Histoire de la biodiversité
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Description

Cet ouvrage n'est pas une monographie de plus sur la biodiversité, mais à la fois un travail d'historien, de géographe et de naturaliste. L'hypothèse biochimique a été choisie, plaçant l'apparition des premiers êtres vivants il y a près de 4 milliards d'années, et seule la thèse évolutionniste a été retenue. A l'évidence des espèces ont disparu depuis 1500, d'autres seront menacées d'ici 2100. L'accélératon du processus évoque l'imminence d'une extinction massive.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2011
Nombre de lectures 26
EAN13 9782296813557
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Histoire de la biodiversité
Biologie, Ecologie, Agronomie
Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l’Université de Paris XII,
et Claude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille

Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l’avenir des milieux naturels et de l’homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie.


Déjà parus

Bernard BOURGET, Les Défis de l’Europe verte , 2011.
André MARCHAND, De l’agriculture d’antan à celle d’aujourd’hui. Les changements engendrés par les lois Pisani , 2011.
André MARCHAND, Filière viande. Propositions pour conjuguer une agriculture rentable et une nourriture saine , 2011.
Guy JACQUES, Virer de bord. Plaidoyer pour l'homme et la planète , 2011.
Maurice BONNEAU, La forêt de Guyane française , 2010.
Michel GAUDICHON, L'homme au miroir de la science , 2010.
Jacques RISSE, L’élevage français. Évolutions et perspectives , 2010.
Louis TSAGUE ; La Pollution due au transport urbain et aéroportuaire. Caractéristiques et méthodes de réduction , 2009.
Marie-Françoise MAREIN, L’agriculture dans la Grèce du IVe siècle avant J.C, 2009.
Jean-Claude LACAZE, Le christianisme face à la crise écologique mondiale , 2009.
Michel BRAUD, Paysans du monde. Parcours d’un agronome au service de la terre , 2009.
Jean-Claude GALL, Des premières bactéries à l’homme. L’histoire de nos origines , 2009.
Groupe de Bellechasse, L’Alimentation du monde et son avenir , 2009.
Maurice BONNEAU, Forestier dans le Haut Atlas. Maroc 1952-1956 , 2009.
Alain GIRET, Le Quaternaire : climats et environnements , 2009.
René LETOLLE, La Mer d’Aral , 2008.
René JACQUOT, Souvenirs d’un forestier français au Maroc (1952-1968) , 2008.
Alain GIRET










Histoire de la biodiversité


























L’Harmattan
Du même auteur

Alain GIRET (2006 sous la direction de) - Le risque hydrologique : du concept à sa gestion - Actes du Colloque tenu à l’Université de Paris 13, le 28 octobre 2005 – Editions “ Le Manuscrit : recherches université. ” Alain GIRET (2007) - Hydrologie fluviale - Ellipses, Université, Géographie, 262 pages.
Alain GIRET (2007) - Géographie de l'écoulement fluvial - L’Harmattan, Paris, 354 pages.
Alain GIRET (2009) - Le Quaternaire : climats et environnements - collection Biologie, Ecologie, Agronomie, l’Harmattan, Paris, 293 pages.
Alain GIRET (2011) - L’espèce humaine et la biodiversité - Essais et Documents - Le Manuscrit, Paris, 456 pages


















© L’HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55368-2
EAN : 9782296553682
Introduction
C’est vers le milieu des années 1980 qu’est apparu un néologisme, celui de biodiversité. C’était vers cette époque que la communauté scientifique et celle des protecteurs de la nature commencèrent à prendre conscience de la disparition rapide d’un grand nombre d’espèces au cours des XIXe et XXe siècles. On eut alors besoin d’un mot nouveau pour désigner la diversité des êtres vivants qui peuplaient la planète. Vite adopté par la communauté scientifique, par les écologistes et par les médias, il gagna ses lettres de noblesse au cours de Conférence de Rio sur l'environnement et le Développement en 1992.
La planète Terre constitue un écosystème se rapportant à son milieu naturel (continent, océan et atmosphère) qu’on nomme le biotope, et à l’ensemble des êtres vivants qui le peuplent : la biocénose. Comme la planète peut se diviser en biotopes d’échelles diverses - océans, continents, montagnes, forêts, fleuves, lacs - chacun sera peuplé par une biocénose caractéristique de l’adaptation de la vie à ce biotope. Une biocénose pourra être réduite à l’ensemble de ses espèces fondamentales, ce qui revient à dire que la biodiversité d'un écosystème tient à l'abondance des espèces qui la peuplent. Voici quelques définitions données par des écologues célèbres :
« La diversité biologique se rapporte à la variété et à la variabilité parmi les formes de vie et aux complexes écologiques dans lesquels elles se rencontrent . » (OTA, 1987). « La diversité biologique englobe l'ensemble des espèces de plantes, d'animaux et de micro-organismes ainsi que les écosystèmes et les processus écologiques dont ils sont un des éléments, c'est un terme général qui désigne le degré de variété naturelle incluant à la fois le nombre et la fréquence des espèces et dans un ensemble donné . » (Mac Neely, 1990). « La variété structurale et fonctionnelle des diverses formes de vie qui peuplent la biosphère aux niveaux d'organisation et de complexité croissants : génétique, population, espèce, communauté, écosystèmes . » (Sandlund et coll., 1993)
L’on retiendra donc que la biodiversité est le nombre total d'espèces peuplant l’ensemble d'un écosystème. Ce nombre constitue la richesse spécifique de cet écosystème, et la biodiversité devient la richesse spécifique totale d'une communauté vivante donnée, ou nombre total d’espèces qu’on y rencontre quelle que soit l'étendue de leurs habitats.
Pendant des années, nous avons enseigné la biogéographie à des étudiants du premier cycle d‘Histoire et de Géographie, et nous avons eu maintes fois l’occasion de constater l’ignorance de l’auditoire pour tout ce qui concerne la biologie. Notamment, et le fait est fréquent également dans les médias, on confond la notion d’espèces et d’individus, ce qui signifie que pour tous, la biodiversité englobe l’ensemble des individus de cette planète. C’est vrai dans un certain sens, mais c’est une mauvaise interprétation des termes ; une espèce regroupe des individus, mâles et femelles présentant un ensemble de caractéristiques morphologiques, anatomiques, physiologiques, biochimiques et génétiques, communes, pouvant se reproduire entre eux et dont la descendance est fertile. Par exemple, 6 milliards d’individus constituent l’espèce humaine.
La biocénose rassemble cet ensemble des êtres vivants mais est-il possible de donner une définition simple de la vie ? Dans le créationnisme, le processus religieux l’emporte ; c’est la divinité qui pense et crée le monde.
Paradoxalement, le mythe est proche de la réalité scientifique, La création débute par celle des choses ; scientifiquement, c’est le biotope constitué des étoiles, du soleil, de la Terre, de la mer, des continents, des montagnes, des fleuves, et ainsi de suite. Puis Dieu peupla ce biotope. Plus précisément, il n’en peupla qu’un seul : la Terre. Il installa des plantes et des animaux, c’est-à-dire une biocénose. Mais comme Dieu avait besoin d’un intermédiaire entre les choses et les êtres d’une part, et Lui d’autre part, il créa un animal pensant, l’Homme.
Puis ce mythe laissa la place à des spéculations philosophiques, puis métaphysiques. Sans renoncer à l’idée de création (ce qui, avant le XVIIIe siècle, les aurait conduits droit au bûcher), les philosophes, les penseurs, se rendaient compte que des êtres apparaissaient et disparaissaient sans raison. Les boulangers, les brasseurs, se rendaient bien compte que le fait de laisser moisir une denrée engendrait l’apparition de la levure, une forme de vie. On trouve là l’origine du mythe de la génération spontanée. Cette croyance existait déjà chez les Romains, qui pensaient que le fait de stocker du blé dans un silo entraînait la naissance des souris. Il faudra toute l’énergie de Louis Pasteur pour éradiquer cette idée, à la fin du XIXe siècle. Il faudra encore plus de temps pour faire admettre que la vie n’est qu’une réaction chimique très complexe.
Il est très difficile de définir la vie, car, suivant l'expression de Claude Bernard : « Ce n'est qu'un mot qui veut dire notre ignorance, c'est un état qu'on ne comprend que par opposition à la mort, on peut la caractériser, mais non la définir. » La seule manière de comprendre la vie est de l'étudier, dans ses manifestations, sur une série d'exemples concrets. C’est le domaine de la biologie qui décrit et étudie les mécanismes qui conditionnent les phénomènes de la vie, qui étudie l'être vivant dans son milieu : en lui-même et en relation avec son milieu.





À l’heure actuelle, le mode vivant est assez bien connu, les classifications systématiques tendent à s’accorder sur une partition en six règnes : les bactéries, les protozoaires (tous unicellulaires), les algues, les champignons, les végétaux et les animaux. À l’inverse, on bute encore sur le nombre d’espèces, ou êtres identiques pouvant se reproduire entre eux. En effet, la vie n’est pas éternelle, mais elle s’entretient par l’alimentation, nécessaire à fournir l’énergie qu’exige la fonction vitale, et elle se transmet par la reproduction. Un être vivant peut en effet se reproduire à l’identique.
Il n’empêche que la vie est apparue au moins sur la Terre, et apparemment peu de temps après la consolidation de la croûte externe et son inondation par les océans. La vie aurait une histoire vieille de plus de 4 000.106 années. Alors que le monde inerte évolua au gré de la tectonique des plaques et des variations du climat, mais apparemment de manière cyclique, tout ayant été dit dès l’origine de la planète (ou presque), la vie à évolué, lentement, sûrement et surtout à vitesse croissante, de façon quasi exponentielle.
Longtemps cachée (c’est le Cryptozoïque des géologues), elle se développa dans les océans du Précambrien sous la forme de bactéries et de protozoaires, dans un premier temps, puis sous celle des algues. Puis ce fut l’explosion du Phanérozoïque à l’aube de l’ère primaire, avec l’apparition et le développement des champignons, des végétaux et des animaux. Mais cette explosion ne se fit pas sans crises, souvent difficiles à expliquer : des pans entiers du monde vivant ont disparu à la fin du Cambrien, puis de l’Ordovicien, au début du Carbonifère, à la fin du Permien et à la fin du Crétacé, avec l’extinction des Dinosaures.
Cette crise fini-crétacée favorisa la progression (la radiation pour les biologistes) de trois nouveaux ensembles d’êtres vivants : les mammifères , les oiseaux et les plantes à fleurs qui vont conquérir l’ensemble cinq continents, maintenant bien individualisés, au cours du Cénozoïque (ou Tertiaires).
Une crise ultime s’est alors produite à la fin du Pliocène ou au début du Quaternaire. Le climat se refroidit fortement et surtout périodiquement : ce sont les glaciations quaternaires. Leur ampleur et leur fréquence ne permis pas toujours à la faunes et la flore de s’adapter à variation incessante de la géographie des écosystèmes. Sans parler d’extinction majeur, ce fut fatal à de nombreuses espèces.
Or, cette situation tombait mal, car elle coïncidait avait l’apparition d’un nouveau genre : le genre Homo , dont, en quelques millénaires, une nouvelle espèce allait jaillir : Homo sapiens . Cet être ,très différent des autres, modifia, en moins de 50 000 ans et de sons propre chef, des écosystèmes agressés par les fluctuations climatiques naturelles.
Mais c’est déjà une autre histoire.
Premier chapitre : d’où vient la vie ?
La lecture des articles scientifiques les plus récents et les plus pertinents nous conduit, inévitablement, à réduire la vie à une simple réaction chimique complexe. En effet, la confrontation de l’observation de l’Univers (par radio-téléscope) avec les modèles mathématiques (notamment à partir de la théorie de la relativité) porte à admettre que l’Univers est en expansion. L' « univers primordial » était plus dense et plus chaud, Par la suite, il y a entre 13 et 14.109 années, sa taille aurait augmenté, avec pour conséquence un recul de son poids et et de sa production d’énergie. C’est le « Big bang » à partir duquel les éléments chimiques se seraient dispersés dans l’univers sous la forme de nuages interstellaires.
Les atomes d’hydrogène (H2), l’élément le plus représenté dans l’univers, se seraient agglomérés en étoiles, regroupées en galaxies, elles-mêmes arrangées en familles. Mais, autour des étoiles, gravitent les autres éléments sous la forme d’un nuage de matière. Puis les plus gros éléments attirant les plus petits, il se forme un système de planètes autour de l’étoile. Dans cet ensemble existait une galaxie : notre « Voie lactée », et sur les bords de cette dernière, une étoile : le Soleil , avec son système de planètes dont l'une d’elles est la Terre .
Mais, pour un croyant, quelle que fut sa religion, cela relève du blasphème, car dès qu’ils surentt penser, les hommes préhistoriques se sont penchés sur leur origine et leur devenir. Faute de cheminement scientifique, ces réflexions ont conduit au « Mythe fondateur » de l’Univers. Quand ? À quelle date ? Les « Mythes fondateurs » n’ont pu être transcrits que par l’écriture (peut-être plus tôt, par l’art rupestre, mais on n’en connaît pas la clé) dans les traditions mythologiques mésopotamiennes, égyptiennes, grecques, celtiques et germaniques, mais aussi persanes, indiennes, chinoises, amérindiennes. À l’inverse, les inhumations anciennes peuvent être retrouvées par l’archéologie (sous réserve d’une interprétation scientifique). On sait à peu près quand les hommes ont commencé à ensevelir leurs défunts. Or l’acte ne peut être gratuit et il signifie que le concept d’une vie après la mort est entré dans l’imaginaire. À l’opposé, cela implique un autre concept, celui de l’origine. À l’heure où nous mettons en pages, la plus ancienne trace d’inhumation se trouverait dans le puits naturel d’une grotte d’Atapuerca, en Espagne, dans lequel des Homo antecessor ont jeté intentionnellement des cadavres, il y a 200 000 ans. Puis on sait que l’homme de Neandertal enterrait ses morts au début du Würm, et que la tradition a été poursuivie par Homo sapiens. De ces pratiques « chamaniques », sont issus les grands cultes actuels, car, quels qu’ils soient, le monde y repose sur un « Mythe fondateur . »





