Les grandes heures de l agriculture mondiale
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Description

L'agriculture mondiale est en pleine transformation. Elle est aussi en crise : en Europe l'ouverture des frontières la fragilise, aux Etats-Unis le gouvernement doit sans cesse intervenir, la guerre de l'eau menace les pays arides et l'agriculture africaine est en plein désarroi.
Au total la très grande majorité des agriculteurs du monde a l'impression que l'avenir ne lui réserve que désillusion et souvent misère...

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Publié par
Date de parution 01 avril 2005
Nombre de lectures 254
EAN13 9782336257129
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Au total la très grande majorité des agriculteurs du monde a l'impression que l'avenir ne lui réserve que désillusion et souvent misère...' />

Du même auteur :
Agriculture - Economie de l’agriculture française en Europe : forces et faiblesses. Dunod, Paris (1991)
Les nouveaux territoires de l’agriculture française. Uniéditions, Paris (1993)
Financer l’agriculture : quels systèmes bancaires pour quelles agricultures ? Charles Léopold Mayer, Paris (2001)
Les grandes heures de l'agriculture mondiale
Espoirs, succès et menaces

André Neveu
Biologie, Ecologie, Agronomie
Collection dirigée par Richard Moreau professeur honoraire à l’Université de Paris XII, correspondant national de l’Académie d’Agriculture de France

Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l’avenir des milieux naturels et de l’homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie.
Déjà parus
Philippe PREVOST (Sous la direction de), Agronomes et territoires, 2005.
Claude MONNIER, L’agriculture française en proie à l’écologisme, 2005.
Arnaud MAUL, Approche évolutionniste de la sexualité humaine, 2005.
Laurent HERZ, Dictionnaire des animaux et des civilisations, 2004.
Michel DUPUY, Les cheminements de l’écologie en Europe, 2004.
René MONET, Environnement, l’hypothèque démographique, 2004.
Ignace PITTET, Paysan dans la tourmente. Pour une économie solidaire, 2004.
Ibrahim NAHAL, La désertification dans le monde. Causes – Processus – Conséquences – Lutte , 2004.
Paul CAZAYUS, La mémoire et les oublis, Tome I Psychologie, 2004
Paul CAZAYUS, La mémoire et les oublis, Tome II, Pathologie et psychopathologie, 2004.
PREVOST Philippe, Une terre à cultiver, 2004.
LÉONARD Jean-Pierre, Forêt vivante ou désert boisé, 2004.
DU MESNIL DU BUISSON François, Penser la recherche scientifique : l’exemple de la physiologie animale, 2003.
MERIAUX Suzanne, Science et poésie. Deux voies de la connaissance, 2003.
LE GAL René, Pour comprendre la génétique. La mouche dans les petits pois, 2003.
ROQUES Nathalie, Dormir avec son bébé, 2003.
BERNARD-WEIL Elie, Stratégies paradoxales en bio-médecine et sciences humaines, 2002.
GUERIN Jean-Louis, Jardin d’alliances pour le XXIè siècle, 2002.
VINCENT Louis-Marie, NIBART Gilles, L’identité du vivant ou une autre logique du vivant, 2002.
HUET Maurice, Quel climat, quelle santé ? , 2002.
ROQUES Nathalie, Au sein du monde. Une observation critique de la conception moderne de l’allaitement maternel en France, 2001.
ROBIN Nicolas, Clônes, avez-vous donc une âme ?, 2001.
BREDIF Hervé, BOUDINOT Pierre, Quelles forêts pour demain ? Eléments de stratégie pour une approche rénovée du développement durable, 2001.
Sommaire toc déplacé
Page de titre Biologie, Ecologie, Agronomie Page de Copyright Avant propos Première partie - Les leçons du passé
1 - Le modèle européen d’exploitation familiale 2 - La passion pour la terre 3 - La croissance exponentielle du progrès technique 4 - L’universel exode rural 5 - La tentation libérale 6 - L’espoir souvent déçu des réformes agraires 7 - L’échec des expériences coloniales 8 - Heurs et malheurs de l’agriculture soviétique 9 - L’agriculture française pendant l’occupation (1940-1944) 10 - L’agriculture et le développement d’un système impérialiste 11 - Les accidents alimentaires dus à l’agriculture
Deuxième partie - Les incertitudes de l’avenir
1 - La longue marche du capitalisme pour la conquête de l’agriculture 2 - Le rôle controversé du crédit bancaire 3 - Y a-t-il une limite à la concentration dans l’élevage ? 4 - Le progrès technique en question 5 - A la recherche de l’eau 6 - La difficile sortie du système collectiviste 7 - Vers une agriculture duale 8 - La paupérisation des paysans du Tiers monde 9 - L’agriculture ne joue plus son rôle de stabilisateur social et écologique 10 - La famine peut-elle encore frapper le monde ? 11 - Une nouvelle localisation de la production agricole au XXI ème siècle
Conclusion Glossaire des sigles
© L’Harmattan, 2005
9782747582094
EAN : 9782747582094
Avant propos
En ce début du XXI ème siècle, l’agriculture mondiale est en pleine transformation. Elle est aussi en crise : ainsi en Europe, l’ouverture même partielle des frontières fragilise les exploitations agricoles, aux Etats-Unis, le gouvernement doit sans cesse intervenir en faveur des fermiers petits et grands, en Asie la révolution verte produit ses propres limites, la guerre de l’eau menace dans les pays arides et l’agriculture africaine est en plein désarroi.
Contre toute logique, la spécificité de l’activité agricole est aussi de plus en plus contestée : la majorité des économistes et les principaux dirigeants du monde sont en effet convaincus qu’il faut le plus vite possible faire entrer le secteur agricole dans le moule commun, celui de la déréglementation, de la liberté de produire et de vendre et, bien sûr, celui de la libre concurrence.
Pourtant, les différences entre les agricultures du monde s’accroissent plus qu’elles ne se résorbent. Les inévitables diversités de conditions naturelles, les écarts entre les structures de production et de transformation, les degrés d’équipement des entreprises et de formation des hommes, génèrent des niveaux de productivité et de coûts de production extrêmement différents d’un pays à l’autre.
Enfin la plupart des gouvernements négligent systématiquement les menaces lointaines ou imprécises, qu’il s’agisse des changements climatiques dus à l’effet de serre, de la dégradation des sols cultivés, de l’insuffisance des ressources en eau ou des risques d’épidémie dans les cheptels.

