Au lendemain de Roswell : Contact extraterrestre
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Description

Constituant une somme de révélations solidement ancrées dans les faits, avec les lieux nommés, des dates précisées et des noms de militaires et de représentants du gouvernement impliqués, AU LENDEMAIN DE ROSWELL met fin à des décennies de controverses au sujet du mystérieux écrasement d’un aéronef non identifié à Roswell, au Nouveau-Mexique, en 1947. S’appuyant sur des documents récemment déclassifiés grâce au Freedom of Information Act (Loi sur la liberté d’information), le colonel à la retraite Philip J. Corso, qui fut membre du Conseil de sécurité nationale du président Eisenhower ainsi que de la division Recherche et développement de l’armée des États-Unis, révèle ici comment il a géré personnellement les artefacts extraterrestres récupérés sur le site de l’écrasement survenu à Roswell. Par exemple, il raconte comment il a dirigé le projet de rétro-ingénierie qui a conduit à ces découvertes modernes :
• Les puces électroniques (circuits intégrés)
• Les fibres optiques
• Les lasers
Il explique ainsi comment il a secrètement transmis la technologie extraterrestre à des géants industriels américains.

Dévoilant le rôle joué par le gouvernement des États-Unis lors de l’incident de Roswell – ce qui fut découvert sur le site, le camouflage de l’opération de récupération ainsi que l’utilisation des artefacts extraterrestres (changeant le cours de l’histoire du vingtième siècle) –, AU LENDEMAIN DE ROSWELL constitue un témoignage extraordinaire nous obligeant à reconsidérer non seulement le passé, mais aussi notre rôle dans l’univers.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 26 juillet 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782896264001
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0040€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Au lendemain de ROSWELL
Contact extraterrestre

Col. Philip J. Corso William J. Birnes

Ariane Éditions
Au lendemain de Roswell

Titre original anglais : The Day After Roswell Pocket Books, 1230 Avenue of the Americas, New York NY 10020 © 1997 Rosewood Woods Productions, Inc. P.O. Box 5100, Carlsbad, CA 92018, US

Par : Philip J. Corso

© 2017 Ariane Éditions inc. pour l'édition française 1217, av. Bernard O., bureau 101, Outremont, Qc, Canada H2V 1 V7 Téléphone : 514-276-2949, télécopieur : 514-276-4121 Courrier électronique : info@editions-ariane.com
Site Internet : www.editions-ariane.com
Boutique en ligne : www.editions-ariane.com/boutique
Facebook : www.facebook.com/EditionsAriane

Tous droits réservés.
Aucune partie de ce livre ne peut être utilisée ni reproduite d’aucune manière sans la permission écrite préalable de la maison d’édition, sauf de courtes citations dans des magazines ou des recensions

Traduction : Louis Royer
Révision linguistique : Monique Riendeau
Illustration et Graphisme de la page couverture : Carl Lemyre
Mise en page : Carl Lemyre
Conversion au format ePub : Carl Lemyre

Première impression : mars 2017 ISBN papier : 978-2-89626-399-8 ISBN ePub : 978-2-89626-400-1 ISBN Pdf : 978-2-89626-401-8

Dépôt légal : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2017 Bibliothèque et Archives nationales du Canada, 2017 Bibliothèque nationale de Paris, 2017

Diffusion
Québec : Flammarion Québec – 514 277-8807 www.flammarion.qc.ca
France et Belgique : D.G. Diffusion – 05.61.000.999 www.dgdiffusion.com
Suisse : Servidis/Transat – 22.960.95.25 www.servidis.ch


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Imprimé au Canada
Ce qu’en a dit la critique
« Beaucoup de matière nouvelle […]. Pour Corso, l’écrasement d’un vaisseau spatial extraterrestre au Nouveau-Mexique s’est réellement produit, et l’auteur présente des informations et des hypothèses inédites concernant la façon dont les militaires ont disposé de certains débris inhabituels. »
Mary Kate Tripp, Amarillo Sunday News-Globe (TX).
« Si les détails sont exacts [Corso] semble avoir violé un certain nombre de dispositions de sécurité et avoir brisé son serment de garder le secret. »
Ben Martin, Baton Rouge Advocate (LA).
« Ce livre apporte au débat le témoignage incroyable d’une autorité en la matière. »
James Cummings, Dayton Daily News (OH).
« Que l’on croie ou non aux ovnis ou aux visiteurs extraterrestres, on finit par conclure qu’il s’est vraiment produit quelque chose d’extraordinaire dans le désert du Nouveau-Mexique il y a plusieurs années et par convenir avec l’auteur que nos vies ont été changées à jamais par cet événement. »
Bob Raimonto, Staten Island Advance (NY)
À la mémoire du lieutenant-général Arthur G. Trudeau, qui fut mon supérieur comme chef de la division Recherche et développement de l’armée américaine. Cet homme d’un grand courage a mis son casque de sergent pour combattre avec ses hommes à Pork Chop Hill, en Corée, en 1953. Profondément religieux, il se livrait à des « retraites » à Loyola. C’est l’homme le plus brillant que j’aie jamais rencontré. Il m’a donné un seul ordre permanent : « Surveille tout pour moi, Phil, car les autres ne comprennent pas. »

Ses réalisations ont changé le monde pour le mieux et je lui attribue tous mes succès.
Remerciements


