Chirurgie esthétique & frontières de l
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Chirurgie esthétique & frontières de l'identité

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Description

La chirurgie esthétique permet-elle à un sujet de franchir les frontières de son identité ou bien de mieux les comprendre ? Quelle est, à la lumière d'une pratique psychiatrique et psychanalytique, la valeur psychologique profonde de l'acte de chirurgie plastique et esthétique ? L'étude de cas cliniques permet de mieux comprendre ce qu'il en est pour les acteurs en présence : l'entourage, le chirurgien, le psychiatre et le patient.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2015
Nombre de lectures 38
EAN13 9782336391694
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Ce livre est le 62 ème livre de la

dirigée par François Soulages & Michel Costantini
Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia,), Bulgarie (Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid), Chili (Rodrigo Zuniga, Univ. du Chili, Santiago), Corée du Sud (Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul), Espagne (Pilar Garcia, Univ. Sevilla), France (Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8 ), Géorgie (Marine Vekua, Univ. de Tbilissi), Grèce (Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem), Russie (Tamara Gella, Univ. d’Orel), Slovaquie (Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan (Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taïpei)
Série RETINA
3 François Soulages (dir.), La ville & les arts
11 Michel Gironde (dir.), Les mémoires de la violence
12 Michel Gironde (dir.), Méditerranée & exil. Aujourd’hui
13 Eric Bonnet (dir.), Le Voyage créateur
14 Eric Bonnet (dir.), Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image
17 Manuela de Barros, Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage
18 Bernard Lamizet, L’œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l’image
30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.), Portrait anonyme
31 Julien Verhaeghe, Art & flux. Une esthétique du contemporain
35 Pascal Martin & François Soulages (dir.), Les frontières du flou
36 Pascal Martin & François Soulages (dir.), Les frontières du flou au cinéma
37 Gezim Qendro, Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie
38 Nathalie Reymond À propos de quelques peintures et d’une sculpture
39 Guy Lecerf, Le coloris comme expérience poétique
40 Marie-Luce Liberge, Images & violences de l’histoire
41 Pascal Bonafoux , Autoportrait. Or tout paraît
42 Kenji Kitayama, L’art, excès & frontières
43 Françoise Py (dir.), Du maniérisme à l’art post-moderne.
44 Bernard Naivin, Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook
48 Marc Veyrat, La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1
49 Dominique Chateau, Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative
51 Patrick Nardin, Effacer, Défaire, Dérégler… entre peinture, vidéo, cinéma
55 Françoise Py (dir.), Métamorphoses allemandes & avant-gardes au XXe siècle
56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.), Les frontières des écrans
57 Agathe Lichtensztejn, Le selfie aux frontières de l’egoportrait
58 François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.), Frontières & migrations.
Allers-retours géoartistiques & géopolitiques
60 François Soulages & Aniko Adam (dir.), Les frontières des rêves
61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.), L’Afrique en images. Représentations, idées reçues de la crise
62 Michel Godefroy, Chirurgie esthétique & frontières de l’identité
Suite des livres publiés dans la Collection Eidos à la fin du livre
Secrétariat de rédaction : Sandrine Le Corre
Publié avec le concours de
Titre



Michel Godefroy






Chirurgie esthétique
& frontières de l’identité


Préface de Gérard Flageul
Copyright

Ce livre est le 34ème de

Sous la direction de François Soulages
FONDEMENTS DES FRONTIÈRES
géoartistiques & géopolitiques, géoesthétiques & géothéoriques
François Soulages (dir.), Géoartistique & Géopolitiques. Frontières, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2012
Gilles Rouet & François Soulages (dir.), Frontières géoculturelles & géopolitiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013
Gilles Rouet (dir.), Quelles frontières pour quels usages ?, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013
Agathe Lichtensztejn, Le selfie aux frontières de l’égoportrait , Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série RETINA, 2015
