Les joyaux du Coran (Jawâhir al-Qur´ân)
138 pages
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Description

Cet ouvrage qui s'inscrit dans les dernières œuvres de l'imam al-Ghazâlî est une perle de la littérature islamique. C'est une des probantes démonstrations de la maîtrise du maître de Tûs. Toute la maturité d'un long parcours transparaît à travers ces lignes consacrées au Coran. Comme le fera plus tard l'imâm ash-Sha'rânî, l'imâm al-Ghazâlî utilise le symbolisme des pierres précieuses pour expliquer la structure et la pédagogie du Livre saint de l'islam.Après une longue présentation de l'ouvrage et une introduction à la lecture et à la compréhension du Livre Saint, notre auteur nous présente les versets qu'il appelle les «joyaux» dont le but est uniquement de cueillir les lumières de la Connaissance, puis ceux qu'il appelle les «perles», et dont le but est d'expliquer comment se tenir droit et ferme sur la Voie [de la Rectitude] à travers les œuvres. Autrement dit, le premier collier de joyau est inhérent à la Science et le second aux œuvres. Il ne fait aucun doute qu'après avoir lu ce livre, nombre de lecteurs liront différemment le Livre Saint, et c'est du moins ce que nous leur souhaitons, y percevront certains des secrets et des symboles que Dieu y a enfermés.C'est à l'intelligence du lecteur que le maître s'adresse, en effet, il nous invite à la compréhension ou plus précisément à la manière d'aborder un texte sacré. Bien qu'il ne dévoile pas tous les secrets inhérents à chacun des versets cités, il nous donne les clés permettant au lecteur d'extraire la quintessence de la lettre coranique. Outil d'autant plus important que les œuvres maîtresses de ce genre littéraire sont basées sur le Coran.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 juin 2015
Nombre de lectures 236
EAN13 9791022500715
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,064€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Les Éditions Albouraq – Revivification des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1435-2014 ISBN 978-2-84161-694-7 // EAN 9782841616947
Abû Hâmid Al-Ghazâlî
Les Joyaux du Coran et ses perles
( Jawāhir al-Qur’ān wa duraruh )
Traduit de l’arabe, commenté et annoté par Hassan Boutaleb
I NTRODUCTION
Abū Hāmid al-Ghazālī (1058-1111) (que Dieu soit satisfait de lui) est l’un des plus illustres savants et intellectuels du monde musulman et l’auteur de dizaines d’ouvrages, dont le plus fameux reste indéniablement sa fameuse somme spirituelle, l’ Ihyā ‘Ulūm al-Dīn dont certaines parties, ainsi que d’autres textes, sont aujourd’hui traduits dans la plupart des langues du monde.
Notre auteur a consacré sa vie à l’étude et à l’enseignement de la religion et, une fois avoir pleinement acquis la maîtrise de cette dernière, il commence à écrire des œuvres d’une importance capitale pour l’avenir du monde musulman traversé à son époque par de graves crises politique et morale.
Son œuvre aura un impact considérable dans le monde musulman et permettra de restaurer ou de revivifier, pour reprendre un terme ghazalien, la religion musulmane et la préserver des courants novateurs qui voulaient la réformer. De ce point de vue-là, on peut affirmer sans risque d’être contredit, que Ghazālī a été l’un des meilleurs gardiens de l’orthodoxie musulmane 1 .
Le présent traité intitulé les ‘joyaux du Coran’ ( jawāhir al-qur’ān ) 2 est une véritable perle de la littérature islamique. Il s’agit de l’une des plus belles et dernières œuvres de Ghazālī qui, après avoir franchi différentes épreuves et parcouru la vaste terre de l’Islām, se retire dans sa terre natale à Tūs où ses activités principales se résument à la Mention de Dieu ( al-dhikr ), à la lecture et la récitation du Coran. Au cours de cette nouvelle vie qui correspond au dernier quart de son existence terrestre, Ghazālī découvre que le Coran est constitué, entre autres, de perles et de joyaux, les uns plus précieux que les autres. Il décide alors d’en faire partager la connaissance au plus grand nombre et nous offre ainsi l’une des plus belles œuvres jamais composées sur le Livre Saint de l’Islām. S’il n’en dévoile pas tous les secrets, il n’en tait pas non plus les plus importants. À travers sa pédagogie propre et son scrupule proverbial à respecter les règles de convenances ( al-adāb ), Ghazālī nous prend par la main pour nous accompagner dans un voyage sans fin, à travers la méditation des significations ( ma‘ānī ) du Coran. Il nous ouvre les yeux sur les différents niveaux du Coran et sur la hiérarchie des versets en donnant la parole au Coran lui-même, qui, pour notre auteur, est un profond océan sans rivage. Une chose importante enfin, que l’auteur ne manque pas de souligner et contre laquelle il nous met en garde, est de considérer certains termes, expressions ou phrases coraniques, mentionnés à plusieurs reprises dans le Livre Saint, comme de simples répétitions. Il n’en est absolument rien. Car chaque terme coranique, chaque lettre et chaque voyelle, est comme un souffle nouveau qui rafraîchit l’esprit et revivifie les cœurs …
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce texte n’a rien d’un commentaire coranique, ou d’une exégèse ; ce n’est pas du tout là l’intention de l’auteur. Ce qu’il cherche avant tout c’est d’éveiller les cœurs et les consciences à travers la lecture et la méditation de certains versets qu’il considère à juste titre être les perles et les joyaux du Coran. Après une longue présentation de l’ouvrage et une introduction à la lecture et à la compréhension du Livre Saint, notre auteur nous présente les versets qu’il appelle les « joyaux » dont le but est uniquement de cueillir les lumières de la Connaissance, puis ceux qu’il appelle les « perles », et dont le but est d’expliquer comment se tenir droit et ferme sur la Voie [de la Rectitude] à travers les œuvres. Autrement dit, le premier collier de joyau est inhérent à la Science et le second aux œuvres. Il ne fait aucun doute qu’après avoir lu ce livre, nombre de lecteurs liront différemment le Livre Saint, et c’est du moins ce que nous leur souhaitons, y percevront certains des secrets et des symboles que Dieu y a enfermés.
Rome, Juillet 2012
N OTES À LA TRADUCTION
Une bonne partie de ce livre contient des versets du Coran. Nous nous sommes appuyés pour leur traduction sur les excellents travaux de J. L Michon et de M. Hamidullah pour ce qui est du français, et sur ceux de M. Taqi Uthmani et de A. Yusuf Ali pour l’anglais.
Nous nous sommes aussi référés à différents commentaires classiques, surtout à ceux de Tabarī et de Qurtubī pour rendre l’interprétation de certains versets plus accessible au lecteur.
Ceci étant, rien ne peut substituer la lecture du Coran en arabe, langue sacrée par excellence, car ses effets, sa bénédiction et sa grâce sont renfermés dans son ‘arabité’.
***
Que Dieu nous pardonne si nous avons altéré le sens de Sa Parole, notre intention étant uniquement de véhiculer la sagesse de certains de nos maîtres. Et louange à Dieu, le Seigneur des Mondes !
Au Nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Louange à Dieu, le Seigneur des mondes ! Et que Sa Prière et Sa Paix se répandent sur Son Prophète Muhammad, ainsi que sur sa Famille et ses Compagnons.
[ Fa s l ]
I NTRODUCTION DE L ’ AUTEUR ET TABLE DES MATIÉRES DU LIVRE INTITULÉ JAWĀHIR AL-QUR ’ ĀN
Sache - que Dieu te guide - que nous avons composé ce livre en trois parties : la première partie porte sur les avant-propos ( al-muqaddimāt ) et les préliminaires ( al-sawābiq ) ; la deuxième sur les finalités ( al-maqāsid ) et la troisième sur les conséquences ( al-lawāhiq )
partie I : les avant-propos
Cette partie compte dix-neuf chapitres :
Chapitre I : Du fait que le Coran est un océan qui contient toutes sortes de perles ( jawāhir ) et de pierres précieuses ( nafā’is ).
Chapitre II : Énumération de ses finalités et de ses parties précieuses qui sont rapportées à six catégories dont trois sont des principes fondamentaux ( usūl muhimma ) et les trois autres sont des subordonnées complétives ( tawābi‘ mutimma ).
Chapitre III : De l’explication de chacune des six catégories et du fait qu’elles se ramifient et deviennent dix.
