Et la confiance, bordel ?
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Description


Stress, absentéisme, burn-out, désengagement des cadres : que s'est-il passé dans les entreprises depuis 30 ans ? A la base de tout cela, un déficit de confiance.



Il y a là un enjeu crucial, au-delà même du bien-être de chacun. Car ce manque de confiance nuit dramatiquement à l'efficacité du travail et à la compétitivité des entreprises.



Cet ouvrage explore les racines de ce "mal français" qu'est la défiance, ses différentes déclinaisons dans l'entreprise et ses conséquences concrètes sur son fonctionnement. Surtout, il donne les clés pour penser autrement notre vivre-ensemble, de la transformation du management et du dialogue social à la recherche de projets fédérateurs, de la refondation du système scolaire à l'intégration des nouvelles générations.



Croisant les regards d'une trentaine d'auteurs - sociologues, économistes, psychiatres, dirigeants d'entreprise, DRH, consultants en organisation, avocats, syndicalistes, etc. -, Et la confiance, bordel ? propose un nouveau rapport au travail, un autre mode de fonctionnement qui demande à chacun de faire le pari de la confiance.




  • Moi et moi - Les ressorts de la confiance en soi


    • Plaidoyer pour une refondation de l'école


    • Les ambiguïtés du développement personnel en entreprise




  • Moi et toi - Le manager, premier porteur de la confiance


    • Crise du management : comment en est-on arrivé là ?


    • Que changer dans le management pour restaurer la confiance ?




  • Moi et nous - Dialogue(s) en entreprise : les nouvelles règles du jeu


    • La prolifération des normes, destructrice de confiance ?


    • Crise de la confiance, cride de la communication corporate


    • Quel avenir pour le dialogue social ?


    • Les nouveaux acteurs du dialogue en entreprise : l'exemple des réseaux affinitaires




  • Nous - Construire la confiance de demain


    • Pas d'innovation sans confiance : "On a tellement peur de perdre que l'on a renoncé à gagner"


    • La RSE, nouveau levier de création de la confiance


    • Qu'attendent les nouvelles générations ? Un regard




  • Conclusion - Le pari de la confiance : 10 propositions


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 août 2014
Nombre de lectures 70
EAN13 9782212291056
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0105€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Stress, absentéisme, burn-out, désengagement des cadres : que s’est-il passé dans les entreprises depuis 30 ans ? À la base de tout cela, un déficit de confiance.
Il y a là un enjeu crucial, au-delà même du bien-être de chacun. Car ce manque de confiance nuit dramatiquement à l'efficacité du travail et à la compétitivité des entreprises.
Cet ouvrage explore les racines de ce « mal français » qu'est la défiance, ses différentes déclinaisons dans l'entreprise et ses conséquences concrètes sur son fonctionnement. Surtout, il donne les clés pour penser autrement notre vivre-ensemble, de la transformation du management et du dialogue social à la recherche de projets fédérateurs, de la refondation du système scolaire à l’intégration des nouvelles générations.
Croisant les regards d’une trentaine d’auteurs – sociologues, économistes, psychiatres, dirigeants d’entreprise, DRH, consultants en organisation, avocats, syndicalistes, etc. –, Et la confiance, bordel ? propose un nouveau rapport au travail, un autre mode de fonctionnement qui demande à chacun de faire le pari de la confiance.
L’Institut Montaigne est un think tank indépendant. Sa vocation est d’élaborer des propositions concrètes dans les domaines de l’action publique, de la cohésion sociale, de la compétitivité et des finances publiques.
Financi’Elles est la fédération des réseaux de femmes cadres du secteur de la banque, de la finance et de l’assurance. Créée en 2010, elle regroupe les réseaux de douze entreprises. L’objectif de Financi’Elles est de contribuer à accélérer l’agenda de la mixité et d’améliorer l’accès des femmes aux sommets des organisations du secteur de la finance.
ET LA CONFIANCE , BORDEL ?
Faire le pari de la confiance en entreprise
Groupe Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05
www.editions-eyrolles.com
Dessins : Voutch © Voutch – voutch.com
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2014 ISBN : 978-2-212-55980-4
SOMMAIRE

Introduction – Y a-t-il un « cas » français ?
C LARA G AYMARD
Un lieu – la France au milieu du gué
J EAN -P AUL B ETBÈZE
Un drame – Une société de défiance ?
Y ANN A LGAN , P IERRE C AHUC , A NDRÉ Z YLBERBERG
Partie I > MOI ET MOI
Les ressorts de la confiance en soi
Chapitre 1 Plaidoyer pour une refondation de l’école
F ANNY A NOR , L AURENT B IGORGNE
Chapitre 2 Les ambiguïtés du développement personnel en entreprise
J ACQUES A NTOINE M ALAREWICZ
Partie II > MOI ET TOI
Le manager, premier porteur de la confiance
Chapitre 3 Crise du management : comment en est-on arrivé là ?
F RANÇOIS D UPUY
Chapitre 4 Que changer dans le management pour restaurer la confiance ?
S YLVIE W AHL , E WA B RANDT , O DILE D ESFORGES , Y ANN A LGAN , J ULIETTE D ECOUX , H ERVÉ B ORENSZTEJN , S YLVIE G LEISES
Partie III > MOI ET NOUS
Dialogue(s) en entreprise : les nouvelles règles du jeu
Chapitre 5 La prolifération des normes, destructrice de confiance ?
E MMANUELLE B ARBARA , M ARIE -H ÉLÈNE B ENSADOU
Chapitre 6 Crise de la confiance, crise de la communication corporate
V INCENT B OCART , E DOUARD -M ALO H ENRY , J EAN K ASPAR , V ALÉRIE M ENU
Chapitre 7 Quel avenir pour le dialogue social ?
D ELPHINE E RNOTTE -C UNCI , C LARA G AYMARD , J EAN K ASPAR
Chapitre 8 Les nouveaux acteurs du dialogue en entreprise : l’exemple des réseaux affinitaires
M ARIA G IUSEPPINA B RUNA
Partie IV > NOUS
Construire la confiance de demain
Chapitre 9 Pas d’innovation sans confiance : « On a tellement peur de perdre que l’on a renoncé à gagner »
M IGUEL DE F ONTENAY
Chapitre 10 La RSE, nouveau levier de création de la confiance
A RIELLE M ALARD DE R OTHSCHILD
Chapitre 11 Qu’attendent les nouvelles générations ? Un regard
É RIC B ELLION , A DÈLE B OUNINE , C AMILLE D UPUY -O LLÉON , T ANIA K ONICHECKIS , V ANESSA L AMORRE -C ARGILL
Conclusion Le pari de la confiance : 10 propositions
S OPHIE V ERNAY , A LEXIA DE M ONTERNO
Biographies des contributeurs
Index
INTRODUCTION
Y A-T-IL UN « CAS » FRANÇAIS ?
C LARA G AYMARD

