Le Livre de la méditation
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Description

Les hommes et les femmes que l'on se permet d'appeler faute de mieux ' spirituels ' ont toujours refusé et combattu la réduction de la religion à un formalisme extérieur et à un dogmatisme sclérosé. Ils se sont toujours élevés pour rappeler que le rapport qui devait lier l'homme à son Créateur devait avoir pour fondement l'adoration (al-`ibâdah) et la servitude (al-`ubûdiyah) ; une adoration et une servitude ' en esprit et vérité '.Parmi les méthodes qui rapprochent de Dieu ou portent à Sa connaissance, la méditation est l'un des moyens les plus sûrs.Toutes les traditions authentiques font appel à son concours et si quelquefois, ces méthodes peuvent varier d'une tradition à l'autre, elle n'en demeure pas moins incontournable.Le kitâb al-tafakkur (le livre de la méditation) est un petit traité faisant partie de l'immense summa que compte l'lhyâ 'ulûm al-dîn (la revivification des sciences de la Religion) que l'auteur entame lors de son séjour à Jérusalem et achève cinq ans plus tard.Grâce à cet ouvrage, Al-Ghazâlî éclaire le lecteur sur le mérite, le fruit, la nature réelle et les voies de la méditation. Aussi, Al-Ghazâlî expose, à tout chercheur de Vérité, la méthode à suivre pour atteindre son but.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 170
EAN13 9791022501125
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,028€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1433-2012
ISBN 978-2-84161-680-0 // EAN 9782841616800
Abû Hâmid Al-Ghazâlî
Le livre de la méditation
(kitâb al-tafakkur)
Présenté, traduit et annoté par Hassan Boutaleb
2ème édition
revue par Abd-al-Wadoud Gouraud
« Et dans la création des cieux et de la terre et l’alternance de la nuit et du jour, il y a des Signes pour ceux dont le cœur est doué de pulpe, ceux qui invoquent Dieu, debout, assis et sur leurs flancs, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre : “Seigneur, Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Garde-nous du châtiment du Feu. ” »
Coran, III, 190-191
P RÉSENTATION
Les hommes et les femmes que l’on se permet d’appeler – faute de mieux – « spirituels » ont toujours refusé que la religion soit réduite à un formalisme extérieur et à un dogmatisme sclérosé. Ils se sont toujours levés pour rappeler que le rapport qui devrait lier l’homme à son Créateur doit avoir pour fondement l’adoration ( al-‘ibâdah ) et la servitude spirituelle ( al-‘ubûdiyyah ) ; une adoration et une servitude « en esprit et vérité ».
Parmi les méthodes qui rapprochent de Dieu ou portent à Sa Connaissance, la méditation est l’un des moyens les plus sûrs. Toutes les traditions authentiques ont recours à la méditation, et si, quelquefois, ses méthodes peuvent varier d’une tradition à l’autre, elle n’en demeure pas moins incontournable.
Dans la tradition monastique, par exemple, la méditation s’inscrit dans la tétrade : lectio-meditatio-oratio-contemplatio , autrement dit, elle est la seconde étape – en islam « station » ( maqâm ) – du cheminement spirituel qui conditions, une fois que sont éteintes les passions, les illusions, la parole et la pensée, à la Contemplation, à la Proximité ( al-qurb ) et à l’Intimité ( al-uns ) de Dieu. Cheminer en quête et à la découverte du « Trésor divin caché » ( al-kanz al-makhfî ) 1 est le but et le terme ultime des spirituels de toute tradition authentique.
Sainte Thèrese d’Avila (1515-1582) nous dit que si l’âme est comme un château, la porte pour y entrer est constituée de l’oration et de la méditation ; la première phase est atteinte par la prière verbale et mentale – en islam al-dhikr –, les réflexions (sur le divin) et les examens autocritiques. Mais comme nous sommes encore plongés dans les affaires, les passe-temps, les plaisirs et les distractions liés à ce monde – en islam al-ghaflah –, et puisque nous tombons encore dans les péchés et puis nous nous relevons, voilà que se présente une deuxième phase faite de luttes, de souffrances, de purifications, de progrès et de régressions. À travers la pratique des vertus et la soumission à la Volonté divine, on parvient à atteindre ce détachement des choses et cette liberté des passions, qui représentent la troisième phase.
