Réprouver ce bas-monde
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Description

Ce livre est le sixième du tome III, il s'inscrit dans l'œuvre magistrale de l'imam al-Ghazâlî, Revivification des Sciences de la Religion. Source de profits et d'inconvénients, ce bas monde ne découvre son vrai visage qu'une fois en être tombé amoureux. C'est une fois pris au piège que l'homme comprend qu'il est trop tard. Ainsi, avant d'y succomber et dans le but de s'en prémunir, Al-Ghazâlî nous décrit avec détail et précision la nature de ce bas monde souvent considéré comme vil et pourtant source de félécité pour qui le connait. Demeure de l'action et de la responsabilité, ce que l'on y sème sera récolté dans la demeure dernière. Présenté comme l'antithèse de l'au-delà, c'est cependant en son sein que la clef du paradis se trouve. Le renoncement et la réprobation des atouts illusoires de ce bas-monde, ennemis communs de tout croyant, sont les moyens salvateurs et pour le démontrer, Al-Ghazâlî n'hésite pas à citer Jésus et la tradition chrétienne. Au moyen d'un nombre impressionnant de citations et d'aphorismes, l'auteur nous indique la nature de ce bas monde et nous enjoint à s'en méfier. C'est à ce titre, qu'en citant le Prophète il nous apprend que : ' L'homme attaché à ce bas-monde est comme celui qui marche dans l'eau. Lui est-il possible de marcher dans l'eau sans se mouiller les pieds '.

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Informations

Publié par
Date de parution 28 octobre 2015
Nombre de lectures 47
EAN13 9791022501255
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0276€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

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– Revivification des sciences de la religion –
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Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1434-2013
ISBN 978-2-84161-951-1 // EAN 9782841619511
A BÛ H ÂMID A L -G HAZÂLÎ
REPROUVER CE BAS-MONDE
( Kitâb dhamm al-dunyâ )
Traduction et notes Hassan Boutaleb
INTRODUCTION
Le Kitâb dhamm al-dunyâ est le sixième livre du tome III de la somme de l’imam Ghazâlî, Ihyâ’ ‘ulûm al-dîn . L’auteur y traite des plaisirs trompeurs et éphémères de ce bas-monde qu’il compare à une vieille femme maquillée et richement parée, dont on ne découvre le visage hideux qu’une fois en être tombé amoureux. S’appuyant sur les textes sacrés et les récits des Anciens, Ghazâlî nous décrit les avantages et les inconvénients de ce bas-monde, et nous met en garde contre lui.
Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Louange à Dieu qui a fait connaître à Ses Amis les adversités et les vices de ce bas-monde, et leur a dévoilé les défauts et les parties honteuses de ce dernier, au point qu’ils purent voir de leurs yeux leurs traces et leurs signes. Ils purent alors peser les bonnes et les mauvaises choses de ce monde, et surent que ses dommages dépassent ses avantages, que ses espoirs ne couvrent pas ses déceptions, et que son apparition n’est pas épargnée par sa disparition. En effet, ce monde est comme une femme de grande beauté qui attire les hommes, mais qui renferme des secrets si ignobles qu’elle anéantit tous ceux qui souhaitent l’approcher.
Ce monde fuit ceux qui le convoitent ; il est avare d’avances, et quand il le fait, on n’est jamais assuré contre son mal et ses préjudices. S’il t’honore une heure, il te déshonore une année. Et s’il te fait du tort une fois, il en fait une habitude. Ses avances et ses faveurs sont cycliques ; et commercer avec lui ne peut que conduire à une faillite énorme. Ses défauts successifs vont lourdement heurter les poitrines de ceux qui le recherchent, pour les humilier à travers l’évolution instable de ses conditions.
Il soumet inévitablement au mépris celui qui s’en vante, et à la désespérance celui qui s’en prévaut. Son tempérament consiste à fuir celui qui le cherche, et à chercher celui qui le fuit. Il abandonne celui qui se soumet à lui, et s’offre à celui qui se détourne de lui. Sa pureté n’est pas privée de souillures, et sa joie n’est jamais dépourvue d’appâts. Son salut accompagne les adversités, et sa jeunesse conduit à la vieillesse. Ses jardins ne produisent que désillusion et regrets : ce bas-monde est fourbe et rusé, il s’envole et s’estompe, et il ne cesse de se parer pour ceux qui le convoitent jusqu’à ce que, devenus ses amis, il leur découvre ses dents voraces et les dépiste. Il leur dévoile alors les mauvaises surprises qu’il cache, leur fait goûter le plus mortel de ses poisons, et les transperce de ses flèches meurtrières. Et pendant que les gens y vivent dans la joie et le bonheur, il s’évanouit comme les rêves confus, et revient ensuite sournoisement pour gâcher leur joie. Il les broie comme le grain concassé, et les enveloppe dans leur linceul pour les ensevelir plus tard.