Dans la première partie de cet ouvrage, nous allons chercher à appréhender cette réalité de la diversité des situations dans l’agriculture à la lumière des faits passés. Car l’histoire de l’agriculture est riche d’enseignements que ceux qui ont en charge la politique agricole ont tendance à oublier ou à rejeter en considérant qu’ils ne correspondent pas ou plus au contexte actuel. Pourtant nombre de difficultés d’aujourd’hui ont leur source dans le passé ou peuvent s’expliquer à la lumière des faits passés.

La seconde partie traite justement des principaux problèmes économiques auxquels les agriculteurs sont aujourd’hui confrontés. Car leurs efforts pour accroître sans cesse leur production sont bien mal récompensés. Ils sont conscients que leur situation dans un monde où règne la concurrence est de plus en plus fragile. Les moins entreprenants ou les plus pauvres poursuivent leurs activités comme leurs aïeux l’ont fait, génération après génération, mais leur avenir est fort sombre. D’autres se sont, à plus ou moins grande échelle, efforcés d’introduire le progrès technique dans leurs exploitations. Mais même parmi eux, rares sont ceux qui, tirant un réel profit de leur travail et de leurs investissements, peuvent envisager l’avenir avec sérénité, car les résultats de leurs efforts sont systématiquement accaparés par les secteurs avals de l’agriculture.

Au total, la très grande majorité des agriculteurs du monde a l’impression que l’avenir ne leur réserve que désillusion et souvent misère. Et malheureusement, ce sera le plus souvent la réalité qui les attend.
Première partie
Les leçons du passé
La production agricole a été très longtemps au cœur des préoccupations des hommes.
1
Le modèle européen d’exploitation familiale
Dans la grande diversité des structures d’exploitations et des systèmes de production qui coexistent dans le monde, l’Europe de l’Ouest et du Centre constitue un cas particulier. Des exploitations familiales de taille moyenne y sont apparues au début des temps modernes et s’y sont multipliées au XIX ème siècle. Ces exploitations ont en général permis à une famille d’agriculteurs de vivre dans des conditions relativement satisfaisantes, compte tenu des critères de l’époque considérée. Leur dimension la plus courante a évolué au cours du temps, passant de 8-20 hectares au XIX ème siècle, jusqu’à 50-100 hectares à la fin du XX ème siècle. Bien que de taille relativement modeste, ces exploitations pouvaient rentabiliser des machines agricoles simples et plus généralement mettre en œuvre le progrès technique le plus courant. Enfin le mode de faire-valoir (direct ou fermage) a en partie évité à ces agriculteurs les sujétions vis à vis des propriétaires qui ont longtemps pesé dans de nombreux autres pays.
Les exploitations familiales s’opposaient aussi bien aux latifundia italiennes, espagnoles ou sud américaines, qu’aux micro-exploitations asiatiques, ou encore aux exploitations pratiquant une agriculture temporaire dans l’Afrique sub-saharienne. Seules les fermes nord-américaines présentaient des caractères similaires, notamment le mode de faire-valoir et la prédominance du travail familial. Mais dès leur création, elles en ont différé par leur taille, très supérieure à celle des exploitations familiales européennes. Ces grandes dimensions pour l’époque expliquent l’utilisation très précoce de machines agricoles destinées à suppléer l’absence de main-d’œuvre.
Quelles sont donc les causes qui ont permis l’émergence et la multiplication de ces petites exploitations familiales en Europe ? Pourquoi ce modèle d’agriculture a-t-il connu un tel succès ? Celui-ci peut-il se poursuivre au XXI ème siècle, en Europe ou dans le reste du monde ?

