Les fêtes religieuses
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Description


Véritable outil pour vivre ensemble, ce guide de culture générale vous invite tout au long de l'année à découvrir et à comprendre les fêtes des différentes religions. De janvier à décembre, chacune est décryptée par un spécialiste en fonction de son origine, de sa signification et de sa pratique.



Un calendrier vous permettra de les repérer au quotidien.



Vous trouverez au total plus de 50 fêtes, chacune présentée ainsi :




  • date et signification ;


  • citation ;


  • origines ;


  • rituel ;


  • symbolique.




  • Introduction


  • Partie 1 Les fêtes hindoues


  • Partie 2 Les fêtes taoïstes


  • Partie 3 Les fêtes bouddhiques


  • Partie 4 Les fêtes juives


  • Partie 5 Les fêtes chrétiennes


  • Partie 6 Les fêtes musulmanes


  • Index des noms de personnes


  • Bibliographie


  • Annexes


  • Calendrier des fêtes religieuses abrahamiques

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 05 novembre 2015
Nombre de lectures 6
EAN13 9782212307887
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Véritable outil pour vivre ensemble, ce guide de culture générale vous invite tout au long de l’année à découvrir et à comprendre les fêtes des différentes religions. De janvier à décembre, chacune est décryptée par un spécialiste en fonction de son origine, de sa signification et de sa pratique. Un calendrier vous permettra de les repérer au quotidien. Vous trouverez au total plus de 50 fêtes, chacune présentée ainsi : date et signification ; citation ; origines ; rituel ; symbolique.

Alexandre Astier est professeur d’histoire, Docteur et membre du Centre de recherche sur l’Extrême-Orient de l’Université Paris-Sorbonne, spécialiste de l’histoire religieuse de l’Inde.
Ghaleb Bencheikh est Docteur ès sciences. De double formation scientifique et philosophique, il est Professeur à l’Institut international de la pensée islamique et à la Faculté libre de Paris, conférencier et chroniqueur.
Patrice Fava est sinologue, anthropologue, chercheur associé à l’École française d’Extrême-Orient (Centre de Pékin).
Philippe Haddad est diplômé du séminaire israélite de France. Rabbin, il est aujourd’hui responsable de la communauté des Ulis, en région parisienne, et aumônier des scouts israélites de France.
Christine Pellistrandi est professeur d’histoire et chercheur. Elle enseigne l’Écriture sainte au Collège des Bernardins.
Valérie Zaleski est diplômée de l’École du Louvre et Docteur en histoire de l’art et d’archéologie (Paris IV-Sorbonne). Elle est actuellement Conservateur du patrimoine au musée national des arts asiatiques Guimet.
Alexandre Astier, Ghaleb Bencheikh, Patrice Fava, Philippe Haddad, Christine Pellistrandi, Valérie Zaleski
LES FÊTES RELIGIEUSES
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Mise en pages : Istria
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2015 ISBN : 978-2-212-56332-0
Dans la même collection
SOMMAIRE