Pendant des millénaires, il ne fut même pas question de mettre ces mythes en doute. Même en Europe occidentale, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, une hypothèse naturaliste de l’origine de la vie aurait conduit devant un tribunal.
Mais, deux sicles plus tard, cette hypothèse est admise (sauf par quelques intégristes religieux), et les discussions portent surtout sur les procédures qui ont conduit de l’inerte au vivant qui, rappelons-le, est sensible à son environnement, doit se nourrir pour vivre, mais peut se reproduire à l’identique pour perdurer.
Toutefois, en mémoire des premiers hommes et des premiers scribes qui ont transcrit leurs connaissances, il nous semble logique de commencer par une présentation des « Mythes fondateurs. »
I - Les mythes fondateurs
Toutes les civilisations ont imaginé une origine mythologique et religieuse de l’existence humaine. En 1762, l’Académie Française résuma tout système de la formation de l'Univers comme une « Cosmogonie » (du grec cosmo = monde » et gon = engendrer). Toutes les religions traditionnelles se fondent sur des récits de cosmogonie oraux qui, plus tardivement furent couchés par écrit ; c’est le cas de la Genèse . Mais, les philosophes eux-mêmes s’y sont essayés, que ce soit Hésiode ou un scientifique comme Buffon. De même, des milliers de légendes et de récits sur la création du Monde entrent dans cette catégorie des « Mythes fondateurs. »
A - Les traits communs
Le Monde peut être issu du « Néant » ou du « Chaos », et s’organiser mystérieusement. Il peut aussi naître à partir d’un « Germe » qui lui servira de support originel, comme la larve sortira de l’œuf, ou de l’eau ou du sol comme la graine qui germe et donnera un arbre. Il peut enfin être le résultat de luttes entre des forces contraires, jusqu’à ce que l’une triomphe. Mais, quoi qu’il en soit, il faut impérativement l’intercession d’un être surnaturel, un Dieu. En relisant les différents mythes de l’Ancien Monde, les concepts mythiques suivants nous sont apparus.
1°) Quelques points communs se rapportent à l’ensemble des cosmogonies.
En effet, quels que aient été le lieu géographique et l’époque historique, ces mythes cosmogoniques relèvent de symboles et de paradoxes communs, tous issus de l’imaginaire humain. En effet, les mythes offrent tous une version de la « création de l'Univers. »
a) Au commencement, il n’y avait rien ; et un « Monde né du néant » caractèrise la cosmogonie de bien des religions. Puis il s’est organisé du fait « du rêve ou de la volonté divine. »




Dans le cas de la Genèse, Yahvé a créé le monde en sept jours, l’homme y ayant été introduit le sixième jour ; et il l’a créé pour l’éternité. Dans l’Hindouisme, Brahm rêve ou pense le monde au cours de sa vie de 36 000 jours de 100 années de 8,64 milliards d'années solaires1. Le « Monde peut aussi naître du Chaos . » À l’inverse de l’explication qui précède, le tout existe, mais il est désorganisé . Dans la Théogonie d’Hésiode, le monde naquit du conflit entre « l'ordre et le désordre. » À l’origine était le « « Chaos » qui renfermait la totalité des éléments constitutifs de l’Univers, mais sans la moindre organisation. Quand « l’Ordre » l’emporta, le monde naquit. Dans d’autres mythes, le monde est né du conflit entre le noir et la lumière, entre le Yin et le Yang .
b) La « naissance à partir d’un germe » est probablement issue de l’observation de la naissance de l’oiseau issu de l’œuf. Le monde proviendrait de « l’éclosion d’un œuf cosmique » qui contenait un « Univers en gestation. » et l'éclosion de l'œuf donne naissance à l'Univers. Ce mythe est très répandu, c’est le « Pan Gu » des Chinois, le « Partholon » des Celtes, le « Puruska » des Hindouistes, et le « Nommo » d’Afrique occidentale. Dans la mythologie grecque, il donna naissance à « l'orphisme » , à la rénovation périodique de la nature, et à la possible renaissance du monde.
Dans d’autres mythes, ce rôle primordial est donné à un « arbre de vie » : plante divine et sacrée. Comme l’arbre naît du sol et s’épanouit, l’Univers se serait organisé puis développé de la même manière. Les racines relèvent du monde des morts, le tronc et les branches symbolisent le Monde, la cime visant vers l’irréalisable, la conquête des cieux ou monde des Dieux. Le « chandelier à sept branches » pourrait en être une variante selon certaines interprétations.
Dans la cosmogonie des Philippins, le bambou géant primordial fut ouvert par l'oiseau légendaire Sarimanok d'où descendent Malakas et Maganda le premier homme et la première femme.
c) Le rôle de « l’eau, symbole de vie et de pureté » intervient comme élément primordial dans de nombreuses croyances. Mais l’eau purificatrice est plus fréquemment un « élément rénovateur . » C’est ainsi que le Déluge est évoqué par plusieurs mythes, de l’ Épopée sumérienne de Gilgamesh à l’arche de Noé judéo-chrétienne . L'homme est un être faible qui peut dévoyer la mission que les dieux lui ont confiée. L’eau vient alors purifier le monde et le rénover, autour du meilleur des humains : Deucalion et Pyrrha sauvés par Prométhée , Noé à qui Yahvé confia la charge de sauver les animaux dans son arche, le roi Manu, sauvé par Vishnu et transformé en poisson ,
L’eau purificatrice évite le retour vers le chaos, voire le néant.
c) Enfin, de nombreux mythes associent la création du monde à un « sacrifice » ou à un « combat. » Dans beaucoup de cosmogonies, la création ou la survie du monde sont issues des luttes entre les Dieux, entre les Dieux et des Héros. Par exemple la Mythologie Grecque associe la création de l’Univers à la lutte entre les Dieux et les Géants : la « gigantomachie . »
Le psychologue Carl Gustav Jung expliquait que l’énergie primordiale se sacrifie pour former l'univers. Plus tardivement, dans le Christianisme, Dieu se fit Homme : Jésus-Christ, qui se sacrifia pour sauver les humains.
2°) Un trait domine parmi les autres : le rôle du divin. L’origine divine crée un monde organisé entre Dieu (ou les dieux) et la Nature : les plantes et les animaux, avec, comme intermédiaire, l’Homme qui a la charge d’honorer les divinités en échange des bienfaits que lui procure une nature dont il est le maître.
Ces Mythes, consciemment ou inconsciemment, relatent la transition du Paléolithique ou stade d’économie prédatrice au Néolithique ou stade d’économie productrice, mais il en résultera une situation équivoque : pour l’homme, la nature est comme un don de Dieu ; aussi ne fera-t-il jamais le lien entre les crises - invasions, épidémies, famines - et son agression contre l’environnement : déforestation, surpâturage, érosion des sols. Les catastrophes ne sont pas son fait, mais la conséquence de son impiété, et l’on y voit une punition. Toute crise ne peut être enrayée que par la piété, la prière et surtout le sacrifice d’un « bouc émissaire . » On sacrifiait régulièrement une partie de sa récolte aux divinités pour prévenir les crises. Si celles-ci survenaient, on cherchait le coupable d’impiété : les Chrétiens dans la Rome impériale, les hérétiques et les sorcières jusqu’au XVIIe siècle.
En contrepartie, on exploitera le milieu sans discernement durant des millénaires. Tant que la technologie resta archaïque, les atteintes restèrent modestes, famines et épidémies rétablissant l’équilibre. C’est avec la Révolution Industrielle que la donne changea, la domination de l’environnement réduisit l’impact des cataclysmes, notamment les famines et les épidémies, avec les conséquences démographiques que l’on sait.
B - Quelques mythes fondateurs
La majorité des mythes suggèrent une apparition ex-nihilo de l'Univers, surtout hors de portée de la compréhension. Au commencement était le verbe , c’est-à-dire la parole de Dieu, et le monde s’organise chronologiquement avec la naissance du temps et de l'espace, de la lumière. Puis survient la matière : l’eau, la terre, l’air et le feu ; l’apparition de la vie se faisant par la rencontre et les mélange de ces quatre éléments. Enfin, Dieu place l’Homme au centre du Monde. Mais l‘Univers n’est pas éternel, et doit s’achever dans un cataclysme mondial. Les nuances portent sur la nature du lien et de la relation entre Dieu (ou les dieux) avec l’Homme.
1°) La cosmogonie de l’Egypte antique variait d’une région à l’autre, notamment entre Héliopolis et Memphis. Le mythe de la création memphite est sans doute le plus élaboré.
Au début, Noun, l’océan primordial , aurait engendré Ptah : le démiurge et créateur de l’ Homme . En effet, il le modela à partir du limon du Nil. Ptah céda la place à son successeur Rê , le soleil, seigneur d'Héliopolis, bienfaiteur de l'humanité, et qui parcourt chaque jour son domaine.
Les Hommes se révoltèrent contre Rê , lequel dépêcha Sekhmet, la déesse à tête de lionne, pour les exterminer. Mais Sekhmet se livra à un carnage: « Lorsque je meurtris les Hommes mon cœur est en liesse » qui fit pitié à Rê , et qui le décida à épargner les survivants.
Fatigué de régner , Rê engendra Shou , le sec et Tefnout , l'humide, qui, eux-mêmes, ont engendré Nout , déesse du ciel, et Geb , dieu de la terre. De leur union naissent deux autres couples : Seth et Nephtys, qui seront stériles, et Osiris et Isis qui symbolisent la vie au travers du renouveau végétal.
Osiris reçut le trône d'Égypte et enseigna aux hommes l'agriculture et l'élevage. Isis, son épouse, les déshabitua de l'anthropophagie, leur apprit à fabriquer du pain, des vêtements.
Ce mythe nous été restitué par une stèle de la XXVe dynastie, retrouvée à Memphis. Chabaka , le pharaon, y fit graver un papyrus de la bibliothèque du temple de Ptah faisant état de ce récit de la création du monde par Ptah . On retiendra aussi que cette croyance part d’une divinité immatérielle Ptah et d’un Océan primordial ou Noun , et que l’homme est issu du limon du Nil. Dans les deux récits, on retrouve l’eau purificatrice. Mais le mythe fait aussi appel à des conflits entre les Dieux et entre les Dieux et les Hommes.
2°) Dans la cosmogonie mésopotamienne les mythes de la création sont d'origine sumérienne.
À l’origine, se placent deux divinités de sexes différents : Tiamat , l'eau salée d’essence féminine et Aps , l'eau douce d’essence masculine. De leur union naissent tous les dieux, dont les principaux, les Annunaki ( Enlil, Adad, Enki, Ishtar et surtout Mardouk ), dominent des dieux secondaires, les Igigi qui travaillent pour nourrir tous les dieux.
Survint alors un conflit entre Tiamat et Mardouk . Celui-ci l’emporta et, du cadavre de Tiamat naquirent la voûte céleste, les étoiles, la terre et les enfers.
C’est le principe même du monde né du conflit entre les dieux. Puis un autre conflit arriva quand les Igigi se révoltèrent contre les Annunaki .