Comment s’est façonnée l’exploitation familiale européenne ?
L’originalité de l’exploitation familiale européenne s’explique par un contexte historique particulier dont a bénéficié cette partie du monde. Ce sont notamment,
l’affaiblissement de l’emprise de la noblesse sur la paysannerie
Dès le Moyen Age dans certaines régions, les paysans commencent à secouer le joug de la dépendance qui les lie à la noblesse. Les corvées sont remplacées par des redevances en nature puis en argent. Les obligations d’utilisation du moulin ou du four banaux disparaissent. En France, les dîmes dues au clergé sont supprimées à la révolution. Libéré de ces servitudes ancestrales les plus prégnantes, l’exploitant familial est devenu maître de son destin.
Dans les régions de montagne (vallées des Alpes ou des Pyrénées, plateaux du Massif Central ou de l’Allemagne, région inhospitalières de la Scandinavie...), l’absence ou l’éloignement du seigneur a aussi favorisé le développement de petites communautés villageoises relativement autonomes et composées d’un grand nombre de petites exploitations.
une paix qui s’impose peu à peu
Le relief compartimenté de l’Europe de l’Ouest et du Centre, ainsi que l’existence de pouvoirs royaux puissants, ont permis de repousser les invasions étrangères qui risquaient de remettre en cause la survie de ces communautés rurales. Ainsi les grandes invasions ne pénètrent plus en Europe après le VI ème siècle, les huns sont définitivement chassés, et les arabes tenus à distance. Les vikings s’installent en Normandie et cessent leurs exactions. Sauf dans les Balkans, les turcs ne dépassent pas les rivages de la mer Méditerranée et, ayant échoué devant Vienne en 1683, ils renoncent à conquérir l’Europe centrale. Il reste les conflits internes à l’Europe. Mais après les guerres de religion et la guerre de trente ans, les ravages se font plus rares. Le monde rural peut vivre le plus souvent dans une tranquillité relative, à la différence de la plupart des autres régions du globe.
Un espace agricole relativement peu densément peuplé Au début du XVIII ème siècle, après les grandes épidémies de peste, les guerres et les famines des siècles précédents, le monde rural européen n’est pas très densément peuplé. Il l’est beaucoup moins en tous cas que les plaines de l’Inde ou de la Chine au climat il est vrai très favorable à l’agriculture.
La taille des exploitations agricoles est certes encore très variable, mais il existe cependant un nombre croissant d’exploitations d’assez bonne dimension économique, donc susceptibles de faire vivre une famille correctement si les terres sont bien cultivées. En outre, les étendues de forêts, landes et friches sont encore importantes et offrent des opportunités pour des agrandissements.
L’industrialisation naissante requiert beaucoup de bras, et l’exode rural débute donc très tôt en Europe, parfois dès la seconde moitié du XVIII ème siècle. Cet exode se généralise au XIX ème siècle. Il permet de desserrer la pression foncière qui étouffe beaucoup d’exploitations. Les éventuels excédents de population ont aussi la possibilité de quitter la vieille Europe, pour aller tenter leur chance dans le nouveau monde où les terres disponibles semblent infinies.
Les diverses catégories d’ouvriers agricoles (y compris lorsqu’ils possèdent une toute petite exploitation d’appoint) sont les premières touchées par l’exode rural. Elles sont suivies par les aides familiaux en surnombre. Cette réduction des excédents de main-d’œuvre sur des exploitations pas trop petites, rend possible et parfois indispensable l’acquisition de quelques machines agricoles simples, comme les charrues brabant, les faucheuses, les tarares ou les batteuses à vapeur.
La disparition des paysans les plus pauvres rend aussi moins nécessaire le maintien en l’état des pâturages communaux peu productifs. Leur partage permet un accroissement significatif des exploitations et une réelle augmentation de la production. Ce phénomène prend certes beaucoup de temps. On peut rappeler qu’il est très précoce en Angleterre où l’on procède aux “ enclosures ” dès le XVII ème siècle, ce qui va permettre d’introduire l’agriculture intensive au siècle suivant.

Les raisons du succès de l’exploitation familiale
L’exploitation familiale européenne a, pendant plus d’un siècle, été considérée comme un facteur de l’équilibre du monde agricole et rural. Ce type d’exploitation possède en effet des spécificités tout à fait intéressantes : – l’exploitation familiale assure le plein emploi de la main-d’ œuvre familiale, à la condition toutefois d’adopter un mode de production suffisamment intensif. D’où le développement de systèmes associant cultures et élevage, céréales et plantes sarclées, prairies permanentes et fourrages artificiels. – L’introduction du progrès technique y est possible avec des conditions de rentabilité acceptables. Après la seconde guerre mondiale, la mise sur le marché de tracteurs à essence de faible puissance, très maniables et relativement bon marché, a permis à beaucoup d’exploitations familiales de se moderniser à peu de frais. C’est dans un deuxième temps, lorsqu’il faudra s’agrandir et s’équiper avec du matériel plus performant que le recours au crédit s’imposera. — Les revenus dégagés assurent des conditions de vie acceptables pour l’agriculteur et sa famille, même lorsque la taille de l’exploitation est relativement réduite 1 . Une partie de la production est auto-consommée. Le reste, vendu sur les marchés locaux, sert à payer les impôts et à acheter quelques biens de première nécessité. L’exploitation dispose en général de quelques bois ou haies arborées qui lui fournissent clôtures et chauffage. Une activité complémentaire non agricole est fréquente, au moins en hiver. — Le travail “ en bon père de famille ” maintient la fertilité du sol sans dégâts significatifs vis-à-vis de l’environnement. Le travail est souvent rude mais il est accepté par tous. Dans chaque village, les exploitations familiales paraissent donc solides et leur avenir semble assuré pour longtemps. En outre, les différences entre elles sont relativement réduites. Ce type de société rurale, stable, équilibrée et conservatrice, reçoit le soutien des églises qui voient là l’unité de base d’un système social bien structuré sur lequel le prêtre ou le pasteur peut régner sans difficultés. Les gouvernements eux-mêmes y trouvent une base électorale intéressante, car fidèle et peu tentée par les extrêmes.