Le titre de cet ouvrage fait référence au film éponyme de Patrick Schulmann sorti en 1979 qui évoquait, de façon parfois loufoque (le coureur de jupons s’exprime en vers), les différentes perceptions de l’amour au travers de trois couples, et démontrait que le ciment principal de l’amour est la tendresse.
Et la confiance, bordel ? est un cri du cœur. C’est aussi un cri de colère qui traduit notre profond attachement à notre pays et notre inquiétude sur la situation que nous connaissons aujourd’hui. Jamais nous n’avons autant parlé de confiance, et jamais nous ne l’avons aussi mal vécue ou ressentie. Car la confiance est, en France, une chose bien mal partagée. Et sans confiance, la France n’a pas de croissance, pas de regard vers le futur, pas d’avenir.
La France est un pays aimé, désiré, jalousé, souvent incompris, y compris par nous-mêmes. Nous sommes une puissance économique de premier plan, nous avons des champions mondiaux dans tous les secteurs ; nous possédons des écosystèmes performants dans les activités clés du futur comme les transports, la santé, l’énergie ; nous avons des personnels bien formés et très productifs ; nous avons, en apparence, l’un des systèmes sociaux les plus protecteurs au monde. Alors, d’où vient que nous n’ayons pas confiance ni en nous-mêmes, ni en notre voisin de bureau, ni en notre entreprise, ni en nos institutions ? Comment expliquer ce qui, dans les différentes étapes de nos vies, sape notre confiance en nous et en les autres, et comment apporter des remèdes concrets ?
Une réflexion centrée sur la vie de l’entreprise
Plutôt que d’accuser en premier lieu notre système public et politique, il nous a semblé indispensable de regarder en face la situation dans nos entreprises. Sommes-nous exempts de critiques ? Savons-nous évaluer, mesurer la confiance de nos salariés, de nos cadres, de nos dirigeants dans nos entreprises ?
Un exemple parmi d’autres nous a douloureusement alertés. Réalisée en 2011 par CSA à la demande de la fédération des réseaux de femmes du secteur de la finance Financi’Elles, une enquête inédite apporte un désaveu sans équivoque aux grands établissements financiers : 59 % des 15 000 femmes françaises interrogées, cadres de huit grands groupes de la finance, déclarent ne pas avoir confiance dans les perspectives de carrière offertes par leur entreprise.
Si ces femmes, qui s’appuient sur des formations de haut niveau, sur la certitude à 90 % d’avoir réussi leur carrière, doutent, alors qu’en est-il des moins bien loties ? Des hommes ? De l’ensemble des collaborateurs ? Est-ce une tendance sectorielle ? De fond ? Une particularité française ? Est-ce rattrapable ? L’absence de confiance en l’avenir engendre une moindre motivation et une inquiétude qui minent la fidélité à l’entreprise. L’entreprise passerait-elle donc à côté d’un engagement qui ne demanderait qu’à se réaliser ? Et si c’est vrai, à quelles conditions ? Avons-nous les bons outils pour restaurer la confiance quand elle est mise à mal ? Qu’avons-nous à dire aux jeunes générations qui interrogent, critiquent, remettent en cause le modèle de l’entreprise ? Saurons-nous construire l’entreprise de demain dans un monde où l’incertitude est devenue une donnée ?
Au moment où nous vivons une transformation majeure de nos codes et de nos habitudes édifiés sur une société organisée, clivée, bâtie sur des processus de production et de consommation nés au lendemain de la guerre, pour entrer dans la société de la connaissance partagée, de l’économie collaborative, de l’interpénétration entre le monde digital et la vieille industrie, il est urgent de restaurer la confiance dans l’entreprise.
La recherche de solutions opérationnelles
Sous le double pilotage de Financi’Elles et de l’Institut Montaigne, un groupe de travail a été constitué qui a rassemblé, pendant plus d’un an, sociologues, économistes, médecin psychiatre, dirigeants d’entreprise, DRH, consultants en organisation, avocats, syndicaliste, avec un double objectif : élaborer ensemble un diagnostic sur la situation actuelle des entreprises ; et produire un ensemble de préconisations opérationnelles pour la mise en œuvre pratique de la confiance.
Sur la forme, comment procéder pour apporter des éclairages et des propositions sans donner de leçons ? Car, si la formule magique existait, nous n’en serions pas là. Nous faisons avant tout le pari que les managers et les directions d’entreprise sont aux prises avec des dimensions qui leur échappent. Il nous faut alors raisonner plus largement, hors du cadre, prendre du recul pour comprendre comment le champ de l’entreprise est traversé de forces extérieures qui pèsent sur le climat, comment ces tendances s’entrelacent dans l’entreprise et la constituent... et, surtout, comment l’entreprise doit volontairement faire face et désactiver la défiance qui, en France, est une part de notre mode de fonctionnement.
Nous sommes partis du postulat qu’à partir d’un ferment d’une société française particulièrement défiante, dont les conséquences traversent les individus et les entreprises, il existe des moyens de contrecarrer cette « fatalité » française. Communication, modèles managériaux, délégation, état d’esprit... sont des matériaux qui font ou défont la confiance. Il existe des entreprises qui ont trouvé quelques leviers, sans doute pas tous... Le groupe de travail s’est employé à en circonscrire les éléments, à enquêter, rassembler les points de vue. Nous avons écouté les témoignages et avons été éclairés par les expériences et les analyses de chacun. Le groupe s’est résolument orienté vers la recherche de solutions opérationnelles. Comprendre les éléments de contexte, la part de l’inné et celle de l’acquis, là où l’entreprise peut reprendre l’initiative sur le sujet, ou bien subir un « patrimoine » français qui lui échappe. Et puis, surtout, nous avons tenté d’identifier là où des entreprises plus vertueuses ont testé, tenté, pratiqué des pistes et réussi leur pari.
Un livre « choral »
Le résultat est un livre « choral » qui alterne chapitres analytiques et chapitres prescriptifs, et où le point de vue de chaque contributeur a été respecté. C’est un parti pris volontaire, qui permet de restituer les prises de position assumées des auteurs, les argumentations fortes, mais aussi des contradictions et des manques : certains sujets touchant à la confiance n’ont pas été traités (la place de l’émotion, la gestion du risque, l’exercice du pouvoir) ; certains acteurs sont absents (les petites entreprises, les associations, les ONG) ; certaines questions restent sans réponse (comment parler de confiance aux plus de 20 % [23,4 % en mars 2014...] des moins de 25 ans de notre pays qui sont au chômage ?).
Nous avons souhaité que l’ouvrage s’adresse aux dirigeants et aux comités de direction des entreprises, aux syndicats, aux réseaux internes, aux managers, aux directeurs des ressources humaines, mais aussi aux collaborateurs et à leurs partenaires. Car c’est l’ensemble des acteurs de la communauté de l’entreprise qui a un nouveau rôle à jouer pour amorcer plus qu’un changement : une refonte profonde du dialogue interne et externe de l’entreprise, de la représentativité ( via une politique de diversité, de mixité ou d’égalité professionnelle) et d’un management respectueux de l’autre.
Nous avons éprouvé un grand plaisir et une vraie satisfaction à travailler ensemble tout au long de l’année. Nous avons appris à nous connaître, à respecter la diversité de nos approches et à conduire ensemble le livre que vous avez entre les mains. Nous nous sommes faits confiance – sans doute le premier pas pour en parler.
La confiance se construit entre deux personnes et dans le temps. Aucun système ni aucun process ne peut s’y substituer. Prendre conscience, agir en conscience, confier les clés de la relation à l’autre sont les éléments fondamentaux d’une confiance retrouvée. Nous souhaitons modestement, au travers de cet ouvrage, y contribuer.
UN LIEU – LA FRANCE AU MILIEU DU GUÉ
J EAN -P AUL B ETBÈZE