L'homme fut alors créé pour servir les dieux. Il fut façonné dans de l’argile mouillée du sang d'un dieu sacrifié. C’est ce sang qui donna aux hommes un peu de l'intelligence divine.
Plus tard, les hommes entrèrent en conflit avec les dieux. Ceux-ci noyèrent l’humanité dans un « Déluge purificateur » auquel un seul homme (et sa famille) survécut : Uta-Napishtim .
La cosmogonie mésopotamienne est toute empreinte de la rivalité entre les dieux et entre les dieux et les hommes. Uta-Napishtim est un personnage de l'épopée de Gilgamesh et son histoire, très semblable au déluge biblique, le fait associer à Noé.
3°) La cosmogonie gréco-romaine nous a été rapportées gràce à la Théogonie d’Hésiode Dans la mythologie grecque, les dieux sont anthropomorphes, aussi ont-il une existence, une histoire et à l’image des hommes, ils ont connu de nombreux conflits.
a) Tout commença dans le Chaos qui contient de manière inorganisée tous les éléments constituant le monde (le Big Bang !). Quatre entités s'en séparèrent : Gaïa (la Terre), Éros (le Désir amoureux vu comme force créatrice primordiale), Érèbe (les Ténèbres des Enfers) et Nyx (la Nuit). Gaïa engendra Ouranos : le Ciel. C’est le premier principe fécondateur mâle. En effet, les Anciens pensaient que les pluies tombées du Ciel en étaient la Semence qui fécondait la Terre. Ils engendrèrent les Titans , dont Cronos (le temps), les trois Cyclopes et les Hécatonchires les géants aux cent bras. Des conflits, sortit la première génération des dieux olympiens : Hestia , déesse du foyer, Déméter , déesse des moissons, Héra , déesse du mariage, et de la végétation (épouse légitime de Zeus), Hadès , dieu des enfers et des morts, Poséidon , dieu de la mer et des fleuves, et Zeus , roi des dieux, maître du ciel et de la foudre La deuxième génération des Olympiens naquit de l’union de Zeus avec d’autres déesses. Avec Métis , il eut Athéna , déesse de la guerre, de la sagesse et de la ruse. De son union avec Héra , naquirent : Héphaïstos , dieu de la forge, Arès , dieu de la Guerre et Hébé , déesse de la jeunesse. Avec Déméter , il engendra Perséphone , reine du royaume des Ombres, enlevée par Hadès au royaume des enfers. Déméter, désespérée, se retira dans la solitude et avec elle disparut la fertilité de la terre. Zeus envoya Hermès , le messager des dieux, aux Enfers pour convaincre Hadès de libérer Perséphone . Il accepta à la condition qu'elle mange un fruit qui la contraindrait à vivre aux Enfers un tiers de l'année.
Pendant ce tiers de l'année, Déméter se retire et la terre ne produit rien, il s'agit de l'hiver. De son union avec Maïa (fille du Titan), naquit Hermès , dieu de la richesse, du commerce, de la chance ; il est aussi le messager des dieux. Enfin, Zeus eut aussi des relations et une descendance avec Thémis , avec Léto dont il eut Apollon (Dieu de la médecine, et de la beauté masculine) et Artémis (Déesse de la chasse, des vierges, de la nuit), et avec Mnémosyne qui lui donna ls sept muses.
Enfin Zeus eut aussi des liaisons avec des mortelles qui engendrèrent des demi-dieux, dont Héraclès et Persée dont la charge fut d’achever la formation du monde.
b) La Mythologie grecque est toute entière conçue autour de l’existence du monde de sa création à son fonctionnement . Chaque dieu ou déesse a une histoire ou une spécialité inséparables de la vie des hommes. Peut-être parce qu’elle fut très tôt couchée par écrit, c’est certainement une des mythologies les plus élaborées d’Europe occidentale. Elle est vraiment le fruit de la réflexion des hommes de l’Antiquité cherchant désespérément à comprendre et expliquer leur environnement. C’est à Hésiode qu’on doit encore les Mythes de la création de l’Homme. C’est le mythe des races métalliques ou mythe des âges de l'humanité. Cinq races créées par les dieux de l'Olympe, se seraient succédé selon une dégradation progressive.
La race d'or fut créée par Cronos . Ces Hommes ne travaillaient pas et vivaient en accord parfait avec la faune et la flore : « Ils vivaient comme des dieux, le cœur libre de soucis, à l'écart et à l'abri des peines et des misères : la vieillesse misérable sur eux ne pesait pas, mais, bras et jarret toujours jeunes, ils s'égayaient dans les festins, loin de tous les maux. Mourants, ils semblaient succomber au sommeil » (Hésiode : les Travaux et les Jours, VIIIe siècle av. J.-
C.). À leur mort, ils devinrent des dieux. Ce pourrait aussi être le souvenir lointain des temps paléolithiques où la chasse permettait de subvenir à tous les besoins, sans gros effort, du fait de l’abondance des ressources face à une démographie modeste.
La race d'argent connaissait le mal et la douleur : « Ils ne savaient pas s'abstenir entre eux d'une folle démesure . » Mais c’est aussi le début de l'agriculture; pour la première fois, les Hommes doivent travailler la terre pour se nourrir. Cette race qui fut ensevelie par Zeus, rappelle fort probablement le début des temps néolithiques, quand les modifications du climat obligèrent les hommes à produire.
La race de bronze est une race guerrière , « fille des frênes, terrible et puissante », et elle finit par s'anéantir elle-même. La race des héros , « plus juste et plus brave », est née de l’union de dieux et de mortels. Ils ont participé à la Guerre de Troie et ils y moururent comme Achille, mais Zeus plaça les plus méritants dans les Îles des Bienheureux, comme Ulysse, roi d’Ithaque. Ces deux mythes pourraient être la traduction des migrations qui affectèrent la Grèce et l’Anatolie aux IIIe et IIe millénaires.
Enfin, la race de fer constituait la population contemporaine d’Hésiode « (...) l'hôte n'est pas à l'abri de son hôte, ni le beau-père de son gendre; même entre frères, la bonne entente est rare. Le mari médite la mort de sa femme, et la femme celle de son mari; de terribles marâtres mélangent les aconits à la 15





couleur blanchâtre; le fils se demande combien d'années va vivre encore son père. »
La qualité du métal dont les hommes sont faits reflète les vertus humaines : Diké la Justice, et Hybris , le comportement déraisonnable. La justice orientait la vie des hommes de la race d'or et de la race d'argent, mais ceux de la race de bronze et de la race des héros passaient leur temps à guerroyer. Ceux de la race de fer héritèrent de ces qualités et de ces défauts. Une grande partie de la pensée occidentale en est issue, le besoin de justice comme l’immodération des mœurs, la sanctification du travail mais aussi de l’oisiveté garantie par la richesse, la prédestination ou l’accès à la sainteté par le sacrifice. Le mythe reste une forme de compréhension de l'humanité, mais au-delà du religieux, il conduira à la philosophie et à la métaphysique.
4°) Dans les cosmogonies germanique et scandinave le monde est issu du néant, et la forme scandinave est transcrite dans la Völuspá , ou Chant de la voyante.
Au commencement n'existait qu'un gouffre béant, le Ginnungagap . C’est un mythe qui n’est pas sans rappeler le Chaos primordial grec . Ce gouffre était limité par deux mondes : les Niflheim ou nuées glacées où confluent les rivières ou Elivagar ( Svol, Gunnthra, Fiorm, Fimbulthul, Slidr, Hrid, Sylg, Ylg, Vid, Leiptr et Gioll ) au Nord et, les Muspull ou nuées de feu au Sud. Les éléments y erraient, libres .
De ce Chaos va naître le monde en collaboration avec l’eau et le feu, purificateurs. En effet, Niflheim et Muspull entrèrent fortuitement en collision, et de cette rencontre naquit le géant Ymir. En effet, Audhumla la vache, l'avait délivré de sa gangue de glace en la léchant, et l’avait nourri de son lait. Puis elle se mit à lécher le Niflheim et les blocs donnèrent alors naissance aux dieux. Buri fut le premier, et son fils Burr épousa Bestla ; et de leur union naquirent : Odin et ses frères les Ases : Vili et Vé (culte germanique) ou Hœnir et Ló urr (culte scandinave). Puis dieux et géants entrèrent en conflit. Odin et ses frères tuèrent Ymir, et ce sont les Ases qui vont réaliser le monde actuel. Le crâne d’ Ymir fut utilisé pour constituer la voûte céleste soutenue par quatre Nains : Austri (Est), Vestri (Ouest), Nordri (Nord) et Sudri (Sud). Puis, le reste du cadavre fut dépecé : de sa chair, on fit la Terre ou Midgard , avec son sang la Mer, avec ses os les Montagnes, et avec ses cheveux les Arbres. Les vers qui se nourrissaient de son corps devinrent les Nains.
Au centre du monde se tenait le grand arbre, Yggdrasil dont la cime touchait le royaume des dieux et les racines celui des morts. Le reste passait par toutes les autres parties de l’Univers afin de le maintenir cohérent. C’est alors que le premier couple humain, Ask et Embla , fut créé à partir d’un tronc d'arbre. Leurs descendants, les hommes , allaient s’établir dans le Midgard , la terre, alors que les dieux se réfugièrent dans leur forteresse, Asgard . Toutefois, un pont, le Bifrost reliait les deux mondes .