Je désire remercier les dix-huit installations militaires américaines auprès desquelles j’ai sollicité des informations historiques et autres sur les détails des études et des projets auxquels j’ai participé. Les responsables de ces installations sont allés au-delà de leurs activités normales pour me fournir les données requises, qui me furent très précieuses pour rédiger ce livre. En voici la liste : Historical Reference Branch, U.S. Army Military History Institute, Carlisle Barracks, Carlisle, Pennsylvania ; Chief, Corps of Engineers, Washington, D.C. ; Department of the Army R&D, The Pentagon ; U.S. Army Missile Command, Command Historian, Redstone Arsenal, Alabama ; U.S. Army Belvoir Research, Development and Engineering Center, Ft. Belvoir, Virginia ; Space and Strategic Defense CMD, Redstone Arsenal, Huntsville, Alabama ; Night Vision Electronic Sensor Center, Ft. Belvoir, Virginia ; U.S. Army Research Laboratory Cmd. ; Harry Diamond Laboratories, Adelphia, Maryland ; Walter Reed Army Institute of Research, Washington, D.C. ; Department of Army Historical Service Division, Center of Military History, Washington, D.C. ; U.S. Army Corps of Engineers, Office of History, Ft. Belvoir, Virginia ; Hdgs. U.S. Army Communications – Electronics Cmd Research, Development and Engineering Center, Night Vision Electronic Sensors Directorate, Ft. Monmouth, New Jersey ; Missile Command USASS DC-H, CSSD-PA, Huntsville, Alabama ; Hdgs. U.S. Army Materiel Cmd., Research and Development, Alexandria, Virginia ; Lincoln Labs, Lexington, Massachusetts ; Bell Laboratories, Westminster, Colorado.
Je désire remercier aussi la branche militaire moderne des Archives nationales, à Washington, D.C., ainsi que le Commissaire aux brevets et marques de commerce, à Washington, D.C.
Merci également à mes amis Neil Russell et Dennis Hackin, de Neil Russell Productions, à Los Angeles, pour leur compréhension de cet aspect fascinant de l’histoire américaine et pour leur soutien, et merci aussi à un ami extraordinaire, Andrew Russell.
De plus, j’exprime toute ma gratitude à mon rédacteur chez Pocket Books, Tris Coburn, pour son intelligence du sujet et son soutien, et à notre directrice éditoriale, Emily Bestler.
Enfin, merci au lieutenant-général Arthur G. Trudeau, qui m’a offert lui-même un exemplaire de ses Mémoires en me permettant d’en utiliser le contenu à mon gré.
« Si vous êtes certain d’avoir raison, foncez. »
Davy Crockett
Introduction
J e m’appelle Philip J. Corso. Au cours des années 1960, alors que j’étais lieutenant-colonel à la direction du Bureau de la technologie étrangère de la division Recherche et développement du Pentagone, j’ai mené une double vie pendant deux années incroyables. Comme chercheur et évaluateur des systèmes d’armement de l’armée, mon travail quotidien consistait à étudier, par exemple, les hélicoptères développés par l’armée française, les complexités du déploiement tactique d’un missile antimissile ou de nouvelles technologies destinées à préparer et à préserver l’alimentation de nos troupes de combats. Je lisais des rapports technologiques et je rencontrais des ingénieurs sur les terrains d’essai de l’armée afin de discuter de certaines armes et du progrès des projets de développement budgétisés. Je soumettais ensuite leurs rapports à mon supérieur, le lieutenant-général Arthur Trudeau, directeur de la division Recherche et développement de l’armée et gestionnaire d’une équipe de plus de trois mille hommes œuvrant à de nombreux projets rendus à divers stades. En surface, particulièrement pour les membres du Congrès supervisant l’utilisation de l’argent des contribuables, tout cela n’était qu’une question de routine.
Par ailleurs, une partie de mes responsabilités consistait à servir de conseiller et d’officier du renseignement auprès du général Trudeau, qui avait lui-même dirigé le renseignement militaire avant de commander la division Recherche et développement. J’avais été formé pour ce travail durant la Deuxième Guerre mondiale et la guerre de Corée. Au Pentagone, j’œuvrais dans l’un des secteurs les plus secrets du renseignement militaire, examinant des informations ultrasecrètes pour le général Trudeau. J’avais fait partie du personnel du général MacArthur en Corée et je savais que, même en 1961 – et peut-être même plus tard –, alors que les Américains de l’époque se passionnaient pour des séries télévisées comme Dr. Kildare ou Gunsmoke , des soldats américains capturés pendant la Deuxième Guerre mondiale ou la guerre de Corée étaient toujours soumis à des conditions de vie inhumaines dans des camps de prisonniers de l’Union soviétique et de la Corée. Certains subissaient même une véritable torture psychologique. Ces hommes-là ne sont jamais revenus.
En tant qu’officier du renseignement, je connaissais aussi un terrible secret : certaines des institutions les plus vénérées de notre gouvernement avaient été infiltrées par le KGB, et des aspects clés de la politique étrangère américaine étaient dictés de l’intérieur du Kremlin. J’ai témoigné à ce sujet, d’abord à une audience du premier sous-comité du Sénat, présidé par le sénateur Everett Dirksen, de l’Illinois, en avril 1962, et, un mois plus tard, j’ai transmis ces mêmes informations au procureur général Robert Kennedy. Ce dernier m’a promis qu’il en ferait part à son frère, le président, et j’ai toutes les raisons de croire qu’il l’a fait. L’ironie du sort a voulu qu’en 1964, après m’être retiré de l’armée et avoir servi dans le personnel du sénateur Strom Thurmond, je travaille comme enquêteur pour le sénateur Richard Russell, membre de la Commission Warren.
Or, derrière toutes ces activités et au sein d’une double vie que personne ne soupçonnait, il y avait dans mon bureau du Pentagone un classeur contenant un seul dossier, dont j’avais hérité en raison de mon expérience du renseignement. Ce dossier contenait le secret militaire le plus important et le mieux gardé : les documents sur l’incident de Roswell, la cache des débris et des informations récupérés par une équipe de recherche de la 509 e base de l’armée de l’air dans les décombres d’un disque volant qui s’était écrasé au petit matin dans le désert du Nouveau-Mexique pendant la première semaine de juillet 1947. Le dossier Roswell contenait la relation de ce qui s’était produit au cours des heures et des jours ayant suivi l’écrasement, alors que le gouvernement procédait au camouflage officiel de l’événement. Tandis que les militaires tentaient d’établir la nature et l’origine de l’objet volant qui s’était écrasé au sol, ainsi que les intentions de ses occupants, un groupe secret fut créé sous la direction du directeur du renseignement, l’amiral Roscoe Hillenkoetter, afin d’étudier la nature des disques volants et de rassembler toutes les informations possibles sur ces phénomènes tout en niant publiquement et officiellement l’existence des soucoupes volantes. Cette opération s’est poursuivie sous une forme ou sous une autre durant cinquante ans et dans le secret le plus complet.
Je ne me trouvais pas à Roswell en 1947 et je n’ai pas entendu parler des détails de l’écrasement à l’époque car tout était gardé secret, même au sein de l’armée. On peut comprendre facilement pourquoi si l’on se souvient comme moi de l’émission radiophonique La Guerre des mondes du Mercury Theater en 1938, alors que tout le pays a paniqué en apprenant que des envahisseurs venus de la planète Mars avaient atterri à Grovers Mill, au New Jersey, et attaquaient la population locale. Les rapports fictifs de témoins oculaires faisant état de la violence des agresseurs et de l’incapacité de nos forces militaires à arrêter ces créatures étaient très imagés. Ces êtres tuaient tous ceux qui se trouvaient sur leur passage, disait au microphone le narrateur Orson Welles, alors qu’ils se dirigeaient vers New York dans leurs machines de guerre. Le climat de terreur de cette diffusion par un soir d’Halloween était si intense et les militaires étaient si incapables de protéger la population locale que la police était submergée d’appels téléphoniques. Tout le pays semblait devenu fou et les autorités elles-mêmes commençaient à s’affoler.
Or, à Roswell en 1947, l’atterrissage d’une soucoupe volante ne relevait pas de la fiction. Il était bien réel, les militaires avaient été incapables de l’empêcher, et, cette fois-ci, les autorités ne voulaient pas assister à une répétition de La Guerre des mondes . On peut donc voir quel état d’esprit alimentait le besoin désespéré d’étouffer cet événement. Sans mentionner que les militaires avaient craint tout d’abord que l’aéronef fût une arme expérimentale soviétique car il ressemblait à certains aéronefs conçus par les Allemands [1] et qui avaient fait leur apparition vers la fin de la guerre, particulièrement l’aile volante Horton en forme de croissant. Et si les Soviétiques avaient développé leur propre version de cet aéronef ?
Les détails de l’écrasement survenu à Roswell varient selon les versions. Comme je n’étais pas présent sur les lieux, j’ai dû m’appuyer sur les rapports des autres, même ceux des militaires. Au cours des ans, j’ai entendu des versions selon lesquelles des campeurs, une équipe archéologique ou le cowboy Mac Brazel avaient découvert les débris. J’ai lu des rapports militaires sur divers écrasements survenus à différents endroits à proximité de l’aérodrome militaire situé à Roswell, comme San Agustin et Corona, et même sur divers sites près de la ville elle-même. Tous ces rapports étaient classifiés, et je ne les ai ni copiés ni conservés pour mes archives après avoir quitté l’armée. La date de l’écrasement varie parfois : 2 ou 3 juillet plutôt que le 4. J’ai aussi entendu des gens discuter de la date et du déroulement des événements, mais tous s’entendaient pour dire qu’un aéronef s’était écrasé dans le désert près de Roswell, et cela, suffisamment proche des très sensibles installations d’Alamogordo et de White Sands pour amener l’armée à réagir sérieusement et rapidement dès qu’elle fut alertée.
En 1961, quelles que fussent les différences entre les diverses versions, le dossier d’information ultrasecret des événements de Roswell est entré en ma possession lorsque j’ai occupé le Bureau de la technologie étrangère de la division Recherche et développement. Mon patron, le général Trudeau, m’a demandé d’utiliser le programme de recherche et développement des armements pour infiltrer la technologie récupérée à Roswell dans le développement industriel par le biais du programme d’approvisionnement de la défense militaire. Aujourd’hui, des technologies comme le laser, les circuits intégrés, les réseaux de fibre optique, les accélérateurs de particules et même les gilets pare-balles Kevlar sont devenus des lieux communs, et pourtant leur développement est dû à ce qui fut découvert dans les débris de l’appareil extraterrestre écrasé à Roswell et qui s’est retrouvé dans mes dossiers quatorze ans plus tard.
Dans la confusion qui a suivi la découverte de ce vaisseau spatial, l’armée a déterminé, en l’absence de toute autre information, que celui-ci devait être d’origine extraterrestre. Pire, le fait que cet appareil et d’autres soucoupes volantes aient surveillé nos installations défensives et affichaient même des similitudes avec la technologie des nazis a incité les militaires à présumer que ces vaisseaux avaient des intentions hostiles et qu’ils auraient même pu intervenir chez les humains pendant la guerre. Nous ne savions pas ce que voulaient leurs occupants, mais nous devions présumer, d’après leur comportement, particulièrement leurs interventions dans la vie des humains et les mutilations de bétail rapportées, qu’ils étaient des ennemis potentiels. Cela voulait dire que nous avions affaire à une puissance bien supérieure et possédant des armes capables de nous détruire. En même temps, nous étions en guerre froide avec l’Union soviétique et la Chine continentale, et nous devions contrer l’infiltration de nos agences de renseignement par le KGB.
Les militaires se trouvaient donc en guerre sur deux fronts : contre les communistes, qui cherchaient à miner nos institutions tout en menaçant nos alliés, et, aussi incroyable que cela puisse paraître, contre les extraterrestres, qui présentaient une menace encore plus grande que les forces communistes. Nous avons donc utilisé la technologie des extraterrestres contre eux-mêmes, la transmettant à nos entrepreneurs de la défense et l’adaptant ensuite pour son utilisation dans nos systèmes de défense spatiaux. Il nous a fallu attendre les années 1980, mais nous avons fini par pouvoir déployer suffisamment l’Initiative de défense stratégique, « Star Wars », pour être en mesure de neutraliser les satellites ennemis, détruisant les systèmes de guidage électronique des ogives adverses et empêchant au besoin les vaisseaux spatiaux hostiles de constituer une menace. Nous utilisions alors une technologie extraterrestre : des lasers, des armes à énergie dirigée et des aéronefs équipés de la « furtivité ». Finalement, non seulement avons-nous perduré plus longtemps que les Soviétiques et mis fin à la guerre froide, mais nous avons neutralisé les extraterrestres, qui n’étaient pas si invulnérables qu’on l’avait cru.
Ce qui s’est passé après Roswell, comment nous avons retourné la technologie des extraterrestres contre eux-mêmes et comment nous avons réellement gagné la guerre froide, tout cela constitue une histoire incroyable. Au moment où je la vivais, je ne me rendais même pas compte à quel point elle l’était. Je faisais simplement mon travail, me rendant au Pentagone jour après jour jusqu’à ce que nous ayons suffisamment développé cette technologie extraterrestre pour qu’elle évolue toute seule dans l’industrie et revienne ensuite dans l’armée.
Je n’ai réalisé que plusieurs années plus tard, lorsque j’ai compris à quel point nous pouvions changer le cours de l’histoire, quelle avait été la portée de nos activités de recherche et développement, ainsi que de l’action du général Trudeau qui, en prenant le commandement de la division Recherche et développement, une unité alors désorganisée sous l’aile de l’Agence des projets de recherche avancée, en avait fait une division militaire qui a ensuite contribué à la création du missile téléguidé, du missile antimissile et du missile antisatellite à énergie dirigée.