Saint Jean de la Croix (1542-1591) nous dit, quant à lui, que les deux point cardinaux de l’ascèse sont le détachement sensoriel et le détachement spirituel ; le détachement ou encore la libération de ces deux « nuits » qui correspondent aux périodes d’obscurité et de souffrance. La première indique le passage de la méditation à la contemplation, et la seconde de la contemplation à l’union. Il explique aussi les raisons pour lesquelles il applique le terme « nuit » à la contemplation purgative : d’abord parce que l’âme doit se libérer des attaches temporelles, ensuite parce que la foi correspond à la voie qui est « obscurité pour l’intellect », et enfin parce que Dieu représente une fin obscure pour la raison.
Dans la tradition juive, la méditation ( kavvanah ) est une action mystique qui stimule le pouvoir créateur, et reconstitue l’unité primordiale rompue par le péché originel. Sa méthode et son application sont beaucoup plus proches du dhikr des musulmans que de la méditation chrétienne ; en effet, cette dernière se concentre sur une scène ou une image de la divinité alors que la première se concentre sur les paroles, les lettres, les concepts et les noms.
Pour les traditionalistes et les exégètes musulmans de l’époque classique, la méditation correspond à la clarté ( diyâ’ ) et à la lumière ( nûr ) de la foi. Elle est perception, compréhension et vision intérieure des Sagesses et des Signes divins présents en toute créature ; c’est ce que confirment de nombreuses traditions prophétiques et paroles attribuées à divers sages et compagnons du Prophète Muhammad  .
Le Prophète  LLa dit : « Méditez sur la création ( al-khalq ) et non sur le Créateur, car jamais vous ne parviendriez à en évaluer la mesure » ; « il n’y a pas d’adoration meilleure que la méditation » ; « une heure de méditation a plus de mérite qu’une année de dévotions ». On demanda à l’épouse d’Abû al-Dardâ’ quelle était l’occupation principale de ce dernier, et elle répondit : « Son occupation majeure était la méditation ». On demanda à Abû al-Dardâ’ si la méditation était une pratique recommandée, et il répondit : « Oui, la méditation permet d’atteindre la certitude ( al-yaqîn ). » Hasan al-Basrî 2 a dit : « L’idée est le miroir du croyant : il y contemple ses bonnes et ses mauvaises actions ».
Ibn Kathîr, exégète classique du Coran, nous dit que méditer signifie percevoir et comprendre les sagesses que renferment les Signes divins, et qui montrent la Grandeur, la Puissance, la Sagesse, le Libre-Choix et la Miséricorde du Créateur. Tout comme Qurtubî, il nous rapporte lui-aussi un certain nombre de traditions et de sagesses. En voici quelques-unes.
Jésus  a dit : « Heureux l’homme dont les paroles sont remémoration de Dieu, dont le silence est méditation, et le regard enseignement . » Il disait aussi : « Ô toi, faible fils d’Adam, crains Dieu où que tu sois ; sois ici-bas tel un invité, prends les oratoires pour demeure, apprends à tes yeux à pleurer, à ton corps à supporter, et à ton cœur la méditation ; et ne te préoccupe pas de ta subsistance de demain. »
‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz, le Calife omeyyade, a dit : « Parler en remémorant Dieu est une vertu, mais la méditation sur les faveurs divines est la meilleure adoration ». Luqmân 3 le sage a dit : « L’esseulement prolongé favorise la méditation, et la pensée prolongée indique la voie du Paradis. »
Divers auteurs 4 citent un traité attribué à Ibn Abî al-Dunyâ ( ob. 281/894), le Kitâb al-tafakkur wa-l-i‘tibâr , sur la méditation et la réflexion. Cet ouvrage reste introuvable, du moins à notre connaissance ; par conséquent, le seul ouvrage dont nous disposons sur cette question est celui d’al-Ghazâlî. Il peut donc être considéré comme le premier auteur d’un traité existant sur la méditation en islam 5 .
