Comprendre la crise d adolescence
120 pages
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Comprendre la crise d'adolescence , livre ebook

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Description

Ce guide s'adresse aux parents soucieux de comprendre et d'accompagner leurs enfants à l'adolescence. C'est un des premiers livres à replacer la crise de l'adolescence dans sa dimension familiale. Il décrit les difficultés et es questions des adolescents et de leurs parents, puis donne des pistes pour vivre au mieux le quotidien de la famille, permet aussi de déceler les signes les plus inquiétants qui nécessitent le recours aux aides spécialisées. Illustré de nombreux exemples, ce guide vous aidera à élaborer des solutions adaptées.



Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre.




  • Préface


  • Introduction


  • Toute la famille est concernée


    • Crise ou pas crise ?


    • L'adolescence, une affaire de famille


    • L'adolescence, une affaire de génération




  • La crise d'adolescence au quotidien


    • Entre conquêtes, deuils et désarrois


    • Décrypter les principaux comportements


    • Quelles erreurs éviter ?




  • Quand se faire aider ?


    • Détecter les signes avant-coureurs


    • Quelques familles et leurs adolescents "difficiles"


    • Les thérapies possibles




  • Conclusion


  • Bibliographie


  • Notes


  • Table des matières

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 231
EAN13 9782212245585
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Dans la collection Eyrolles Pratique :
■ Examens : en forme le jour J, Jean-Marc Bayle
■ Mieux vivre avec l’analyse transactionnelle, Alain Cardon
■ Sortir des conflits avec les autres, Christophe Carré
■ La PNL, Catherine Cudicio
■ Mieux connaître sa personnalité, Jean-François Decker
■ Petit guide de la retraite heureuse, Marie-Paule Dessaint
■ Savoir et oser dire Non, Sarah Famery
■ Arrêter de culpabiliser, Sarah Famery
■ Avoir confiance en soi, Sarah Famery
■ Proverbes psy pour mieux vivre, Ysidro Fernandez
■ Slow down, John Hapax
■ Mieux vivre avec ses émotions, Didier Hauvette
■ Découvrir la musicothérapie, Edith Lecourt
■ Oser s’exprimer, Guyette Lyr
■ Couple : où en êtes-vous ?, Catherine Olivier
■ Manipulation : ne vous laissez plus faire !, Jacques Regard
■ Les troubles du comportement alimentaire, Laëtitia Sirolli
Françoise Rougeul
Comprendre la crise d’adolescence
« En partenariat avec le CNL »
Éditions Eyrolles 61, Bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Mise en pages : Istria
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de Copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2006, ISBN 2-7081-3714-X
Remerciements
À Dominique Van Egroo sans qui ce livre n’aurait pas existé.
À mon cher ami Alain Feuvrier pour son aide et son indéfectible soutien.
Au Dr Jean-Claude Benoit pour sa préface et sa longue amitié.
À mes collègues et amis de L’APRTF ; ce livre leur doit beaucoup.
Au Dr Didier Destal pour tout le travail théorique et clinique qu’il fait avec les adolescents.
À Elida Romano qui m’a ouvert les portes de l’unité de thérapie familiale qu’elle dirige avec passion et compétence dans le service du Dr Destal et à son équipe si accueillante et dynamique.
À tous les adolescents du monde…
Sommaire
Préface
Introduction
Première partie : Toute la famille est concernée
Chapitre 1 : Crise ou pas crise ?
Chapitre 2 : L’adolescence, une affaire de famille
Chapitre 3 : L’adolescence, une affaire de génération
Deuxième partie : La crise d’adolescence au quotidien
Chapitre 4 : Entre conquêtes, deuils et désarrois
Chapitre 5 : Décrypter les principaux comportements
Chapitre 6 : Quelles erreurs éviter ?
Troisième partie : Quand se faire aider ?
Chapitre 7 : Détecter les signes avant-coureurs
Chapitre 8 : Quelques familles et leurs adolescents « difficiles »
Chapitre 9 : Les thérapies possibles
Conclusion
Bibliographie
Notes
Table des matières
Préface
Ce livre vient à son heure. Il peut concerner tous ceux et celles qui cherchent à comprendre les crises relationnelles manifestes dans la jeunesse d’aujourd’hui et ceci sur un plan à la fois individuel et collectif. Il expose de façon claire la nécessité d’une approche relationnelle qui s’élargit aux plans familial et social.
Cette approche est fondée sur la théorie moderne de la communication dite « systémique », ou mieux : « éco-systémique ». Cette théorie permet une approche anthropologique adaptée aux temps présents, lesquels sont dits souvent « postmodernes » ; il s’agit bien entendu des progrès considérables et croissants des moyens d’information et de communication mis à la portée de chacun de nous, et tout particulièrement des jeunes, bien entendu.
La notion de « système familial » éclaire l’aspect interactionnel in situ des communications, échanges et informations lors de ce que nous considérons comme une croissance collective et simultanée dans chaque foyer. Elle est essentielle pour mieux percevoir combien est partagée localement cette évolution collective, avec ses réciprocités. Françoise Rougeul décrit très bien la place mouvante occupée par chaque adolescent ou adolescente dans ce processus co-évolutif, dont le but est pour lui ou elle de croître à la fois parmi les siens et parmi les autres, jeunes ou adultes.