Dans cette cosmogonie, on retrouve des points communs avec la cosmogonie gréco-latine. L’explication la plus probable est que ces peuples étaient pour la plupart issus de la souche indo-européenne dont les migrations s’étendirent sur les trois derniers millénaires avant J.-C. Ce sont la race de bronze et la race des héros du mythe grec.
5°) La cosmogonie celtique était culturellement très proche de la culture germanique et scandinave, la tradition celtique ne comporte aucun récit cosmogonique. Les Celtes croyaient que l'univers se créait à chaque instant. La création se fait en Dieu, mais elle comprend une part de mal pour exister hors de Dieu, car lui seul peut être parfait. On comprendra que les mythes sont dualistes entre le Bien et le Mal , entre la Création et la Destruction . Mais les mythes n’ont jamais réellement décrit la naissance de l'univers selon un ordre chronologique. Toutefois, ils nous décrivent les relations entre Dieu et le monde.
C’est le Mythe de l'oeuf du serpent . La mer contenait un énorme serpent qui avait fait déborder l'eau sur les terres qui en étaient recouvertes. Alors, le dieu Hu-Gadarn (le Bélénos des Gallois et Oengus des Irlandais) attacha le serpent à deux bœufs qui tirèrent le serpent sur un morceau de terre encore émergé.
Mais dès qu’ils y furent parvenus, l'un des boeufs mourut d'épuisement, et l'autre décéda de chagrin. Le sacrifice (on retrouve cette notion décrite dans d’autres mythes) des boeufs fut néanmoins utile, car le niveau des eaux baissa, et les terres réapparurent. Hu-Gadarn put alors fonder les institutions humaines, enseigner aux hommes les liens qui les unissent et leur apprendre la Justice.
6°) La cosmogonie hindoue est originale . Le temps y est vu de manière cyclique, avec des cycles de créations et de destructions. Le dieu suprême est Brahmâ (qui pourrait bien être Zeus , car les religions gréco-latines sont d’influence indo-européenne). Quand il dort, le monde n’existe pas, mais, s’il se réveille et ouvre les yeux, l'Univers et tout ce qu'il contient existe, est créé, pour être détruit si le dieu se rendort.
Un cycle créateur implique les trois dieux de la Trimurti . Quand Vishnou dort, allongé sur le serpent Ananta (l’infini), Brahma se tient dans un lotus qui sort de son nombril. Pendant son sommeil, Vishnou rêve le monde tel qu'il l'a déjà connu.
C’est à partir de ses souvenirs que Brahmâ donne naissance à un nouveau monde. Celui-ci sera moins pur que le précédent. Dans l’Hindouisme c’est la théorie des âges, mais on notera aussi l’analogie avec les Cinq races créées par les dieux de l'Olympe , et qui se seraient succédé selon une dégradation progressive.
Une fois l’univers créé, Shiva anime l'Univers par sa danse cosmique. Mais comme le monde a été conçu par la pensée, à la fin du cycle, elle le détruit. Pour certaines sectes hindouistes, notre univers n'est que le rêve de Dieu , une illusion, la Mâyâ . Brahmâ pense le monde, Vishnou le protège, et Shiva le détruit, mais par là même, il mène à sa résurrection.
Bien d’autres cosmogonies ont existé et existent encore ; parmi elles, la cosmogonie des Aborigènes d'Australie repose sur la notion de « Temps du rêve . » La pensée a tout créé, et la terre, les hommes, les animaux et les plantes ne sont que des parties d'un même ensemble. Les hommes ne peuvent donc posséder ni la terre, ni les animaux. Il en résulta des conflits avec les colons britanniques, car, pour un aborigène, la notion d’élevage et de propriété privée est irrationnelle.
C - Les « religions du Livre »
La création de l'univers est relatée dans la Genèse , un recueil de mythes très ancien, mis en page aux IXe-VIIIe siècles avant J.-C. Le Créateur est transcendant à toute créature et il se nomme Yahvé dans le Judaïsme, Dieu dans le Christianisme et Allah dans l’Islam (ces trois religions acceptent la même version de la Genèse). Ce créateur est intemporel, n’a ni début ni fin, et lorsqu’il créa le monde, celui-ci était « vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux . »
1°) Le mythe de la Genèse décrit la Création du Monde en sept jours à partir du néant.
Au début était la parole, et le premier jour , Dieu créa la lumière: « Que la lumière soit et la lumière fut »), c’est l’origine mythique de l’alternance entre le jour et la nuit.
Le deuxième jou r, il sépara la Voûte Céleste de la Mer, créant ainsi les limites de l’Univers.
La Terre y fut placée le troisième jour . La Genèse indique qu’il la fertilisa et qu’il la couvrit de végétation. C’est le mythe de la naissance à la vie .
Le quatrième jour « Dieu fit les deux luminaires majeurs : le grand luminaire comme puissance du jour (le Soleil) et le petit luminaire comme puissance de la nuit (la Lune), et les étoiles. » Il créa le moyen de reconnaître l’alternance entre les deux états du monde : le jour associé au soleil et la nuit associée à la lune.
Le cinquième jour , fut consacré au peuplement de la voûte céleste, avec la création des Oiseaux et à celui de la Mer avec les poissons.
Le sixième jour fut, lui, consacré au peuplement de la Terre ferme. C’est la création du règne animal. Enfin, il créa l’ Homme , « être à son image » et destiné à dominer la terre : « et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre . » L’Homme n’est pas un Dieu, mais ce n’est pas non plus un animal, il est l’intermédiaire entre Dieu et la Terre. Il doit honorer son Dieu par des sacrifices, mais les êtres vivants sont à sa merci à titre de compensation.




Enfin, le septième jour , il se reposa. C’est l’origine du repos dominical imposé aux croyants (le Vendredi des Musulmans, le Samedi des Juifs et le Dimanche des Chrétiens).
Le Coran indique aussi une création en six jours : « Votre Seigneur est Allah, qui a créé les cieux et la terre en six jours . »
2°) Le mythe de la Création de l’Homme est plus élaboré que dans les autres cosmogonies. Il fut réalisé le sixième jour. Le texte de la Genèse est formel, Dieu créa un être de sexe masculin à son image appelé Adam : « Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance. » La vie lui fut insufflée par Dieu.
Dieu mit Adam dans le « Paradis terrestre » ou « Jardin d’Eden », aux ressources si abondantes qu’il pouvait y vivre sans travailler : « Je vous donne toutes les herbes portant semence, qui sont sur toute la surface de la terre, et tous les arbres qui ont des fruits portant semence : ce sera votre nourriture. »
C’est une image peu éloignée de l’Âge d’Or des Grecs. Mais, dans cet Eden, existait un arbre dont la consommation des fruits était interdite : « l’arbre de la connaissance du bien et du mal. »
Comme Adam s’ennuyait, Dieu créa Ève, la femme, afin de lui tenir compagnie. Selon la Genèse, elle fut façonnée à partir d’une côte ôtée à l’homme au cours de son sommeil. Mais un serpent, incarnation du Démon, du Mal, réussit à convaincre Ève de goûter aux fruits défendus, et elle-même convainquit Adam.
Ce sera la première faute de l’humanité ou péché originel (dans le culte judéo-chrétien). Dieu les punit en les chassant du paradis terrestre. Adam et sa descendance furent condamnés à travailler : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », ils furent aussi condamnés à souffrir : « Tu enfanteras dans la douleur » et à mourir.
Adam et Eve eurent deux fils, Caïn et Abel, ancêtres de l’humanité. Caïn tua Abel, et c’est le premier meurtre de l’humanité (laquelle perdit, à cette occasion, 25 % de sa population). La punition de Dieu fut confirmée, tous les hommes devront peiner pour tirer leur nourriture de la terre.
C’est la fin de l’Âge d’Or et de l’Âge d’Argent et un passage sans transition héroïque. Cependant, la descendance de Caïn donnera naissance aux civilisations.
On relève une incohérence : comment Caïn eut-il une descendance ?
Rapport incestueux avec sa mère (c’est fréquent dans les Mythes : Œdipe, Noé), existence de sœurs qu’on ne nomme pas (mais on reste dans l’inceste). Quoi qu’il en soit, les Mythes doivent incorporer une part de mystère. Mais on retiendra surtout que le Dieu de la Bible est extérieur au monde qu'il crée et que la création du Monde est réalisée sans violence, sans combats entre forces opposées et sans destruction. C’est original en regard des autres cosmogonies, car c’est l’Homme, en désobéissant, qui se condamna lui-même. Ce libre-arbitre est aussi une originalité.
3°) Le Coran reprend de nombreux passages de la Bible
La Sourate II, verset 164, décrit en ces termes la création du Monde par Allah : « Certes dans la création des cieux et de la terre, dans l'alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargé de choses profitables aux gens, dans l'eau qu'Allah fait descendre du ciel, par laquelle Il rend la vie à la terre une fois morte et y répand des bêtes de toute espèce, dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne . »
La Sourate 23, versets 12-13, quant à elle, évoque la création d'Adam : « Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence ; et de l'adhérence Nous avons créé un embryon; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l'avons transformé en une tout autre création. Gloire à Dieu le Meilleur des créateurs ! »
Certes au XXIe siècle, le Créationnisme, que certaines sectes cherchent à nous imposer, est condamnable, mais les Mythes, et les religions qu’ils engendrèrent, constituent une première explication cohérente de l’origine du monde et de son fonctionnement, et c’est en cela qu’il faut les respecter.
Toutefois, pour ce qui concerne principalement la tradition juive, chrétienne et musulmane, et dans une autre mesure, le Mythe hindou, les conséquences furent négatives du fait du postulat que le Monde était à la discrétion des besoins de l’humanité.
La faute d’ Eve conduira aussi à des siècles de subordination des femmes aux hommes, des épouses au mari.
II – De la métaphysique à la science
C’est chez les Philosophes de la Grèce Classique que prennent naissance les premières cosmogonies non religieuses. Pourtant, répondre scientifiquement à la question de l'origine de la Vie, c’était concilier la Science avec la Religion. Cet exercice dangereux conduisit bien des philosophes au bûcher, ou, pour le moins, à la rétractation.
A - L'objet de la métaphysique
Cette ancienne discipline cherche à résoudre, par la réflexion et la discussion, des questions fondamentales telles l'immortalité de l'âme, l'existence de Dieu, l'existence du Bien et Mal, ce qui conduisit à s’interroger sur la vie et son origine. On estime que cette discipline philosophique fut introduite par Aristote (384 à 322 av. J.-C.) qui s'intéressa aux choses du monde et de la 20





nature, et dont la pensée domina le monde occidental durant toute l’Antiquité et le Moyen Âge.
Par métaphysique, on entend l'étude de l'« être en tant qu'être » et, pour reprendre la formule d'Aristote, l'étude de la « substance. » Parmi les questions que les métaphysiciens se sont posées, on pourrait citer, dans le cadre de la problématique de cet ouvrage : « Qu'est-ce que l'être ? Pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien ? Existe-t-il une cause première ? Qu'est-ce que la substance ? Est-ce que Dieu existe ? » Il n’existait pas de réponse scientifique à l’époque d'Aristote et encore très peu à celles de Descartes.
Mais la métaphysique ne s'intéressait pas aux disciplines empiriques : biologie, physique, chimie, et elle n’avait recours ni à l'expérimentation ni à l'observation des faits, le métaphysicien ne s'appuyant que sur la logique de sa pensée. Mais c’était une procédure dont s’accommodaient les dogmes religieux, à condition de ne pas mettre en doute la Création du Monde par Dieu. Le résultat donna des réponses qui, progressivement, vont s’écarter de la révélation divine pour aboutir à la Science.
B - La théorie de la génération spontanée
Selon cette théorie, un être vivant pourrait apparaître sans ascendant et sans parent. Les religions l’acceptaient car on y voyait, sans trop de difficulté, la Main de Dieu.
1°) Cette théorie est très ancienne. On retrouve des traces de cette croyance dans de très anciens écrits chinois, indiens et égyptiens.
Par exemple dans la Chine antique, « les bambous donnaient naissance aux pucerons, pour autant que leurs jeunes pousses étaient repiquées par temps chaud et humide. » En Inde, « les mouches et les parasites naissent spontanément à partir d'ordures et de sueurs. » En Egypte : « les boues laissées par les inondations du Nil engendrent spontanément des grenouilles, des crapauds, des serpents, des souris et même des crocodiles. »
Le grand Aristote en fit la synthèse et c’est à lui qu’on doit la première formulation de la thèse de la génération spontanée : « les plantes, les insectes, les animaux peuvent naître de systèmes vivants qui leur ressemblent, mais aussi de matière en décomposition activée par la chaleur du soleil. » Jusqu'à la Renaissance, on est surpris par l’abondance de témoignages et d'observations relevant de cette théorie.
Même un précurseur comme Descartes a soutenu cette thèse et des savants eurent même recours à l'expérimentation pour conforter la théorie. Au milieu du XVIIIe siècle, Buffon lui-même continuait de défendre la génération spontanée, et, au début du XIXe siècle, elle restait soutenue par Geoffroy Saint-Hilaire et Lamarck pour lesquels les formes de vie les plus simples pouvaient apparaître par génération spontanée.





