Le Livre des bons rapports sociaux
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Description

Cet ouvrage s'inscrit dans l'œuvre magistrale de l'imam al-Ghazâlî, Revivification des Sciences de la Religion. Thème très apprécié des maîtres spirituels, les règles de compagnonnage régulent toute la progression des aspirants à la voie initiatique et religieuse. Sarrâj, Sulami, Mekkî et d'autres intellectuels des périodes précédantes ont conscré des chapitre voire des ouvrages entier à ce thème. Cependant aucun n'a été jusqu'aujourd'hui traduit en français. Nous avons donc ici une œuvre postérieure qui synthétise admirablement les différents genres de compagnie ; amicale, de voisinage, sociale, fraternelle ou initiatique auprès d'un maître spirituel, les relations mondaines…Sont également exposés les sentiments et émotions régulant ces différents genres de compagnonnage ; amour, amitié, indifférence ou encore aversion et haine. Dans quel cadre sont-elles justifiables et dans quel autre elles ne le sont plus. En somme, nous trouvons ici sous la plume d'un maître aguerri à ce genre de relations qu'il a toutes éprouvées par lui-même, l'exposé doctrinal des règles des convenances spirituelles (al-Adâb). Le lecteur se rendra rapidement compte que la qualification de ' frère ' usité entre croyants comporte des devoirs précis et qu'ainsi il ne peut et ne doit aucunement être pris à la légère.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 42
EAN13 9791022501262
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,048€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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– Revivification des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1435-2014
ISBN 978-2-84161-965-8 // EAN 9782841619658
Abû Hâmid Al-Ghazâlî
LE LIVRE DES BONS RAPPORTS SOCIAUX
Kitâb âdâb al-ulfa wa-l-ukhuwwa wa-l-suhba wa-l-mu‘âshara ma‘a asnâf al-khalq
Traduit de l'arabe, commenté et annoté par Idris De Vos
Le Livre des convenances relatives aux rapports amicaux, aux liens fraternels, au compagnonnage et à la vie sociale est le cinquième livre du tome II de la somme magistrale de l’imâm al-Ghazâlî, Ihyâ ‘ulûm ad-Dîn . Ce livre fait suite à celui du Licite et de l’illicite et aborde la question des rapports humains dans toutes leurs formes. L’auteur établit dans ce cadre une hiérarchie des liens sociaux, montrant que la fraternité spirituelle prévaut sur la fraternité humaine. Il s’attarde sur la question de l’amour en Dieu et de la réprobation en Dieu. Puis il définit les droits et devoirs fraternels.
Il traite ensuite des relations à la famille, aux voisins et à toutes les créatures.
L IVRE DES CONVENANCES RELATIVES AUX RAPPORTS AMICAUX , AUX LIENS FRATERNELS , AU COMPAGNONNAGE ET À LA VIE SOCIALE 1
Au nom de Dieu, Le Tout-Miséricordieux, Le Très-Miséricordieux.
À Dieu échoit la légitime louange, Lui qui gratifie l’élite de Ses serviteurs de Sa très munificente et très bienveillante dilection ;
Lui qui unit leur cœur de sorte qu’ils fraternisent par Sa grâce ; Lui qui libère leur poitrine de toute rancœur pour faire d’eux des amis et des amants en ce monde et les prédisposer à une intime et solide amitié dans l’Au-delà.
Puisse la grâce être accordée à Muhammad, l’Élu entre tous, ainsi qu’à sa famille et à ses compagnons, eux qui le suivirent et se conformèrent à son exemple, tant en paroles qu’en actions, en équité et en bienfaisance.
L’amour en Dieu 2 et la fraternité basée sur le culte du Très-Haut, sont une des plus estimables formes de dévotion et une des plus subtiles formes d’adoration bénéfique s’intégrant dans les bons usages communs.
Néanmoins, pour que les rapports humains s’assimilent à cet amour partagé, inclus en l’amour de Dieu, il faut qu’ils respectent un certain nombre de conditions ; et pour que la fraternité soit sincère et dénuée de souillures et de travers démoniaques, il faut qu’elle assume un certain nombre de devoirs. Si le serviteur respecte ces conditions et ces devoirs, il se verra sensiblement rapproché de Dieu et sera élevé à des rangs éminents.
Le propos de cet ouvrage se résumera aux trois chapitres suivants :
• les vertus, les degrés et les mérites des rapports amicaux et des liens fraternels entretenus pour l’amour de Dieu ;
• la bonne compagnie, sa définition, ses exigences et ses convenances ;
• les devoirs envers les musulmans, la famille, les voisins et les esclaves, ainsi que la manière de traiter ceux que ces devoirs éprouvent.
I. L ES RAPPORTS AMICAUX ET LA FRATERNITÉ
Les vertus des rapports amicaux et de la fraternité
L’affection découle du caractère vertueux des hommes ; à l’inverse, la désaffection découle du caractère vicié des hommes. La vertu appelle l’amour partagé, la concorde, l’harmonie ; le vice appelle l’exécration mutuelle, la rancœur réciproque et la division. De louables actions ont ainsi de louables conséquences.
Il n’échappe à personne qu’une bonne complexion participe méritoirement de la religion. Le Très-Haut loue précisément Son Prophète – grâce et paix lui soient consenties – en considération de sa vertu. Il déclare : « Tu es d’une complexion sublime. » 3
Et le Messager de Dieu – grâce et paix lui soient consenties – a dit lui-même à ce sujet : « Les dispositions valant au plus grand nombre de gens d’entrer au Paradis sont la piété et la bonne complexion. »
Usâma Ibn Sharîk fait à ce sujet le récit suivant : « Nous nous adressâmes un jour [à l’Élu] : « Ô Envoyé de Dieu, quel est le plus grand bien pouvant être consenti à l’homme ? » – « La bonne complexion. », répondit-il.
Le prophète – grâce et paix lui soient consenties – précisa également : « J’ai été envoyé pour parfaire les nobles vertus. » ; « Rien ne fait plus pencher la balance en faveur de l’individu qu’une bonne complexion. » ; « Quand Dieu donne à quelqu’un une belle complexion et une belle constitution, Il ne saurait ensuite lui faire goûter le feu. » Il déclara un jour à Abû Hurayra : « Ô Abû Hurayra, je t’enjoins d’adopter un caractère vertueux. » Celui-ci – Dieu soit satisfait de lui – lui demanda : « En quoi consiste un caractère vertueux ? » Le Prophète répondit : « À renouer les liens avec qui ne t’aime plus, à pardonner à qui te fait du tort et à donner à qui te prive. »
Il est donc évident que la vertu engendre l’affection et écarte d’autant l’aversion. De louables actions ont de louables conséquences. Comment en irait-il autrement alors que les textes de référence célèbrent les rapports amicaux, dans la mesure où ceux-ci se fondent sur la piété, la religion et l’amour de Dieu. Les versets coraniques et la tradition prophétique illustrant ce fait sont suffisamment explicites. Se prévalant de l’immense faveur qu’Il accorde à Ses serviteurs à travers l’affection, le Très-Haut déclare ainsi : « Quand bien même y aurais-tu employé toutes les richesses de ce monde, tu n’aurais pu unir leurs cœurs. Dieu, quant à Lui, a uni leurs cœurs. » 4 Il dit également : « Et par Sa grâce, vous êtes devenus frères. » 5 C’est-à-dire, grâce à l’affection qui vous lie les uns les autres.