Une « théorie éco-systémique de la communication » fut apportée au siècle dernier par l’anthropologue Gregory Bateson, facilitant la mise au point d’approches thérapeutiques collectives, ouverture vers les thérapies familiales dites « systémiques ». L’intervenant (ou le soignant) s’inclut dans les crises affectives, au sein même des situations difficiles manifestées par celui ou celle qui est en souffrance manifeste : souvent un/e adolescent/e. L’aide et le soin se font sur ce mode original, collectif. Les symptômes juvéniles, les troubles psychiques, voire les violences, se trouvent ainsi recadrés dans cet effort thérapeutique élargi au « système familial ».
Enseignante en université de psychologie et psychothérapeute, Françoise Rougeul a transmis des années durant ce message et a conduit simultanément des cures selon ce modèle systémique. Ce livre traduit sa compétence à la fois pédagogique et psychothérapique. Ces qualités y sont présentes simultanément, fruit d’une longue expérience et d’un grand savoir-faire. J’ajouterai qu’il était nécessaire que soit présenté de façon aussi pédagogique ce champ relativement nouveau de compréhension et de soin psychologiques. La clarté de son texte et l’authenticité des exemples cliniques qu’elle présente se mêlent en une brillante harmonie.
Dr Jean-Claude BENOIT 1
Introduction
Ce livre est destiné avant tout aux parents puis à tous ceux, enseignants, éducateurs, moniteurs de sport, médecins, qui ont affaire à ceux que l’on dit être dans « l’âge bête », les adolescents… Il doit beaucoup aux travaux de l’association de thérapie familiale 2 où travaille l’auteur et qui sont développés dans un ouvrage plus spécialisé 3 . En particulier, il considère que la famille dans son ensemble est impliquée dans la « crise d’adolescence ». Au terme « adolescent » ou « crise d’adolescence », il sera donc préféré celui de « famille adolescente », ou même « adolescence familiale ». 4
Les approches systémique 5 et transgénérationnelle seront privilégiées dans l’analyse de la crise, car s’il y a beaucoup d’ouvrages sur les adolescents et la crise d’adolescence, il n’en existe aucun qui utilise ces approches comme support théorique principal. Ces approches, nées aux USA dans les années 60, se caractérisent par le fait qu’elles envisagent les problèmes dans leur contexte global : la famille. Elles se différencient par leur manière d’aborder les problèmes familiaux : l’approche systémique pure met l’accent sur l’analyse des interactions et des communications dans l’« ici et maintenant » de la famille, tandis que l’approche transgénérationnelle prend en compte l’histoire de la famille sur plusieurs générations.

L’objectif de cet ouvrage est d’aider les familles en difficulté :
▶ en leur présentant d’autres manières de comprendre la crise d’adolescence qui leur permettent de résoudre un certain nombre de difficultés, en particulier celles qui sont engendrées par des troubles de la communication du type quiproquo.
▶ en leur apportant des points de repère qui leur permettent de discerner à quel moment il faut réellement s’inquiéter et demander une aide extérieure. Ceci nous paraît tout particulièrement important car les parents sont souvent perdus dans cette crise qui remet toute la famille en question.
Ce livre se veut donc résolument pratique. Il a pour but de permettre aux parents et aux adolescents de mieux se comprendre en apportant des clés de lecture que tout parent est capable d’utiliser.