C’est maintenant qu’il faut avancer, avoir confiance et se faire confiance. Allons : encore un effort, la France est à mi-chemin de sa mutation. Il faut le lui dire, nous le dire, et l’aider, nous aider à avancer. Car ce milieu du gué, où nous sommes, est celui où les courants sont les plus forts, où l’envie de retourner en arrière est à son comble, alors que la rive qu’on a quittée est devenue dangereuse – et qu’on ne veut pas le reconnaître. Et ce même milieu du gué est celui où se dessine l’autre rive, avec l’autre organisation économique et sociale qui nous permettra de mieux vivre, cette organisation que nous devons aider à créer. Reconnaissons que c’est le moment où la crainte d’avancer, d’innover, d’échanger est la plus forte. Pour franchir cette étape critique qui nous tiraille entre deux peurs, il n’y a qu’un seul mot : confiance. Et avec un seul comportement : confiance en soi, confiance en l’autre, autrement dit écoute et finesse, action et audace, souplesse et obstination.
Personne ne nous attend de l’autre côté de la rive
Nous autres, Français, savons bien que nous ne pouvons plus continuer comme avant, quand nous étions sur l’autre rive. Le PIB mondial, c’est près de trente fois le PIB de la France et il se crée chaque année environ l’équivalent de notre richesse nationale. Notre monde est en expansion : au lieu de dire que notre « part de marché » y diminue irrémédiablement, nous devrions voir, au contraire, qu’elle augmente puisque nous pouvons séduire, convaincre plus que jamais. Mais rien n’est automatique. Personne ne nous attend de l’autre côté de la rive. Voilà des années que ce que nous produisons ne se vend plus aussi facilement : regardons le déficit de notre commerce extérieur. Voilà plus d’années encore que notre organisation publique ne marche plus, avec ses systèmes publics et sociaux qui craquent de toute part, ce qui explique leur déficit croissant.
L’important, c’est de reconnaître que les Français acceptent le diagnostic, à savoir que nous sommes au milieu du gué. La crise, ce n’est pas « les autres », un monde qui ne nous comprend pas, ne nous aime pas ou ne nous convient pas. La crise, c’est la naissance d’un nouveau monde. Ce nouveau monde sera celui où les pays émergents auront plus de place et où, donc, les inégalités de consommation et de richesse se réduiront – ce que nous voulons. Ce nouveau monde sera celui des nouvelles technologies au service de l’information, autrement dit des désirs et, plus profondément, de la démocratie – ce qui nous va très bien.

“ La crise, ce n’est pas « les autres » qui ne nous comprennent pas. C’est la naissance d’un nouveau monde. ”
Nous devons avoir notre place dans ce nouveau monde, mais il ne naît pas « tout armé de la tête de Zeus », comme l’Athéna des Grecs. Il ne nous attend pas. Il ne se fera pas selon nos désirs et nos besoins. Il se fera avec nous, et donc aussi à notre bénéfice, évidemment partiel, si nous nous exprimons, si nous innovons, si nous proposons des idées et des solutions, autrement dit si nous franchissons l’autre partie du gué.
C’est bien pourquoi la confiance est aujourd’hui décisive en France : pour nous décider à avancer, pour décider entre nous des meilleures façons de proposer, de construire, de créer. Confiance en soi, confiance au sein de l’entreprise sont les forces qui nous permettront de réussir : encore faut-il le savoir et le vouloir.
Cet engagement dicte notre démarche : le milieu du gué doit être franchi dans l’entreprise. C’est elle qui intègre les peurs, les tensions, les difficultés, les blocages que nous avons créés – pour nous protéger, du moins c’est ce que nous pensions. C’est chez elle aussi que les ardeurs pour changer sont puissantes, les idées omniprésentes, les réseaux foisonnants. L’entreprise ne demande qu’à être libérée : c’est la communauté des hommes et des femmes qui la composent qui donnera naissance à cette France désinhibée que nous devons créer. C’est notre objectif. C’est l’autre rive.
Une démarche en quatre axes
Nous devons avancer. Avancer d’abord chacun d’entre nous, en renforçant notre confiance en nous-mêmes, en comprenant ces limites qui nous freinent : l’école qui nous isole et qui antagonise, pour connaître le meilleur, mais sans nous faire coopérer ; les parcours de diplômes qui donnent, à l’âge de vingt ans, des marques qui vont en durer quarante ; les barrières et les échecs, vécus comme des fautes, et non comme des moyens d’apprendre, de progresser, d’avancer – en prenant sur soi et en comptant sur l’autre. Avancer ne peut jamais être un acte solitaire. La croissance passe par l’échange, autrement dit par le rapport à l’autre, qu’on ne connaît pas et qui ne nous connaît pas. C’est peut-être l’affrontement de ces deux peurs, sauf si c’est leur dépassement. Échanger, c’est admettre qu’on ne sait pas tout de l’autre, et qu’on ne sait pas non plus tout de soi. Ce sera l’objet de notre première partie : « Moi et moi, ou les ressorts de la confiance en soi. »
Pour passer au-delà de ces deux ignorances, pour comprendre qu’il vaut mieux connaître l’autre et ce qu’il veut faire, il peut s’agir de tester, de mesurer, d’entrer dans des processus d’apprentissage et surtout d’abattre les préventions, d’être plus simple et transparent. Le jeu coopératif, nous disent les experts, est le plus évident et le plus efficace : c’est celui de la confiance, qui se renforce dans le temps et l’échange. C’est bien pourquoi l’entreprise de croissance est une entreprise de confiance. Il faut comprendre, derrière les processus de communication, d’organisation et de prise de décision à soutenir, quels en sont les enjeux en termes d’efficacité, donc de croissance et d’emploi, et les bases en termes de confiance. Ce sera l’enjeu de notre deuxième partie : « Moi et toi, le manager premier porteur de la confiance. »

“ La confiance est le jeu coopératif qui se renforce dans le temps et l’échange. ”
Si l’entreprise devient ainsi un lieu qui expose et gère mieux ses problèmes, en renouvelant son dialogue interne et externe – avec ses clients, ses propriétaires et la société en général –, le rapport aux normes doit être changé. Le rapport au droit, à la règle, doit devenir incitatif et non punitif ; ce n’est plus l’école du soupçon, mais la dynamique des incitations. Ce sera l’objet de notre troisième partie : « Moi et nous, dialogue(s) en entreprise : les nouvelles règles du jeu. »
Évidemment, rien de tout cela n’est simple ni rapide, mais n’oublions pas où nous sommes : au milieu du gué. C’est bien la défiance qui a détérioré notre situation et borne notre futur. C’est bien ce qui se passe ailleurs qui éclaire des horizons. Or, la défiance et la confiance ne sont pas des données de nature ; elles sont profondément culturelles, donc modifiables. Ceci nous conduit à une quatrième partie, le « nous », cette confiance à créer ensemble, pour innover, notamment grâce aux nouvelles générations qui attendent beaucoup de l’entreprise et qui s’engageront si les valeurs de cette dernière sont congruentes avec leur fonctionnement. Pour nous retrouver et nous renforcer – ensemble.