Introduction
Partie 1 Les fêtes hindoues
Kumbhamelâ Le plus grand pèlerinage de l’Inde
Samkrânti et Pongal Solstice d’hiver et fête des prémices
Mahâshivarâtri La grande nuit de Shiva
Holî La fête des couleurs
Ratha-yâtrâ La fête des chars
Rakshâ-bandhan La fête des frères et des sœurs
Krishna-janmâshtamî La naissance de Krishna
Ganeshotsav La fête de Ganesha
Navarâtri Les neuf nuits de la Déesse
Dîvâlî (ou Dipâvâlî) La fête des lumières
Partie 2 Les fêtes taoïstes
Audience à Doumu La Mère du Boisseau
Yuhuang shangdi L’anniversaire de l’Empereur de jade
Sanguan La fête des Trois Officiers
Taishang laojun shengdan L’anniversaire de Laozi
Sanqing La fête des Trois Purs
San Mao Le pèlerinage au mont Maoshan
Bixia yuanjun Le pèlerinage à la Montagne du Pic merveilleux
Xu Xun Le pèlerinage à la Montagne de l’Ouest
Partie 3 Les fêtes bouddhiques
Sangkrânti Le nouvel an
Visâkha Pûjâ Naissance, illumination et nirvâna du Buddha
Âsâlaha Pûjâ Le premier sermon du Buddha
Pabbajjâ et upasampadâ L’ordination des moines
Pavâranâ La fin du jeûne
Kathina Offrandes aux bonzes
Ullambana Hommage aux défunts
Sortie de vassâ Les fêtes des lumières
Les courses nautiques
Vessantara Jâtaka La fête de la récitation du Vessantara Jâtaka
Mâgha Pûjâ Les Quatre Rassemblements
Partie 4 Les fêtes juives
Pessah La naissance d’un peuple
Chavouot Quand la Loi vient du Ciel
Roch Hachana Sonner pour commencer
Kippour Le grand pardon
Souccot À l’ombre de Dieu
Chémini âtseret Finir dans la joie
Hanoukka Que les lumières soient !
Tou Bichvat Un nouvel an pour les arbres
Pourim Courage de femme
Chabbat La cessation de Dieu
Roch Hodech Au rythme de la lune
Partie 5 Les fêtes chrétiennes
L’Épiphanie L’étoile des mages
La Chandeleur La fête des chandelles
L’Annonciation « Réjouis-toi ! »
Pâques Naître avec le Christ
L’Ascension Le retour vers le Père
La Pentecôte La cinquantaine d’allégresse
L’Assomption Marie monte au ciel
La Toussaint La fête des vivants
Noël La naissance du Messie
Partie 6 Les fêtes musulmanes
Le nouvel an islamique Le premier jour de muharram
Achoura La fête de l’aumône
Al mawlid an-nabaoui La naissance du Prophète
Isra’ et Miraj Le voyage nocturne de Muhammad
Laylat al-Qadr La nuit du destin
Aïd al-fitr La fête de la rupture du jeûne
Aïd al-adha La fête du sacrifice
Le vendredi Le jour du rassemblement
Index des noms de personnes
Bibliographie
Annexes
Calendrier des fêtes religieuses abrahamiques
INTRODUCTION
Depuis que l’homme est homme et qu’il a pris conscience de sa finitude, depuis qu’il a accusé le tragique de la vie et qu’il en a été affecté, il a tenté vainement de s’émanciper des contingences de sa condition humaine. Alors, ne pouvant pas s’en affranchir, quoi qu’il eût fait ou ait à faire, il a essayé, en désespoir de cause, d’aménager des temps de recréation et de renouveau, de trouver des temps d’évasion mais aussi de rejaillissement et de régénération.
C’est ainsi qu’à travers les âges, dans la longue et lente maturation de l’humanité, des moments « anormaux » d’allégresse ponctuent la vie cyclique des êtres, comme si on voulait interrompre l’écoulement indéfini du temps, se donner l’illusion de pouvoir suspendre son mouvement inexorable et vivre hors du temps, tout simplement.
De ce fait, la fête oppose généralement à la vie régulière, occupée aux travaux quotidiens paisibles ou harassants, l’émoi et la joie d’un temps proprement extraordinaire, tant il est vrai que le souffle puissant de cette effervescence commune est souvent mis en opposition avec les labeurs calmes et fastidieux où chacun s’affaire seul ou en groupe.
Des calendriers différents
Tout groupe humain ressent le besoin d’une structure, d’une organisation du temps. En religion aussi, la temporalité est cyclique. La périodicité des pratiques cultuelles ponctue la vie de l’adepte croyant. C’est le rôle du calendrier qui permet de se reconnaître et de se rencontrer à des dates régulières où la communauté se retrouve pour vivre plus intensément son rite. Pour le peuple juif par exemple, dont le peuple chrétien est l’héritier, suivre le calendrier et le vivre c’est célébrer le mémorial des grandes actions de Dieu envers son peuple. C’est donc un acte de foi.
Le calendrier des fêtes hindoues
Les fêtes hindoues sont fixées par un calendrier religieux qualifié de luni-solaire dans la mesure où il prend en compte les phases de la lune et les mouvements apparents du soleil (déplacement dans les constellations zodiacales). Il existe douze mois lunaires qui forment une année lunaire d’environ 354 jours. Les astronomes ajoutent un « mois additionnel » pour rejoindre le cycle solaire afin que les fêtes tombent à la même période chaque année solaire. L’année luni-solaire débute à l’équinoxe de printemps (environ le 21 mars).
Le mois lunaire hindou (composé de trente jours) est divisé en deux « ailes » ou deux « côtés » : la quinzaine de la lune descendante (du lendemain de la pleine lune à la nouvelle lune), dite « sombre » ; la quinzaine de la lune montante (de la nouvelle lune à la pleine lune), dite « claire ». La plupart des fêtes ont lieu pendant la quinzaine de la lune montante, considérée comme la plus propice pour les actes rituels. En revanche, les démons et les morts sont célébrés durant la quinzaine sombre, réputée de mauvais augure.
Le calendrier chinois des fêtes taoïstes
En dehors des anniversaires des divinités, qui sont surtout célébrés en fonction de leur présence dans tel ou tel temple, sanctuaire ou autel domestique, toutes les fêtes ont un caractère religieux, y compris le nouvel an 1 . Les dates auxquelles elles ont lieu, à quelques exceptions près, sont celles du calendrier lunaire qui sert toujours de référence à la majorité des Chinois, et pas seulement à ceux qui vivent à la campagne.
Le calendrier chinois est établi sur la base des cycles de la lune. Comme les mois lunaires sont alternativement de vingt-neuf et de trente jours, le décalage par rapport à l’année solaire augmente d’année en année. Pour remédier à ce problème, on ajoute, tous les trois ans environ, un mois intercalaire ( runyue ). En 2014, par exemple, on a ajouté un neuvième mois intercalaire de vingt-neuf jours, en 2017, on ajoutera un sixième mois intercalaire de trente jours. Telle fête du calendrier lunaire pourra donc avoir lieu, selon les années, avec plusieurs jours d’avance ou de retard par rapport au calendrier grégorien.
Le calendrier des fêtes bouddhiques
Dans la plupart des pays où elles sont célébrées, les fêtes bouddh-iques sont régies par le calendrier lunaire (dont le premier mois correspond au mois de décembre) et sont, pour nombre d’entre elles, désignées par le nom du mois lunaire à la pleine lune duquel elles sont fêtées. C’est surtout au Sri Lanka, en Asie du Sud-Est therav â din, que l’ensemble de ces fêtes étaient célébrées parmi les « cérémonies des douze mois », s’échelonnant dans un cycle de douze mois comprenant aussi des fêtes non bouddhiques.
C’est de fait au Sri Lanka, mais surtout en Thaïlande et en Birmanie, pays à population très majoritairement bouddhiste, que ces fêtes se sont perpétuées dans leur ensemble. La Thaïlande est pour sa part la dernière monarchie où ont encore cours les rites royaux de ces célébrations, autrefois partout pratiqués. Ces dernières années, dans les pays où l’idéologie collectiviste avait entraîné la suppression ou la désacralisation des fêtes bouddhiques, certaines d’entre elles ont été remises à l’honneur et sont parfois l’occasion de rassemblement de bouddhistes venus d’autres aires culturelles.
Le calendrier des fêtes juives
Le calendrier d’Israël est luni-solaire. En effet, si la nouvelle lune annonce le nouveau mois, les fêtes de pèlerinage doivent toujours tomber aux mêmes saisons : Pessah au printemps, Chavouot en été et Souccot en automne. Pour éviter le glissement dû à la différence du nombre de jour entre le calendrier lunaire et le calendrier solaire, la tradition juive ajoute un mois – désigné communément par la formule « adar beth » (adar b) ou adar II – sept fois en dix-neuf ans, générant ainsi des années de douze mois (ou douze lunaisons) et des années de treize mois (ou treize lunaisons).
Le calendrier des fêtes chrétiennes
Le calendrier chrétien que nous connaissons a demandé beaucoup de temps avant d’être fixé. Il comporte deux types de fête : les unes, comme c’était le cas pour les fêtes juives, suivent la trajectoire de la lune et sont donc variables. Ces fêtes-là se situent dans la mouvance de la liturgie juive. C’est le cas de Pâques, de la Pentecôte et de l’Ascension ; les autres fêtes reviennent à une date fixe : Noël et l’Épiphanie (le 25 décembre et le 6 janvier), la Chandeleur (le 2 février), l’Annonciation (le 25 mars), l’Assomption (le 15 août) et la Toussaint (le 1 er novembre).
En étudiant chaque fête, nous verrons les raisons des choix de ces dates qui ont pris place peu à peu, à des époques différentes selon les régions et les moyens de communication reposant sur l’ardeur des missionnaires et des envoyés du pape. C’est en 389 que l’empereur Théodose supprime le calendrier des fêtes païennes romaines pour lui substituer celui des fêtes chrétiennes – tout au moins celles dont la date était déjà fixée –, après avoir fait du christianisme la religion d’État.
Le calendrier des fêtes musulmanes
Toutes les fêtes religieuses célébrées par les musulmans suivent le calendrier liturgique islamique organisé à partir des douze lunaisons de l’année lunaire. Elles ne « reviennent » donc jamais à date fixe dans le calendrier grégorien, ce qui n’est pas sans occasionner quelques problèmes d’organisation et d’anticipation dans les sociétés sécularisées. Ainsi, le premier ramadan mettra trente-deux ans et demi pour retomber un 9 décembre.
Chaque mois lunaire débutant avec l’apparition (visible à l’œil nu) du croissant de lune, les dates du calendrier islamique indiquées ci-après sont estimées avec un décalage possible d’un jour en plus ou en moins. Le jour commence au coucher du soleil, en avance de six heures sur notre jour civil.
En outre, le calendrier liturgique islamique lunaire diffère légèrement entre les sunnites et les chiites ; dans certains cas rares, des écarts de près de deux jours peuvent se produire. Cependant, dans la quasi-totalité des pays musulmans, on adopte le calendrier grégorien pour tout ce qui concerne les affaires civiles : l’année scolaire et judiciaire par exemple. C’est pour cette raison que la presse écrite, les radios et télévisions établissent toujours des correspondances entre le calendrier hégirien et le calendrier grégorien.
Rappelons que l’ère islamique commence en 622 de l’ère commune. Après des calculs savants de rapports et de correspondance, on s’est accordé sur la date du 16 juillet 622 pour marquer l’origine conventionnelle du temps islamique. Elle commémore l’hégire – l’exil ou la migration – du prophète Muhammad de La Mecque vers Yathrib, la future Médine. C’est le deuxième calife, Umar I er (634-644), qui a fait de cette commémoration le premier jour de l’année hégirienne.
Comment lire ce livre ?
Cet ouvrage vous propose de découvrir les principales fêtes de l’hindouisme, du taoïsme, du bouddhisme, du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Sous forme de fiches, vous découvrirez pour chaque fête sa date et sa signification, ses origines, ses rituels et sa symbolique.
Nous espérons que cet ouvrage collectif contribuera à faciliter le dialogue et la compréhension des croyances de chacun.