François Soulages & Aniko Adam (dir.), Les frontières du rêve , Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série RETINA, 2015
PROBLÈMES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
François Soulages (dir.), Mondialisation & frontières. Arts, cultures & politiques , Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014
Éric Bonnet & François Soulages (dir.), Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2015
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.), Fronteras, Conflictos & Paz , Granada, Edición de la Universidad de Granada, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
Pedro San Ginès & François Soulages (dir.), Frontières, Conflits & Paix , Granada, Edición de la Universidad de Granada, L’Harmattan, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014
François Soulages (dir.), Biennales d’art-contemporain & frontières, Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global, 2014
François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.), Les frontières des écrans, Paris, L’Harmattan, Coll. Eidos , Série RETINA, 2015
François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.), Frontières & migrations. Aller-retour géoartistiques & géopolitiques , (dir.), Paris, L’Harmattan, coll. Eidos , série RETINA, 2015
ŒUVRES des Frontières géoartistiques & géopolitiques
Bernard Kœst, J’aurais tant aimé ! Aux frontières d’Argenton , Paris, L’Harmattan, coll. RETINA.CRÉATION, 2015
Alejandro Erbetta, Aux frontières de l’oubli, Journal de recherche, 2015, Paris, L’Harmattan, coll. RETINA-CRÉATION, 2015
Gilles Picarel, Les frontières de l’extériorité , Journal de recherche, 2015 , Paris, L’Harmattan, coll. RETINA-CRÉATION, 2015
Alejandro Erbetta, Frontières & mémoires , Journal de recherche, 2014, Paris, L’Harmattan, coll. RETINA-CRÉATION, 2014
Éric Bonnet (dir.), Frontières & œuvres, corps & territoires, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014.
Katia Légeret (dir.), Rodin et la danse de Çiva , Saint-Denis, PUV, 2014.
Suite des titres Frontières à la fin du livre


© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-74180-2
Préface
Le Docteur Michel Godefroy est médecin, psychiatre et psychanalyste.
C’est très tôt que son intérêt pour la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique s’est manifesté puisque dès le terme de son cursus en psychiatrie, il a consacré son mémoire de fin d’études de spécialité à « La demande en chirurgie plastique ».
S’est ouvert alors pour Michel Godefroy un vaste champ de réflexion concernant notamment la question de savoir pourquoi et après quel cheminement psychologique un sujet est amené à formuler une demande de chirurgie correctrice mais aussi quels sont les bénéfices attendus d’une telle démarche, ses limites et ses dangers potentiels.
Pendant trente quatre ans, de 1972 à 2006, Michel Godefroy a choisi de consacrer une part importante de son temps à un exercice en milieu hospitalier, au sein d’une équipe de chirurgiens plasticiens, au cœur de la rencontre des deux vastes domaines que sont la chirurgie et la psychiatrie. Outre les soins et l’aide qu’il a pu ainsi apporter à un grand nombre de patient(e) s, Michel Godefroy a été à même, sur le terrain, de confronter à l’activité des chirurgiens, son expérience clinique et sa réflexion de psychiatre. Si les origines de la chirurgie reconstructrice remontent à plusieurs siècles avant Jésus-Christ, il a fallu attendre la fin du XIX ème siècle et notamment les progrès de l’anesthésie et de l’asepsie pour que naisse véritablement la chirurgie esthétique c’est-à-dire la chirurgie qui modifie les formes « naturelles » du visage et du corps, en dehors de tout contexte traumatique (accident, brûlure), congénital (malformation) ou chirurgical (reconstruction d’un organe après son amputation).
Cependant, dès la fin du XVI ème siècle, un chirurgien italien du nom de Gaspare Tagliacozzi avait entrevu l’ampleur de l’impact psychologique de la chirurgie reconstructrice.
En effet, après avoir effectué environ deux cents reconstructions de nez amputés dans les conditions difficiles de l’époque, et avec des résultats forcément imparfaits, Gaspare Tagliacozzi écrivait en 1597 : « nous réparons ces parties de la face que la nature a données mais que les circonstances de la vie ont enlevées, pas tellement pour le plaisir des yeux mais bien pour remonter le moral des patients qui en sont affligés ».