2°) Mais, au Siècle des Lumières, le doute commença à s'installer. En effet, l'abbé Lazzaro Spallanzani réfute la théorie de la génération spontanée des cellules dès 1768. Il constate que dans un milieu stérilisé, c’est-à-dire clos et porté à ébullition, la vie ne se génère pas seule. Il en conclut que les microbes viennent de l’air et qu’ils sont tués si on porte le système à plus de 100°C. C’est une remise en cause de la théorie de la génération spontanée.
En 1845, Félix Archimède Pouchet, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, fait une communication à l'Académie des sciences sur la « Théorie positive de l'ovulation spontanée et de la fécondation des mammifères et de l'espèce humaine . » Il y soutient la spontanéité de l'ovulation, qui serait indépendante de la fertilisation par le sperme. Son ouvrage est couronné par l'Académie. Il y défend une théorie scientifique : « l’Hétérogénie » qui veut démontrer la réalité de la génération spontanée. Selon lui, si des microorganismes se tenaient dans l’air, il faudrait tant de germes que celui-ci deviendrait un épais brouillard et serait irrespirable.
Mais cette opinion ne faisait plus l'unanimité, et Pouchet entra en conflit avec Pasteur dès 1859. En 1965, après six années d’expérimentations, Pasteur démontra qu’en respectant un protocole de stérilisation fiable, il était impossible que la vie puisse apparaître spontanément de la matière inanimée. On sait que cette nouvelle théorie a révolutionné la médecine, prouvant la nécessité d’une bonne stérilisation, et démontrant scientifiquement l’origine biologique des maladies infectieuses.
C'en était fait de la théorie de la génération spontanée, mais la controverse ne se terminera qu'à la mort de Pouchet en 1872, car jamais il ne renoncera à sa théorie. Mais la question sur l’origine de la vie n’était pas résolue. C’est alors qu’intervint Darwin.
3°) Darwin et sa théorie de l’évolution des espèces allait fortement influené la réponse à la question de l'origine de la Vie. Pourtant, ce contemporain de Pasteur, ne s’en est jamais vraiment préoccupé malgré le titre de son traité « L'Origine des Espèces. » En effet, il était plus attaché à la démonstration de la formation de l’évolution des espèces au cours du temps.
Biologiste et aussi géologue, Darwin avait parfaitement intégré la notion du temps géologique dans ses recherches. Peu à peu, il prit conscience que l'évolution des espèces s'était réalisée tout au long de l’histoire géologique de la planète. Il comprit surtout qu’elle s’était réalisée dans le sens d’une complexité croissante, du plus simple au plus complexe.
Son livre parut en 1859 sous le titre exact de « Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie. »
Darwin s’y comporte en homme de science et son argumentation fait toujours référence à des observations scientifiques, mais il évite le mot « évolution », qui restait encore controversé à l'époque. Il expose sa théorie dès l’introduction : « Comme il naît beaucoup plus d'individus de chaque espèce qu'il n'en peut survivre, et que, par conséquent, il se produit souvent une lutte pour la vie, il s'ensuit que tout être, s'il varie, même légèrement, d'une manière qui lui est profitable, dans les conditions complexes et quelquefois variables de la vie, aura une meilleure chance pour survivre et ainsi se retrouvera choisi d'une façon naturelle. En raison du principe dominant de l'hérédité, toute variété ainsi choisie aura tendance à se multiplier sous sa forme nouvelle et modifiée. »
Puis, dans sa conclusion, il expliqua que « des formes sans cesse plus belles et plus admirables ont été élaborées et continuent à l'être. »
L'Eglise d'Angleterre réagit de façon hostile, et ces propos furent jugés comme hérétiques. C’est à ce moment qu’on travestit sa pensée en lui faisant dire que l’homme descendait du singe ; ce que Darwin n’a jamais écrit, il suggérait seulement que l’homme et le singe devaient avoir un ancêtre commun.
Mais cela allait à contresens de la Genèse qui faisait encore autorité. Dès 1860, Darwin est également condamné par une réunion d'évêques à Cologne, et le pape lui-même intervint plusieurs fois pour « dénoncer la thèse selon laquelle l'homme descendrait du singe . »
Pourtant Darwin a vu sa théorie de l'évolution acceptée de son vivant par la communauté scientifique, notamment par John William Draper, Thomas Huxley, Joseph Dalton Hooker et Charles Lyell. Et, en 1864, la Royal Society lui décernait la Médaille Copley. Au XXIe siècle, elle constitue encore la base de la théorie de l'évolution et un des fondements de la biologie, car elle explique de façon logique la diversité de la vie. Mais elle implique que les premiers êtres devaient être des formes très simples, des micro-organismes.
C – Vers les théories scientifiques
Il faut partir du problème « métaphysique » de la régression à l’infini ou paradoxe de l'œuf et de la poule. L’origine d’une poule, comme celle de tout être vivant pluricellulaire, est un œuf. Mais un œuf de poule ne peut avoir été conçu que par une poule. La question est de savoir qui était là le premier.
Comme on a évacué la possibilité d’une génération spontanée, il est impossible qu’il n’y ait jamais eu de commencement.
Dans les mythes cosmogoniques il y a toujours une divinité qui rêve, qui pense et qui crée ex nihilo. Mais au milieu du XIXe siècle et surtout au XXe siècle, cette explication ne satisfaisait plus (même aux Etats-Unis).
1°) La panspermie est une théorie intermédiaire, entre les Sciences fondamentales et la Métaphysique. Elle a été développée en 1865 par l'Allemand Richter. Pour lui (et sans démonstration), les corps célestes libèrent les germes de micro-organismes contenus dans des particules qui se déplacent dans le Cosmos, d’où leur nom de « cosmozoaires. » Ils parviennent sur la Terre par la chute des météorites. L'idée a aussi été reprise par le Suédois Svante Arrhenius, prix Nobel de chimie en 1906 (On s’étonne !), sous une forme plus élaborée qu’il nomma la panspermie. La Terre aurait été fécondée par les comètes, et la vie serait d'origine extra-terrestre.
On ne trouve qu’un indice peut-être à l'heure actuelle. C’est la trace d'une forme de vie bactérienne retrouvée sur l'astéroïde ALH84001. Selon Mac Kay et son équipe, ALH84001 contiendrait des cristaux de magnétite semblables à ceux qui sont produits par certaines bactéries terrestres, et la même proportion d’acides aminés que celle que l’on retrouve dans les êtres vivants sur Terre.
Cette théorie (qui reste très controversée) rendrait « explicable » une origine de la vie où la Terre ne serait qu’un maillon de propagation parmi d'autres dans l'univers. Mais elle ne fait que reculer le paradoxe de l'œuf et de la poule .
2°) Nous utiliserons les néologisme d’endospermie par opposition au précédent. On part cette fois de l’hypothèse que la vie est née sur cette planète, de réactions chimiques de plus en plus complexes, que nous développerons dans le deuxième paragraphe de ce chapitre.
La forme la plus élémentaire de matière vivante est la « cellule . » En effet, en latin cellula signifie petite chambre , aussi, en biologie, la cellule est « l'unité structurale, fonctionnelle et reproductrice constituant tout ou partie d'un être vivant . » Chacune est une entité vivante qui fonctionne de manière autonome chez les êtres unicellulaires. Chez les êtres multicellulaires, les cellules sont réunies en tissus, eux-mêmes réunis en organes, et, dans ce contexte, elles fonctionnent de façon coordonnée . Mais une cellule n’est aussi qu’une « vésicule » dont on peut schématiquement expliquer l’origine et la constitution.
a) Qu’est-ce qu’une vésicule ? En biologie cellulaire, on nomme vésicule cytoplasmique un espace assez petit, séparé du milieu par au moins une membrane appelée bicouche lipidique. Chaque vésicule circule dans le cytoplasme ou contenu d'une cellule vivante ; elle peut stocker, transporter ou encore digérer des produits et déchets cellulaires. Ces vésicules cytoplasmiques permettent à une cellule de gérer son métabolisme, et ce sont des chambres de réaction chimique.
La formation spontanée des vésicules est un phénomène parfaitement observable. En effet, tout le monde sait que si on agite de l’eau un peu « polluée », on obtient de la « mousse. » C’est ce qui arrive à l’aval d’une chute d’eau, ou en mer au cours d’une tempête. Cela tient au fait que certaines molécules possèdent simultanément la capacité d’être hydrophiles et hydrophobes, et on les dit amphiphiles ou amphipathiques. Une molécule est hydrophile si, du fait des lois de la physique, elle se concentre davantage dans l’eau que dans l’huile, et elle est dite hydrophobe (ou lipophile) dans le cas inverse.
Quelques molécules, comme celles du savon, ont une extrémité hydrophile et une autre hydrophobe. De telles molécules dissoutes dans l’eau dessinent des structures complexes, dont « des bicouches qui se replient en vésicules . » On peut simplement décrire la structure en ces termes : une « bicouche » peut être décrite comme une paroi dont les « faces sont hydrophiles », et les « extrémités hydrophobes » ; le tout est rassemblé à l’intérieur de la bicouche. Une « vésicule » est une sorte de sac plein d’eau et qui flotte dans l’eau, mais dont la « paroi est une bicouche . »
Chez un être vivant quel qu’il soit, les cellules sont des « vésicules », mais très élaborées. La paroi est une « bicouche lipidique », comme celle des vésicules dans l’eau savonneuse, mais elle est autrement plus complexe. En forçant sur la simplification, on peut écrire que dans les vésicules issues de l’agitation d’une eau savonneuse, l’intérieur de la vésicule est semblable à l’extérieur. À l’inverse, dans une cellule, l’intérieur est très différent de l’extérieur.
b) Comment se formèrent les premières cellules ? Rien ne le prouve, mais pourquoi des vésicules ne se seraient-elles pas formées dans l’Océan il y a entre 3 000 et 4 000.106 années, comme aujourd’hui se forme de l’écume ?
La question est celle de leur reproduction. Il fallait que les parois soient perméables aux apports extérieurs. Mais c’est tout à fait conforme aux lois de la physique. Il fallait aussi que ces apports externes soient constitués de petites molécules indispensables à la reproduction des grosses. Ces vésicules sont alors le lieu de réactions autocatalytiques qui permettent sa reproduction à l’identique.Toutes les vésicules n’ont pas cette propriété, mais si elles sont suffisamment nombreuses et diversifiées, si les conditions thermiques et chimiques de l’environnement océanique sont favorables, il n’est pas improbable qu’un tel événement ait pu se réaliser naturellement. À partir de ces vésicules complexes, des cellules primitives auraient émergé.
Mais pour que ces vésicules constituent des cellules (vivantes par définition), il faut qu’elles puissent non seulement se nourrir et croître, mais aussi se multiplier à l’identique (ou presque). Dans l’écume, une vésicule en croissance finira par exploser et disperser son contenu, et elle « meurt » (sans avoir vécu).
Et si les parois de certaines vésicules avaient incorporé des molécules susceptibles de former de nouvelles vésicules, constituant un réseau autocatalytique ? On a pensé à des protubérances s’en détachant, par exemple.
Ce scénario est plausible car les structures bidimensionnelles pouvant se constituer sur des bicouches sont très nombreuses. Alors, la vésicule capable de s’alimenter et de se reproduire est un être vivant primitif.
Rien ne s’oppose alors à ce qu’une telle vésicule soit l’ancêtre de tous les êtres vivants.