Pour notre auteur, « la méditation suscitent des sciences, des états spirituels ( al-ahwâl ) et des œuvres ( al-a‘mâl ), mais son fruit spécifique est la science et rien d’autre ; effectivement, lorsque la science parvient au cœur, elle en transforme l’état, et lorsque ce dernier se transforme, les actions des membres du corps se transforment elles aussi car l’action suit l’état, l’état suit la science, et cette dernière suit la méditation. La méditation est donc la clé et le principe de tout bien. Tout ce qui précède est donc révélateur de l’excellence de la méditation et de sa supériorité sur la “remémoration” ( al-dhikr ) et sur le “rappel à la mémoire” ( al-tadhakkur ) car la pensée ( al-fikr ) est remémoration avec quelque chose en plus ; et le dhikr du cœur est meilleur que les actions des membres ; bien plus, si cette action est louable elle ne l’est que grâce au dhikr qui l’anime. La méditation est donc supérieure en mérite à l’ensemble des œuvres et c’est pour cela que l’on dit : “Une heure de méditation a plus de mérite qu’une année de dévotions” ; et encore : “C’est elle qui transforme les actions blâmables en actions aimables, et le désir et la convoitise respectivement en renoncement et en contentement.” On dit aussi que c’est qui produit la contemplation (de l’Unicité divine) et la crainte pieuse. »
Avant de laisser le lecteur parcourir le texte de celui que les musulmans ont appelé, à juste titre, la « preuve évidente de la Religion », il convient de rappeler et d’expliquer un point très important. Tout au long de ses œuvres, al-Ghazâlî, comme beaucoup d’autres maîtres musulmans, insiste sur le fait que ses propos relèvent de la science des « règles de convenances », et non de celle du « dévoilement spirituel » ( al-mukâshafah ) car celle-ci est indicible. La première concerne le comportement ( al-mu‘âmalât ) que doit adopter le croyant envers son Seigneur et envers les croyants, et se traduit par un culte parfait et exclusif à Dieu, une servitude et une soumission totales qui effacent toute trace d’orgueil.
Ce processus qui consiste à se conformer corps et âme à la Loi sacrée ( al-Shar‘ ), à travers la parfaite adhésion et application de la Tradition ( al-Sunnah ) du Prophète  , prend le nom de ‘ubûdiyyah , la servitude pure et absolue, que les grands maîtres du soufisme assimilent à l’une des plus nobles stations spirituelles. Certains vont même jusqu’à la placer au dessus de la « station de la Proximité » ( maqâm al-qurbah ).
La seconde science, celle du dévoilement, est simplement indicible car elle s’exprime par « la langue du cœur » ( lisân al-qalb ), dont le sens ne peut être appréhender que par ceux – et ils sont peu nombreux – qui sont parvenus, en respectant scrupuleusement la Loi divine – au point d’en devenir les réceptacles –, et après de longs et pénibles efforts, privations, souffrances, avec constance et patience, à la Gnose, la Connaissance de Dieu.
Parvenir au but suprême de la quête ne peut en aucun cas – en islam comme en toute autre tradition authentique – être le fait de connaissances livresques. Les informations contenues dans les ouvrages des maîtres ne sont qu’une introduction à la connaissance des réalités spirituelles, et une invitation à la pratique des exercices ( al-riyâdah ) qui permettront de percevoir ces mêmes réalités, et de vivre une expérience incomparable. Atteindre la sagesse et la réalisation spirituelle nécessite la présence d’un guide, d’un maître authentique, d’une voie ; ceux qui croient pouvoir s’en passer se leurrent car ils n’atteindront jamais la perfection et la plénitude même s’il leur arrive parfois de percevoir une lueur de la Lumière divine 6 .