Il comprend trois parties :
• tout d’abord, une présentation des grands principes des approches systémique et transgénérationnelle ainsi que la manière dont elles permettent de comprendre la crise d’adolescence.
• en deuxième partie, la crise d’adolescence « normale » décrit des comportements et des réactions adolescentes, les réactions des parents à ces comportements ainsi que les significations que chacun leur attribue et le fossé qui peut se creuser entre parents et adolescents.
• enfin, nous nous pencherons sur la crise d’adolescence « pathologique ». Après avoir repéré quelques signes annonciateurs de la gravité d’une crise, nous présenterons différents types de « familles adolescentes » pathologiques ainsi que les thérapeutiques appropriées.
Première partie
Toute la famille est concernée
Chapitre 1
Crise ou pas crise ?
Le concept de crise
La crise est un processus caractérisé par un climat de tension qui se produit au moment où un système vivant passe d’un état stable à un autre état stable.
La crise n’est pas une rupture, sinon une rupture d’équilibre. Il est donc préférable de parler de processus critique au sens de l’Antiquité grecque, crisis signifiant « choix », « décision », « changement ».
Au cours de ce processus s’élabore plus ou moins difficilement la transformation de nos relations. S’il se produit dans un climat d’incompréhension ou de conflit, il sera la matrice du changement.

Une famille entre en crise lorsqu’elle est obligée de changer d’organisation relationnelle.
Nous avons parlé des changements inéluctables liés au cycle vital : ce sont des crises dites « naturelles ». Mais il y a aussi des crises dites « accidentelles » quand elles ne sont pas liées à l’évolution naturelle de la famille. La maladie, le chômage, l’émigration sont des événements qui, lorsqu’ils surviennent, mettent une famille en crise car ils impliquent une redistribution des rôles de chacun.

La crise n’est pas un drame à éviter
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la crise n’est pas un drame à éviter puisqu’elle est la condition du changement. Certes, c’est une rupture et le vacillement des points de repère peut donner l’impression que la famille sombre dans le chaos. Mais malgré le climat de tension et de violence, cette rupture n’est qu’une rupture des habitudes qui caractérisent un cycle vital en train de s’achever.
Ainsi, un adolescent ne va pas supporter qu’on lui donne des conseils ou qu’on lui demande, par exemple, s’il a bien pris son écharpe en sortant ; en un mot, qu’on le surveille comme un enfant.
La crise est un moment fécond
La crise est un moment fécond puisque les relations qui s’étaient stabilisées d’une certaine manière peuvent changer.
Aussi éprouvante soit-elle, la crise, état instable, appelle un autre état. Le prototype de la crise est la naissance : c’est dire qu’elle est associée aux notions de passage et d’épreuve avec, au centre, un double thème : mort et résurrection.
La crise peut durer
Si la crise apparaît dans un contexte de changement brusque ou décisif, elle n’est pas forcément ponctuelle. Le plus souvent, elle constitue un processus plus ou moins long au sein duquel s’affrontent forces de croissance et forces de stagnation.

Il arrive que la crise s’essouffle sans qu’aucun changement ne soit intervenu, ce qui est un signe de déséquilibre grave. En ce cas, les troubles se stabilisent de telle sorte qu’il n’y a plus de crise… mais les perspectives de changement deviennent nulles.
Dans les familles qui se sont ainsi rigidifiées avec des pathologies graves, certains thérapeutes familiaux, comme l’École de Rome, vont tenter de mettre la famille en crise au cours de la séance afin de profiter de son dynamisme.

Récapitulons…
Sauf dans des cas extrêmes, où il y aurait un risque sérieux de passage à l’acte agressif ou suicidaire, la crise n’est pas synonyme de pathologie. Même si elle s’accompagne de tensions et de souffrances, elle est le signe qu’un changement est en train de se produire dans l’organisation des relations familiales. Il ne faut donc pas vouloir à tout prix éviter ou étouffer la crise mais accompagner le changement dont elle est le témoin.
Chapitre 2
L’adolescence, une affaire de famille
Survol historique
L’approche systémique naît aux USA aux alentours de la deuxième moitié du XX e siècle. Sur le plan scientifique, elle s’inspire des apports de plusieurs théories.
La cybernétique
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Norbert Wiener, travaillant sur l’efficacité des canons antiaériens, met au point un processus de contrôle qui permet à la machine d’évaluer ses performances et de les corriger en fonction de cette auto-évaluation. C’est ainsi que se constitue la cybernétique ou science du pilotage.
Wiener repère ensuite des analogies entre le fonctionnement de ces mécanismes et celui du système nerveux central : tous deux sont régis par un même processus circulaire où des informations sur l’action en cours nourrissent en retour ( feed-back ) le système, lui permettant ainsi d’atteindre son but. Le concept de feed-back ou « rétroaction » devient la clé de voûte de la cybernétique, science qui s’attache à l’étude des processus de communication et de contrôle chez la machine et l’être vivant.

