1001 regards pour une solitude
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Description

Le 3 avril 2008, Alain Labrecque est trouvé sans vie. Un suicide. Ou l’aboutissement malheureux de la maladie mentale. Sa sœur, Chantale, relate non seulement les chemins difficiles qu’elle a dû parcourir dès le début de la maladie de son frère, mais également les moyens qu’elle s’est donnés pour les traverser sainement. Elle nous fait aussi découvrir Alain, l’homme derrière la schizophrénie, et ses efforts pour émerger des inévitables remous du trouble de santé complexe dont il souffrait.
 
Ceux qui ont déjà croisé la route d’une personne atteinte d’une maladie mentale se reconnaîtront sans doute dans cette touchante histoire fraternelle et trouveront réconfort et conseils pour cheminer vers un mieux-être. Mais tout lecteur, quelle que soit sa connaissance de la schizophrénie, bénéficiera de ce témoignage. Il pourra mieux comprendre les nombreuses difficultés liées à la maladie mentale, desquelles l’entourage de la personne malade, de près ou de loin, porte toujours les marques.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 novembre 2016
Nombre de lectures 25
EAN13 9782924691052
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chantale Labrecque chanlabrecque@hotmail.com
L’ABC de l’édition Rouyn-Noranda (Québec) www.abcdeledition.com info@abcdeledition.com
Conception graphique de la couverture : Maxim Larivière, Virtua Web
Mise en page : Jean Sébastien LeBlanc, Ovalta Multimédia
Révision : Nathalie Thériault
Dépôt légal : 4 e trimestre 2016 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
L’ABC de l’édition Chantale Labrecque Copyright © 2016. Tous droits de reproduction réservés.
ISBN 978-2-924691-03-8
ISBN 978-2-924691-04-5 (PDF)ISBN 978-2-924691-05-2 (ePub et Mobi)
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Labrecque, Chantale, 1977-
1001 regards pour une solitude
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-924691-03-8
1. Labrecque, Alain, 1974-2008 - Santé mentale. 2. Labrecque, Chantale, 1977- - Famille. 3. Schizophrènes - Relations familiales. 4. Schizophrènes - Québec (Province) - Biographies. I. Titre. II. Titre : Mille et un regards pour une solitude.
RC514.L32 2016616.89’80092C2016-941825-1

Je dédie ce livre à mon frère, Alain, qui conservera toujours une place de choix dans mon cœur.
Merci de m’avoir aidée à devenir… un être meilleur.


Gratitude
Tout d ’ abord, je tiens à te remercier chaleureusement Martin, mon amour, car tu as toujours su me soutenir dans cette écriture qui me tenait particulièrement à cœur. De façon tout aussi importante, merci infiniment pour cette écoute de qualité que tu as su m ’ accorder et pour tes exhortations qui m ’ ont aidée à surmonter mes doutes. Le fait que tu aies cru en moi m ’ a fourni une grande force supplémentaire, favorisant ma persévérance vers la concrétisation de ce livre. Tu as donc contribué grandement à cet accomplissement, sûrement plus que tu ne le penses, et je t ’ en suis très reconnaissante.
Merci également à ma grande fille, Marianne, à mes ami ( e ) s, aux membres de ma famille ainsi qu ’ à mes parents qui m ’ ont encouragée. Votre appui, sous quelque forme que ce soit, m ’ a épaulée dans cette réalisation. Par ailleurs, je ne pourrais passer sous silence mes deux autres enfants, Justin et Émy, qui malgré leur jeune âge ont été impliqués dans cette aventure bien involontairement !
Je désire de plus remercier le Centre de prévention du suicide pour les services reçus. Grâce à leur accueil chaleureux et leur empathie, les intervenantes sur place ont été en mesure de me fournir le soutien dont j ’ avais besoin. Un grand merci d ’ ailleurs pour ces moments d ’ écoute qui m ’ ont définitivement aidée à cheminer vers un mieux-être. Dorénavant, je n ’ hésiterai aucunement à diriger quelqu ’ un dans le besoin vers cette ressource, lors du décès d ’ un proche par suicide.
De même, j ’ aimerais exprimer ma reconnaissance envers Hélène Fradet, directrice générale de la Fédération des familles et amis d ’ une personne atteinte de maladie mentale ( FFAPAMM ) pour l ’ enthousiasme qu ’ elle a démontré et pour sa contribution active à ce projet.
Je tiens aussi à souligner ma grande appréciation envers Richard Langlois, auteur et conférencier en santé mentale, pour son entraide, ses précieux conseils et l ’ écriture de l ’ avant-propos. Tu représentes pour moi un ami ainsi qu ’ un mentor important et je t ’ en suis particulièrement reconnaissante.
Pour terminer, je veux dire un merci tout particulier aux employés de Valpabem, une association membre de la FFAPAMM, pour leur écoute et leur assistance auprès de ma famille. Leur présence aux funérailles de mon frère a été pour moi et mes parents une grande source de réconfort et de respect à notre égard. Je conserve une pensée de gratitude pour ce dévouement et cette délicatesse ayant mis un baume sur notre tristesse. Le fait de travailler pour cet organisme aujourd ’ hui signifie pour moi plus qu ’ un emploi, puisque j ’ y accorde une signifiance élevée et une grande fierté. J ’ espère pouvoir aider d ’ autres familles, ultérieurement, comme vous avez si bien su le faire avec la nôtre.