Nous profitons d’un point soulevé par notre auteur dans cet ouvrage pour éclairer le lecteur sur les propos qui vont suivre ; Ghazâlî nous dit une chose très importante que nombre d’intellectuels musulmans semblent avoir oublié : « Il arrive quelquefois que les savants se jalousent comme les femmes, et souffrent de voir leurs disciples fréquenter un autre savant, bien qu’ils aient conscience que ce nouveau compagnonnage peut leur être utile pour la religion. Tout cela est la conséquence des caractéristiques portant à la perdition qui résident dans le tréfonds du cœur, et dont le savant croit être libéré alors qu’il demeure victime de leur séduction comme le révèlent les signes indiqués. La tentation du savant est terrible, il peut la vaincre ou succomber, et ne peut aspirer au salut des personnes ordinaires. Celui qui constate en lui ces caractéristiques devra obligatoirement faire retraite, s’isoler, fuir la célébrité, et renoncer à émettre des opinions ou des décisions concernant la doctrine et le droit ( al-fatâwâ ) même si on le sollicite ». La rivalité entre savants est bien connue et parfois compréhensible ; en revanche, ce que les profanes – voire certains initiés – ignorent ou ne comprennent pas, c’est la rivalité qui existe entre certains maîtres soufis : en effet, le maître soufi peut – telle une mère qui serait jalouse de l’amour qu’éprouve son fils pour une rivale – se montrer jaloux, possessif ou protecteur envers son disciple. Il y a deux raisons fondamentales à un tel comportement : soit le maître craint de perdre son fils spirituel qu’il aime plus que son propre enfant –, et c’est donc l’amour filial qui le conduit à être possessif ; soit il sait que son disciple se trompe en fréquentant un autre maître car celui-ci ne saurait en aucune façon se substituer à son maître véritable. Cela dit, nous pouvons affirmer que la plupart des maîtres authentiques sont les premiers à envoyer leurs disciples auprès d’autres pour parfaire leur connaissance en matière religieuse dès lors que le maître sait que son confrère peut apporter un plus à son disciple. Le disciple n’en sera d’ailleurs que plus attaché à son premier et unique maître, et ne renoncera en aucun cas à l’enseignement et à la voie de celui-ci. 7
Cependant, ceux qui s’autoproclament maîtres – ils sont malheureusement bien plus nombreux que les maîtres authentiques – non seulement refusent tout contact extérieur à leurs disciples, mais recourent même à la terreur, voire à des peines corporelles pour obliger les pauvres égarés qui les suivent à renoncer à toute fréquentation étrangère à leur cercle d’influence, car ils seraient ainsi démasqués. Ceci est particulièrement vrai en Occident où la prolifération des sectes ne cesse de croître et de faire des victimes.
Il faut savoir que c’est au disciple d’aller à la quête du maître véritable, non le contraire. Les soi-disant maîtres qui recourent au prosélytisme sont les moins avertis et les moins idoines à guider.
Le Livre de la méditation ( kitâb al-tafakkur ) 8 d’al-Ghazâlî est un petit traité faisant partie de l’immense summa que représente l’ Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn ( la revivification des sciences de la Religion ) que l’auteur entame lors de son séjour à Jérusalem, et achève cinq ans plus tard. L’ Ihyâ’ compte quatre tomes volumineux dont chacun est composé de dix livres. Tout ce qui concerne de près ou de loin la vie du croyant y est traité : des pratiques cultuelles à la mort et l’au-delà.
