Le Livre du mariage - Kitâb an-Nikâh
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Description

Tome II Livre II, cet ouvrage s’inscrit dans l’œuvre magistrale de l’imam al-Ghazâlî, Revivification des Sciences de la Religion. Le livre sur le mariage aborde un des thèmes majeurs de la doctrine islamique. Le Prophète réforme en profondeur le code familial alors existant et libère la femme de l’emprise maritale que lui assurait la loi préislamique. Toute la question de la filiation est clarifiée, l’importance de la sexualité et le cadre qui est le sien sont expliqués. Al-Ghazâlî nous décrit les raisons qui ont porté le Prophète à le rendre quasiment obligatoire. Il dit en effet que son modèle inclut le mariage et que celui qui ne se conforme pas à son modèle ne fait pas partie de sa communauté. Objectivement, al-Ghazâlî aborde la question du célibat, mais aussi celle de la polygamie et nous permet de mieux comprendre les raisons qui peuvent, dans un cas comme dans l’autre, motiver ces choix.

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Nombre de lectures 147
EAN13 9791022501224
Langue Français

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Exrait

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– Revivification des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction par quelque procédé que ce soit, sont réservés pour tous les pays à l’éditeur.
1436 - 2015
ISBN : 978-2-84161-574-2 EAN : 9782841615742
Abû Hâmid Al-Ghazâlî
Le Livre du mariage
(Kitâb Adâb al-Nikâh)
La Revivification des sciences de la religion ( I h yâ ‘ulûm al-Dîn )
Livre II – Tome II
Traduit et annoté par Hassan Boutaleb
Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux !
L’Imâm Abû H âmid Al-Ghazâlî nous fait découvrir dans ce livre, le deuxième du Tome II de l’ I h yâ ‘Ulûm al-Dîn , les mérites, les avantages et les inconvénients du mariage ( al-nikâ h ). Institution retenue indispensable pour vivre pleinement sa foi.
Aussi, pour notre Imâm, le mariage est un devoir universel dont ne peut se passer que l’ascète qui craint de ne pouvoir se consacrer totalement à Dieu ; même si les grands maîtres du soufisme et les sultans de l’ascèse, à quelques exceptions près, étaient tous mariés. Bien plus, ils avaient même plusieurs épouses.
Al-Ghazâlî aborde dans ce livre tous les éléments et les aspects du mariage. Rien n’y est omis et comme à son habitude, notre Imâm passe en revue les versets coraniques, les traditions prophétiques, les propos des anciens et ceux des maîtres spirituels sur le mariage.
Le lecteur et la lectrice trouveront dans cette œuvre des réponses à toutes leurs interrogations, même les plus intimes. Car Al-Ghazâlî n’hésite pas non plus à traiter de la sexualité et à souligner l’importance des droits de la femme et de l’homme en la matière.
Il donne également des conseils extrêmement pratiques et utiles à l’harmonie du couple et rappelle que le divorce est l’une des choses permises que Dieu répugne le plus.
Espérons que la lecture de ce livre puisse dissiper les nombreux malentendus sur la question de la femme en Islâm et puisse également réconcilier les couples en crise.
Que Dieu fasse disparaitre les rancunes et remplisse nos cœurs d’amour pour nos mères, nos conjointes, nos sœurs et nos filles.
I NTRODUCTION
Louange à Dieu seul, et que Sa Prière et Sa Paix se répandent sur notre seigneur et maître Mu h ammad, ainsi que sur sa noble et pure Famille et ses Compagnons !
Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux !
Louange à Dieu !
Les flèches des conjectures ne trouvent point pour cibles Ses admirables œuvres ; et les esprits ne reviennent de Ses merveilles les plus élémentaires que remplis de stupéfaction et de perplexité.
Les subtilités de Ses faveurs ne cessent de se répandre de manière ininterrompue sur les mondes, [que les créatures] le souhaitent ou non.
Parmi Ses merveilleux bienfaits, il y a la création des hommes à partir de l’eau 1 les obligeant à s’unir par filiation et alliance et Il a imposé à ses créatures un désir qui les force et les contraint au labour ( al- h irâtha ) [de leurs champs] 2 par lequel ils assurent la continuité de leur descendance.
Il a tenu en grande considération et a accordé la plus grande importance aux lignages légitimes, et c’est pourquoi Il a condamné avec véhémence les relations extraconjugales ( al-sifâ h ) et a insisté pour en montrer la laideur en édictant des sanctions et des interdictions. Et Il déclare que s’y livrer constitue un péché et un acte d’une extrême gravité.