Préface
Ce livre vous permettra d ’ avoir accès à l ’ univers de la maladie mentale sous un angle peu connu et très rarement abordé, celui de la réalité de Chantale en tant que sœur d ’ une personne atteinte d ’ un trouble mental sévère.
Lorsque l ’ on parle de troubles mentaux, instinctive­ment nous pensons aux impacts de la maladie sur la personne qui en est affligée. Nous avons une pensée pour ces parents qui vivent de la culpabilité, pour le conjoint qui voit sa relation modifiée ou encore pour le jeune qui vit une enfance affectée par la maladie mentale de l ’ un de ses parents. Mais qu ’ en est-il des frères et des sœurs qui vivent sous le même toit ou qui, malgré la distance, demeurent envahis par la problématique d ’ un membre de la fratrie ? Ces enfants vivent dans le silence et voient trop souvent leur situation banalisée.
L ’ œuvre de Mme Labrecque vous fera ressentir toute la vulnérabilité d ’ une sœur qui, encore aujourd ’ hui, apprend à composer avec le suicide d ’ un frère qui était atteint de maladie mentale. Bonne lecture.
Hélène Fradet, directrice générale
Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale ( FFAPAMM )


Avant-propos
Ma première rencontre avec Chantale, lors d ’ une conférence que je présentais dans les locaux de l ’ organisme dont elle est la directrice à Val-d ’ Or, m ’ a rapidement permis de réaliser qu ’ elle était une femme hors de l ’ ordinaire dotée d ’ une énergie unique. Évidemment, je ne connaissais rien de sa vie et encore moins de cette relation particulière qu ’ elle avait entretenue pendant plusieurs années avec son frère Alain. Une personne plus que signifiante pour elle, vivant avec un problème de santé mentale sévère.
J ’ ai notamment été surpris, quelques semaines plus tard, lorsqu ’ elle m ’ a divulgué la production de son manuscrit, et je n ’ ai pu résister à sa demande d ’ écrire un avant-propos. La lecture de ce récit m ’ a fait ressentir toutes ces émotions que l ’ on peut vivre dans l ’ accompagnement d ’ une personne au parcours si difficile. Jamais je n ’ ai été confronté au suicide d ’ un proche comme l ’ a été Chantale et les autres membres de sa famille. J ’ ai maintenant une bonne idée de ce que peut représenter cette dure réalité…
Par ailleurs, j ’ ai bien aimé que l ’ auteure aborde l ’ aspect spirituel dans ce bouquin. Se questionner sur nos valeurs, sur le sens que l ’ on donne ou redonne à notre vie m ’ apparaît essentiel dans la vie de chaque être humain. Les événements qui nous ébranlent sont généralement là pour ça, malgré le fait qu ’ ils nous apportent des moments de souffrance qui dépassent parfois l ’ entendement.
Je te remercie Chantale pour ce partage bien particulier de ta vie. Ton livre accompagnera de nombreuses personnes qui ont besoin de chaleur humaine et de la compréhension d ’ autrui. Je te souhaite beaucoup de bonheur !
Richard Langlois,
Auteur et conférencier