Le premier tome traite des actes cultuels ( al-‘ibâdât ) : la science ; les fondements de la croyance ; le secret de la purification, de la prière, etc. Le deuxième, des coutumes et des normes traditionnelles ( al-‘âdât ) : le mariage ; les principes de l’acquisition ; le licite et l’illicite, etc. Le troisième traite des causes qui portent à la perdition ( al-muhlikât ) : les merveilles du cœur ; les exercices spirituels, etc. Le quatrième, des vertus et des moyens qui portent au salut ( al-munjiyât ) : le repentir ou la conversion ; la patience et l’espoir ; la pauvreté et le renoncement ; l’Unicité divine et l’abandon confiant en Dieu ; l’amour, le désir, l’intimité et la satisfaction ; l’intention, la sincérité et la loyauté ; la vigilance et l’introspection ; la méditation ; le rappel de la mort et de l’au delà.
Le kitâb al-tafakkur 9 est donc l’avant dernier livre de la somme, situé à la suite du livre sur « l’intention, la sincérité et la loyauté », et avant celui du « rappel de la mort et de l’au delà » ; sa position après les stations spirituelles – ne signifie en aucune façon que Ghazâlî considère la méditation comme une étape spirituelle, mais plutôt comme l’outil qui permet de les franchir et de les posséder. Elle aide donc le « voulant Dieu » à progresser sur la voie spirituelle 10 .
Hassan Boutaleb
N OTICE BIOGRAPPHIQUE 11
L’imam Abû Hâmid Muhammad b. Muhammad al-Tûsî al-Ghazâlî, surnommé hujjat al-islâm , « la preuve évidente de la religion », et zîn al-millah wa-l-dîn , « la parure de la communauté et de la religion » 12 , juriste shâfi‘îte 13 , naquit à Ghazâlah, une bourgade des environs de Tûs dans le Khorâsân (région du nord-est de l’Iran) en 450/1058-59.
Issu d’une famille modeste mais croyante, son père exerçait le métier de fileur de laine ( ghazzâl ). L’enseignement d’Abû Hâmid et d’Ahmad 14 , son frère, allait être confié à un ami de la famille, un soufi dont on ignore le nom à qui le père avait donné, avant de s’éteindre, une certaine somme d’argent, pour se charger de ses enfants. Plus tard, l’enseignant, lui-même dans le besoin, conseillera à ses deux petits disciples de s’inscrire dans une école de la ville où ils auraient joui du gîte et du couvert en plus de l’enseignement.
Après avoir fréquenté pendant une certaine période l’école de sa ville natale, Abû Hâmid se rend à Jurjân (près de la mer Caspienne) où il fréquente les cours de nombreux professeurs, acquérant ainsi un savoir important.
En l’an 470/1077-78, alors qu’il revenait de cette ville, sa caravane fut prise d’assaut par des brigands qui prirent possession de ses bagages et de ses cahiers. Il prit alors son courage à deux mains, et affronta le chef des brigands duquel il exigea la restitution de ses cahiers. Ce dernier les lui remit en lui disant : « Qu’est-ce donc que cette prétendue science qui peut être soustraite aussi facilement ?! » Rentré à Tûs, Ghazâlî se mettra alors à mémoriser tout ce qu’il avait noté durant ses leçons. Après trois ans passés dans sa ville natale, il se rend à Nishâpûr, capitale de la province et siège d’une des écoles qui portent le nom de nizâmiyyah – du nom de leur fondateur, le fameux Nizâm al-Mulk 15 – où enseignait l’illustre imam Abû al-Ma‘âlî al-Juwaynî 16 . C’est dans cette Université que notre auteur approfondira et complètera ses connaissances en jurisprudence, en théologie et en fondements du droit. En 478/1085, al-Juwaynî s’éteint ; Ghazâlî quitte alors la Nizâmiyyah de Nishâpûr pour gagner la cour de Nizâm al-Mulk. Ce dernier, qui savait apprécier les hommes de valeur, l’accueillit et l’honora. La notoriété de Ghazâlî, qui avait déjà compilé certaines œuvres, s’affirme et s’étend. En 484 (juin-juillet 1091), le vizir le nomme professeur de droit shâfi‘îte à la Nizâmiyyah de Bagdad, consécration et affirmation du talent et de l’érudition de notre auteur. Il ne tarde pas à se révéler un éminent professeur entouré et apprécié. Ses cours étaient fréquentés par plus de trois cent étudiants dont certains personnages éminents. Au cours de ces années passées à l’Université et auprès du vizir, Ghazâlî produira de nombreux traités dans divers domaines, et émettra des fatwas qui resteront célèbres.
