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L'agriculture sud-coréenne

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Description

Très développée, la Corée du Sud conserve un secteur agricole particulièrement important. Outre son extrême dépendance par rapport à la nature, ce dernier est caractérisé par la taille des surfaces dédiées aux exploitations agricoles et la nécessité de recourir aux échanges internationaux. Dans ce contexte, les producteurs coréens ont-ils les moyens de relever le défi de la mondialisation ? Malgré des importations record, la vigueur de l'industrie agroalimentaire permet de faire progresser les exportations de la Corée du Sud.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2012
Nombre de lectures 42
EAN13 9782296489981
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’agriculture sud-coréenne Face au défi de la mondialisation
Points sur l'Asie
Collection dirigée par Philippe Delalande

Dernières parutions
Tierry GUTHMANN, Précis de politique japonaise, 2011. Yvonne CAPDEVILLE, Dominique LEVESQUE, L a Faculté des Sciences d’Orsay et le Vietnam. De l a solidarité militante à la coopération universitaire (1967 - 2010), 2011. Antoine MALINAS, La lutte des sans-abri au japon , 2011. Claude Helper, La Dénucléarisation de la Corée du Nor d et la Succession de KIM Jong-il, dans le context e géopolitique et de sécurité en Asie-Pacifique , 2010 Mathieu BARATIER, Les Chinois aujourd’hui , 2010 Carla DI MARTINO, Le Pakistan, islam et modernité. L e projet de Benazir Bhutto , 2010. Vincent GREBY, Le nouveau Népal. Le pari d’une utopie , 2010. Raoul Marc JENNAR, Trente ans depuis Pol Pot. L e Cambodge de 1979 à 2009 , 2010. Thierry GUTHMANN, Shintô et politique dans le Japo n contemporain , 2010. Raphaël GUTMANN, Entre castes et classes. Le s communistes indiens face à la politisation des basse s castes , 2010. Changxing ZHAO, L’enseignement non gouvernemental en Chine , 2009. Lionel BAIXAS, Lucie DEJOUHANET, Pierre-Yves TROUILLET, Conflit et rapports sociaux en Asie du Sud , 2009. Maja A. NAZARUK, La prostitution en Asie du Sud-Est , 2009.
Olivier van Ingelgem
L’agriculture sud-coréenne Face au défi de la mondialisation