Chapitre IV : Des modalités de ramification de toutes les sciences à partir de ces six catégories. De la division des sciences coraniques en science des coquilles ( ‘ilm as-sadaf ) et science des perles ( ‘ilm al-jawāhir ) ; et de la hiérarchie des sciences.
Chapitre V : De sa ramification en science des Anciens et en science des Modernes.
Chapitre VI : Du fait que le Coran contient le soufre rouge ( al-kibrīt al-a h mar ), le plus puissant antidote ( al-tiryāq al-a‘ z am ), le musc le plus parfumé ( al-misk al-adhfar ), toutes les pierres précieuses et les perles ; [vérités] que ne connaît que celui qui sait les modalités d’équilibre entre le monde visible et le monde invisible.
Chapitre VII : De la description des réalités du monde invisible [dans le Coran] à travers des exemples pris du monde visible.
Chapitre VIII : Du moyen qui permet de percevoir la relation entre le monde invisible et le monde visible.
Chapitre IX : Du décryptage des symboles comme le soufre rouge ( al-kibrīt al-a h mar ), le plus puissant antidote ( al-tiryāq al-a‘ z am ), le musc le plus parfumé ( al-misk al-adhfar ), le bois d’aloès ( al-‘ūd ), les rubis, les perles et autres choses précieuses.
Chapitre X : Des avantages implicites de ces symboles.
Chapitre XI : De la supériorité de certains versets coraniques par rapport à d’autres, bien qu’il s’agisse toujours de la Parole de Dieu (exalté soit-Il).
Chapitre XII : Des secrets de la sourate al-Fāti h a 3 et du fait qu’elle renferme huit des dix catégories qui contiennent les choses les plus précieuses du Coran ; et de la mention des [Noms divins] : le Tout Miséricordieux ( al-ra h mān ) et le Très Miséricordieux ( al-ra h īm ) en relation avec les espèces vivantes.
Chapitre XIII : De l’ouverture des huit portes du paradis par la Fā t iha et du fait qu’elle soit la clé qui les ouvre toutes.
Chapitre XIV : Du verset du Piédestal ( ayat al-kursī ) 4 : pourquoi est-il considéré le prince des versets du Coran, et plus noble que le verset : « Dieu atteste qu’il n’y a de Dieu que Lui ; de même font les anges et ceux qui possèdent la science et sont fermes dans l’équité. Il n’y a de Dieu que Lui, l’Omnipotent, le Sage ! » 5 , que les versets : « Dis : Lui, Dieu, est Un ! Dieu est le Soutien universel ! Il n’engendre pas et Il n’est pas engendré, et Il n’a pas d’égal. » 6 , que les premiers versets de la sourate al- H adīd 7 , que celui de la sourate al- H ashr 8 et d’autres versets encore.
Chapitre XV : Du fait que la sourate al-Ikhlā s 9 vaut un tiers du Coran.
Chapitre XVI : Du fait que la sourate Yā-Sīn 10 est le cœur du Coran.
Chapitre XVII : Du fait que le Prophète  a spécifié que la Fātiha était la meilleure sourate du Coran, que le verset du Piédestal est le prince des versets, et pourquoi sont-ils devenus prioritaires et pas le contraire.
Chapitre XVIII : Des états des connaisseurs ( al-‘ārifīn ) et du fait qu’ils sont en ce bas monde dans un paradis plus grand que les cieux et la terre, et dont les fruits sont à la portée de leurs mains, ni interdits ni interrompus.
Chapitre XIX : Du secret de la cause qui induit à filer les perles du Coran dans un collier et ses pierres précieuses dans un autre.
Voici donc les titres des dix-neuf chapitres.
Partie II : les finalités
Elle comprend les noyaux des versets du Coran selon deux perspectives :
La première concerne les perles : [Il s’agit des versets] qui traitent de l’Essence ( al-dhāt ) de Dieu (Puissant et Majestueux), et en particulier de Ses Attributs ( s ifāt ) et de Ses Actions ( al-af‘āl ). C’est ce qui définit la « science » ( al-‘ilm ).
La seconde concerne les pierres précieuses : [Il s’agit des versets] qui traitent de la Voie de la Rectitude ( al- s irā t al-mustaqīm ) et qui exhortent à la suivre. C’est ce qui définit l’« action » [ou l’œuvre] ( al-‘amal ).
En guise de conclusion, nous essaierons d’expliquer pourquoi nous nous sommes limités à certains versets.
Partie III : les conséquences
Le but de cette partie est d’identifier et de présenter les finalités de ces versets qui concernent la totalité du Coran. Il s’agit d’un traité à part que nous avons intitulé « Kitāb al-arba‘īn fi u s ūl al-dīn » 11 . Cet ouvrage traite de sciences qui se partagent en dix principes et en œuvres, et ces dernières en extérieures ( z āhira ) et en intérieures ( bā t ina ). Les œuvres extérieures se rapportent aussi à dix principes ; et les intérieures en ce dont le cœur doit se purifier, c’est-à-dire les qualités blâmables, qui dérivent de dix principes et, celles que le cœur doit plutôt revêtir, c’est-à-dire les qualités louables qui dérivent aussi de dix principes.
Cette partie qui traite des conséquences se divise en quatre sections :
- les connaissances,
- les actions apparentes,
- les qualités blâmables,
- et les qualités louables.
Pour ce qui est des connaissances, leurs dix principes sont :
1. L’Essence de Dieu (exalté soit-Il).
2. La Sainteté de Son Essence
3. Sa Puissance
4. Sa Science
5. Sa Volonté
6. Son Ouïe et Sa Vision
7. Sa Parole
8. Ses Actions
9. Le Jour Dernier
10. La Prophétie
En conclusion, nous avons fait allusion à nos autres ouvrages où on peut trouver les vérités profondes de ces choses.
La seconde section traite des actions extérieures dont les dix principes sont :
1. La prière
2. L’impôt légal ( al-zakāt )
3. Le jeûne
4. Le pèlerinage
5. La lecture du Coran
6. La mention de Dieu
7. La quête du licite
8. La bonne moralité
9. Le commandement du bien et l’interdiction du mal
10. Suivre la tradition ( al-sunna ) du Prophète  .
Suit ensuite une conclusion où il est fait une brève allusion aux litanies ( al-awrād ).
La troisième section traite des qualités blâmables qu’il faut arracher du cœur, et dont les dix principes sont :
1. L’alimentation nuisible
2. Le langage hors propos
3. La colère
4. La jalousie
5. L’amour de l’argent
6. Le désir d’honneurs et de renommée
7. L’attachement aux choses de ce monde
8. L’orgueil
9. L’infatuation
10. La vanterie
Suit ensuite une conclusion où il est fait mention de toutes les qualités et de leur caractère fallacieux.
La quatrième section concerne les qualités louables dont les dix principes sont les suivants :
1. Le repentir
2. La peur et l’espérance
3. L’ascèse
4. La patience
5. La gratitude
6. La sincérité et la vérité
7. La confiance en Dieu
8. L’amour de Dieu
9. La satisfaction du Décret
10. La mort et sa réalité, les différents types de châtiments spirituels, et « le Feu de Dieu jamais éteint, qui pénètre dans les entrailles » 12
Nous y avons ajouté une conclusion consacrée à la méditation ( al-tafakkur ) et à l’examen de conscience ( al-mu h āsaba ).
Nous commençons à présent en disant :
Au Nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
C HAPITRE I L E C ORAN EST UN OCÉAN QUI CONTIENT TOUTES SORTES DE PERLES ET DE PIERRES PRÉCIEUSES
Après la louange à Dieu, préambule de toute parole, et après avoir invoqué Sa Prière sur Son Envoyé, qui est la conclusion de tout discours ; laisse-moi te réveiller de ton sommeil, ô toi qui persévères ( al-mustarsil ) dans ta récitation [du Coran], qui t’adonnes à son étude et t’enveloppes de ses significations extérieures et de ses généralités. Jusqu’à quand continueras-tu à errer autour de ses rivages, les yeux fermés à ses merveilles ? Ne te convenait-il pas de te rendre au centre de sa profondeur ( lajja ) pour observer ses merveilles, de voyager vers ses îles afin d’en récolter ( ijtinā’ ) les biens et de plonger dans ses abysses pour t’enrichir de ses perles ? Ne t’en veux-tu pas d’être exclu de la possession de pierres précieuses et de perles à cause de ton obstination à ne regarder que ses rivages et ses aspects apparents ?