- Laissons tomber, Fergusson.
UN DRAME – UNE SOCIÉTÉ DE DÉFIANCE ?
Y ANN A LGAN , P IERRE C AHUC , A NDRÉ Z YLBERBERG

Il existe un paradoxe français : celui d’un bonheur privé et d’un malheur public. Si les Français se disent relativement satisfaits de leur vie privée, et des solidarités familiales et de proximité, ils expriment, en revanche, une grande défiance envers le reste de la société. Ils se déclarent régulièrement plus pessimistes sur leur destin collectif et leur goût de vivre ensemble que les citoyens des autres pays développés. Comment expliquer un tel pessimisme dans un pays au niveau de vie parmi les plus élevés au monde ?
Les recherches récentes en sciences sociales, en économie ou en médecine sur les causes du bien-être donnent une réponse convaincante et étayée : le bien-être dépend avant tout de la qualité des relations sociales. Or, les Français souffrent d’un profond manque de coopération et de réciprocité. Ils se défient beaucoup plus souvent des autres, mais aussi de leurs institutions, de la justice, du Parlement, des syndicats, ou encore des entreprises, de la concurrence et du marché, que les citoyens de la plupart des autres pays développés. Ils disent également souffrir de relations conflictuelles et hiérarchiques, aussi bien à l’école, dans leur entreprise, que dans leur rapport aux institutions publiques. Cette défiance a un coût économique et humain considérable.
Défiance envers les autres et anomie sociale
Les recherches sur la qualité des relations sociales dans une communauté, ce qui définit son « capital social », s’appuient principalement sur les réponses à la question suivante : « D’une manière générale, peut-on faire confiance à la plupart des gens, ou bien n’est-on jamais assez prudent quand on a affaire aux autres ? » Les réponses ont pour but de mesurer la confiance interpersonnelle dans une société, c’est-à-dire la confiance en dehors du cercle familial et des proches 1 . De ce point de vue, les Français apparaissent particulièrement méfiants, comparés au reste de la planète.
Parmi les 97 pays couverts par les enquêtes du World Values Survey, la France se situe en queue de peloton, très précisément au 58 e rang sur l’échelle de la confiance interpersonnelle 2 . Au sein de l’OCDE, nous avons la plus faible confiance avec le Portugal et la Turquie. En revanche, la Norvège, la Suède et le Danemark affichent une confiance approximativement trois fois supérieure à la nôtre. Notre confiance est également très inférieure à celle des États-Unis, de l’Angleterre, de l’Allemagne, et même de l’Espagne et de l’Italie. Ces enquêtes font, par ailleurs, apparaître que les Français ont une plus grande confiance dans leurs proches et leur famille, exprimant ainsi une solidarité de proximité. Mais c’est la capacité à coopérer avec les autres citoyens et la confiance envers les institutions qui distinguent une société ouverte d’une société repliée sur elle-même 3 .
La grande défiance des Français a été documentée par de nombreux sociologues ou politistes spécialisés dans les comparaisons internationales des « valeurs ». À partir de l’analyse de ces enquêtes, Ronald Inglehart, politologue à l’université du Michigan, directeur du World Values Survey, constate que « les Français et les Italiens se retrouvent, avec une étonnante régularité, au bas de l’échelle en ce qui concerne un syndrome d’attitudes, appelé librement “culture civique ” . Parmi les pays pour lesquels nous avons des données de 1973 à nos jours, la France et l’Italie accusent les plus bas niveaux de satisfaction à l’égard de la vie, du bonheur, de la politique et de la confiance 4 ». Ce constat a aussi été largement étayé par les chercheurs spécialisés dans les valeurs des Français et des Européens, à l’instar de Pierre Bréchon et Jean-François Tchernia 5 . Plus récemment, Olivier Galland a confirmé ces résultats : « Non seulement les Français sont nombreux à ne rien attendre des autres, mais ils adoptent eux-mêmes cette philosophie individualiste pour leur conduite personnelle. Ce comportement semble d’ailleurs logique : si l’on suppose que les autres sont indifférents à votre égard, pourquoi devrait-on tenir compte de leurs opinions ou de leurs actions dans la conduite de sa vie personnelle ? La défiance par indifférence réciproque s’entretient ainsi elle-même 6 . »
Qu’est-ce que la confiance ?
Que signifie exactement « avoir confiance » ? Les personnes qui déclarent faire confiance aux autres sont-elles, en pratique, plus coopératives ? La réponse est oui. Pour en avoir la preuve, il est instructif de repartir de la définition de la confiance proposée par James Coleman, l’un des inventeurs du concept de capital social : « Un individu est confia nt s’il met des ressources à disposition d’une autre partie, en l’absence d’un contrat formel, en espérant en retirer des bénéfices 7 . »
La défiance mesure la peur d’être trahi dans les relations de coopération mutuellement bénéfiques. L’économie expérimentale propose des protocoles qui permettent de mesurer précisément la confiance et la réciprocité en observant le montant des ressources que nous sommes prêts à mettre à disposition des autres 8 . Tel est l’objet du « jeu de confiance ».

“ Un individu est confiant s’il met des ressources à disposition d’une autre partie, en l’absence d’un contrat formel. ”

LE « JEU DE CONFIANCE »
Il s’agit d’une expérience dans laquelle un « envoyeur », doté d’une somme d’argent, peut décider de faire bénéficier un « receveur » de tout ou partie de cette somme. Il peut aussi décider de tout garder pour lui-même. Le montant envoyé est triplé par un arbitre extérieur, puis remis au receveur. Celui-ci rend alors la part qu’il veut à l’envoyeur. Imaginons un envoyeur doté de 10 euros qui décide de transférer la totalité de ses 10 euros. Le receveur reçoit 3x10 = 30 euros. S’il est parfaitement équitable, il gardera 15 euros et retournera 15 euros à l’envoyeur. Tout le monde y gagne. Mais le receveur peut également décider de conserver la totalité des 30 euros. De même, l’envoyeur peut décider de ne pas faire confiance au receveur et de garder ses 10 euros de départ. On mesure la « confiance en autrui » au montant envoyé initialement par l’envoyeur et le « comportement de réciprocité » au montant renvoyé par le receveur. Ce jeu et ses multiples variantes, devenus l’alpha et l’oméga des sciences comportementales, ont été utilisés dans une très grande variété de situations, concernant des étudiants de Harvard, des membres de tribus d’Amazonie, en passant par des acheteurs sur des plateformes de commerce en ligne ou de grands échantillons représentatifs de la population de pays occidentaux 9 .
La confiance déclarée dans les enquêtes internationales reflète donc bien des comportements de coopération. À l’inverse, la défiance exprimée dans ces enquêtes mesure la peur d’être trahi dans les relations de coopération mutuellement bénéfiques. Ces enquêtes posent des questions précises qui ne mesurent pas l’aversion au risque, et encore moins l’esprit critique, qualité essentielle mais absolument déconnectée de la défiance mesurée ici.
Des relations sociales plus conflictuelles qu’ailleurs
Notre défiance s’accompagne de la perception d’une société hiérarchique, marquée par des relations sociales distantes et conflictuelles. Interrogés sur la stratification de leur société, deux Français sur trois la considèrent organisée de façon pyramidale, avec une petite élite au sommet, une petite classe moyenne, et la majorité des citoyens en bas de l’échelle sociale. Parmi les habitants des pays occidentaux interrogés sur cette question, nous sommes les seuls avec les Portugais à avoir une vision si affirmée d’une société hiérarchique. Ce sentiment est beaucoup moins répandu dans les pays nordiques, où les inégalités de revenu sont plus faibles que chez nous, mais aussi en Allemagne et en Espagne où elles sont comparables, et même aux États-Unis où elles sont pourtant plus importantes 10 . Ainsi, au-delà de la perception des inégalités de revenu, les Français ont surtout l’impression de vivre dans une société hiérarchisée selon des statuts. Dans la majorité des autres pays occidentaux, c’est la vision d’une société principalement composée de « classes moyennes » qui prédomine.