La théorie générale des systèmes
Parallèlement, le biologiste australo-canadien Ludwig von Bertalanffy élabore une théorie générale des systèmes qui s’attache à dégager des lois susceptibles de s’appliquer à tous les systèmes, quelle que soit leur nature. À partir de 1954, un groupe de recherche se constitue réunissant des cybernéticiens autour de Bertalanffy et de son équipe. Les concepts de feed-back , de rétroaction et de causalité circulaire posent alors les fondements de la pensée systémique.
Les théories de l’information puis de la communication
Pour étudier la manière dont les messages sont transmis à l’intérieur d’un système, Claude Shannon, ancien élève de Wiener, va construire une théorie mathématique de la communication. Toutefois, Shannon, qui est employé par la compagnie Bell telephone, ne s’intéresse qu’aux problèmes de déperdition d’information dans les télécommunications. Son modèle strictement linéaire s’oppose en tous points au modèle circulaire et rétroactif de Wiener.
Dans les années 50, un groupe de chercheurs décide d’abandonner le modèle télégraphique de Shannon et de reprendre complètement l’étude de la communication interpersonnelle. Ces chercheurs proviennent d’horizons très divers : Grégory Bateson est anthropologue, Ray Birdwhistel et Edward Hall sont aussi anthropologues mais nourris de linguistique, Erwing Goffmann est sociologue, Paul Watzklawick est philosophe et psychologue, Don Jackson est psychiatre, de même que Jay Haley.
La plupart de ces chercheurs se connaissent, certains ont même travaillé ensemble. Ils vont s’échanger de manière informelle (téléphone, e-mails, rencontres individuelles, colloques, etc.) leurs problématiques et les résultats de leurs travaux. Ainsi naît de cette cristallisation ce qu’on appellera le « collège invisible ».
Ce phénomène est remarquable par la souplesse du mode des échanges et celle de l’appartenance des chercheurs. Certains restent longtemps isolés puis rejoignent un groupe. Les groupes sont de taille très variable (ils peuvent n’être constitués que de deux chercheurs), leur durée de vie aussi ; ils se font et se défont en fonction des centres d’intérêt des participants.

Il n’y a pas une théorie systémique mais une pensée systémique qui décrit et analyse les propriétés de ces êtres qu’on appelle « systèmes », en se nourrissant de théories scientifiques et de métaphores empruntées à ces théories.
Ce « collège invisible » sera d’une très grande fécondité. On lui doit l’élaboration d’une théorie de la communication humaine. Par la suite, la régulation des systèmes bénéficiera des apports de théories qui permettront de mieux rendre compte des phénomènes de changement 6 .
Sur le plan clinique
La Seconde Guerre mondiale bouleverse profondément les mentalités et les structures sociales. Le climat intellectuel et socioculturel a changé. Dans l’après-guerre, on s’interroge (surtout aux États-Unis) sur l’existence et les moyens de pallier les inégalités sociales. Par ailleurs, cette interrogation concerne la notion même de famille, qui est remise en cause en raison d’une augmentation importante des séparations et des divorces.
Déjà, depuis les années 40, l’intérêt des thérapeutes avait commencé à se déplacer du malade pour se porter sur l’influence des structures familiales, d’où la naissance du concept de « mère schizophrénogène » 7 . Dès les années 50, suite à la naissance de la pensée systémique, cet intérêt se généralise. Des thérapeutes isolés puis des écoles appliqueront ces découvertes aux familles considérées comme des systèmes.
Chez les électriciens, on observe le même développement foisonnant que dans le domaine à proprement parler scientifique, d’autant que chercheurs et praticiens appartiennent souvent à un même groupe. Rapidement, des écoles de thérapie familiale se développent simultanément sur la côte Ouest et sur la côte Est, les plus célèbres se situant en Californie (Palo Alto) et à New York, avec Nathan Ackerman.
L’École de Palo Alto, en Californie, dont le chef de file est Gregory Bateson, se caractérise par sa pluridisciplinarité. Elle réunit en effet des chercheurs divers (anthropologues, cybernéticiens, biologistes, chimistes) et des cliniciens (psychologues et psychiatres). En outre, Gregory Bateson, dont l’intérêt ne se limite pas à la recherche d’améliorations des méthodes thérapeutiques, étudie aussi bien les interactions mère-enfant dans la culture balinaise que le jeu chez les animaux – en particulier les loutres et les dauphins –, à partir de quoi il s’applique à développer une théorie générale de la communication.
L’École de Palo Alto deviendra célèbre pour avoir dégagé un modèle de communication paradoxael 8 , le double lien, qu’il rendra responsable de la schizophrénie.
L’École de New York, groupée autour de Nathan Ackermann, est d’orientation plus clinique. Elle fait partie des écoles de thérapie familiale mais n’est pas à proprement parler systémique. Elle reste marquée par le courant psychanalytique et la dimension transgénérationnelle. Nous la traiterons donc à part.
D’autres écoles se constitueront rapidement dans le reste du pays…