L’exploitation familiale européenne a-t-elle un avenir ?
Ce n’est pas sûr. Dans tous les pays de l’Europe de l’Ouest, la disparition des petits agriculteurs se poursuit sans discontinuer depuis un demi-siècle. En France, cette diminution s’effectue au rythme moyen de 2,5 à 3% par an. Les terroirs les plus défavorisés, tels les régions sèches du pourtour méditerranéen ou les hautes vallées des montagnes, sont abandonnés. Mais pour l’essentiel, ces disparitions viennent agrandir les exploitations restantes dont la taille moyenne augmente sans cesse. Les plus grandes se transforment peu à peu en entreprises semi-capitalistes. Leurs responsables gèrent en effet un capital d’exploitation très important dont ils s’efforcent d’obtenir la rentabilité maximum.
Ces grandes exploitations sont bien intégrées dans les systèmes agro-industriels. En revanche, les exploitations familiales qui subsistent encore face à ces entreprises peinent à se renouveler au changement de génération. Le système coopératif avait bien été créé pour leur permettre une meilleur défense commune. Mais les coopératives agricoles grossissent elles aussi, et elles sont conduites à adopter les mêmes méthodes de travail que les entreprises privées.
Il semble donc que l’exploitation familiale de taille moyenne soit destinée à disparaître de l’Europe du XXI ème siècle. Peut-on imaginer qu’une génération d’exploitations familiales émerge dans d’autres pays du monde ? C’est douteux. Prenons l’exemple des PECO et des pays de l’ex URSS. Leurs nouveaux dirigeants n’ont guère fait d’efforts pour créer (ou recréer) des exploitations familiales de bonne dimension sur les ruines des exploitations collectives. Ils ont même plutôt cherché à préserver leurs grandes structures. Certes, ils n’ont pas toujours réussi.
Car dans certains pays comme la Roumanie, la Bulgarie ou l’Albanie, les démembrements sauvages des fermes collectives se sont multipliés. Ils ont donné naissance à un grand nombre de toutes petites exploitations de 1, 2 ou 3 hectares. Ces millions d’exploitations ont-elles vocation à évoluer et à se transformer en véritables petites exploitations familiales ? On peut en douter dans la mesure où la future adhésion de ces pays à l’Union Européenne constituera pour ces exploitations un choc terrible et qui peut leur être fatal. De même, peut-on imaginer qu’une fraction des 16 millions de lopins individuels russes, certes quelque peu agrandis ces dernières années, deviennent de véritables exploitations ? Là encore, l’incertitude est grande.

