La période baroque est aussi un moment important d’élaboration de la théorie musicale. On y passe progressivement des tonalités de la polyphonie ou du plain-chant à une voix de rythme libre, à la gamme tempérée et aux deux modes majeur et mineur légués à la période classique.
La période contemporaine
L’architecture
Au début du XIX e siècle, presque partout en Occident, l’architecture est largement classique, mais bientôt, sous l’effet du romantisme, on renoue avec les styles romans et gothiques. Si, en France, Viollet-le-Duc joue un rôle important, c’est l’Angleterre qui est le centre du style inspiré du gothique médiéval (néogothique).
Le renouveau liturgique qui s’esquisse au milieu du XX e siècle est confirmé par Vatican II. L’essentiel n’est plus d’assister à une « représentation » mais de participer activement. On assiste également à une révolution des matériaux et des techniques de construction. Le béton armé permet de grands espaces sans supports (basilique Saint-Pie X à Lourdes), de grandes surfaces de verre et des voûtes paraboliques. Les églises circulaires ou en forme de tente se multiplient. Ainsi en est-il de la cathédrale d’Évry ou de l’église Notre-Dame-de-Pentecôte à la Défense.
La peinture
Parmi les artistes contemporains, Arcabas, qui s’est fait connaître à partir de 1953, a exercé différentes formes d’expression telles que la gravure, la sculpture, le vitrail, la tapisserie et la mosaïque. La peinture reste cependant son art privilégié. Son travail, qui s’inspire des paraboles et des récits bibliques, se présente généralement sous la forme de fresques ou de polyptyques, comme en témoigne L’Enfance du Christ (1995-1997).
La musique
La musique religieuse contemporaine, critiquée souvent par ignorance, est magnifiquement illustrée, par exemple par Olivier Messiaen (†1992). Quant au chant, on ne peut ignorer les poètes Didier Rimaud (†2003) et Patrice de La Tour du Pin (†1975), et les compositeurs Marcel Godard (†2007) et Jacques Berthier (†1994).

AUGUSTIN D’HIPPONE
Augustin d’Hippone (354-430) est, parmi les Pères de l’Église, celui qui a laissé l’œuvre la plus importante. Sa vie aussi nous est bien connue. Ses Confessions , ses Dialogues philosophiques et ses Rétractations comportent de nombreuses notations biographiques complétée par le récit de sa vie de son ami Possidius, évêque de Calama.
Une vie contrastée
Sa conversion, une expérience qui dura quatorze ans, dessine une ligne de partage dans son existence. Né à Thagaste (Souk-Ahras en Algérie) dans une famille de niveau moyen, il se distingue rapidement par ses qualités intellectuelles. En 365, il veut poursuivre ses études de lettres et d’éloquence (rhétorique) à Madaure (M’daourouch), mais, faute de ressources, il doit rentrer chez lui. Cinq ans plus tard, il part à Carthage et devient un brillant rhéteur.
En 372, la lecture de l’ Hortensius de Cicéron lui fait faire un premier pas vers Dieu. Pendant dix ans, il incline vers le manichéisme, mais une entrevue avec Fauste de Milève (en 382-383) le déçoit. En 384, devenu rhéteur à Milan, il rompt avec ce groupe. Il rencontre alors Ambroise et Simplicianus. La lecture des Libri Platonicorum le touche, mais Augustin hésite. La lecture des épîtres pauliniennes en 386 n’emporte pas encore sa décision, mais vient l’épisode du jardin de Milan, où, raconte-t-il dans les Confessions , entendant une voix lui dire : « Prends, lis ! Prends, lis ! », il ouvre l’Évangile et en est bouleversé. C’est alors que tout bascule.
Augustin abandonne son poste de rhéteur et se retire avec quelques amis à Cassiciacum pour se consacrer à la prière et aux dialogues philosophiques. Dans la nuit de Pâques 387, il reçoit le baptême, en même temps que son fils Adéodat. Il décide alors de retourner à Thagaste où il invite quelques amis à vivre avec lui en communauté. S’étant rendu à Hippone (Annaba), il est ordonné prêtre en 391. Quatre ans plus tard, il est consacré évêque coadjuteur d’Hippone et devient évêque titulaire quelques mois plus tard.
Moine évêque, Augustin souffre de l’éloignement de ceux avec lesquels il a mené une vie commune au monastère d’Hippone. La chute de Rome lui donne l’occasion d’écrire La Cité de Dieu et ses Rétractations où, reprenant un à un tous ses ouvrages, il y apporte rectifications et compléments, à la veille de sa mort, le 28 août 430, à Hippone assiégée par les Vandales.
Deux grands traités
Dès sa conversion, Augustin s’est exercé à comprendre le mystère de Dieu en se laissant saisir par son dynamisme, l’amour trinitaire. Dans ses Homélies sur Jean , il écrit :
« Le Père, le Fils et l’Esprit-Saint viennent à nous quand nous allons vers eux, ils viennent nous offrir leur aide, nous, nous leur offrons notre obéissance. Ils viennent nous illuminer tandis que nous contemplons, ils viennent nous emplir tandis que nous accueillons. »
Homélies sur Jean (76, 4).