À l’inverse, Dieu condamne la discorde. En expression de cette réprobation, Il déclare : « Attachez-vous tous à la corde de Dieu et ne vous divisez pas […] peut-être trouverez-vous la voie. » 6
Le Prophète annonça un jour à ce sujet : « Ceux qui parmi vous siègerons le plus près de moi sont les plus affables : ceux qui se lient aisément d’amitié et savent se faire apprécier. » Il déclara aussi, dans le même esprit : « Le croyant est enclin à offrir son amitié et à recevoir celle des autres. Un homme qui n’est pas disposé à nouer des liens amicaux et à recevoir l’amitié des autres est dénué de tout bien. »
Au sujet de la fraternité religieuse, il nous enseigna par ailleurs : « Quand Dieu veut du bien à quelqu’un, Il le gratifie d’un ami vertueux qui se charge de le rappeler à l’ordre lorsqu’il oublie et se propose de l’aider lorsqu’il se rappelle. » Il déclara également : « La rencontre de deux frères [en religion] est à l’image des deux mains qui se lavent l’une l’autre. Lorsque deux croyants se rencontrent, Dieu fait en sorte que chacun tire profit de son frère. »
Encourageant à la fraternité pour l’amour de Dieu, il déclara aussi : « À l’homme qui noue un lien fraternel pour l’amour de Dieu, le Très-Haut accorde un rang auquel il ne saurait accéder par aucune autre de ses œuvres. »
Abu Idrîs al-Khawlânî avait dit un jour à Ma‘âdh : « Je t’aime en Dieu ! » Et Ma‘âdh avait répondu : « Augure mille biens ! Car j’ai entendu l’Envoyé de Dieu dire : “ Au Jour du Jugement, de(s) (larges) sièges seront installés pour une certaine catégorie de gens. Leurs visages seront semblables à des lunes pleines. Alors que les gens seront saisis d’effroi, eux ne seront nullement inquiétés ; les gens seront affolés et eux ne concevront aucune crainte. Il s’agit des protégés de Dieu, ceux « qui ne seront nullement inquiétés et nullement affectés ». 7 On lui demanda : « Qui sont ces gens ? », à quoi il répondit : « Ceux qui s’aiment mutuellement en Dieu. » Ce hadith est rapporté par Abû Hurayra – Dieu soit satisfait de lui. Il nous informa également de ce qui suit : « Il y aura autour du Trône des chaires de lumière sur lesquelles se tiendront des gens aux habits de lumière et aux visages de lumière. Il ne s’agira pas de prophètes ou de martyrs. Néanmoins, les prophètes et les martyrs eux-mêmes les envieront. » On lui demanda : « Décris-nous ces gens, ô Envoyé de Dieu. » Il répondit : « Il s’agit de ces gens qui s’aiment en Dieu, qui se réunissent pour l’amour de Dieu et qui se rendent visite pour l’amour de Dieu. »
Le Prophète – grâce et paix lui soient consenties – dit encore : « De deux hommes s’aimant en Dieu, le plus aimable aux yeux de Dieu est celui qui voue à l’autre le plus grand amour. »
On dit aussi que lorsque deux hommes se lient fraternellement pour l’amour de Dieu, si l’un est d’un rang supérieur à l’autre, il élève celui-ci à son rang et le joint à son statut comme un enfant rejoint ses parents ou comme des époux se rejoignent. Parce que la fraternité fondée sur l’amour de Dieu n’est pas moindre que le lien parental. Le Très-Haut dit à ce sujet : « Nous les avons réunis à leur famille et Nous ne les avons lésés en aucune œuvre. » 8
Il nous est également parvenu du Prophète –grâce et paix lui soient consenties – les paroles suivantes : « Le Très-Haut déclare : “Mon amour échoit à ceux qui se rendent visitent pour Me plaire ; Mon amour échoit à ceux qui s’aiment pour Me plaire ; Mon amour échoit à ceux qui se font largesses pour Me plaire ; Mon amour échoit à ceux qui se portent secours pour Me plaire.” » ; « Le Très-Haut dira au Jour du Jugement : “Où sont les gens qui s’entre-aimaient ?. Par Ma majesté, en ce jour où il n’est d’ombre en dehors de la Mienne, Je les couvrirai de cette ombre.” » ; « Il est sept catégories de gens que Dieu couvrira de son ombre au jour où la seule ombre sera la Sienne : les imams équitables ; les jeunes gens grandissant dans l’adoration de Dieu ; les hommes dont le cœur demeure attaché aux lieux de prière dès le moment qu’ils en sortent et jusqu’à ce qu’ils s’y rendent de nouveau ; les hommes qui s’aiment en Dieu, qui se réunissent pour cet amour et qui se séparent en continuant de l’entretenir ; les hommes qui, se souvenant de Dieu dans l’isolement, laissent perler des larmes ; les hommes qui disent à une femme bien née tentant de les séduire : “Je crains le Très-Haut.” ; les hommes qui dispensent des aumônes si secrètement que leur main gauche ne sait pas ce que donne leur main droite. » ; « Lorsqu’un homme rend visite à un autre par amour de Dieu, poussé par son instant désir de le voir et de le retrouver, un ange l’interpelle dans son dos : “Grand bien te soit accordé ! Que ta démarche te soit profitable ! Et que l’accès au Paradis te soit octroyé !” » ; « Un homme partait rendre visite à quelqu’un avec qui il entretenait un lien fraternel pour l’amour de Dieu. Dieu envoya sur sa route un ange qui l’aborda et lui demanda : “Où vas-tu ?” – “Je vais rendre visite à mon frère Untel”, répondit-il – “Y vas-tu pour récupérer quelque chose qui t’appartient ?” – “Non.” – “Y vas-tu par respect pour un lien familial ?” – “Non.” – “Y vas-tu pour un quelconque avantage qu’il t’apporterait ?” – “Non.” – “Alors pourquoi y vas-tu ?” – “J’y vais parce que l’amour de Dieu me fait l’aimer.” – “Eh bien ! sache que Dieu m’a envoyé vers toi pour t’informer qu’Il t’aime en vertu de cet amour que tu voues à ton frère et que le Paradis t’est promis.” » ; « L’anse de la foi la plus solide est celle de l’amour en Dieu et de l’exécration en Dieu. »
Voilà pourquoi tout homme doit avoir des ennemis pour lesquels il entretient une inimitié visant à plaire à Dieu, comme il a des amis et des frères pour lesquels il entretient un amour visant à plaire à Dieu. 9 On raconte que le Très-Haut avait déclaré à l’un de Ses prophètes : « Ton renoncement à ce monde te fera trouver le repos plus rapidement ; ton attachement à Moi exclusivement t’honore. Mais combats-tu un ennemi pour Me plaire ou entretiens-tu une amitié pour Me plaire ? »