Lorsqu’il s’empare d’un individu, il lui assèche tous ses biens, et c’est comme si ce dernier n’avait jamais rien possédé. Il promet aux gens la joie et les flatte ; il suscite tant d’espoirs chez les hommes [que ces derniers se hâtent] de construire des palais qui se transforment en tombeaux. Il les conduit à leur perte, si bien que leurs efforts seront inutiles et réduits en poussière éparpillée, et leurs prières anéanties. Telle est la nature de ce bas-monde, et « l’Ordre de Dieu est un décret inéluctable » 1 .
Et que la grâce et la paix de Dieu se répandent sur Muhammad, Son serviteur et Son Messager, envoyé à l’ensemble des mondes en tant qu’annonceur de bonnes nouvelles, avertisseur et flambeau lumineux ! De même que sur sa Famille et ses Compagnons qui l’ont assisté [à répandre] la religion et à défaire les injustes. Que sur eux tous soit Sa Paix en abondance !
Sache que ce bas-monde est l’ennemi de Dieu, de Ses amis comme de Ses ennemis.
Il est d’abord l’ennemi de Dieu du fait qu’il coupe la route aux serviteurs de Dieu, et c’est pourquoi Dieu ne daigne plus le regarder depuis qu’Il l’a créé. Il est l’ennemi des amis de Dieu, ensuite, parce qu’il se présente à eux sous sa plus belle robe, les entoure de ses atours, et dévoile à leurs yeux ce qui en est convoité. Il les contraint ainsi à avaler l’amertume de la patience pour le refouler.
Il est l’ennemi des ennemis de Dieu, enfin, parce que ce bas-monde les berne par ses ruses et ses intrigues, et les prend dans son filet. Ils se fient à lui, et dès qu’ils s’y attachent, il les déçoit profondément et les rend encore plus dépendants de lui. Ils n’en obtiennent qu’une douleur qui déchire leurs entrailles, et les prive à jamais du bonheur. Ils sont exaspérés de ce bas-monde qui les abandonne, et quand ils appellent inutilement à l’aide contre ses intrigues, on leur répond : « Restez-y donc humiliés, et ne Me parlez plus ! » 2 ; « Ceux-là sont ceux qui ont troqué la vie future contre la vie de ce monde. Leur châtiment ne sera pas allégé, et ils ne seront pas secourus » 3 .
Dès lors que les malheurs et les torts de ce bas-monde sont énormes, il incombe d’en connaître la réalité et la raison d’être malgré son adversité. Il est nécessaire également de connaître les illusions et les calamités qu’il propose. En effet, celui qui ne connaît pas le mal ne peut s’en prémunir et risque d’y tomber.
DE LA RÉPROBATION DE CE BAS-MONDE
Nombreux sont les versets coraniques qui réprouvent ce monde de façon plus ou moins directe. Le Coran condamne largement le monde d’ici-bas, et exhorte les créatures à s’en détourner pour se tourner vers l’Au-delà. C’était le but des Prophètes, qui n’ont été envoyés aux hommes que pour cette raison.
Il est inutile de mentionner ici tous les versets coraniques qui évoquent ce thème pour en apporter la preuve. Nous nous contenterons seulement de rapporter quelques traditions prophétiques sur cette question.