Un échange, un don sans cesse renouvelé de la part de la Trinité se réalise alors et nous sommes introduits à la vie trinitaire.
Un autre ouvrage, publié à peu près à la même époque que le De Trinitate , a largement marqué la pensée ultérieure : c’est La Cité de Dieu . Augustin y propose une apologie de la vraie religion, celle qui conduit à la béatitude :
« Deux amours ont fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu a engendré la cité terrestre, l’amour de Dieu poussé jusqu’au mépris de soi a engendré la cité céleste. »
La Cité de Dieu (XIV, 28).
Longuement réfléchi, ce thème des deux cités a donné lieu à de nombreuses controverses. Si on peut y voir l’opposition entre Rome et la Jérusalem céleste, il ne faudrait cependant pas assimiler trop rapidement la cité de Dieu à l’Église, comme cela a été fait.
Les effets malencontreux d’une polémique
En s’arrêtant aux seuls écrits de la controverse pélagienne, sortis de leur contexte, ou à sa relecture par le jansénisme (voir Jansénisme ), on a souvent reproché à Augustin de développer une conception pessimiste de l’homme. Cette composante existe mais elle est tardive : elle date environ de 415, découle des impératifs de la polémique et demande à être nuancée.
C’est en effet durant ses débats avec Pélage, et plus encore avec les disciples de celui-ci, qu’Augustin développe sa conception des relations entre la grâce de Dieu et la liberté de l’homme. Il insiste alors sur la première, sans méconnaître cependant l’importance de la seconde. Dans ses Rétractations , il écrit : « Dans mon livre Sur l’esprit et la lettre , j’ai violemment combattu les ennemis de la grâce de Dieu » (II, 37), c’est-à-dire les pélagiens, qui comptaient plus sur eux-mêmes que sur l’action de Dieu pour se convertir, et il précise : « Le livre par lequel j’ai répondu à Pélage pour défendre la grâce et non attaquer la nature, qui est délivrée et régie par la grâce, est appelé De la nature et de la grâce » (II, 42.)
Pareillement, une exégèse erronée de Paul (Épître aux Romains, 5, 12), due à la mauvaise traduction latine de la Bible ( Vetus Latina ) ainsi qu’à une volonté polémique, conduit Augustin, sur la question du péché originel et du baptême des petits enfants, à un durcissement excessif qui, faute d’être replacé dans son contexte, conduit à des contresens sur sa pensée. Ceux-ci furent radicalisés par un certain augustinisme.
Une anthropologie optimiste
La prédication d’Ambroise l’ayant sensibilisé à la dimension spirituelle de l’image de Dieu en l’homme, Augustin est souvent revenu sur ce point dans ses divers commentaires du livre de la Genèse. Il insiste sur le thème de la création de l’homme, tout en rappelant que celui-ci, selon l’orientation que prend son cœur, peut se détruire ou s’accomplir, d’où le rôle décisif de la conversion.
Augustin, qui a fait l’expérience de la conversion tout au long de sa vie, insiste à maintes reprises sur sa nécessité pour l’accomplissement de l’être. C’est par la conversion que « la créature prend forme et devient créature parfaite ». L’évêque d’Hippone en vient alors à la formation . Dépendant de forma , le terme formatio est difficile à traduire en français. En réalité, Augustin veut désigner par là la réalisation de l’être, qu’il exprime par les métaphores de l’illumination et du repos en Dieu. Cela n’est pas sans évoquer la divinisation, où la liberté et la grâce agissent de concert.

BENOÎT DE NURSIE
Ce que l’on sait de la vie de Benoît vient de ce que le pape Grégoire I er a écrit dans le second livre de ses Dialogues . Ce texte appartient au genre littéraire des Vitæ Sanctorum (« Vies de Saints ») et s’attache particulièrement à la signification théologique de l’histoire.
Le moine de Subiaco
Né en Ombrie vers 480 dans une famille aisée, Benoît passe son enfance en Nursie avec sa sœur, Scolastique, dont on dit qu’elle était sa jumelle. Envoyé à Rome pour poursuivre des études de droit, il est profondément choqué par l’inconduite des étudiants et quitte la ville. Il se rend alors au village d’Enfidé, à cinquante kilomètres de la capitale, puis se réfugie dans la solitude de Subiaco. Il y reste trois ans, inconnu de tous, sauf de Romain, un moine secourable qui lui donne l’habit monastique et le nourrit en secret de sa propre ration de pain.