Ne t’a-t-on pas informé que le Coran est un Océan ( ba h r mu h īt ) d’où provient la Science des premiers et des derniers, tout comme les grands fleuves et les rivières procèdent de la mer ? Pourquoi n’envies-tu pas ceux qui ont plongé dans l’écume copieuse ( ghamra ) de ses flots et ont conquis le « souffre rouge » ( al-kibrīt al-a h mar ), le rubis ( al-yāqūt al-a h mar ), la gemme étincelante ( al-durr al-azhar ) et la topaze verte ( al-zabarjad al-akh d ar ), qui explorent ses rivages et cueillent l’ambre grise ( al-‘anbar al-ashhab ) et l’aloès fleuri et parfumé ( al-‘ūd al-ra t b al-an d ar ), qui débarquent sur ses îles, extraient des animaux [qui y vivent] le plus puissant antidote, et cueillent le musc le plus parfumé ?
Je te guiderais alors, en raison de la fraternité qui nous lie et de mon espoir en la bénédiction et l’influence de tes prières, sur leur voie et [je t’apprendrais] à plonger et à nager [dans cet Océan].
C HAPITRE II E NUMÉRATION DE SES FINALITÉS ET DE SES PARTIES PRÉCIEUSES
Le secret ( sirr ) du Coran, son plus pur noyau et son but ultime sont d’appeler les serviteurs à l’Irrésistible ( al-Jabbār ) 13 et au Plus Haut ( al-A‘lā ) 14 . Au Seigneur de « la vie dernière et de la première » 15 , Créateur des hauts cieux, des basses terres et de « ce qui est entre les deux, et ce qui est sous la terre. » 16 Et c’est pourquoi les versets du Coran et ses sourates sont de six genres :
Trois d’entre eux constituent les préambules et les principes fondamentaux et les trois autres, les subordonnées complétives.
Les trois principaux sont : la connaissance de Celui vers qui on est appelé ; la connaissance de la Voie de la Rectitude qu’il faut nécessairement suivre pour parvenir jusqu’à Lui et enfin la connaissance de l’état ( h āl ) dans lequel on arrive.
Quant aux trois autres genres, les subordonnées complétives :
Le premier est la connaissance des états de ceux qui ont répondu [à l’Appel] ( al-mujībīn ) et des grâces subtiles ( la t ā’if ) que Dieu a opérées en eux. Son secret et son but sont d’attiser le désir et l’envie [de Dieu] ( al-targhīb ). Puis, la connaissance de l’état de ceux qui se sont écartés [de la Voie] ( al-nākibīn ) et n’ont pas répondu ( al-nākilīn ) [à l’Appel], et des modalités de répression et de punition que Dieu leur appliquera. Son secret et son but sont d’avertir et de susciter la peur ( al-tarhīb ).
Le second est la connaissance des états des négateurs ( al-jā h idīn ) et le dévoilement de leur infamie et de leur ignorance de la dialectique et de l’argumentation contre la vérité. Son secret et son but sont, négativement, de dévoiler leurs erreurs, les embarrasser et susciter l’aversion ( al-tanfīr ) à leur égard, et positivement, la clarification, la confirmation et le triomphe [de la vérité].
Le troisième est la connaissance des étapes et des haltes de la Voie ainsi que des provisions, des préparatifs et des dispositions nécessaires [au voyage]. Voici donc les six éléments.
C HAPITRE III E XPLICATION DES FINALITÉS DU CORAN
[III.1] Première partie : Connaissance de Celui vers qui on est appelé
Ce qui est entendu ici est la « connaissance de Dieu (exalté soit-Il) », et c’est cela le « Soufre rouge ». Cette connaissance comprend : la connaissance de l’Essence de Dieu (magnifié et exalté soit-Il), celle de Ses Attributs et enfin celle de Ses Actions.
Ces trois [connaissances] constituent le Rubis et l’avantage le plus spécifique au Soufre rouge.
Et tout comme il existe différentes sortes de corindons : le rouge ( al-a h mar ), le gris foncé ( al-akhab ) et le jaune ( al-a s far ) ; et que certains sont plus précieux que d’autres, il existe aussi trois types de connaissance qui ne sont pas toutes égales. La plus importante est sans aucun doute la connaissance de l’Essence qui correspond au Rubis ; puis celle des Attributs qui correspond au Corindon gris et enfin, celle des Actions qui correspond au Corindon jaune.
Et comme ces pierres ont une valeur qui dépend aussi bien de leur rareté que de leur préciosité, et que les Rois, du fait de cette rareté, ne les acquièrent pas facilement et se contentent parfois de pierres beaucoup moins prestigieuses, il en est ainsi de la connaissance de l’Essence dont l’accès est extrêmement étroit, qui est la plus difficile à acquérir, la plus rebelle à la raison et la plus éloignée du souvenir.
C’est pour cette raison que le Coran n’en traite que par allusions ou symboles, et ramène Sa mention à celle de la Sainteté absolue ( al-taqdīs al-mu t laq ) - comme dans Sa Parole : « Rien n’est à Sa ressemblance ! » 17 , ou dans la sourate « al-Ikhlās » 18 - , ou encore à Son Absolue Magnificence ( al-‘a z ama al-mu t laqa ), comme dans Sa Parole : « Gloire à Lui, et qu’Il soit exalté au-dessus de ce qu’ils [Lui] attribuent ! Créateur des cieux et de la terre … » 19
Pour ce qui est de la connaissance de Ses Attributs, il s’agit d’un domaine [dont l’exploration] est bien plus vaste, de même que l’étude et l’entendement ( al-nu t q ), et c’est pourquoi les versets où il est fait mention de la Science, de la Puissance, de la Vie, de la Parole, de la Sagesse, de l’Ouïe de la Vue et autres [Attributs] sont nombreux.
Pour ce qui est de la connaissance de Ses Actions, il s’agit d’une mer si vaste que même les études les plus profondes ne peuvent atteindre les côtes. Car il n’y a dans l’existence que Dieu et Ses Actions ( laysa fi-l-wujūd illa Llāh wa af‘ālahu ) ! Et tout ce qui est autre que Lui procède de Son Action ! Toutefois, le Coran renferme ce qui est apparent et se manifeste dans le Monde Visible ( ‘ālam al-shahāda ) comme les cieux et les planètes, la terre et les montagnes, les arbres et les animaux, les mers et les plantes, les chutes d’eau douce ( al-furāt ), et toutes les causes qui font verdoyer la terre, vivifient et qui sont perceptibles aux sens ( al- h awās ). Mais Ses Actions les plus nobles, les plus merveilleuses et qui montrent la Majesté de leur Auteur sont celles imperceptibles aux sens et qui relèvent du « Monde [Invisible et] Angélique » ( ‘ālam al-malakūt ), c’est-à-dire des anges et des réalités spirituelles ( al-rūhāniyyāt ), de l’esprit et du cœur, c’est-à-dire l’organe humain qui connaît Dieu (exalté soit-Il). En effet, le cœur et l’esprit appartiennent au Monde Invisible ( al-ghayb ) et Angélique et non au Monde du Royaume et Visible ( ‘ālam al-mulk wa al-shahāda ).
Parmi eux, il y a les Anges terrestres ( al-malā’ika al-ar d iyya ) chargés [de la protection] de l’espèce humaine et qui se sont prosternés devant Adam (que la Paix soit sur lui) 20 , et les démons qui exercent leur autorité [maléfique] sur les humains et qui ont refusé de se prosterner devant lui 21 .
Puis, il y a les Anges célestes ( al-malā’ika al-samāwiyya ) dont les plus élevés sont les chérubins ( al-karūbiyyūn ), les solitaires assidus [à proclamer] la Splendeur de la Sainteté ( al-‘ākifūn ‘alā kha t īrat al-qudusi ). Ces Anges ne s’occupent pas des hommes ni de ce qui est autre que Dieu (exalté soit-Il), du fait de leur immersion dans la Beauté ( jamāl ) et la Majesté ( jalāl ) de la Présence Seigneuriale ( al- h a d ra al-rubūbiyya ). Leur regard ne se pose que sur Dieu et ils Le glorifient nuit et jour sans jamais [s’interrompre ni] se lasser. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait [sur terre] des serviteurs de Dieu qui préfèrent s’occuper de la Majesté de Dieu plutôt que d’Adam et de sa descendance, et qui n’ont pas un si grand intérêt pour les hommes.