“ Sentiment français que la concurrence est déloyale, et les règles systématiquement contournées. ”
La sensation de vivre dans une société hiérarchique s’accompagne du sentiment que la concurrence est déloyale et que les règles sont systématiquement contournées. Ainsi, nous suspectons particulièrement les riches et nos élites de ne respecter aucune règle : 52 % des Français estiment que « de nos jours, on ne peut arriver au sommet sans être corrompu », alors que cette part n’excède pas 20 % auxÉtats-Unis, en Angleterre ou en Norvège. Mais nous ne sommes pas plus cléments envers les « pauvres » : près d’un Français sur deux pense que la plupart des chômeurs ne font pas de véritables efforts pour trouver un emploi, alors que seuls 15 % des Suédois, 18 % des Danois, 30 % des Espagnols, ou encore 35 % des Allemands partagent ce point de vue 11 . Selon cette même enquête, 62 % des Français pensent que « la plupart de leurs concitoyens essayent d’obtenir des services et des allocations auxquels ils ne sont pas éligibles », contre 20 % qui sont d’un avis contraire, et 18 % sans avis tranché sur la question. Parmi les 11 pays de l’Europe de l’Ouest recensés, les Français se classent dans le trio de tête des opinions négatives sur l’utilisation des allocations par leurs concitoyens, avec l’Allemagne et l’Angleterre. En comparaison, seuls 32 % des Danois pensent que leurs concitoyens essayent de bénéficier de façon indue d’allocations, soit quasiment deux fois moins qu’en France.
Le sentiment de ne pas appartenir à une même communauté se manifeste également de façon inquiétante dans la vie professionnelle. Moins d’un Français sur quatre est prêt à travailler davantage que ce qui lui est demandé afin d’aider son entreprise ou son organisation à réussir 12 . C’est, de loin, la proportion la plus faible parmi l’ensemble des quinze pays occidentaux interrogés. En moyenne, dans les autres pays, près de deux personnes sur trois déclarent vouloir travailler plus pour aider l’institution dans laquelle elles sont employées. C’est presque trois fois plus que chez nous ! Pour comprendre ce divorce avec l’entreprise, il faut tenir compte du fort sentiment d’injustice dans la valorisation du travail : plus d’un Français sur deux considère qu’il n’est pas payé correctement, étant donné ses efforts et la qualité de son travail. Parmi les pays occidentaux, les Français sont, avec les Portugais, ceux qui se sentent le moins récompensés des efforts qu’ils fournissent au travail 13 . À ce compte, il n’est pas étonnant que nous affichions le plus haut niveau de conflits entre employés et managers au sein des pays d’Europe de l’Ouest 14 .

“ Sentiment français que la concurrence est déloyale, et les règles systématiquement contournées. ”
Défiance envers les institutions publiques
Nous sommes aussi particulièrement critiques envers la démocratie représentative, nos élus et les partis politiques.

LA DÉFIANCE FRANÇAISE EN CHIFFRES
Selon la European Social Survey, 71 % des Français disent avoir une faible confiance dans le Parlement, contre 58 % en moyenne dans 18 autres pays d’Europe. Le taux de défiance envers le Parlement en France est largement plus élevé que celui manifesté au Danemark (34 %) ou en Finlande (37 %), ou dans des pays d’Europe continentale comme l’Autriche (61 %) ou la Belgique (60 %), mais aussi dans les autres pays d’Europe méditerranéenne comme l’Espagne (58 %) ou l’Italie (60 %). Les Français ne font pas plus confiance aux hommes politiques et aux partis politiques : 82 % d’entre eux déclarent avoir une faible confiance dans les politiciens, et 87 % affirment ne pas faire confiance aux partis politiques.
Près de deux Français sur trois déclarent se méfier de la justice. C’est la défiance la plus élevée parmi les pays d’Europe de l’Ouest, après l’Espagne et le Portugal. Près des deux tiers des Français se déclarent insatisfaits du fonctionnement de leur démocratie 15 et ils sont autant à penser que « les élus et les dirigeants politiques » sont corrompus 16 . C’est surtout la collusion entre les milieux politiques et les milieux d’affaires qui est sanctionnée. Nous n’avons pas non plus une grande confiance dans les syndicats 17 et nous avons une opinion encore plus négative de nos entreprises, et en particulier des banques 18 . La crise financière a pu accentuer la défiance vis-à-vis de certains acteurs de la vie économique, mais il s’agit d’une tendance profonde qui persiste depuis fort longtemps 19 .


- Essaie de rentrer ça une fois pour toutes dans ton petit crâne de clébard borné : je suis un individualiste .
Les causes de la défiance : une société hiérarchique
Les Français expriment bien plus souvent que les citoyens des autres pays développés le sentiment de vivre dans une société hiérarchique qui évince la réciprocité et la coopération. Pour en comprendre les causes, une analyse centrée sur les seules inégalités de revenu est insuffisante. La France est l’un des pays européens où ces inégalités et le taux de pauvreté sont les plus faibles.
Notre défiance résulte d’un cercle vicieux qui nous distingue des autres pays. Le fonctionnement hiérarchique et élitiste de l’école nourrit celui des entreprises et de l’État. Plus qu’ailleurs, notre école est en charge de la seule transmission du savoir, au détriment de l’apprentissage de la coopération. Plus qu’ailleurs, elle classe et trie les élèves. L’école française est l’archétype de l’enseignement vertical 20 . C’est ce que révèlent les enquêtes récentes sur les méthodes pédagogiques dans les pays de l’OCDE. Les élèves sont interrogés sur la fréquence avec laquelle « ils prennent des notes au tableau » ou « travaillent en groupe sur des projets » au cours d’une période de classe. En France, 56 % des élèves déclarent consacrer la totalité de leur temps à prendre des notes au tableau. C’est le taux le plus élevé parmi l’ensemble des pays de l’OCDE avec le Japon. À l’inverse, 72 % des élèves français affirment ne jamais travailler en groupe avec leurs camarades. Naturellement, dans tous les pays, les élèves consacrent du temps à prendre des notes au tableau. Mais la France est le seul pays à présenter un tel déséquilibre dans les pratiques pédagogiques. Les pays nordiques et les pays anglo-saxons sont ceux qui panachent de façon la plus équilibrée travail en groupe et cours magistraux. Leurs élèves déclarent passer au moins la moitié du temps à travailler collectivement. Notre systèmeéducatif, basé sur la transmission du savoir et la sélection, n’inculque pas les compétences sociales indispensables à la coopération.
En conséquence, nos entreprises et les pouvoirs publics s’appuient surtout sur la hiérarchie pour gérer les ressources humaines. L’analyse du fonctionnement des entreprises françaises par Geert Hofstede, qui était psychologue chez IBM, est très révélatrice. Il a collecté plus de cent mille questionnaires sur les attitudes des employés dans près de cinquante pays. Il a élaboré un « indice de distance hiérarchique » ( Power Distance Index ) pour mesurer le pouvoir des employés sur leurs subordonnés. Son indice se fonde sur des questions concernant la crainte des salariés d’être en désaccord avec leurs supérieurs hiérarchiques, l’autocratisme et la volonté des subordonnés d’être associés aux prises de décision.