1 . On pourra consulter à ce sujet le film Nouvel An chez les Fan , réalisation Patrice Fava, diffusion CNRS Images, 2013.
PARTIE 1
LES FÊTES HINDOUES
par Alexandre Astier

Il existe dans l’hindouisme de très nombreuses fêtes religieuses calendaires ( utsava ) qui sont des temps de contact avec le sacré, d’échanges (entre les membres d’un même groupe social et entre les fidèles et les dieux) et de rassemblement, fortifiant le sentiment d’appartenance à la collectivité. Une fête religieuse hindoue peut se présenter sous trois grandes formes différentes : un culte solennel (une pûjâ ) rendu à une divinité dans un temple, pendant un à dix jours ; une procession (une yâtrâ ) d’un dieu porté par ses dévots ; un grand rassemblement (une melâ ) dans un lieu sacré, à une date déterminée. En Inde du Nord, les fêtes rassemblent généralement la communauté familiale ou locale autour d’images divines, souvent temporaires et réalisées spécialement pour ces fêtes. Alors qu’en Inde du Sud, les fêtes s’organisent davantage autour d’une divinité d’un temple particulier, qui est, lors de grandes processions, promenée dans la ville sur un char décoré. Les grandes fêtes calendaires hindoues, commémorant généralement les dieux, reçoivent de la part de leurs fidèles diverses interprétations mêlant des récits mythologiques savants hérités de la tradition sanskrite, des légendes populaires et des traditions locales dont les significations ont souvent évolué au fil du temps.
Certaines fêtes concernent la grande majorité des hindous, cependant la plupart sont régionales, d’une part au sens où elles sont organisées seulement dans un temple précis, tout en pouvant attirer des fidèles de toute l’Inde ; d’autre part au sens où certaines fêtes sont spécifiques aux hindous d’une seule région. Par ailleurs, en fonction de leur divinité d’élection (Vishnu, Shiva ou la Déesse), les hindous ne participent pas tous aux mêmes fêtes.

KUMBHAMELÂ
LE PLUS GRAND PÈLERINAGE DE L’INDE
Date et signification
Les melâ sont de gigantesques rassemblements de pèlerins sur des lieux sacrés, en rapport avec certaines conjonctions astronomiques. La plus importante est la Kumbhamelâ (« le rassemblement des pots ») qui prend place une fois tous les trois ans, au mois de janvier-février, à tour de rôle dans quatre villes différentes : Prayâga (la moderne Allâhâbâd), Haridvâr, Nâsik et Ujjain. Cette melâ commémore l’évènement mythique du « barattage de l’océan de lait ».
Citation
« Dans l’océan que barattaient ainsi dieux et démons [ asura ], Surabhi [une vache fabuleuse, prototype de l’espèce] apparut la première, l’être adoré des dieux, séjour de l’oblation […]. Après quoi c’est Dhanvantari [le médecin des dieux] qui surgit, vêtu de blanc, porteur d’une coupe pleine d’ambroisie [ amrita ] : les dieux, les démons, ainsi que les ascètes en eurent l’âme heureuse et se réjouirent 1 . »
Vishnu-Purâna , I re partie, IX, 81-111
Origines
La légende raconte que les dieux et les asura (les « anti-dieux »), se disputant depuis longtemps la liqueur d’immortalité ( amrita ) cachée au fond de l’océan cosmique, se décident un jour à unir leurs forces pour s’en emparer. Pour baratter l’océan, les dieux et les asura tirent alternativement chacun d’un côté le serpent Vâsuki utilisé comme une corde pour faire tourner le mont Mandara servant de baraton géant. Lorsque le pot ( khumba ) contenant la liqueur d’immortalité sort de l’océan, une bataille s’engage entre les dieux et les asura pour sa possession. Dans la précipitation, ils laissent tomber quatre gouttes de la liqueur divine sur le sol, sanctifiant ainsi la terre de l’Inde, aux endroits qui sont devenus les quatre villes sacrées se partageant la Kumbhamelâ .
Rituel
Le rassemblement à Prayâga (la moderne Allâhâbâd), tous les douze ans, est le plus important des quatre ; plusieurs millions de personnes s’y retrouvent. En 2013, en quarante-quatre jours, plus d’une cinquantaine de millions de pèlerins s’y seraient rassemblés (voire le double selon certaines sources).
Symbolique
Il s’agit très probablement du plus grand rassemblement religieux au monde. Prayâga se situe au confluent de trois rivières sacrées : le Gange (la Gangâ), la Yamunâ et l’invisible et mythique rivière souterraine Sarasvâtî. Ce lieu symbolise le passage entre le monde matériel et le monde spirituel. Un bain rituel dans ces eaux sacrées devrait permettre de s’affranchir du cycle des renaissances. Dès l’aube, les ascètes ( sâdhu ), nus, seulement vêtus de cendres, se baignent les premiers, suivis ensuite par une foule immense.