M’étant toujours considéré comme un homme modeste issu d’une petite ville de l’ouest de la Pennsylvanie, je n’ai compris que trente-cinq ans après avoir quitté l’armée et m’être attelé à la tâche d’écrire mes Mémoires l’importance de nos réalisations en recherche et développement militaires, particulièrement notre récupération de la technologie issue de l’écrasement survenu à Roswell. Je l’ai comprise en relisant mes vieux journaux intimes, en me rappelant certains des mémos que j’avais écrits au général Trudeau et en me rendant compte que ce qui s’était produit au cours des jours ayant suivi cet écrasement constituait peut-être l’événement le plus significatif du dernier demi-siècle. Voici donc, croyez-le ou non, ce qui s’est passé au lendemain de l’écrasement survenu à Roswell, et comment un petit groupe d’agents du renseignement militaire ont changé le cours de l’histoire de l’humanité.
[1] Pour plus de détails sur le niveau prodigieux de développements qu’avait atteint les Allemands, voir le livre Programmes spatiaux secrets de Michael Salla.
Chapitre 1
Le désert de Roswell
S e confondant avec le sol, la nuit nous engouffre lorsque nous sortons d’Albuquerque pour entrer dans le désert. En roulant vers l’est par l’autoroute 40 et ensuite vers le sud par la 285 jusqu’à Roswell, nous nous sentons seuls avec le minuscule univers défini par les phares du véhicule. Au-delà du cercle de lumière ne règnent d’un côté comme de l’autre que le sable et les broussailles. Tout le reste n’est qu’obscurité se refermant derrière nous en inondant la route déjà parcourue et en nous poussant directement vers l’avant sur quelques centaines de mètres asphaltés.
Le ciel y est différent de tous ceux vus ailleurs. Le noir est si intense que les millions d’étoiles qui y brillent sont comme de minuscules fenêtres issues de la nuit des temps. Par les chaudes soirées d’été, on peut voir parfois des éclairs de chaleur au loin. Il y fait clair pendant un instant, puis l’obscurité revient. Or, dans le désert du Nouveau-Mexique, l’été est la saison des pluies et les orages surviennent de nulle part, la pluie et la foudre s’abattant au sol, le tonnerre martelant l’obscurité et ébranlant la terre à tout rompre. Les cowboys vous diront que ces orages peuvent durer toute la nuit, transformant les arroyos en billards électriques avant de s’étendre à l’horizon. Il en était ainsi il y a cinquante ans par une nuit semblable. Je n’y étais pas, mais j’en ai entendu plusieurs versions, dont certaines se déroulaient comme suit.
Le principal radar du 509 e aérodrome militaire, situé à l’extérieur de la ville de Roswell, avait capté d’étranges signaux durant toute la nuit du 1 er juillet 1947. Il en avait été de même du radar de White Sands, à proximité, la base de missiles téléguidés où avaient eu lieu les lancements d’essai des V2 depuis la fin de la guerre, ainsi que de celui de l’installation d’essais nucléaires d’Alamogordo. Ces signaux apparaissaient dans un coin de l’écran et traversaient celui-ci à une vitesse apparemment impossible pour un aéronef, puis disparaissaient dans un autre coin. Et ils recommençaient. Aucun véhicule terrestre n’aurait pu manœuvrer à une telle vitesse et changer de direction aussi rapidement. Il s’agissait là d’une signature que personne ne pouvait identifier. Impossible de savoir si c’était toujours le même appareil ou s’il y en avait plusieurs, ou si ce n’était là qu’une anomalie due à l’orage et à la foudre. Quand les opérateurs eurent vérifié le calibrage du système de radar, ils en ont donc fracturé les unités pour effectuer une vérification diagnostique des circuits de l’imagerie écran afin de s’assurer que leurs panneaux radars fonctionnaient adéquatement. Une fois qu’ils furent rassurés sur l’absence de tout malfonctionnement de leur équipement, ils se virent forcés d’admettre que les images écrans montraient quelque chose de bien réel. Ils ont confirmé ces observations auprès des contrôleurs aériens de White Sands, mais se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient que suivre ces signaux qui traversaient l’écran à chaque balayage du phare silencieux. Les signaux changeaient de position à volonté, avec une totale liberté dans tout le ciel surplombant les sites les plus secrets d’essais nucléaires et de missiles.
Durant toute la nuit et tout le jour suivant, le renseignement militaire resta en état d’alerte car il se passait quelque chose d’étrange. Les vols de surveillance effectués au-dessus du désert ne rapportèrent aucune observation d’objets étranges ni dans le ciel ni au sol, mais toute observation radar d’un aéronef non identifié suffisait pour que les commandants de la base présument de la présence de « quelque chose » ayant une intention hostile. C’est pourquoi le renseignement militaire, à Washington, a aussitôt dépêché au Nouveau-Mexique du personnel supplémentaire de contre-espionnage, particulièrement à la 509 e base, où l’activité semblait concentrée.
Les anomalies radar se sont poursuivies la nuit suivante, tandis que Dan Wilmot, propriétaire d’une quincaillerie de Roswell, avait installé des chaises sous son porche après le souper afin d’observer les éclairs se produisant dans le ciel au loin. Peu avant 22 heures ce soir-là, les éclairs se sont intensifiés et le sol a tremblé sous les coups de tonnerre d’un orage d’été qui pilonnait le chaparral au nord-ouest de la ville. Dan et son épouse observaient le spectacle en toute sécurité sous le toit de leur porche. Chaque éclair leur semblait une lance crevant les cieux.
Ils se dirent sans doute que c’était plus spectaculaire que tous les feux d’artifice du 4 juillet en regardant, médusés, un brillant objet ovale passer en vitesse au-dessus de leur maison et s’éloigner vers le nord-ouest, puis s’engouffrer dans l’obscurité derrière une élévation juste avant l’horizon. Le ciel est redevenu tout noir et, quand a surgi l’éclair suivant, l’objet avait disparu. Aussi étrange que fût cet objet, il disparut aussi vite des pensées de Dan, du moins jusqu’à la fin de la semaine.
Cet objet qui était passé au-dessus de la maison des Wilmot est aussi passé au-dessus de Steve Robinson alors qu’il conduisait son camion laitier sur la route nord de la ville. Robinson a suivi l’objet des yeux tandis que celui-ci traversait le ciel à une vitesse supérieure à celle de tous les avions qu’il avait déjà vus voler. Il s’agissait d’un objet brillant, elliptique et solide, plutôt que d’une séquence de lumières comme en créaient les avions militaires du 509 e aérodrome, en périphérie de la ville. L’objet disparut à l’ouest derrière une élévation en filant vers Albuquerque et Steve l’oublia en poursuivant sa route.
Pour les citoyens de Roswell, il n’y avait rien d’anormal. Les orages étaient fréquents en été, les observations de soucoupes volantes rapportées par les journaux et la radio n’étaient que des distractions mineures, et cet objet céleste qui avait attiré l’attention des Wilmot n’était sans doute rien d’autre qu’une étoile filante. Ce serait bientôt le week-end du 4 juillet, et les Wilmot, Steve Robinson et des milliers d’autres citoyens avaient hâte au début officiel des vacances d’été. Or, à la 509 e base militaire, personne ne célébrait.
Les incidents isolés de signaux radar non identifiés à Roswell et à White Sands ont continué à augmenter au cours des jours suivants, jusqu’à s’apparenter à des violations régulières de l’espace aérien. La chose devenait très sérieuse. On ne pouvait nier qu’une étrange circulation aérienne avait lieu au-dessus du désert du Nouveau-Mexique, où ces signaux radar planaient impunément sur nos plus secrètes installations militaires pour s’en éloigner ensuite à toute vitesse. Quand les avions militaires entrèrent en action, les intrus avaient disparu. Il était évident pour les commandants de la base que cette dernière était surveillée de près par une présence qui ne pouvait être qu’hostile. Au début, personne n’a pensé qu’il pût s’agir d’extraterrestres ou de soucoupes volantes, même s’il en avait été question dans les actualités au cours des semaines précédentes. Les officiers militaires de la 509 e base et de White Sands pensaient plutôt que c’étaient les Russes qui espionnaient la première base de bombardiers nucléaires de l’armée et son site de lancement de missiles téléguidés.
Déjà, le Contre-espionnage de l’armée, cet organisme de commandement ultrasecret qui, en 1947, opérait autant dans le secteur civil que dans le secteur militaire, était passé à son plus haut niveau d’alerte et avait ordonné le plein déploiement à Roswell de ses opérateurs les plus expérimentés de la Deuxième Guerre mondiale. Le personnel du CIC (Counter Intelligence Corps) avait commencé à arriver de Washington après que les premiers rapports d’étranges signaux radar eurent été transmis par les réseaux de renseignement, et il continua à arriver à mesure que les rapports s’accumulaient avec une urgence croissante au cours des quarante-huit heures suivantes. Les officiers et les hommes de troupe débarquaient des avions de transport et revêtaient des vêtements civils pour enquêter sur des activités ennemies dans la région. Ils se joignirent aux officiers du renseignement de la base, comme le major Jesse Marcel et Steve Arnold, un sous-officier du contre-espionnage qui avait servi à la base de Roswell durant la Deuxième Guerre mondiale quand la première mission de bombardement nucléaire contre Hiroshima y avait été lancée en août 1945, soit environ deux ans plus tôt.
Le soir du 4 juillet 1947 (bien que la date varie selon les diverses versions des événements), alors que tout le reste du pays célébrait le jour de l’Indépendance et appréciait avec un grand optimisme la paix coûteuse apportée par ses soldats, les opérateurs radar des sites en périphérie de Roswell remarquèrent que les étranges objets revenaient et qu’ils avaient pratiquement changé de forme sur l’écran. Ils pulsaient – aucune autre façon de les décrire – en brillant plus intensément et ensuite faiblement tandis que d’énormes orages éclataient sur le désert. Steve Arnold, posté ce soir-là dans la tour de contrôle de l’aérodrome de Roswell, n’avait jamais vu un signal radar se comporter de la sorte, traversant l’écran entre les balayages à une vitesse de plus de 1 500 kilomètres/heure. En pulsant constamment, en palpitant presque, tandis que le ciel au-dessus de la base explosait dans un déploiement biblique de tonnerre et d’éclairs, le signal se dirigea en arc vers le coin gauche du bas de l’écran et, d’un coup sembla disparaître en produisant une brillante fluorescence blanche avant de s’évaporer sous les yeux de l’observateur. Puis, les signaux disparurent. Alors que les contrôleurs et les officiers du renseignement se regardaient, médusés, une même pensée vint à l’esprit de tous : un objet, quel qu’il fût, s’était écrasé au sol. La réponse militaire fut mise en branle en quelques secondes : il s’agissait d’une question de sécurité nationale, et il fallait absolument repérer cet objet dans le désert et le rapporter avant que quiconque le trouve.
Même avant que l’officier du radar eût téléphoné au commandant de la 509 e base, le colonel William Blanchard, pour lui rapporter que le radar avait capté l’écrasement au sol, au nord-ouest de Roswell, d’un aéronef non identifié, l’équipe du CIC s’était déjà mobilisée pour déployer une équipe de récupération chargée de repérer et de sécuriser le site de l’écrasement. On croyait qu’il s’agissait d’un avion ennemi qui, en provenance de l’Amérique du Sud ou du Canada, s’était glissé dans notre système de défense radar pour prendre des photos de nos installations militaires ultrasecrètes. Les gens du CIC voulaient également éloigner les civils, au cas où des radiations émanant du système de propulsion de cet aéronef effectueraient des virages en épingle à cheveux à 4 800 kilomètres/heure. Personne ne savait comment cet objet volant était propulsé ni si des occupants s’en étaient éjectés et erraient dans le désert. « Bull » Blanchard donna le feu vert à la mission de récupération pour qu’elle se rende sur les lieux le plus vite possible avec tout l’équipement de patrouille nocturne qu’elle pouvait rassembler, tous les camions de deux tonnes et demie qu’elle pouvait faire rouler, ainsi que des plateformes pour rapporter l’aéronef. S’il s’agissait effectivement d’un écrasement, il fallait remiser l’appareil dans un hangar avant que les autorités civiles ne mettent la main dessus et ne préviennent les journaux.
Or, les contrôleurs aériens de la 509 e base n’étaient pas les seuls qui croyaient avoir vu tomber un aéronef. En périphérie de la ville, des cowboys, des familles campant dans le désert ainsi que des résidents avaient vu un aéronef exploser dans la nuit parmi les éclairs de l’orage et chuter vers le sol en direction de Corona, la ville voisine au nord de Roswell. Le shérif du comté, George Wilcox, a reçu des appels dans son bureau à partir de minuit le 5 juillet lui disant qu’un avion s’était écrasé dans le désert, et il a informé les pompiers de Roswell qu’il les y dépêcherait dès qu’il en obtiendrait l’emplacement approximatif. Il était inutile de faire sortir les équipements de la caserne sans connaître cet emplacement. Par ailleurs, Wilcox n’aimait pas tellement voir tous les camions quitter la ville, au cas où un incendie y nécessiterait leur présence.
Néanmoins, il n’a pas fallu longtemps pour trouver le lieu de l’écrasement. Un groupe de chasseurs d’artefacts amérindiens campant dans la brousse au nord de Roswell avaient aussi aperçu dans le ciel cette lumière pulsante, entendu un sifflement intense et l’étrange bruit d’un choc au loin, et suivi ce bruit jusqu’à un groupe de basses collines se trouvant juste au-dessus d’une élévation. Avant même d’avoir inspecté l’épave fumante, ils ont transmis par radio l’emplacement de l’écrasement au bureau du shérif Wilcox, qui a aussitôt dépêché les pompiers vers un lieu situé à environ 60 kilomètres au nord-ouest de la ville.
« Je suis déjà en route », a-t-il dit à l’opérateur radio de la caserne des pompiers, qui a aussi téléphoné à la police municipale pour obtenir une escorte.
Ainsi, vers 4 h 30 ce matin-là, un seul camion à incendie, escorté par une voiture de police, traversait le désert vers l’ouest par la route de Pine Lodge pour se rendre à l’endroit indiqué par le shérif Wilcox. Ni ce dernier ni les pompiers ne savaient qu’une équipe militaire de récupération était également en route vers le site, avec l’ordre d’empêcher la dissémination non autorisée de toute information sur l’écrasement.