Cette longue retraite, dans une austérité extrême, montre la force qui meut cet adolescent. En même temps, l’expérience a valeur de test. À trois reprises, dans des circonstances différentes, Benoît va refaire des gestes héroïques du même type, qui prouvent sa volonté de rompre avec le péché pour se donner entièrement à Dieu. Et chaque fois, un choix radical aboutit à un nouveau rayonnement spirituel sur les hommes, notamment sur les bergers alentour qu’attirent ses dons de guérisseur. Mais il se rend compte qu’il doit fuir ces succès trop humains qu’il considère comme une tentation.
Il doit ensuite combattre la tentation de luxure. Sa réaction est ici brutale et son rejet sans compromis. Il en résulte une victoire sur ses pulsions sexuelles et une fécondité spirituelle puisque des disciples se mettent à son école, et il devient leur Père. Benoît enfin est menacé par la haine : à deux reprises, on tente de l’empoisonner ; là encore, sa réaction a pour suite un rayonnement inédit : des communautés monastiques naissent à Subiaco.
Grégoire décrit une série de purifications qui atteignent Benoît au niveau des points-clés de son être spirituel : d’abord les facultés rationnelles, siège de l’orgueil, puis l’appétit concupiscible, représenté par le sexe, et enfin, l’appétit irascible, source de l’agressivité. En triomphant de ses passions, il s’achemine vers la liberté complète, où les dons de Dieu agiront à travers lui sans entraves.
L’abbé du Mont-Cassin
Dès son arrivée au Mont-Cassin, Benoît ne paraît plus subir d’épreuve intérieure. Désormais, c’est seulement un charismatique rayonnant que dépeint Grégoire.
Le thaumaturge accomplit alors un ensemble de miracles. Par les uns, il authentifie la Parole de Dieu qu’il annonce ; par d’autres, il montre comme la puissance de Dieu est à l’œuvre par ses mains. Mais parfois, la prière de Scolastique, inspirée par un plus grand amour, accomplit ce qu’il n’était pas parvenu à faire. Dans la vie de Benoît, cette sœur joue un rôle important, en aidant son frère à passer des miracles aux visions, des actes à la contemplation.

Thaumaturge : du grec thaumatos , « miracle », et ergon , « action », le thaumaturge est un faiseur de miracles, celui par qui les miracles se produisent.
Quand Scolastique meurt, Benoît voit son âme entrer au ciel sous la forme d’une colombe. La vision qui suit a aussi pour objet la montée d’un défunt au ciel, mais cette fois le spectacle s’élargit aux dimensions de l’univers. Sous un rayon de la lumière divine, Benoît voit, d’un seul regard, le monde entier : « Pour l’âme qui voit le Créateur, la création tout entière est petite. » Cette phrase de Grégoire marque le sommet d’une ascension spirituelle qui a commencé jadis au départ de Rome. Benoît avait alors, pour l’amour de Dieu, abandonné le « monde » des hommes. À présent, illuminé par Dieu, il voit l’insignifiance de ce « monde » créé, qu’il avait perçue initialement par la foi.
En mourant en 547 à l’oratoire du monastère, dans l’attitude de la prière, Benoît indique une dernière fois la direction de toute son existence, tendue vers Dieu et la vie éternelle. Inaugurée par le seul à seul avec Dieu, la vie monastique de Benoît a évolué vers une existence communautaire. Le rôle d’abbé, qu’il ne paraît avoir ni désiré ni écarté, ne l’empêcha cependant pas de rechercher la solitude jusqu’à la fin de sa vie.
À propos de sa vision cosmique, Grégoire rapporte qu’il habitait, au Mont-Cassin, une tour à part, où il s’adonnait seul à la prière nocturne. Ne quittant ainsi jamais son monastère, l’ancien anachorète resta fidèle à son amour premier pour la vie solitaire avec Dieu.

Anachorète : du grec anakhôrein , « se retirer », l’anachorète est un religieux qui vit dans une retraite solitaire (ermite), par opposition au cénobite, qui vit en communauté.
La Règle de Benoît et son influence
Rédigée sans doute par Benoît durant son séjour au Mont-Cassin, en s’appuyant sur Basile, Augustin (voir Augustin d’Hippone ) et Cassien, et bien sûr la Règle du Maître , un texte anonyme du VI e siècle, dont il s’inspire fortement, la Règle a joué un rôle capital dans le monachisme occidental.
À la différence de celle de Colomban (543-615), où le moine est invité à se déplacer et à vivre selon une ascèse forte, la Règle de Benoît privilégie la douceur et la stabilité. Pendant deux siècles, les deux textes vont être en concurrence. Quelquefois, certains monastères les adopteront tous les deux. Mais à l’époque carolingienne, et tout spécialement sous l’empereur Louis le Pieux, la Règle de Benoît de Nursie est quasiment imposée à tous les monastères. L’artisan de cette unification est Benoît d’Aniane (750-821). De grands monastères, tel Saint-Riquier, sont alors fondés, qui accordent plus de place à la prière commune (liturgie) qu’au travail manuel. Un siècle plus tard, Cluny, fondée en 910, et quelques autres abbayes étendront leur influence sur toute l’Europe.