En revanche, Il recommande le mariage et encourage les hommes à le pratiquer en le tenant pour un acte louable et même obligatoire.
Aussi, gloire à Celui qui a décrété la mort pour Ses serviteurs et les humilie par la destruction et l’anéantissement qu’elle entraine ! Il répand les germes de la goutte [de sperme] dans les terres des matrices [féminines] et en fait surgir des créatures qui prennent le dessus sur la mort pour attirer l’attention sur le fait que les Océans du Décret ( bihâr al-maqâdîr ) répandent à profusion sur les mondes, dommages et avantages, bien et mal, épreuves et soulagements, secrets et dévoilements.
Et que la Prière et la Paix se répandent sur Mu h ammad, envoyé pour porter les avertissements et les heureuses nouvelles, ainsi que sur sa Famille et ses Compagnons. Une Prière sans limites et aux grâces innombrables et une Paix abondante !
Nous disons donc :
Le mariage est une aide pour la [réalisation de la] religion, un affront à l’égard des démons, une forteresse contre l’ennemi de Dieu, et la cause qui permet d’accroitre le nombre de ceux grâce auxquels le « Seigneur des Envoyés » [Mu h ammad] surpasse en mérites tous les autres Prophètes. Combien cette institution mérite qu’on en examine les causes, qu’on en conserve les traditions et les bons usages, qu’on en explique les buts et les desseins et qu’on expose en détails les diverses parties !
Les règles les plus importantes de l’institution du mariage seront exposées en trois chapitres.
Le premier chapitre : Des avantages et des inconvénients du mariage.
Le deuxième chapitre : Des règles à observer pour le contrat de mariage et par les deux parties contractantes.
Le deuxième chapitre : Des règles de la saine cohabitation [entre les époux], depuis le contrat jusqu’à la séparation.
C HAPITRE I
A VANTAGES ET INCONVÉNIENTS DU MARIAGE

Sache que les savants divergent sur le mérite du mariage.
Certains sont allés jusqu’à prétendre que le mariage est supérieur à une vie vouée exclusivement à l’adoration de Dieu ; d’autres en reconnaissent le mérite, mais retiennent la vie vouée à l’adoration supérieure, à chaque fois que l’âme [du dévot] n’aspire pas au mariage pour ne pas troubler les états spirituels et parce que ce dernier suscite l’envie de rapports sexuels.
D’autres encore retiennent qu’à notre époque, il est préférable de renoncer au mariage, même si jadis, il était considéré supérieur [au culte exclusif de Dieu], car par le passé, les moyens de subsistance ne comportaient rien de répréhensible et les caractères des femmes ne renfermaient rien de blâmable.
Mais on ne saurait dévoiler la vérité sur le mariage sans en présenter d’abord les traditions prophétiques et les propos des Anciens en faveur ou contre le mariage ; puis, nous expliquerons les avantages et les désastres qu’il comporte. Ainsi, le mérite du mariage ou du célibat deviendra manifeste tant pour ceux qui sont à l’abri de ses désastres que pour ceux qui y sont exposés.
L’ INCITATION AU MARIAGE
Dans les versets coraniques :
Dieu – Exalté soit-Il ! – dit : « Mariez ceux d’entre vous qui sont célibataires ainsi que ceux de vos esclaves, hommes ou femmes, qui sont vertueux » 3 . Il s’agit ici d’un ordre ( amr ).
Il dit aussi : « Quand vous aurez répudié vos femmes et qu’elles auront atteint le délai fixé, ne les empêchez pas de prendre de nouveaux époux, s’ils se sont mis d’accord en toute bienséance » 4 . Cela signifie condamner le « ‘a d l » 5 et l’interdire.
Le Très-Haut dit également à propos des Envoyés et en faisant leur éloge : « Nous avons envoyé des Messagers avant toi et Nous leur avons donné des épouses et des descendants » 6 . Dieu a mentionné cela pour montrer la grâce et le bienfait évident [que comporte le mariage].
Il loue également Ses Amis qui Lui demandent dans leurs invocations : « Notre Seigneur ! Accorde-nous la fraîcheur des yeux en nos épouses et en notre descendance, et place-nous en tête de ceux qui craignent Dieu » 7 Coran 25 :74.
[Les exégètes] ont dit que Dieu – Exalté soit-Il ! – n’a mentionné, dans Son Livre, que les Prophètes qui avaient des familles.