En une intuition géniale, Tagliacozzi avait parfaitement observé le mécanisme qui est à la base de toute l’efficacité et la puissance de la chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique à savoir qu’une amélioration parfois même modérée ou imparfaite de l’apparence physique peut avoir sur le fonctionnement de l’économie psychique des effets positifs très importants pour peu que le geste chirurgical s’inscrive dans une prise en charge médicale et humaine de qualité.
L’exercice quotidien de l’art chirurgical confirme que cette action remarquable de l’acte opératoire sur le psychisme concerne autant la chirurgie reconstructrice que la chirurgie esthétique.
De ce point de vue, il faut souligner que les frontières ne sont pas toujours nettes et précises aux confins de ces deux domaines d’autant que, comme Michel Godefroy l’explique très bien dans cet ouvrage, toute chirurgie plastique et reconstructrice est à visée esthétique et toute chirurgie esthétique vise, en fait, à une réparation, notamment au plan psychique.
C’est aux Etats-Unis au milieu du XX ème siècle que les chirurgiens ont commencé à prendre en compte l’importance des critères d’appréciation psychologique ce qui les a amenés à s’adjoindre dans leur service des consultants, psychologues ou psychiatres. Progressivement, ce travail en commun est devenu une habitude outre-Atlantique.
En France, dans les années soixante, le premier médecin psychiatre à participer régulièrement aux activités d’une unité de chirurgie plastique fut le Docteur Jean-Marc Alby, dans le service du Docteur Daniel Morel-Fatio à l’Hôpital d’Ivry avant que Michel Godefroy n’intègre en 1972 le service de chirurgie plastique de l’Hôpital Saint-Antoine dirigé par le Docteur Jean-Lucien Grignon.
La collaboration entre le chirurgien plasticien et le médecin psychiatre peut adopter en fait plusieurs formes. Classiquement, il existe une relation formelle de spécialiste à spécialiste, le chirurgien envoyant au psychiatre les malades qu’il pense relever de sa spécialité.
Mais l’expérience la plus enrichissante est celle développée dans le cadre de cet ouvrage par Michel Godefroy. Elle correspond à la collaboration, au sein d’un service de chirurgie plastique, d’un médecin psychiatre attaché et participant régulièrement aux activités de l’équipe médicochirurgicale.
Le patient considère alors ce psychiatre comme un élément « normal » du fonctionnement de l’unité chirurgicale et une demande de consultation auprès de lui émanant du chirurgien est vécue comme un des maillons de la chaîne des consultations habituelles au sein du service (consultation d’anesthésie, de cardiologie, examens biologiques…).
En pratique, et c’est l’un des intérêts de l’expérience qui est relatée dans ce livre, cette intégration du psychiatre dans le groupe des médecins du service de chirurgie entraîne une modification progressive des échanges au sein de l’équipe, les rôles respectifs du chirurgien et du psychiatre s’interpénétrant, chacun sortant quelque peu de sa définition et de sa position initiale. Ainsi, se constitue progressivement un tissu relationnel que le patient perçoit très tôt comme un enrichissement potentiel et un élément thérapeutique déterminant.
Cette coopération quotidienne au sein du service de chirurgie plastique a notamment fait apparaitre le rapport fondamental qui existe entre l’esthétique et l’identité ce qui rejoint et confirme en quelque sorte le propos de Hegel selon lequel l’apparence n’est pas une catégorie secondaire mais qu’« elle est essentielle à l’essence ».
En effet, être reconnu(e) comme beau ou belle c’est avant tout être reconnu(e) dans son identité, à l’œil d’autrui et au sien propre.
Ainsi, les deux concepts d’identité et de beauté sont liés pour définir le sentiment esthétique dont l’activation peut déclencher une demande de correction chirurgicale. Lorsque sera formulée cette demande, le praticien devra prendre en compte cette double implication même si la demande expressément formulée ne concerne le plus souvent et en apparence que la recherche de la beauté.