Un autre regard sur la différence
On ne fait pas un voyage.
Le voyage nous fait et nous défait.
Il nous invente.
David Le Breton
Mon frère, prénommé Alain, a été aux prises avec la schizo­phrénie pendant près de 20 ans, avant de finale­ment s ’ enlever la vie. Une multitude de raisons m ’ ont donc poussée à écrire ce livre.
Le but premier de mon écriture est de mettre en lumière mon vécu auprès de mon frère et les sentiments s ’ y rattachant. Certaines références sont mentionnées lorsque la situation s ’ y prête, mais je tiens à signaler que ce livre représente principalement un témoignage relatant mon expérience fraternelle.
Le fait d ’ écrire me permet de sortir le trop-plein enfoui depuis plusieurs années et je crois que ce réflexe fait partie d ’ un processus de deuil sain. À cette fin, la dernière partie du livre contient une lettre que j ’ ai adressée à Alain, afin d ’ extérioriser certaines émotions longtemps réprimées.
En plus de m ’ aider moi-même en véhiculant ce que j ’ ai ressenti, j ’ espère grandement que ce témoignage pourra soutenir certaines personnes vivant, ou ayant vécu, une situation similaire à la mienne. Ces mêmes personnes s ’ identifieront assurément à l ’ intérieur de mon récit de vie et, en ce sens, pourront percevoir la normalité de leur situation.
Je désire de plus que cet ouvrage puisse conforter tous celles et ceux dont le proche est ou était atteint d ’ une maladie mentale, dans leur cheminement vers l ’ acceptation. En effet, je crois que cette lecture permettra une introspection du lecteur dans son vécu propre, ce qui pourra certes l ’ aider à progresser sainement.
De même, je souhaite que ce livre puisse conscientiser davantage les gens envers la santé mentale ainsi que diminuer les préjugés qui y sont reliés. Le fait de démystifier la maladie mentale permet de favoriser un rétablissement pour les personnes atteintes car les jugements non fondés et néfastes à l ’ égard des personnes souffrantes nuisent profondément à leur mieux-être 1 . Malgré les recherches et les écrits produits à ce jour, la maladie mentale est encore un sujet tabou aujourd ’ hui, tant par sa complexité que par son abstraction, et c ’ est pourquoi elle est si difficile à cerner et à comprendre. Lorsqu ’ une différence se présente, occasionnant une incompréhension de l ’ autre, l ’ évitement et le jugement représentent les chemins les plus faciles à prendre. Je souhaite donc contribuer à modifier votre regard, chers lecteurs, ce qui vous incitera à pouvoir atténuer les préjugés qui existent en santé mentale.
Ayant côtoyé une personne souffrant de schizophrénie pendant plusieurs années, loin de moi cependant l ’ idée de prétendre que je connais parfaitement cette maladie. J ’ espère néanmoins que ce livre amènera les gens à devenir plus sensibles à la différence et plus soutenants à la misère d ’ autrui, et ce, autant pour celui atteint de la maladie que pour le proche vivant une grande impuissance.
Selon ce qui précède, je tenterai d ’ établir le parallèle entre le vécu de mon frère et les répercussions sur ma vie, telles que je les ai ressenties.
Bonne lecture.


1 . Commission de la santé mentale du Canada, Enjeu : Stigmatisation , 2015.