SAMKRÂNTI ET PONGAL
SOLSTICE D’HIVER ET FÊTE DES PRÉMICES
Date et signification
Si le solstice d’hiver astronomique est généralement le 21 décembre, le solstice d’hiver hindou est célébré trois semaines plus tard, le 14 janvier, au début du mois de mâgha (janvier-février).
Au Karnataka, dans le Deccan et en Inde du Nord, la fête du solstice d’hiver, appelée Samkrânti (« passage »), célèbre le moment où le soleil quitte le signe du Cancer pour celui du Capricorne ( makara ) et entame son ascension favorable vers le nord, marquant ainsi le début d’une nouvelle année solaire.
En Inde du Sud, cette fête du 14 janvier, célébrée sous le nom de Pongal (« ébullition », « bouillonnement » du riz), correspond à une très ancienne fête agraire d’offrande des prémices, sous la forme de riz nouveau. Elle marque le premier jour de l’année tamoule.
En Andhra Pradesh, cette fête du début de l’année solaire est nommée Tilsamkrânti , car c’est le sésame ( til ) qui est au centre du rituel, à la place du riz nouveau de Pongal . C’est une journée particulièrement dédiée à l’harmonie et au règlement des mésententes à l’intérieur des familles, notamment entre les jeunes mariés et les membres de leur belle-famille. La douceur du sésame consommé lors de cette fête serait censée assurer une année sans querelle.
Citation
« Tout est nourriture 2 . »
Shatapatha Brâhmana , VIII, 2, 4, 25
Origines
L’origine des fêtes de Samkrânti et de Pongal se perd dans la nuit des temps et remonte probablement aux plus anciens rites religieux de l’Inde et aux désirs ancestraux des hommes de remercier la terre nourricière.
Rituel
Les festivités de Pongal commencent dès la veille lorsque les gens se débarrassent de tous les objets usés et de ceux jugés inutiles et encombrants en les jetant au feu. Durant ce jour, les maisons sont lavées et décorées de dessins ( kolam ) réalisés avec des poudres colorées, les gens se baignent et mettent de nouveaux habits, afin de se préparer pour la nouvelle année.
Le 14 janvier, on installe devant les maisons des petits feux de bois et on y fait bouillir dans des récipients un mélange de riz, de lentilles, de beurre, de noix de cajou, de raisins, de sucre et d’épices, appelé pongal (terme qui donne son nom à la fête). Lorsque ce mélange est au point, on en fait offrande au soleil, aux gens de la maison, aux voisins et aux passants.
Le lendemain, on offre aussi du pongal aux bovins lavés et décorés de grelots et de guirlandes de fleurs et dont les cornes ont été polies et peintes avec des couleurs vives. Ce jour-là, les vaches et les buffles ne travaillent pas et sont remerciés pour leur aide tout au long de l’année agricole. On jette également des boules de pongal aux oiseaux. Comme le note Lakshmi Kapani, « tout le monde doit en avoir sa part. Ces trois jours où l’on prélève sur l’utile pour sacrifier à la générosité ont pour but de préparer le retour de l’abondance l’année suivante 3 ». Le jour suivant, on organise des jeux, notamment des courses de taureaux. On accroche aussi un sac rempli d’argent aux cornes d’un taureau, et c’est au plus habile des jeunes hommes de s’en emparer, au milieu des rires et des chants.
Symbolique
Pongal est une fête en l’honneur du soleil ( sûrya ). Cette fête marque aussi l’aube de la journée des dieux. Cette journée de très bon augure, considérée comme propice au renouvellement, est particulièrement adaptée pour la planification des évènements importants de l’année qui commence. C’est aussi la journée la plus favorable pour les aumônes et pour les fiançailles.