Conclusion
Au début du XX ème siècle et presque jusque dans les années 1960, la stabilité des sociétés agricoles et rurales européennes semblait assurée pour longtemps. Il est vrai qu’à l’époque, les transformations internes de ces sociétés étaient lentes et peu apparentes. Il n’en a plus été de même au cours du dernier tiers du XX ème siècle. L’exode rural a pris des proportions inédites et inquiétantes, le progrès technique a bousculé le fonctionnement des exploitations agricoles et les communautés villageoises autrefois bien structurées se sont disloquées.
En France, certains professionnels, tel Michel Debatisse, ont cherché à accompagner ces transformations, mais aussi à les maîtriser, voire à les arrêter le moment venu. Leur but était de créer des exploitations agrandies, modernisées et dégagées des contraintes foncières. Sur le plan collectif, l’objectif était de construire une société rurale prospère, solidaire et relativement égalitaire.
Mais le processus une fois lancé et orchestré en France par la JAC et le CNJA, ne s’est pas arrêté en si bon chemin. La concentration des exploitations s’est accélérée, leur spécialisation s’est accentuée et l’intensification des productions n’a plus connu de limite. Or l’équilibre d’une société structurée autour de l’exploitation familiale reposait sur d’autres valeurs : celles de l’entreprise à échelle humaine, de la diversité des productions agricoles et du respect des équilibres naturels.
Tous les pays européens vivent ce même drame et sont dans l’incapacité d’en maîtriser le devenir. Même la Suisse est maintenant contrainte de renoncer à son marché fermé qui protégeait ses petites exploitations. En France, seules conserveront leur chance les moyennes exploitations disposant d’un créneau commercial permettant de bien valoriser des produits de qualité. En Allemagne, plusieurs régions subventionnent les exploitations qui assurent le maintien d’une densité minimum de population et la protection des paysages. Dans les pays méditerranéens, de nombreuses petites exploitations survivent encore grâce à la poly-activité. Mais il s’agit là des restes d’un passé révolu ou d’îlots de prospérité dus à une rente de situation exceptionnelle. D’ailleurs, en règle générale, la Commission de Bruxelles n’a que faire de ces petites exploitations auxquelles la politique de recherche de la compétitivité ne peut s’appliquer.
Références :
Jean Chombart de Lauwe et François Morvan (1954) Les possibilités de la petite entreprise dans l’agriculture française, SADEP, Paris
Jean Chombart de Lauwe et Jean Poitevin (1957) Gestion des exploitations agricoles, Dunod, Paris
Michel Debatisse (1963) La révolution silencieuse, Seuil, Paris
2
La passion pour la terre
Toute production agricole implique la disposition d’une certaine superficie de terre sauf évidemment dans les modernes ateliers d’élevage industriels. Au cours des siècles passés et jusqu’à aujourd’hui, tous les paysans du monde se sont donc efforcés d’accéder à la plus grande surface possible de terre. Ils ont cherché aussi à pérenniser leurs droits à la cultiver sans entrave. Enfin ils ont tenté de réduire le coût de l’accès à la terre. Mais ces objectif ambitieux se heurtent à des intérêts opposés et bien organisés. Pourtant, au cours de l’histoire, de nombreux gouvernements ont été amenés à intervenir en faveur des agriculteurs. Ces interventions n’ont souvent été que ponctuelles. Elles ont pu aussi constituer tout un ensemble législatif modifiant substantiellement les rapports entre les propriétaires et les exploitants, dans le cadre d’une réforme foncière. Enfin, lorsque ces bouleversements sont encore plus profonds parce qu’ils visent à éliminer les propriétaires non exploitants, on peut parler de véritable réforme agraire.

Les modes de faire- valoir
On peut retenir 3 grandes catégories de modes de faire-valoir :
- La propriété collective du sol
Elle trouve son origine dans la communauté primitive, pratiquée par les groupes humains vivant de pêche, de chasse ou de cueillette. Elle s’est parfois maintenue après la sédentarisation de ces populations. Cette pratique subsiste dans les villages africains. Le chef des terres attribue à chaque famille et pour un temps, une parcelle dont la taille est fonction du nombre de personnes qui la composent. Lorsque le sol est épuisé, une autre parcelle leur est attribuée.
En Europe, les anciens communaux étaient une survivance de cette propriété indivise de la terre agricole et forestière. Très importants au moyen âge, ils ont peu à peu fait l’objet d’une appropriation privée au cours des temps modernes. Ces communaux jouaient un rôle essentiel dans l’équilibre économique et social du monde rural. En effet, ils fournissaient aux paysans des terrains de parcours pour leurs animaux domestiques mais aussi du bois ou des litières.
En URSS dès 1921, puis en Chine en 1956-58, la propriété collective du sol a été décrétée. En fait, la terre est devenue propriété de l’Etat qui l’a mise à la disposition des agriculteurs regroupés dans des kolkhozes ou des communes populaires. On était cependant bien loin des petites communautés primitives qui géraient souverainement les terres dont elles disposaient.
- Le faire- valoir indirect
Au Moyen Age, la terre est propriété du seigneur qui y installe ses serfs moyennant tout un ensemble de sujétions comportant des prestations de services (les corvées) et des redevances en nature puis en argent. Mais peu à peu, les paysans se sont affranchis de ces obligations et, au début du XIX ème siècle en Europe occidentale, le fermage et le métayage constituent l’aboutissement de cette évolution.
Le fermage est une redevance fixe payée en nature ou en argent. A l’inverse, le métayage correspond à un partage de la production entre le propriétaire et le métayer dans des proportions définies dans le contrat. En France, le métayage a pratiquement disparu après la seconde guerre mondiale.
- Le faire- valoir direct
L’agriculteur qui est propriétaire de la terre qu’il cultive n’a pas de loyer à payer et il peut vendre son bien comme il l’entend. C’est l’ambition de tous les paysans du monde. Aux Etats-Unis, le concept de propriété privée est même une composante essentielle de la citoyenneté. Et pendant longtemps, l’accès à la propriété privée fut le rêve de tous les émigrants arrivant aux Etats-Unis, en particulier s’ils voulaient devenir agriculteurs.
La propriété du sol permet aussi au paysan de se constituer un patrimoine qui ne sera pas soumis aux aléas de la conjoncture et que, selon toute vraisemblance, il pourra transmettre en l’état à ses héritiers. Mais si ceux-ci sont nombreux, un partage s’imposera, sauf si les règles juridiques en vigueur permettent d’éviter la division des propriétés foncières. Cette crainte explique le maintien dans certains pays tels que l’Allemagne du Nord, du droit d’aînesse, lointaine survivance des pratiques féodales.
Le faire-valoir direct a tout de même un revers. Il conduit à immobiliser d’importants capitaux qui pourraient être mieux utilisés ailleurs, par exemple sous forme d’avances aux cultures ou d’investissements productifs. En effet, le rapport du capital foncier est souvent faible, plus faible en tous cas que celui des autres capitaux investis dans la production agricole et surtout dans les autres activités économiques.