PREMIÈRE PARTIE
Incursion Dans la vie d’un homme
Je m’oblige à prendre un air calme j’ai appris , en des instants pareils,
à ne rien laisser paraître de la tempête qui fait rage en moi.
Les animaux ne montrent pas qu’ils ont peur ou qu’ils sont malades :
dans la nature, la faiblesse ne pardonne pas.
Lisa Unger
Dans cette partie, je décrirai brièvement la période juvénile de mon frère Alain, l ’ élément qui a déclenché sa maladie et l ’ évolution de celle-ci jusqu ’ à sa mort. Comme je ne connais pas pleinement les détails de son existence ni ce qu ’ il pouvait vivre à ce moment-là, je me contenterai de relater les impressions des moments que j ’ ai passés auprès de lui, avec mes yeux de sœur.
Si je tiens à vous parler de sa vie, de prime abord, c ’ est pour que vous puissiez avoir une certaine idée de ce qu ’ a pu être sa vie avant et pendant sa maladie. Ce faisant, je crois que vous serez davantage en mesure d ’ assimiler, de mesurer et de comprendre les évènements qui sont survenus par la suite.
Jeunesse
Alain a vécu une jeunesse des plus normales. De nature plutôt timide, il avait cependant des ami ( e ) s avec qui il aimait partager de bons moments. Il pratiquait également certains loisirs, comme faire partie des scouts, le piano et les arts martiaux, entre autres.


Même à ce jeune âge, il aimait déjà beaucoup le piano !


Durant une pratique à la maison, où il s’exerçait souvent.


Fin de semaine des scouts où il avait eu beaucoup de plaisir.
Peu importe ce qu ’ il choisissait de faire, il excellait par sa grande discipline et son talent. Pour ce qui est de l ’ école, il obtenait de très bons résultats scolaires. En lisant les messages écrits des professeurs à son attention, j ’ ai d ’ ailleurs pu remarquer qu ’ il était fort apprécié en tant qu ’ élève. Il voulait devenir comptable et je sais qu ’ il aurait aisément pu pratiquer ce métier, s ’ il n ’ avait pas eu cette maladie.


Étant le frère aîné de près de quatre ans d ’ une sœur unique, il était passablement protecteur et s ’ assurait que je sois en sécurité. À ce titre, il n ’ hésitait pas à me défendre s ’ il le jugeait nécessaire. Nous jouions beaucoup ensemble et je me souviens qu ’ il me prêtait aisément ses jouets, notamment ses bonshommes G.I. Joe que j ’ aimais tout particulièrement… Je me souviens aussi qu ’ Alain était très aimant, attentionné, respectueux à mon égard, et qu ’ il souhaitait mon bonheur. Comme dans toutes les familles, des chicanes ponctuelles survenaient mais elles étaient toujours brèves et se terminaient par une franche réconciliation.


Alain et moi, alors que je n’avais que quelques mois. Il prenait déjà soin de sa sœur !


Beau souvenir automnal ! Nous aimions beaucoup jouer dehors !
Alors qu ’ Alain était âgé d ’ environ 11 ans, nos parents se sont séparés. Selon mes souvenirs, il n ’ a pas exprimé clairement ses émotions à la suite de cette nouvelle. À cet effet, je ne me rappelle pas l ’ avoir vu pleurer souvent. Il ne démontrait pas sa peine et se montrait fort lorsqu ’ il vivait une épreuve. Je sais pourtant que cette séparation a été un coup dur, comme pour tout enfant d ’ ailleurs, puisque malgré son manque de verbalisation, des changements comportementaux se sont peu à peu manifestés.
Ces réactions étaient possiblement liées à l ’ adolescence, période au cours de laquelle tout adolescent est en quête d ’ identité et d ’ affirmation de soi. Selon moi, ces réactions furent toutefois une forme d ’ échappatoire de la réalité, de même qu ’ une façon détournée de vivre son mécontentement et sa tristesse.
De par mes écrits, je ne veux en aucun cas susciter un sentiment de culpabilité chez les parents séparés ou chez mes propres parents. Je ne fais que relater les faits et décrire ma perception de ce qu ’ a pu vivre Alain par rapport à ces évènements. Malgré leur séparation, mes parents ont d ’ ailleurs toujours su demeurer aimants envers leurs enfants, été présents à leur façon et n ’ ont souhaité que notre bien.
Pour faire suite à ce bouleversement familial, mon frère a tout d ’ abord commencé à fumer. Il a aussi changé son cercle d ’ amis. Ses nouveaux camarades n ’ étaient plus tout à fait le même style de personnes qu ’ auparavant puisqu ’ ils jouaient de la musique heavy métal et consommaient de la drogue à l ’ occasion. Alain a donc modifié ses loisirs en jouant de la guitare, transformé ses goûts musicaux, changé son apparence pour être comme ses amis et il s ’ est mis à consommer de la drogue.