© L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56979-9
EAN : 9782296569799
LISTE DES ACRONYMES
ET ABRÉVIATIONS
ADR : Agence du Développement Rural ALE : Accords de Libre Échange ANASE : Association des Nations de l'Asie du Sud-Est CEC : Capacité d'échange cationique DD : Droits de Douane FAO : Food and Agriculture Organization FMI : Fonds Monétaire International FNCA : Fédération Nationale des Coopératives Agricoles ha : hectare HACCP: Hazard Analysis Critical Control Point IAA : Industries Agroalimentaires IRRI : International Rice Research Institute SCAIR : Société Coréenne pour l'Agriculture et les Infrastructures Rurales MAF : Ministère de l’Agriculture et de la Forêt ME : milliéquivalent MAAFP : Ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture, de la Forêt et des Pêches OCDE : Organisation de Coopération et de Développement Économiques ODR : Organisation du Développement Rural OMC : Organisation Mondiale du Commerce ONU : Organisation des Nations Unies PAC : Politique Agricole Commune PPM : Partie Par Million R&D : Recherche et Développement UE : Union Européenne UNKRA : United Nations Korean Reconstruction Agency UPOV : Union internationale pour la Protection des Obtentions Végétales USD : United States Dollar Zones urbaines spéciales : Séoul, Busan, Daegu, Incheon, Gwangju, Daejon et Ulsan
10 000 wons = 6,7 euros le 4 janvier 2011 1 USD = 0,75 euros le 4 janvier 2011
INTRODUCTION
La tradition coréenne rappelle dans un proverbe que « l’agriculture est le fondement de la vie humaine » 1 . Cette phrase pleine de bon sens et de poésie, révèle la place capitale du secteur primaire dans le pays du Matin Calme.
La Corée du Sud est de plus en plus réputée pour ses produits industriels de haute technologie : téléphone portable, écran plat, etc. À côté de cette formidable réussite, l’agriculture sud-coréenne est, quant à elle, méconnue. Le soju, le ginseng et le kimchi tentent bien de se construire une réputation internationale mais la route est encore longue. Comparée au secteur primaire sud-américain ou océanien, la production agricole coréenne apparaît en effet soumise à de nombreuses contraintes : géographiques, climatiques, pédologiques, foncières et historiques. La nature et l’histoire semblent avoir peu gâté la Corée du Sud. Les conditions y apparaissent, de prime abord, plus difficiles qu’ailleurs.
Les productions agricoles sud-coréennes sont en outre dominées par le riz. Les différents gouvernements au pouvoir, pour répondre à la demande des paysans, protègent cette spéculation. Les soutiens publics sont de fait importants et constituent l’un des piliers de la politique agricole du pays. Ceci permet le maintien d’une population encore abondante dans les campagnes, tout en assurant l’autosuffisance alimentaire de la nation. La situation estelle pour autant pérenne ?
Face à un monde globalisé où les relations commerciales s’intensifient chaque jour, l’économie coréenne a choisi de s’y adapter rapidement « pali-pali ». Le secteur agricole est-il lui aussi en mesure de relever le triple défi d’une concurrence internationale toujours plus forte, des contraintes naturelles et historiques immuables et d’un consommateur intérieur progressivement plus exigeant ?
Cet ouvrage aborde successivement : le contexte de l’agriculture sud-coréenne, avec une présentation rapide du pays, les caractéristiques de la nature, des aspects politiques et juridiques, ainsi qu’un rappel de l’histoire du secteur, les moyens de production dans ses caractéristiques humaines, matérielles et financières, les principaux traits distinctifs des productions végétales, sylvicoles et animales, les grands chiffres de l’économie agricole.
1 Ahn J.-W. (2005), “Rice farming and strategy to rural development”, Paddy and Water Environment , vol. 3, n°2, p. 73.
PARTIE I : LE CONTEXTE
CHAPITRE 1 : PRÉSENTATION RAPIDE DE LA CORÉE DU SUD
1. LOCALISATION
Le pays du Matin Calme se trouve au nord-est du continent asiatique. Ses principaux voisins sont le Japon, la Chine et la Corée du Nord, au-delà du célèbre 38 e parallèle. De l’autre côté, la Russie est proche.
La Corée du Sud, séparée depuis 1953 du nord du pays, s’étend entre les latitudes 38°36’0" nord (frontière avec la Corée du Nord) et 33°06’7" nord (en dessous de l’île subtropicale de Jeju) et les longitudes 131°52’0" est (l’île de Dokdo) 2 et 124°36’2" ouest (l’île de Baengnyeong) 3 .

Tableau 1. Coordonnées géographiques de la Corée et de la France

Source : MAF (2007), Anonyme (2006)
2.SURFACES
La surface totale est d’environ 10 millions d’hectares 4 . Le pays est divisé en huit régions principales (Gyeonggi, Gangwon, Chungcheong-Nord, Chungcheong-Sud Jeolla-Nord, Jeolla-Sud, Gyeongsang-Nord, Gyeongsang-Sud), auxquelles s’ajoutent la région de l’île subtropicale de Jeju et sept villes-régions (Séoul, Incheon, Daejon, Daegu, Gwangju, Busan et Ulsan). La surface générale de la Corée a très légèrement augmenté ces dernières décennies. Les nouvelles terres ont principalement été gagnées sur la mer.
Les surfaces agricoles représentent cinq millions d’hectares, (soit près de 50 %du pays) dont une majorité de terres qualifiées de « zones agricoles » 5 . Ces dernières correspondent plus ou moins à des forêts, pouvant servir de pâtures. Une grande partie du territoire est en effet difficilement cultivable, les pentes étant supérieures à 15° 6 . Les surfaces agricoles cultivées (terres arables), s’élèvent, quant à elles, à un peu moins de deux millions d’hectares, (soit 18 %de la surface nationale). Elles sont, en outre, globalement en diminution ces dernières années. Elles sont ainsi passées de 2,2 millions d’hectares (ha) en 1976 à 1,8 million ha, en 2006. Le phénomène est dû en majeure partie à la progression du tissu urbain. Enfin, le reste du territoire est composé des zones urbaines, naturelles et d’autres zones.
Tableau 2. Surfaces en Corée du Sud et en France.