Ils ont dit aussi que [le Prophète] Jean – que la Prière et la Paix soient sur lui ! – s’est bien marié, mais sans avoir de rapports intimes avec son épouse. Il aurait pris épouse uniquement pour acquérir le mérite [du mariage] et s’en tenir aux usages. Selon d’autres, il l’aurait fait pour éviter la concupiscence du regard.
Quant à Jésus – que la Prière et la Paix soient sur lui ! – , il se mariera quand il redescendra sur terre et il aura des enfants.
Dans les traditions prophétiques :
Le Prophète  a dit : « Le mariage fait partie de ma Tradition. Celui qui se détourne de ma Tradition se détourne de moi » 8 .
Il a dit aussi : « Le mariage fait partie de ma Tradition. Celui qui aime ma disposition naturelle (fitra) , qu’il suive donc ma Tradition » 9 .
Et : « Mariez-vous et multipliez-vous, je m’en vanterai, au jour de la Résurrection, devant toutes les autres nations, même du moindre d’entre vous » 10 .
« Celui qui se détourne de ma Tradition n’est pas des miens. Le mariage fait partie intégrante de ma sunna : qui m’aime suive donc ma Tradition ! » 11
« Celui qui renonce à se marier par crainte d’avoir (à sa charge) une famille n’est pas des nôtres » 12 . C’est là une condamnation de la raison de l’abstention, mais non pas de son principe.
Le Prophète  a dit : « Qui est riche et puissant, qu’il se marie » ; « Celui qui en a les moyens [physique et matériel], qu’il se marie. Il évitera la concupiscence du regard et préservera son sexe [des rapports illégitimes]. Celui qui ne le peut devra alors jeûner, car le jeûne aura pour lui valeur de castration (wijâ’) » 13 . Ceci indique que la cause de l’incitation à se marier est la crainte de la corruption de l’œil et du sexe. Le « wijâ’ » signifie l’écrasement des testicules de l’étalon jusqu’à disparition de sa virilité ; et ici, par voie de métaphore, [le Prophète] entend l’affaiblissement qui touche l’individu pendant le jeûne et qui l’empêche d’avoir des rapports sexuels.
Il a dit aussi : « Si vient à vous quelqu’un dont vous agréez la religion et en qui vous avez confiance, alors mariez-le [à l’une de vos parentes]. Si vous ne le faites pas, il y aura un grand désordre sur terre et une grande corruption » 14 . Ici aussi, l’incitation au mariage est justifiée par la crainte de la corruption.
Le Prophète  a dit : « Celui qui se marie ou accorde la main [d’une parente] pour Dieu est digne de l’Amitié de Dieu » 15 .
Il a dit aussi : « Celui qui se marie met la moitié de sa religion à l’abri. Aussi, qu’il craigne Dieu pour ce qui est de l’autre moitié ! » 16 Ici aussi, il y a une allusion au mérite du mariage qui permet à l’homme d’éviter les interdits et le préserve de la corruption [des mœurs].
En effet, le plus souvent, ce qui corrompt la religion de l’homme, c’est son sexe et son ventre et, par le mariage, l’homme se met à l’abri des méfaits de l’un des deux.
Le Prophète  a dit : « Toutes les œuvres du fils d’Adam cessent [par la mort] sauf trois d’entre elles : un enfant pieux qui invoque Dieu pour lui, les aumônes que l’on a distribuées et la science que l’on a enseignée » 17 . Mais, on ne peut parvenir à cela que par le mariage.
Dans les propos des Anciens :
‘Umar b. al-Khattâb – que Dieu soit satisfait de lui ! – a dit : « Rien ne peut empêcher le mariage, sauf l’incapacité [de subvenir aux besoins de sa famille] et le libertinage ». ‘Umar montre donc que la religion ne crée pas d’obstacles au mariage, et ramène donc l’empêchement aux deux choses blâmables.
Ibn ‘Abbâs – que Dieu soit satisfait de lui et de son père ! – a dit : « Les rites du dévot ne sont complets que lorsqu’il se marie ». Il est possible qu’il entendît que le mariage est également un rite et qu’il complète la religion.
Mais le sens apparent de ces propos est que le cœur de l’homme ne peut être à l’abri de la domination du désir charnel qu’à travers le mariage ; et que les rites ne sont parfaits que lorsque le cœur est débarrassé [de ce qui le trouble]. Voilà pourquoi [Ibn ‘Abbâs) avait réuni ‘Ikrima, Kurayb et d’autres jeunes serviteurs, lorsqu’ils devinrent adultes, et leur dit : « Si vous désirez le mariage, je vous marierai car, quand le serviteur de Dieu a des relations sexuelles hors mariage, la foi est arrachée de son cœur ».