“ Notre système éducatif n’inculque pas les compétences sociales indispensables à la coopération. ”
Dans son classement, la France a le plus fort indice de distance hiérarchique parmi les pays industrialisés comparables. Dans l’entreprise française, les consignes partent du haut pour descendre tous les échelons sans véritable concertation. L’autonomie des salariés et leurs opportunités de coopération sont limitées plus que partout ailleurs 21 . Les conclusions de Geert Hofstede, fondées sur le fonctionnement d’une seule entreprise, ont été confirmées par l’examen de l’autonomie des managers dans 4 000 entreprises aux États-Unis, en Europe et en Asie 22 . L’autonomie des managers français se situe nettement au-dessous de la moyenne, loin derrière celle des Suédois, des Allemands, des Américains et des Anglais, mais aussi derrière celle des Italiens et des Portugais 23 .
Les conséquences économiques et humaines de la défiance
Notre défiance ne diminue pas seulement notre propension à coopérer. Les personnes moins confiantes sont aussi en moins bonne santé physique et mentale 24 . Elles sont surtout moins heureuses. Ainsi, une personne ayant égaré son portefeuille contenant 150 euros et ses papiers d’identité, et qui pense qu’on ne les lui rapportera pas, se déclare-t-elle nettement moins satisfaite de sa vie en général qu’une personne qui estime qu’elle pourra tout récupérer. John Helliwell et Shun Wang évaluent à deux tiers l’accroissement de revenu nécessaire pour compenser la perte de bien-être associée au fait de penser que personne ne rapportera votre portefeuille et vos papiers 25 . Deux tiers, c’est énorme. Pourtant, ce chiffre est vraisemblable, car l’enjeu n’est pas seulement le portefeuille et son contenu, mais la qualité des relations sociales. Penser que personne ne rapportera votre portefeuille, c’est penser vivre dans un environnement hostile où chacun ne s’intéresse qu’à soi. John Helliwell estime ainsi que la différence des niveaux de bien-être entre le Danemark et la France s’explique principalement par la plus faible confiance interpersonnelle dont font preuve les Français 26 .
Le contraire de la confiance n’est pas seulement la défiance, mais aussi l’angoisse et la terreur existentielle. Les sociétés préindustrielles étaient marquées par des risques mortels, comme la sécheresse ou les épidémies, qui relevaient de la fortuna , de la responsabilité des dieux et non des hommes. C’était donc surtout la foi, et non la confiance, qui importait pour apaiser les angoisses humaines. La société moderne offre une image inversée : la majorité des risques sont perçus comme relevant directement de l’action des hommes et c’est pourquoi nos sociétés modernes sont aussi fortement anxiogènes. De la possibilité de pouvoir faire confiance aux autres, de pouvoir croire en la capacité des autorités publiques à réguler des risques tant économiques (crise financière, fermeture d’entreprises...), environnementaux (Tchernobyl, Fukushima...) que sanitaires (crise de la vache folle, grippe H1N1...), dépend en grande partie notre aptitude à surmonter nos angoisses les plus profondes.

“ Le contraire de la confiance n’est pas seulement la défiance, mais aussi l’angoisse et la terreur existentielle. ”
Mais notre défiance ne se limite pas à produire du stress. Elle constitue aussi un handicap économique considérable. Pressé par ses pairs d’expliquer l’origine de la richesse des nations lorsqu’il reçut le prix Nobel d’économie en 1972, Kenneth Arrow surprit tout le monde en ne mentionnant aucun facteur économique traditionnel tel que le travail ou l’accumulation de capital physique et humain, mais uniquement la confiance : « Virtuellement, tout échange commercial contient une part de confiance, comme toute transaction qui s’inscrit dans la durée. On peut vraisemblablement soutenir qu’une grande part du retard de développement économique d’une société est due à l’absence de confiance réciproque entre ses citoyens 27 . » La confiance facilite grandement les échanges entre les hommes dans des sociétés modernes complexes où il est impossible de stipuler par contrat les moindres détails des engagements des parties. À l’inverse, la défiance agit comme une véritable taxe et entrave le développement des échanges.
L’intuition d’Arrow a été confirmée par une multitude de travaux qui ont mis en lumière la relation entre la confiance et une variété de phénomènes économiques, tels que l’investissement et l’innovation, le développement des échanges entre pays, le choix des actifs financiers, la taille et l’organisation des entreprises, ou encore la croissance. Dans les économies modernes, qui reposent sur les services et l’innovation, les initiatives individuelles et la coopération jouent un rôle primordial. La capacité des entreprises à développer des méthodes de travail horizontales, qui donnent toute leur place à l’initiative et à la responsabilité de chacun, est donc essentielle pour promouvoir la croissance et le bien-être. Aujourd’hui, performance économique et performance sociale vont de pair. L’école a un rôle primordial à jouer pour réenclencher un cercle vertueux en abandonnant la conception hiérarchique des rapports sociaux dès le plus jeune âge, au profit de nouvelles méthodes pédagogiques qui laissent toute leur place aux compétences sociales à côté des compétences cognitives.