c) Mais toute cellule dispose d’un ADN et d’un code génétique ; quelle en est l’origine ? Si l’on admet l’hypothèse précédente, il faut admettre que les êtres vivants primitifs furent capables d’évoluer pour arriver aux formes de vie actuelles. De façon exceptionnelle et aléatoire, les réseaux autocatalytiques ont pu être modifiés par absorption de nouvelles molécules. Or, ces modifications constituent un patrimoine transmissible, car toute molécule incorporée à un réseau autocatalytique devient capable de se reproduire.
C’est la sélection naturelle de Darwin : variations aléatoires transmissibles et compétition au sein d’une population pour l’accès aux ressources. Aussi, les cellules primitives qui se reproduisaient le mieux seront les plus performantes, et les êtres vivants primitifs furent amenés à évoluer. Par perfectionnement successif, ces processus rudimentaires au début ont progressé vers la quasi-perfection : réplication de l’ADN et fabrication des protéines. Ceci n’est qu’une théorie, car il est impossible de remonter le temps jusqu’à l’océan primitif. Mais on peut reconstituer le passé à partir du présent, gràce aux techniques autocatalytiques. La théorie fut imaginée simultanément par Alexandr Ivanovitch Oparine (1894-1980), et John Haldane (1892-1964), et l’on estime qu’elle fut en partie démontrée par l’expérience de Stanley Miller qui inventa la chimie prébiotique. Il fallait aussi que des conditions bien spécifiques soient réunies : de l’eau liquide, des molécules organiques en abondance, une température adéquate. Or ce sont des conditions qu’on rencontrait sur la Terre, il y a 3 000 et 4 000.106 années.
Mais nous sommes passé de la métaphysique aux sciences fondamentales et appliquées, qui, progessivement au cours du XXe siècle, vont proposer des explications rationnelles quant à l’origine du Monde et surtout de la Vie.
D - L’hypothèse biochimique
À moins d’admettre la genèse spontanée des êtres vivants par la main et la volonté du Créateur, on doit reconnaître qu’il existe un pont entre la chimie et la physique d’une part, et la biologie d’autre part. Il faut revenir sur les pionniers : Alexandr Ivanovitch Oparine (1894-1980) et John Haldane (1892-1964). Ces deux chercheurs travaillèrent indépendamment l’un de l’autre, mais ils sont parvenus à des conclusions similaires : l’origine de la vie est inséparable de celle de notre planète. C’est la théorie de la « soupe primitive » dans laquelle se formèrent des vésicules capables de se reproduire à l’identique à partir de molécules organiques qui trouvèrent les conditions optimales à leur formation.
1°) Oparine et Haldane ont imaginé une « soupe primitive » (document 1.1).
Quand la Terre se consolida, il y a près de 5 000.106 années, Oparine et Haldane avaient estimé qu’une relation optimale se réalisa entre la Terre et le Soleil, compromis entre la taille de la planète et sa distance du Soleil. La taille est suffisamment forte pour retenir une atmosphère et un océan, le Soleil est suffisamment proche pour y entretenir une température de 15°C en moyenne.
Dans ces conditions, les réactions chimiques conduisant à l’urée, au formaldéhyde, à l'acide cyanhydrique et aux acides aminés peuvent se réaliser.


Document 1.1 - La soupe primitive selon Oparine et Haldane

On rappellera qu’en laboratoire une réaction chimique nécessite trois composantes : des réactifs sous la forme de produits chimiques, un réacteur qui peut être un ballon par exemple, et une source d'énergie, par exemple la flamme d’un bec Bunsen. Or dès l’origine ces trois composantes existaient : le réacteur est le milieu ambiant, en l’occurrence l'atmosphère terrestre, la source d'énergie nous est envoyée par le Soleil (c’est la constante solaire mesurée à 1,367 kW/m à la limite supérieure de l’atmosphère) et les réactifs sont tous les composés chimiques de cette atmosphère.
On rappellera qu’en laboratoire une réaction chimique nécessite trois composantes : des réactifs sous la forme de produits chimiques, un réacteur qui peut être un ballon par exemple, et une source d'énergie, par exemple la flamme d’un bec Bunsen. Or dès l’origine ces trois composantes existaient : le réacteur est le milieu ambiant, en l’occurrence l'atmosphère terrestre, la source d'énergie nous est envoyée par le Soleil (c’est la constante solaire mesurée à 1,367 kW/m à la limite supérieure de l’atmosphère) et les réactifs sont tous les composés chimiques de cette atmosphère.
La clé du système repose sur la présomption de la composition chimique de l'atmosphère terrestre, il y a 5 000.106 années. On sait que le Soleil et son système sont riches en hydrogène (H2), en oxygène (O2), en azote (N2) et en carbone (C). Il est probable que les trois derniers éléments se combinèrent très tôt à l'hydrogène pour former du méthane (CH4), de l’ammoniac (NH3) et de la vapeur d'eau (H2O).
En parallèle, la consolidation de l’écorce terrestre généra du volcanisme qui émettait de l’eau (H2O), du dioxyde de carbone (CO2), et de l’acide sulfhydrique (H2S). La composition de l’atmosphère primitive aurait été très différente de l’actuelle atmosphère (20 % d’O2 et 80 % de N2) avec des gaz comme le méthane (CH4), la vapeur d'eau (H2O), l’ammoniac (NH3), le dioxyde de carbone (CO2) et l’acide sulfhydrique (H2S).Ces gaz constituaient des molécules légères qui flottaient autour de la planète. Mais ils formaient aussi le réacteur contenant les réactifs, qui, sous l’action de l’énergie solaire furent le siège des réactions chimiques qui donnèrent naissance aux premières molécules organiques.
Oparine et Haldane estimaient que les radiations ultraviolettes émises par le soleil sont capables de briser les molécules simples de l'atmosphère primitive.
De cette scission, seraient issus des radicaux chimiques très réactifs pouvant se combiner rapidement et constituer de nouvelles molécules plus grosses, plus complexes et plus lourdes. Ils pensaient aussi que les décharges électriques produites par les orages, que la production des volcans, pouvaient constituer une source d’énergie complémentaire. Quoi qu’il en soit, la vapeur d’eau se condensait dans les nuages où les nouvelles molécules se retrouvaient en solution dans les gouttelettes. À la première pluie, elles tombaient sur le sol et plus précisément dans les océans.
Quelles étaient ces nouvelles molécules ? Il ne pouvait s’agir que de composés C-H-O-N qu’on appelle aussi des composés organiques. Dissous dans l’Océan, ils formaient cette soupe primitive, et ils y constituèrent des vésicules simples qui évoluèrent vers des molécules organiques, lesquelles auraient enfin (et très lentement) donné les premières molécules vivantes, capables de se reproduire à l’identique, ou presque, puisque des défauts de reproductions, ont conduit à la sélection naturelle et à l’évolution.
Mais ni Oparine, ni Haldane, ne passèrent à l’expérimentation. Ceci ne resta qu’un concept, qu’une hypothèse d’école, jusqu’à l’expérience de Stanley Miller au milieu des années 1950.
2°) L’expérience de Stanley Miller : en 1953, il était doctorant à l’Université de Chicago, dans le laboratoire d'Harold Urey, prix Nobel de Chimie en 1934. Il décida alors de reconstituer, en laboratoire, les conditions définies par Oparine et Haldane pour l'apparition des molécules de la vie.
La procédure utilisée par Miller devait éviter tout risque de contamination extérieure, il fallait un milieu parfaitement clos et stérile. Il choisit un système de ballons reliés entre eux et dans lequel on pouvait faire le vide (document 1.2).



Le vide ayant été réalisé afin d’éliminer l’atmosphère actuelle, Miller reconstitua l’atmosphère primitive en introduisant de l’eau stérilisée dans l’un des ballons, et du méthane (CH4), de l’ammoniac (NH3) et de l’hydrogène (H2) dans le reste du système. La flamme d’un bec Bunsen fournit l’énergie (elle joue le rôle du Soleil). Dans un second ballon, deux électrodes reconstituaient les orages dans le mélange vapeur d’eau (H2O), méthane (CH4), ammoniac (NH3) et hydrogène (H2).