MAHÂSHIVARÂTRI
LA GRANDE NUIT DE SHIVA
Date et signification
La principale fête calendaire en l’honneur de Shiva se déroule dans la 14 e nuit de la quinzaine sombre (correspondant à la phase où la lune décroît) du mois de mâgha (janvier-février) ou du mois de phâlguna (février-mars).
Cette grande fête, marquant la fin de la saison fraîche, est célébrée partout en Inde par les dévots de Shiva, dans le Nord comme dans le Sud. Cependant, elle connaît une ferveur et un lustre particulièrement importants à Bénarès (Vârânasî), la ville sacrée de Shiva, où se pressent pour cette occasion des milliers de pèlerins et d’ascètes shivaïtes.
Citation
« Nous louons constamment Shiva dont la suprême vibration met en branle la manifestation de l’infinie variété des choses 4 . »
Abhinavagupta
Origines
Un des mythes souvent récités ou écoutés lors de cette nuit de Shiva est celui de la naissance du linga . Au début d’une ère cosmique, avant la création de l’univers, Brahmâ (le dieu de la création) et Vishnu (le dieu de la préservation) se disputent le titre de créateur. Surgit alors de l’océan primordial une immense colonne de feu. Les deux dieux se mettent réciproquement au défi d’en découvrir les limites. Brahmâ prend alors la forme d’un cygne ou d’une oie sauvage ( hamsa ) afin de tenter d’en découvrir le sommet. Vishnu prend la forme d’un sanglier (son avatâra Varâha) et tente en creusant de trouver l’origine de cette immense colonne. Ils se révèlent incapables d’arriver au bout de la tâche. Shiva apparaît alors dans cette colonne qui s’avère être le linga . Il s’y présente comme le dieu suprême et révèle aux deux autres dieux qu’ils sont en fait issus de lui-même. Ce mythe exalte la suprématie de Shiva et son caractère transcendant. Mais il souligne aussi l’unité des trois dieux de la Trimûrti , qui incarnent ensemble les trois principales fonctions qui régissent le monde : la création par Brahmâ ; la préservation avec Vishnu ; la destruction avec Shiva.
Rituel
Comme pour la plupart des fêtes hindoues, la fête de la grande nuit de Shiva se prépare par un grand ménage domestique, par des bains purificateurs, des jeûnes, des veillées nocturnes et divers rites d’adoration du dieu.
La nuit venue, les fidèles réalisent, dans les maisons comme dans les temples, des offrandes de lait, de miel, de beurre, de fleurs et de fruits au linga de Shiva, la principale forme sous laquelle est adoré ce dieu. Il s’agit d’un pilier cylindrique au sommet arrondi, parfois engagé dans une base circulaire (la yoni ).
Les offrandes au linga sont accompagnées de chants dévotionnels ( bhajan ). Certains fidèles murmurent aussi des prières ( japa ), alors que d’autres s’absorbent dans des pratiques méditatives ( dhyâna ). Les femmes concentrent plus particulièrement leurs dévotions sur Pârvatî, l’épouse de Shiva. La fête se termine par un repas de fruits secs (dattes, noix, etc.), de riz et de patates douces.
Symbolique
Shiva est un dieu fondamentalement ambivalent, à la fois redoutable et bienveillant. Sous sa forme terrible et sinistre (Bhairava), il apparaît comme un dieu violent, associé au temps qui détruit tout, et une puissance des ténèbres et de la mort. Incarnation du principe de démesure, il affiche un souverain mépris des conventions et des hiérarchies sociales. Mais Shiva est également le dieu des ascètes et des pratiquants du yoga.
La symbolique sexuelle du linga est évidente et manifeste la procréation et la force vitale. Ce symbole phallique est également interprété comme pilier cosmique, soutien de l’univers. Le linga est aussi la marque de la transcendance du divin. Ce terme a d’ailleurs pour sens premier « signe ». Il n’est donc pas, pour certains hindous attirés par la mystique, une image du dieu mais un signe de sa présence, une matérialisation de leur conception abstraite du divin. Ainsi, le linga pourrait être compris comme le virtuel et le subtil, tandis que la yoni signifierait la source, le jaillissement, l’actualisation de ce virtuel. Ce double symbole serait comme le seuil subtil entre l’invisible immanent et le manifeste visible donc potentiellement sujet d’adoration.

HOLÎ
LA FÊTE DES COULEURS
Date et signification
La fête de Holî a lieu pendant les deux jours qui suivent la pleine lune du mois de phâlguna (février-mars). Holî est connue comme la fête des couleurs où l’on s’asperge de poudres colorées. C’est aussi une fête en l’honneur du dieu Krishna.
Citation
« Elles furent réunies à l’âme suprême [Krishna] tout en croyant l’être à un amant et, quittant leur corps composé des qualités, elles furent soudain délivrées de leurs liens 5 . »
Bhâgavata-Purâna , Livre X, chap. 29, 11
Origines
À l’origine un rite de la fécondité et une fête du printemps, associée à la fertilité de la terre et à l’abondance des récoltes, Holî est connue aujourd’hui comme la fête des couleurs où l’on s’asperge de poudres aux couleurs vives considérées comme fastes et de jets d’eau multicolores et parfumés, dans une ambiance de carnaval, de défoulement et d’allégresse.
Krishna, qui est la huitième et la plus célèbre incarnation ( avatâra ) de Vishnu, a une personnalité complexe. Il est à la fois le héros guerrier de la Bhagavad-Gîtâ qui aide à faire triompher le dharma (le bon droit et l’ordre cosmique), un guide spirituel sur la voie de la dévotion ( bhakti ), un grand dieu créateur, un dieu-enfant espiègle qui joue malicieusement des tours à ses parents adoptifs mais qui est aussi doté d’une force immense capable d’abattre des démons malfaisants, et enfin le dieu- bouvier adolescent célébré dans la région de Mathurâ pour Holî .
C’est dans le Bhâgavata-Purâna (texte rédigé au IX e ou au X e siècle) que la figure du Krishna bouvier est la plus développée. Dans ce texte, les bergères ( gopî ), lors de la « danse de la pleine lune » ( râsa ), quittent leurs foyers, au mépris de leurs devoirs d’épouses, pour s’abandonner avec exaltation à la danse, aux jeux érotiques et à la passion qui les brûle pour le jeune Krishna, gardien de vaches. Par cet amour absolu et inconditionnel, tout en ignorant la nature divine du bouvier, elles se trouvent délivrées des liens de l’existence terrestre. Les nuits pendant lesquelles Krishna apparaît puis disparaît, ravissant puis désespérant les bergères, symbolisent le « jeu » cosmique ( lîlâ ) du dieu suprême se manifestant, selon son désir, dans l’univers comme dans le cœur humain. Dans ce jeu, Krishna utilise l’illusion ( mâyâ ) pour attirer à lui les individus et ensuite, dans sa miséricorde, leur assurer une nouvelle voie de salut accessible à tous. Les bergères sont ainsi le symbole des âmes tournant dans le cycle des renaissances et libérées par l’amour et l’union mystique avec le dieu suprême. Ainsi, Holî semblerait plonger la population de l’Inde du Nord dans une ambiance de joie et d’extase comparable à celle qui règne entre le dieu Krishna et les bergères follement amoureuses de lui.
Rituel
Les gens défilent et dansent dans les rues au son des percussions et des chants populaires. Lors de cette fête, très populaire dans toute l’Inde, la hiérarchie sociale est temporairement abolie, de même que la séparation entre les sexes. Tout le monde peut ainsi, pour quelques heures, se déchaîner dans une atmosphère de folle gaieté, alors que l’ordre du monde est temporairement suspendu. Ainsi dans certains villages, les femmes insultent et battent les hommes, les membres des basses castes maltraitent ceux des hautes castes. Certains consomment des boissons enivrantes, comme le bhâng (composé d’amandes, de lait, de sucre et de cannabis) ou divers alcools. « Chaque transgression rend ainsi compte d’un ordre inverse à celui de la vie quotidienne mais nécessaire à son maintien. Ainsi, à la fin d’une matinée d’assauts colorés, salissants et parfois même belliqueux, tout le monde se lave et s’habille en blanc pour rendre visite à la famille et aux amis célébrant ainsi l’ordre social fraîchement rétabli et revigoré par l’épisode d’infraction passagère de Holî 6 . »
En Inde du Sud
En Inde du Sud, on brûle pour Holî une effigie de Kâma (le dieu de l’amour charnel et du désir) en commémoration de l’épisode mythologique de la destruction de ce dieu par Shiva. En effet, Shiva a réduit en cendres le dieu Kâma par le regard brûlant de son troisième œil alors qu’il était en pleine méditation dans les montagnes du Nord. Kâma avait été envoyé auprès de Shiva par les dieux désirant qu’il s’unisse avec Pârvatî pour enfanter un fils, qui seul serait capable de détruire le terrible démon Taraka qui menaçait alors l’ordre socio-cosmique. Pârvatî se livre alors à l’ascèse pour conquérir seule Shiva, qui se laisse finalement fléchir et accepte de l’épouser. Pârvatî obtient ensuite la résurrection de Kâma, qui aura désormais une forme invisible et désincarnée, et donc encore plus puissante auprès des humains. Selon une autre version de cette histoire, c’est l’épouse de Kâma, Rati (Joie et Jouissance), qui aurait persuadé Shiva de ressusciter Kâma sous la forme d’un bel adolescent.
Dans les deux cas, il y a là une bonne illustration de l’ambivalence et de la complexité de Shiva : le dieu invite à l’ascétisme, à la pratique de la méditation et de la chasteté ; mais le désir d’abord anéanti est ensuite ressuscité car il est une composante essentielle de l’ordre cosmique.
En Inde du Nord
Dans le nord de l’Inde, Holî est dédiée à Krishna, le dieu-bouvier adolescent qui lui aussi allume l’amour dans le cœur des bergères. On brûle la veille de cette fête une effigie de la démone Holikâ, car celle-ci, envoyée par le méchant Kamsa pour anéantir Krishna, avait fini brûlée vive. La célébration de Holî est particulièrement spectaculaire dans la région de Mathurâ et de Vrindavan, le pays légendaire de Vraja (le Braj) où Krishna aurait passé son enfance.
Symbolique
Holî est une fête symbolisant la joie de vivre et la nécessité d’accepter des transgressions sociales passagères afin que l’ordre socio-cosmique (le dharma ) puisse être maintenu et admis tout le reste de l’année. Holî illustre également, par ses références aux amours du jeune Krishna, le rôle de la dévotion et de l’amour divin dans l’accomplissement religieux.