L’Envoyé de Dieu  a dit : « Dieu possède une Terre Blanche où la course du soleil est de trente jours, chaque jour correspondant à trente fois celui de la terre. Elle est habitée par des créatures qui ignorent que Dieu exalté est désobéi sur terre, et que Dieu a créé Adam et Satan. » 22 Ce h adīth a été rapporté par Ibn ‘Abbās 23 (que Dieu soit satisfait de lui et de son père). Le Royaume de Dieu (exalté soit-Il) est vraiment immense !
Sache que la plupart des créatures ne connaissent pas les Actions de Dieu ni les plus nobles d’entre elles, car leur perception ( idrāk ) se limite aux mondes des sens et de l’imagination, qui sont les derniers produits du Monde Angélique, comme l’écorce la plus extérieure par rapport au noyau le plus pur. Celui qui ne franchit pas ce degré est comme celui qui ne voit que la peau de la grenade ( al-rummān ) 24 [et non l’intérieur du fruit], ou qui ne voit des merveilles de l’homme que son épiderme.
Voici donc la première partie qui renferme différents types d’hyacinthes ( al-yāwāqīt ). Nous te citerons à présent les versets qui les concernent de manière spécifique et qui sont la quintessence ( zubda ) du Coran, son cœur, son noyau et son secret.
[III.2] Connaissance de la Voie qui conduit à Dieu exalté soit-Il
Cette connaissance survient lorsqu’on se voue à Dieu ( al-tabattul ) conformément à Sa Parole : « dévoue-toi entièrement à Lui ! » 25 , c’est-à-dire : dédie-toi pleinement à Lui. Se dédier pleinement ( al-inqitā‘ ) à Lui signifie se tourner entièrement vers Lui et se détourner de tout autre que Lui, et cela est traduit par Sa Parole : « Il n’y a de Dieu que Lui. Prends-Le donc comme Garant. » 26 Se tourner vers Lui signifie persévérer dans le dhikr 27 , et se détourner de tout autre que Lui signifie s’opposer aux passions ( al-hawā ), se nettoyer des souillures ( al-kudūrāt ) de ce bas monde et purifier le cœur. Tout cela procure [la joie] du succès ( al-falā h ), conformément à cette Parole De Dieu (exalté soit-Il) : « Heureux qui se purifie, qui invoque le Nom de son Seigneur et accomplit la prière. » 28 .
Les fondements de la Voie sont de deux : l’assiduité ( al-mulāzama ) et l’opposition ( al-mukhālafa ). L’assiduité à invoquer Dieu (exalté soit-Il) et l’opposition à ce qui détourne de Lui. C’est en cela que consiste le voyage vers Dieu qui ne comporte aucun mouvement ni de la part du voyageur ni de Celui vers qui on voyage, car ils sont ensemble ( innahumā ma‘an ). N’as-tu donc pas entendu Sa Parole (exalté soit-Il), alors qu’Il est le Parleur le Plus Sincère : « Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire. » 29 Le rapport entre le chercheur et l’Objet de sa quête est semblable à celui entre l’image réfléchie et le miroir. L’image ne s’y réfléchit pas nettement tant que le miroir n’est pas poli ; une fois ce dernier poli, l’image s’y réfléchit parfaitement. La réflexion survient non pas par un mouvement de l’image ou du miroir, mais par la suppression du voile qui faisait obstacle.
En vérité, Dieu Se manifeste par Son Essence et ne Se dissimule pas, car il est impossible de voiler la Lumière. En outre, la Lumière révèle tout ce qui est caché : « Dieu est la Lumière des cieux et de la terre ! » 30
La lumière se cache à la pupille pour deux raisons : soit à cause de la présence d’un corps étranger dans l’œil, soit à cause d’une maladie qui affaiblit l’œil et le rend incapable de supporter une lumière trop intense et trop brillante, comme c’est le cas pour la chauve-souris dont l’œil ne supporte par la lumière du soleil.
Il ne te reste donc qu’à purifier l’œil de ton cœur de toutes souillures pour en renforcer la pupille. Il est dans le cœur comme l’image dans le miroir. Aussi, au moment où Il se manifeste à toi [dans le miroir de ton cœur] par surprise ( ghāfasa-ka ), hâte-toi d’affirmer [et de reconnaître] qu’Il y est présent ; car Il a cuirassé ( tadarra‘a ) les caractères humains [de ton cœur] ( nasūt ) par ceux divins ( lahūt ), de manière à t’affermir par « la Parole Ferme » ( al-qawl al-thābit ) 31 . Tu sauras alors que l’Image n’est pas dans le miroir mais qu’Elle s’y est manifestée, et il t’est difficile de concevoir que, même si [Son image] est réfléchie [par un miroir], Elle puisse aussi se manifester au même moment dans différents miroirs et selon les mêmes modalités, ou [d’admettre] que Sa manifestation dans un miroir n’implique pas, loin s’en faut, qu’elle S’y soit transférée d’un autre lieu !
Prends garde ! Dieu Se manifeste aux connaisseurs ( ‘arifīn ) en une seule fois ( duf‘a wa h ida ).
Certes, Dieu Se manifeste dans certains miroirs de manière limpide et évidente, claire et précise, et dans d’autres de manière moins distincte voire même dans une Forme altérée par rapport à l’originale. Cela dépend de la pureté du miroir, de la façon dont il a été nettoyé, de la régularité de ses côtés et de la justesse de sa face.
Voilà pourquoi le Prophète  a dit : « Dieu (exalté soit-Il) Se manifeste ordinairement aux hommes et spécifiquement à Abu Bakr. » 32
La connaissance des modalités de la Voie et de l’Arrivée est aussi une des mers profondes qui constituent le Coran. Aussi nous te rassemblons les versets qui te guideront sur la Voie pour que tu puisses les méditer. Peut-être que te sera dévoilé ce qui peut l’être. Cette partie constitue la perle étincelante
[III.3] De la connaissance de la condition au moment de l’Arrivée
Cette partie comprend la mention de l’esprit et des plaisirs que trouveront ceux qui arrivent ( al-wā s ilūn ). Et la parole qui exprime toutes les formes de plaisirs et de repos ( raw h ) 33 [qu’on y rencontre], et dont la plus sublime est la jouissance de la Vision de Dieu (exalté soit-Il), est : « Paradis ». Elle comprend aussi la mention de l’humiliation ( khizy ) et des tourments qu’éprouveront les gens voilés ( al-ma h jūbūn ) en raison de leur égarement de la Voie. Et la parole qui exprime toutes les formes de souffrances [qu’ils ressentent] est : « l’Enfer Ja h īm » 34 , et dont la plus terrible est le voilement et l’éloignement [de Dieu]. Que Dieu nous en garde ! Et dont la [gravité] ressort clairement dans Sa Parole : « Que non ! Ils seront, ce Jour-là, séparés de leur Seigneur par un voile ; et ils seront précipités dans la Fournaise. » 35
Elle comprend aussi les expressions qui font allusion aux prémisses des conditions des deux groupes comme la « Résurrection », la « Comparution », le « Décompte des œuvres », la « Pesée [des actions] » et le « Pont [qu’il faudra traverser] ». Ces expressions sont évidentes et sont comme la nourriture pour les gens ordinaires, et comme des secrets peu accessibles et la vie pour l’élite.
Un tiers des versets et des sourates du Coran est dédié au détail de ces sujets, et ils sont trop nombreux pour être tous recensés et énumérés. Ils constituent toutefois un vaste domaine pour la pensée et la recherche. Cette partie constitue l’émeraude verte ( al-zumrud al-akh d ar ).
[III. 4] De la connaissance des états de ceux qui cheminent sur la Voie et de ceux qui s’égarent
Les états de ceux qui ont parcouru la Voie : il s’agit des récits des Prophètes (que la Paix soit sur eux) et des Saints, comme l’histoire d’Adam et celles de Noé, Abraham, Moïse, Aaron, Zacharie, Jean, Jésus, Marie, David, Salomon, Jonas, Loth, Idrīs, Khi d r, Shu‘ayb, Elie, Muhammad, Gabriel, Michel et celles des autres Anges.
Les états des négateurs qui se sont égarés : il s’agit des récits de Nemrod 36 , de Pharaon, des peuples de ‘Ad 37 , de Loth et de Tubba‘ 38 , des gens d’al-Ayka 39 , des incroyants mecquois, des idolâtres, de Satan, des démons et autres. Ces derniers sont utiles pour inquiéter, alerter et prévenir. Ils comportent aussi des secrets, des symboles et des indications qui requièrent une profonde méditation. C’est en eux que se trouvent l’Ambre gris ( al-‘anbar al-ashhab ) et le Bois d’Aloès parfumé. Les versets concernant ces sujets sont très nombreux, et il n’est pas nécessaire ici d’en rechercher et d’en rassembler la totalité.