Il s ’ est par la suite désintéressé de ses travaux scolaires, ne faisant somme toute que le minimum nécessaire. Il maximisait plutôt son temps pour aller rejoindre ses amis et jouer de la musique. Après quelque temps, lui et ses copains ont formé un groupe de musique. Il projetait alors de devenir guitariste professionnel au sein du groupe nouvellement formé avec ses acolytes. Deux spectacles ont d ’ ailleurs été produits et présentés. Bref, sa vie gravitait autour de ses compagnons et la musique.
Parallèlement, Alain m ’ avait déjà parlé qu ’ il jouait parfois à un jeu surnommé le Ouija . Dans ce contexte, les participants sont assis en cercle autour du jeu, constitué de lettres, de chiffres, d ’ affirmations « oui » et « non » ainsi que d ’ un verre au centre. Les joueurs maintiennent leurs mains au-dessus du verre sans le toucher, communiquent avec un esprit en posant des questions, et l ’ esprit répond en dirigeant le verre vers des lettres pour former des mots 2 . Au cours de ses premières expérimentations, il me disait qu ’ il trouvait l ’ expérience à la fois drôle, terrifiante et fascinante. Il était étonné de voir le verre bouger et répondre aux questions posées. Ce mystère lui faisait peur mais l ’ attirance était plus forte que la crainte ressentie. En d ’ autres termes, le paranormal a toujours grandement suscité l ’ intérêt de mon frère. Il en avait donc pour son compte en s ’ adonnant à cette activité disons singulière.
Avant de commencer à jouer, Alain et ses amis fumaient souvent du cannabis. L ’ échange devait alors devenir encore plus attrayant. Il m ’ a cependant confié que le jeu avait été particulièrement désagréable à un moment donné, et cette expérience fut la dernière. M ’ ayant raconté l ’ histoire en détail, il avait été grandement effrayé par ce qui était arrivé. Selon mes souvenirs, Alain et un autre de ses amis ont décidé de jouer uniquement à deux. En voulant savoir qui était l ’ esprit dans le verre, la réponse a été « Satan ». Subséquemment, ils ont décidé d ’ arrêter de jouer, ont rangé le jeu, déposé le verre sur un haut-parleur et se sont couchés.
Le lendemain matin, Alain a vu le verre par terre. Ce dernier était cassé en deux parties parfaitement égales, sans aucun fragment de vitre. Lui et son ami ont alors demandé à tous les occupants de la maison si quelqu ’ un avait échappé ledit verre. Personne n ’ avait eu connaissance d ’ un incident de la sorte. C ’ était à n ’ y rien comprendre puisque le sol où cela s ’ était produit était couvert de tapis. De toute évidence, ils croyaient qu ’ il était impossible qu ’ un verre puisse se fracasser en tombant de cette hauteur sur ce type de surface. En fin de compte, Alain et son ami n ’ ont jamais pu s ’ expliquer cet étrange phénomène et je crois que mon frère est resté marqué par cet événement. Il m ’ avait alors dit qu ’ il ne jouerait plus jamais à ce « maudit jeu ».
Suite à cette mésaventure, une succession de phénomènes paranormaux déplaisants se sont produits. L ’ ayant moi-même vécu et ne souffrant d ’ aucune maladie mentale, j ’ ai souvent tenté de trouver une explication à ces mystères. Bien que le but de ce livre ne soit pas explicitement lié à ces étranges phénomènes, je désire toutefois encourager les gens à se méfier de ce jeu, et tout particulièrement les jeunes.