On rapporte que l’envoyé de Dieu  , passant un jour à côté d’une brebis morte, dit à ses compagnons : « Pensez-vous que cette brebis soit une chose négligeable pour ses propriétaires ? » Ils répondirent : « Elle est si négligeable qu’ils l’ont jetée ! » Le Prophète dit alors : « Par Celui qui tient mon âme en Sa Main, ce bas-monde est bien plus négligeable pour Dieu que ne l’est cette brebis pour ses propriétaires. Et si ce bas-monde avait, pour Dieu, la même valeur qu’une aile de moucheron, aucun incroyant ne boirait ne serait-ce qu’une gorgée de l’eau qui s’y trouve. » 4
Il a dit aussi : « Ce monde est la prison du croyant, et le paradis de l’incroyant. » 5
Abû Mûsâ al-Ash‘arî 6 rapporte que l’envoyé de Dieu  a dit : « Celui qui aime sa vie présente, fait du tort à sa vie future, et celui qui aime sa vie future, fait du tort à sa vie présente. Préférez donc ce qui est éternel à ce qui est voué à disparaître. » 7 Il a dit aussi : « Toute faute prend sa source dans l’amour pour ce bas-monde. » 8
Zayd b. Arqam 9 rapporte qu’il se trouvait une fois en compagnie d’Abû Bakr (que Dieu soit satisfait de lui). Ce dernier demanda à boire, et on lui apporta de l’eau et du miel. Lorsqu’il l’approcha de ses lèvres, il éclata en sanglots, faisant pleurer ses compagnons. Abû Bakr pleurait tellement qu’ils ne savaient quoi faire pour le calmer. Quand il cessa finalement, et sécha ses larmes, on lui demanda : « Ô lieutenant de l’envoyé de Dieu, qu’est-ce qui t’a fait pleurer ainsi ? » Il répondit : « Une fois, je me trouvais avec l’envoyé de Dieu  et je l’ai vu pousser quelque chose devant lui alors qu’il n’y avait personne. “Ô envoyé de Dieu  – lui dis-je – qu’est-ce que tu viens d’écarter de la sorte ?” Il répondit : “ : « Ce bas-monde s’est présenté à moi et je lui ai dit : ‘Écarte-toi !’ Il est alors revenu et m’a dit : ‘Tu m’échappes, mais nul de ceux qui viendront après toi ne pourra m’échapper !’ ” » 10
Le Prophète a dit aussi : « Il est vraiment surprenant de voir quelqu’un qui est certain de la demeure éternelle, s’affairer dans ce monde illusoire. » 11
On rapporte que l’envoyé de Dieu  s’arrêta devant une décharge et dit : « Venez voir le monde ! » Puis il prit de vieux haillons et des os décharnés qui traînaient sur le sol, et il ajouta : « Voilà ce à quoi ressemble ce bas-monde ! » 12 Ces paroles font allusion à la parure de ce monde : elle sera transformée en haillons, et il ne restera des corps qui y demeurent que des os gâtés.
Il a dit aussi : « La vie est douce et verdoyante, et Dieu vous en a confié l’héritage. Soyez attentifs à vos actions, car après que la vie fut rendue facile et qu’on l’eut aplanie pour les Enfants d’Israël, ils perdirent la raison pour les joyaux, les femmes, les parfums et les vêtements. » 13
Jésus (que la Paix soit sur lui) a dit : « Ne prenez pas la vie pour Seigneur, elle vous prendra pour ses esclaves. Conservez vos trésors auprès de Celui qui ne les égare pas. L’homme attaché au trésor de ce monde craint le malheur, alors que l’homme attaché au Trésor de Dieu ne le craint pas. »
Jésus disait aussi : « Ô mes apôtres, j’ai renversé à vos yeux ce monde, alors ne le ravivez pas après ma mort ; la désobéissance à Dieu qui s’y pratique fait partie des souillures de ce bas-monde. Il est impossible de connaître l’Autre monde sans abandonner ce monde-ci. Traversez ce monde comme des gens de passage et sans rien y construire ; sachez que la racine de toute faute est l’amour de ce monde, et que la passion assouvie pendant une heure procure un long chagrin. »
Jésus (que la Paix soit sur lui) a dit aussi : « Le monde a été aplani pour vous, et vous vous êtes accrochés à son dos de sorte que ni les femmes ni les rois ne peuvent vous le disputer. Ne disputez pas le monde aux rois, car ils ne vous contesteront pas tant que vous le leur cédez ; quant aux femmes, préservez-vous d’elles par le jeûne et la prière. »
Il a dit aussi : « Le monde est demandeur, et est demandé. L’homme qui cherche l’Autre monde est appelé par la vie d’ici-bas pour venir y consommer la subsistance qui lui a été destinée, et celui qui cherche la vie d’ici-bas est recherché par l’Autre monde jusqu’à ce que la mort vienne le saisir par le cou. »