La lutte pour l’accès à la terre.
De tous temps, les agriculteurs se sont efforcés d’agrandir leurs exploitations, soit par achat, soit par location. En effet, l’agrandissement leur est longtemps apparu comme le moyen le plus sûr d’augmenter leurs revenus. A l’inverse, l’intensification apparaissait comme requérant beaucoup d’efforts pour des résultats fort aléatoires.
Plus peut-être que l’augmentation de leurs revenus, c’est souvent l’accroissement du patrimoine qui a été le mobile qui a poussé les agriculteurs à acheter de la terre. Ce fut le cas dans la France rurale du XIX ème siècle et du début du XX ème , période pendant laquelle la passion pour la terre a atteint des sommets étonnants.
La situation s’est modifiée lorsque la mécanisation s’est généralisée dans les années 1950-1960. Les besoins de capitaux et l’accroissement de charges fixes qu’elle a entraînés, ont conduit les agriculteurs à préférer louer des terres supplémentaires plutôt que les acheter et consacrer leurs ressources à l’intensification des productions. Mais la course à l’agrandissement a été tellement forte que le prix du foncier a tout de même fortement grimpé au cours des années 1960-1970. Par la suite, la diminution très rapide du nombre d’exploitations a permis aux agriculteurs de desserrer un peu la pression foncière sans pour autant renoncer à s’agrandir.
En France, l’Etat est aussi intervenu pour faciliter l’achat de terre par les agriculteurs un peu trop à l’étroit sur leur exploitation. La création des SAFER en 1960 visait justement à faciliter et à organiser les installations nouvelles ou les agrandissements qui pouvaient sembler justifiés au regard des critères de rentabilité et dans une moindre mesure d’équité. La réduction des droits de mutation pour les transactions s’effectuant par l’intermédiaire des SAFER avait les mêmes objectifs. Selon les régions et le contexte financier, les SAFER ont joué un rôle plus ou moins significatif dans l’accomplissement de cette mission.

La pérennisation du droit à cultiver le sol
Si les propriétaires exploitants n’ont pas de raison de craindre une expulsion, il n’en est pas de même des fermiers et surtout des métayers. Au fil des siècles, ceux-ci se sont donc efforcés d’obtenir des assurances sur leur maintien sur les terres qu’ils exploitent. Leurs revendications ont pu se concrétiser dans des réformes agraires radicales. Elles ont pu aussi conduire à des avancées législatives successives qui ont peu à peu réduit les droits des propriétaires au profit de ceux des locataires. Ces avancées portent sur la durée des baux, leur montant, leur renouvellement et leur transmission au successeur du fermier en place.
En France, la loi sur le fermage et le métayage de 1945-1946 a constitué un moment fort dans ces avancées. Elle a pratiquement conduit à la disparition du métayage au profit du fermage. Elle a sécurisé les fermiers avec des baux d’une durée minimum de 9 ans renouvelables et transmissibles (sauf si le propriétaire désire exploiter lui même ou installer un enfant). Le montant des fermages a fait également l’objet d’une réglementation stricte et d’un contrôle préfectoral.
Evidemment ces avantages accordés aux fermiers ont leur contrepartie : Ils ont accru la diffusion du système des pas-de-porte que doit payer le nouveau fermier en entrant dans les lieux. Ils ont conduit de nombreux propriétaires à vendre leurs terres dès que l’occasion se présente (par exemple en fin de bail). C’est ainsi que tous les ans, 200000 hectares de terres quittent le patrimoine des propriétaires fonciers non-exploitants et sont rachetés par des agriculteurs actifs. Or c’est une opération qui est à double tranchant : elle libère les agriculteurs de toute forme de sujétion vis à vis du propriétaire et elle leur évite de payer un loyer. Mais elle immobilise du capital et elle accroît le coût des soultes et des frais de succession.

La réduction du poids du capital foncier
Pour les agriculteurs, il est de la plus haute importance de ne pas supporter des charges trop élevées du fait du capital foncier. La solution la plus élégante consiste à faire porter le capital foncier par un non-agriculteur, sans pour autant que celui-ci soit en mesure d’exiger un loyer excessif.

En France, deux solutions ont été utilisées :
La première est celle du fermage familial. Lorsque les parents prennent leur retraite, ils gardent la propriété de la terre et la louent à celui de leurs enfants qui a repris l’exploitation. Ce dernier paie un fermage “ normal ” qui améliore la retraite des parents sans obérer le compte d’exploitation du successeur. Mais cette solution n’est évidemment que temporaire. Au plus tard au décès du dernier parent, il faudra régler le problème de la succession.