Monachisme : manière de vivre des moines.

BIBLE
À l’approche de l’an 2000, on a pu dire que, pratiquement, la Bible était répandue sur toute la planète et accessible en de nombreuses langues et dialectes. Le mot « bible » vient du pluriel grec biblia , qui signifie « livres ». Il désigne, dans le judaïsme et le christianisme, l’ensemble des livres sacrés.
Le canon des Écritures
Le mot « canon » provient d’une racine qui se retrouve en beaucoup de langues sémitiques. En grec classique, il désigne un « bâton pour mesurer », d’où son sens métaphorique de « règle » ou de « norme ». C’est au IV e siècle qu’apparaît l’expression « canon des Écritures », pour désigner l’Ancien et le Nouveau Testament.
Dès lors, le mot « canon » signifie une liste close de livres faisant autorité dans l’Église, comme règle de foi et des mœurs. Mais le canon reflète aussi l’identité de la communauté : il révèle la manière dont celle-ci se voit. En réalité, le canon répond à un triple besoin : conserver la Révélation, la préserver de toute corruption et la proposer comme source d’une foi vécue.
Bien des motifs ont sans doute joué pour inscrire un livre dans le canon, comme par exemple son origine prophétique ou apostolique (aux apôtres), mais la raison qui l’emporte est d’ordre théologique. Finalement, un livre est dit « canonique » quand on le considère comme « inspiré », c’est-à-dire comme une expression de la Parole de Dieu.
Les livres de l’Ancien Testament
L’Église catholique accepte aujourd’hui quarante-six livres, à la différence des protestants et des juifs qui n’en reçoivent que trente-neuf. Les sept livres qui font la différence, parmi lesquels Tobie, Judith et Sagesse, sont appelés « deutérocanoniques » par les catholiques, et « apocryphes » par les protestants, désignation que les premiers réservent aux écrits exclus de leur canon. L’explication classique de cette différence est que l’Église catholique suit le canon alexandrin de la LXX (Septante), tandis que les juifs suivent le canon palestinien fixé à Lamnia, auquel les protestants sont retournés. Mais cette théorie est peut-être trop simple.
Si les premiers auteurs chrétiens, dans leur majorité, ne font pas de différence entre les écrits protocanoniques (admis sans discussion dans la liste canonique) et deutérocanoniques (qui ne sont pas admis par tous), les choses se sont compliquées lorsqu’il a fallu qu’ils discutent avec les juifs : on hésite alors entre la liste longue, admettant les livres deutérocanoniques, et la liste courte les refusant. Ainsi fait encore Jérôme (347-420), mais avec Augustin (354-430), la liste longue est adoptée. La question est définitivement tranchée par les conciles de Trente (1546) et de Vatican I (1870), qui adoptent une conception plus souple quant à l’inspiration divine des textes bibliques. Dans la traduction œcuménique de la Bible (TOB), à laquelle ont travaillé les chrétiens des diverses dénominations, les protestants reconnaissent la pertinence de la liste longue.
Finalement, dans l’Ancien Testament, on trouve trois grandes sections que les juifs désignent par l’acronyme Tanakh : la Loi, c’est-à-dire le Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome) ; les Prophètes, dont les quatre « grands » (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel) ; les Écrits, où prennent place les livres sapientiaux (Psaumes, Proverbes, Sagesse, Cantique des Cantiques, etc.).
Les livres du Nouveau Testament
À l’exception des Églises non chalcédoniennes (celles qui n’ont pas reçu le concile de Chalcédoine de 451), les chrétiens acceptent vingt-sept livres dans le « canon du Nouveau Testament », expression employée pour la première fois par Tertullien (200). Une des listes les plus connues est celle de Muratori (fin du II e siècle). Pendant un certain temps, le canon connut des variantes ; il fut fixé vers la fin du IV e siècle. Au moment de la Réforme, Luther émet quelques doutes sur certains livres, mais le concile de Trente ne le suit pas.
Les catholiques reçoivent donc les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres, les treize lettres pauliennes, la Lettre aux Hébreux, les sept lettres dites « catholiques » et l’Apocalypse. Ces textes furent écrits dans les régions méditerranéennes et dans le grec de la koiné (parlé couramment) entre le milieu du I er siècle et le début du II e siècle. Les plus anciens témoins textuels sont des fragments de papyrus datant des II e et III e siècles ; les textes complets les plus anciens, sur parchemin, s’échelonnent du IV e au IX e siècle.
Parmi les lettres de Paul, sept dont l’attribution n’est pas contestée sont dites « authentiques ». Ce sont les documents complets les plus anciens du Nouveau Testament.
Les trois premiers Évangiles (Matthieu, Marc et Luc) sont appelés « synoptiques » car leurs récits de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus peuvent être mis en parallèle. Marc écrit d’abord, puis Matthieu et Luc le reprennent avec des accents différents, le premier en s’adressant aux judéo-chrétiens, et le deuxième aux chrétiens issus du paganisme.