Le Prophète – grâce et paix lui soient consenties – fit un jour la prière suivante : « Mon Dieu, fais que je ne sois jamais redevable d’un prévaricateur. Car Tu me ferais l’aimer. »
On raconte aussi que le Très-Haut déclara à Jésus – puisse le salut lui être accordé – par voie de révélation : « Si tu Me consacrais une adoration semblable à celle des habitants des cieux et de la terre réunis, sans aimer personne en Moi et sans exécrer personne en Moi, ton adoration ne te serait en rien utile. » Jésus – puisse le salut lui être accordé – adressa également le conseil suivant : « Faites-vous aimer de Dieu en prenant en inimitié les transgresseurs ; rapprochez-vous de Dieu en vous écartant d’eux ; rechercher le contentement de Dieu en les contrariant. » Certains lui dirent : « Ô Esprit de Dieu, qui devons-nous côtoyer ? » Il répondit : « Côtoyez ces gens dont la vue vous rappelle Dieu, ceux dont les paroles favorisent l’accroissement de vos bonnes œuvres et ceux dont les actions vous font désirer l’Au-delà. »
Un récit ancien rapporte que le Très-Haut avait déclaré à Moise – puisse le salut lui être accordé – par voie de révélation : « Ô fils de ‘Imrân, entoure-toi de frères avec lucidité. Tout ami ou compagnon qui ne t’aide pas à obtenir Ma satisfaction est pour toi un ennemi. »
Le Très-Haut déclara à David – puisse le salut lui être accordé – par voie de révélation : « Ô David, pourquoi te vois-Je retiré du monde et à l’écart des gens ? » – « Mon Dieu, répondit-il, j’exècre les gens pour Te plaire. » – Le Seigneur reprit : « Ô David, sois perspicace et entoure-toi d’amis. Renonce à la compagnie d’amis qui ne s’associeraient pas à ta volonté de Me plaire. Car ceux-là sont tes ennemis : ils détourneraient ton cœur et t’éloigneraient de Moi. »
Un autre récit rapporte que David – puisse le salut lui être accordé – déclara un jour : « Ô Seigneur, comment puis-je me faire aimer de tous les gens et préserver ma relation avec Toi ? » Dieu répondit : « Côtoie les gens sur la base des vertus qui sont les leurs. Et soigne ta relation avec Moi. » Une autre version dit : « Fréquente les gens inclinant à ce monde sur la base des vertus des gens de ce monde et fréquente les gens aspirant à l’Au-delà sur la base des vertus des gens de l’Au-delà. »
Le Prophète – grâce et paix lui soient consenties – déclara également à ce sujet : « Dieu aime prioritairement ceux d’entre vous qui se lient aisément aux autres et sont disposés à se faire apprécier, même s’ils sont exécrés des calomniateurs s’employant à créer la discorde entre les frères. » ; « Un ange de Dieu est constitué pour moitié de feu et pour moitié de neige. Il dit : “Mon Dieu, de même que Tu unis le feu et la glace, unit les cœurs de Tes serviteurs vertueux.” » ; « À chaque fois qu’un serviteur se trouve un nouveau frère en Dieu, Dieu l’élève d’un degré au Paradis. » ; « Les gens s’aimant pour l’amour de Dieu se tiendront en haut d’une colonne de saphirs, au sommet de laquelle seront dressées soixante-dix mille pièces. Ils surplomberont les gens du Paradis et leur splendeur les illuminera comme le soleil éclaire les habitants de la terre. Les gens du Paradis diront : “Allons voir ces gens qui s’aiment en Dieu.” Et leur splendeur les illuminera comme le soleil éclaire les habitants de la terre. Ils seront revêtus d’une soie verte et leur front portera l’inscription Les amants en Dieu ».
Un certain nombre de récits pieux abordent également ce sujet.
‘Alî – Dieu soit satisfait de lui – a dit : « Prenez soin de vos frères. Ils sont un viatique pour ce monde et pour l’autre monde. N’avez-vous pas entendu les habitants de l’Enfer déclarer : “ Nous n’avons nul intercesseur et nul fervent ami. ” 10 ? »
‘Abd Allâh Ibn ‘Umar – Dieu soit satisfait de lui et de son père – a dit : « Par Dieu, si je jeûnais le jour sans discontinuer, veillais les nuits sans jamais faillir et dépensais prodigalement mes biens pour la cause de Dieu sans éprouver d’amour pour les partisans de l’observance et d’inimitié pour les partisans de l’inobservance, toutes ces œuvres seraient vaines. »
Ibn al-Sammâk a dit au moment de mourir : « Mon Dieu, Tu sais que même s’il m’est arrivé de désobéir, j’ai aimé les hommes se conformant à Tes ordres. Fais donc de cela un motif pour me rapprocher de Toi. »
Al-Hassan a tenu pour sa part un propos signifiant le contraire : « Ô fils d’Adam, ne sois pas abusé par la parole [prophétique] “ Les gens seront avec ceux qu’ils aimaient. ”, car tu ne saurais rejoindre les gens pieux qu’en participant à leurs œuvres. Les juifs et les chrétiens aiment leurs prophètes, mais ne seront pas avec eux. »
Cette parole indique que l’amour seul ne suffit pas. L’individu doit aussi pratiquer une part ou la totalité des œuvres des gens aimés.
Al-Fadîl a dit en ce sens : « Quoi ! Veux-tu donc être logé en l’Éden et côtoyer le Miséricordieux dans Sa demeure, aux côtés des prophètes, des véridiques, des martyrs et des hommes vertueux ? Mais sur la base de quelle œuvre ? À quel plaisir as-tu renoncé ? Quelle colère as-tu contenue ? Quel lien familial rompu as-tu renoué ? Quelle faute de ton frère as-tu pardonnée ? Quel homme proche de toi as-tu tenu à l’écart pour l’amour de Dieu ? Et quel homme sans lien avec toi as-tu rapproché pour l’amour de Dieu ? »
On rapporte que le Très-Haut déclara à Moïse – puisse le salut lui être accordé– par voie de révélation : « As-tu accompli une seule œuvre pour l’amour de Moi ? » – Il répondit : « Mon Dieu, j’ai prié pour Toi ; j’ai jeûné pour Toi ; j’ai pratiqué l’aumône légale et la charité pour Toi. » – Dieu reprit : « La prière sera pour toi une preuve ; le jeûne sera pour toi une protection ; l’aumône sera pour toi une ombre 11 et la charité sera pour toi une lumière. Mais quelle œuvre as-tu accomplie pour Moi ? » – « Mon Dieu, demanda Moïse, indique-moi quelle œuvre peut T’être destinée en propre ? » – « Ô Moïse, as-tu jamais noué un lien d’amitié pour l’amour de Moi ? Et n’as-tu jamais pris pour ennemi un individu pour l’amour de Moi ? » Moïse sut alors que la plus estimable des œuvres n’est autre que l’amour en Dieu et l’inimitié en Dieu.