[III.5] De l’argumentaire des incroyants et de leurs polémiques ; de la manière de les avilir en produisant des preuves incontestables, et du dévoilement de leurs mystifications et mensonges
Ceux-ci sont de trois sortes : le premier consiste à prêter à Dieu (exalté soit-Il) ce qui ne Lui convient pas comme quand on affirme que les Anges sont Ses filles 40 , qu’Il S’est donné un fils 41 , qu’Il a des compagnons et des associés 42 , ou qu’Il « est le troisième de trois » 43 . Le second consiste à considérer l’Envoyé de Dieu  : un « magicien » ( sā h ir ) 44 , un devin ( kāhin ) 45 et un menteur ( kadhāb ) 46 , à nier sa prophétie ( nubuwwa ) et à le considérer comme un individu quelconque qui ne mérite donc pas qu’on le suive. Le troisième consiste à nier le Jour Dernier ( al-yawm al-ākhir ), la Résurrection et la Comparution [devant Dieu], le Paradis et l’Enfer, et les conséquences de l’obéissance et de la rébellion [à Dieu]. Il y a dans les Preuves apportées par Dieu, des subtilités et des vérités qui représentent le meilleur antidote [à ces mensonges]. Dans ce cas aussi, les versets abondent et sont évidents.
[III.6] De la connaissance des étapes et des haltes de la Voie ; des provisions pour la route et des armes nécessaires pour se défendre des brigands et des bandits de grand chemin
Ce bas monde est une demeure où les voyageurs qui se dirigent vers Dieu (exalté soit-Il) font une halte, et le corps est un véhicule. Celui qui ne songe pas ( dhahala ) à faire des provisions et ne se prépare pas à faire des haltes n’arrivera pas à destination. Et celui qui n’organise pas ses moyens de survie en ce monde, ne peut se consacrer [exclusivement] ni se vouer [pleinement] à Dieu (exalté soit-Il), c’est-à-dire au [But ultime du] cheminement ( al-sulūk ). Et ceci n’est possible que si le corps est sain ( sālim ) et la postérité ( al-nasl ) assurée ; et cela ne survient que par les causes qui en préservent l’existence et par celles qui en empêchent la corruption et la destruction.
Quant aux causes qui préservent leur existence, il s’agit de la nourriture et de la boisson pour la préservation du corps, et l’accouplement pour celle de la progéniture.
La nourriture a été créée en tant que cause de la vie, et les femmes ont été créées en tant que « réceptacles de la fécondité » ( ma h all li- h irātha ). 47 Mais la nourriture et l’épouse ne sont pas une particularité, par nature et indistinctement, de toute personne ; aussi si ces deux questions avaient été négligées [par le Législateur], et étaient demeurées sans codification, les gens les auraient sous-estimées, se seraient [même] entretués, s’en seraient tellement occupés qu’ils se seraient égarés de la Voie et auraient été voués à la destruction.
Le Coran explique clairement les dispositions juridiques inhérentes à l’argent dans les versets sur les transactions commerciales ( al-mubāya‘āt ), ceux sur les formes d’usure ( al-ribawiyyāt ), sur les dettes ( al-mudāyanāt ), sur la répartition des héritages ( qasm al-mawārīth ), sur les dépenses nécessaires ( mawājib al-nafaqāt ), sur le partage des butins ( al-ghanā’im ) et des aumônes ( al- s adaqāt ), sur le mariage ( al-munāka h āt ), l’affranchissement ( ‘i t q ) des esclaves, la rédaction des contrats d’affranchissement ( al-kitāba ) 48 , la possession d’esclaves ( al-istirqāq ), la prise de prisonniers de guerre ( al-sabī ). Le Coran a aussi expliqué comment se comporter par rapport aux confessions, aux serments et aux témoignages. Quant à la gente féminine, il existe divers versets qui traitent du mariage, du divorce, la révocation de la répudiation ( al-ruj‘a ), la période de retraite légale [avant de se remarier] ( al-‘idda ), la dissolution du mariage qui intervient à l’initiative de la femme ( al-khul‘ ), la dot ( al- s adāq ), le serment de continence ( al-īlā’ ) 49 , le « z ihār » 50 et les accusations d’adultère contre ses propres épouses ( al-li‘ān ) 51 .
D’autres versets traitent de la prohibition des mariages ( mu h arramāt al-nasab ) entre parents ayant des liens de sang trop proches, de l’allaitement ( al-ri d ā‘ ) et des relations qui naissent des mariages ( al-mu s āharāt ).
Quant aux moyens de lutte contre les éléments qui corrompent le corps et menacent la postérité, ils consistent en les sanctions légales ( al-‘uqūbāt ) qui permettent de les préserver. Ces sanctions comprennent, par exemple, la guerre aux incroyants et aux injustes et l’incitation à les combattre, les peines, les indemnités, les désapprobations, les expiations, le prix du sang ( ad-diyāt ) et les mesures de représailles ( al-qi s ā s ).
Les représailles et le prix du sang servent de moyens de dissuasion contre la destruction de la vie et des parties du corps. Les sanctions contre le vol et le brigandage sont des moyens de dissuasion contre ce qui menace les biens utiles à la survivance. Les peines pour l’adultère, l’homosexualité et la calomnie servent à dissuader ce qui trouble et affecte les familles et les lignages, et qui met en péril les moyens de préserver l’espèce humaine et les générations successives.
Quant à la lutte et à la guerre contre les incroyants, elles servent à empêcher les dommages procurés par les négateurs de la vérité, et les désordres que ces derniers provoquent dans la vie quotidienne et la religion de la société, celles-ci étant les moyens qui conduisent à Dieu (exalté soit-Il).
La guerre contre les injustes sert à empêcher la confusion [et les bouleversements] qui surgissent lorsque les rebelles échappent à l’autorité religieuse du garant des voyageurs, protecteur des honnêtes et représentant de « l’Envoyé du Seigneur des mondes » 52 .
Les versets qui traitent de ces sujets ne te sont pas inconnus. Ils comprennent aussi des principes fondamentaux ( al-asāsiyyāt ), des avantages, des sagesses et autres éléments utiles que comprend celui qui considère les éclats de la Loi révélée ( al-sharī‘a ) qui décrit les limites [des jugements] inhérentes aux matières de la vie présente.
Cette [sixième] partie [des versets coraniques] comprend aussi ce qu’on appelle « le licite et l’illicite » ( al- h alāl wa-l- h arām ) et les limites de Dieu (exalté soit-Il). Et c’est en elle que se trouve le « Musc le plus parfumé » ( al-misk al-adhfar ).
[Ces six parties] forment les confluences ( majāmi‘ ) [des enseignements] contenus dans les sourates et les versets du Coran.
Si tu files ces six parties et les branches qui en découlent sur un même collier, tu retrouves alors les dix genres dont on a parlé précédemment :
L’Essence, les Attributs, les Actions, la Vie future, la Voie Droite – c’est-à-dire la purification et l’embellissement [de l’âme] -, les états des saints, les états des ennemis de Dieu, et Ses Arguments contre les incroyants et les limites des statuts légaux.
C HAPITRE IV D ES MODALITÉS DE RAMIFICATION DES SCIENCES RELIGIEUSES À PARTIR DES DIX MENTIONNÉES
Je pense que tu désires à présent savoir comment toutes ses sciences se ramifient à partir de ces dix parties et connaître également leur degré de proximité ou d’éloignement du But.
[IV. 1] Les sciences de la coquille
Sache que les réalités auxquelles nous avons fait illusion comptent des secrets et des joyaux, ainsi que des coquilles qui sont les premières [réalités] à apparaître. Parmi ceux qui arrivent jusqu’aux coquilles, certains s’y arrêtent [sans plus] alors que d’autres les brisent pour examiner soigneusement les perles qui y sont contenues. La coquille qui renferme les « Perles du Coran » ( jawāhir al-qur’ān ), son revêtement ( kiswa ), est la langue arabe d’où découlent cinq ou trois sciences : les sciences de l’écorce ( qishr ), de la coquille et du revêtement.