RATHA-YÂTRÂ
LA FÊTE DES CHARS
Date et signification
La fête des chars (la Ratha-yâtrâ ), très populaire au Bengale et en Orissa, a lieu le 2 e jour de la quinzaine claire du mois d’ âshâdha (juin-juillet). C’est une fête en l’honneur de Vishnu, qui est appelé Jagannâtha, le « Seigneur du monde », et assimilé à Krishna, de son frère Balarâma et de sa sœur Subhadrâ.
Citation
« Le renoncement aux autres désirs, aux autres cultes, à la connaissance et à l’action, tous les sens tendus vers la possession de Krishna : telle est la pure dévotion, source de l’amour 7 . »
Caitanya, Instructions à Rûpa
Origines
L’origine de la fête des chars remonte à l’époque médiévale, après que le grand temple de Jagannâtha à Purî (dans la région de l’Orissa) fut achevé au XII e siècle.
Rituel
Les images de ces trois divinités mises à l’honneur sont richement parées et promenées dans la ville sur d’immenses chars ( ratha ) en bois sculpté, en forme de temples magnifiquement décorés, dont certains font plus de quatorze mètres de hauteur.
La procession la plus spectaculaire et la plus célèbre se tient à Purî en Orissa, où des dizaines de milliers de dévots, sans distinction de caste ou de rang (il y a même parmi eux de nombreux intouchables), viennent y assister de tout le pays.
La statue de Jagannâtha est transportée, sur environ deux kilomètres, du grand temple de Purî à sa « maison d’été » (le temple de Gundicha) où il est accueilli par son épouse Lakshmî. Après un séjour de neuf jours, une autre procession ( Bahuda-yâtrâ ) ramène le dieu à son temple principal. Des milliers de fidèles s’attellent aux cordages pour tirer chacun des trois chars qui sont extrêmement lourds.
La procession est accompagnée par le rythme des cymbales et des tambours, et par des chants dévotionnels. Des récits anciens parlent de cas fréquents de suicides religieux où des fanatiques, pris d’ivresse mystique et cherchant à se fondre dans la divinité, se sont jetés sous les énormes roues du char. Comme le note Lakshmi Kapani, « quoi de plus auspicieux, de plus libérateur que d’aller ainsi à la mort en s’approchant de la divinité ? Si on la touche et surtout si elle vous touche, son simple contact vaut grâce et délivrance 8 ».
La fête des chars est également célébrée dans les communautés hindoues d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Australie, où elle a été popularisée par le mouvement « Hare Krishna » (ISKCON).
Symbolique
Le fait de tirer les chars très lourds est considéré comme un moyen privilégié d’entrer en contact avec les divinités et de recevoir leurs bénédictions. Les efforts de la traction sont censés effacer les fautes et permettre la réalisation de tous les vœux.