La seconde solution passe par la création d’un Groupement Foncier Agricole (GFA). Il s’agit d’une société civile qui sera propriétaire de la terre, à charge pour elle de la louer à l’exploitant en place. Le plus souvent, cette société regroupe parents et enfants, voire petits enfants. La formule est intéressante pour l’exploitant, mais beaucoup moins pour ses cohéritiers. En effet, ceux-ci ne peuvent pas mobiliser leur capital s’ils le désirent, sauf à convaincre leur frère (ou leur sœur) qui est resté sur l’exploitation familiale, de racheter leurs parts au prix du marché.

La création d’un GFA “ investisseur ”, c’est à dire rassemblant des capitaux apportés par des épargnants à la recherche d’un placement de diversification, est encore plus aléatoire. Car les revenus annuels sont faibles et surtout les parts sont extrêmement difficiles à céder. Après un bon départ, cette formule ne trouve plus d’investisseurs, sauf dans le domaine viticole.

Dans d’autres pays, les pratiques sont différentes. Par exemple, dans une partie de l’Europe du Centre et du Nord, le système du droit d’aînesse assure à l’exploitant l’accès au capital foncier avec des soultes réduites, sauf à souhaiter vendre la terre. De ce fait, le marché foncier est pratiquement inexistant ou se réduit à quelques ventes de parcelles.

Dans l’Europe de l’Est et en Russie, l’éparpillement de la propriété du sol après la fin du système collectiviste, et l’absence de marché foncier, permettent aux grandes entreprises héritières des kolkhozes, de conserver la terre en payant des loyers presque symboliques. La Chine et le Vietnam ont pour leur part adopté le système de la mise à disposition des terres à long terme avec possibilité, pour les paysans, de les transmettre à leurs héritiers.

Conclusion
Au cours des siècles passés, les agriculteurs ont dû sans cesse batailler pour se libérer de l’emprise des propriétaires fonciers. Dans de nombreux pays, la législation a peu à peu été modifiée en leur faveur. Dans le même temps, ils ont aussi cherché à agrandir leurs exploitations afin de bénéficier des économies d’échelles et donc ainsi améliorer leurs revenus. Cette course à l’agrandissement se poursuit encore aujourd’hui. Elle n’a pas de fin.
Dans la seconde moitié du XX ème siècle, les agriculteurs ont aussi pris conscience que le capital foncier, s’il était nécessaire au développement de leur activité, représentait une charge fort lourde. D’où des efforts pour s’en dégager ou en faire supporter le poids par d’autres. Différentes solutions ont été expérimentées avec l’appui du législateur. Les transactions ont été organisées, leur coût a été réduit, de nouvelles forme juridiques de portage du foncier ont été proposées.
Mais les résultats obtenus ne sont pas toujours très concluants. En définitive, les pays où le prix de la terre est bas, les transactions faciles et le morcellement réduit, conservent un avantage incontestable sur ceux qui, comme la France, et plus généralement l’Europe occidentale, supportent des contraintes foncières lourdes du fait des survivances du passé et de la persistance de la concurrence entre les agriculteurs, tous désireux de s’agrandir.
Référence :
Michel Dumant (1962) Ce que vaut la terre en France, valeur vénale et valeur locative, Hachette, Paris
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La croissance exponentielle du progrès technique
Le progrès technique est un processus continu. Mais il fut longtemps très lent au point que les intéressés eux-mêmes n’avaient pas conscience des changements passés ou en cours. Le grand agronome Olivier de Serres lui-même, dans son “ théâtre d’agriculture et mesnage des champs ”, recommandait les pratiques agricoles qui lui semblaient utiles à une bonne conduite de son domaine du Pradel. S’il observait le retard considérable qui pénalisait les exploitations du voisinage, il n’a jamais fait mention des évolutions techniques qui s’étaient peu à peu imposées au cours des siècles passés.
Pourtant le Moyen Age fut une période qui connut des changements essentiels pour l’activité agricole. Par exemple, le collier d’épaule pour les chevaux, leur ferrage ou le palonnier ont permis d’améliorer la traction animale. De même l’introduction du moulin à eau puis du moulin à vent ont libéré une main-d’œuvre nombreuse et souvent servile.
Après les lentes transformations des méthodes de travail au Moyen Age, le début des temps modernes marque une première phase d’accélération du progrès technique en agriculture. Encore ce progrès est-il surtout marqué dans l’Europe du Nord qui très tôt a adopté l’assolement triennal et la charrue. En revanche, l’Europe du Sud avec son assolement biennal et le maintien de l’araire, a pris peu à peu un retard bien difficile à rattraper par la suite. Dans le même temps, la découverte de terres nouvelles et la multiplication des voyages au long cours ont permis l’introduction dans nos pays de cultures jusque là inconnues mais promises à un brillant avenir, telles le maïs, la pomme de terre ou la tomate. La diffusion de ces nouvelles cultures fut certes longue et laborieuse. Mais elles ont progressivement permis une réelle amélioration de l’alimentation humaine. Elles ont aussi quelque peu bousculé les habitudes de travail dans les campagnes et ainsi favorisé l’introduction des innovations ultérieures.