Ibn Mas‘ûd – que Dieu soit satisfait de lui ! – disait : « S’il ne me restait que dix jours à vivre, j’aimerais me marier pour ne pas avoir à rencontrer Dieu en célibataire ».
Lorsque deux épouses de Mu‘âdh b. Jabal – que Dieu soit satisfait de lui ! – moururent de la peste, dont il avait lui aussi souffert, il dit : « Mariez-moi, car l’idée de rencontrer Dieu en célibataire me répugne ».
Ces deux déclarations montrent clairement que leurs auteurs ont estimé que le mariage comportait un mérite, indépendamment du fait qu’il mettait l’homme à l’abri des calamités de la passion.
‘Umar b. al-Khattâb – que Dieu soit satisfait de lui ! – se mariait beaucoup et expliquait cela en disant : « Je ne me marie que pour avoir une progéniture ».
Un des Compagnons s’était entièrement voué au service de l’Envoyé de Dieu  . Il passait la nuit chez lui pour le cas où il aurait eu besoin de quelque chose durant la nuit. L’Envoyé de Dieu  lui dit : « Ne songes-tu pas à te marier ? » L’homme répondit : « Ô Envoyé de Dieu ! Je suis pauvre et je ne possède rien ; et cela m’empêcherait de te servir ». Le Prophète garda un temps le silence, puis revint à la charge et reçut la même réponse. Après quoi, le Compagnon réfléchit et se dit : « Par Dieu, certes, l’Envoyé de Dieu en sait plus sur ce qui peut me convenir en ce bas-monde et dans l’Autre et ce qui me rapprochera de Dieu : s’il me le demande une troisième fois, je céderai ».
Le Prophète lui dit une troisième fois : « Ne songes-tu pas à te marier ? » et le Compagnon répondit : « Ô Envoyé de Dieu ! Marie-moi ! »
Il lui dit alors : « Rends-toi auprès de telle tribu et dis-leur : “L’Envoyé de Dieu vous demande de me marier à une de vos filles ” ». Le Compagnon répliqua : « Ô Envoyé de Dieu ! Je ne possède rien ! » Il dit alors à ses Compagnons : « Collectez pour votre frère un montant en or du poids d’un noyau de datte ». Ils le firent et l’accompagnèrent auprès de ladite tribu dont les chefs le marièrent à l’une de leurs filles. Il lui dit ensuite : « Donne un banquet ». Les Compagnons se cotisèrent alors et achetèrent un mouton pour le banquet.
L’insistance [du Prophète  ] établit clairement le mérite intrinsèque du mariage, mais il est possible qu’il lui soit apparu que cet homme avait besoin de se marier.
Il est rapporté qu’un dévot des anciennes communautés traditionnelles surpassait les gens de son époque par sa dévotion.
Lorsqu’on mentionna au Prophète de son temps les grands mérites de ce dévot, il répondit : « Quel excellent homme ce serait s’il ne négligeait quelque chose de la Tradition ! »
Informé, le dévot en fut affligé. Il alla alors interroger à ce sujet le Prophète qui lui répondit : « Tu as renoncé à te marier ». Le dévot répondit : « Je ne considère pas le mariage comme interdit, mais je suis pauvre et je suis à la charge d’autrui »
Le Prophète dit : « Eh bien ! Je te marierai à ma fille ». Et c’est ce qu’il fit.
Bishr b. al- H ârith 18 a dit : « A h mad 19 b. H anbal me surpasse par trois choses : il cherche le licite pour lui-même et pour les autres alors que moi, je ne le fais que pour moi-même ; il a largement usé du mariage et je m’en suis abstenu ; et enfin, parce qu’il a été choisi comme Imâm de la Communauté ».
On rapporte aussi que l’Imâm A h mad – que Dieu lui fasse miséricorde ! – se maria deux jours après le décès de la mère de son fils ‘Abd Allâh et dit : « Je répugne à passer la nuit en célibataire ».
Quant à Bishr, lorsqu’on lui dit que les gens lui reprochaient son abstention du mariage et, ce faisant, qu’il se détournait de la Tradition, il répondit : « Dites-leur : il est beaucoup plus occupé à observer ce qui est obligatoire que ce qui est facultatif ».