1 Sur ce point, voir notamment les travaux de l’un des pères fondateurs de la théorie du capital social, Robert Putnam, Bowling Alone : The Collapse and Revival o f American Community , Simon and Schuster, 2000, ou l’enquête de Yann Algan et Pierre Cahuc, “Trust, Growth and Happiness : New Evidence and Policy implications”, Handbook of Economic Growth, vol. 2A, 2013, et Algan Y., Cahuc P. et Zylberberg A., La Fabrique de la défiance... et comment s’en sortir , Albin Michel, 2012.
2 En 2007, 22 % des Français déclaraient faire confiance aux autres. Ces chiffres sont issus du World Values Survey, qui couvre 97 pays représentant près de 90 % de la population de la planète. Les moyennes sont très stables depuis le début des années 1980. Il n’y a pas de données disponibles avant cette période.
3 Sur la distinction entre « confiance interpersonnelle » et « confiance dans la famille », voir les travaux sur l’amoralisme familial de Banfield ( The Moral Basis of a Backward Society , Free Press, 1958) et sur les liens faibles/liens forts de Coleman ( Foundations of Social Theory , Harvard University Press, 1990).
4 Inglehart R., La Transition culturelle dans les sociétés industrielles avancées , Economica, 1993.
5 Bréchon P., « Confiance à autrui et sociabilité : analyse européenne comparative », Revue internationale et politique comparative , vol. 10, 2003 ; Bréchon P. et Tchernia J.-F., « Les valeurs des Européens. Les tendances de long terme », Futuribles , n° 277, juillet-août 2002.
6 Galland O., « La confiance dans les autres », dans « Les Valeurs des Français », éditeur Pierre Bréchon, PUF, 2008.
7 Coleman J., Foundations of Social Theory , Harvard University Press, 1990.
8 Ibid.
9 Les premières expériences de ce genre ont été menées auprès d’étudiants, voir Glaeser E., Laibson D., Sheickman J. et Soutter C., “Measuring Trust”, The Quarterly Journal of Economics , 2000 ; Anderson L. R., Mellor J. M. et Milyo J., “Social Capital and Contributions in a Public-Goods Experiment”, American Economic Review , 94(2), pp. 373-376, 2004. Par la suite, ces expériences ont été menées auprès d’échantillons représentatifs de la population anglaise (voir Ermish J., Gambetta D., Laurie H., Siedler T. et Uhrig N., “Measuring People’s Trust”, ISER working paper , 2007) et de la population allemande (voir Fehr E., Fischbacher U., Schupp J., Von Rosenbladt B. et Wagner G., “A Nation Wide Laboratory. Examining Trust and Trustworthiness by Integrating Behavioral Experiments into Representative Surveys”, CESifo working paper , n° 866, 2003.
10 Ces résultats sont issus de l’enquête International Social Survey Program de 1999 consacrée aux inégalités.
11 Ces données sont issues de la European Social Survey 2002-2009.
12 Clark A., « Promouvoir la réciprocité dans le travail », dans Askenazy P. et Cohen D., Seize nouvelles questions d’ é conomie contemporaine , Économiques 2, Albin Michel, 2010.
13 Source : International Social Survey Program : “Work orientations”, 2005.
14 Voir Davoine L. et Méda D., « Place et sens du travail en Europe : une singularité française ? », document de travail du Centre d’étude de l’emploi, n° 96, 4 février 2008.
15 Selon la European Values Survey de 2008, 60 % des Français se déclarent insatisfaits du fonctionnement de la démocratie.
16 Lascournes P., Une démocratie corruptible , La République des idées, Le Seuil, 2010.
17 Seuls 35 % d’entre nous faisaient confiance aux syndicats en 2011, voir Les Cahiers du Cevipof , n°54, juillet 2011.
18 En 2011, nous étions 78 % à ne pas faire confiance aux banques, 61 % à ne pas faire confiance aux grandes entreprises privées et 54 % à nous défier des grandes entreprises publiques. Voir Les Cahiers du Cevipof , op. cit.
19 L’enquête du World Values Survey montre que nous étions 66 % à exprimer notre faible confiance dans les grandes entreprises au début des années 1980.
20 Algan Y., Cahuc P. et Shleifer A., “Teaching Practices and Social Capital”, American Economic Journal: Applied Economics , 5(3), 2013, pp. 189-210.
21 Voir aussi d’Iribarne P., La Logique de l’honneur. Gestion des ressources humaines et traditions nationales , Le Seuil, 1989 ; Philippon T., Le Capitalisme d’héritiers , La République des idées, Le Seuil, 2007.
22 Bloom N., Sadun R. et Van Reenen J., “The Organization of Firms across Countries”, CEP Discussion Paper , n°937, juin 2009.
23 Les auteurs notent que leur mesure du degré d’autonomie est parfaitement corrélée à l’indice de distance hiérarchique de Geert Hofstede, ce qui confirme la robustesse de ces classements et la mauvaise place qu’y occupe la France.
24 Kawachi I. et Berkman L. F., “Social Cohesion, Social Capital, and Health”, dans Berkman L. F. et Kawachi I., Social Epidemiology , Oxford University Press, 2000, pp. 174-190.
25 Helliwell J. et Wang S., “Trust and Well-Being”, NBER working paper 15911, 2010.
26 Helliwell J., “Well-Being and Social Capital: Does Suicide Pose a Puzzle?”, Social Indicators Research , vol. 81, 2007, pp. 455-496.
27 Arrow K., “Gifts and exchanges”, Philosophy and Public Affairs , vol. 1, 1972, pp. 343-362.
Partie I
MOI ET MOI
LES RESSORTS DE LA CONFIANCE EN SOI

Cette première partie explore les ressorts de la confiance en soi laquelle, contrairement aux idées reçues, ne se construit pas dans un rapport exclusif de soi à soi. C’est bien dans le rapport à l’autre que s’expérimente et s’élabore la confiance en soi.
À l’école, tout d’abord, où elle se noue au travers des méthodes pédagogiques et de l’évaluation. C’est l’objet du premier chapitre, rédigé par Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, spécialiste des questions éducatives, et par Fanny Anor, professeur d’histoire en collège. Ce chapitre pointe les défaillances du système français qui s’est construit sur un modèle professeur-élève hiérarchique et vertical, générant un malaise scolaire grandissant. Au sein de l’entreprise plus tard, où, nous explique Jacques Antoine Malarewicz, médecin psychiatre, la focalisation à l’extrême sur l’individu – qu’il soit dominant ou, au contraire, victime – peut aboutir à des résultats ambigus, voire paradoxaux.

Chapitre 1
PLAIDOYER POUR UNE REFONDATION DE L’ ÉCOLE
F ANNY A NOR , L AURENT B IGORGNE

L ’école, on en conviendra, assume un rôle cardinal dans la société française. Face à la « crise » actuelle, elle apparaît pour bon nombre de Français comme un refuge qui fonde le vivre-ensemble et incarne l’idéal méritocratique. Cette « sacralisation » de l’école tient autant à son histoire qu’aux espoirs d’ascension sociale qu’elle symbolise. Mais comment expliquer alors ce paradoxe : l’école est aujourd’hui confrontée à une double crise de confiance. Elle échoue à inspirer aux élèves confiance en eux – élément pourtant indispensable à leur construction personnelle et professionnelle – et apparaît de moins en moins capable de garantir l’égalité des chances.
Pourquoi les Français ne croient-ils plus en l’école ? Comment la crise de confiance qui ébranle un fondement de l’idéal républicain est-elle révélatrice des maux qui traversent la société française ?
Examen d’une crise de confiance
Comprendre un mal français
L’éducation est une préoccupation majeure pour les Français. Selon un sondage réalisé en septembre 2013, « l’éducation et l’école » s’affirment ainsi comme un « sujet important » pour les Français, avant le pouvoir d’achat, les retraites, les impôts, la dette publique ou encore l’environnement 1 . Or, près d’un Français sur deux (49 %) considèrent que l’école n’assure pas l’égalité des chances 2 . Cette perception négative répond à un contexte dans lequel l’école française peine à incarner cet idéal méritocratique qui avait présidé, sous la Troisième République, à son édification. S’il est vrai que le système éducatif français a su relever, depuis 1975, le défi de la massification scolaire et celui de l’élévation du niveau de formation, il n’a pas garanti pour autant une égalité des chances entre les élèves issus de milieux socioprofessionnels différents. Bien au contraire, depuis les années 2000 le poids de l’origine sociale est de plus en plus prégnant dans la trajectoire scolaire.