Source : MAF (2007), Agreste 7 .

Figure 1. Carte des principales villes de Corée du Sud

(source :
http://d-maps.com/carte.php?lib=coree_du_sud_carte&num_car=14561&lang=fr)
3. POPULATION
La population est évaluée en 2006 à 48 millions de personnes. Elle est en croissance faible avec un taux d’accroissement de 0,33 pour 100 personnes en 2006. La Corée compte par ailleurs un peu plus d’hommes que de femmes, soit 101 hommes pour 100 femmes, en 2006. Le différentiel diminue néanmoins avec le temps. En 2007, la Corée possède une densité de population de 487 habitants/km 2 . Le taux de population urbaine est lui de 82 %.
La population dans le Gyeonggi, en comptant Séoul (la capitale) et Incheon (le grand port du nord), avoisine les 23,5 millions d’habitants, soit 49 %de la population totale.
Tableau 3. Données démographiques en Corée du Sud et en France.

Source : Statistiques coréennes 8 , MAF (2007), Agreste
Durant les années 70, le gouvernement chercha à freiner les migrations rurales vers Séoul. Pour cela il lança plusieurs plans successifs dont le Plan de Développement de la Terre Nationale et le Plan Fondamental pour la Distribution de la Population de la Région Capitale. Parallèlement, le gouvernement essaya progressivement d’améliorer le niveau de vie des campagnes. 9 En particulier, le gouvernement imposa l’installation d’universités 10 en province 11 . Leur absence était l’une des raisons des migrations rurales. En 1977, le gouvernement acheta 1 500 km 2 de terrains pour créer une ceinture verte autour de Séoul. Cette politique entraîna une hausse du prix de la terre et la densification de Séoul 12 . L'échec partiel de cette politique et la densité de la population dans le Gyeonggi 13 ont amené le gouvernement à proposer une nouvelle capitale administrative plus au sud. La proposition est encore à l’état de projet.
4. INDICATEURS ÉCONOMIQUES
La Corée est actuellement un pays industrialisé et développé, membre de l’OMC (depuis 1994) 14 et de l’OCDE (depuis 1996).
Au sortir de la guerre de Corée (1950-1953), le pays était néanmoins pratiquement rasé. Son appareil industriel était détruit et une grande partie des logements également. Ce qui fait dire à Favre : « Toute l’économie est à reconstruire et la majeure partie des matières premières de la péninsule se trouve au nord 15 ». Fabre rappelle également très justement qu’« en 1955, la Corée, comme Taïwan, se situait au même niveau que le Cameroun sur l’échelle du développement. Des projections réalisées en 1961 prévoyaient que les quatre pays en voie de développement les plus dynamiques, au cours des quinze années à venir, seraient l’Inde, la Birmanie, l’Argentine et Hong-Kong 16 ».
Malgré cela, le miracle coréen basé, entre autres, sur une économie tournée vers l’exportation eut lieu. Le pays se développa à partir des années 60. En 2006, la balance commerciale est positive avec un surplus de 16,7 milliards USD 17 . De même, le PIB est de 1 112 milliards USD, toujours en 2006, contre à peine 59 milliards USD en 1976. Le PIB par habitant est passé de 1 653 USD à 23 037 USD pendant la même période.
Comme tout pays développé, la Corée du Sud, a vu la part de l’agriculture dans la production de richesses, passer de près de 41,0 %en 1955 à environ 3,2 %en 2006. Le faible taux de chômage est, quant à lui, toujours pour la même année, de 3,5 % 18 .
Tableau 4. Données économiques pour la Corée du Sud et la France.