Il faisait encore nuit lorsque Steve Arnold, dans l’une des voitures du convoi de véhicules de récupération provenant de la 509 e base, atteignit en premier le site de l’écrasement. Même avant que les camions ne s’immobilisent, un lieutenant de la police militaire, qui avait pris place dans la première jeep, déploya un groupe de sentinelles, et un ingénieur ordonna à son unité d’installer une série de projecteurs dans tout le secteur. Arnold arrêta alors sa voiture et jeta un premier regard sur les débris. Or, il ne s’agissait aucunement de débris, du moins pas comme ceux des avions qu’il avait vus durant la guerre. D’après ce qu’il pouvait observer dans l’obscurité, l’aéronef de couleur sombre lui paraissait presque intact et n’avait perdu aucune pièce majeure. Bien sûr, il y avait des petits débris çà et là, mais l’appareil lui-même ne s’était pas brisé lors de l’impact comme l’aurait fait un avion normal. De plus, toute la scène baignait encore dans l’obscurité.
Les voitures du personnel et les jeeps qui avaient accompagné les camions se sont rangés autour de l’appareil écrasé afin d’ajouter la lumière de leurs phares à celle des projecteurs que les ingénieurs étaient encore en train d’installer. Sous leurs rayons croisés, Arnold a vu qu’effectivement l’aéronef en forme d’aile aux angles arrondis était en une seule pièce, même si son nez s’était enfoncé profondément dans la berge de l’arroyo, la queue s’élevant haut dans les airs. Les débris dégageaient encore de la chaleur, même si, selon le radar de la 509 e base, l’écrasement s’était sans doute produit avant minuit, le soir du 4 juillet. Arnold entendit alors le bref grésillement du chargement d’une pile et le bourdonnement d’une génératrice à essence. La série de projecteurs a alors éclairé la scène comme un terrain de baseball avant un match en nocturne.
Sous la lumière crue des projecteurs militaires, Arnold a alors vu tout le paysage où avait eu lieu l’écrasement. À ses yeux, cela ressemblait plutôt à un atterrissage en catastrophe qu’à un écrasement car l’appareil était intact, sauf une fente tout le long d’un côté ainsi que sa forte inclinaison de plus de 45 degrés. Il présuma qu’il s’agissait d’un aéronef, même s’il ne ressemblait à aucun avion connu. Cet appareil était petit et ressemblait davantage à l’aile [1] d’un vieux Curtis qu’à une ellipse ou à une soucoupe. En outre, il possédait deux « nageoires caudales » qui ressortaient vers le haut de chaque côté. Arnold se rapprocha le plus possible de la fente de l’aéronef sans se placer devant les travailleurs qui, en combinaison les protégeant des matières dangereuses, vérifiaient si le site dégageait des radiations, et c’est alors qu’il aperçut dans l’ombre, étendus sur le sol, de petits personnages gris foncé mesurant plus d’un mètre de longueur.
« Est-ce que ce sont des gens ? » a-t-il entendu quelqu’un dire tandis que le personnel médical accourait avec des civières vers la lacération située sur le côté de l’aéronef et par laquelle ces êtres s’étaient échappés ou étaient tombés.
Arnold regarda dans le périmètre de la lumière et aperçut alors un autre personnage immobile, mais néanmoins menaçant, et un autre encore contre une petite élévation dans le sable du désert. Un cinquième personnage se trouvait près de l’ouverture de l’aéronef. Tandis que les techniciens qui avaient vérifié l’absence de radioactivité donnaient le feu vert à l’équipe médicale, qui se dirigea en vitesse vers les corps avec des civières, Arnold jeta un œil par l’ouverture de l’appareil et regarda à l’intérieur jusqu’en haut. Il y faisait aussi clair que si le soleil était déjà levé !
Il regarda de nouveau à l’extérieur pour s’assurer qu’il y faisait encore trop sombre pour que ce soit le jour. Pourtant, il régnait à l’intérieur du vaisseau une étrange lumière, ni celle du jour ni celle d’un éclairage artificiel, mais une lumière comme il n’en avait jamais vue. Il pensa qu’il s’agissait peut-être d’une arme développée par les Russes ou par quelqu’un d’autre.
Le site de l’écrasement était un microcosme du chaos. Les techniciens ayant une tâche spécifique, comme le personnel médical, les détecteurs de matières dangereuses, les signaleurs et les opérateurs radio, ainsi que les sentinelles, accomplissaient leur travail aussi méthodiquement que les zombies au cerveau lessivé de l’empereur Ming des films de Flash Gordon. Mais tous les autres, y compris les officiers, étaient tout simplement estomaqués. Ils n’avaient jamais rien vu de tel et ils étaient en proie à un ahurissement profond.
« Hé ! celui-ci est vivant », Arnold a-t-il entendu dire par quelqu’un. Se retournant aussitôt, il vit que l’un des petits personnages se débattait sur le sol. Avec le reste du personnel médical, Arnold se précipita vers lui et le vit trembler en poussant un cri qui ne résonna pas dans l’air, mais plutôt dans son cerveau. Il n’entendit rien par ses oreilles, mais il ressentit une grande tristesse tandis que le petit personnage se convulsait sur le sol, sa tête ovale démesurée se tournant à gauche et à droite comme s’il essayait de saisir quelque chose à respirer. C’est alors qu’Arnold entendit une sentinelle crier : « Hé ! vous, là-bas. » Il se retourna alors vers la colline opposée à l’arroyo.
« Halte ! » cria la sentinelle en direction du petit personnage, qui s’était relevé et tentait désespérément de franchir la légère élévation.
La sentinelle cria « Halte ! » de nouveau et arma sa carabine M1. D’autres soldats se mirent à courir vers la colline tandis que le petit personnage dérapait dans le sable et glissait vers le bas, retrouvait son équilibre et se remettait à monter. Le bruit que faisaient les soldats en chargeant leurs armes se répercutait fortement dans l’obscurité du désert.
« Non ! » cria l’un des officiers. Arnold ne put voir qui avait crié ça, mais il était déjà trop tard.
Une salve de coups de feu fut tirée par les soldats nerveux, et le petit personnage tenta de rester debout, mais il retomba au pied de la colline comme une poupée de chiffon. Il gisait immobile sur le sable quand les trois premiers soldats qui le rejoignirent rechargèrent leurs armes en les dirigeant vers sa poitrine.
« Merde ! lança l’officier. Arnold ! »
Steve Arnold se mit au garde-à-vous.
« Vous et vos hommes, allez empêcher les civils de franchir ce périmètre. »
Il lui indiqua un petit convoi de véhicules d’urgence qui approchait en provenance de l’est. Il savait qu’il devait s’agir de la police ou du shérif du comté. Puis il interpella le personnel médical.
Arnold obtempéra sur-le-champ et, au moment où le personnel médical plaçait la petite créature sur une civière, il établissait déjà un périmètre formé par du personnel du CIC et des sentinelles, afin d’isoler le site des véhicules aux lumières clignotantes derrière lesquels on voyait le sable se soulever au loin. Il entendit l’officier ordonner au personnel médical de placer les corps sur des civières, de les ranger à l’arrière du premier camion qu’ils pourraient dégager de la file et de les transporter à la base sans délai.
« Sergent, poursuivit l’officier, je veux que vos hommes placent dans les camions tout ce qu’ils peuvent ramasser, qu’ils déposent cette chose-là – il indiqua l’objet en forme d’aile – sur cette plateforme et qu’ils la sortent d’ici. Et vous tous, je veux qu’il ne reste plus aucune trace sur ce site. Il ne s’est jamais rien passé ici, vous m’entendez ? Il n’y a ici que des broussailles, comme dans tout le reste de ce désert. »
Tandis que les hommes formaient une chaîne pour nettoyer le sol, l’énorme grue hissa l’objet volant, étonnamment léger, hors du cratère de son impact dans l’arroyo et le balança au-dessus de la plateforme Ford qui accompagnait le convoi de camions militaires. Une petite escouade de la police militaire fut déployée pour faire face au convoi civil de véhicules d’urgence qui approchait rapidement du site. Ils pointèrent leurs baïonnettes et leurs carabines vers le tourbillon de sable qui s’agitait tout droit devant eux.
De l’autre côté de la ligne de tir, le pompier Dan Dwyer, radio sur l’autopompe rouge Ward LaFrance, ne vit d’abord pas grand-chose d’autre qu’une oasis de lumière blanche au milieu de l’obscurité. Son petit convoi avait allumé ses feux de position, mais il n’avait pas déclenché ses sirènes en quittant la caserne située au centre de Roswell pour aller rejoindre la voiture de police au nord de la ville avant de filer vers le site présumé d’un écrasement d’avion. En approchant du secteur abondamment éclairé – qui ressemblait davantage de loin à un petit parc d’attraction qu’au site d’un écrasement –, il vit des soldats encerclant un objet se balançant au bras d’une grue. En approchant davantage, Dwyer ne put apercevoir que l’étrange forme deltoïde soulevée par la grue, qui faillit l’échapper une ou deux fois sous le contrôle inexpérimenté de l’opérateur. Même à cette distance, les cris et les jurons s’entendaient dans le désert tandis que l’objet s’élevait du sol, puis descendait enfin vers la plateforme de la remorque.
L’unité policière précédant le camion de pompiers se précipita vers le lieu éclairé dès que le conducteur en vit l’activité, et tout le secteur fut immédiatement obscurci par le nuage de sable créé par le véhicule. Dwyer ne pouvait plus voir que le reflet de ses propres phares. Quand le sable retomba, la voiture se retrouva pratiquement au sommet du site et dut s’écarter du chemin devant les camions militaires qui commençaient déjà à retourner vers la ville. Dwyer regarda par-dessus son épaule pour voir si d’autres camions s’en venaient vers lui, mais il ne vit que les premières lueurs de l’aurore à l’horizon. Le jour se levait.
Quand Dan Dwyer parvint finalement au secteur indiqué par les soldats, l’objet qui s’était écrasé au sol reposait sur la plateforme, toujours attaché au bras de la grue. Trois ou quatre soldats s’affairaient à le fixer à la remorque par des chaînes et des câbles. Dwyer remarqua que l’objet était pratiquement intact, bien qu’il fût tombé du ciel dans une boule de feu. Il ne pouvait y voir aucune fissure ni aucune brisure. Les soldats jetèrent alors une bâche olivâtre sur la plateforme pour camoufler entièrement l’objet. Un capitaine de l’armée s’avança ensuite vers l’une des unités de police immobilisées devant le camion de pompiers, suivi d’une ligne de soldats armés de baïonnettes et munis du brassard de la police militaire.
« Vous pouvez retourner en ville, Dwyer entendit-il le capitaine dire à l’un des policiers de Roswell se trouvant sur les lieux. Nous avons sécurisé le secteur.
– Et les blessés ? demanda le policier, pensant sans doute davantage au rapport à remplir sur l’incident qu’au soin d’éventuels blessés.
– Pas de blessés, répondit le capitaine. Tout est réglé. »
Tandis que les militaires incitaient le convoi civil à quitter les lieux, Dwyer vit que l’on plaçait dans les camions des civières sur lesquelles gisaient de petits cadavres, dont deux se trouvaient déjà dans des housses mortuaires tandis qu’un autre était directement attaché à sa civière. Le policier le vit également. Dwyer put voir que celui-là semblait vivant et qu’il se débattait. Il lui fallait s’en approcher.
« Et ceux-là ? demanda-t-il.
– Hé ! chargez vite tout ça ! cria le capitaine aux hommes qui plaçaient les civières dans le camion. Vous n’avez rien vu ici ce soir, officier, dit-il ensuite au chauffeur de l’unité policière. Rien du tout.
– Mais je dois… »
Le capitaine l’interrompit.
« Plus tard aujourd’hui, quelqu’un de la base s’adressera à l’équipe. Entre-temps, oubliez tout ça. C’est une affaire strictement militaire. »
À ce moment, Dwyer crut reconnaître des gens de l’aérodrome. Il crut voir l’officier du renseignement de la base, Jesse Marcel, qui vivait à l’extérieur de la base, à Roswell, et d’autres membres du personnel qui venaient régulièrement en ville. Il aperçut, partout sur le sol, des débris de l’objet volant qui s’était écrasé, tandis que la remorque se mettait en branle, passait devant le camion de pompiers et reprenait le chemin de la base.
Dwyer enleva son casque de pompier, descendit de son camion et marcha dans l’ombre autour de la ligne des policiers militaires. Il y avait tellement de confusion sur le site qu’il savait que personne ne le remarquerait. Il passa derrière le camion, traversa le périmètre et, depuis l’autre côté du camion militaire, s’avança jusqu’à la civière et regarda dans les yeux la créature qui y était attachée.
Cet être avait la taille d’un enfant, mais ce n’en était pas un. Aucun enfant n’avait une tête aussi démesurée et en forme de ballon. Il n’avait même pas l’apparence d’un humain, bien qu’il en possédât certaines caractéristiques. Il avait de grands yeux foncés, séparés par une pente descendante. Son nez et sa bouche étaient particulièrement minces, presque de simples fentes, et ses oreilles n’étaient que des échancrures sur les côtés de son énorme tête. Sous les projecteurs, Dwyer pouvait voir que cette créature était d’un brun grisâtre, et entièrement dépourvue de poils, mais qu’elle le regardait comme un animal impuissant pris au piège. Elle ne produisait aucun son, mais Dwyer comprit qu’elle se savait mourante. Il continua à la regarder avec étonnement pendant qu’elle était rapidement placée dans le camion par deux soldats casqués qui lui demandèrent ce qu’il faisait là. Dwyer savait qu’il n’aurait pas dû se trouver là et il s’éloigna rapidement pour se fondre dans un groupe qui empilait des débris.
Tout le site était parsemé de diverses choses qui avaient dû tomber de l’appareil quand celui-ci avait heurté le sol. Dwyer vit la brèche creusée dans l’arroyo par l’objet qui s’y était enfoncé et il suivit des yeux, dans l’obscurité s’étendant au-delà de la lumière des projecteurs, le trajet des débris répandus autour du petit cratère. Les soldats marchaient à quatre pattes avec des dispositifs de raclage en portant des sacs ou bien avançaient en ligne droite en poussant devant eux des détecteurs de métal. Ils nettoyaient tout le secteur afin que d’éventuels curieux n’y découvrent rien qui puisse révéler la nature de ce qui s’était trouvé là. Dwyer se pencha pour ramasser un morceau de matériel métallique d’un gris terne et ressemblant à du tissu. Il l’étreignit dans sa main comme une balle, puis le relâcha. Le tissu métallique reprit alors sa forme originelle, sans aucun pli. Croyant que personne ne le regardait, Dwyer le fourra dans la poche de sa veste de pompier afin de le rapporter à la caserne.