LE POIDS DE L’ORIGINE SOCIALE DANS LE PARCOURS SCOLAIRE
Pour une classe d’âge, seuls 20 % des enfants d’ouvriers obtiennent un baccalauréat général et, parmi les 16,6 % des jeunes de 20 à 24 ans qui n’ont aucun diplôme, 21 % sont des enfants d’ouvriers et d’employés (contre seulement 8 % pour les enfants de cadres et d’enseignants).
Cet échec croissant de l’école à promouvoir l’élévation sociale se lit également dans l’enquête PISA 2012. La France se révèle ainsi être le pays de l’OCDE dans lequel les inégalités socio-économiques pèsent le plus sur la réussite scolaire. L’école, porteuse de toutes les espérances d’ascension sociale, est l’objet d’un fort ressentiment exprimé par les membres d’une société qui ne parvient plus à intégrer les éléments qui s’écartent de la « moyenne ».
Quand la défiance nourrit l’échec scolaire
Selon une enquête réalisée en mars 2013 3 , un enfant sur quatre n’a pas confiance en lui et en sa capacité à réussir. En outre, près de 40 % envisagent leur avenir avec inquiétude. Ce malaise nourrit un mal qui gangrène le système scolaire français : le « décrochage ». Chaque année, près de 150 000 jeunes sortent ainsi du système scolaire sans diplôme ni qualification. De surcroît, le décrochage scolaire progresse en France : l’OCDE signale que la part d’élèves de 15 à 19 ans scolarisés a régressé de 89 % en 1995 à 84 % en 2010. Or, ces jeunes « décrocheurs » souffrent d’une très mauvaise insertion sur le marché du travail. En effet, 71 % d’entre eux sont sans emploi ou inactifs, contre 57 % pour la moyenne des 34 pays de l’OCDE. Il convient de s’interroger sur les causes d’une telle conjoncture.
Les résultats de l’enquête PISA 2012 apportent un premier éclairage. À la question : « Vous sentez-vous chez vous à l’école ? », plus de la moitié des élèves français répondent par la négative. Il s’agit là de l’une des pires situations des pays de l’OCDE – et de loin – puisque l’on observe en moyenne, dans ces autres pays, plus de 80 % de réponses positives à cette même question. En France, seuls 38 % des élèves issus d’un milieu défavorisé ont répondu par l’affirmative, contre 54 % des élèves issus d’un milieu favorisé. Le poids des inégalités socio-économiques ne pèse donc pas uniquement sur les résultats scolaires – nettement inférieurs pour les élèves issus de milieux défavorisés – ; ces élèves sont également beaucoup plus anxieux face à l’école.
Des conséquences sur le développement personnel et macroéconomique
En outre, la France se démarque encore par une très importante proportion d’élèves certains de n’être pas écoutés ou évalués à leur juste valeur. Ainsi, plus d’un tiers des élèves jugent leurs relations mauvaises avec plusieurs de leurs professeurs, et disent être traités de façon injuste ou inéquitable. Plus de la moitié des élèves considèrent que leurs professeurs ne leur donnent pas « la possibilité d’exprimer leur opinion » en cours. La France se signale, du coup, par l’un des plus hauts niveaux de « conflictualité scolaire » au monde. François Dubet, dans son ouvrage Les Lycéens 4 paru en 1991, indique que les relations conflictuelles entretenues par les jeunes avec l’école ont pour fondement leur sentiment d’être méprisés par leurs professeurs. Ce constat est consolidé par Pierre Merle, qui démontre comment les actes et les mots des professeurs viennent parfois contrarier la construction personnelle des élèves et briser leur motivation 5 .
Mais ces « humiliations » garantissent-elles l’excellence du système scolaire français ? Il n’en est rien. L’enquête PISA 2012 indique que la France, si elle se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE en mathématiques – malgré une augmentation de près d’un quart du nombre d’élèves en difficulté –, est bien en deçà en compréhension de l’écrit et en sciences. De plus, les élèves français ont principalement de mauvais résultats dans les épreuves qui requièrent des qualités d’adaptation, d’esprit critique ou d’innovation. Le système éducatif français a donc résolument fait le choix d’une démarche privilégiant la restitution des connaissances, considérée comme supérieure, sur tout autre type de compétence et sur le bien-être des élèves. Pourtant, de nombreuses études ont démontré que le bien-être personnel a une forte incidence sur le développement des capacités cognitives. L’orientation pédagogique choisie par la France réussit à une minorité de « bons élèves », mais abandonne une grande partie de ses jeunes écoliers 6 .
Cet échec de l’école à développer la confiance des élèves a des conséquences qui ne se limitent (malheureusement) pas au parcours scolaire. En effet, le niveau de confiance d’une société, ainsi que maintes études l’ont observé, constitue un facteur clé de la croissance économique. Les travaux menés par Yann Algan, Pierre Cahuc et André Zylberberg, rappelés au début de ce livre, signalent aussi l’incidence de ce sentiment de défiance des élèves sur le niveau de confiance des citoyens dans les pouvoirs publics, mais également sur la difficulté à coopérer une fois entrés sur le marché du travail. Ces auteurs ont démontré comment les méthodes d’enseignement influencent la façon dont les élèves conçoivent la société. La coopération et la confiance en soi ne sont pas seulement des héritages culturels ou familiaux, mais sont aussi abondamment façonnées par les parcours pédagogiques. Cela résonne comme une évidence ; des élèves qui ont la culture du travail en groupe favoriseront davantage la concertation et la coopération dans leur vie professionnelle.

“ Le système éducatif français privilégie la restitution des connaissances sur le bien-être des élèves. ”
Malaise scolaire, malaise social
Quand le manque de confiance nourrit l’angoisse scolaire
Si les effets de l’échec scolaire massif et les conséquences à la sortie du système scolaire sont considérables, ils ne doivent pas occulter le malaise relatif à cette crise de confiance qui s’épanouit dans le quotidien des salles de classe. À cet égard, les enquêtes menées régulièrement autour de la santé des élèves sont particulièrement inquiétantes : 63 % des élèves français affirment souffrir de façon récurrente de nervosité et 40 % sont sujets à des insomnies fréquentes 7 . Cette enquête indique également le lien ténu qui existe entre ces symptômes et la performance scolaire, mais aussi le bien-être des élèves. Si l’on rapproche ces chiffres du sentiment des élèves de n’être pas écoutés – voire d’être humiliés – il est possible d’entrevoir comment le manque de confiance se mue en angoisse.
Or, les études révèlent que l’angoisse scolaire se cristallise principalement autour de l’évaluation. Des travaux de recherche ont établi que l’anxiété ressentie face à l’évaluation est mesurable sur le plan physiologique. L’une de ses manifestations, selon les chercheurs, est l’augmentation du niveau de cortisone lorsque les résultats des élèves sont évalués ou publiquement comparés 8 . Notre « culture de l’évaluation » apparaît donc comme un frein au développement cognitif des élèves. En effet, la cortisone sécrétée en situation d’anxiété liée à l’évaluation entrave la propension à raisonner et à mémoriser.

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