Les Actes des Apôtres, prolongeant l’Évangile selon saint Luc, décrivent les activités de Pierre et de Paul et retracent l’expansion du christianisme de Jérusalem à Rome.
Le quatrième Évangile, le plus ancien, est sans doute l’aboutissement d’un long processus dans l’« école » inspirée par Jean. Il porte la trace de sources indépendantes. Sa théologie est fortement réfléchie : la mission première de Jésus est de révéler son Père aux hommes. L’Apocalypse s’adresse aux chrétiens des sept Églises d’Asie Mineure au moment où, sous le règne de Domitien (95-96), on veut les obliger à participer au culte rendu à l’empereur.
Les six lettres deutéro-pauliniennes, écrites peut-être par des disciples de Paul vers la même époque, répondent à d’autres situations nouvelles. La Lettre aux Hébreux, destinée aux judéo-chrétiens qui perdent courage, leur rappelle avec force que le Christ est le grand prêtre et que, par sa mort, il a instauré le culte céleste.
Quant aux épîtres dites « catholiques », attribuées à d’autres apôtres, elles sont très certainement pseudonymes.
Traductions et interprétations
En français, les traductions contemporaines les plus employées sont La Bible de Jérusalem , publiée en 1955 sous la direction de l’École biblique de Jérusalem, et La Traduction œcuménique de la Bible , publiée en 1975. Celle-ci a fait l’objet de plusieurs révisions, dont la dernière en 2010 qui s’est enrichie du dialogue œcuménique avec les orthodoxes.
La constitution du concile Vatican II sur la Révélation ( Dei Verbum , voir Vatican II ) donne de précieux principes sur l’interprétation de l’Écriture. Le troisième chapitre, « De l’inspiration divine de la Sainte Écriture et de son interprétation », propose de prêter attention à trois horizons : respecter les genres littéraires, la démarche historico-critique et la réflexion théologique. Mais les recherches sur les principes de l’interprétation suscitent aujourd’hui de nouveaux intérêts. Certains exégètes, tirant profit des apports de la critique littéraire, s’orientent vers la sémiotique ou la rhétorique. D’autres, s’intéressant à l’œuvre du philosophe Paul Ricœur, font une place importante aux approches narratives. Son étude dépasse largement les seuls cadres ecclésiaux et s’étend désormais aux universités et centres de recherche.

BIOÉTHIQUE
Pour le catholicisme, la personne humaine, qui est au cœur de toute éthique, est intimement liée à la vie. Ainsi, bien des problèmes éthiques qui se présentent à l’homme ont à faire avec le traitement de la vie et l’intervention sur la vie, sa manipulation, peut-on dire aussi en songeant à ce que permettent connaissances et découvertes la concernant.
Une question de principe
Tout en comprenant les situations difficiles dans lesquelles peuvent se trouver certaines femmes, tout en ne s’engageant pas, d’autre part, sur l’affirmation de nature philosophique en cause, à savoir sur la définition exacte de l’embryon, l’Église a toujours rejeté l’avortement et n’a jamais remis cette tradition en question. Elle en est empêchée au minimum par un argument de présomption : là où on ne peut exclure la présence d’un être pleinement humain, même sans disposer de certitude absolue, on n’a pas le droit d’agir à son encontre (le chasseur ne peut tirer sur une cible dont il ne sait pas si elle est animale ou humaine !). La continuité de l’être biologique dès l’instant de la conception joue donc ici un rôle fondamental.
Au commencement de la vie
La fécondation in vitro
Si, aujourd’hui, la recherche médicale estime parfois pouvoir tirer avantage de l’intervention sur des embryons humains, produits naturellement comme artificiellement, l’Église catholique, quant à elle, marque une forte préoccupation à cet égard. Elle affirme :
« La recherche médicale doit s’abstenir d’intervention sur les embryons vivants, à moins qu’il n’y ait certitude morale de ne causer de dommages ni à la vie ni à l’intégrité de l’enfant à naître et de sa mère, et à condition que les parents aient donné pour l’intervention sur l’embryon leur consentement libre et informé (…). Il est immoral de produire des embryons humains destinés à être exploités comme un “matériau biologique” disponible. »
Instruction sur « Le don de la vie », 1987 (I, 4-5).
Cette mise en garde a été donnée en rapport avec la pratique de la fécondation in vitro , hors donc de l’utérus maternel, qui rend possible une telle production d’embryons. La fécondation in vitro fait d’ailleurs problème aussi quant à la modalité de la procréation : l’Église entend que les relations sexuelles ne soient pas séparées de la procréation – et refuse de ce fait de se résigner à la contraception artificielle –, mais elle est également mal à l’aise à l’endroit de la procréation séparée de la relation interpersonnelle sexuelle, geste de donation mutuelle fondamental à ses yeux pour susciter la vie humaine.