Source : www.ocde.org
5. RÉGIME POLITIQUE
Le régime politique en vigueur est une République démocratique. La première constitution, instaurant la République, date du 17 juillet 1948 et a été modifiée neuf fois depuis. La dernière révision date du 29 octobre 1987, (entrée en vigueur le 25 février 1988).
Le président est élu pour un mandat unique de cinq ans. Il possède de larges pouvoirs. Il est ainsi le chef de l’État, du gouvernement, de l’administration, de l’armée, de la diplomatie. Il peut également proposer des lois : (initiative législative). Le président actuel, élu en décembre 2007, est Monsieur Myung-Bak Lee, du parti conservateur.
Le parlement comporte une seule assemblée dont les 299 membres sont élus pour quatre ans. Parmi les 299, 245 membres sont élus au suffrage universel et 54 membres désignés par les partis au scrutin proportionnel 19 . L’Assemblée Nationale possède du reste le pouvoir de destituer, (via une procédure de type « impeachment ») le président par un vote des deux tiers de l’assemblée.
La fête nationale est le 15 août, jour souvenir de la capitulation japonaise et de la fin de la colonisation et du début de l’indépendance.

CHAPITRE 2 : CARACTÉRISTIQUES DE LA NATURE
1. LA GÉOGRAPHIE
Les huit régions de la Corée du Sud correspondent à cinq provinces historiques dont les caractéristiques sont les suivantes :
O Gyeonggi : située au nord-ouest, son seul handicap est sa proximité avec la frontière nord-coréenne. Séoul se trouve en son centre. Elle est depuis plusieurs siècles la région économiquement dynamique, qui profite à plein du rayonnement de la capitale.
O Gangwon : se trouve au nord-est de la Corée du Sud. Assez montagneuse, son agriculture contribue plus faiblement que les autres régions à la production nationale.
O Chungcheong Nord et Sud : elles sont situées au centre du pays, côte ouest. Régions anciennement très riches d’un point de vue agricole, elles profitent de leur proximité avec Séoul pour rester dynamiques.
O Jeolla Nord et Sud : situées au sud-ouest, elles forment la grande zone agricole actuelle. Les deux Jeolla furent longtemps sous-développées, malgré un climat et une topographie favorables.
O Gyeongsang nord et sud : situées au sud-est, le climat y est favorable. La topographie montagneuse domine au nord. Le bord de mer est en revanche plus plat.
Régions économiquement très hétérogènes, avec la partie nord encore très mal desservie et le sud, profitant de Busan (la deuxième ville de Corée et le cinquième port mondial).