On conçoit bien la difficulté et même les dangers de la tâche que constitue le fait d’aider un(e) patient(e) à se rapprocher de la beauté ou à la maintenir au moyen d’un geste chirurgical.
Sur ce chemin périlleux, en cet exercice ardu, en cet art partagé entre le chirurgien et son (sa) patient(e), les médecins psychiatres comme Michel Godefroy ont apporté une aide déterminante et irremplaçable par leur collaboration quotidienne au sein des services de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique et cette aide a profité autant aux patient(e) s qu’aux praticiens.
C’est un des mérites et des intérêts de ce livre que de nous en conter une des expériences les plus riches et les plus innovantes. Que cette préface soit pour nous l’occasion de remercier Michel Godefroy pour le soutien qu’il nous a apporté ainsi qu’à beaucoup d’autres chirurgiens plasticiens depuis plusieurs décennies : ainsi, avons-nous pu assurer à beaucoup de nos patient(e) s une meilleure qualité de prise en charge, des soins plus appropriés ce qui constitue la voie la plus sûre pour répondre à leurs attentes, apaiser leurs souffrances et leur redonner le sourire.
Gérard Flageul
Chirurgien Plasticien
Introduction
Le travail qui va suivre est la résultante d’une expérience en milieu hospitalier au sein d’une équipe de chirurgie plastique et correctrice à visée réparatrice, reconstructrice et esthétique, entre 1972 et 2006, qui a joint à l’expérience clinique les travaux que supposaient les enseignements, les colloques ou les congrès, le tout générant un enrichissement renouvelé et une progression constante dans la réflexion à propos de la chirurgie esthétique, à la lumière d’une activité de psychiatre et de psychanalyste attentif par ailleurs à un regard clinique et thérapeutique sur l’ensemble des champs d’action de cette spécialité. Je veux dire par là qu’une activité envisageant les mécanismes psychodynamiques dans un secteur précis, ici celui de la chirurgie esthétique, est indissociable de l’expérience menée le plus largement possible dans tous les secteurs d’exercice de l’appareil psychique, incluant les aspects psychopathologiques connus depuis l’aurore de la psychiatrie.
C’est ainsi que mon intérêt pour cette chirurgie est née d’une double rencontre, simultanée bien qu’hétéroclite : d’une part avec le Docteur Jean-Lucien Grignon, chirurgien plasticien chef de service de l’hôpital Saint Antoine à Paris, et d’autre part avec un sujet hospitalisé pour de graves troubles mentaux à l’hôpital psychiatrique ou j’étais moi-même interne au début des années 1970. Il s’agissait d’un patient dysmorphophobique grave, dont l’intensité du délire l’avait amené à vouloir tuer son chirurgien qui refusait de le réopérer pour la nième fois. Ce syndrome, connu depuis la fin du XIX ème siècle, est peu fréquent, mais redouté des chirurgiens plasticiens pour en avoir mesuré les difficultés, donc parfois dramatiques, à tenter d’intervenir souvent à l’aveugle de cette pathologie.
Cette double rencontre a ouvert un champ de réflexion qui n’a évidemment pas concerné que l’écueil dysmorphophobique. Toutefois, le lien psychodynamique entre cette pathologie et la chirurgie plastique a fait naître la question plus générale de savoir pourquoi un sujet, un beau jour, demande une intervention de chirurgie plastique et esthétique, quel cheminement psychologique profond a guidé sa demande, que ce soit dans une perspective normale ou non, sereine ou non sereine comme le disait J.L. Grignon à qui je dois d’avoir pu poursuivre cette exploration, par un consensus et un intérêt commun pour cette dimension partagée.
L’expérience qui s’est déroulée, et qui se poursuit encore, après l’arrêt de mon activité hospitalière, dans mon exercice privé, a adopté un profil parallèle aux dénominations verbales des définitions de cette chirurgie généralement plastique, et plus précisément réparatrice, reconstructrice et esthétique, cette évolution ayant été pour moi révélatrice car partant historiquement et cliniquement de l’acte chirurgical restaurateur d’une destruction pour aboutir à une action esthétique pure. Nous verrons plus loin que, aux yeux des chirurgiens eux-mêmes, ces distinctions ne sont pas imperméables l’une à l’autre et que le but final de toute chirurgie plastique est d’ores et déjà esthétique, en en soulignant ainsi la noblesse.