Elle fait quelque différence entre le cas de la fécondation in vitro homologue, c’est-à-dire au sein du couple marié, et celui de la fécondation hétérologue, avec le recours à un donneur extérieur au couple, mais en montrant une réserve aussi devant la fécondation homologue. Cependant, cela n’a pas empêché Jean-Paul I er en 1978 de dire sa joie devant la naissance de l’un des premiers « bébés-éprouvette ».
Face à de nouvelles demandes comme la procréation médicalement assistée (PMA) ouverte aux couples homosexuels et à la gestation pour autrui (GPA), l’Église s’inquiète de ce qu’elle appelle des dérives qui aboutissent à la fois à la marchandisation du corps de la femme et à la disqualification de la sexualité comme donation mutuelle.
Le clonage
Le clonage, obtention d’un nouvel être par fission gémellaire sans rapport avec la sexualité, enfreindrait, lui aussi, le lien de procréation consistant en une relation interpersonnelle. De plus, il signifierait la prétention de se procurer à soi-même un être humain qui n’aurait donc pas l’autonomie radicale dont dispose de droit tout humain. Nul ne sait à ce point si l’éventualité est chimérique ; l’Église n’en a pas moins marqué d’emblée sa réprobation : il s’agit en cela du respect de la personne, totalement autonome, libre.
On peut faire remarquer ici que l’on parle couramment d’« éthique de la vie », de « bioéthique », mais l’intérêt fondamental de l’Église n’est pas la vie séparément, c’est la personnalité.
À la fin de la vie
Corrélativement aux questions touchant les sources et les origines de la vie humaine, l’Église se préoccupe de celles qui concernent sa fin. Elle accepte que soit clairement évité l’acharnement thérapeutique, le rejette même, et reconnaît le droit de renoncer aux traitements de caractère extraordinaire ainsi que la possibilité d’intervenir contre la douleur, même en abrégeant par là éventuellement la vie. Pour cette raison, elle a favorisé et appelé le développement des unités de soins palliatifs où ce qui importe est la qualité de vie offerte aux malades en fin de vie. Elle refuse clairement l’euthanasie, à savoir ce qui vise directement à provoquer la mort avant le terme naturel.
Sur les questions touchant la fin de la vie, elle est soucieuse, encore, du respect de la volonté et de la liberté des personnes arrivées à ce stade. Si l’on court le risque de plonger dans un état d’inconscience définitif, on devra avoir assuré auparavant au patient toute possibilité d’accomplir à l’égard de lui-même et de ses proches les gestes qui peuvent lui importer en fin de vie.
La recommandation générale est de faire preuve d’une infinie délicatesse à l’endroit de toute personne, même en état de grave diminution. Il y a pour les catholiques un mystère de cette diminution comme de la mort que nul ne saurait violer ou s’approprier.

CATÉCHUMÉNAT
Les mots catéchuménat et catéchisme sont apparentés au terme « catéchèse », qui signifie « enseignement oral ». Il s’agit de transmettre l’Évangile, c’est-à-dire la « Bonne Nouvelle » annoncée par Jésus à ceux qui vont être baptisés.
Les premiers pas du baptême
Si la Didachè (« doctrine »), écrite au début du II e siècle et empruntant au judaïsme, propose de choisir le « chemin de la vie », Justin (100-165), un apologiste influencé par l’hellénisme, est le premier témoin d’une préparation au baptême.
Au III e siècle, quelques écrits expliquent aux catéchumènes ce que croient et vivent les chrétiens. Ce sont la Tradition apostolique d’Hippolyte (170-235) pour Rome, les œuvres de Clément (150-216) et d’Origène (183-254) pour Alexandrie, celles de Tertullien (155-220) et de Cyprien (200-258) pour Carthage, la Didascalie (« enseignement ») pour Antioche.
Au IV e siècle, les étapes catéchuménales sont en place. Entre celle où l’on vient s’informer et celle où l’on devient chrétien, trois moments jalonnent le chemin du baptême : sa préparation éloignée (la découverte de l’Évangile), sa préparation immédiate (l’initiation aux rites baptismaux) et ses lendemains (la présentation des exigences chrétiennes). Dans cette structure qui demeure jusqu’au VII e siècle, une catéchèse est proposée : elle traite du dogme, de la morale et des sacrements. Dans les textes anciens ( II e siècle), la dogmatique, réduite aux symboles, fait une large place à la morale et en appelle au discernement. À l’inverse, dans les corpus suivants ( IV e et V e siècles), la morale n’est plus que le prolongement pratique de la dogmatique. Cyrille de Jérusalem (315-386), Jean Chrysostome (344-407) et Ambroise (340-397) sont des exemples de cette unité. Quant au Discours catéchétique de Grégoire de Nysse (335-394) et à La Catéchèse des débutants d’Augustin (voir Augustin d’Hippone ), ce sont des propositions plus construites et d’une grande profondeur théologique.