RAKSHÂ-BANDHAN
LA FÊTE DES FRÈRES ET DES SŒURS
Date et signification
Le jour de la pleine lune du mois de shrâvana (juillet-août) a lieu, surtout dans le nord et l’ouest de l’Inde, une fête familiale qui célèbre les liens fraternels, le Rakshâ - bandhan , connu aussi comme R âkhî-pûrnimâ . Le but de cette fête est de renforcer la relation entre les frères et les sœurs. Son nom vient du « lien » ( bandhan ) ou du « cordon » ( râkhî ) de « protection » ( rakshâ ) que les sœurs nouent à cette occasion autour du poignet de leurs frères en prononçant des paroles de bon augure ( mantra ) et en leur souhaitant une longue vie pleine de vaillance et de bonheur. Ce cordon est en coton tressé de fils jaunes ou jaunes et rouges.
Citation
« Sans la tendresse, on ne connaît pas Dieu, c’est certain 9 . »
Dñyândev , Haripâth , 5, 3
Origines
Différents mythes et légendes sont rattachés à cette fête. Selon une légende, lorsque le roi des dieux, Indra, partit combattre de redoutables démons, sa femme lui noua un cordon sacré autour du poignet, ce qui le protégea du mal et lui assura la victoire. Pour d’autres, l’origine de cette fête remonterait à un épisode de la grande épopée du Mahâbhârata . Selon cette histoire, le dieu Krishna, blessé au doigt, fut soigné par la reine Draupadî qui s’était servie d’un morceau de son sari pour confectionner un pansement et ainsi arrêter le saignement. Ému par ce geste, Krishna aurait alors promis de la protéger pour toujours.
Rituel
Tout en faisant brûler un peu de camphre pour sanctifier l’instant où est noué le cordon, les sœurs appliquent sur le front de leurs frères le traditionnel trait vertical rouge ( tilaka ) en signe de bénédiction. Ainsi protégés du mal, les frères pourront en échange défendre et aider leurs sœurs. Le frère, divinisé par l’offrande de cette amulette de protection et par les prières de sa sœur, reçoit hommages et nourriture consacrée, et se régale de toutes sortes de mets délicieux préparés tout spécialement pour cette occasion par les femmes de la maisonnée. Il doit offrir en retour à sa sœur, selon la coutume, un peu d’argent, des saris, des sucreries et autres cadeaux.
Si la sœur ne peut pas se rendre au domicile de son frère, elle peut lui envoyer un cordon par la poste ou même, de nos jours, lui faire parvenir par voie électronique un « cordon virtuel ».
En l’absence d’un frère, une femme peut aussi, lors de cette fête, attacher un cordon autour du poignet d’un cousin ou d’un ami avec lequel elle entretient des liens fraternels. Le don du cordon est aussi, parfois, l’occasion de témoigner son affection à tous les membres de sa famille, à ses amis et à son réseau social.
Symbolique
La fête des frères et des sœurs symbolise l’importance des liens fraternels et de la tendresse familiale en Inde.

KRISHNA-JANMÂSHTAMÎ
LA NAISSANCE DE KRISHNA
Date et signification
Le 8 e jour ( ashtamî ) de la quinzaine sombre du mois de bhâdrapada (août-septembre), tous les hindous célèbrent l’anniversaire de la naissance ( janma ) du dieu Krishna.
Si cette fête est célébrée partout en Inde, c’est dans la région de Mathurâ et de Vrindavan (le pays Braj), au sein de l’État de l’Uttar Pradesh, où Krishna aurait vu le jour et passé son enfance, qu’elle reçoit une dévotion particulièrement intense.
Citation
« Le corps de Krishna est un océan de charme d’amour 10 . »
Caitanya, Instructions à Sanâtana
Origines
La naissance de Krishna est notamment racontée en détail dans le célèbre livre X du Bhâgavata-Purâna . Un sage avait prédit à Kamsa, le roi-démon de Mathurâ, qu’il serait détrôné et assas siné par un des fils de sa sœur Devakî. Pour éviter cette menace, Kamsa fit emprisonner dans son palais Devakî et son époux Vasudeva, puis fit tuer leurs six premiers enfants. Leur septième enfant, Balarâma, fut miraculeusement sauvé et la naissance du huitième, Krishna, donna lieu à plusieurs prodiges. Grâce à un miracle qui endormit les soldats de Kamsa et ouvrit les portes de la prison, Vasudeva réussit à s’échapper avec son fils, traversa la rivière Yamunâ et le confia à un couple d’éleveurs, Nanda et Yashodâ. Krishna passa alors auprès de ses parents adoptifs une très belle enfance à la campagne, entouré de vaches.
Le jeune dieu est célèbre pour ses facéties et ses espiègleries. Adolescent, il séduisit plusieurs bouvières (les gopî ) dont sa préférée était la belle Râdhâ. Adulte, Krishna retourna au royaume de son oncle, le destitua et libéra ses parents. Il devint alors un roi conquérant, fondateur de cité et grand protecteur de l’ordre socio-cosmique (le dharma ).
Divinité centrale de l’hindouisme, Krishna est le huitième avatâra (incarnation) de Vishnou dans la plupart des traditions hindoues.
Rituel
Les fidèles de Krishna commencent à célébrer la naissance de leur dieu la veille de la fête, le septième jour ( saptami ), par une journée de jeûne et de prières, qui s’achève à minuit, heure légendaire de la naissance de Krishna.
Pendant toute la nuit dans les temples krishnaïtes, l’image de Krishna bébé est honorée et baignée avec différentes substances sacrées (eau, lait, miel, beurre clarifié, yaourt, feuilles de tulsi – le basilic indien). L’image divine est ensuite séchée, nourrie et placée dans un berceau. Les « restes » ( prasâda ) de la nourriture divine sont distribués en offrandes aux fidèles. Toute la journée se déroule dans une ambiance d’une très grande allégresse où les fidèles alternent des chants dévotionnels ( bhajan et kîrtan ), des psalmodies de formules sacrées ( mantra ), la récitation des cent huit noms du dieu accompagnée par les sons d’une flûte de bambou et de cymbales ( manjira ), et des danses joyeuses. Des jeunes filles se déguisent en bergères ( gopî ) pour symboliser, dans des pièces théâtrales, les amantes de Krishna alors qu’il était le dieu-bouvier adolescent de la forêt de Vrindavan. Leurs rondes célèbrent les danses légendaires érotico-mystiques que nous avons déjà évoquées à propos de la fête des couleurs ( Holî ). Les jeunes filles se délectent également du jeu traditionnel des balançoires (souvent représenté dans les miniatures indiennes), où le vertige de la vitesse devient un symbole de l’ivresse divine lorsque l’âme du fidèle se trouve emportée par l’amour du dieu, et où le va-et-vient représente le « jeu divin » ( lîlâ ) de la création dans lequel l’humain doit s’abandonner et se laisser bercer.
Dans les États du Gujarat et du Maharashtra, pour fêter la naissance de Krishna, on a l’habitude de suspendre dans les rues des pots de terre cuite emplis de yaourt et de lait caillé. Les garçons font alors des pyramides humaines pour essayer de décrocher et de casser ces pots. En effet, selon la légende, le jeune Krishna raffolait de tous les produits lactés et s’amusait beaucoup à en dérober à sa nourrice.
Symbolique
Le jeûne, où seuls les fruits sont autorisés, est un acte de purification servant également à témoigner de sa ferveur religieuse.
Le chiffre 8 est particulièrement associé à Krishna qui aurait été le huitième enfant de ses parents (Devakî et Vasudeva) et la huitième incarnation ( avatâra ) de Vishnu. Le fait que la célébration de la naissance de ce dieu se déroule dans la quinzaine décroissante de la lune, qualifiée en Inde de sombre, est très probablement à mettre en relation avec le nom de Krishna qui signifie le « sombre » ou le « bleu foncé ». Généralement les fêtes religieuses hindoues se déroulent plutôt dans la quinzaine claire de la lune montante, considérée comme de meilleur augure.