L’observation des patients dans le cadre chirurgical mérite pleinement son mot : c’est avec un permanent contrepoint psychodynamique qu’il faut tenter de décrypter le sens de leur démarche, sans en oublier la réalité pratique, observer aussi le contexte de la spécialité chirurgicale son efficacité, ses limites, le chirurgien lui-même et son équipe. Les travaux communs et les réunions fréquentes ont été à cet égard indispensables pour alimenter non seulement cette réflexion, mais aussi pour tenter de rendre le meilleur service aux opérés.
J’ai pu ainsi m’imprégner de cette ambiance chirurgicale, ce qui a permis la progression des idées, des contacts et des travaux. La rencontre entre ces deux champs, chirurgie et psychiatrie, a déterminé et détermine encore une richesse conceptuelle permanente et j’ai pu ainsi alimenter mon expérience clinique par des auteurs n’ayant pas travaillé sur le sujet de la chirurgie esthétique, mais dont les écrits ont concerné pour l’un la psychose et ses mécanismes de formation, et pour l’autre la question de l’esthétique à partir de l’observation d’enfants autistes. Il s’agit pour le premier de Paul­Claude Racamier (1924-1996) et pour le second d’un psychanalyste américain Donald Meltzer (1922-2004). J’ai un peu connu le docteur Racamier, et j’ai surtout été intéressé par ses travaux sur les psychotiques que je tentais de soigner par ailleurs dans mon activité de psychiatre. Il faut bien entendu préciser que je n’ai jamais fait d’assimilation entre le psychotique et le demandeur de chirurgie esthétique ; ce qui a été ici déterminant, c’est l’étude du développement de la personne dans sa dimension physique et relationnelle dès les premiers jours de sa vie. Pour le Docteur Meltzer, il s’est agi d’une rencontre purement littéraire, dont la lecture conseillée par un de mes collègues, le docteur Yves Thoret avec lequel nous avions fait une communication sur « la satisfaction esthétique en psychiatrie », a donné un second éclairage essentiel.
Le plan de ce travail va suivre l’évolution de l’histoire et des réflexions qui ont été les miennes au cours de ces années. Après avoir parcouru les aspects concernant la chirurgie des malformations et déformations, expérience doublement historique, nous envisagerons comment, à partir de ces observations, on peut saisir le sens profond de cette chirurgie, dont la définition d’esthétique va bien au delà de l’acception généralement admise.
1 er moment Clinique


Nous allons évoquer ici des types d’interventions auxquels les chirurgiens plasticiens sont confrontés, aussi bien en exercice hospitalier que privé. Leur choix a été évidemment surdéterminé par le double intérêt que chacun présentait, à la fois pour leur fréquence clinique, et pour le contrepoint psychologique pressenti ou constaté dans l’évolution.
Au total, ce qui n’a pas la vocation d’un catalogue permettra d’aborder dans un second temps le sens que l’on peut trouver à cette chirurgie, dont la technique n’a de valeur que pour servir le sensible.
Chapitre 1 Malformations congénitales
Elles représentent la première ligne de cette étude, directement confrontées à la réalité quotidienne, et portant en elles même la justification d’une demande de réparation chirurgicale.
Il est impossible et hors de propos de faire un exposé de toutes les malformations corporelles congénitales.
Nous retiendrons – et cet exemple suivra tout au long de cet exposé – que l’importance la plus grande est donnée aux malformations des régions anatomiques les plus investies dans la relation avec autrui, et principalement sous le regard d’autrui.