En 487-88/1094-1095, son activité littéraire s’intensifie. Puis, au mois de Dhû-l-qa‘dah 488/novembre 1095, les signes d’une crise intérieure commencent à apparaître, et son désarroi se fait de plus en plus sentir. Convaincu de la nécessité de rompre les liens avec ce qui le tient prisonnier des illusions, Ghazâlî se décide à quitter Bagdad, sa brillante position, les honneurs et le prestige. Il charge son frère Ahmad de le remplacer à l’Université, et se rend à Damas, la cité des Saints. Il s’enferme dans une école shâfi‘îte, et se consacre à la méditation et aux exercices spirituels. Il se rend ensuite à Jérusalem, Hébron, à La Mecque – où il accomplit le pèlerinage – puis Médine. En 493/1099, il retourne dans sa ville natale ; il y enseigne la jurisprudence, et fonde une khanqah où il s’adonne aux exercices spirituels, formant des disciples. En 499/1106, le gouverneur du Khorâsân Sinjâr, Fakhr al-Mulk, fils de Nizâm, le somme de reprendre son enseignement à la Nizâmiyyah de Nishâpûr. Il commence par refuser, mais devant l’insistance de ses amis et proches, il finit par accepter. Il se rend alors à Nishâpûr, résolu d’y enseigner la « science qui apprend à mépriser les honneurs ». Il ne séjournera pas longtemps dans la capitale de province ; en 503/1109-10, il retourne dans sa ville natale, et reprend sa vie contemplative.
Quelques mois plus tard, le 14 Jumâdah II 505/18 décembre 1111, Ghazâlî s’éteint. On l’enterrera à Tûs près de la tombe du grand poète persan Firdawsî 17 .
I NTRODUCTION
Au Nom de Dieu, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux
Louange à Dieu qui n’a établi pour les hommes ni direction ni champs qui leur permettraient de parvenir [au moyen de la méditation] à apprécier Sa Puissance, et qui n’a établi aucun parcours vers l’enceinte de Sa Grandeur aux marches desquelles leur imagination doit s’élever et leur compréhension s’élancer ! Il a tellement confus et stupéfait le cœur de ceux qui quêtent dans l’inaccessible désert de Sa Grandeur que, chaque fois qu’ils frémissent pour parvenir à leur but, ils sont repoussés par les Splendeurs de la Majesté divine ; mais lorsque, désespérés d’y parvenir, ils veulent s’en retourner, ils s’entendent crier des pavillons de la Beauté : « Patience et constance ! »
Puis on leur dit : « Réfléchissez à votre humble condition de servitude car si vous méditiez sur la Majesté seigneuriale, vous ne pourriez jamais en évaluer la mesure. Et si vous cherchiez quelque chose qui sorte de l’examen de vos qualités, regardez donc les faveurs et les bénéfices que Dieu vous fait constamment parvenir, les uns après les autres ; renouvelez pour chacun d’eux le rappel de Dieu et votre gratitude ! Contemplez comment les océans des prédispositions renversent sur les mondes le bien et le mal, ce qui est utile et ce qui cause le mal, la difficulté et la facilité, le succès et l’échec, le rétablissement et la ruine, l’occultation et la divulgation, la foi et l’incroyance, la reconnaissance et la négation. Si vous passez ensuite de l’examen des Actes divins ( al-af‘âl ) à celui de l’Essence divine ( al-dhât ), vous commettez alors une ignominie et vous vous exposez à un danger, car en agissant ainsi vous dépassez les limites des possibilités humaines, et accomplissez un acte inique et injuste ! » Alors, les intellects, éblouis par la Lumière resplendissante de Dieu, sont contraints de revenir sur leurs pas.