Ibn Mas‘ûd – Dieu soit satisfait de lui – a dit : « Si un homme se consacrait soixante-dix ans durant à adorer Dieu entre le coin de la Kaaba et la station d’Abraham 12 , Dieu le ressusciterait néanmoins avec ceux qu’il aime. »
Al-Hassan – Dieu soit satisfait de lui – a dit : « La sévérité envers le prévaricateur est une œuvre de dévotion ayant vertu de rapprocher de Dieu. »
Un homme avait dit à Ibn Wâsi‘ : « Je t’aime en Dieu. » Il répondit : « Puisse t’aimer Celui en qui tu m’aimes. » Puis il détourna son visage et déclara : « Mon Dieu garde-moi d’être aimé en Toi alors que Tu me réprouverais. »
Un homme vint trouver un jour Dâwûd al-Tâ’î. Celui-ci lui demanda : « Que me vaut ta visite ? » – « Je viens seulement te rendre visite », répondit l’homme. – Dâwûd lui dit alors : « Pour ta part, c’est une bonne œuvre que tu accomplis en me rendant visite. Mais considère les conséquences que cela entrainera pour moi lorsqu’on me demandera : “Qui es-tu pour que les gens viennent te rendre visite ? Es-tu un ascète ?” Par Dieu, non ! Je ne suis pas un ascète. “Es-tu un dévot ?” Par Dieu, non ! Je ne suis pas un dévot. “Es-tu un saint homme ?” Par Dieu, non ! Je ne suis pas un saint homme. » Puis il commença à se réprimander en ces termes : « Dans ma jeunesse, j’étais un libertin. Et la vieillesse approchant, voilà que je fais preuve d’ostentation ! Par Dieu, celui qui fait montre d’ostentation est pire que le libertin ! »
‘Umar – Dieu soit satisfait de lui – a dit quant à lui : « Si l’un d’entre vous se fait aimer de son frère, qu’il prenne soin de lui. Car un tel fait arrive peu souvent. »
Mujâhid a dit : « Lorsque des gens s’aimant en Dieu se rencontrent le visage enjoué, ils sont allégés de leurs fautes comme l’arbre est dépouillé de ses feuilles mortes en hiver. »
Et Al-Fadîl a dit : « Le regard d’amour et de miséricorde qu’un homme porte sur son frère est une adoration. »
La fraternité en Dieu et la fraternité mondaine
L’amour en Dieu et l’exécration en Dieu sont des notions difficiles à cerner. Elles seront éclaircies par les explications qui vont suivre.
Sachons d’abord que toute relation appartient à l’une des catégories suivantes :
les relations fortuites. C’est le cas des rapports de voisinage, des rapports entre collègues, des rapports entre camarades d’école, des rapports commerciaux, des rencontres de cours, des rencontres de voyage, etc. ;
les relations choisies et voulues.
Ce sont ces dernières que nous entendons expliciter, parce que la fraternité religieuse s’intègre fatalement dans cette catégorie. Les œuvres ne sont éligibles aux récompenses que dans la mesure où elles relèvent d’un choix. En outre, seules de telles œuvres appellent les encouragements.
Je dirais donc qu’une relation se traduit par une fréquentation, un côtoiement et une proximité. Or, l’homme ne saurait viser un bien pour son semblable à travers cela que s’il aime ce semblable. Étant entendu qu’un être mal aimé est tenu à l’écart et n’appelle pas une relation consentie.
Tout objet d’amour s’inscrit dans l’un des cas de figure suivants : soit il est aimé pour lui-même sans être un moyen servant une fin au-delà de lui, soit il n’est qu’un moyen servant une fin au-delà de lui. Cette fin peut se limiter à un avantage en ce monde, se rapporter à un bien [promis] dans l’Au-delà ou bien ne se rapporter qu’à Dieu Seul.
Les objets d’amour se résument ainsi en quatre catégories.
La première est celle de l’amour voué à un être pour lui-même. Cette forme d’amour est possible dans la mesure où la source même du plaisir de l’amant réside en la vue, la connaissance et la contemplation des vertus appréciables chez l’aimé. Car toute beauté est délectable aux yeux de qui sait la percevoir, et tout objet de délectation est aimé. La délectation est subordonnée à l’appréciation et l’appréciation, à la convenance, à l’affinité et la compatibilité de complexion.
L’objet apprécié peut être extérieur, c’est-à-dire relever d’une beauté physique ou intérieur, c’est-à-dire relever d’une qualité intellectuelle ou d’un caractère vertueux. Lequel caractère vertueux est nécessairement subordonné au bon comportement et la qualité intellectuelle, à l’étendue du savoir.
Toute personne saine d’esprit et de complexion équilibrée apprécie les diverses qualités précitées. Tout objet d’appréciation est délectable, et donc, aimé.
Cependant, il constitue, dans la concordance des cœurs, un fait plus équivoque, car il arrive qu’un amour se conçoive entre deux personnes sans que celles-ci ne présentent de beauté physique ou de complexion vertueuse. L’amour se fonde, dans ce cas, sur une affinité créant un lien et une convenance. Il est vrai que les choses semblables s’attirent par nature. Mais les réalités intérieures sont cachées et répondent à des lois si subtiles que l’être humain ne saurait les appréhender.
L’Envoyé de Dieu – grâce et paix à son âme – exprime ce fait ainsi : « Les esprits sont comme des armées coalisées : celles qui se reconnaissent mutuellement ( ta‘ârafa ) 13 s’unissent et celles que se méconnaissent (ou se renient mutuellement) se divisent. » Le reniement mutuel découle de la dissemblance et l’union découle de la ressemblance exprimée ici par l’idée de reconnaissance mutuelle. Une autre version rapporte : « Les esprits sont comme des armées coalisées : elles se rencontrent et se côtoient dans les airs. » Certains savants y voient l’allégorie suivante : créant les esprits, le Très-Haut en a scindé certains pour laisser chaque partie à son mouvement autour du Trône. Lorsque deux esprits issus d’une même scission se rencontrent et se reconnaissent dans ce [monde céleste], ils s’unissent en ce bas monde. L’Envoyé de Dieu – grâce et paix lui soient consenties – a dit à ce sujet : « Les esprits des croyants se rencontrent alors qu’ils sont encore séparés par la distance d’une journée de voyage, avant même qu’ils aient pu se voir. »
On raconte qu’une femme ayant le don de faire rire ses semblables habitait La Mecque, et qu’une autre, douée de ce même don, habitait Médine. La Médinoise descendit un jour à La Mecque. Elle rendit visite à ‘Â’isha – Dieu soit satisfait d’elle. Après l’avoir fait rire, son hôte lui demanda : « Chez qui logestu ? » Comme la femme lui mentionnait sa semblable mecquoise, ‘Â’isha s’exclama : « Dieu et Son Envoyé ont dit vrai ! J’ai entendu le Prophète – grâce et paix lui soient consenties – déclarer : « Les esprits sont des armées coalisées… »
La vérité est que l’observation et l’expérience enseignent effectivement que l’affinité engendre la cohésion. La concordance de nature et de complexion, intérieure et extérieure, dont il s’agit, est au-delà de l’entendement. Les raisons dont procède cette concordance ne relèvent pas des capacités humaines.