Malgré leur diversité, on peut dégager plusieurs caractéristiques communes à l’ensemble de ces écoles :
• la recherche et la clinique sont étroitement mêlées ;
• la thérapie ne se limite pas au domaine de la psychiatrie mais prend aussi en compte le champ social ;
• toutes remettent en cause les thérapies individuelles au profit d’une approche familiale.
Une approche globale
Définition d’un système
Un système est un ensemble d’éléments en interaction. Le terme d’interaction est central, car si les éléments ne sont pas reliés par des interactions, il ne s’agit que d’un ensemble quelconque. Ainsi, les tasses, couverts, pots de café, croissants, pain, beurre, confiture et autres nourritures qui sont sur une table pour le petit-déjeuner constituent l’ensemble « petit-déjeuner de la famille X » mais ne forment pas un système car ils n’interagissent pas entre eux, si ce n’est de manière négligeable.
À l’intérieur d’un système, les interactions doivent être puissantes, complexes et le plus souvent les deux. C’est le cas d’une famille dont les différents membres sont en relation constante et ne cessent d’interagir les uns sur les autres. Ainsi, la famille X au petit-déjeuner est un système, car l’état d’humeur, bonne ou mauvaise, de chacun, en particulier de l’adolescent, va se propager en ondes sur les autres membres de la famille, suscitant ainsi des réactions en chaîne.

Toute la famille est prise en compte
Dans la mesure où l’accent est mis sur les interactions, il devient impossible de considérer un élément isolément car ce serait l’extraire des interactions.
Par voie de conséquence, il devient impossible d’isoler un membre de la famille pour le louer ou l’accuser, et le comportement de l’adolescent ne peut être séparé de celui de ses parents et de ses frères et sœurs.
Dans une même famille, il arrive souvent qu’il y ait un adolescent qui ne fasse que des bêtises : c’est le « mouton noir », alors que ses frères et sœurs, même plus jeunes, sont sérieux et dignes de confiance.
Des comportements antagonistes complémentaires
On peut penser que le « mouton noir » exprime le pôle folie, excentricité, déviance ou révolte de la famille, et les autres expriment le pôle sagesse.
L’enfant « sérieux » sera obligé de l’être, d’autant plus que son frère ou sa sœur le seront moins. En effet, lorsqu’on parle avec ces enfants modèles, on s’attend à ce qu’ils soient satisfaits des louanges qu’on leur décerne, mais l’on est souvent étonné du poids représenté par cette sagesse qu’ils ressentent comme une contrainte.
Inversement, on constate souvent que si le « mouton noir » se range, c’est un des enfants jusque-là sans problème qui commence à prendre le relais… Ceci peut désespérer certaines mères de famille qui se plaignent de n’avoir vraiment pas de chance. Sur un plan systémique, il est normal que les symptômes persistent et soient reportés sur un autre membre de la famille si les troubles du fonctionnement familial n’ont pas disparu.

Équilibre familial et « patient désigné »
En fait, chaque famille possède son équilibre relationnel et sa manière de réguler les différentes secousses qui peuvent l’affecter.
Ainsi, lorsqu’un adolescent grandit, il va chercher à avoir davantage d’autonomie. Si la famille n’arrive pas à changer de mode de fonctionnement, des tensions vont se créer à l’intérieur du système qui, à la longue, se traduiront en symptômes ; dès lors, on dit que la famille « dysfonctionne ».
On ne parle de « patient désigné » que si les symptômes affectent toujours la même personne et entraînent une demande de consultation, c’est-à-dire que le patient est celui que la famille « désigne » pour consulter un thérapeute.
Dans ce cas, voir la famille comme un système entraîne que toute la famille, au moins ceux qui vivent sous le même toit – ceux qui sont en interaction importante avec le patient – participe à la thérapie.
Aussi, si un adolescent commence à présenter des troubles du type refus scolaire, repli sur soi, violences, fugue, toxicomanie ou tentative de suicide, on considérera que toute la famille est impliquée et on le recevra avec sa famille, au moins avec son père et sa mère.
Cette pratique dite de « thérapie familiale » peut de prime abord choquer des parents qui pensent que seul l’adolescent va mal et que c’est lui qu’il faut traiter, en préservant ses frères et sœurs.
Thérapie « avec la famille »
Pourtant, la thérapie familiale, qu’il vaudrait mieux nommer thérapie « avec la famille » présente plusieurs avantages.