Figure 2. Carte des régions de Corée du sud
(source : http://d-maps.com/carte.php?lib=coree_du_sud_carte&num_car=14561&lang=fr)
2. LE CLIMAT
La Corée, à l’est du continent asiatique, connaît un climat tempéré. Ce dernier est marqué par une forte différence entre l’été et l’hiver 20, 21 . Les quatre saisons existent mais une différence, saison humide (avril-septembre) / saison sèche (octobre-mars) s'y ajoute. La saison humide est caractérisée par trois mois (juin-juillet-août) très humides. Les fortes précipitations de cette période représentent près de 60 %du total annuel 22 . La saison humide est accompagnée de vents violents, 23 voire de cyclones 24 . Ce trimestre est un défi pour les agriculteurs, car les fortes pluies dégradent les sols 25 .
Les précipitations très variables sont comprises entre 1 000 et 2 000 mm/an. La Corée souffre souvent de stress hydrique 26 . Les précipitations ont ainsi été quasi nulles en janvier 2007 à Busan, contre 300 mm au mois de juillet suivant.
L’humidité varie, elle aussi, considérablement entre la saison des pluies et la saison sèche. L'humidité de juillet peut s'établir entre 80 et 91 %contre seulement 50 à 60 %le reste de l'année. Elle tomba à 43 %à Busan en janvier 2007 pour remonter à 80 %six mois plus tard.
L’ensoleillement avoisine les 2 000 heures par an. Il se stabilise entre 150 et 190 heures/mois durant toute l’année, hors les mois d’été pour cause de saison des pluies. Busan a connu près de 190h d'ensoleillement en janvier contre 127h en juillet.
Les températures connaissent une amplitude importante entre l’hiver et l’été. Le mois d’août, (le mois le plus chaud) est caractérisé par des températures moyennes de l’air autour de +25°C. À l’inverse, elles sont basses au mois de janvier, principalement dans le nord : entre -2,8°C et +2 ,6°C. Les températures au sol sont plus au moins équivalentes : l’été (autour de +21°C en août) et l’hiver (entre -11°C au nord et -4°C au sud). Ces températures, très froides l’hiver, limitent fortement les cultures : seuls le blé et l’orge peuvent se maintenir naturellement 27 . En 2007, l'hiver fut peu rigoureux à Busan, la température minimale de l'herbe fut de -1°C seulement avant de remonter à +19,8°C au mois de juillet suivant. Le climat, en dehors de l’extrême sud du pays, ne permet pas de cultiver la terre entre octobre et mai 28 .
Tableau 5. Données climatiques pour 5 métropoles régionales en janvier et juillet 2007

Source : Ministry for Food, Agriculture, Forestry and Fisheries (2008)
Avec une moyenne supérieure à 150 000 hectares endommagés (soit 8,9 %de la SAU totale) chaque année, les agriculteurs coréens dépendent fortement des conditions climatiques. Le changement climatique affecte également le pays. Les dégâts causés par les cyclones y sont, sur la période 1992-2002, de plus en plus importants. De 1995 à 2003, les surfaces ravagées sont passées de 140 à 192 milliers d’hectares, soit une hausse de 37,3 %. Ces ravages furent compensés en partie par une forte hausse de 1 626,8 %des aides accordées. Conscient des difficultés rencontrées par les agriculteurs victimes des calamitées climatiques, le gouvernement a depuis longtemps légiféré dans ce domaine pour offrir une indemnisation aux victimes 29 .
Tableau 6. Étendue des calamités climatiques entre 1995 et 2003

Source : Ministry of Agriculture and Forestry (2005)
3. LES SOLS
a) Généralités
Bien que la majorité des terres ait une altitude seulement comprise entre 300 et 1 000 mètres, les surfaces montagneuses représentent environ 73,5 %de la surface totale du pays 30, 31 . Les zones de montagnes se situent principalement à l’est 32 .
En 1954, quelques projets d’extension des terres agricoles existaient sur la mer et sur les massifs montagneux 33 . Cinquante ans plus tard, le constat est sévère : peu de terres ont été gagnées en montagne. Bristol conclut ainsi : « La raideur de leurs versants dépourvus de replats et la médiocrité du sol pauvre en éléments organiques interdisent tout aménagement en gradins » 34 .
Les gneiss granitiques, granites et granites schisteux représentent les deux tiers de la péninsule coréenne (nord et sud). Le reste est composé de grès, principalement sur la côte sud-est et de porphyre, sur la côte sud-ouest 35 .
Tableau 7. Classification des dix principaux groupes de sols de la péninsule coréenne (nord et sud)