En leurs divagations, les astrologues disent que lorsque l’Ascendant de quelqu’un se situe en en trigone ou en sextil avec celui d’une autre personne, c’est le signe d’une concordance génératrice d’attirance : elle entraine affinité et amour. Si en revanche l’Ascendant de cette personne se situe en opposition ou en carré avec celui d’une autre personne, cela favorise l’aversion et l’inimitié.
S’il en va réellement ainsi des lois que Dieu instaura en créant les cieux et la terre, cela ne fait qu’ajouter à la complexité du problème de base qui est celui de l’origine de l’affinité des êtres. Il est vain de vouloir élucider des mystères inaccessibles à l’être humain. Nous n’avons reçu que peu de science. Il nous suffit donc d’admettre les faits que nous enseignent l’expérience et l’observation. D’autant que la Tradition en atteste. Le Prophète – grâce et paix lui soient consenties – a dit en outre : « Si un croyant se rendait à une assemblée composée de cent hypocrites et d’un seul croyant, il finirait par s’asseoir avec ce dernier ; si un hypocrite se rendait à une assemblée composée de cent croyants et d’un seul hypocrite, il finirait par s’asseoir avec ce dernier. » Cette parole prouve que les choses semblables s’attirent par nature, même si cela est inconscient.
Mâlik Ibn Dînâr a dit également : « Lorsque dans un groupe de dix personnes deux individus se lient, c’est toujours qu’ils ont au moins un trait commun. Les espèces humaines sont comme les espèces d’oiseaux : deux oiseaux ne tissent des liens que s’ils ont une communauté de nature. » Il ajoute : « Des gens virent un jour un corbeau se lier à une colombe. Ils s’étonnèrent : « Comment peuvent-ils s’entendre alors qu’ils ne sont pas de la même espèce ? » Mais au moment de s’envoler, leur démarche révéla qu’ils boitaient tous les deux. « Voilà donc leur point commun ! », conclurent les gens.
C’est pourquoi un sage a dit : « Les hommes se sentent à l’aise avec qui leur ressemble, tout comme les oiseaux volent avec des individus de même espèce. »
Lorsque deux individus sont amenés à se côtoyer un moment sans se trouver d’affinité, ils finissent à coup sûr par perdre contact. Les poètes sont sensibles à ce fait subtil. L’un d’eux a dit :
« Pourquoi vous séparer ? », des importuns s’enquièrent ?
Je livre une réponse assurément sincère :
« N’ayant rien de commun, nous nous sommes quittés !
Eh ! Les gens ne se lient que par affinité. »
Il apparaît donc que l’être humain peut être aimé pour lui-même, sans que cet amour ne soit motivé par un quelconque intérêt, immédiat ou futur. Un tel amour naît de la simple convenance morale et de l’affinité.
L’amour suscité par la beauté est du même ordre, parce qu’il ne découle pas de la volonté d’assouvir un quelconque plaisir. Une image gracieuse est appréciable en elle-même, même si aucun plaisir au sens commun n’y est associé. C’est pourquoi le regard peut se réjouir de la vue des fruits, des vergers, des parterres fleuris, des pommes rouges bigarrées, des cours d’eau et de la verdure, sans en attendre autre chose.
Cette forme d’amour ne participe pas de l’amour en Dieu. Il n’est rien de plus qu’un amour naturel relevant d’un plaisir égotique. Un homme ne croyant pas en Dieu peut très bien entretenir un tel amour.
Du reste, si cette forme d’amour est liée à un désir condamnable, elle devient condamnable. C’est le cas lorsqu’un regard se porte sur une image et se prend à convoiter un plaisir illicite.
Si en revanche cette forme d’amour n’est liée à aucun désir condamnable, elle est permise. Dans ce cas, elle n’est qualifiée ni de louable ni de condamnable. Et en définitive, tout amour ne manque pas d’être soit louable, soit condamnable, soit neutre, c’est-à-dire, ni louable ni condamnable.
La deuxième catégorie d’amour est celle que l’individu voue à une chose pour une autre. C’est-à-dire que cette première n’est qu’un moyen servant l’accession au réel objet d’amour, car ce qui permet d’y accéder est aimé. Dans le cas d’un tel objet d’amour intermédiaire, l’objet réel n’est donc autre que l’objet envisagé à travers lui.
Tout ce qui rapproche de l’objet d’amour est aimé. C’est pourquoi les gens aiment l’or et l’argent, bien que ces métaux ne leur soient d’aucune utilité en eux-mêmes. L’homme ne peut ni s’en nourrir ni s’en vêtir, mais il peut obtenir ce qu’il aime à travers eux.
Il se trouve que certaines personnes sont aimées de la même façon que l’or et l’argent, parce qu’elles ont le pouvoir de servir des fins, qu’il s’agisse d’ascendant, d’argent ou de science. C’est le cas d’un sultan auprès duquel un homme trouve un profit matériel ou social. Cet homme aimera par la même occasion les proches du sultan, si ceux-ci participent à améliorer sa condition auprès de lui et à le faire apprécier de lui.
Aussi, lorsque cette forme d’amour sert un dessein qui se limite aux intérêts de ce monde, elle ne participe pas davantage de l’amour en Dieu.
Lorsqu’elle ne sert pas que des intérêts de ce monde, mais ne vise au fond que ce monde, comme l’amour d’un élève pour son professeur, elle ne participe toujours pas de l’amour en Dieu. En effet, ce que l’élève aime à travers son professeur, c’est l’acquisition des sciences. Son objet d’amour n’est donc autre que la science. Et s’il n’aspire pas à la science pour se rapprocher de Dieu, mais au contraire pour gagner de l’ascendant, de l’argent ou de la notoriété, son objet d’amour est tout cela. Quant à la science, elle n’est encore qu’un moyen. Et le professeur n’est qu’un moyen d’obtenir cette science. Il n’y a en tout cela nul amour pour Dieu. Parce qu’un homme ne croyant pas du tout en Dieu est aussi bien capable d’entretenir des tels amours.
Les fins visées par l’homme sont également de deux sortes : condamnables ou licites.
Si l’individu ambitionne des fins condamnables, telles que l’oppression de ses semblables, l’accaparement des biens des orphelins ou l’exercice d’un pouvoir tyrannique sur ses coreligionnaires, alors son objet d’amour est condamnable. Si en revanche il aspire à des fins licites, le moyen emprunte le statut et la qualité des objectifs concernés. Le moyen y est subordonné ; il n’est pas indépendant.
La troisième catégorie est celle d’un amour intermédiaire, dont la fin n’est pas un avantage en ce monde, mais un avantage dans l’Au-delà. Il est également aisé à se représenter. Il est à l’exemple d’un individu qui aime son professeur ou son maître parce que celui-ci lui permet d’acquérir la science et de parfaire son comportement. Le but que vise l’élève à travers la science et le bon comportement n’est autre que la félicité dans l’Au-delà. Un tel amour participe de l’amour en Dieu. C’est également vrai de l’homme qui aime ses élèves du fait que ceux-ci reçoivent de lui la science, ce qui le hisse au rang d’enseignant et l’érige, du même coup, à un statut vénérable dans le royaume céleste. Jésus – grâce et salut lui soient consentis – a dit en effet : « L’homme qui sait, qui fait et qui transmet ce qu’il sait, est qualifié de vénérable dans le royaume des cieux. » Comme l’enseignement ne peut se faire sans élève, ce dernier est donc un moyen de parvenir à ce statut d’accomplissement. Si un enseignant aime son élève parce qu’il est l’instrument de son projet et fait de lui cette terre de culture dont il entend récolter l’accession au statut de vénérable dans le royaume des cieux, il conçoit un amour en Dieu.