À une autre occasion, il répondit à cette même remarque : « Ce qui m’empêche de me marier, c’est cette Parole du Très-Haut : « Les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance . » 20 Lorsqu’on en informa A h mad, celui-ci dit : « Certes, Bishr n’a pas son pareil ! Il me tient en respect comme une pointe de lance ! »
On rapporte qu’une personne vit Bishr en rêve [après sa mort] et lui demanda : « Qu’a donc fait de toi Dieu ? » Il répondit : « Ma demeure a été élevée au Paradis et on me fit voir les stations des Prophètes. Mais je n’ai pas atteint le rang des gens mariés ».
Dans une autre version : « Dieu me dit : j’aurais préféré que tu ne viennes pas à Moi en célibataire ».
[Le dormeur] lui demanda encore : « Et qu’a-t-on fait d’Abû Nasr al-Tammâr 21 ? » [Bishr] répondit : « Il a été élevé de soixante-dix degrés au-dessus de moi ». Il lui demanda : « Pour quelle raison ? Nous te tenions pour supérieur à lui ! » Il répondit : « Pour sa grande patience vis-à-vis de ses nombreuses filles et sa famille ».
Sufyân b. ‘Uyayna 22 a dit : « Avoir des femmes nombreuses n’est pas un signe d’attachement à ce bas-monde. En effet, parmi les Compagnons de l’Envoyé de Dieu  , ‘Alî b. Abû T âlib – que Dieu soit satisfait de lui ! – était celui qui avait le plus renoncé aux choses de ce monde, alors qu’il avait quatre femmes et dix-sept esclaves concubines ».
Le mariage est donc une tradition et un trait de caractère des Prophètes.
Un homme dit à Ibrâhîm b. Adham 23 – que Dieu lui fasse miséricorde ! – : « Quelle chance tu as ! Le célibat te permet de te consacrer pleinement à l’adoration ». Il répondit : « En vérité, une seule inquiétude pour les tiens est préférable à ma manière de vivre ». L’homme dit : « Mais, qu’est-ce qui t’empêche de te marier ? » Ibrâhîm répondit : « Je n’éprouve pas le besoin de femme et je ne veux point duper une femme par ma personne ».
Certains [maîtres] ont dit : « La supériorité de l’homme marié par rapport au célibataire est similaire à celle du combattant dans la Voie de Dieu par rapport à celui qui reste chez lui ».
On a dit aussi : « L’unité de prière d’un homme marié a plus de valeur que soixante-dix unités de prière du célibataire ».
L’ APPRÉHENSION SUSCITÉE PAR LE MARIAGE
Quant aux inconvénients du mariage, le Prophète  a dit : « Le meilleur des hommes, après deux cents [ans], est celui dont la charge est légère, qui n’a pas de famille (de femme), ni d’enfant » 24 .
Il a dit aussi : « Un temps viendra où la perte de l’homme sera due à sa femme, ses père et mère et ses enfants. Ils lui reprocheront sa pauvreté et exigeront de lui ce qu’il n’est pas capable de leur offrir. Il se laissera alors acculer à des situations où sa religion l’abandonnera et il sera anéanti » 25 .
Dans une autre tradition, il est dit : « L’une des deux sources du confort est la famille restreinte, et l›une des deux sources de la pauvreté est la famille nombreuse » 26 .
On interrogea Abû Sulaymân al-Dârânî 27 au sujet du mariage, il répondit : « Se passer de femmes vaut mieux que d’avoir à les supporter, mais les supporter vaut mieux que d’avoir à subir le feu de l’Enfer ».
Il a dit aussi : « L’homme seul éprouve une douceur dans l’œuvre et une paix du cœur, que ne trouve pas l’homme marié ».
Une fois, il dit : « Je n’ai vu aucun de nos compagnons se marier et se maintenir au degré [de spiritualité] qu’il avait avant [de se marier] ».
Puis encore : « Il y a trois choses dont la quête conduit à s’incliner vers ce bas monde : la recherche des moyens de subsistance, chercher à épouser une femme et chercher à transcrire des traditions prophétiques ».
Al- H asan al-Basrî 28 – que Dieu lui fasse miséricorde ! – a dit : « Lorsque Dieu veut du bien à un de Ses serviteurs, Il le dispense du souci d’une famille et des biens matériels ».
A h mad b. Abû al- H awâri 29 a dit : « Plusieurs savants ont discuté au sujet de cette parole, puis ils se sont accordés sur ceci : le sens n’est pas que l’homme ne doit pas posséder ces deux choses, mais au contraire, qu’il les possède sans en devenir l’esclave ». Et c’est là une allusion au propos suivant d’Abû Sulaymân ad-Dârâni : « Ce qui te distrait de Dieu : famille, biens et enfants, est une malédiction pour toi ».