Mûsâ b. Yasâr rapporte que le Prophète  a dit : « Dieu n’a rien créé de plus détestable que ce bas-monde, et depuis qu’Il l’a créé, Il ne l’a jamais regardé. » 14
On rapporte qu’un jour, Salomon fils de David (que la Paix soit sur eux deux) voyageait au milieu de son cortège. Il était protégé par l’ombre des oiseaux, et des djinns et des hommes se tenaient à sa droite et à sa gauche. Il passa alors à côté d’un dévot d’entre les Enfants d’Israël, qui s’exclama en le voyant : « Ô fils de David, Dieu t’a vraiment accordé un immense pouvoir ! » Salomon l’entendit et répondit : « Une glorification de Dieu inscrite dans le registre d’un croyant a bien plus de valeur que le royaume du fils de David. Le royaume accordé au fils de David disparaîtra, alors que la glorification demeure. »
Le Prophète  a dit : « Les richesses que vous amassez vous distraient ! Le fils d’Adam dit : “Ma fortune ! ma fortune !” Aurais-tu d’autre fortune que la nourriture dont tu t’es nourri et qui a disparu, que les habits que tu as revêtus et qui sont usés, et ce qui reste de tes aumônes ? » 15
Il a dit aussi : « Ce bas-monde est la demeure de celui qui n’en a pas et la richesse de celui qui n’en possède pas. C’est pour lui que l’insensé amasse, que celui qui n’a pas de science hait, que celui qui manque d’intelligence est jaloux, et c’est vers lui que se hâte celui qui manque de certitude. » 16
Il a dit aussi : « Celui qui se réveille en n’ayant pour seul et plus grand souci que ce bas-monde, sans aucune pensée pour Dieu, Dieu remplit son cœur de quatre choses : un souci jamais interrompu ; des charges dont il ne peut en aucun cas se libérer ; une pauvreté que sa richesse ne pourra jamais combler ; un espoir sans fin. » 17
Abû Hurayra 18 rapporte : « L’envoyé de Dieu m’a dit : “ Veuxtu que je te montre ce bas-monde et ce qu’il contient ? ” J’acquiesçai. Il prit alors ma main et m’emmena dans un des vallons de Médine qui servait de décharge [et de cimetière] où étaient amoncelés des crânes, des déchets, des haillons et des os. Puis, il me dit : “ Ces crânes sont ceux des personnes qui étaient autant attachés que vous [aux biens de ce monde], qui espéraient autant que vous, et les voilà réduits à un tas d’os sans chair qui deviendront poussière. Ces déchets que les gens évitent aujourd’hui par dégoût sont les différentes nourritures qu’ils avaient acquises, là où ils les acquéraient, et dont ils se sont rempli le ventre. Ces haillons que les vents balayent étaient leurs robes et leurs ornements, et ces os sont ceux des bêtes sur lesquelles ils voyageaient à travers le pays. Que celui qui veut pleurer ce bas-monde le fasse ! ” Nous pleurâmes alors ensemble, avant de repartir. »
On rapporte que lorsque Dieu fit descendre Adam (que la Paix soit sur lui) sur terre, Il lui dit : « Construis pour la destruction et enfante pour la mort ! »
Dâwûd b. Hilâl 19 rapporte qu’il est écrit dans les Feuillets d’Abraham (que la Paix soit sur lui) : « Ô monde, ce que tu peux être négligeable pour les purs ( al-abrâr ) ! Ceux-là pour lesquels tu t’es fardé et richement paré. J’ai mis dans leur cœur un sentiment de haine et d’aversion à ton égard ; et Je n’ai rien créé de plus insignifiant à Mes yeux que toi. Tout ce qui te concerne est infime et destiné à disparaître, et J’ai décrété le jour de ta création que tu ne durerais pour personne et que nul ne perdurerait pour toi, fût-il avare de toi ou parcimonieux ! Heureux soient les purs dont J’ai vu la gratitude dans leur cœur, de même que la sincérité et la droiture dont leurs consciences. Heureux soient-ils pour la rétribution que Je leur réserve lorsqu’ils sortiront de leur tombeau. La lumière éclairera alors leur chemin, et les anges les entoureront jusqu’à ce que Je leur accorde Ma Miséricorde qu’ils espéraient. »