Entre ces deux moments ( III e siècle) s’opère une différenciation : le christianisme se répandant dans des milieux sociaux différents, la conversion s’exprime désormais en fonction des situations où elle est vécue.
La catéchèse aux temps médiévaux
Le catéchuménat tend à disparaître quand on cesse de baptiser des adultes et que se généralise le baptême des enfants au sein des familles chrétiennes. Les conciles – Francfort (794), Paris (829), Aix-la-Chapelle (836) – appellent alors à l’instruction religieuse dans les familles et bientôt dans les écoles. Au IX e siècle, on recourt à la Disputatio puerorum per Interrogationes et Questiones (« enseignement des enfants par questions et réponses »), et au XII e siècle, à l’ Elucidarium d’Honorius d’Autun († vers 1130) et au De quinque Septenis seu Septenariis d’Hugues de Saint-Victor († vers 1141), présentant la doctrine en sept parties selon la mode du temps. Mais cela est insuffisant et les conciles de Béziers (1246) et d’Albi (1254) demandent aux curés d’assurer l’instruction religieuse. Les Opuscules de Thomas d’Aquin (1225-1274), où sont traitées des questions catéchétiques précises, sont alors largement diffusés. Au siècle suivant, les ouvrages de Jean Gerson (1363-1429), un ancien chancelier de l’université de Paris – A.B.C. des simples gens, Traité du devoir de conduire les enfants à Jésus-Christ et Opus Tripartitum – sont destinés à l’usage des « curés peu instruits », leur rappelant l’essentiel de la doctrine, de la morale et des sacrements.
Le catéchisme au temps des réformes
Alors qu’Érasme développe une pédagogie humaniste dans L’Institution des enfants (1529) et la Civilité puérile (1530), Luther publie en latin son Grand catéchisme et en allemand un Petit catéchisme dialogué. Peu après, Calvin instaure dans les Ordonnances ecclésiastiques de Genève l’obligation du catéchisme et rédige, en 1541, un Formulaire d’instruire les enfants en la chrétienté . En 1563 paraîtra le Catéchisme d’Heidelberg. Tous ces ouvrages n’ont d’autre but que de présenter ce que le chrétien doit croire, pratiquer et célébrer.
Du côté catholique, dès 1520, les conciles qui condamnent les doctrines de Luther demandent aux curés d’instruire leurs paroissiens. En 1554, Canisius publie sa Somme de la doctrine chrétienne et deux abrégés, le Petit catéchisme et le Catechismus Minimus , très répandus dans les pays germaniques. Un autre jésuite, Auger, donne en 1563 son Catéchisme et sommaire de la religion chrétienne . À Rome enfin paraissent, en 1566, le Catéchisme du concile de Trente pour les curés , et, en 1597, la Dottrina Cristiana Breve de Bellarmin, jésuite lui aussi. En réalité, ces ouvrages suivent le même plan que ceux écrits par les protestants.
Alors que la chrétienté médiévale insistait sur la solidarité dans le salut, l’aventure chrétienne, depuis le XIII e siècle, s’est dissociée en autant de destins individuels : nul ne peut être sauvé sans une adhésion croyante explicite. Cela conduit à lier davantage l’instruction religieuse aux instances scolaires, mais celles-ci sont considérées comme insuffisantes, d’où les propos tenus lors du concile de Cambrai de 1565 :
« Il y a beaucoup de gens que la pauvreté empêche de faire élever leurs enfants dans les écoles ; et pourtant on ne saurait négliger le salut de ces enfants, car ils appartiennent eux aussi à la famille du Christ. C’est pourquoi, les jours de fête, et surtout les dimanches, après l’office des vêpres, les maîtres d’école enseigneront les rudiments de la foi et du catéchisme, en se mettant à la portée de la jeunesse qui n’a pas appris les lettres. »
Cet appel est sans cesse relancé par Charles Borromée (1538-1584), évêque de Milan, et bientôt par François de Sales (1567-1622), évêque de Genève-Annecy.
L’institution du catéchisme paroissial
Après le XVII e siècle, les catéchismes sous forme de questions et de réponses se multiplient. Ils traitent des articles du credo , des prières et des sacrements, ainsi que des commandements de Dieu et de l’Église.

Credo : mot latin signifiant « je crois ». Ensemble des principes fondamentaux d’une doctrine, confession de foi.
Le plus connu est celui de Bossuet (1687). Il s’agit en fait de trois manuels : un pour les débutants qui doivent être confirmés, un pour les plus avancés qui doivent faire leur communion, et enfin un pour les persévérants, qui porte sur les fêtes et les observances de l’Église. En 1811, Napoléon I er , s’inspirant du deuxième, impose un même catéchisme dans tout l’Empire, mais en inversant l’ordre des matières, selon l’esprit des Lumières qui souhaitaient une religion « utile ». On y traite de la morale, puis du culte, et enfin du dogme.