Des Paroles [du Coran] dérive la science de la langue arabe, de la syntaxe de ses Paroles découle la science de la grammaire, et de ses diverses désinences la science des récitations ( al-qirā’āt ) [du Coran]. Des modalités de prononciation ( ta s wī t ) de ses lettres dérivent la science des points de sortie ( makhārij ) des lettres. Ceci, parce que la première partie des significations unies au discours est le son ( al- s awt ). Ce dernier, une fois acquise la précision phonétique, se transforme en lettres qui, assemblées, composent les paroles. La détermination des lettres assemblées produit la langue arabe ; du processus de formation des lettres découle la syntaxe, et de la détermination des diverses désinences se forme une des sept récitations du Coran 53 . Un vocable arabe décliné correctement devient un indicateur des significations du Coran qui exigent une interprétation littérale ( tafsīr z ahir ), et cela constitue la cinquième science.
Telles sont les sciences de la coquille et de l’écorce. Mais ces cinq n’ont pas le même degré car la coquille a une partie [interne] tournée vers la perle, et qui ressemble à cette dernière en raison de leur proximité et de leur contact ; et une partie externe qui la fait ressembler aux autres coquilles du fait de son éloignement [de la perle] et de l’absence de contact.
Il en est de même de la coquille du Coran dont l’aspect extérieur est le son. Celui qui se charge de (la science qui consiste à) corriger les points de sortie lors de la transmission et de la prononciation [des lettres], détient la science des lettres ( ‘ilm al- h urūf ). Il est le détenteur de la science de l’écorce externe qui est distante du contenu de la coquille et plus encore, de la perle qu’elle contient.
Certains ignorants pensent que le Coran est composé uniquement de lettres et de sons et ont ainsi fondé leur doctrine sur la théorie de la création du Coran, arguant du fait que les lettres et les sons étaient créés. Ces gens devraient être lapidés, ou du moins leur intelligence devrait l’être, car la réprimande et la rigueur sont [des sanctions] trop insuffisantes pour cette catastrophe. Ces gens n’appréhendent du Coran et de ses dimensions [lit. niveaux, t abaqāt ] célestes que l’écorce la plus externe. Ceci te permet de connaître le niveau de science du lecteur [ordinaire] du Coran, qui n’en connaît que la correcte articulation des lettres.
Les degrés successifs sont la science du langage coranique ( ‘ilm lughat al-Qur’ān ), il s’agit de celle de l’interprète ( turjumān ) du Coran, puis celle qui s’en approche, la « science des vocables étranges du Coran » ( gharīb alfā z al-Qur’ān ), puis celle des déclinaisons – c’est-à-dire la grammaire ( al-na h w ) - , celle-ci se situe après le langage car la déclinaison 54 vient après le radical et qu’elle a un degré inférieur puisqu’elle lui est conséquente. Puis vient la science des récitations [du Coran] par laquelle on connaît les différents modes de déclinaison et toutes les formes de prononciation. C’est une science plus spécifique au Coran qu’à la langue et qu’à la grammaire, mais elle ne lui est pas indispensable alors qu’elle l’est pour les deux autres. Et c’est pourquoi les philologues et les grammairiens sont supérieurs à ceux qui ne connaissent que la science de la récitation. Toutefois, bien qu’ayant des degrés différents, ces derniers tournent tous autour de la coquille et de l’écorce.
Après la science de la récitation, vient celle de l’exégèse coranique ( al-tafsīr ). C’est la partie la plus interne de la coquille, celle qui se rapproche le plus de la perle, et qui lui ressemble tant et si bien que certains [exégètes] ont même prétendu qu’il s’agissait de la perle même, et qu’il n’y avait rien de plus précieux. En outre, la plupart [le croient et] s’en contentent. Combien sont grandes leur désillusion et leur privation ! Ils pensent qu’il n’existe pas un niveau [supérieur] au leur. Ceci étant, le degré de ces gens est plus élevé et plus noble que celui de ceux qui s’occupent des sciences de la coquille. L’exégèse du Coran est en effet bien plus précieuse que les [deux] autres sciences, car elles ne lui sont pas requises alors qu’elle l’est pour elles.
Lorsque les gens de ces [cinq] catégories remplissent les exigences de ces sciences, les conservent et les transmettent convenablement, Dieu salue leur effort et nettoie leur visage, conformément à cette parole de l’Envoyé de Dieu  : « Dieu bénit l’individu qui a entendu mes discours, qui les a perçus et qui les a transmis tels qu’il les a entendus. Il se peut que le porteur de science la transmette à qui ne la possède pas ou à qui en possède plus que lui. » 55
Ceux-là [les gens appartenant à ces cinq catégories] écoutent et rapportent, et seront par conséquent rétribués pour ce qu’ils portent et pour ce qu’ils transmettent à qui est plus savant qu’eux ou à qui ne l’est pas.
L’exégète qui se limite dans son interprétation [du Coran] à restituer ce qui lui a été rapporté ( h ikāyat al-manqūl ) est un porteur et un transmetteur, tout comme l’est celui qui mémorise et transmet le Coran et les traditions prophétiques ( al-akhbār ).
La science du h adīth 56 se ramifie aussi en ces branches, bien qu’elle n’englobe pas la récitation ni la correction des « points de sortie » des lettres ; et le degré de celui qui mémorise et transmet [le h adīth ] est le même que celui de qui connaît le Coran par cœur et l’enseigne. Le degré de celui qui connaît le sens apparent du h adīth est aussi le même que celui de l’exégète ; et celui de qui connaît l’onomastique [des transmetteurs de h adīth et des peuples] ( ‘ilm asāmī al-rijāl ) est le même que celui du grammairien et du linguiste. Car le sanad 57 et la riwāya 58 sont les instruments de la transmission [du h adīth ]. Et leur rapport à l’équité constitue une condition d’intégrité de l’instrument de transmission. Ainsi, la connaissance [des transmetteurs] et celle de leur condition revient à connaître la connaissance de l’instrument de transmission et de ses conditions. Voici donc les sciences de la coquille.
[IV. 2] Les sciences du noyau
Elles se divisent en deux catégories.
La première, la catégorie inférieure des sciences du noyau compte les trois parties mentionnées plus haut que nous avons appelées les « subordonnées complétives » ( al-tawābi‘ al-mutimma ). La première partie consiste en la connaissance des Récits ( qa s a s ) du Coran et de ce qui se rapporte aux Prophètes (que la paix soit sur eux), aux négateurs et aux ennemis [de Dieu]. Les narrateurs [de récits] ( al-qu ss ā s ), les prédicateurs ( al-wu‘ā z ) et certains traditionnistes ( al-mu h addithīn ) sont les garants de cette science. Mais le besoin de cette science n’est pas commun.
La seconde partie concerne les Arguments divins contre les incroyants et Sa contestation à leur égard. C’est de cette science que découle la science du kalām 59 dont le but est de lutter contre les hérésies ( al- d alālāt ) et les innovations ( al-bida‘ ) et de supprimer les ambiguïtés ( al-shubuhāt ). Ceux qui s’occupent de cette science sont appelés les dialecticiens [ou théologiens] ( mutakallimūn ). Nous avons déjà fait une étude critique de cette science à deux niveaux : le niveau inférieur dans notre « Épître de Jérusalem » 60 et le supérieur dans notre « Juste milieu dans la croyance » 61 . La finalité de cette science est de protéger la doctrine orthodoxe de la confusion générée par les innovateurs, mais elle n’est pas à même de dévoiler les réalités [subtiles]. Nous nous sommes aussi occupés de cette science dans notre livre où nous avons démontré « l’incohérence des philosophes » 62 , dans celui que nous avons composé en réponse aux bātinites intitulé « al-Musta z hirī » et dans ceux intitulés « H ujjat al- h aqq wa qawāsim al-bātiniyya » et notre « Mufa ss al al-khilāf fi usūl al-dīn ». La science [du kalām ] possède un instrument qui permet de connaître les méthodes de discussion et d’argumentation en s’appuyant sur des preuves authentiques [et irréfutables] que nous avons traité dans nos « Ma h ku al-na z ar » et « Mi‘yār al-‘ilm », d’une manière que l’on ne retrouve pas dans [les écrits] des juristes et des théologiens. Celui qui ne connaît pas ces deux livres ne peut être retenu fiable en ce qui concerne la nature réelle de l’argument et du doute.