Il le montrerait plus tard à sa fille qui, quarante-cinq ans plus tard et longtemps après que ce morceau de tissu métallique eut disparu dans les replis de l’histoire, le décrirait à des millions de personnes dans des documentaires télévisés. Pourtant, en cette nuit de juillet 1947, si Dwyer se croyait invisible, il se trompait.
« Hé ! vous là ! lui cria un sergent portant un brassard de la police militaire. Que faites-vous ici ?
– Je suis venu avec les pompiers, répondit Dwyer, le plus innocemment possible.
– Eh bien, retournez à votre camion et déguerpissez ! Vous avez ramassé quelque chose ?
– Pas moi, sergent », répondit Dwyer.
Le policier militaire lui saisit alors le bras comme s’il le mettait en état d’arrestation et l’emmena aussitôt devant un major qui criait des ordres près de la génératrice alimentant les projecteurs. Dwyer reconnut Jesse Marcel, un résident de Roswell.
« J’ai surpris ce pompier errant parmi les débris, monsieur », dit le sergent.
Marcel reconnut Dwyer, même si les deux hommes n’étaient pas des amis, et lui lança un regard angoissé.
« Vous devez partir d’ici, lui dit-il, et ne dites jamais à personne où vous étiez ni ce que vous y avez vu. »
Dwyer opina.
« Je suis sérieux, poursuivit Marcel. N’en parlez pas, ne dites rien avant que quelqu’un vous indique quoi dire. Maintenant, sortez votre camion d’ici avant que quelqu’un d’autre vous voie et vous expulse tous. Allez ! »
Il se tourna ensuite vers le policier militaire casqué :
« Sergent, ramenez-le à son camion de pompiers et faites-le sortir d’ici. »
Dwyer n’avait pas besoin d’une autre invitation… Il laissa le sergent l’escorter jusqu’au camion et demanda au chauffeur de rentrer à la caserne. Le sergent de la police militaire s’avança jusqu’à la fenêtre du chauffeur et lui dit : « Nous vous avons donné l’ordre de quitter ce site. Immédiatement ! »
L’unité de police de Roswell avait déjà fait demi-tour et se plaça de façon à permettre au camion de reculer. Celui-ci fit aussi demi-tour sur le sable pour se diriger aussitôt vers Roswell. La remorque Ford avait déjà traversé la ville endormie juste avant les premières lueurs de l’aube sans que le bruit de son moteur inquiète personne ni que l’objet recouvert d’une bâche posé sur sa plateforme ne soulève la curiosité car il n’y avait là rien d’inhabituel. Plus tard, toutefois, quand Dwyer remisa son camion dans la caserne, le soleil était déjà levé et le premier camion de transport GMC venait à peine d’atteindre l’entrée principale de la 509 e base militaire.
Le plombier sous-traitant Roy Danzer, qui avait travaillé à la base toute la nuit, avait compris qu’il se passait quelque chose d’anormal en voyant les camions quitter la base pour s’enfoncer dans l’obscurité. À leur retour, il venait de sortir de l’hôpital militaire pour griller une cigarette avant de retourner à son travail. C’est alors qu’il entendit un tumulte à l’entrée principale. Danzer s’était coupé la main quelques jours plus tôt en découpant un tuyau, et l’infirmière désirait revoir régulièrement ses points de suture afin de s’assurer de l’absence d’infection. Il quittait donc son travail pendant quelques minutes afin d’aller faire changer son pansement. En y retournant, il attrapait une tasse de café et fumait une cigarette. Or, ce matin-là, les choses se passèrent différemment.
Le tumulte qu’il avait entendu à la porte principale se matérialisa bientôt en une foule de soldats et de travailleurs agités, repoussés par une escouade de la police militaire qui se frayait un passage parmi eux. Il ne semblait même pas y avoir un officier qui donnât des ordres, mais simplement une foule de soldats. Étrange. Le groupe se dirigea alors tout droit vers l’entrée principale de l’hôpital de la base, à l’endroit précis où Roy se trouvait.
Personne ne lui demanda de s’écarter du chemin ni de quitter les lieux. Il regarda les soldats qui passaient devant lui et vit alors un être étrange attaché à une civière portée par deux soldats. Leurs regards se rencontrèrent. Roy comprit instantanément qu’il ne s’agissait pas d’un être humain. Cette créature venait d’ailleurs. L’air suppliant de ce visage qui n’occupait qu’une petite partie d’une énorme tête ainsi que la souffrance perçue intérieurement par Roy en regardant cet être lui firent comprendre que celui-ci vivait ses derniers moments. Il ne parlait pas et bougeait à peine, mais Roy a vu ou a cru voir une expression traverser ce petit visage. L’instant d’après, la créature avait disparu, transportée à l’intérieur de l’hôpital par les brancardiers, qui avaient lancé au plombier un regard hostile au passage. Roy tira une autre bouffée de sa cigarette.
« Mais qu’est-ce que c’était ça ? » se demanda-t-il tout haut, éberlué. Il se sentit aussitôt bousculé par deux policiers militaires qui le plaquèrent contre une porte de métal et l’y retinrent jusqu’à ce qu’un officier – un capitaine, croyait-il – s’avance et lui pointe un doigt en plein visage.
« Qui êtes-vous, monsieur ? » lui hurla-t-il dans les oreilles.
Avant même que Danzer ait pu répondre, deux autres officiers s’avancèrent et lui demandèrent quelle était son autorisation à se trouver dans cette base.
Ces gens-là ne blaguaient pas. Ils semblaient même fous furieux. Pendant quelques minutes, Danzer crut qu’il ne reverrait plus jamais sa famille. Il avait peur à ce point-là. Tout à coup, un major s’approcha.
« Je connais ce type, dit-il. Il travaille ici avec les autres entrepreneurs civils. Il est correct.
– Monsieur… », bredouilla le capitaine.
Le major, dont Danzer ignorait le nom, entraîna alors le capitaine à l’écart. Danzer les vit converser sans comprendre ce qu’ils disaient et il vit le capitaine se calmer peu à peu. Les deux hommes revinrent ensuite à l’endroit où les policiers militaires le retenaient contre le mur.
« Vous n’avez rien vu, vous m’entendez ? » lui dit alors le capitaine.
Danzer ne fit qu’opiner.
« Vous ne parlerez de ça à personne, ni à votre famille ni à vos amis. À personne. Vous comprenez ?
– Oui, monsieur », répondit Danzer.
Il avait maintenant vraiment peur.
« Si vous parlez, nous le saurons. Nous saurons à qui vous aurez parlé et vous disparaîtrez tous.
– Capitaine, intervint le major.
– Monsieur, ce type n’a pas d’affaire ici, et s’il parle, je ne peux rien garantir. »
Le capitaine faisait comme s’il tentait de se protéger devant un supérieur qui en savait moins que lui.
« Alors, oubliez tout ce que vous avez vu, dit le major lui-même à Danzer, et déguerpissez d’ici avant que quelqu’un d’autre vous voie et veuille s’assurer de votre silence.
– Oui, MONSIEUR », cria Danzer en se dégageant de la poigne des deux policiers militaires.
Il se précipita aussitôt vers sa camionnette rangée de l’autre côté de la base, sans même se retourner pour voir l’équipe de soldats transportant les housses mortuaires des autres créatures à l’intérieur de l’hôpital, où, avant toute autre instruction, elles seraient préparées pour une autopsie comme des bêtes tuées à la chasse.
La suite appartient à l’histoire. Tout d’abord, le commandant de la 509 e base, Bull Blanchard, autorisa la diffusion de l’incident de la « soucoupe volante », diffusion qui fut relayée par les services de nouvelles et fit le tour du pays. Puis, au quartier général de la 8 e force aérienne, le général Roger Ramey ordonna au major Jesse Marcel de retourner devant la presse et de démentir l’histoire de la soucoupe volante. Cette fois, Marcel avait reçu l’ordre de dire qu’il avait fait une erreur et qu’il s’était rendu compte par la suite que les débris provenaient en réalité d’un ballon atmosphérique. Porteur d’une histoire qu’il ne croyait pas lui-même, Jesse Marcel posa avec de faux débris provenant d’un véritable ballon atmosphérique et avoua une erreur qu’il n’aurait jamais commise, même dans les pires circonstances. Cette confession l’a hanté toute sa vie durant, jusqu’à ce que, des décennies plus tard et peu de temps avant sa mort, il se rétracte et déclare qu’il avait réellement récupéré un vaisseau spatial extraterrestre cette nuit-là dans le désert de Roswell.
Entre-temps, au cours des jours et des semaines qui ont suivi l’écrasement et la récupération de l’appareil, le personnel du renseignement militaire et celui du CIC se sont déployés dans la ville de Roswell et dans les communautés environnantes afin d’étouffer toute information indésirable concernant l’événement. Par des menaces de violence peu judicieuses, une réelle intimidation physique et, selon certaines rumeurs, au moins un homicide, les officiers militaires ont réduit la communauté au silence. Mac Brazel, l’un des civils près de la propriété où l’écrasement avait eu lieu et qui s’était rendu sur le site, aurait été soudoyé et menacé. Il est devenu soudainement silencieux au sujet de ce qu’il avait vu dans le désert, même après avoir dit à des amis et à des journalistes qu’il avait récupéré des pièces d’un vaisseau spatial écrasé au sol. Les officiers du département du shérif du comté de Chavez ainsi que les autres corps policiers furent forcés à se soumettre au décret de l’armée selon lequel l’incident qui s’était produit à l’extérieur de Roswell était une question de sécurité nationale qui ne devait pas être discutée. « Cela ne s’est jamais produit », a décrété l’armée, et les autorités civiles s’y sont conformées volontiers. Même les correspondants de nouvelles des stations radiophoniques locales, John McBoyle de KSWS et Walt Whitmore Sr. de KGFL, qui avaient interviewé des témoins du site de l’écrasement, furent forcés de se soumettre à la consigne officielle imposée par l’armée et à ne jamais diffuser leurs reportages.
Quant à certains des civils qui dirent avoir été intimidés par des militaires sur le site de l’écrasement, leur traumatisme persista pendant toute leur vie. Par exemple, la fille de Dan Dwyer, Sally, qui n’était qu’une enfant en 1947 et qui a dû subir la vision d’un énorme militaire casqué qui, le visage obscurci par des verres fumés, se pencha sur elle dans la cuisine de sa mère pour lui dire qu’elle disparaîtrait dans le désert avec toute sa famille si elle n’oubliait pas ce que son père lui avait raconté. Sally, qui avait joué avec le tissu métallique rapporté par Dan à la caserne des pompiers ce matin-là et qui avait entendu sa description du petit personnage transporté sur une civière, trembla de terreur quand l’officier réussit enfin à lui faire admettre qu’elle n’avait rien entendu et qu’elle n’avait touché à rien. « Ça ne s’est jamais passé, lui chuchota-t-il, et tu n’en diras jamais rien pendant tout le reste de ta vie, sinon nous le saurons », lui répéta-t-il plusieurs fois en faisant claquer sa matraque dans sa paume à chaque mot qu’il martelait. Même aujourd’hui, elle a les larmes aux yeux en racontant la scène, et elle se souvient de l’expression de sa mère, à qui l’on avait dit de quitter sa cuisine pendant que l’officier parlerait à Sally. Il est dur pour un enfant de voir ses parents tellement terrorisés qu’ils nient la vérité sous ses yeux.
La fille de Roy Danzer également fut effrayée en voyant son père rentrer de la base, le matin du 5 juillet 1947. Il n’a évidemment rien dit de ce qui s’y était passé, même si des rumeurs circulaient dans la ville selon lesquelles des créatures de l’espace avaient envahi Roswell. Tous les enfants de cette ville ne savaient-ils pas que les journaux et même la radio parlaient de soucoupes volantes depuis des semaines ? Roy Danzer ne dirait cependant jamais rien devant sa fille. Elle a néanmoins entendu parler ses parents à travers la porte de leur chambre, le soir, et elle a alors capté des bribes de conversation évoquant de petites créatures qui allaient « tous nous tuer ». Elle a toutefois enfoui ces paroles au fond de sa mémoire et n’y a plus jamais repensé jusqu’à ce que son père, peu de temps avant sa mort, lui dise ce qui s’était réellement passé à la base en ce jour de juillet lorsque le convoi était rentré du désert.
Steve Arnold est resté à Roswell pour terminer son réengagement officiel dans l’armée et, sans qu’il le sache directement, il a continué à faire partie de mon équipe durant les années 1960. Certains disent qu’il travaille toujours pour le gouvernement, dans un emploi qui lui est tombé tout droit du ciel du Nouveau-Mexique et où il transmet la désinformation provenant de l’armée ou de la CIA, perpétuant un camouflage qui, un demi-siècle plus tard, survit et va de l’avant par la simple force d’inertie, comme une histoire tirée d’un roman de Dickens. On peut voir Steve rôder aujourd’hui [en date de 1997] autour de Roswell, visitant ses vieux amis du temps de l’armée et donnant des interviews pour la télévision aux équipes de nouvelles qui rendent visite périodiquement aux gens de Roswell désireux de parler des événements de 1947.
Quant aux débris récupérés dans le désert cet été-là, ils ont eu un autre destin. Expédiés à Fort Bliss, au Texas, quartier général de la 8 e force aérienne de l’armée, et analysés sommairement pour découvrir leur nature et leur composition, ils ont tous été transférés ensuite sur une autre base militaire. Aussi vite qu’ils étaient arrivés, certains de ces débris furent envoyés par avion dans l’Ohio, où ils furent mis sous clé à l’aérodrome Wright, rebaptisé plus tard Wright-Patterson. Le reste fut chargé sur des camions et envoyé à Fort Riley, au Kansas. La 509 e base a alors repris sa routine quotidienne, Jesse Marcel est rentré au travail comme s’il n’avait jamais touché à l’épave de l’étrange aéronef, et les entrepreneurs sont retournés s’occuper des tuyaux, des portes et des murs de la base, comme si rien n’y avait été apporté du désert.
Dès la fin de la première semaine de juillet 1947, l’écrasement survenu à l’extérieur de Roswell aurait pu tout aussi bien n’avoir jamais eu lieu. Tout comme la nuit engouffre le voyageur roulant dans le désert vers Roswell, le silence a engouffré l’histoire de Roswell pendant plus de trente ans.