En 1870, Pie IX propose un catéchisme unique, demandant aux archevêques de le faire traduire. Adopté par une majorité de prélats, le projet échoue en raison de l’opposition de quelques-uns, dont Mgr. Dupanloup (1802-1878), évêque d’Orléans. Cependant, en France, l’idée fait son chemin, et la « commission nationale du catéchisme » publie, en 1947, un texte facilement mémorisable selon le plan du concile de Trente : dogme, sacrements, morale.
Catéchèse et catéchuménat à l’époque contemporaine
Depuis cinquante ans, la catéchèse des enfants et des adolescents, tout comme le catéchuménat des adultes, connaissent un grand renouveau. L’Institut supérieur de pastorale catéchétique à Paris et Lumen Vitæ à Bruxelles sont fondés dans les années 1950 pour former des spécialistes, appelés à travailler dans les diocèses.
De nombreux catéchismes pour enfants proposent une pédagogie renouvelée et un contenu marqué par la Bible et la liturgie. Pour remplacer les manuels de Boulenger et de Sullerot – deux prêtres longtemps aumôniers d’institutions religieuses – destinés jadis aux adolescents, des propositions sont faites sous forme de fiches ou d’ouvrages, tels le Catéchisme hollandais en 1968 et le Catéchisme des évêques de France en 1991. Fortement marqué par Vatican II, le Catéchisme de l’Église catholique , publié en 1992 selon le plan classique – la profession de foi, les sacrements, la morale et la prière –, connaît un grand succès de librairie.
La publication de ces catéchismes a toujours suscité de vives réactions dans l’opinion publique catholique. Des querelles entre progressistes et conservateurs montrent que l’enjeu de la catéchèse demeure fondamental dans l’Église.
Mais le plus remarquable, du moins en France, est sans doute le nombre croissant d’adolescents demandant aujourd’hui à être baptisés, et de jeunes adultes à recevoir la confirmation. Par ailleurs, d’année en année, on voit de nombreux catéchumènes recevoir le baptême durant la nuit qui précède la fête de Pâques (veillée pascale).

CHRÉTIENTÉ MÉDIÉVALE OCCIDENTALE
Proposer une vue d’ensemble du christianisme occidental, de Sylvestre II (†1003), le pape de l’an mil, à Jean XXII (†1334), le dernier grand pontife avignonnais, est une gageure. On s’en tiendra donc ici à souligner quelques traits anthropologiques fondamentaux.
Deux conceptions de l’homme
À la différence de ce qui se passe dans la chrétienté orientale, la question de l’homme domine en Occident, mais elle ne va pas être résolue de la même manière au cours du XII e siècle. Si le Haut Moyen Âge demeure tendu vers l’Au-delà, cette orientation est portée par une échelle d’autorités ayant pour principe le Dieu unique et l’unique Christ Pantokrátor (« Maître du monde »). Les hommes et les institutions qui les encadrent sont ainsi pensés sur le mode hiérarchique.
Bientôt, une autre figure de l’homme, autonome et immanent, se dévoile et rend plus difficile l’acceptation des formes hiérarchiques. Philosophes et théologiens s’affrontent aux XIII e et XIV e siècles à propos de la place qu’il convient de donner, à côté de l’Écriture, à la philosophie païenne d’Aristote et, en particulier, à ce que celui-ci dit des origines du monde. Mais ces efforts en faveur d’une intelligence équilibrée, d’une nouvelle conception de l’homme dans le monde (humanisme) – que l’on évoque sous le nom de « première modernité » – échouent.
Les orientations issues de la réforme grégorienne ( XI e siècle) rebondissent alors et un divorce se produit entre la théologie et l’anthropologie. En effet, à la première qui défend une compréhension hiérarchique de l’homme, dans un univers symbolique et anagogique, la seconde oppose une pensée où l’homme cherche en lui-même, dans un rapport rationnel au réel, les sources de l’action et de la connaissance.
Dans cette perspective, la relation de l’homme à Dieu et, plus encore, ces médiations entre les deux figures que sont le Christ et l’Église deviennent problématiques. Certes, à la figure du Dieu tout-puissant des papes et des empereurs se substituera alors celle du Dieu crucifié de Dominique, de François et de leurs frères théologiens, mais une faille s’est creusée.
Le rêve d’une chrétienté intégrale
La vision anthropocentrique d’Augustin (voir Augustin d’Hippone ), qui place l’homme au centre de toute chose, et la systématisation hiérarchique du Pseudo Denys l’Aréopagite, un anonyme du V e siècle, relue à partir du IX e siècle, sont les bases doctrinales de ce rêve. La première allie un grand sens de l’union à Dieu par la voie de l’illumination et un sens non moins profond du péché ; on y voit, dans « l’abaissement » du Christ, la révélation de l’amour de Dieu et, par contraste, l’omniprésence du péché, d&#

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