GANESHOTSAV
LA FÊTE DE GANESHA
Date et signification
La fête du très populaire dieu à tête d’éléphant, Ganesha, est célébrée en Inde chaque année pendant dix jours, du 4 e au 14 e jour de la quinzaine claire du mois de bhâdrapada (août-septembre).
Citation
« Ô dieu à visage d’éléphant, montre-moi ta belle forme qui englobe la totalité 11 . »
Ganeshagîtâ , VIII, 2
Origines
Ganesha est le fils du grand dieu créateur Shiva et de son épouse Pârvatî. L’essentiel de sa mythologie touche à sa naissance. Selon certains, il est le fruit de l’union de ses parents alors qu’ils avaient adopté, pour leurs ébats amoureux, la forme de l’éléphant, animal réputé en Inde avoir un fort potentiel sexuel. Selon une autre légende, Shiva émet de lui-même un fils beau comme lui. Il séduit toutes les femmes autour de lui, ce qui contrarie l’ascétisme de Pârvatî. Elle le condamne alors à avoir une tête d’éléphant et un gros ventre, donc à être laid et célibataire. Dans une autre version encore, Pârvatî se fabrique elle-même, à partir des sécrétions de sa peau, un gardien pour sa porte, chargé d’interdire à quiconque l’accès de ses appartements privés, car elle est très sollicitée par les dieux et les sages que Shiva lui envoie pour les aider. Un jour, Shiva veut forcer sa porte alors qu’elle est dans son bain. Ganesha tente de s’y opposer, Shiva, furieux, lui tranche la tête. Mais pris de remords devant la colère de son épouse, il coupe la tête du premier être vivant rencontré, un éléphant, pour remplacer celle de Ganesha. La déesse se montre satisfaite, se réconcilie avec son époux et Ganesha devient le serviteur de celui-ci pour le plus grand triomphe de l’ordre du monde et du cosmos.
Ce n’est que depuis la fin du XIX e siècle que la fête de Ganesha est devenue une grande fête publique avec des cérémonies collectives. Auparavant Ganesha n’était fêté que par des célébrations privées dans le cadre domestique.
Rituel
La célébration privée en l’honneur de Ganesha s’organise autour du culte à une statue éphémère du dieu réalisée avec de la glaise. Un rite d’installation permet à la présence divine du dieu d’habiter son image pendant le temps de la fête. Ganesha est alors symboliquement accueilli dans la maison comme un hôte royal et reçoit des offrandes de noix de coco, de noix de bétel, des sucreries et de nombreuses fleurs. En signe d’hommage et de respect, on applique sur son image de la pâte de santal et de la poudre jaune et rouge, on lui chante des hymnes. Les « restes consacrés » ( prasâda ) de la nourriture offerte au dieu sont consommés par les membres de la famille.
Pendant une période qui peut varier entre un et dix jours, Ganesha reçoit chaque nuit une « offrande de lumière » sous la forme de petites lampes à huile. Le dernier jour, la statuette du dieu est promenée dans la maison, puis immergée dans un point d’eau proche (bassin, puits ou rivière). La dissolution de l’image divine dans l’eau symbolise le départ du dieu du monde des humains et son retour à sa forme transcendante non manifestée.
La première célébration publique de la fête de Ganesha (fête de Ganesha-caturthî ) a eu lieu près de Bombay (Mumbai) en 1893, organisée par Bal Gangadhar Tilak (1856-1920), un réformateur social engagé en faveur de l’indépendance de l’Inde. Depuis cette époque, la célébration publique de Ganesha, souvent associée au nationalisme, a contribué à forger un fort sentiment d’unité des hindous (car ce dieu très populaire n’est pas affilié à une caste précise et transcende les barrières sociales). Aujourd’hui encore, c’est dans l’État du Maharashtra, à Pune et à Mumbai, qu’ont lieu les fêtes en l’honneur de Ganesha les plus importantes et les plus élaborées. À Mumbai, c’est même l’événement religieux public le plus important de l’année. Des centaines d’images du dieu, de toutes les tailles, sont promenées dans la ville, accompagnées de danseurs et de chanteurs, puis immergées dans la mer d’Oman. Il règne alors dans les rues une ambiance survoltée de dévotion fusionnelle soutenue par le rythme frénétique d’innombrables petits tambours. Chaque groupe, clan, club sportif, corps de métier ou association rivalisent pour porter en procession l’image du dieu la plus grande ou la plus parée de fleurs. Pendant ces dix jours de fêtes de nombreux spectacles de toutes sortes se déroulent dans la ville.
Symbolique
Ganesha, ou Ganapati (« le chef des gana » : les gana sont des nains formant les troupes célestes au service de Shiva), est un dieu favorable, très populaire dans toute l’Inde. Il a un corps humain surmonté d’une tête d’éléphant dont une des défenses est brisée. Il est très gourmand, possède un ventre proéminent et tient à la main un bol de sucreries (symbole de la prospérité matérielle). Sa monture est le rat, symbole d’astuce et d’omniscience. Il est le « seigneur des obstacles », celui qui les provoque ou les écarte, qui entrave ou donne le succès. C’est le dieu de bon augure par excellence. On l’invoque au début de toute entreprise pour obtenir son aide. Il est ainsi le patron des marchands et des commerçants, mais aussi de l’écriture, des activités littéraires et de l’enseignement. Ainsi, c’est un dieu qui réunit dans sa personne la prospérité, la sagesse, l’intelligence et la réussite.
La fête de Ganesha, l’un des dieux les plus populaires de l’hindouisme, cherche à rendre favorable un dieu considéré comme très puissant pour de nombreuses activités de la vie courante (écriture, études, commerce, etc.) comme pour la création littéraire et artistique. Ganesha est un dieu fondamentalement favorable aux hommes et ressenti comme indispensable à la réussite de la plupart de leurs entreprises dans ce monde.

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