L’envoyé de Dieu  a dit : « Ce bas-monde est suspendu entre le ciel et la terre, et depuis que Dieu l’a créé, Il n’a pas posé Son Regard dessus. Au Jour de la Résurrection, il dira : “Seigneur, permets-moi de m’offrir à Tes saints aujourd’hui.” Dieu lui répondra : “Tais-toi, chose insignifiante ! Je ne t’ai pas rendu agréable à leurs yeux de leur vivant, et tu veux que Je le fasse aujourd’hui ? »
On rapporte que lorsque Adam (que la Paix soit sur lui) mangea de l’arbre, il ressentit le besoin de se soulager, chose qu’il n’avait jamais éprouvée après avoir mangé les autres nourritures du Paradis, et c’est la raison pour laquelle il lui avait été interdit de manger de cet arbre en particulier. Il errait dans le Paradis, et Dieu ordonna alors à un ange d’aller lui demander ce qu’il cherchait. Adam répondit : « J’aimerais soulager la douleur de mon ventre. » On ordonna alors à l’ange de lui demander : « Où veuxtu te soulager ? Sur un haut divan, sur un lit, dans les fleuves ou à l’ombre d’un arbre ? Vois-tu ici un endroit qui convienne pour ce genre de choses ? Descends donc dans le monde ! »
L’envoyé de Dieu  a dit : « Au Jour de la Résurrection, des gens se présenteront avec des œuvres aussi élevées que les montagnes de Tihâma, pourtant on ordonnera qu’ils soient jetés en Enfer. » On lui demanda : « Faisaient-ils leurs prières ? » Il répondit : « Oui, ils priaient, ils jeûnaient et veillaient une partie de la nuit en prière, mais dès qu’une occasion mondaine se présentait à eux, ils se précipitaient pour la saisir. » 20
Dans un de ses sermons, il a dit : « Le croyant ressent deux peurs : la première concerne son délai écoulé à propos duquel il ignore le sort que Dieu lui réserve, et la seconde, le délai qui lui reste et à propos duquel il ignore aussi ce que Dieu décidera. Faites donc vos provisions de vos âmes pour vos âmes, de votre vie présente pour celle future, de votre vie pour votre mort, et de votre jeunesse pour votre vieillesse. Ce monde a été pour vous, et vous pour l’Autre monde. Par Celui qui tient mon âme en Sa Main, point de reproche après la mort, et point de demeure après la vie, excepté le Paradis ou l’Enfer. » 21
Jésus (que la Paix soit sur lui) a dit : « Comme l’eau et le feu, l’amour pour ce monde et celui pour l’Autre ne peuvent cohabiter [dans un même cœur]. »
L’ange Gabriel a dit à Noé (que la Paix soit sur les deux) : « Ô toi le Prophète qui a vécu le plus longtemps, comment as-tu trouvé ce monde ? » Noé répondit : « Comme une maison qui a deux portes : tu y entres par la première, et tu en sors par la seconde. »
On demanda à Jésus (que la Paix soit sur lui) : « Pourquoi ne prends-tu pas demeure ? » Il répondit : « Celles des hommes qui nous ont précédés suffisent. »
Al-Hasan [al-Basrî] 22 (que Dieu lui fasse miséricorde) raconte : « Un jour, l’envoyé de Dieu  sortit et dit à ses Compagnons : “ L’un d’entre vous souhaite-t-il que Dieu le libère de la cécité et lui accorde la clairvoyance ? Celui qui désire ce monde et place ses espoirs en lui, Dieu aveugle son cœur à la mesure de son attente. Et celui qui renonce à ce monde et qui en attend peu, Dieu lui accorde une science sans enseignement, et une guidance sans guide. Il y aura après vous des gens qui n’exerceront le pouvoir que par le meurtre et la tyrannie, qui ne seront riches qu’avec orgueil et avarice, et qui ne seront affectueux que sous l’emprise de la passion. Que ceux d’entre vous qui vivront cette époque supportent, pour l’amour de Dieu, la pauvreté s’ils peuvent être riches, l’hostilité s’ils peuvent aimer, et l’humiliation s’ils peuvent être puissants. À ceux-là, Dieu accordera le mérite de cinquante véridiques (siddîq). » 23
On rapporte qu’un jour Jésus (que la Paix soit sur lui) était sous une pluie intense et un ciel déchiré par les éclairs et les tonnerres. Il chercha alors un abri et aperçut au loin une tente ; quand il s’en rapprocha, il y trouva une vieille femme. Il s’en détourna. Il vit alors une grotte sur une colline ; il s’y rendit et y trouva un lion. Il posa sa main sur le lion et dit : « Mon Dieu, Tu as accordé un abri à tous sauf à moi ! » Dieu lui inspira alors cette réponse : « Ton abri, c’est le lieu de séjour en Ma Miséricorde ! Au Jour de la Miséricorde, Je te donnerai en mariage cent houris créées de Ma Main, et le jour de tes noces, J’offrirai à manger pendant quatre mille ans dont chaque jour correspond à la durée du monde, et Nous ordonnerons à un héraut de proclamer : “Où sont ceux qui ont renoncé au monde ? Venez donc assister aux noces de celui qui a renoncé au monde, le fils de Marie !” »