J’irais plus loin : considérons un homme qui fait largesse de son argent à l’attention d’invités et prépare pour eux des mets délicieux en vue de se rapprocher de Dieu. Si cet homme aime un cuisinier pour l’excellente cuisine qu’il prépare, son amour participe de l’amour en Dieu. Et s’il aime un individu chargé de faire parvenir une aumône légitimement attribuée, son amour participe de l’amour en Dieu.
J’ajouterais ceci : considérons un homme qui aime les gens qui le servent en lavant ses vêtements, en balayant sa demeure ou en lui préparant ses repas, afin qu’il puisse se vouer à la science ou à une œuvre quelconque. S’il vise à travers cela la consécration à l’adoration de Dieu, son amour participe de l’amour en Dieu.
Plus encore : considérons un homme aimant l’un de ses semblables qui lui destine une part de son argent, lui procure des vêtements, de la nourriture, un logement et assume l’ensemble de ses besoins en ce monde. Si le but de ce premier, travers tout cela, est de pouvoir se consacrer exclusivement à la science et aux œuvres plaisant à Dieu, son amour participe de l’amour en Dieu. Il y avait parmi nos prédécesseurs un certain nombre de gens que de riches mécènes prenaient matériellement en charge. Les donateurs et les bénéficiaires étaient tous deux des gens s’aimant en Dieu.
Considérons encore un homme qui épouserait une femme pour se prémunir des suggestions du Malin et préserver sa religion ou pour s’assurer une descendance vertueuse priant pour lui. S’il aime cette femme en tant qu’intermédiaire à ces fins religieuses, il s’agit d’un amour en Dieu. C’est pourquoi un certain nombre de traditions évoque le fait qu’une grande récompense est destinée à ceux qui font preuve de largesse envers leurs épouses. Le simple morceau de pain que l’homme porte à la bouche de son épouse appelle une récompense.
Considérons à présent un homme aimant ardemment le Seigneur et aspirant à Sa satisfaction et à Sa rencontre dans l’Au-delà. S’il aime une réalité autre que Dieu, il s’agit malgré tout d’un amour en Lui, parce qu’il est inconcevable qu’un tel homme puisse aimer quelque chose indépendamment du lien le rapportant à son réel objet d’amour, en l’occurrence, la satisfaction du Très-haut.
Considérons ensuite un homme qui associe en son cœur ces deux amours que sont celui de Dieu et celui de ce monde et qui trouve une personne satisfaisant à l’objet de ces deux amours, de sorte qu’il aboutisse à Dieu et à l’intérêt qu’il a de ce monde. S’il vise son salut en ces deux aspects, il s’agit d’un amour en Dieu. C’est le cas d’un étudiant qui aime son professeur parce qu’il lui inculque les sciences tout en pourvoyant à ses besoins matériels. Il l’aime du fait qu’il aspire naturellement à son confort en ce monde et du fait qu’il aspire à la félicité dans l’Au-delà. Un tel professeur est l’intermédiaire de ces deux objets d’amour. L’étudiant l’aime donc en Dieu.
L’amour en Dieu ne pose pas comme condition que l’individu n’entretienne l’amour d’aucun intérêt immédiat, parce que les invocations que les prophètes – grâce et salut leur soient consentis – nous ont prescrit de formuler associent ce monde et l’autre. Ces invocations disent notamment : « Seigneur, accorde nous un bien en ce monde et un bien dans l’autre monde. » 14 Et Jésus – puisse-t-il trouver le salut – a dit dans une invocation : « Mon Dieu, ne donne pas à mon ennemi l’occasion de se réjouir de mon malheur ; ne fais pas de tort à mon ami par ma main ; fais que le malheur ne me touche pas en ma religion et fais que ce monde ne soit pas ma plus grande préoccupation. » La protection contre la réjouissance malveillante des ennemis constitue un avantage de ce monde. Or, il n’a pas dit : « Fais que ce monde ne soit pas de mes préoccupations. » Il a dit : « Fais que ce monde ne soit pas ma plus grande préoccupation. »
Notre Prophète – grâce et salut lui soient consenti – a également dit dans une invocation : « Mon Dieu, je te demande de m’accorder une miséricorde me faisant l’honneur de bénéficier de Ta très digne estime dans ce monde et dans l’autre. » Il a dit aussi : « Mon Dieu, préserve-moi des malheurs de ce monde et de l’autre . »
En définitive, si l’aspiration à la félicité dans l’Au-delà ne s’oppose pas à l’amour du Très-Haut, alors pourquoi l’inclination pour la sécurité, la santé, la suffisance matérielle et la dignité en ce monde s’opposeraient-elle à l’amour de Dieu ? Ce monde et l’autre monde ne sont rien d’autre que deux situations que l’homme est amené à vivre : l’une plus immédiate que l’autre. Or, peut-on concevoir que l’homme tende vers son intérêt futur et non vers son intérêt immédiat ? S’il y nourrit un espoir pour son lendemain, c’est précisément parce que ce lendemain se transformera en présent et celui-ci fera donc l’objet d’inclinations.
Mais les agréments immédiats sont de deux sortes : les premiers s’opposent aux intérêts de l’Au-delà et privent l’individu de tout bénéfice futur. C’est contre ceux-ci que les prophètes et les saints se prémunissent, prescrivant aux autres d’en faire autant. Les seconds ne s’opposent pas aux intérêts futurs. De ceux-là, les prophètes et les saints ne se préservent pas. C’est le cas des relations charnelles légitimes, de la nourriture licite, etc. Le devoir de tout homme sensé est de réprouver les premiers et de ne pas les convoiter. Je veux dire de ne pas y aspirer intellectuellement, non de ne pas les désirer par nature. J’illustrerais ceci par l’exemple d’un homme qui renonce à consommer des mets royaux de la plus exquise facture, [destinés à l’unique intention du roi] parce qu’il sait que le faire lui vaudrait l’amputation d’une main ou la décapitation. Il ne s’agit pas, pour un tel homme, de cesser de désirer ces mets ou de ne plus pouvoir les apprécier s’il les consommait, cette attitude est impossible. Si l’homme en question se défend intellectuellement de se servir, c’est simplement qu’il réprouve la nuisance qui en découlerait ?
En somme, si un étudiant aime son professeur du fait qu’il pourvoit à ses besoins et l’instruit, ou si un professeur aime son élève du fait qu’il reçoit de lui et se tient à son service, c’est qu’il y a dans les deux cas un double profit, immédiat et futur. Le professeur et l’élève s’aiment tous les deux en Dieu, mais leur amour est conditionné. Si par exemple la science venait à faire défaut ou si son acquisition devenait ardue, l’amour devrait décroître en proportion. Cette proportion, dans laquelle il décroit, correspond précisément à l’amour en Dieu. Et la récompense qui y est associée est également en proportion de l’amour en Dieu.