Source : Kim M.-S. (1985)
Les sols cultivés sont en général des granitiques, des gneiss, des sols sédimentaires et des dérivés métamorphiques. Quelques sols dans le Gyeonggi et Gangwon sont dérivés du basalte. Ils se situent sur les plaines côtières, les vallées, les bassins intermédiaires ainsi que les terrasses 37 .
La Mission de l’ONU-FAO diagnostiqua en 1959 que la plupart des terres étaient globalement infertiles, acides et faibles en phosphate 38 . Elle précisa cependant que les sols étaient légers en texture, légers à moyens en acidité ainsi que faibles en nutriment et en matière organique. L’enrichissement artificiel apparut alors obligatoire 39 . Les sols furent également jugés faibles et surexploités 40, 41 . Le retour des sous-produits fut proposé dans le rapport de cette Mission, sans encourager pour autant l’élevage 42 .
b ) Caractéristiques des sols des terres arables
D’un point de vue cultural, deux types de sols cohabitent au sein des terres arables : ceux des paddys (rizières de vallée ou de plaine mais aussi terres humides) et ceux de montagne 43, 44 .
Les sols des paddys
Les sols des paddys sont caractérisés par les propriétés physiques suivantes : un horizon superficiel très compact et peu profond qui limite l’enracinement du riz, une lente infiltration par l’eau ainsi qu’une faible teneur en argile. Concernant les propriétés chimiques : la plupart des sols sont très légèrement acides 45 (24 %en dessous du pH 5,4 et 67,2 %entre des pH de 5,5 et 5,9). La teneur en matière organique (MO) est faible avec seulement 11,5 %des sols dans la catégorie supérieure à 3 %de MO .
L’ADR conseillait dans les années 1980 quelques améliorations comme : l’usage de fertilisants chimiques à base de silicate, de terre rouge à base d’argile, un labourage profond ainsi qu’un drainage 46 .
Tableau 8. Propriétés physiques des sols des paddys

Source : Kim M.-S. (1985)
Le pH des sols semble baisser de 5,9 à 5,6, indiquant ainsi une tendance à l’acidification, entre 1976 et 1995. Malgré cela, le taux de matière organique augmente sur la même période.
Tableau 9. Propriétés chimiques des sols des paddys

Source : Kim M.-S. (1985), KIM C.-G. (1998) ; * CEC : capacité d'échange cationique
La dernière classification des sols des paddys est basée sur une gestion plus agronomique : adaptés, texture sableuse, nouvellement mis en valeur et autres 47 . 32,6 % des sols de paddys cultivés ont ainsi été reconnus adaptés pour donner de hauts rendements .
Tableau 10. Classification des sols de paddys selon leur
gestion ou leurs caractéristiques agronomiques

Source : Kim C.-G. (1998)
Pour un certain nombre d’experts et contrairement à ce que les tableaux précédents pourraient laisser supposer, il n’existe pas actuellement de véritable problème de dégradation des sols, même s’il y a ici ou là des soucis d’érosion (entraînant des pertes de matière organique) et d’acidification 48 . La fertilité des sols apparaît naturellement faible 49 .
Les sols de montagne
Les sols de montagne sont eux caractérisés par des propriétés physiques proches de celles des sils de paddys : horizons utiles peu profonds et à la dureté élevée. Les cultures y sont difficiles.
L’ADR conseillait dans les années 80 quelques améliorations comme le labourage plus profond, le paillage, l’application de chaux ainsi que l’augmentation du taux de matières organiques 50 .
Tableau 11. Propriétés physiques des sols de montagne

Source : Kim M.-S. (1985)
Comme pour les sols des paddys, le pH des sols de montagne semble baisser de 5,9 à 5,6 indiquant aussi une tendance à l’acidification, entre 1976 et 1997. Le taux de matière organique a augmenté légèrement sur la même période.
Tableau 12. Propriétés chimiques des sols de montagne

Source : Kim M.-S. (1985), Kim C.-G. (1998), *CEC : capacité d'échange cationique
La dernière classification 51 des sols de montagne, fondée sur une gestion plus agronomique, indique que 41,7 %des sols de montagne cultivés sont reconnus adaptés pour donner de hauts rendements .
Tableau 13. Classification des sols de montagne
cultivés selon leur gestion ou caractéristiques agronomiques

Source : Kim C.-G. (1998)