Je suis en effet consciente de l ’ attrait que peut exercer le genre « paranormal » lors de l ’ adolescence mais également du lien pouvant exister entre l ’ expérimentation de ce jeu et les évènements tragiques que mon frère a vécus, sans toutefois pouvoir le prouver. En outre, aucune preuve scientifique n ’ a pu être apportée jusqu ’ à ce jour quant aux conséquences possibles de s ’ être adonné à ce genre d ’ activité. Il faut par contre savoir que le Ouija ne représente pas un jeu et qu ’ il est donc très important de suivre à la lettre le mode d ’ emploi. Sans ce procédé rigoureux, plusieurs problèmes peuvent sérieusement affecter les personnes utilisant inadéquatement cette planchette 3 .
À cette même période, mon frère consommait de la drogue mais surtout du cannabis. De façon occasionnelle au début, la cadence a cependant augmenté par la suite. Actuellement, plusieurs études tentent de démontrer l ’ existence d ’ un lien entre la consommation de cannabis et l ’ apparition de la schizophrénie.
Les données recueillies dans le cadre de ces études longitudinales, tout aussi robustes soient-elles, ne permettent pas de conclure que le cannabis accroît le risque de développer la schizophrénie. En revanche, elles suggèrent que le cannabis, à long terme, pourrait agir comme un puissant déclencheur de psychoses latentes chez les consommateurs présentant une vulnérabilité psychotique 4 .
De nos jours, le cannabis comporte davantage de Tétra-hydro-cannabinol ( THC ) , une substance active du cannabis 5 . À ce sujet, plusieurs autres études tentent de démontrer que la consommation de ce cannabis très puissant augmente considérablement le risque de développer une psychose. Malgré ce qui précède, ces expérimentations demeurent encore controversées et les relations entre la concentration de THC et les maladies psychotiques doivent davantage être étudiées afin de pouvoir tirer des conclusions plus solides.
J ’ ignore si Alain aurait tout de même consommé du cannabis en sachant cela, mais je crois qu ’ il aurait été avantageux qu ’ il soit mis au courant, comme pour tout jeune d ’ ailleurs. Comme le mentionne le D r Benyamina : « À l ’ âge de l ’ adolescence, l ’ appartenance au groupe est extrêmement importante et la prise de cannabis vient se poser comme un rite d ’ appartenance 6 ». Cette influence marquante chez les jeunes ne vient que complexifier une prise de décision éclairée.
Je me suis souvent questionnée pour connaître la cause de l ’ apparition de cette maladie chez mon frère. Seulement, les facteurs de risque présentés par Gourion et Gut-Fayand, hormis le cannabis, ne coïncident pas avec son vécu. De surcroît, il est établi dans ce livre que la schizophrénie est une maladie multifactorielle complexe 7 . Or, il serait illusoire de ma part de vouloir trouver une seule et unique cause. Je pense que je voulais connaître LA raison, car j ’ étais en quête de sens par rapport à cette grande inégalité, qui m ’ apparaît encore aujourd ’ hui comme une injustice.
Je ne saurai probablement jamais le fondement de la décision qu ’ a pris mon frère lorsqu ’ il avait 15 ans, mais après avoir fréquenté son groupe d ’ amis musiciens pendant plus ou moins quatre ans, il a subitement décidé de ne plus se tenir avec eux. Il a donc abandonné le groupe de musique dont il faisait partie, s ’ est fait couper les cheveux, a changé son look vestimentaire et il a poursuivi ses études avec sérieux. Il me disait alors qu ’ il ne voyait pas d ’ avenir possible pour la musique, qu ’ il voulait exercer un métier sûr et fonder une famille qui connaîtrait la stabilité.