Priorité est donc donnée, dans les demandes chirurgicales, aux parties découvertes. Et parmi celles-ci, à l’ensemble crânio-facial. Cette région peut être le siège de malformations aux noms barbares, hypertélorismes, rétrusions fronto-faciales, agénésies osseuses, crâniosténoses, tumeurs déformantes. Nous ne détaillerons évidemment ni les descriptions anatomiques, ni les hypothèses étiologiques. Retenons que ces malformations entraînent une défiguration majeure, dont l’aspect monstrueux nous place d’emblée au cœur du sujet, surtout si l’on considère que ces patients tolèrent parfois remarquablement un handicap qui nous semble atrocement lourd. C’est précisément ce type d’observation qui, avec d’autres, a provoqué les réflexions qui vont suivre.
La réaction de l’observateur que nous sommes est à cet égard significative : dans la très grande majorité des cas, l’irruption dans notre champ perceptif d’un sujet atteint d’une grave malformation entraîne un sentiment mixte fait de curiosité, de gêne, parfois de dégoût. Selon le degré d’éducation, l’âge ou la discrétion de l’observateur, la réaction est révélatrice de l’un ou l’autre de ces sentiments. Le contraste apparaît en clair lorsqu’on interroge le porteur de la malformation : il n’y a jamais concordance des avis, et tout semble dépendre de l’adaptation du sujet à cette malformation.
Cette adaptation peut dans certains cas revêtir un caractère exceptionnel : témoin cet adolescent qui suivait dans le service de chirurgie réparatrice un protocole opératoire très long, car il avait été dans son très jeune âge atteint d’un noma, qui est une tumeur mycosique très destructrice. La précocité de cette atteinte est telle que l’on peut assimiler son cas à une pathologie congénitale, qui trouve donc sa place dans ce chapitre. Au gré de la tourmente qui dévastait alors l’Ethiopie, cet enfant avait été trouvé par une organisation humanitaire, totalement abandonné par tous. Sans entrer dans trop de détails, A… n’avait pas figure humaine. Le programme opératoire demandait que l’on respectât des temps précis, et donc des interphases pendant lesquels ce garçon rentrait dans sa famille nourricière, dont le dévouement faisait l’admiration de tous. Il faut savoir que la chirurgie reconstructrice exige de fournir à la zone détruite ou agénésique un apport de substance vivante ; on a alors recours à des lambeaux dont la migration de la zone prélevée à la zone destinataire s’effectue en respectant leur rattachement à un pédicule nourricier. C’était du moins la méthode employée à cette époque, les progrès de la microchirurgie permettant depuis d’éviter de recourir à cette lourde technique. En ce qui concerne les pertes de substance du visage, il fallait avoir recours à des lambeaux relayés par les membres supérieurs, pour des raisons évidentes de proximité des deux régions, par l’intermédiaire de systèmes d’attaches très contraignants qui permettaient au lambeau migrateur de « sauter » du bras au visage, et ainsi de pouvoir être modelé sur celui-ci pour devenir un nez, une lèvre ou un contour. Notre jeune garçon a traversé tous ces stades avec une grande sérénité ; pendant les phases opératoires qui demandaient sa présence à l’hôpital, il ne perdait jamais une occasion d’établir immédiatement des contacts avec ses voisins, parfois au grand dam des familles. Régulièrement, il sortait en ville pour prendre l’air avec un aspect à faire peur. Lors d’un début de nécrose du lambeau qui devait lui donner une lèvre supérieure, cet aspect s’est doublé d’une odeur due à la nécrose ; malgré tout, il est quand même sorti, prétendant à juste titre qu’il avait besoin de s’aérer. Seul un épisode de franc désespoir est venu un jour troubler cette évolution. Mais il a très vite repris le dessus et a continué de suivre le programme opératoire de reconstruction plastique. C’était un garçon vif, intelligent, très drôle et attachant, recherchant sans cesse le contact. Par la suite, ses parents l’ont dirigé vers une école de cirque où il a appris l’acrobatie ; c’était très judicieux, et cette façon de « faire le cirque » lui a apporté la parfaite compensation – ou surcompensation – de son état. De toutes façons, A… s’était merveilleusement adapté à son apparence. Bien entendu, les interventions itératives l’ont considérablement amélioré ; néanmoins, leur lourdeur et les très longs délais entre elles, chez un enfant puis un jeune adulte, auraient pu être vécus beaucoup plus dramatiquement. Il est probable – mais ceci est et restera une pure hypothèse – que A… dans sa petite enfance terriblement troublée a été sans cesse obligé de se tourner vers des personnes différentes, dans un contexte sociopolitique agité, ce qui a peut-être favorisé son adaptabilité et renforcé un caractère naturellement sociable et extraverti.