CHAPITRE 3 : CONTEXTE JURIDIQUE ET POLITIQUE
1. LA QUESTION FONCIÈRE
La moyenne des surfaces des exploitations est de 1,45 ha. Les économies d’échelle sont de fait relativement peu fréquentes. La question foncière est, avec d’autres sujets, l’un des leviers de l’amélioration de la compétitivité de l’agriculture coréenne.
a ) Rappel historique
La principale réforme agraire fut mise en œuvre à partir de mars 1950. Elle mit fin, pour beaucoup, à un régime « féodal » de gestion de la terre. Les locataires devaient auparavant payer entre 50 et 70 %des récoltes au propriétaire 52 . Pourtant dès 1945, les autorités américaines en Corée obligèrent les propriétaires à limiter à 35 %des rendements, le prix du loyer. Le nouveau ministère de l’Agriculture et de la Forêt prépara rapidement, après le départ du gouvernement militaire américain, un nouveau projet de réforme du foncier en trois points principaux :
Principe du propriétaire-exploitant, Maximum 3 chongbos 53 par exploitant, Champ d’application : les terres cultivées, les forêts et les pâtures 54 .
Le législateur avait en revanche exclu du champ d’application les terres nouvellement transformées et celles reçues en héritage. Aucune sanction n’était prévue en cas d’infraction. Le rachat des terres aux propriétaires non-exploitants et la distribution aux nouveaux agriculteurs furent fixés selon une procédure administrative lourde d’achats et de reventes.
Le gouvernement de l’époque voulait libérer les fermiers des contraintes foncières. Le but était de développer le sens des affaires et l’indépendance des agriculteurs grâce à l’accès à la propriété 55 . La réforme a globalement atteint son objectif mais plusieurs points négatifs apparurent :
le morcellement des terres a été amplifié ; les petits agriculteurs, (anciens ouvriers agricoles), ont été lourdement endettés par l‘achat des terres qu’ils louaient auparavant ; la bonne gestion agronomique ne fut plus effectuée par de nouveaux propriétaires aux moyens financiers faibles.
Dès 1965, 28,4 %des foyers agricoles étaient paradoxalement redevenus fermiers. L’exode rural créait une nouvelle catégorie de propriétaires-urbains. Ceci concernait déjà 18 %des terres arables 56 . Au début des années 80, les locations, pourtant interdites, étaient plus fréquentes. Plus d’un tiers soit 36,1 %des foyers agricoles prenaient en location des terres, soit 16,5 %de la surface agricole totale 57 . Les contrats de location étaient à 80 %d’un an, par bail verbal 58 . Enfin, au milieu des années 1990, une enquête, ciblée dans dix villages répartis dans le pays, précisait que 48,5 %des fermes y avaient recours. Le taux passait à 72,7 %pour la catégorie des fermes de plus de trois ha 59 . De manière plus précise et selon le niveau de surface initial, les agriculteurs prenaient plus ou moins en location : le taux variait entre 13 %de leur surface totale pour les « grosses » exploitations et 22 %pour les « petites » exploitations.
À partir des années 80, le débat sur la question foncière surgit. Des points de vue très divergents apparurent dont celui de l’augmentation des surfaces des exploitations face à une stricte application de la loi. Deux camps se firent face :
1) Les partisans de la loi de 1949 et de sa stricte application, en particulier du principe de propriétaireexploitant. Ils accusèrent le gouvernement de chercher à éliminer les exploitations de taille marginale 60 . Ils argumentèrent que la taille de l’exploitation était inversement proportionnelle à la qualité de vie dans les communautés rurales 61 ,
2) Les modernistes qui souhaitaient développer la compétitivité de l’agriculture, via des économies d’échelle et une hausse des surfaces.
Très vite, le débat se concentra sur la question de la surface. Chacun essaya en effet d’estimer la surface optimale pour une exploitation moyenne. Cet optimum varierait de 4,5 à 7,7 ha selon l’équipement et de 4 à 5 ha hors culture du riz 62 . La taille optimale pourrait se situer entre 10 et 16,4 ha 63 . Concernant une exploitation rizicole, ce serait entre 5 et 10 ha 64 . Une surface de 8 hectares serait nécessaire pour être compétitive au niveau international 65 .
Le gouvernement comprit de son côté qu’il fallait augmenter la taille des surfaces des exploitations. Il autorisa en 1986 la location 66 . En 1993, la limite maximale de propriété de terres cultivables fut fixée à 10 hectares dans les zones dites Région de développement agricole (RDA) 67 . En 1999, la limite hors zone RDA passa de 3 à 5 hectares. En 2002, toutes les limites sautèrent 68 .
b) État actuel des lieux
Le choix politique, jusqu’à la réforme de 2002, de maintenir une large population en zones rurales, entraîna mécaniquement une surface moyenne très faible par exploitation. Pour l’instant, l’impact des réformes accomplies est faible. Il n’a pas modifié profondément la taille des exploitations. La moyenne des surfaces des exploitations agricoles est de 1,45 ha . La tendance vers la hausse est continue mais lente. La vitesse poussive de l’agrandissement de la taille moyenne des surfaces serait due à deux raisons principales. Les agriculteurs trouvent plus profitable économiquement de donner en location leurs terres, (les fermages leur servant de compléments de retraite), et préfèrent garder les droits de propriétés des parcelles pour leurs descendants 69 . Les régions Jeolla-Nord et Jeolla-Sud connaissent les surfaces moyennes les plus élevées, avec respectivement 1,82 ha et 1,65 ha par exploitation.