J’ai relaté ici ce que les gens m’ont raconté plus tard. Je n’étais pas présent à Roswell cette nuit-là et je n’ai pas été témoin moi-même des événements. Je n’en ai pris connaissance que plus tard, quand la tâche m’a incombé d’en faire quelque chose. Les débris de l’écrasement de cet objet volant, qui fut causé par la foudre ou par le ciblage de nos radars, selon certains, devaient entrer en collision avec ma vie. Nos trajectoires se sont croisées officiellement au Pentagone au cours des années 1960, même si, pendant un court moment en 1947, alors que j’étais un jeune major à Fort Riley, baignant dans la gloire de la victoire en Europe, j’ai vu quelque chose que j’ai aussitôt enfoui dans ma mémoire et que, contre toute espérance, je n’ai plus jamais revu de toute ma vie.
[1] Voir sur Internet « l’aile volante » aperçue en juin 1947 par le pilote d’avion Kenneth Arnold.
Chapitre 2
Un convoi en route vers Fort Riley
J e me souviens d’un temps où j’étais encore jeune et je me sentais tellement invulnérable que je n’avais peur de rien. J’avais affronté la peur en Afrique du Nord. Avec l’armée du général Patton, j’avais tenu tête à l’artillerie des panzerdivisions (divisions blindées allemandes) de Rommel et rendu aux Allemands davantage que ce qu’ils nous avaient donné. Nous étions une armée de jeunes hommes venant d’un pays qui n’avait pas déclenché la guerre, mais qui s’était retrouvé en plein milieu du conflit avant même notre sortie de l’église le dimanche où Pearl Harbor fut attaqué. Nous avons aussitôt appris qu’Hitler nous déclarait la guerre et nous nous sommes retrouvés sur les champs de bataille d’Europe. En 1942, nous avons chassé les Allemands hors de l’Afrique et nous avons traversé la mer jusqu’en Sicile. Puis, tandis que Mussolini était encore sous le choc, nous avons envahi l’Italie et nous nous sommes frayé un chemin dans la péninsule jusqu’à Rome. Notre armée fut la première depuis le Moyen Âge à conquérir l’Europe et, de toute évidence, la première armée du Nouveau Monde à occuper Rome.
Nous étions donc à Rome au début de 1944, après la fuite de Mussolini, tandis que le front allemand s’effondrait partout autour de nous. En tant que jeune capitaine du renseignement militaire, j’ai reçu l’ordre de superviser la formation d’un gouvernement civil sous le régime militaire des Alliés dans la ville magique de mes ancêtres, que je n’avais connue auparavant que par les livres d’histoire. Le pape Pie XII lui-même m’accorda une audience afin de discuter de nos plans pour établir le gouvernement de la ville. C’était une situation dont je n’aurais même jamais osé rêver. Il fallait qu’elle se produise dans la vraie vie, puis que je me pince pour être sûr de ne pas me réveiller dans mon lit, près de Pittsburgh, par un matin d’hiver.
Je suis resté à Rome trois ans, depuis le débarquement de Normandie en 1944, quand le front allemand n’était qu’à quelques kilomètres au sud de Rome et que nos soldats escaladaient les pentes du mont Cassin (de l’italien Monte Cassino), jusqu’au début de 1947, alors que je fus renvoyé au pays. Avec mon épouse, j’ai alors mis tous nos biens dans le coffre d’une décapotable Chevy usagée, puis nous avons traversé les routes des États agricoles d’une Amérique en paix, de la Pennsylvanie au Kansas. J’avais été absent pendant cinq ans, mais j’étais maintenant de retour chez moi ! Je roulais en décapotable dans le Missouri vers une affectation considérée comme un boulot en or pour tout jeune officier rêvant de gravir les échelons de l’armée : l’école du renseignement militaire, dernière étape avant le Renseignement stratégique, version militaire de l’Ivy League. Je m’élevais en ce monde. Et qu’étais-je ? Une simple recrue de la Pennsylvanie qui avait été choisie pour fréquenter l’école des officiers et qui, venant d’occuper un poste de commandement dans le renseignement en temps de guerre dans une Europe occupée par les Alliés, était prête à entreprendre une nouvelle carrière dans le renseignement militaire.
Ayant passé autant d’années en Afrique et en Europe, j’avais hâte de revoir l’Amérique. Les gens n’y étaient plus courbés sous le poids de la dépression, travaillant dans les usines ou combattant en uniforme dans une guerre désespérée de l’autre côté de deux océans. L’Amérique jubilait dans la victoire, et cela se voyait en traversant les petites villes du sud de l’Ohio et de l’Illinois, puis du Mississippi. Nous ne nous sommes pas arrêtés pendant la nuit pour voir St. Louis ni même pour nous attarder sur la rive du fleuve du côté du Kansas. J’étais tellement heureux d’être un officier de carrière que nous n’avons pas cessé de rouler avant d’avoir atteint Fort Riley et trouvé un appartement à Junction City, tout près, où nous habiterions en attendant que notre maison soit prête à la base militaire.
Pour la plus grande partie des semaines suivantes, nous nous sommes réhabitués, mon épouse et moi, à vivre en Amérique dans une base militaire en temps de paix. Nous avions vécu à Rome après la guerre, alors que j’essayais encore de contribuer à la pacification de la ville et de contrer les tentatives des communistes pour s’emparer du gouvernement. C’était comme si nous avions encore été en guerre car nous devions relever quotidiennement les défis posés par les communistes ou par les familles du crime organisé qui tentaient de s’infiltrer de nouveau dans le gouvernement civil. De plus, ma vie était en danger à cause des divers groupes de terroristes présents dans la ville et dont chacun avait son propre programme. Donc, contrairement à notre séjour en Italie, Fort Riley nous offrait des vacances bien méritées.
Et puis je retournais à l’école. Cette fois, cependant, j’allais suivre des cours en formation de carrière. J’avais déjà de l’expérience comme officier du renseignement et, en fait, j’avais été formé par le British MI19, le premier réseau de renseignement en temps de guerre qui a existé dans le monde. Ma formation avait été si complète que, même si nous avions affaire aux unités d’élite soviétiques du NKVD opérant à Rome, nous étions en mesure de les surpasser et de les neutraliser. Avant la guerre, les États-Unis ne possédaient pas vraiment de service de renseignement en temps de paix, ce qui explique pourquoi l’OSS (Office of Strategic Services) fut créé rapidement lorsque la guerre a éclaté. Or, les unités de renseignement militaires et l’OSS n’ont pas travaillé ensemble pendant la plus grande partie de la guerre, parce que les lignes de communication étaient défectueuses et que nous n’avons jamais réellement fait confiance au programme de l’OSS. Maintenant que la guerre était terminée et que le renseignement militaire était indépendant, j’appartenais à une toute nouvelle équipe d’officiers du renseignement qui surveilleraient les activités soviétiques. Les Soviétiques étaient à nouveau devenus nos ennemis.
À l’école du renseignement durant ces premiers mois, non seulement nous avons revu les rudiments de la recherche de renseignements – soit l’interrogatoire des prisonniers ennemis, l’analyse des données brutes, et ainsi de suite –, mais nous avons aussi assimilé les bases de l’administration et appris comment faire fonctionner une unité de renseignement en temps de guerre, nommée « force agressive ». Aucun de nous ne pouvait savoir, à l’époque, que nos nouvelles aptitudes seraient mises à l’épreuve aussi rapidement ni où nos ennemis choisiraient de combattre. Nous étions confiants en l’avenir alors que le temps se réchauffait dans les plaines et que les jours s’allongeaient à l’approche de l’été.
Avant la guerre, lorsque j’étais au collège dans ma ville natale de California, en Pennsylvanie, j’étais un joueur de quilles invétéré. Comme je désirais reprendre ce sport après la guerre, je me suis empressé de chercher la piste de jeu de quilles de Fort Riley dès notre arrivée à la base. Elle avait été aménagée dans l’une des anciennes étables. Fort Riley était auparavant une base de la cavalerie, le foyer de la 7 e cavalerie de Custer, et il s’y trouvait toujours un terrain de polo. Je me suis remis à jouer aux quilles et j’ai réussi tellement d’abats que les recrues qui y jouaient aussi ont commencé à m’en parler. Quelques mois après mon arrivée, le sergent Bill Brown – que les hommes avaient surnommé « Brownie » – vint me parler pendant que je me déchaussais.
« Monsieur le major », commença-t-il, visiblement embarrassé de s’adresser à un officier sans uniforme et sans mission militaire officielle. Il ne pouvait se rendre compte que j’étais une recrue tout comme lui et que j’avais passé mes premiers mois de service à obéir aux ordres des caporaux des camps d’entraînement.
« Sergent ? demandai-je.
– Monsieur, les hommes du poste veulent créer une ligue de quilleurs pour jouer contre d’autres équipes et peut-être représenter la base dans des tournois. Nous vous avons observé tous les samedis.
– Qu’est-ce que je ne fais pas bien ? » lui demandai-je.
J’ai d’abord pensé que ce sergent voulait me donner quelques conseils afin d’établir son autorité. Je voulais bien recevoir des conseils, mais ce n’était pas ce qu’il voulait.
« Non, monsieur, rien du tout, bégaya-t-il. Je veux dire autre chose. Nous voulions savoir si vous aviez joué aux quilles auparavant et si vous aimeriez faire partie de l’équipe. »
Plus il parlait, plus il retrouvait son assurance.
« Vous désirez m’avoir dans votre équipe ? »
J’étais très surpris car les officiers n’étaient pas censés fraterniser avec les recrues à cette époque. C’est très différent maintenant, mais il en était ainsi il y a cinquante ans, même pour les officiers qui avaient débuté comme recrues et qui suivaient une formation d’officier.
« Nous savons que cela sort de l’ordinaire, monsieur, mais aucun règlement ne s’y oppose. »
Je lui lançai un regard très étonné.
« Nous avons vérifié, monsieur », dit-il.
De toute évidence, ce n’était pas une impulsion du moment.
« Vous pensez que je pourrais être à la hauteur ? Je n’ai pas joué contre quelqu’un depuis longtemps.
– Monsieur, nous vous avons observé. Nous pensons que vous pourriez réellement nous aider. Par ailleurs, poursuivit-il, nous avons besoin d’un officier dans l’équipe. »
Que ce fût par modestie ou parce qu’il ne voulait pas me dissuader, il avait beaucoup minimisé le calibre de son équipe. Ces gars-là avaient été champions dans leurs villes natales respectives et on aurait pu les trouver au jeu télévisé Bowling for Dollars quelques années plus tard. Il n’y avait aucune raison pour que je fasse partie de cette équipe, sauf qu’ils avaient besoin d’un officier pour leur donner du prestige.
Je lui ai dit que je lui reviendrais là-dessus car je voulais d’abord vérifier les règlements par moi-même, si règlements il y avait. En fait, les officiers et les recrues avaient le droit de faire partie d’une même équipe athlétique, et je me suis donc joint à l’équipe très rapidement, avec Dave Bender, John Miller, Brownie et Sal Federico. Nous avons alors formé une équipe remarquable, gagnant presque tous nos matches et récoltant plusieurs trophées, fous de joie de nous rendre jusqu’aux finales de l’État. Nous avons fini par remporter le championnat de quilles de l’armée, et ce trophée se trouve sur mon bureau encore aujourd’hui. Comme par magie, la barrière séparant les officiers des recrues semblait s’être évaporée et c’est là le véritable sujet de cette histoire.
Au cours des mois que j’ai passés dans l’équipe, je me suis lié d’amitié avec Bender, Miller, Federico et Brown. Nous ne nous rencontrions pas très souvent, sauf pour les quilles, mais nos rapports n’avaient rien de cérémonieux et c’est ce qui me plaisait. J’ai découvert qu’un grand nombre des officiers de carrière du renseignement aimaient également voir tomber certaines barrières, car souvent les hommes parlent avec davantage de sincérité si l’on ne leur fait pas sentir le poids d’un grade supérieur à chaque conversation. Je me suis donc lié d’amitié avec ces recrues et c’est ce qui m’a conduit au bâtiment vétérinaire le dimanche soir du 6 juillet 1947.
Il avait fait extrêmement chaud en ce week-end des célébrations du 4 juillet et, à l’époque, tout le monde n’avait pas de climatiseur. Suant à grosses gouttes dans les bureaux de la base, nous chassions les mouches qui bourdonnaient à la recherche de miettes de hot-dog ou de cornichon. Le dimanche, les cérémonies étaient terminées, les types qui avaient bu trop de bière avaient été traînés jusqu’à leur baraque par des membres de leur compagnie avant que la police militaire ne s’en occupe, et la base s’apprêtait à reprendre ses activités normales. Personne ne sembla remarquer les cinq camions-remorques qui étaient entrés à la base dans l’après-midi, avec une cargaison provenant de Fort Bliss, au Texas, et qui étaient en route vers le Commandement du matériel aérien, à Wright Field, dans l’Ohio. Si l’on avait consulté le manifeste en possession des chauffeurs, on y aurait vu des listes d’articles tels que des entretoises pour l’assemblage de trains d’atterrissage de B29, des réservoirs d’aile pour les vieux P51, des segments de piston pour moteurs d’avion radiaux, dix caisses de walkies-talkies Motorola. Absolument rien ne semblait anormal dans ces cargaisons, sauf qu’elles s’en allaient dans une mauvaise direction. Ces pièces de rechange étaient habituellement expédiées de Wright Field aux bases comme Fort Bliss, et non l’inverse. Évidemment, je n’ai su cela que plusieurs années plus tard, lorsque la véritable cargaison de ces camions-remorques a atterri sur mon bureau comme si elle tombait du ciel.
Ce soir-là, tout était calme à la base, et je me souviens que le temps était très humide. On voyait des éclairs au loin et je me demandais si l’orage nous atteindrait avant le matin. J’étais l’officier de service – comme sur un vaisseau naval – et j’espérais ardemment que l’orage n’arriverait pas avant la fin de la nuit, m’évitant ainsi de marcher d’un poste de garde à un autre dans la boue et sous une pluie torrentielle. Je jetai un œil au tableau de service de la soirée et je vis que Brownie était de garde au poste de l’un des vieux bâtiments vétérinaires, près du centre de l’enceinte.