Cet exemple marque particulièrement le contraste dont nous parlions plus haut. A… n’est pas gêné de parler de son visage ; il utilise même astucieusement la frayeur de l’observateur. Il représente un cas heureusement rare. Nous évoquions la probable nécessité vitale qu’il a eue de se tourner vers autrui ; de la même façon, on peut penser qu’il a un goût fantastique de vivre, en se tournant vers ses parents adoptifs, puis vers l’équipe chirurgicale qui s’est chargée de lui refaire un visage, à lui qui n’en avait jamais eu, ce qui est bien entendu tout à fait exceptionnel.
Un peu différents et plus courants sont les enfants porteurs de malformations congénitales présentés par leurs parents naturels. Selon les soignants qui s’occupent de ces enfants, personnel Infirmier, chirurgiens, orthodontistes, orthophonistes, etc., ce qui compte le plus, c’est la relation entre l’enfant et son entourage. Ils se trouvent bien placés pour en juger, car la situation fait que les parents génitaux s’adressent à eux pour réparer ce qu’ils ont le sentiment d’avoir eux-mêmes « raté » : c’est du moins ce qui ressort généralement de leur attitude, en particulier la culpabilité de la mère. Ainsi se trouve réalisée une situation triangulaire originale : l’enfant, ses parents, et les substituts chargés de refaire ce qui a été « mal fait », qui sont donc non seulement réparateurs de l’organe malformé, mais aussi réparateurs de la propre « insuffisance « de la mère. Cette relation particulière est bien vue par les infirmières, qui ressentent et observent mieux que les médecins plus préoccupés de problèmes techniques. Elles constatent que les enfants porteurs de malformations ne posent pas de difficultés particulières quand ils sont seuls ; par contre, l’arrivée de la mère aux heures des visites montre la difficulté de relation avec autrui devant un comportement maternel dominé par la culpabilité. Tout se passe comme si l’enfant n’était en réalité pas très gêné par sa malformation, mais l’était beaucoup plus par la réaction que cette malformation entraîne dans les yeux de sa mère.
Une jeune femme a été opérée de multiples fois dans le service de chirurgie réparatrice : ces interventions itératives étant rendues nécessaires aussi bien pour des raisons d’étapes de reconstruction, comme il a été vu plus haut, que pour des raisons de remaniement des structures ostéo-musculaires lors de la croissance. Ce qui donne à l’équipe chirurgicale le temps de « suivre » un enfant ou un adolescent et d’apprécier l’évolution de sa vie relationnelle. M… était donc venue de nombreuses fois dans le service pour des interventions sur son maxillaire inférieur siège d’une agénésie qui avait entraîné une forte déformation de son visage, rendu tout à fait asymétrique. Devenue adulte et avec un visage bien réparé elle gardait une parfaite lucidité et une capacité d’observation sur sa propre évolution et le contexte psychologique de son existence.