La troisième partie comprend la science des limites légales ( al- h udūd ) élaborées pour les questions inhérentes à la richesse [ou l’argent, māl ] et aux femmes, dans le but de préserver la vie humaine et la progéniture. Cette science est du domaine des juristes ( al-fuqahā ). Les matières financières constituent le quart des procédures de la jurisprudence ( rub‘ al-mu‘āmalāt min al-fiqh ). Celles concernant la reproduction humaine, c’est-à-dire [des relations] avec les femmes, constituent le quart des procédures du mariage ; celles ayant trait à la répression de ce qui participe à la corruption des deux précédents constituent le quart des procédures criminelles.
Le besoin de cette science est global en raison, d’abord, de sa relation à l’intégrité du monde et, en second lieu, de celle à la vie future. Voilà pourquoi celui qui détient cette science se distingue par sa grande notoriété, par l’estime qu’on lui porte et par sa supériorité sur les prédicateurs, les narrateurs et les théologiens. C’est pour cette raison que le nombre de recherches en la matière abonde, dépassant de loin le besoin, et que les livres [de jurisprudence] se sont multipliés, surtout ceux qui traitent des divergences d’opinion [ou désaccords, al-khilāfiyyāt ], bien que les différences soient minimes et que les erreurs soient proches de la vérité ; puisque tout mujtahid se rapproche tant [de la vérité] qu’on peut dire qu’il a vu juste. S’il se trompe [dans son opinion] il a droit à une récompense ( ajr ), et si son rival [lit. son compagnon] a raison, ce dernier en mérite une double 63 .
Mais plus la notoriété et l’influence augmentent [par cette science], et plus la tentation d’en proposer et d’en déduire de nouvelles définitions augmente. Nous avons perdu nous-mêmes une partie de notre vie dans ces controverses, et avons consacré beaucoup de temps à la rédaction de traités sur ces questions controversées que nous avons arrangées et éditées dans l’ « Élémentaire », le « Moyen » et le « Concis » 64 , et dans lesquels nous avons exagéré les déductions [lit. ramifications, al-tash‘īb ] et les subdivisions ( al-tafrī‘ ). Et ce que nous avons écrit à ce sujet dans un quatrième traité plus synthétique et concis que les autres, et intitulé l’« Abrégé du Mukhta s ar » 65 , est plus que suffisant.
Ce qui a été conservé des avis juridiques ( fatāwa ) de la première génération ( al-awwalūn ) [de savants] ne dépasse pas ce qui est contenu dans le traité susmentionné. [Ces savants] ont délivré, par la Grâce de Dieu, des jugements justes ou ont admis leur incapacité à le faire en disant : « Nous ignorons la réponse [à cette question]. » Ils n’ont pas consacré toute leur vie à ces choses, mais se sont occupés des questions les plus importantes et laissant le reste aux autres. Voilà comment on faisait dériver la jurisprudence ( al-fiqh ) du Coran. De la jurisprudence [coranique], du Coran et du h adīth découle une autre science appelée les « sources de la jurisprudence » ( u s ūl al-fiqh ) dont l’objet est de codifier et normaliser ( d ab t ) les règles de l’argumentation juridique ( qawānīn al-istidlāl ) qui s’appliquent aux statuts de la Loi révélée ( al-sharī‘a ), en se basant sur les versets coraniques et les traditions prophétiques.
Il ne t’échappe pas que le degré des narrateurs [de traditions prophétiques] et des prédicateurs est inférieur à celui des juristes et des mutakallimūn , tant que les premiers se limitent au texte apparent et à ce qui est similaire. Les juristes et les mutakallimūn ont des degrés presque identiques, bien que le besoin de juristes soit plus grand, et que la nécessité de mutakallimūn soit plus forte. Ces deux catégories [de savants] sont indispensables au bien-être de ce monde : le juriste pour la préservation des statuts inhérents à la nourriture et au mariage, et le mutakallim pour se défendre, à travers l’argumentation et la contestation, des torts des innovateurs afin que leurs maux ne se transmettent pas et que leurs préjudices ne se répandent pas.
Pour ce qui est de leurs relations avec la Voie et le But : celle des juristes est semblable à celle des chevaliers qui construisent et habitent les ribā t 66 qui se trouvent le long de la route qui conduit à la Mecque et qu’empruntent les pèlerins. Et celle des mutakallimūn est semblable à celle des cuirassiers ( badraqa ) qui protègent la route de la Mecque, et à celle de ceux qui veillent à la protection des pèlerins.
Si ces juristes et ces mutakallimūn ajoutaient à leurs activités le cheminement sur la Voie qui conduit à Dieu (exalté soit-Il), en étouffant [les passions de] leur âme, en réprimant leur appétit ( an-nuzū‘ ) de ce bas monde et en se tournant à Dieu, leur prééminence par rapport aux autres serait comme celle du soleil par rapport à la lune. Mais s’ils y renoncent, leur degré serait alors bien bas.
Quant à la catégorie supérieure inhérente au noyau [du Coran], elle compte les sciences importantes qui constituent les préliminaires ( al-sawābiq ) et les sources ( al-u s ūl ) [des trois sciences mentionnées plus haut]. La plus noble de ses sciences est la connaissance de Dieu et du Jour Dernier, qui est la science [de l’objectif et] de la destination ( ‘ilm al-maq s id ). Juste en dessous de celle-ci, vient la science de la « Voie de la Rectitude » ( al- s irā t al-mustaqīm ) et des modalités de son parcours ; elle consiste en la connaissance [des méthodes] de purification de l’âme, de l’élimination de l’obstacle des qualités destructrices ( al-muhlikāt ) et du revêtement de la parure des qualités salvatrices ( al-munjiyāt ).
Nous avons traité de [toutes ] ces sciences dans les livres de l’ « Ihyā’‘ulūm al-dīn » ( la Revivification des Sciences de la Religion » 67 , et en particulier dans le « quart » inhérent aux causes de la perdition et dont l’âme doit se purifier comme la cupidité, la colère, l’orgueil, l’hypocrisie, l’infatuation de soi, la jalousie, le désir d’honneurs, de richesses et autres ; et dans le « quart » dédié aux causes du salut, nous avons traité des qualités louables qui embellissent le cœur comme l’ascèse, la confiance en Dieu, la gratitude, l’amour, la sincérité, la véracité et autres vertus. L’« I h yā’ » est composé de quarante livres, dont chacun t’indique un obstacle de l’âme et le moyen de le supprimer, ainsi que les voiles qui la recouvrent et comment les soulever.
Cette science est bien plus élevée que la jurisprudence, le kalām et les sciences qui les précèdent, car il s’agit de la connaissance de la manière de parcourir la Voie [qui conduit à Dieu], alors que les autres se limitent à la connaissance des instruments nécessaires à ce voyage, à réparer les stations qui se trouvent sur la Voie et à repousser les éléments de corruption à leur apparition.
La science la plus élevée et la plus noble est la connaissance de Dieu (exalté soit-Il) [lit., la science de la connaissance de Dieu, ‘ilm ma‘rifat Llāh ] car toutes les autres sciences sont recherchées pour acquérir cette dernière, alors qu’elle [la connaissance de Dieu] n’est recherchée que pour elle-même. La méthode de progression dans cette connaissance est de s’élever des Actes [divins] à Ses Attributs, puis des Attributs [de Dieu] à Son essence. Il s’agit donc de trois niveaux, dont le plus sublime est la connaissance de l’Essence, à laquelle la plupart des intelligences n’ont pas accès. C’est la raison pour laquelle on leur a dit : « Méditez sur la création de Dieu et non pas sur Son Essence. » 68 Cette progression est indiquée par l’avancement de l’Envoyé de Dieu  dans son observation lorsqu’il a dit : « Je me réfugie de Ton châtiment en Ton pardon … » 69 Il s’agissait ici de l’observation des Actions, puis il a ajouté : « Et Je me réfugie de Ta Colère en Ta satisfaction … » Il s’agissait ici de l’observation des Attributs, puis il a ajouté : « Et je me réfugie de Toi en Toi. » Et il s’agissait alors de l’observation de l’Essence. C’est ainsi qu’il s’éleva, étape après étape, jusqu’à la Proximité ; et à la fin, reconnaissant son incapacité à aller plus loin, il admit : « Je n’appréhende pas Ta louange, Tu es tel que Tu T’es loué Toi-même ! » 70 La connaissance de Dieu est la plus noble des sciences, et elle est suivie par celle du « Jour Dernier » ( al-yawm al-ākhir ), qui est aussi celle du Retour ( al-ma‘ād ) [à Dieu] comme nous l’avons déjà mentionné dans nos propos sur les trois parties [du Coran]. Cette science est étroitement liée à la « Science de la Connaissance » [la gnose] ( ‘ilm al-ma‘rifa ), dont la réalité est la connaissance du rapport qui existe entre Dieu (exalté soit-Il) et le serviteur, lorsque ce dernier parvient à réaliser cette connaissance ou demeure recouvert par le voile de l’ignorance.