De manière générale, on n’a rapporté aucun propos, de qui que ce soit, qui dissuade du mariage de façon absolue. Tous le déconseillent conditionnellement.
Quant aux propos en faveur du mariage, ils ont été transmis, soit inconditionnellement, soit conditionnellement.
Levons à présent le voile sur ce sujet en énumérant les inconvénients et les avantages du mariage.
A VANTAGES DU MARIAGE
Le mariage procure les cinq avantages suivants :
1. la procréation
2. la maitrise du désir sexuel
3. la bonne économie domestique
4. les liens d’alliance
5. la discipline ascétique dans l’entretien de sa famille
[Le Premier avantage : la procréation]
Il s’agit du principe, et c’est à cet effet que le mariage a été institué. Le but est la continuité de la descendance et éviter que le monde se vide de l’espèce humaine.
Le désir sexuel ( al-shahwa ) a été créé seulement en tant que cause incitante chargée, en quelque sorte, de faire émettre au mâle sa semence et de mettre la femme en condition de cultiver [cette semence]. Les amenant ainsi tous deux en douceur à obtenir une progéniture par le moyen de l’accouplement, à l’instar du chasseur qui attire en douceur les oiseaux, en leur jetant des graines qu’ils aiment, pour les amener dans son filet.
Certes, la Puissance éternelle n’est pas incapable de produire les hommes dès le début, sans ensemencement ni accouplement. Mais, la Sagesse divine a exigé le rattachement des effets à des causes, bien qu’Elle puisse s’en passer. C’est là une manifestation de Son pouvoir, la manifestation des merveilles dans la création et la réalisation de ce qui avait, auparavant, existé dans Sa volonté, de ce que Sa parole avait prononcé en vérité et de ce que la Plume avait fixé par écrit.
Mettre au monde un enfant est un moyen de se rapprocher [de Dieu] et ce, de quatre points de vue ; c’est aussi la raison fondamentale qui doit pousser au mariage, même quand on est sûr d’être à l’abri des calamités suscitées par le désir charnel. C’est pourquoi aucun de ceux [dont nous avons parlé plus haut] ne voulait se présenter à Dieu en célibataire.
Premier point de vue : Se conformer à ce que réclame l’Amour divin en s’efforçant d’obtenir une postérité pour perpétuer l’espèce humaine ;
Deuxième point de vue : C’est rechercher l’amour de l’Envoyé de Dieu  que d’augmenter le nombre de ceux que les autres Prophètes lui envieront et dont il se vantera.
Troisième point de vue : C’est rechercher les bénédictions de l’enfant bienfaisant qui adressera des prières en votre faveur après votre mort.
Quatrième point de vue : C’est rechercher l’intercession par la mort de l’enfant qui meurt avant vous.
I. Le premier point de vue est le plus délicat et le moins accessible à la compréhension de la majorité, mais c’est le plus certain et le plus fort pour les gens perspicaces et capable de percer les [secrets des] merveilles de la Création de Dieu – Exalté soit-Il ! – et les voies de Sa Sagesse.
Ceci peut être illustré par l’exemple du maître qui remet à son esclave de la semence et des outils de labour, qui lui prépare une terre que celui-ci peut labourer et ensemencer, et lui désigne un mandataire chargé de surveiller son travail.
Si cet esclave est un paresseux, s’il détruit les outils et néglige de s’occuper de la semence qu’il laisse périr et se gâter et réussit, au moyen de diverses ruses, à écarter de lui le mandataire, il mérite alors la haine et le blâme de son maître.
Dieu – Exalté soit-Il ! – a créé les époux. Il a créé l’organe masculin, les testicules et la semence dans les lombes. Et Il a créé pour celle-ci des veines et des canaux dans les testicules et a doté la femme d’un utérus en tant qu’asile et récipient pour la semence ; et Il a doté l’homme et la femme de désir charnel.
Tous ces actes et tous ces organes témoignent de manière éloquente de la volonté de leur Créateur et appellent tout individu doué d’intelligence à comprendre à quel effet tout cela a été disposé pour lui ; même si le Créateur – Exalté soit-Il ! – ne l’avait pas clairement manifesté par la bouche de Son Envoyé  qui a déclaré : « Mariez-vous et multipliez-vous ».