Le métier de travailleur social qu’elle avait choisi – hasard ou conséquence – lui permettait la juste évaluation des choses. Elle frappait l’interlocuteur par le mélange de gentillesse, de clairvoyance et d’une pointe d’agressivité bien tempérée de son discours. Lors d’un entretien qui visait à résumer sa propre histoire chirurgicale et psychologique, elle avait clairement dégagé les points importants que cet exposé tente d’étudier. En voici en quelques phrases le résumé : la mère nous voit avec les yeux de l’amour ; la mère culpabilisée va surprotéger, par compensation, et la relation ne sera plus libre. Si la mère refuse la réalité, elle refuse à l’enfant le droit de se reconnaître. Il faut que l’enfant sache qu’il est différent. Les parents doivent se poser eux-mêmes les questions, sinon ils ne peuvent pas apporter de réponses ; l’enfant posera de toutes façons à ses parents la question de savoir pourquoi elle ou il n’est pas comme les autres. La mère doit être d’une grande disponibilité ; elle doit aussi savoir répondre par paliers : les questions de l’enfant évoluent, en fonction d’une maturité accélérée, et d’une crise d’adolescence plus aiguë. Il ne faut jamais laisser la paix à l’enfant ; on doit le stimuler, le pousser, entretenir sa combativité.
Au sujet des frères et sœurs : il ne faut pas que la malformation modifie dans quelque sens que ce soit la rivalité normale entre les frères et sœurs. Ceux de M… ne lui ont jamais épargné la moindre querelle, car ils l’aimaient comme elle était.
Au sujet du milieu scolaire : l’entrée en maternelle représente la deuxième grande épreuve de la vie : après le regard des siens voilà le regard des autres de ses « semblables ». Ceux-ci ne viennent pas vers l’enfant c’est l’enfant qui doit aller vers les autres. Il doit forcer, faire du charme, et donc avoir une énergie considérable. D’où la nécessité vue plus haut qu’il ait été sans cesse stimulé, « regonflé » et revigoré dans sa petite enfance.
Au sujet du chirurgien et de l’équipe chirurgicale : d’emblée, M… avait parlé de la foi indispensable dans le chirurgien ; Et si elle en parlait, c’est qu’il y a présupposé : ceci étant déjà contenu dans les affirmations selon lesquelles le petit enfant doit être en permanence stimulé, qu’on ne doit jamais le « laisser en paix » : en effet la vie ne le laissera jamais tranquille, il y aura toujours une occasion de faire se rouvrir la blessure. Dans le protocole chirurgical de réparation, il y a des moments difficiles, de douleur et de désespoir. Le patient doit avoir l’habitude de se battre, mais il sait aussi qu’il doit retrouver dans le chirurgien la capacité de relancer le courage et l’espoir qu’avaient eus, dans les meilleurs cas, l’entourage familial initial. Les premiers rendez-vous avec le chirurgien plasticien sont l’occasion pour le jeune patient, d’effectuer ce test ; le praticien n’y pense pas toujours.
Il est en revanche le premier à pouvoir donner des avis comparatifs sur un certain nombre de données cliniques concernant la chirurgie des malformations. Il semble que les réflexions générales sur ce sujet – en dehors bien entendu des considérations de technique chirurgicale – se regroupent en trois points. Au sujet de l’appréciation de la malformation : on rejoint ici les questions soulevées au début de ce chapitre, car l’appréciation de la gravité ou du préjudice de la disgrâce est fonction de l’adaptation du sujet à son handicap. Le chirurgien va donc trouver toutes les variantes de demandes, de la plus proportionnée à la plus stupéfiante, bouleversant souvent ses propres critères d’appréciation. Ainsi des malformations très mineures vont faire l’objet d’une demande qui nécessitera une chirurgie très élaborée alors qu’à l’opposé le sujet hésitera à entrer dans un protocole opératoire plus simple, mais concernant une très grave malformation.
Citons au passage ces demandes déplacées que tout chirurgien a rencontrées : le patient porteur d’une malformation évidente va poser une demande de chirurgie réparatrice sur un autre endroit ou un autre organe. Ceci témoigne, ainsi que ce qui précède, de l’aptitude qu’a l’être humain de jouer avec divers mécanismes : déplacement, inversion, déni, etc., qui lui permettent de vivre ses difficultés à moindre frais. Nous en verrons plus loin, et abondamment, les illustrations dans les autres secteurs de la chirurgie plastique.
Au sujet de l’âge auquel on doit intervenir chez le porteur d’une malformation : il semble que l’évolution considérable des techniques opératoires permette d’envisager des i

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