Il n’y a donc aucun mal à ce que ton amour pour une personne croisse ou décroisse en proportion de l’intérêt que tu associes à sa personne. À quantité égale, ton amour pour l’or est plus grand que ton amour pour l’argent. Parce que l’or permet de satisfaire à un plus grand nombre de désirs que l’argent. L’amour augmente ainsi en proportion des intérêts. Rien n’empêche que des intérêts de ce monde s’associent en cela à des intérêts de l’autre monde : tous deux peuvent participer de l’amour en Dieu.
L’amour en Dieu se définit donc par sa corrélation stricte à la foi en Dieu et en le Jour dernier, et tout accroissement d’amour corrélé à cette foi en Dieu participe également de l’amour en Dieu. Cet enseignement est fort subtil, mais s’avère très précieux.
Al-Jarîrî a dit : « Au premier siècle, les gens faisaient reposer leur manière d’être sur la base de la religion. Puis, l’intérêt pour celle-ci a décru. Au deuxième siècle, les gens faisaient reposer leur manière d’être sur la base de la probité. Puis, l’intérêt pour celle-ci a disparu. Au troisième siècle, les gens faisaient reposer leur manière d’être sur la base de la virilité. Puis, l’intérêt pour celle-ci a disparu. Désormais, il ne reste plus que la carotte et le bâton. »
La quatrième catégorie est celle de l’amour en Dieu pour Dieu. C’est-à-dire, sans convoiter ni science ni action et sans chercher à travers lui quoi que ce soit. Il s’agit du plus haut degré d’amour, mais aussi du plus subtil et du plus ardu qui puisse se représenter. Cette forme d’amour est pourtant possible. Un des signes révélant que l’amour domine un individu est qu’il déborde sur tout ce qui est lié à l’aimé ou qu’il entretient avec lui un rapport, même lointain. Lorsqu’un être voue à un de ses semblables un amour très intense, il se prend à aimer quiconque aime cet aimé ou est aimé de lui ; il aime quiconque le sert ; il aime ceux qui le louent ; il aime ceux qui s’emploient avec diligence à lui plaire. C’est si vrai, que Baqiyya Ibn al-Walîd a dit un jour : « Lorsqu’un croyant aime un autre croyant, il aime jusqu’à son chien. » Ce qui est exact. J’en veux pour preuve les récits relatant la vie des amants célèbres et les poèmes galants. Des histoires relatent ainsi que certains amants conservaient en secret les vêtements de l’aimé comme souvenir et que d’autres s’éprenaient de sa demeure, de son lien de séjour ou de ses voisins.
Majnûn Ibn ‘Âmir a dit ainsi :
Me voilà en ces lieux où vivait Laïla,
J’embrasse, épris, ce mur et puis cet autre-là !
Ce ne sont point les murs qui m’embrasent le cœur,
Mais c’est l’amour de qui habitait ces demeures.
L’observation et l’expérience révèlent donc que l’amour déborde sur ce qui entoure l’aimé, sur ce qui entretient un lien avec lui ou sur ce qui présente une affinité, même lointaine, avec lui. Mais ce n’est vrai que des amours extrêmement forts. Un amour commun n’est pas assez intense pour générer un tel effet.
Ce débordement d’amour, touchant ce qui entoure l’aimé ou entretient un lien avec lui, est à la mesure de l’intensité de l’amour en question.
Or, il en va ainsi de l’amour de Dieu, Exalté soit-Il : lorsqu’il se renforce, investit le cœur et prend possession de lui jusqu’à l’accaparer complètement, il finit par s’étendre à tout être existencié en dehors de Lui. Car toute créature est une trace de Sa toute-puissance. Et qui aime un être, aime son œuvre, son écriture et toutes ses actions. C’est pourquoi lorsqu’on apportait à l’Envoyé de Dieu – grâce et salut lui soient accordés – des fruits primeurs, il les passait sur ses yeux et les honorait en disant : « Ils étaient il y a encore peu de temps avec notre Seigneur. »
L’amour de Dieu procède parfois d’une réelle confiance dans les bienfaits que Sa promesse nous destine dans l’Au-delà. Elle procède d’autres fois du soutien ou de l’ensemble des faveurs qu’Il nous a accordées par le passé et d’autre fois, de Sa seule personne et ne convoite rien au-delà de Lui. Cette dernière forme d’amour est la plus subtile et la plus insigne qui soit. Nous en approfondirons l’étude dans Le Livre de l’Amour de la section des œuvres salutaires 15 , s’il plaît à Dieu.
Quelle que soit la source de cet amour de Dieu, il a donc vertu, lorsqu’il se renforce, de déborder sur tout ce qui présente un lien avec Lui. Il s’étend même sur des faits douloureux et détestables en eux-mêmes. Il se trouve que l’amour extrême atténue la sensation de douleur. La joie engendrée par l’action de l’aimé et sa volonté de faire souffrir l’amant submerge l’appréhension de la douleur en ce dernier. C’est le cas lorsqu’un amant est frappé ou pincé par l’aimé en guise de remontrance : l’intensité de l’amour génère de la joie et couvre complètement la sensation de souffrance.
Des hommes aimaient tant le Très-Haut qu’ils disaient en ce sens : « Nous ne faisons pas de différence entre les épreuves et les bienfaits : le tout provient de Dieu. Seuls les faits recevant Son agrément nous réjouissent. » L’un a même dit : « Je ne veux pas obtenir le pardon de Dieu pour la transgression de Dieu. »
Samnûn a dit :
Hormis Toi, Bien-Aimé, de rien je ne dispose,
Aussi, comme il Te sied, les épreuves m’impose.
Nous expliciterons cela dans Le Livre de l’Amour . Mon propos ici est de dire que lorsque l’amour de Dieu se renforce, il suscite en l’être l’amour de tous ceux qui s’emploient dûment à Son adoration par leur savoir ou leurs actions ; il suscite en lui l’amour de tous ceux qui possèdent un trait apprécié de Dieu, qu’il s’agisse d’une vertu ou du respect d’une convenance prescrite par Sa voie légale. Tout homme aspirant à l’Au-delà et entretenant l’amour de Dieu, lorsqu’il entend parler de deux individus, l’un savant et dévot, l’autre ignorant et débauché, sent en lui une inclination pour le premier. Et ce sentiment est plus ou moins fort en fonction de son degré de foi et de son degré d’amour pour Dieu. Il tend vers cet individu, même s’il lui est totalement étranger et ne peut rien attendre de lui, en bien comme en mal, et dans ce monde ou dans l’autre. Une telle inclination est un amour en Dieu et pour Dieu, dénuée de tout intérêt. Si le croyant aime cet étranger, c’est uniquement parce que celui-ci bénéficie de l’amour et de l’agrément de Dieu et aime lui-même le Très-Haut et se consacre à Son adoration.
Lorsque l’amour est trop faible, son effet ne se manifeste pas et ne fait plus l’objet de récompense. Lorsqu’en revanche il est fort, il pousse l’homme à se lier d’amitié avec les croyants, à prendre leur défense et à les protéger par ses actions, par ses biens ou par ses paroles.