L’officier de service passait la nuit au principal quartier général de la base, où il surveillait les appareils téléphoniques et servait de pare-feu humain entre une urgence et un désastre. Il n’avait donc pas grand-chose à faire, à moins qu’une guerre sévisse ou qu’un groupe de débardeurs décide de prendre d’assaut un bar local. Vers la fin de la soirée, la base suivait toujours la même routine. Les sentinelles s’installaient à leur poste, les divers bureaux administratifs fermaient leurs portes, et quiconque était responsable de la surveillance nocturne prenait le relais du système de communication, lequel, en 1947, consistait principalement en un téléphone et un télex. Je devais également marcher un peu pour aller vérifier les divers bâtiments et postes de garde afin de m’assurer que tout le monde était à son poste. Je devais également fermer les clubs sociaux. Ce soir-là, après mes arrêts obligatoires aux clubs respectifs des recrues et des officiers, après avoir fait fermer les bars et renvoyé dans leurs quartiers, avec tout le respect dû aux officiers supérieurs, ceux qui étaient ivres, je me rendis jusqu’au vieux bâtiment vétérinaire où Brown était de garde. Or, en y arrivant, je m’aperçus que Brown ne se trouvait pas où il aurait dû être. Ce n’était pas normal.
« Major Corso », chuchota une voix dans l’obscurité, avec à la fois des accents de terreur et d’excitation.
« Mais qu’est-ce que vous faites ici, Brownie ? »
Je commençai à me fâcher contre cette silhouette qui me regardait derrière la porte.
« Avez-vous perdu le nord ? »
Il était censé se trouver à l’extérieur du bâtiment, non à l’intérieur. C’était un manquement à son devoir.
« Vous ne comprenez pas, major, chuchota-t-il. Il faut que vous voyiez quelque chose.
– Il vaut mieux que ce soit intéressant, lui dis-je en me rendant jusqu’à la porte et en l’attendant à l’extérieur. Maintenant, veuillez sortir pour que je vous voie », lui ordonnai-je.
Brown sortit la tête.
« Vous savez ce qui se trouve à l’intérieur ? » me demanda-t-il.
Quoi que ce fût, je n’entendais pas à rire. Ce soir-là, selon la feuille de service, le bâtiment vétérinaire était interdit à tous. Pas même les sentinelles n’avaient le droit d’y entrer car ce qui y était entreposé avait été classé « interdit d’accès ». Que faisait donc Brown à l’intérieur ?
« Brownie, vous savez que vous n’êtes pas censé être ici, lui dis-je. Sortez tout de suite et dites-moi ce qui se passe. »
Il sortit et, malgré l’obscurité, je vis que son visage était d’une pâleur cadavérique. « Vous ne me croirez pas, dit-il. Je n’y crois pas moi-même, mais je l’ai vu.
– De quoi parlez-vous ?
– Les types qui ont déchargé les camions-remorques nous ont dit que ces caisses venaient de Fort Bliss à cause d’un accident qui a eu lieu au Nouveau-Mexique.
– Et alors ? »
Je commençais à m’impatienter.
« Eh bien, ils nous ont dit que leur contenu était ultrasecret, mais qu’ils avaient quand même regardé à l’intérieur. Tout le monde là-bas l’avait fait pendant qu’on chargeait les camions. Les policiers militaires se promenaient avec leur arme et même les officiers exerçaient une surveillance, mais les types qui chargeaient les camions nous ont dit qu’ils avaient regardé à l’intérieur des caisses et qu’ils n’en croyaient pas leurs yeux. Vous avez une habilitation de sécurité, major, vous pouvez donc entrer. »
En fait, j’étais l’officier de garde et je pouvais aller n’importe où durant mon service. Je suis donc entré dans ce vieux bâtiment vétérinaire qui servait de dispensaire médical pour les chevaux de la cavalerie pendant la Première Guerre mondiale et j’ai aussitôt vu où la cargaison du convoi avait été entreposée. Il n’y avait que Bill Brown et moi dans le bâtiment.
« Qu’est-ce que c’est que tout ça ? lui demandai-je.
– Personne ne le sait, major, répondit-il. Les chauffeurs nous ont dit que cela provenait d’un écrasement d’avion dans le désert aux environs de la 509 e base. Quand ils ont regardé à l’intérieur, ils y ont vu quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu de leur vie. Quelque chose qui ne vient pas de cette planète. »
Je n’avais jamais rien entendu d’aussi farfelu de la part des recrues, dont les histoires qui se répandaient d’une base à une autre devenaient de plus en plus exagérées à chaque tournant de la route. Je n’étais peut-être pas le type le plus intelligent du monde, mais j’étais suffisamment féru d’ingénierie et de renseignement pour faire la part des choses. Nous nous sommes approchés des caisses et j’ai soulevé la bâche recouvrant l’une d’elles.
« Vous n’êtes pas censé être ici, dis-je à Brownie. Vous feriez mieux de sortir.
– Je surveillerai dehors pour vous, major. »
J’ai eu envie de lui dire que c’était ce qu’il était toujours censé faire au lieu de fouiner dans du matériel secret, mais je m’en suis abstenu. J’ai attendu qu’il ait repris son poste à la porte du bâtiment avant de regarder le contenu des caisses.
Il y avait là une trentaine de caisses de bois clouées et empilées contre le mur du fond du bâtiment. Comme je ne savais pas sur quel commutateur appuyer pour allumer le bon circuit, j’ai pris ma lampe de poche et j’ai avancé en tâtonnant jusqu’à ce que mes yeux s’habituent à l’obscurité. Ne voulant pas extraire les clous d’aucune caisse, j’en ai donc cherché une, sur le côté de la pile, qui pourrait s’ouvrir facilement. J’ai alors aperçu une boîte oblongue comportant une large fente sous le couvercle, comme si elle avait déjà été ouverte. Il s’agissait de la plus étrange caisse d’armes qui soit ou alors de la plus petite caisse qui puisse contenir un cercueil. C’était peut-être celle-là dont Brownie avait vu le contenu. J’ai installé ma lampe le plus haut possible sur le mur afin que son rayon soit le plus large possible, puis je me suis attaqué à la caisse.
Le couvercle était déjà ballottant. J’avais raison : elle avait été ouverte. J’ai secoué le couvercle jusqu’à ce que les clous, déjà ébranlés, ressortent du bois. J’ai alors tiré sur les côtés de cette caisse d’environ un mètre et demi de longueur jusqu’à ce que le couvercle soit entièrement libre. Ne sachant pas laquelle des deux extrémités était le devant, j’ai fait glisser le couvercle jusqu’au bord. J’ai alors abaissé la lampe et regardé à l’intérieur. Ce que j’y ai vu m’a littéralement estomaqué, au point que j’ai failli vomir sur-le-champ.
Il s’agissait effectivement d’un cercueil, mais d’une nature inhabituelle. Son contenu, enfermé dans un grand récipient de verre très épais, était submergé dans un épais liquide bleu clair, presque aussi lourd qu’une solution gélifiante de gas-oil. En fait, l’objet y flottait, ou plutôt était en suspension, au lieu de reposer au fond, et il était lisse et brillant comme le ventre d’un poisson. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait du cadavre d’un enfant devant être transporté dans une autre ville. Mais ce n’était pas un enfant. C’était un personnage d’un mètre de longueur et de forme humaine, avec des bras, d’étranges mains comportant six doigts – je n’ai pas vu de pouce –, des jambes minces et des pieds, ainsi qu’une tête démesurée et incandescente, en forme d’ampoule électrique, qui semblait flotter au-dessus du menton comme un ballon sur sa nacelle. Malgré toute ma réticence, j’ai eu l’impulsion de soulever le couvercle du récipient et de toucher la peau gris pâle de la créature qui s’y trouvait. Je n’aurais su dire s’il s’agissait vraiment de peau car cela semblait aussi être un tissu très mince et d’une seule pièce recouvrant la chair de cette créature de la tête aux pieds.
Ses globes oculaires avaient dû rouler à l’intérieur de la tête car je ne pouvais voir ni pupille ni iris, ni quoi que ce soit qui ressemblât à des yeux humains. Les orbites elles-mêmes étaient d’une taille démesurée et en forme d’amandes dont les pointes étaient dirigées vers un nez minuscule qui n’était pas vraiment proéminent, comme chez un enfant dont le nez ne serait pas développé. Ce n’était pratiquement que des narines.
Le crâne de la créature était démesuré, au point que toutes les caractéristiques faciales n’occupaient qu’un petit cercle sur la partie inférieure de la tête. Pas d’oreilles proéminentes comme chez les humains, des joues non définies, et pas de sourcils ni aucun poil au visage. La bouche, entièrement fermée, n’était qu’une mince fente et ressemblait davantage à un pli ou à une échancrure entre le nez et le bas du visage dépourvu de menton qu’à un orifice parfaitement fonctionnel. Des années plus tard, j’ai découvert comment cet être communiquait, mais alors, au Kansas, je ne pouvais que subir un choc devant ce visage clairement non humain suspendu sous mes yeux dans un agent de conservation semi-liquide.
Je ne voyais aucun dommage sur le corps de cette créature ni aucune indication qu’elle aurait été impliquée dans un accident. Il n’y avait pas de sang, tous ses membres semblaient intacts, et je ne voyais aucune lacération dans la peau ou dans le tissu grisâtre. J’ai regardé dans la caisse qui contenait le récipient afin de voir s’il y avait un document quelconque ou une facture de livraison décrivant la nature ou l’origine du contenu. J’y ai alors trouvé un intrigant document du renseignement militaire identifiant la créature comme un occupant d’un aéronef qui s’était écrasé à Roswell, au Nouveau-Mexique, plus tôt cette semaine-là, ainsi qu’un manifeste de routage destiné à l’officier d’identification du Commandement du matériel aérien de Wright Field, et de ce dernier à la section de pathologie de morgue de l’hôpital militaire de Walter Reed, où, supposai-je, cette créature serait autopsiée et conservée. Je n’étais sûrement pas autorisé à voir ce document et je l’ai aussitôt remis dans l’enveloppe placée contre la paroi intérieure de la caisse.
Je me suis sans doute permis d’observer cette créature plus longtemps que je n’aurais dû car j’ai raté les autres vérifications de ma tournée nocturne et il me faudrait alors trouver une excellente explication pour mon retard à vérifier la présence des sentinelles aux autres postes de garde. Mais ce que j’avais sous les yeux valait bien les problèmes que j’aurais le lendemain. Cette créature était réellement fascinante, mais, en même temps, très horrible. Elle défiait toutes mes conceptions et j’espérais, contre toute espérance, qu’il s’agissait là d’une forme quelconque de mutation génétique humaine. Je savais que je ne pourrais interroger personne à ce sujet et, comme je souhaitais ne plus jamais revoir un tel être, je trouvai toutes sortes d’explications à son existence, malgré ce que j’avais lu dans le document qui l’accompagnait. Ou bien il provenait d’Hiroshima, ou bien il résultait d’une expérience génétique des nazis, ou bien c’était un monstre de cirque décédé. N’importe quoi, sauf ce qui était écrit dans le document : un extraterrestre.
Je refermai le couvercle de la caisse sur cette créature et je remis les clous dans leurs trous en me servant de l’extrémité de ma lampe de poche, puis je replaçai la bâche. Je suis alors sorti du bâtiment en espérant fermer ainsi définitivement la porte sur ce que j’y avais vu. Je me suis dit qu’il me fallait l’oublier. Je n’étais pas censé le voir et je pouvais très bien ne plus jamais y penser. Peut-être.
Une fois à l’extérieur du bâtiment, je rejoignis Brownie à son poste.
« Vous n’avez jamais vu ça, lui dis-je. Et vous n’en parlerez à personne.
– Vu quoi, major ? » m’a-t-il répondu.
Je suis aussitôt rentré au quartier général de la base tandis que s’estompait peu à peu dans mon esprit l’image de l’étrange créature en suspension dans son liquide. Quand j’arrivai à mon bureau, ce n’était plus qu’un rêve. Ou plutôt qu’un cauchemar. Il était toutefois terminé et j’espérais qu’il ne se reproduirait jamais.
Chapitre 3
Les artefacts de Roswell
L a créature cauchemardesque que j’avais vue à Fort Riley ne s’est jamais effacée de ma mémoire, bien que j’aie pu l’oublier durant mes années en Europe où je fus commandant des missiles téléguidés. Je n’ai plus revu ce corps que sur les photos d’autopsie et les esquisses du médecin légiste, qui m’ont rattrapé, ainsi que les autres éléments de l’incident de Roswell, à Washington, à mon retour d’Allemagne, en 1961, alors que l’on m’avait affecté au Pentagone. Je me souviens comme si c’était hier de ce premier jour où j’attendais à la porte de mon patron avant d’entrer dans le sanctuaire intérieur. J’étais tellement nerveux !
La dernière fois où j’avais été aussi nerveux à Washington, c’était en attendant dans une petite antichambre que le président Eisenhower ne soit plus au téléphone. J’avais une énorme demande à lui faire et je préférais la lui formuler en personne plutôt que par l’intermédiaire d’un aide ou d’un assistant, ou plutôt que d’attendre que son assistant particulier, C. D. Jackson, vienne tout arranger. Dans les années 1950, j’allais régulièrement au Bureau ovale afin de présenter au président des documents de travail du Conseil national de sécurité, et parfois j’attendais qu’il les ait lus, au cas où il aurait voulu que je transmette un message au Conseil. Or, cette fois-là, c’était différent. Je désirais lui parler moi-même, seul à seul. Or, comme Ike s’attardait au téléphone plus longtemps que de coutume, je me suis promené et j’ai jeté un coup d’œil aux lumières standardistes sur le bureau de M me Lehrer. Le président était toujours au téléphone et l’on pouvait voir, au bas du standard téléphonique, où les appels étaient sauvegardés.
Je voulais demander au président une faveur personnelle : me libérer de ma cinquième année comme membre du personnel de sécurité de la Maison-Blanche afin de prendre la direction de mon propre bataillon de missiles téléguidés antiaériens qui se formait à Red Canyon, au Nouveau-Mexique. Ike m’avait déjà promis un poste de commandement quand j’étais revenu de Corée et que je fus affecté à la Maison-Blanche. En 1957, l’occasion s’est présentée, une intéressante affectation à une base à sécurité maximale, avec le salaire voulu et tous les avantages possibles : entraîner et diriger un bataillon antiaérien pour l’utilisation du nouveau missile sol-air ultrasecret de l’armée, puis l’emmener en Allemagne pour des exercices de tir de première ligne, au vu et au su des Russes. Selon l’ordre de bataille au cas où une Troisième Guerre mondiale éclaterait, les bombardiers soviétiques largueraient d’abord un enfer d’explosifs sur nos positions, puis les blindés d’Allemagne de l’Est fonceraient sur nos casernes. Nous combattrions alors d’arrache-pied, lançant tous nos missiles contre leurs avions avant de déguerpir. En ce jour de 1957, j’avais donc hâte qu’Ike raccroche son téléphone.