Document 1.2 - L’expérience de Stanley Miller en 1953

C’était la reconstitution exacte des conditions primitives décrites par Oparine et Haldane ; et c’est à cet endroit que devaient se créer les molécules organiques. En dessous, un produit réfrigérant était chargé de réaliser la condensation de la vapeur et des molécules en solution (la pluie les amenant dans l’océan primitif). Enfin, ces produits de condensation se déposaient à la base du système (l’océan primitif).
Il restait à analyser les composants de cette « soupe primitive. » C’était là le problème, car il fallait faire cette analyse en dehors de toute contamination extérieure. Miller y parvint, puis d’autres laboratoires reprenant son expérience arrivèrent au même résultat. Miller avait reconstitué de l’urée (CON2H4), du formaldéhyde (H2CO), de l'acide cyanhydrique (HCN) et des acides aminés. On sait que la polymérisation de cinq molécules de formaldéhyde donne une molécule de ribose ou sucre à 5 carbones ; or, c’est une des « briques du vivant. »
On sait aussi que la polymérisation de cinq molécules d’acide cyanhydrique donne de l’adénine, un des nucléotides essentiels à la formation de l'ADN.
Enfin, on sait que la combinaison du formaldéhyde de l’eau et de l’acide cyanhydrique produit les acides aminés qui sont essentiels à la synthèse des protéines et qui conduisent à la formation de glucose. Miller n'a pas synthétisé la vie, il a seulement fabriqué les molécules indispensables à son édification, ce qu’on nomme les « briques de la vie. » Mais il a démontré expérimentalement que ces molécules de base pouvaient avoir pris naissance dans ce qui avait peut-être été le milieu naturel des premiers âges de la Terre. En chimie, les molécules ainsi obtenues sont des monomères que la polymérisation aurait, par la suite, transformés en assemblages prébiotiques. Cependant, les polymérisations exigent un apport énergétique, et ce sont des réactions qui s’opèrent par expulsion d’une molécule d’eau, ce qui est réversible en milieu aqueux (mer, lac, marais). Dans les conditions biochimiques actuelles, l’irréversibilité est assurée par une enzyme. Alors, quelle a été la source d’énergie ? et comment le polymère obtenu a-t-il pu se conserver alors que le milieu était composé d’eau ?
La réponse sur l’origine de l’énergie peut avoir été donnée au cours d’une expérience réalisée au Laboratoire de la Vie de Tokyo . Un coacervat , une vésicule de 2 μm, a été obtenu en mélangeant des acides aminés dans de l’eau et l’azote, à une température de 250°C, sous 130 atmosphères. La vésicule obtenue n’est pas sans rappeler la bactérie solfolobus qui vit en situation anaérobie dans les régions volcaniques.
Quant à la réponse sur l’irréversibilité de la polymérisation, on évoque le rôle de l’argile, en l’absence d’enzymes. Certains protozoaires possèdent une A.R.N. capable de se répliquer sans enzymes. Walter Gilbert estima en 1986, que l’A.R.N. ou Acide ribonucléique, serait la plus ancienne de toutes les macromolécules biologiques et permet de s'affranchir du paradoxe de l'œuf et de la poule , à savoir qui des protéines (catalyseurs) et de l'ADN (information génétique) est apparu en premier. Or, l’argile est composée de molécules ordonnées et cristallisées. En traitant l’argile à l’eau pure, en ajoutant des ions, les feuillets s’associent en feuillets identiques, c’est un modèle de réplication.
C’est en milieu argileux que la polymérisation des acides aminés se serait organisée de façon irréversible et aurait construit les premières molécules informationnelles ou A.R.N. La reproduction des êtres à l’identique était née.
La vie aurait pu apparaître dans les océans, sans oxygène, puisant son énergie dans l’activité volcanique, les molécules vivantes ainsi créées ayant utilisé l’argile pour se dupliquer. On pense évidemment aux écosystèmes qui existent à proximité des sources chaudes ou « fumeurs noirs » des dorsales océaniques. Le processus ne pouvait, par ailleurs, que se réaliser à plus de 10 m de profondeur, limite de pénétration des ultraviolets.




1 Les mortels y trouvent une certaine marge car avec un total de 31,2.1011 années, on s’approche de l’éternité.
Deuxieme chapitre : la vie sur Terre
Nous n'essaierons pas de définir la vie, car, suivant l'expression de Claude Bernard que nous avons citée plus haut : « Ce n'est qu'un mot qui veut dire notre ignorance, c'est un état qu'on ne comprend que par opposition à la mort, on peut la caractériser, mais non la définir. » La seule manière de comprendre la vie est donc de l'étudier dans la totalité de ses manifestations. C’est l’objectif scientifique de la biologie, de l’écologie et de la biogéographie.
La biologie est l'étude des êtres vivants envisagée d’un point de vue général.
Ainsi, le biologiste en étudie les mécanismes qui conditionnent les manifestations, il étudie aussi l'être vivant dans son milieu : en lui-même et en relation avec son milieu. En effet, et n’en déplaise aux créationnistes, les êtres vivants « sont par essence des composés chimiques. »
Dans le soleil, sous leur propre poids, les atomes d’hydrogène se désintègrent en hélium, ce qui dégage une énergie considérable capable de réchauffer la surface des planètes. Chaque planète est constituée par tous les éléments chimiques dont quatre nous intéressent ici : l’hydrogène (H2), l’oxygène (O2), l’azote (N2) et le carbone (C). Si la pesanteur est suffisante pour retenir une couverture gazeuse au-dessus du sol et si la température permet à l’eau (H2O) d’être liquide, il se constitue une atmosphère et un océan.
Des réactions chimiques très complexes vont alors se réaliser dans l’océan, avec production d’urée (CON2H4), de formaldéhyde (H2CO), d'acide cyanhydrique (HCN), de bases et d’acides aminés (AA). Ce n’est pas la vie, mais ce sont les briques du vivant, des matériaux que Stanley Miller et Harold Urey reconstituèrent dans une expérience célèbre de 1953. Ils n’ont pas reconstitué la vie, mais fabriqué les éléments fondamentaux de la matière vivante car à partir de ces composés de l’hydrogène, de l’oxygène, de l’azote et du carbone, la nature a su fabriquer de la matière vivante : les glucides (H-C-O) et les protéines (H-C-N). La vie serait donc née d’une réaction chimique réalisée dans des conditions favorables, dont les principales sont la présence d'eau, d'oxygène et de températures > O°C.
Mais la vie ne se limita pas à une structure physico-chimique, les molécules de matière organique s’organisent de manière à constituer ce qu’on pourrait nommer l’unité primordiale du vivant, la cellule.
Tous les êtres vivants, y compris les végétaux, se composent d'une ou de plusieurs cellules qui constituent leur unité anatomique.
La cellule est un ensemble complexe divisé en trois parties essentielles : le protoplasme, le noyau et la membrane cytoplasmique. Le protoplasme est la substance vivante et organisée, cantonnée à l'intérieur de la cellule et délimitée par la membrane cytoplasmique.




D’une épaisseur de 7,5.10-6 m, celle-ci sépare l’intérieur de la cellule du milieu extracellulaire ; mais elle maintient des échanges avec celui-ci, ce qui assure le renouvellement des molécules du protoplasme. Enfin, le noyau est le « centre de gestion et de régulation » qui permet à la cellule de fonctionner.
Les biologistes en tirent une série de particularités de la vie. Tous les êtres vivants sont unicellulaires ou pluricellulaires.
La première est la reproduction. Animaux et végétaux proviennent toujours d'une cellule génératrice (spore, gamète, oeuf) qui s'est ensuite divisée : c'est la caryocinèse. Ensuite, tout être vivant se développe, c'est-à-dire passe au cours de sa vie par une série de phases : naissance, croissance, maturité, reproduction, décrépitude, mort. Les cellules génératrices qui se transmettent d'un être à un autre échappent seules à la mort et jouissent d'une sorte d'immortalité virtuelle.
Mais la croissance et l'usure des organismes exigent qu'ils se nourrissent.
La nutrition consiste pour eux à entretenir la vie en se procurant de la matière et de l'énergie dans le milieu ambiant. Elle comporte un grand nombre de processus : digestion, absorption, circulation, respiration. Le résultat ultime de la nutrition est l'assimilation grâce à laquelle un être vivant transforme en substance semblable à la sienne (ad similis) les aliments qu'il a incorporés.
Enfin, une autre originalité du monde vivant est l'irritabilité. Malgré leur fixité apparente, les végétaux partagent avec les animaux la double propriété d'être irritables (excitables) et de répondre aux excitations par un mouvement.
Cette fonction d’irritabilité se transforme, chez la plupart des animaux, en possibilité de se déplacer, c’est la mobilité.
L' écologie poursuit l’œuvre de la biologie, car elle étudie et analyse les interactions qui peuvent déterminer distribution et abondance des êtres vivants.
C’est en 1866 que le biologiste allemand Ernst Haeckel inventa ce mot dans son ouvrage : « Morphologie générale des organismes. » Il y définissait l’écologie en ces termes : « (...) la science des relations des organismes avec le monde environnant, c'est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d'existence. »
Cette discipline étudie, plus précisément, les relations des êtres vivants avec le monde extérieur inerte comme avec les autres êtres vivants.
Pour cette tâche, Tansley inventa une expression nouvelle, c’est l’écosystème qui rassemble deux entités : une communauté biotique ou biotope et son environnement abiotique ou biocénose. La tâche des écologues est d’analyser les flux d'énergie et de matière circulant dans un écosystème.
L’écologie reste une discipline des sciences biologiques. Celles-ci s’organisent successivement en biologie moléculaire, puis biologie cellulaire, étude des organismes, étude des populations, étude des communautés, étude des écosystèmes.




Le domaine de l'écologie concerne plus précisément cette étude des communautés ou écosystèmes, car elle étudie les relations des biocénoses avec leurs biotopes, des biocénoses entre elles et des conséquences des modifications subies par les biotopes et/ou les biocénoses.
Ainsi l'écophysiologie étudie les relations entre un processus physiologique et les facteurs environnementaux ; l'autécologie étudie les relations entre un type d'organisme et son biotope ; la démo-écologie étudie les relations entre une population d'individus d'une même espèce et son habitat ; la synécologie étudie les relations entre une communauté d'individus d'espèces différentes et l'environnement ; l'écologie globale oeuvre à l'échelle de la biosphère ou ensemble des milieux occupés par des êtres vivants.
On comprendra que l'écologie se relie à d’autres disciplines scientifiques que la biologie. Du fait de l’importance du biotope, elle a recours aux méthodes de la géologie, de la pédologie (l'étude des sols), de la climatologie, et de la géographie physique.
La biogéographie étudie, décrit et cartographie la répartition de la vie et des communautés d'êtres vivants sur notre planète.
Elle est très ancienne, car elle naquit des descriptions des explorations scientifiques des XVIIIe et XIXe siècles, dont les voyages d’Alexander von Humboldt et de Charles Darwin, pour ne citer que les plus connus. Ils avaient remarqué que, selon les lieux, les associations végétales donnaient des paysages différents qu’on appela des « formations végétales » (forêts, prairies, savanes).
Aujourd’hui on remplacé ce terme par l’expression de « biomes » qui prend en compte la dimension animale. Il est vrai que ces formations sont le fruit de l’interaction entre l'atmosphère (climatologie), l'hydrosphère (hydrologie), la lithosphère (géologie et pédologie) et le monde du vivant (biologie et écologie).
À la suite du géographe Pierre Birot, on décrivit la répartition des êtres vivants dans une « Terre vierge de toute influence anthropique » , ce qui avait conduit au concept de « climax » ou « état final d'une succession écologique et état le plus stable dans les conditions abiotiques existantes . » Mais ce concept est remis en cause ; en Europe, les forêts actuelles ne sont pas compréhensibles si l’on ne tient pas compte des héritages de la reconquête glaciaire. Puis ces forêts ont subi des siècles de pratiques agricoles avec dégradation des sols ; Gérard Houzard a montré que les sols de la forêt d'Andenne sont très dégradés et que les « formations actuelles » n’ont plus rien de commun avec la définition d’un climax. Cette approche, qui se développe en France, constitue la biogéographie historique qui fait intervenir les facteurs humains pour décrire des paysages qui résultent de l'action de l'Homme.
Une écologie du paysage tente de concilier ces deux approches.