Elle ne sépare pas la fratrie en « malade » et « bien portants »
Le thérapeute qui reçoit un appel téléphonique, généralement de la mère ou de la grand-mère, concernant un adolescent « à problèmes » va s’enquérir de la composition de la famille, en particulier de l’existence éventuelle de frères et sœurs, et demander leur participation à la thérapie.
Cette demande suscite pour le moins un étonnement, dans la mesure où ces enfants sont considérés comme « allant bien ». La personne qui décroche le téléphone et que nous nommons « l’ambassadeur » de la famille se montre, le plus souvent, très réticente. Les raisons alléguées sont diverses, ces enfants : « … ont trop de travail, ils sont en période d’examen, ça va les perturber, il faut essayer de les protéger, d’ailleurs ils ne sont pas concernés, etc. »
Tout est fait pour isoler les « bien portants » du « malade » (on pourrait presque dire pour circonscrire l’abcès…). Or, essayer de préserver les frères et sœurs « non malades » est illusoire, surtout s’ils vivent avec l’adolescent dit « à problèmes ». En réalité, même s’ils ne disent rien, ils sont entièrement impliqués dans les troubles du fonctionnement familial. Dans leur intérêt, il est donc préférable de les associer à un travail de thérapie qui les concerne plus directement que ce que les parents peuvent imaginer. Ils pourront ainsi exprimer ce qu’ils ressentent, ce que, bien souvent, ils s’interdisent de faire.
La participation de l’adolescent à la thérapie est plus facile à obtenir
Les adolescents sont souvent réticents à l’idée d’aller consulter un « psy ». Ils se sentent plus en révolte qu’ « ayant besoin de soins ». Étant donné qu’ils adoptent facilement une attitude de toute-puissance, demander de l’aide leur est difficile ou humiliant.
Ils peuvent avoir l’impression d’un manque de courage, alors que le vrai courage consiste à reconnaître qu’on est en difficulté et à se faire aider si c’est nécessaire. Mais cette attitude est plutôt conforme à une logique d’adulte. Autrement dit, l’adolescent viendra beaucoup plus facilement à une séance s’il a l’impression de n’être pas seul en cause, ce en quoi, d’un point de vue systémique, il a raison.
L’adolescent n’a pas à supporter le poids d’une étiquette
Dans le processus de thérapie familiale, l’adolescent n’est pas étiqueté « malade » ou « ayant eu besoin d’une psychothérapie ». Même si, depuis quelques années, le terme « psy » n’est plus nécessairement associé à celui de maladie ou déficience mentale, il n’en reste pas moins que, pour les autres et pour lui-même, l’adolescent aura eu besoin de se faire aider. Or ceci, sans équivaloir au « dossier » que portent les malades mentaux d’une institution à une autre, constitue une trace qui pourra être évoquée, au moment de difficultés ultérieures, dans le style : « C’est vrai qu’il est fragile, d’ailleurs dans son adolescence il a eu besoin d’être suivi par un psy. » Comme toute étiquette, ce genre de discours fixe une difficulté qui aurait pu être passagère.
La famille n’est pas mise à l’écart
La famille constitue une unité sociale quasi organique, et l’on peut penser que tenir compte de cette unité en l’incluant dans la thérapie est plus conforme à la réalité.

Faire la thérapie avec l’ensemble de la famille permet d’écouter les inquiétudes familiales et d’obtenir la coopération d’une famille qui, loin d’être mise à l’écart, participe à la thérapie.
Prenons le cas d’un adolescent si dépendant de sa mère qu’on parlera de relation « fusionnelle ». Certains thérapeutes, pensant que cette relation est pathologique, vont chercher à la rompre. Ils recevront donc l’adolescent seul et éviteront au maximum tout rapport avec une mère jugée intrusive. Les thérapeutes systémiques, pensant que cette relation est leur réalité, vont préférer les recevoir ensemble pour travailler sur cette réalité. La présence du reste de la famille, c’est-à-dire du père et des frères et sœurs éventuels, permet aussi d’éclairer cette relation « fusionnelle » par rapport à la relation dans le couple et dans la fratrie.
Une recherche de cause non culpabilisante
Il est primordial de noter que si ça va mal, ce n’est de la faute de personne en particulier.
La recherche des causes possède quelques inconvénients…
Nous sommes accoutumés à penser que tout effet a une cause, que la cause précède toujours l’effet. C’est ce que l’on entend par causalité linéaire en ce sens que l’on peut tracer une flèche qui va de la cause vers l’effet.