En la matière, les gens se situent à des niveaux variables dépendant de leur degré d’amour pour le Très-Haut.
Si l’amour était toujours motivé par un intérêt attendu de l’aimé, que celui-ci soit immédiat ou futur, alors nul ne pourrait entretenir d’amour envers des savants, des dévots, des compagnons ou des successeurs de compagnons défunts. Nul ne pourrait, qui plus est, aimer les prophètes des temps jadis – grâce et salut leur soient consentis. Or, l’amour de ceux-ci investit le cœur de tout musulman attaché à sa religion. Cela se manifeste par la colère qui le gagne lorsque l’un de leurs ennemis tient des propos insultants à leur encontre ou par la joie qui le gagne si quelqu’un fait leur éloge et évoque leurs hauts faits. Tout cela participe de l’amour en Dieu, parce que les êtres concernés sont l’élite des serviteurs de Dieu. Or, quiconque aime un roi ou une personne admirable, aime également sa suite et ses serviteurs et il aime quiconque l’aime.
C’est en opposant des intérêts égotiques à l’amour que celui-ci est éprouvé. Certaines amours sont si fortes qu’elles ne laissent aucune place aux intérêts concurrents de celui de l’aimé. C’est ce qu’exprime le poète en ces termes :
J’aspire à notre union, lui me veut tenir loin :
Je renie donc mon vœu pour adopter le sien !
Un autre dit :
La plaie qui vous agrée, nuisance ne me cause.
D’autres amours laissent une place à des intérêts et non à d’autres. C’est le cas d’un homme qui consent à céder la moitié, le tiers ou le dixième de ses biens pour l’aimé. Les biens cédés sont à la mesure de l’amour. On ne sait la valeur de l’aimé que par le renoncement à un objet d’amour cédé en contrepartie. Lorsque l’amour investit la totalité du cœur d’un homme jusqu’à ne plus avoir d’autre aimé que lui, il ne garde rien pour lui-même. Ce fut le cas d’Abû Bakr as-Siddîq – Dieu soit satisfait de lui – qui ne conserva pour lui-même ni famille ni bien. Il donna sa fille, elle qui était son réconfort, et dépensa tous ses biens. Ibn ‘Umar raconte à ce sujet : « Un jour que l’Envoyé de Dieu – grâce et salut lui soient accordés – se tenait assis à côté d’Abû Bakr as-Siddîq, lequel portait un simple manteau de laine tenu par des fils au niveau de la poitrine, l’ange Gabriel – paix lui soit consentie – descendit et lui transmit le salut de Dieu. Il lui dit ensuite : “Ô Envoyé de Dieu, je vois avec étonnement qu’Abû Bakr est couvert d’un manteau loqueteux laissant paraître sa poitrine.” – Le Prophète répondit : “ Il a dépensé tous ses biens pour moi avant la prise de La Mecque. ” – “Transmets-lui le salut de Dieu, poursuivit l’ange, et dis-lui que Dieu lui adresse la question suivante : “ Es-tu satisfait de Moi ou irrité contre Moi dans ton état d’indigence ? ” – Le Prophète – grâce et paix lui soient consenties – se tourna vers Abû Bakr et lui dit : “ Ô Abû Bakr, Gabriel te transmet le salut de la part de Dieu, Lequel te demande : “ Es-tu satisfait de Moi ou irrité contre Moi dans ton état d’indigence ? ” – Abû Bakr – Dieu soit satisfait de lui – laissa échapper des larmes puis déclara : “Serais-je irrité contre mon Seigneur ? Certes non, je suis satisfait.” ».
Il ressort de tout cela que lorsqu’un homme aime un savant, un dévot ou aime une personne par inclination pour la science ou d’un bien quelconque, il l’aime en Dieu et pour Dieu. Il recevra une récompense à la mesure de son amour.
Nous avons maintenant fini d’expliquer l’amour en Dieu et ses degrés. Ces explications ont éclairé, par prolongement, l’aversion en Dieu. Néanmoins, nous expliciterons maintenant davantage cette notion.
L’aversion en Dieu
Toute personne entretenant de l’amour en Dieu doit nécessairement entretenir conjointement de l’aversion en Lui. Si tu aimes un homme du fait qu’il se conforme à l’ordre de Dieu et est aimé de Lui, tu l’exécreras fatalement s’il Lui désobéit et gagne Son inimitié. Si une cause engendre de l’amour pour quelqu’un, son contraire engendrera de l’aversion pour lui. Ces deux sentiments vont de pairs, ils sont indissociables. C’est une loi commune de l’amour et de l’inimitié. Mais les deux sont des sources enfouies dans les cœurs qui ne s’épanchent que lorsque l’un l’emporte sur l’autre. Ils se manifestent par les actes des gens animés d’amour et des gens animés d’inimitié. Ce qui se traduit par un rapprochement ou un éloignement, par une opposition ou un soutien. Puis lorsque cela se prolonge par des actes, on appelle cela l’amitié ou l’adversité. C’est pourquoi le Très-Haut déclare, comme nous l’avons vu : « Combats-tu un ennemi pour Me plaire ou entretiens-tu une amitié pour Me plaire ? »
La situation est sans équivoque : lorsque tu ne vois d’un individu que l’observance tu peux l’aimer pleinement. Elle l’est également si tu ne vois de lui que l’inobservance, la débauche et les mœurs haïssables : tu peux l’exécrer pleinement.
La situation est plus nuancée dans le cas d’un individu qui mêle l’observance à l’inobservance. Tu te demanderas : « Comment puis-je associer amour et aversion alors que ces deux sentiments sont antagoniques, et alors que leurs effets, c’est-à-dire l’opposition et le soutien, et l’amitié et l’inimitié sont également antagoniques ? » Je dirais que cela n’a rien de contradictoire concernant le Très-Haut et concernant les intérêts humains. Lorsque des caractéristiques aimables et haïssables se mêlent dans une même personne, tu aimes cette personne en certains aspects et l’exècres en d’autres aspects. Lorsqu’un homme a une épouse, belle mais immorale, ou un enfant intelligent et calme, mais dévoyé, il les aime en un aspect et le réprouve en d’autres aspects. Il est donc partagé entre deux états. Car supposons que ce même homme ait trois enfants, le premier intelligent et vertueux, le deuxième sot et dévoyé et le troisième intelligent et dévoyé. Il adopte avec eux trois comportements distincts, correspondant à leurs trois dispositions dissemblables. Notre comportement à l’égard des hommes chez qui l’immoralité domine, ceux chez qui l’observance prévaut et ceux chez qui les deux dispositions se valent, doit donc être pareillement variable, suivant ces trois dispositions. Il convient, pour ce faire, d’accorder à toute caractéristique son juste droit d’aversion ou d’amour, de mépris ou de prévenance, de solidarité ou de désaveu et de tous les comportements qu’elle appelle.
Certains s’interrogeront : « Tout musulman fait preuve d’observance par son adhésion à l’islam. Comment puis-je l’exécrer en dépit de cela ? » Je répondrais que tu dois l’aimer pour sa qualité de musulman et l’exécrer pour sa transgression.

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