C’étaient là les souvenirs qui me venaient en cet après-midi où j’attendais à la porte du bureau du général Trudeau, au troisième étage du cercle extérieur du Pentagone. Nous étions en 1961, quatre ans après que j’eus quitté la Maison-Blanche et revêtu de nouveau mon uniforme pour aller surveiller le no man’s land électronique des balayages radar et des capteurs photographiques, à quelques kilomètres seulement à l’ouest du Rideau de fer. Ike s’était retiré sur sa ferme, en Pennsylvanie, et mon nouveau patron était le général Arthur Trudeau, l’un des derniers généraux à avoir combattu dans la guerre de Corée. Trudeau était devenu instantanément un héros dans mon panthéon personnel quand j’avais appris comment ses hommes avaient été acculés sur les pentes cratérisées de Pork Chop Hill et s’étaient abrités dans des terriers peu profonds tandis que les mortiers ennemis pleuvaient autour d’eux. Comme il leur était impossible de redescendre sur ce versant infernal, Trudeau avait retiré ses étoiles, s’était calé un casque de sergent sur la tête et était monté lui-même sur la colline en combattant avec une poignée de volontaires, puis il en était redescendu, toujours en combattant. C’était sa manière : il faisait les choses lui-même. Et voilà que je travaillerais directement pour lui dans la division Recherche et développement de l’armée.
J’étais lieutenant-colonel lorsque je suis arrivé à Washington en 1961 avec pour seul bagage mon trophée de quilles de Fort Riley et, pour mon bureau, une plaque signalétique taillée en Allemagne dans un aileron de missile Nike. Mes hommes l’avaient fabriquée pour moi en disant qu’elle me porterait chance. Après mon arrivée au Pentagone, soit deux jours avant le début de mon affectation, j’ai découvert très vite que j’en aurais grandement besoin. En fait, en ouvrant la porte pour entrer directement dans le bureau intérieur du général, j’ai compris à quel point j’aurais besoin de la chance dès ce jour-là.
« Pourquoi ne pas m’avoir fait entrer par la porte principale, mon général ? » demandai-je à mon nouveau patron. Je pouvais me permettre de parler ainsi à ce général car nous nous étions liés d’amitié quand j’étais membre du personnel d’Eisenhower.
« Parce qu’ils vous surveillent déjà, Phil », me répondit-il, sachant bien que ces mots me donneraient un frisson dans le dos. « Il faut donc que nous ayons une conversation en privé avant votre arrivée officielle. »
Il m’entraîna alors jusqu’à une série de classeurs.
« Rien n’a beaucoup changé ici depuis votre départ pour l’Allemagne, me dit-il. Nous savons toujours qui sont vos amis et à qui nous pouvons faire confiance. »
Je connaissais son code. La guerre froide était à son apogée et nous étions entourés d’ennemis : au sein du gouvernement, dans les services de renseignement et même à la Maison-Blanche. Ceux d’entre nous qui, dans le renseignement, connaissaient le danger qui menaçait notre pays étaient très prudents dans leurs paroles, même entre eux, et aussi quant au lieu où ils les prononçaient. Aujourd’hui, avec un recul de quarante ans, il est difficile de croire que nous vivions une guerre des nerfs sournoise alors que de grosses voitures à huit cylindres sortaient des chaînes de montage pour aboutir dans de petites rues de banlieue et que des antennes de télévision s’élevaient sur les toits des maisons toutes neuves dans des milliers de municipalités du pays.
Au sein de nos services de renseignement et même à l’intérieur du cabinet du président, des cadres de carrière travaillaient – certains sciemment, d’autres à leur insu – pour l’Union soviétique, en menant à bien des politiques tramées par le KGB. Certaines prises de position issues de ces bureaux étaient inexplicables autrement. Nous savions également que la CIA avait été infiltrée par des taupes du KGB, tout comme nous savions que certains de nos responsables politiques défendaient des idées qui ne pouvaient qu’affaiblir les États-Unis et nous mener sur une voie qui servait les meilleurs intérêts de nos ennemis.
Nous étions une poignée à connaître l’affreuse vérité au sujet de la guerre de Corée. Nous ne l’avions pas perdue parce que nous avions été battus sur le champ de bataille, mais parce que nous étions affaiblis de l’intérieur. Les conseillers russes combattant aux côtés des Nord-Coréens avaient reçu nos plans avant même que le personnel de MacArthur ne les obtienne. Ainsi, lorsque nous avons utilisé notre meilleure technologie au sol et dans les airs, les Soviétiques avaient déjà formulé des plans pour la capturer et l’apporter en Russie. Quand est venu le temps des pourparlers de paix, à Panmunjom, et de la négociation d’un échange de prisonniers de guerre, je savais où se trouvaient ces Américains qui ne rentreraient pas au pays : à quinze kilomètres au nord de la frontière. À l’intérieur de notre propre gouvernement, des gens les avaient laissés là, dans des camps de prisonniers, où certains sont peut-être encore vivants aujourd’hui [1995].
Avec son sourire sinistre, le général Trudeau m’a alors dit, en m’entraînant vers le classeur militaire vert olive placé contre le mur de son bureau privé :
« J’ai besoin que vous me couvriez, colonel, parce que je ne peux me couvrir moi-même dans ce que je vais faire. »
Quel que fût son projet, je savais qu’il m’en parlerait au moment voulu. Je savais aussi qu’il ne me dirait que ce que j’aurais besoin de savoir à ce moment-là. Pour l’instant, je serais son assistant particulier en recherche et développement, l’une des divisions les plus délicates de toute la bureaucratie du Pentagone, car c’était là que les plans les plus secrets des scientifiques et des concepteurs d’armements se traduisaient concrètement par des contrats de la Défense. La recherche et le développement constituaient l’interface entre la naissance d’un projet et la réalisation d’un prototype sortant de l’usine et démontrant son potentiel aux autorités de l’armée. Il m’appartenait de le garder secret pendant son développement.
« J’aimerais que vous fassiez autre chose pour moi, Phil, ajouta le général Trudeau en plaçant une main sur le classeur. Je vais faire déménager ceci en bas, dans votre bureau. »
Le général m’avait donné un bureau au deuxième étage du cercle extérieur, directement sous le sien. Ainsi, comme je m’en rendrais compte bientôt, je pourrais monter l’escalier et entrer par la porte arrière lorsqu’il aurait besoin de moi rapidement.
« Il y a ici certains dossiers spéciaux, du matériel de guerre que vous n’avez jamais vu et que je veux placer sous vos responsabilités en technologie étrangère », poursuivit-il.
J’étais affecté spécifiquement au Bureau de la technologie étrangère de la division Recherche et développement, ce qui serait une occupation assez monotone, croyais-je, car elle consistait surtout à suivre les recherches et le type d’armes de nos alliés. Je devais lire les rapports des services de renseignement, revoir les films des essais militaires, interroger les scientifiques et les chercheurs universitaires sur ce que faisaient leurs collègues d’outre-mer, et rédiger des propositions d’armements dont l’armée pourrait avoir besoin. C’était un poste important qui comportait sa part de prouesses, mais, après ce que nous avions vécu à Rome en poursuivant la Gestapo et les officiers SS que les nazis avaient laissés derrière eux, ainsi que les unités soviétiques du NKVD déguisées en partisans communistes italiens, cela me semblait un peu plus monotone. Par contre, j’étais curieux de savoir ce que le général Trudeau souhaitait garder hors d’atteinte des autres services militaires. Il me restait à découvrir ce qui se trouvait dans ce classeur.
Généralement, l’armée classait en deux groupes de base les types de recherche en armements : il y avait la recherche qui s’effectuait aux États-Unis et celle qui se faisait outre-mer. Je savais que je suivrais le progrès des Français dans leur conception d’un hélicoptère de pointe et que je verrais si les Britanniques étaient capables de construire un chasseur à décollage et atterrissage vertical, ce que nous avions abandonné après la Deuxième Guerre mondiale. Et puis, il y avait le gros canon allemand, le V3, petit-fils de la Grosse Bertha avec laquelle les Allemands avaient menacé Paris durant la Première Guerre mondiale. Nous avions découvert les chaînes d’assemblage des pièces d’artillerie allemandes près de Calais après avoir envahi la Normandie et nous savions que les nazis développaient une arme qui, comme leur chasseur à réaction et leur nouveau char d’assaut Panzer, aurait pu changer l’issue de la guerre s’ils nous avaient retenus plus longtemps à la bataille des Ardennes.
J’étais responsable du développement de cette technologie, qui n’était pas de notre conception, et de la formulation des recommandations pour l’incorporer dans nos projets d’armement. Toutefois, je ne savais toujours pas pourquoi le général tapait ainsi sur le dessus du classeur.
« Je peux m’occuper de ces dossiers sur-le-champ si vous le désirez, général, lui dis-je, et rédiger un rapport préliminaire sur ce que j’en pense.
– Il vous faudra un peu plus de temps, Phil », me dit alors Trudeau.
Et voilà qu’il riait presque, ce qu’il ne faisait pas très souvent à cette époque. En fait, la seule fois où je l’avais vu rire ainsi, c’était après qu’il eut appris que son nom avait été mis de l’avant pour diriger les forces américaines au Vietnam. Il avait aussi appris que l’on me voulait à la tête de la section du renseignement du commandement des forces armées spéciales au Vietnam. Nous savions tous les deux que cette mission militaire au Vietnam serait un désastre car il s’agissait d’une guerre conçue par un groupe de réflexion. Les membres de ce groupe se souciaient davantage de refréner l’armée que d’éliminer le Vietcong. Trudeau avait donc un plan : « Ou bien nous gagnerons la guerre ou bien nous passerons en cour martiale, avait-il dit. Mais ils sauront que nous étions là. » Il avait alors eu ce même rire qu’en me disant de prendre mon temps quant au contenu du classeur.
« Vous aurez besoin d’y réfléchir avant d’écrire un rapport », me dit-il.
J’ai néanmoins perçu une certaine nervosité dans ce rire, qui avait le même son que celui qui m’avait rendu nerveux au téléphone la première fois que je l’avais entendu. Il me cachait sûrement quelque chose.
« Y a-t-il quelque chose que je devrais savoir à ce sujet, général ? » lui demandai-je en m’efforçant de ne laisser paraître aucune hésitation dans ma voix.
Comme d’habitude, aucune mission ne me rebutait.
« En réalité, Phil, le contenu de ce classeur est un peu différent du matériel étranger habituel que nous avons vu jusqu’ici, me dit-il. Je ne sais pas si vous avez eu connaissance des renseignements à ce sujet quand vous étiez à la Maison-Blanche, mais vous devriez effectuer un peu de recherche sur le dossier Roswell avant de rédiger quelque rapport que ce soit. »
J’en avais entendu davantage sur Roswell que je n’étais prêt à l’admettre immédiatement en cette première journée de travail au Pentagone. En outre, il circulait plus de rumeurs farfelues sur Roswell et sur ce que nous y faisions encore que l’on ne pouvait s’imaginer. Toutefois, je n’avais pas fait le lien entre le dossier Roswell et le contenu du classeur du général Trudeau. Au fond, j’avais espéré que tout cela resterait derrière moi après mon séjour à Fort Riley et que je pourrais rester dans le déni en me préoccupant uniquement de ce que mon cerveau pouvait gérer, comme les luttes intestines de la bureaucratie de Washington, plutôt que de petits extraterrestres reposant dans des cercueils scellés.
Sans attendre ma réponse, le général sortit de son bureau et s’en alla tout droit à la réception, où il donna des ordres dans un haut-parleur. À peine était-il revenu dans son bureau que quatre recrues apparurent en poussant un chariot, saluèrent et restèrent au garde-à-vous, tandis que Trudeau me regardait sans dire un mot. Il se tourna alors vers les recrues et leur ordonna ceci :
« Chargez ce classeur sur le chariot et suivez le colonel jusqu’à son bureau, au deuxième étage. Ne vous arrêtez pas devant qui que ce soit et ne parlez à personne. Si quelqu’un vous arrête, dites-lui de venir me voir. C’est un ordre. »
Il se retourna ensuite vers moi.
« Pourquoi ne pas y consacrer du temps, Phil ? »
Il fit une pause, puis reprit :
« Mais pas trop longtemps. »
Il se tourna ensuite vers la recrue qui avait les cheveux les plus courts :
« Veuillez raccompagner le colonel à son bureau. »
Les recrues ont alors chargé le classeur sur le chariot aussi facilement que s’il avait été vide, puis ils l’ont poussé vers la porte et m’ont regardé en attendant que je les suive.
« Pas trop longtemps », répéta le général Trudeau pendant que nous sortions de son bureau.
Lorsque le classeur fut enfin installé dans mon bureau, je passai un bon moment à simplement le regarder. Sa présence avait un léger aspect sinistre malgré sa nature militaire. Je dois avouer que les prudentes recommandations du général Trudeau me donnaient l’envie de l’ouvrir sur-le-champ, comme un cadeau de Noël. Pourtant, j’étais aussi enclin à ne pas l’ouvrir avant d’avoir réfléchi aux paroles du général au sujet de Roswell et à la quantité de documents qui avaient circulé à la Maison-Blanche quand j’y étais membre du personnel de la Sécurité nationale. Non, je ne retoucherais pas au dossier Roswell, du moins pas tout de suite. Pas avant d’avoir longuement regardé le contenu de ce classeur. Et même cela devrait attendre que mon bureau soit complètement installé. Quelle que fût ma tâche, je voulais l’accomplir adéquatement.
J’ai déambulé un peu dans mon nouveau bureau en réfléchissant encore aux paroles du général et en me demandant pourquoi ce classeur m’était destiné, et aussi pourquoi Trudeau avait voulu m’en parler aussi spécifiquement. Le fait que je n’avais vu aucun document relatif au transfert du classeur ne m’avait pas échappé. Il aurait pu aussi bien ne pas exister. Pour autant que je sache, je serais seul avec le général à en connaître le contenu. Quel qu’il fût, il s’agissait d’une affaire sérieuse et très secrète.
Je me suis souvenu d’une chaude soirée de juillet, quatorze ans auparavant, à Fort Riley, alors que j’étais un jeune officier du renseignement, à peine revenu de Rome.

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