Et que la Grâce divine se répande sur Muhammad, le seigneur des fils d’Adam, même s’il ne tira aucune vanité de ce titre, une Grâce qui restera pour nous une provision et un trésor lors de notre séjour dans l’Enceinte de la Résurrection, ainsi que sur sa Famille et ses Compagnons, dont chacun fut comme la pleine lune dans le ciel de la religion !
Dans la Tradition prophétique ( al-Sunnah ), il est dit que « une heure passée en méditation est meilleure qu’une année passée en dévotions » 18 , tandis que le Livre de Dieu exhorte à la pondération et à la considération, à l’examen et à la réflexion.
Nul n’ignore que la méditation est comme la clef des lumières, le principe du discernement, comme un filet servant à attraper les sciences, et tel un lasso pour chasser les connaissances ; toutefois, la plupart des hommes, bien qu’ils reconnaissent le mérite et la valeur de la méditation, ignorent sa véritable nature et ses fruits, son origine et sa finalité. Ils ignorent quelles voies la méditation emprunte, sur quels objets, et sous quelles formes elle s’effectue. On n’a jamais enseigné comment, sur quoi et pourquoi il faut méditer, ni si ce qui est recherché par la méditation est voulu en soi ou pour un fruit qu’elle produit, et dont on tirerait avantage. Si c’est pour le fruit, quel est-il donc ? Concerne-t-il la science ou les états spirituels, ou les deux à la fois ? Il est important d’expliquer ce point, et c’est pourquoi nous traiterons d’abord des mérites de la méditation, puis de sa nature réelle et de son fruit, et enfin des voies empruntées par la pensée, et des théâtres où elle se développe.
PREMIÈRE PARTIE
L ES MÉRITES DE LLA MÉDITATION
Dieu a ordonné d’innombrables fois dans Son précieux Livre de recourir à la méditation ( tafakkur ) et à la réflexion ( tadabbur ). Il a loué ceux qui s’adonnent à la méditation, notamment en ces termes : « Ceux qui se remémorent Dieu, debout et assis, appuyés sur leur côté, et qui méditent sur la création des cieux et de la terre : “Seigneur, Tu n’as pas créé tout cela en vain. Gloire à Toi ! Protège-nous du châtiment du feu. » 19
Ibn ‘Abbâs 20 raconte : « Un jour, un groupe de personnes s’adonnait à la méditation sur Dieu ; le Prophète  leur dit alors : “ Méditez sur Sa création, et non sur Lui, car jamais vous ne parviendrez à appréhender Sa Puissance. ” » 21
Le Prophète  se rendit un jour à la rencontre d’un groupe de gens qui s’adonnait à la méditation. Il leur demanda : « Pourquoi ne parlez-vous pas ? » Ils répondirent : « Nous méditons sur la création de Dieu. » Il leur dit alors : « Bien ! C’est ainsi que vous devez faire. Méditez sur Sa création, et non sur Lui. A l’Ouest de votre pays il y a une terre dont la lumière est sa blancheur et sa blancheur est sa lumière, et où la course du soleil est de quarante jours : elle est habitée par certaines créatures de Dieu, qui ne Lui ont jamais désobéi, pas même un instant. » On lui demanda : « Et quelle place occupe le démon chez eux ? – Ils ignorent si le démon a été créé ou pas , répondit le Prophète. – Appartiennent-ils au genre humain ? – Ils ignorent si Adam a été créé ou pas. » 22
On rapporte le récit suivant de ‘Atâ’ 23 : « Un jour, ‘Ubayd b. ‘Umayr 24 et moi allâmes trouver (l’épouse du Prophète  ) ‘Âishah que Dieu soit satisfait d’eux tous ! S’adressant à nous de derrière un voile, elle nous dit : “Ô ‘Ubayd, qu’est-ce qui t’empêche de nous rendre visite ?

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