Comment l’homme ne comprendrait-il pas, dès lors qu’il a déclaré explicitement l’ordre et a dévoilé le secret ?
Ainsi, celui qui refuse le mariage se détourne de l’ensemencement. Il gâche la semence et néglige les organes dont Dieu l’a doté. Il commet ainsi un délit contre le but de la nature primordiale et la sagesse inscrite par l’écriture divine sur ces organes, une [écriture] qui n’est point faite de consonnes et de voyelles, mais lisible par quiconque est doué de perspicacité seigneuriale ( basîra rabbâniyya ) qui lui permet d’accéder aux subtilités de la Sagesse éternelle.
C’est pourquoi la Loi révélée considère l’infanticide et l’enterrement des nouvelles-nées ( al-wa’d ) comme une abomination, dès lors que ces actes empêchent le cours de l’existence. Et c’est à cela que fait allusion celui qui a dit : le coït interrompu ( al-‘azl ) est un type de “ wa’d ”.
Ainsi, celui qui se marie accomplit ce qui plait à Dieu – Exalté soit-Il ! – et celui qui se détourne du mariage délaisse et fait périr ce dont Dieu réprouve la perte.
Comme Dieu – Exalté soit-Il ! – désire la survie de l’humanité, Il a ordonné de nourrir [les pauvres], insisté sur ce devoir et a utilisé à cet égard le terme “prêt” ( qar d ) puisqu’Il dit : « Quel est donc celui qui fera à Dieu un beau prêt, que Dieu lui rendra en le doublant et le multipliant ? » 30
Si tu dis : lorsque vous dites que la préservation de la postérité et de la vie est agréable, cela sous-entend que leur destruction est désagréable à Dieu. Ceci porte à faire une différence entre la vie et la mort dans la Volonté de Dieu, or on sait que l’un et l’autre n’existent que par la volonté de Dieu qui, Lui, peut se passer entièrement des mondes. Comment donc la mort des hommes se distinguerait-elle de leur vie et de leur préservation, de leur anéantissement, dans l’appréciation du Créateur ?
Sache donc que ces propos sont justes, mais ce qu’on veut en déduire est faux. Ce que nous avons mentionné ne contredit pas le fait que toutes les choses de ce monde sont soumises à la Volonté de Dieu : le bien, le mal, l’utile et le nuisible.
L’amour et la haine sont bien deux choses contradictoires, mais les deux ne sont pas en contradiction avec Sa Volonté. Tantôt, ce qui est voulu est réprouvé et tantôt désiré. C’est ainsi que les actes de désobéissance sont réprouvés et, malgré leur caractère répréhensible, ils sont voulus. De même, les actes d’obéissance sont voulus et, en plus d’être voulus, ils sont aussi désirés et agréés.
Quant à l’incroyance et le mal, nous ne disons pas qu’ils sont agréés et désirés, mais simplement voulus. En effet Dieu – Exalté soit-Il ! – dit : « Si vous êtes ingrats, sachez qu’en vérité Dieu, dans Sa richesse, n’a nul besoin de vous. L’ingratitude de Ses serviteurs Lui déplaît, en revanche il Lui est agréable que vous soyez reconnaissants. » 31
Comment donc la disparition des hommes, du point de vue du caractère désirable ou odieux qu’elle peut avoir auprès de Dieu, pourrait-elle valoir la préservation alors qu’Il a dit : « Il n’y a pas de chose pour laquelle J’hésite plus que de saisir l’esprit de Mon serviteur musulman à qui la mort répugne. Il Me répugne de lui faire du mal alors qu’il lui faut mourir » 32 .
Sa Parole : « alors qu’il lui faut mourir » est une allusion à l’antériorité de la Volonté divine et à la prédestination mentionnée dans Ses Paroles : « Nous avons décrété que la mort survienne parmi vous, et nul ne saurait Nous devancer » 33 et : « Celui qui a créé la mort et la vie pour vous éprouver [et voir] qui de vous agit le mieux » 34 .
Il n’y a pas de contradiction entre ces deux affirmations : « Nous avons décrété que la mort survienne parmi vous » et « Il me répugne de lui faire du mal ».
Mais pour bien comprendre la vérité de tout cela, il est nécessaire d’établir la définition des mots volonté ( irâda ), amour ( ma h abba ) et haine ( karâhiyya ) et d’en exposer le sens réel. Quand on les entend, la première chose qui vient à l’esprit, ce sont des concepts qui correspondent à la volonté des hommes, à ce qu’ils aiment ou à ce qu’ils détestent.