Nous avons examiné et traité dans certains de nos livres les principes de ces quatre sciences - c’est-à-dire de l’Essence, des Attributs, des Actions et du Retour – et leur confluence, à la mesure de ce que [Dieu] nous a accordé en la matière, malgré notre courte existence, la multitude de charges et de difficultés, l’absence d’aide et le peu de compagnons et d’amis. Mais nous ne les avons pas fait paraître car l’esprit de la plupart des hommes se serait émoussé, et cela aurait procuré du tort aux plus faibles d’entre eux, c’est-à-dire aux « savants littéralistes » ( ahl al-rusūm ). Leur diffusion n’est utile qu’à celui qui maîtrise parfaitement les sciences extérieures, qui s’emploie énergiquement à supprimer les qualités blâmables de l’âme et qui s’adonne à la discipline ascétique ( al-mujāhada ) jusqu’à ce que son âme soit dressée et ramenée au droit chemin. Il n’attend alors plus rien de ce monde et ne réclame plus rien sauf la Vérité. Il se voit alors doté de perspicacité lumineuse, de disposition critique, d’intelligence aiguë [qui implique une aptitude à atteindre le but proposé] et d’un pur entendement. Il est donc illicite à celui qui tombe sur ce livre de le rendre public [et de le transmettre] sauf à ceux qui possèdent les qualités susmentionnées. Voici donc la confluence et les degrés des sciences qui découlent du Coran.
C HAPITRE V D E LA RAMIFICATION DE TOUTES LES SCIENCES DU CORAN
Tu diras peut-être : outre celles que tu as mentionnées, il existe d’autres sciences comme la médecine, l’astronomie, la science des formes du monde et des corps des animaux, l’anatomie, la magie ( al-si h r ), la science des talismans et autres.
Sache donc que nous avons parlé jusqu’à présent des sciences religieuses dont les principes existent nécessairement dans le monde, afin de faciliter le voyage et le cheminement vers Dieu (exalté soit-Il). Quant à celles que tu as citées, il s’agit sans aucun doute de sciences, mais leur connaissance n’est pas indispensable à la vie et au Retour, et c’est pourquoi nous ne les avons pas mentionnées. Outre celles que tu as citées, il existe aussi d’autres sciences connues et que des personnes pratiquent à travers le monde, mais qu’il est inutile de mentionner ici.
Nous affirmons aussi qu’il nous apparaît clairement, par l’intuition indubitable, qu’il existe potentiellement d’autres sciences qui n’ont pas encore été découvertes, bien que les hommes aient la faculté de les acquérir. Il y a aussi des sciences qui ont été découvertes [par le passé] et qui ont disparu aujourd’hui, et qu’aucun des hommes qui peuplent cette terre ne connaît. D’autres sciences encore échappent complètement aux capacités humaines ; elles sont réservées aux Anges Rapprochés ( al-muqarrabūn ). En fait les capacités humaines sont limitées, et celles des Anges Rapprochés, même si elles sont d’une grande perfection, elles n’en sont pas moins relatives. Tout comme les capacités des animaux sont extrêmement limitées.
En vérité, la Science Infinie n’est que du seul ressort de Dieu (glorifié soit-Il). Notre science se distingue de Celle de Dieu (béni et exalté soit-Il) par deux choses : la première est que la finitude 71 ne s’applique pas à Lui ; et la seconde, c’est que les sciences, par rapport à Lui, ne sont ni potentielles ni possibles de sorte à s’attendre à leur existentiation, mais elles sont existantes et présentes. En effet, en raison de Sa Perfection, tout ce qui est possible est présent et existant [en ce qui Le concerne]. Les principes de toutes les sciences, celles que nous avons énumérées et celles que nous n’avons pas mentionnées, découlent nécessairement du Coran. Elles puisent toutes d’une seule des Mers de la Connaissance de Dieu (exalté soit-Il), la « Mer des Actions » ( ba h r al-af‘āl ) dont nous avons déjà dit qu’il s’agissait d’un « Océan sans rivage » ( ba h run lā sā h ila lahu ). Si la mer était de l’encre pour [écrire] Ses Paroles, elle se tarirait avant que ne tarissent les Paroles. 72
Parmi les Actions de Dieu (exalté soit-Il) qui composent cette Mer, il y a par exemple la maladie et la guérison, comme Il l’a mentionné à propos d’Abraham [qui a dit] : « Lorsque je suis malade, c’est Lui qui me guérit. » 73 Cette action ne peut être accomplie que par celui qui maîtrise parfaitement la médecine. En effet, la médecine ne signifie que la connaissance de la maladie et de ses symptômes, de son remède et des causes [de la guérison].
Parmi les Actions de Dieu (béni et exalté soit-Il), il y a aussi la détermination de la connaissance du Soleil, de la Lune et de leurs stations selon un comput exact ( h usbān ). Dieu (exalté soit-Il) a dit : « Le Soleil et la Lune [évoluent] selon un comput précis » 74 , et Il a dit aussi : « [C’est Lui qui a fait du Soleil une clarté et de la Lune une lumière], et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). » 75 , et : « [Lorsque la vue sera éblouie] et que la lune s’éclipsera, et que le soleil et la lune serons réunis » 76 .
Il a dit aussi : « C’est ainsi que Dieu insinue la nuit dans le jour, et fait pénétrer le jour dans la nuit. Dieu est, certes, Audient et Clairvoyant » 77 et : « le Soleil court vers un gîte qui lui est assigné ; telle est la détermination du Tout-Puissant, de l’Omniscient. » 78
On ne peut véritablement déterminer le mouvement du Soleil et de la Lune, ni les éclipses, ni la pénétration de la nuit dans le jour, ni leur alternance, si on ne connaît pas la structure ( tarkīb ) des cieux et de la terre, qui est une science à part entière.
Et seul celui qui connaît l’anatomie des organes humains, externes et internes, leur nombre et leur genre, leur merveilleuse disposition et leur fonction peut saisir pleinement le sens de Sa Parole : « Ô homme, qu’est-ce donc qui t’a abusé au sujet de ton Seigneur, le Généreux, qui t’a créé, puis modelé et constitué harmonieusement ? Qui t’a façonné dans la forme qu’Il a voulue. » 79 Dieu y a fait souvent mention dans le Coran, et il s’agit d’une des sciences des « premiers et des derniers ». Toutes les sciences des « premiers et des derniers » confluent dans le Coran.
De la même manière, ne peut saisir le sens parfait de cette Parole du Très Haut : « dès que Je l’aurais harmonieusement formé et aurais insufflé en lui de Mon Esprit … » 80 qui ne connaît pas la signification de la formation harmonieuse, du souffle ( an-nafkh ) et de l’Esprit ( al-rū h ). Derrière les sciences [exotériques] se cachent des connaissances que la plupart des hommes oublient de rechercher, et qu’ils ne comprendraient peut-être pas, même si elles leur étaient mentionnées par celui qui les maîtrise.
Si nous devions procéder à l’examen détaillé des Actions divines mentionnées dans les versets coraniques, cela nécessiterait beaucoup de temps, aussi nous contenterons-nous de leur confluence. Nous y avons fait allusion lorsque nous avons dit que « la connaissance de Dieu se fait à travers [celles de] Ses Actions », phrase qui englobe tous ces détails. Chacune des parties que nous avons rassemblées peut à son tour être scindée en une multitude de détails.
Réfléchis donc au Coran et va à la découverte de ses merveilles pour y repérer l’ensemble des sciences des « premiers et des derniers » et la synthèse de leurs principes. Méditer le Coran permet de passer de la synthèse au détail, c’est-à-dire [d’explorer] l’Océan sans rivage.
C HAPITRE VI D E L ’ ATTRIBUTION D ’ ÉPITHÈTES À CERTAINES PARTIES DU CORAN
Tu diras peut-être : tu as fait allusion au fait que certaines parties des sciences [du Coran] renferment le plus puissant des Antidotes, d’autres le plus parfumé des Muscs et d’autres encore, le Soufre rouge et autres pierres précieuses. Ces métaphores sont conventionnelles ( isti‘ārāt rasmiyya ) mais recèlent forcément des symboles et des allusions secrètes.

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