Jésus, fils de Marie (que la Paix soit sur lui et sa mère) a dit : « Malheur à celui qui s’attache à cette vie ! Il l’abandonne en mourant, laissant tout ce qu’elle contient. Elle le trompe alors qu’il lui fait confiance, elle le déçoit alors qu’il se fie à elle. Malheur aux illusionnés ! Elle leur montre ce qu’ils détestent voir, les sépare de ceux qu’ils aiment, puis ce qui leur est promis leur survient ! Malheur à celui qui ne se soucie que de ce bas-monde et dont les œuvres ne sont que fautes ! Ses péchés le jetteront dans l’embarras demain. »
Dieu révéla à Moïse : « Qu’as-tu à voir avec la demeure des injustes ? Ce n’est pas une demeure pour toi, ne te soucie pas d’elle, et sépare-toi d’elle par ta raison ! Maudite soit la demeure qui abrite celui qui n’œuvre que pour elle et qui s’en réjouit ! Ô Moïse, Je reste à l’affût du tyran jusqu’à ce que Je répare les torts qu’il a fait subir à sa victime. »
L’Envoyé de Dieu  envoya Abû ‘Ubayda b. al-Jarrâh 24 au Bahreïn. Lorsqu’il revint, il porta avec lui des biens et de l’argent. Après la prière de l’aube dirigée par l’envoyé de Dieu  , et alors que ce dernier s’apprêtait à rentrer chez lui, les Ansars qui avaient été informés du retour de ‘Ubayda allèrent à sa rencontre. Le Prophète  leur sourit puis dit : « Je pense que vous avez appris que Abû ‘Ubayda est revenu en apportant quelque chose ! » Ils confirmèrent et il ajouta : « Soyez heureux et espérez en ce qui vous réjouira ! Par Dieu, je ne crains pas pour vous la pauvreté, mais plutôt que la vie s’offre à vous comme elle l’a fait pour ceux qui vous ont précédés. Si vous vous la disputez comme ils le firent elle vous ruinera comme elle les a ruinés ! » 25
Abû Sa‘îd al-Khudrî 26 rapporte que l’envoyé de Dieu  a dit : « Ce que je crains le plus pour vous, ce sont les faveurs bénies que Dieu sortira pour vous de la terre. – Qu’est que la faveur bénie ? lui demanda-t-on. – Les beautés de ce monde. » 27
Il a dit aussi : « N’occupez pas vos cœurs à penser à la vie ! » 28
‘Ammâr b. Sa‘îd rapporte que Jésus traversa un jour un village et y vit des corps qui jonchaient le sol et les rues. Il dit à ses apôtres : « Ces hommes sont morts dans le Mépris (ou Colère) ; s’ils étaient morts autrement, leurs corps auraient été enterrés. » Ils dirent : « Ô esprit de Dieu, nous aimerions connaître leur histoire ? » Jésus interrogea Dieu, et Il lui révéla : « Interroge-les [morts] cette nuit et ils te répondront (eux-mêmes). » La nuit venue, Jésus monta sur un rocher et appela donc les morts.
– Ô esprit de Dieu, me voici ! répondit l’un d’eux.
– Qu’en est-il de vous et quelle est votre histoire ? demanda Jésus.
– Nous nous sommes couchés en bonne santé et nous nous sommes réveillés au fond de l’enfer.
– Comment en êtes-vous arrivés là ?
– Nous aimions ce monde et étions assujettis aux choses défendues.
– Et comment était votre amour de ce monde ?
– Il ressemblait à celui de l’enfant pour sa mère. Lorsque ce monde nous tendait les bras, nous nous réjouissions, et lorsqu’il se détournait, nous nous lamentions et pleurions.
– Pourquoi es-tu le seul à me répondre ? demanda Jésus.
– Car les autres sont attachés à des brides de feu tenues par de terribles anges, répondit le défunt.
– Et toi, pourquoi m’as-tu répondu alors que tu es des leurs ?
– J’étais avec eux mais je n’étais pas comme eux. Lorsque le châtiment les frappa, il me frappa aussi. Je suis suspendu au bord de l’Enfer, et j’ignore encore si j’y tomberai ou si j’en serai épargné.
Le Messie dit alors à ses apôtres : « Certes, c’est déjà beaucoup de manger du pain d’orge et du gros sel, de s’habiller de guenilles, et de dormir sur des déchets, quand on jouit de la protection divine en ce monde et dans l’Autre ! »

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