Par ailleurs, il verbalisait qu ’ il était « tanné » de prendre de la drogue et que ce rythme de vie ne correspondait pas à ses intérêts. C ’ était peut-être la vérité, mais tout le monde a ses secrets… Comme je l ’ ai mentionné précédemment, je ne connaîtrai probablement jamais toutes les raisons l ’ ayant mené à prendre cette décision soudaine. Nous savons aujourd ’ hui que l ’ isolement, alors présent chez mon frère, est un signe précurseur de la schizophrénie 8 .
Par la suite, mon frère est devenu effectivement très appliqué dans ses études, passant le plus clair de son temps le nez dans ses livres. Il a ainsi obtenu d ’ excellents résultats scolaires et projetait alors de devenir comptable. Dès ce moment, j ’ ai considéré Alain comme étant plus introverti, ce qu ’ il était déjà de façon innée.
Ce faisant, il ne semblait plus fréquenter d ’ amis sur une base régulière et ne parlait pratiquement plus de ses problèmes. Or, il vivait beaucoup de solitude et ses émotions étaient soigneusement dissimulées dans un coffre dont lui seul détenait la clé. Il était aussi très sérieux et particulièrement intransigeant envers lui-même, comme s ’ il n ’ avait pas le droit de s ’ accorder des moments pour rire et se détendre. Il avait catégoriquement changé sa vision concernant l ’ avenir, donnant l ’ impression que seules les études comptaient dans sa vie, un peu comme une bouée de sauvetage l ’ est pour quelqu ’ un qui risquerait de se noyer sans sa présence.
En contrepartie, une joie de vivre se dégageait de son engagement. Il faut dire que mon frère a toujours été quelqu ’ un de très persévérant dans ce qu ’ il entreprenait. Par conséquent, il investissait énormément de temps et d ’ énergie dans l ’ atteinte de son objectif : obtenir un bon emploi.
Élément déclencheur
Quelque temps après avoir délaissé le groupe de musique, mon frère a reçu la visite d ’ un ancien membre qu ’ il considérait comme son meilleur ami, malgré le fait qu ’ il ne fasse plus partie de la bande. Demeuré dans l ’ embrasure, ledit copain lui a remis un gilet, en affirmant qu ’ il ne le voulait plus, de même qu ’ une cassette vidéo de leur dernier spectacle en souvenir.
Quelques jours plus tard, Alain a appris que ce même ami s ’ était suicidé. Selon mes souvenirs, c ’ est la seule fois où j ’ ai vu mon frère pleurer, malgré qu ’ il n ’ ait pas réagi aussi intensément que je l ’ aurais cru. Il s ’ est contenté de pleurer un peu en silence, sans plus. J ’ ai discuté à plusieurs reprises avec lui de cette mort aussi tragique qu ’ inattendue, mais les échanges étaient toujours brefs, comme s ’ il voulait oublier sa peine. Ses propos se rattachaient principalement à son sentiment de culpabilité de ne pas avoir vu les messages de détresse, et que son ami ne se serait peut-être pas suicidé s ’ il avait continué à faire partie du groupe de musique.
Ce même discours a d ’ ailleurs refait surface un an avant sa mort, soit 17 ans après ce triste événement, prouvant notamment qu ’ il n ’ a pas réussi à faire son deuil et que son sentiment de culpabilité ne l ’ a jamais quitté.
La perte de cet ami a engendré chez mon frère des changements brusques de comportements, marquant selon moi le début de sa maladie. C ’ est pourquoi j ’ affirme que le suicide de son meilleur ami est l ’ élément déclencheur de son trouble de santé. Il se peut que d ’ autres facteurs y aient également contribué, comme la consommation de cannabis.

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