Figure 3. Évolution de la moyenne des surfaces des exploitations agricoles (en ha)
(source : Ministry for Food, Agriculture, Forestry and Fisheries (2008) et Ministry of Agriculture and Forestry (2005))
Entre 1997 et 2007, le nombre d’exploitations dont la surface était inférieure à un demi-hectare a augmenté, passant de 438 000 à 490 000 unités. Dans le même temps, les exploitations de plus de 3 ha sont passées de 70 000 à 86 000 unités. S euls 7 %des exploitations agricoles coréennes ont plus de 3 hectares . Les régions de Gangwon et Jeolla-Nord s’en sortent mieux avec 10 %des exploitations au-dessus des 3 hectares. À l’inverse, le nombre de fermes de taille moyenne, entre 0,5 ha et 3 ha, a diminué. La classe moyenne agricole semble avoir cédé partiellement ses terres afin de conserver un petit reste pour la retraite.

Tableau 14. Répartition des exploitations agricoles
selon leur catégorie de surface en 2007, avec rappel de l'année 1997
(en milliers d'unités)

Source : Ministry for Food, Agriculture, Forestry and Fisheries (2008)
Face au manque de terres agricoles en Corée, certains groupes industriels n’hésitent pas à investir à l’étranger. Daewoo, l’une des grandes entreprises coréennes, a exprimé, pendant un moment, le souhait de louer 1,3 million d’hectares à Madagascar pour 99 ans afin d’y cultiver maïs et palmiers à huile. Hyundai Heavy Industries, constructeur naval, a acquis, quant à lui, plus de deux tiers des parts de Khorol Zerno, entreprise exploitant 10.000 hectares dans le grand-est russe pour 6,5 millions USD 70, 71, 72 .
2. LA POLITIQUE AGRICOLE APRESLA CRISE FINANCIÈRE DE 1997
Les très lourdes conséquences de la crise financière de 1997 furent également ressenties dans le secteur agricole. À cette époque le FMI exigea de très importantes réformes 73 . Devant une telle situation, le gouvernement modifia sa politique agricole afin de protéger les petites et moyennes exploitations, en leur assurant entre autres, des revenus minimum 74 . Dans ce contexte, trois nouveaux défis apparurent 75 : la sécurité de l’approvisionnement à un prix raisonnable, le développement de l’agriculture durable et la hausse du niveau de vie des agriculteurs.
Pour favoriser une bonne compréhension de la politique agricole coréenne, il a été décidé de la présenter à l’image de la Politique Agricole Commune (PAC), en vigueur dans l’Union Européenne.

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