Il est possible également qu’un effet ait plusieurs causes. Dans ce cas aussi, les causes précèdent toujours l’effet.



Cette démarche explicative, qui est au cœur de la démarche scientifique classique, pose problème dans le domaine des relations humaines. En effet, la recherche d’une cause ramène à la désignation d’un responsable. On assiste alors à l’émergence d’un contexte d’accusation, dans lequel il ne s’agira plus de comprendre la nature du problème et de chercher des solutions, mais de se défendre contre l’attaque de l’autre. C’est un des risques de la thérapie individuelle lorsqu’elle institue deux blocs : patient-thérapeute d’un côté, famille de l’autre.
Les thérapeutes individuels se plaignent généralement quand les parents arrêtent la thérapie de leurs enfants sous des prétextes divers. Ils accusent la famille de « résistance au changement » mais ne voient pas qu’ils ont contribué à cet arrêt, en instaurant à leur insu ce climat de rivalité et de mutuelle accusation.
Ainsi, prenons l’exemple d’une mère qui pose des questions au thérapeute sur la manière dont va se passer la thérapie de son enfant, et sur ce qu’elle doit faire ou ne pas faire. Il est assez courant qu’on lui tienne une variante du discours suivant : « La meilleure manière, Madame, que vous avez d’aider votre enfant, c’est de n’intervenir en rien dans le processus de thérapie. Donc, vous ne me téléphonez pas pour avoir des informations ou pour me raconter ce qui se passe à la maison, vous ne demandez pas à votre enfant ce qui s’est passé pendant la séance, vous me laissez faire (vous me faites confiance), c’est moi qui vous contacterai. » Dans le meilleur des cas, une date de rencontre est fixée.
Quelle peut être la réaction d’une mère qui entend cela de la part d’un thérapeute qu’elle ne connaît pas et qui n’a donc pas de raisons particulières de lui faire confiance ? Se sent-elle rassurée ? Concrètement, ce thérapeute lui demande de signer un chèque en blanc, mais comment peut-elle faire confiance à quelqu’un qui la met ainsi à l’écart, qui ne tient pas compte de son inquiétude et de sa bonne volonté, qui n’a pas l’air d’avoir besoin des connaissances qu’elle a sur son enfant ? Ce thérapeute ne va quand même pas prétendre qu’il le connaît mieux qu’elle ?

Le plus souvent, elle va penser qu’il juge son influence mauvaise, sinon pourquoi cette mise à distance et ce secret ? Dès lors, les précautions légitimes prises par un thérapeute individuel, pour préserver son cadre de travail, peuvent être ressenties de manière persécutive par une famille qui, plus ou moins consciemment, peut alors être tentée de saboter son travail, ne serait-ce qu’en arrêtant les séances sous prétexte que «ça ne donne rien.» Les familles, d’ailleurs, ne procèdent pas autrement.
Il est très courant de considérer que c’est un des membres de la famille, en particulier l’adolescent, qui rend tout le monde malheureux. On entend souvent le discours suivant : « Si seulement il pouvait arrêter de faire des bêtises, on serait drôlement heureux car avant, tout allait bien.»
Bien entendu, c’est faux. Le malaise existait déjà auparavant, l’adolescent ne fait que le cristalliser.
La causalité circulaire
Avec le concept de feed-back , on va voir apparaître une causalité dite « circulaire ». Dans ce cas, la causalité dite « linéaire » (car orientée de la cause vers l’effet) n’est plus pertinente puisque tout effet rétroagit sur sa cause et, d’une certaine manière, devient cause à son tour.
Dès lors, on voit naître le concept de causalité circulaire ou, plus précisément, de processus circulaire d’interaction au sein duquel les notions de cause et d’effet perdent de leur intérêt au profit de l’analyse de la structure des interactions.
Dans une famille, la cause du malaise sera donc à rhercher non pas dans les individus mais dans la manière dont ils interagissent, c’est-à-dire dans le fonctionnement relationnel du système.