Nous allons essayer de montrer ici comment s’est effectué ce processus du progrès technique et notamment quel rôle ont joué les différents acteurs pour en faciliter la mise en œuvre.

Progrès technique et accélération de l’histoire
Même si les Flandres ont dès la fin du Moyen Age procédé à une intensification de leur production agricole, il est habituel de mettre en avant le phénomène des enclosures qu’a connu l’Angleterre au XVII ème siècle. La généralisation de la clôture des parcelles et l’appropriation privée des communaux ont conduit à la disparition de la pratique de la vaine pâture, au remplacement de la jachère par des cultures fourragères ou des plantes sarclées et au développement de l’élevage dans les exploitations de grandes cultures. Profitant d’un apport plus important d’engrais naturel, les rendements et la production agricole ont augmenté sensiblement, rendant possible le démarrage de l’industrie anglaise dès le début du XVIII ème siècle. Certes, ces changement ont été réalisés à l’initiative des grands propriétaires auxquels ils ont largement profité. A l’inverse, les paysans pauvres ont été gravement pénalisés par la disparition des communaux et par l’interdiction de la vaine pâture. Ils ont été contraints de s’embaucher comme ouvriers agricoles ou de quitter la terre pour aller travailler dans l’industrie naissante.

La deuxième phase débute au début du XIX ème siècle et touche rapidement toute l’Europe du Nord-Ouest. Elle porte d’abord sur l’introduction de matériels simples mais bien utiles pour améliorer la productivité du travail. La charrue brabant, la faucheuse puis la faucheuse lieuse, le semoir mécanique et le râteau faneur et surtout la batteuse à vapeur sont peu à peu devenus d’usage courant dans les exploitations agricoles européennes. Parallèlement les fumures s’améliorent avec l’apparition des engrais chimiques tandis que les amendement profitent de l’extension des chemins de fer. Le progrès génétique s’appuie sur des méthodes scientifiques, notamment avec les travaux de Vilmorin. Enfin une première génération d’industries agroalimentaires se met en place.

Avant la seconde guerre mondiale en Amérique, mais seulement après celle-ci en Europe, la généralisation de la traction mécanique dans les exploitations constitue une formidable incitation an changement. Pour utiliser dans les meilleures conditions des engins de traction toujours plus puissants, les agriculteur doivent dans l’urgence remplacer leurs outils traditionnels par du matériel mieux adapté. Ils doivent aussi agrandir leurs exploitations, simplifier leur système de production et l’intensifier. De plus, l’augmentation des quantités produites dans chaque exploitation les rend de plus en plus dépendants des marchés agricoles alors que la baisse tendancielle des prix ne leur permet pas de profiter des gains de productivité nés de l’introduction du progrès technique dans leur exploitation.

Quels ont été les principaux acteurs du progrès technique ?
Les états ont à coup sûr joué un rôle essentiel, au moins dans la dernière période. Car jusqu’au milieu du XIX ème siècle, celui-ci est resté assez mince. On cite bien Henri IV qui a favorisé la culture du mûrier et l’élevage des vers à soie, les efforts de Parmentier pour convaincre Louis XVI d’encourager l’utilisation des pommes de terre, la volonté de Napoléon 1 er de substituer la betterave à sucre à la canne ou de développer la production de moutons mérinos en France.
En fait, les gouvernements sont d’abord intervenus pour créer un environnement politique et commercial propre à faciliter l’émergence d’une agriculture plus productive. C’est dans ce sens qu’il faut interpréter les nombreuses tentatives pour instituer le libre échange dans le commerce des grains ou pour favoriser la multiplication des voies de communication par terre, eau ou fer au cours des deux ou trois derniers siècles. De même dans les colonies, la pratique de l’esclavage et l’institution du pacte colonial ont permis l’extension des cultures de canne à sucre, de café ou de tabac dont les métropoles étaient très friandes. Certes, les planteurs appliquaient les meilleures pratiques agricoles à une époque où les agricultures métropolitaines n’évoluaient encore que très lentement, au moins en France. Mais l’esclavage restait par nature source de conservatisme et non de progrès.
C’est sans doute dans l’encouragement au développement de la race chevaline que les interventions publiques ont été les plus directes. Non pas que les gouvernements se soient beaucoup préoccupés de la traction animale pourtant longtemps indispensable à l’activité agricole. Mais ils souhaitaient disposer de chevaux de qualité en nombre suffisant pour la guerre, la chasse et le service de la poste. C’est pourquoi en France, dès le XVIII ème siècle une école vétérinaire et des haras nationaux ont été créés bien avant les premières écoles d’agriculture (l’école de Grignon date de 1829 et l’Institut National Agronomique seulement du second empire).
La frilosité de l’Etat français vis à vis de l’agriculture s’est encore manifestée lorsqu’à la fin du XIX ème siècle, le parlement se saisit du problème de la création d’un système de crédit agricole. Contre l’avis de Jean Jaurès, Méline refuse le couronnement de l’édifice envisagé par une caisse centrale gérée par l’Etat.

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