Quelle absurdité ! Entre les Attributs de Dieu – Exalté soit-Il ! – et ceux des créatures, il y a autant d’éloignement qu’entre l’Essence ( dhât ) du Tout-Puissant et la leur.
L’essence des créatures est substance ( jawhar ) et accident ( ‘ard ) et Celle de Dieu transcende cela. Ce qui n’est ni substance ni accident n’a aucun rapport avec ce qui est substance et accident. Ainsi, les Attributs de Dieu n’ont aucun rapport avec ceux des créatures. Ces vérités relèvent de la science du dévoilement ( ‘ilm al-mukâshafa ) et sont cachées par le mystère de la Prédestination ( sirr al-qadar ) qu’il est défendu de divulguer.
Cessons donc d’en parler et revenons à ce sur quoi nous avions attiré l’attention du lecteur, à savoir la différence entre l’engagement et le renoncement dans le mariage.
L’un d’eux laisse périr une lignée dont Dieu a assuré la pérennité depuis Adam – que la Prière et la Paix soient sur lui ! –, de génération en génération, jusqu’à ce qu’elle revienne à Lui.
Dès lors, celui qui renonce au mariage interrompt, de lui-même, une lignée continue depuis l’apparition d’Adam – que la Prière et la Paix soient sur lui ! – et meurt amputé, c’est-à-dire, sans postérité.
Si la raison qui incite au mariage était uniquement de repousser le désir, pourquoi donc Mu‘âdh [b. Jabal], atteint de la peste, a-t-il dit : « Mariez-moi, car l’idée de rencontrer Dieu en célibataire me répugne » ?
Si tu dis : Mais, Mu‘âdh ne pouvait espérer d’enfant à un tel moment ; comment donc se justifie son désir d’être marié ?
Je réponds : l’enfant est le produit d’une relation sexuelle et celle-ci est la conséquence du désir, lequel échappe au libre choix. Ce qui est inhérent au libre choix du serviteur, c’est seulement le fait de susciter le désir et ceci est possible en tout état de cause.
Aussi, celui qui a contracté mariage accomplit, ce faisant, l’obligation qui pesait sur lui et fait ce qui lui incombait ; le reste est étranger à son libre choix. C’est pourquoi le mariage est recommandé, même à l’impuissant sexuellement ( al-‘innîn ) ; car les pulsions du désir demeurent cachées, on n’en est pas informé, en sorte que, même pour l’eunuque ( al-mamsû h ) qui ne peut avoir de postérité, le mariage demeure chose recommandée, tout comme il est recommandé pour le chauve de faire passer sur sa tête le rasoir à l’instar des autres [durant le pèlerinage], pour imiter les pieux Anciens, de même que le pas accéléré ( al-ramal ) [durant les trois premiers tours autour de la Ka‘ba] et l’ i dt ibâ‘ 35 durant le pèlerinage sont, de nos jours, recommandés.
Jadis, [ces rites] avaient pour but de montrer la vigueur physique [des croyants] aux incroyants. Puis l’émulation et l’imitation de l’exemple de ceux qui avaient ainsi prouvé leur vigueur, devint une tradition pour les générations postérieures.
Ceci étant, le mérite [du mariage] de l’impuissant est inférieur à celui de l’homme capable de « labourer son champ ». Peut-être même est-il plus faible du fait que ne pas avoir de rapports avec la femme et ne pas la satisfaire n’est pas sans danger.
Ces considérations expliquent pourquoi les Anciens réprouvaient si sévèrement l’abstention du mariage, malgré l’absence de désir.
II. Le deuxième point de vue, à savoir rechercher l’amour de l’Envoyé de Dieu  en augmentant le nombre de ceux que les autres Prophètes lui envieront et dont il se vantera, comme il l’a explicitement déclaré.
L’importance de la postérité est confirmée par les propos de ‘Umar b. al-Khattâb – que Dieu soit satisfait de lui ! – : « Je ne me marie que pour avoir une progéniture ». De même que dans les traditions prophétiques où la femme stérile est dépréciée comme celles-ci :
« Une natte posée dans un coin de la maison vaut mieux qu’une femme qui n’enfante pas » 36 ; « La meilleure de vos épouses est celle qui enfante beaucoup et aime [son mari] » 37 et encore : « La femme féconde sombre vaut plus que la belle femme qui n’enfante pas » 38 .
Cela indique que le mérite de la recherche d’une postérité à travers le mariage est supérieur à celui qui découle du désir d’éviter les méfaits de la concupiscence ; car la

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