I - L’organisation du vivant
C’est une question à laquelle nous répondrons au travers de la systématique , parcours incontournable dans la compréhension de l’histoire de la vie et de son organisation. Elle consiste à tenter une classification des êtres vivants en ensembles cohérents, dans lesquels les individus ont les mêmes critères morphologiques, ce qu’on nomme taxons (du grec taxis = mise en ordre). Ces taxons peuvent eux-mêmes constituer des ensembles emboîtés et hiérarchisés.
C’est au Suédois Carl von Linné (1707-1778) qu’on doit le premier système scientifique de classification des êtres vivants à partir de leurs critères morphologiques. Cette méthode restera incontestée jusque dans les années 1950 quand l'entomologiste allemand Willi Hennig proposa de moderniser la systématique en associant les critères génétiques, dont l'analyse des séquences d'ADN. Toutefois, de Linné, on a conservé l’organisation taxinomique du vivant. Le monde vivant est divisé en règnes ; toutefois, ces derniers peuvent, dans certains cas, être subdivisés en sous-règnes. Les règnes (et les sous-règnes) sont divisés en embranchements qui, pour des raisons techniques, peuvent être subdivisés en sous-embranchements. Les embranchements sont subdivisés en classes (voire en sous-classes). Les classes sont subdivisées en ordres. Chez les oiseaux, le perroquet est un grimpeur, le héron est un échassier : la nuance est descriptive. L’homme est un mammifère de l’ordre des primates. Les ordres sont subdivisés en familles. Les familles sont subdivisées en genres. Les genres sont divisés en espèces. Mais l'espèce est l'entité fondamentale des classifications et elle peut se diviser en sous-ensembles dénommés variétés, races, souches ou populations. À titre d’exemple, l'homme relève du règne animal de l’embranchement des vertébrés, de la classe des mammifères, de l'ordre des primates, de la famille des hominidés, du genre homo et de l'espèce humaine. Il est convenu d'exprimer le nom scientifique d'un individu par son genre et son espèce en latin : seul et unique moyen d’obtenir une fixité internationale du vocable. L'homme du XXIe siècle se nomme ainsi Homo Sapiens .
La systématique actuelle aurait tendance à diviser la vie en quatre règnes (mais il existe d’autres définitions).
A - Le règne des procaryotes
C’est à la suite des travaux de Pasteur et de Koch que ces êtres unicellulaires ont pu être identifiés, mais il fallut attendre l’arrivée du microscope électronique, dans les années 1950, pour que soit identifiée leur principale originalité : l’absence de noyau au sein de la cellule. Aussi, les nomme-t-on également monéra , et ils regroupent les virus et les bactéries. Mais ce n’en sont pas moins des êtres vivants qui peuvent se multiplier. Toutefois, la multiplication est asexuée et ne se réalise que par scissiparité, c’est-à-dire par division de la cellule mère en cellules filles.
Ce sont donc des êtres très rustiques, et l’on vient de voir que ce règne serait apparu peu après la formation des premières roches sédimentaires de l’Archéen (4 600 à 2 600 Ma B.P.) il y a plus de 3 500.106 années. Les procaryotes ont colonisé tous les écosystèmes, les sols, les océans, les lacs, les marais, les nappes souterraines, où ils contribueraient jusqu'à 20% du total de la biomasse.
À titre d’exemple, notre peau et l’intérieur de notre intestin fourmille de milliards de bactéries (le plus souvent inoffensives et utiles). Si les procaryotes n’ont guère connu d’évolution depuis, ils sont très diversifiés quant à la localisation de leurs biotopes. Dans ce règne, les protistes constituent encore des êtres unicellulaires, mais la présence d’un noyau les rattache aux eucaryotes. On divise ce règne en trois embranchements.
Les protophytes sont des organismes unicellulaires d’affinité végétale (règne des Plantea ) qui vivent à l’état libre et sont dépourvus d’organes locomoteurs (à l’inverse des protozoaires). Mais leurs cellules possèdent un noyau, ce qui autorise une reproduction sexuée. Mais leur principale originalité est d’être autotrophes. Par photosynthèse, en présence d’énergie lumineuse (d’origine solaire) et d’un pigment, la chlorophylle, ils sont capables de synthétiser de la matière vivante, soit de se nourrir, à partir du dioxyde de carbone atmosphérique ou en solution dans l’eau (CO2). C’est la raison pour laquelle on les dit autotrophes ou capables de se nourrir eux-mêmes. On distingue plusieurs sous-embranchements, dont les Chlorophycées ou algues vertes d’eau douce qui peuvent vivre à l’état libre ou regroupées en colonies parfois filamenteuses et les Chrysophycées ou algues de couleur jaune doré que l'on rencontre généralement en eau douce et dont le lac Léman a connu un développement exceptionnel en 1999.
Les fongiformes d’affinité avec les champignons (règne des Fongi) sont aussi des organismes unicellulaires à noyau. À l’image des précédents, ils sont susceptibles d’une reproduction sexuée, et ils vivent à l’état libre sans organes locomoteurs. À l’inverse, ils sont hétérotrophes et ne peuvent se nourrir qu’aux dépens d’une matière organique préexistante, d’origine animale ou végétale.
S’ils se nourrissent à partir d’un autre être vivant, on les dit alors parasites .
C’est cette hétérotrophie qui amena, au cours du XXe siècle, à les écarter du règne animal tant que végétal, et qui a conduit à la création du règne des Fungi ou Mycètes qui fait du champignon un règne à part, entre les animaux et les végétaux.
Les protozoaires sont d’affinité animale (règne des Animalia). Ils restent unicellulaires, mais leur cellule dispose aussi de la mobilité : vacuoles pulsatiles, cils ou flagelles… Ce qui leur a permis de s’adapter à la plupart des biotopes (certains peuvent également être des parasites et des pathogènes redoutables). Leurs fonctions vitales sont plus développées que celles des bactéries, ainsi leur reproduction peut se réaliser par scissiparité, mais elle est aussi sexuée. Ils se nourrissent par ingestion et ils sont hétérotrophes , c’est-à-dire qu’ils ne peuvent puiser leur alimentation carbonée qu’à partir d’une source organique préexistante (voir ci-dessous les chaînes trophiques). C’est pour cette raison que les protozoaires ont une affinité animale et que les anciennes systématiques les classaient parmi les animaux.
On les répartit en cinq sous-embranchements. Les actinopodes possèdent des pseudopodes rayonnants qui favorisent leur déplacement dans l’eau. Les acanthaires peuplent le plancton océanique, en compagnie des radiolaires au squelette siliceux (à l’origine des roches sédimentaires siliceuses comme les jaspes). Les cnidosporidies sont des parasites. Les infusoaires sont caractérisés par leur grande taille : jusqu'à 300 m pour la paramécie. Les rhizoflagellés regroupent deux classes. Les rhizopodes émettent des pseudopodes locomoteurs et préhensiles avec les amibes, les radiolaires rhizopodes (squelette siliceux) et les foraminifères (squelette calcaire, dont les nummulites qui marquèrent le début de l’ère Tertiaire)). Les zooflagellés portent des organes filiformes et contractiles qui assurent la locomotion. Parmi eux, le Trypanosome - fréquent dans les eaux africaines - engendre la « maladie du sommeil. » Enfin, les sporozoaires , qui ne possèdent pas d'appareil locomoteur, ne peuvent vivre qu’en parasite d’une autre cellule.
B - Le Règne des Fungi ou Mycètes
Il rassemble les champignons. Leur appareil végétatif, ou mycélium, est constitué de filaments fins enchevêtrés, appelés hyphes. Ils rappellent le règne végétal par l’absence de système nerveux, mais ils s’apparentent au règne animal car ils ne peuvent synthétiser de la matière vivante et doivent s’alimenter à partir du carbone d’autres être vivants ou décédés.
1°) Cette absorption peut se faire de quatre manières
Le saprophytisme permet aux champignons d’absorber de la matière organique morte ou en décomposition ; de là leur présence dans les forêts où les feuilles mortes se décomposent en humus. Mais, par cette propriété, ils rendent assimilables par les plantes les éléments minéraux essentiels. On peut dire qu’ils recyclent la matière organique.
Mais ils peuvent vivre en symbiose avec d'autres êtres vivants autotrophes ; comme les lichens qui sont des associations de champignons et d'algues vertes qui les approvisionnent en glucides, produits de leur photosynthèse. La plupart des plantes vertes vivent aussi en symbiose avec les champignons du sol selon le principe de la mycorhize : le mycélium favorise l'absorption des sels organiques par les racines qui lui transferent le glucose qu’elles produisent par photosynthèse.




Par commensalisme , le champignon tire profit de son hôte sans nuire à ce dernier, mais sans lui apporter le moindre avantage.
Avec le parasitisme , le champignon vit alors aux dépens d'un être vivant et par les maux qu’il provoque il peut détruire son hôte. Dans le règne animal, les champignons sont à l’origine de mycoses , dont la teigne, le muguet, certaines pneumonies. Chez les végétaux, ce sont les mildious, les oïdiums, les rouilles.
Leur reproduction est très discrète, tantôt asexuée, tantôt sexuée, au moyen de cellules spéciales, les spores.
2°) La classification actuelle distingue cinq embranchements
Les chytridiomycètes regroupent des espèces aquatiques considérées comme les ancêtres du monde des champignons.
Les zygomycètes , dont les cellules ne sont pas séparées par des cloisons.
Les ascomycètes , dont les spores produites dans des sacs ou asques, à maturité, sont projetés à l'extérieur par ouverture de l'asque.
Les basidiomycètes , dont les spores se développent à l'extrémité de cellules spécialisées ou basides, pour être dispersées par le vent.
Les glomeromycètes , qui ont été séparés des zygomycètes avec lesquels ils furent longtemps classés.
Environ 90 000 espèces de champignons ont été décrites, mais on estime que moins de 10 % des espèces sont connues et identifiées.
C - Le règne des Plantea
C’est le règne végétal : il regroupe des êtres autotrophes pluricellulaires, ceux dont les cellules sont organisées en un tissu capable d’absorber le dioxyde de carbone atmosphérique par photosynthèse, afin de se nourrir et de reconstituer de la matière organique vivante. Mais, à la différence des animaux, ils ne possèdent pas de système nerveux. Pour cette simple présentation, nous nous limiterons aux embranchements. Ce qui importe est la méthode qui s'appuie sur la nature du tissu cellulaire et le mode de reproduction.
Pour simplifier, nous évoquerons le règne végétal à partir de trois embranchements.
1°) Dans l’embranchement des thallophytes , les cellules restent peu spécialisées et forment une association sans vaisseaux pour la répartition des aliments et de l'eau. C’est un « thalle », dont sont issues des plantes très rustiques, les algues, qui ne peuvent se nourrir que dans une ambiance humide, et surtout aquatique dès qu’elles atteignent une grande taille. Mais le thalle possède de la chlorophylle, et la photosynthèse devient possible. On divise l’embranchement des thallophytes en trois ensembles :




Les « algues rouges » ou Rhodophytes sont caractérisées par une composition pigmentaire avec un seul type de chlorophylle (chlorophylle « a »).
Ce sont d’autres pigments, dont les caroténoïdes qui donnent la couleur rouge.
Elles sont pour la plupart marines.
Les « algues brunes » ou Phaeophyceae contiennent les chlorophylles a et c, mais ce sont encore les caroténoïdes, qui donnent la couleur brune. Elles sont aussi presque exclusivement marines, et peuvent atteindre une très grande taille chez les Laminaires.
Les « algues vertes » ou chlorophytes ne contiennent que les chlorophylles a et b, ce qui explique leur couleur dominante. Leur taille varie de quelques microns à plus d'un mètre avec des formes qui peuvent être très diverses. Parmi elles, les Streptophyta, seraient à l'origine des plantes terrestres.
On estime à plus de 25 000 le nombre d’espèces appartenant à l’embranchement des thallophytes.
2°) L'embranchement des bryophytes rassemble les « végétaux » ayant probablement constitué la première forme de colonisation importante du milieu continental au début du Dévonien. En effet, les bryophytes ont conservé bien des caractères des premières plantes ayant colonisé la terre ferme, en l’occurrence celles des charophycées, des algues vertes résistantes à la dessiccation. Toutefois, les Bryophytes restent dépendantes d'une hygrométrie minimale qu’on ne rencontre que dans les milieux humides. On connaît un peu plus de 23 000 espèces de cet embranchement qui se divise en trois classes : Les hépatiques ou Hepaticophyta conservent les caractères les plus primitifs, dont une structure en thalle (6 000 à 9 000 espèces).

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