Le thérapeute ne travaille plus au niveau des intentions bonnes ou mauvaises ; il passe de la recherche du « pourquoi » à la recherche du « comment », ce qui lui permet de sortir des pièges de l’intentionnalité, surtout inconsciente.
Avoir pour règle familiale « Le silence est d’or »
Présentation
Il s’agit d’une famille de 5 personnes : le père, la mère et 3 enfants ; un garçon de 16 ans, Victor, une fille de 15 ans, Nadia et une plus jeune de 10 ans, Clémentine.
Le « patient désigné »
La consultation est demandée pour Victor qui inquiète beaucoup ses parents, surtout sa mère, par son comportement violent et son silence. Victor a toujours été assez taciturne mais cela s’accentue de plus en plus ainsi que ses crises qui « terrorisent » la famille.
Thérapie familiale
Au début de la séance, la thérapeute avait prévenu Victor qu’il ne parlerait que s’il le souhaitait, car elle n’avait pas l’intention de le soumettre à un feu roulant de questions, d’autant qu’il avait peut-être de bonnes raisons de se taire. La séance a ensuite porté sur les inquiétudes de la mère. Elle se demande même si Victor n’a pas quelque chose à cacher, s’il n’a pas fait de mauvaises rencontres, notamment s’il n’est pas en train de se laisser entraîner dans une secte. Cette crainte paraissant un peu particulière, la thérapeute demande quels sont les éléments concrets qui la fondent. Heureusement, il n’y en a pas.
Des échanges s’engagent alors avec la famille sur ce qu’est une secte, comment chacun imagine la vie de ses membres, etc. Et, chose fort intéressante, tous conviennent qu’on ne peut rien en dire car les membres de la secte sont tous liés par « la loi du silence ». Il s’ensuit une discussion générale sur ce qu’on peut dire ou non, et à qui. Quand on demande à Nadia si elle se confie à sa mère, elle ne voit pas très bien ce que cela veut dire. Une question concernant ce qu’elle connaît des préoccupations de sa petite sœur l’embarrasse encore davantage. En réalité, elle n’en sait rien. Il en va de même pour les autres membres de la famille.
En fait…
Il en ressortira que c’est une famille où personne ne parle à personne sauf pour des considérations pratiques. La thérapeute conclut en disant qu’elle est frappée par le fait que cette famille parle aussi peu de son ressenti. Elle se présente comme obéissante à la règle : « La parole est d’argent mais le silence est d’or. » En conséquence, la thérapeute considère que le comportement de Victor est adapté car conforme à la règle familiale, tout en la poussant à l’extrême, ce qui n’est peut-être pas sans rapport avec ses crises de violence. De ce point de vue, c’est grâce à Victor que les membres de la famille ont pu commencer à en parler ensemble.
Pour finir, elle leur demande s’ils seraient d’accord pour continuer un travail sur l’opportunité actuelle de cette règle qui, semble-t-il, commence à les faire souffrir. Et Victor est le premier à prendre la parole pour dire qu’il souhaite revenir avec sa famille.
Dans l’approche systémique, le travail de la thérapie consiste donc à ne pas se centrer sur l’adolescent, ce qui serait pour lui très culpabilisant. On ne voit pas d’ailleurs très bien pourquoi l’adolescent parlerait de ses motivations, de ses craintes ou de ses fantasmes en public, ce qui est du ressort de la thérapie individuelle.
L’objectif des systémiciens consiste, après avoir dégagé la règle familiale que le comportement de l’adolescent met en scène, à essayer de voir comment elle s’est installée et quelle fonction elle remplit pour l’ensemble de la famille.

Ce mode de travail, qui ne prend pas en compte l’intentionnalité, permet d’instaurer entre le thérapeute et la famille un contexte de coopération et non d’accusation.
Les thérapeutes familiaux ont tous fait l’expérience, à la fin du premier entretien, de quitter une famille détendue qui les remercie parce que « Pour une fois, ils ne se sont pas sentis culpabilisés… et surtout, ils commencent à voir les choses autrement. »
L’autorégulation des systèmes vivants
Tout système vivant est dit « homéostatique », c’est-à-dire qu’il a la capacité de préserver son équilibre par des mécanismes d’autorégulation, de type feed-back. En ce qui concerne la famille, il s’agit d’un équilibre relationnel qu’elle va trouver en oscillant entre les deux pôles suivants :
▶ une permanence indispensable à sa constitution et son identité ;
▶ un changement indispensable à son évolution dans le temps.

La permanence
Elle est assurée par la constitution de règles qui codifient les relations entre les personnes. Ces règles s’établissent dès les premiers moments de la rencontre. Par exemple, si au premier rendez-vous un des jeunes gens arrive en retard et que l’autre ne réagit pas, il saura qu’il a le droit d’arriver en retard.
Elles concernent non seulement le rôle et la place de chacun, mais aussi les émotions qu’il est licite ou non de ressentir. Pour certaines familles, l’agressivité est interdite, pour d’autres, ce sera la peur ou la jalousie… Et il n’y a pas que les sentiments. La manière de les exprimer est également codifiée, allant de l’expansivité à la réserve ou à la loi du silence.
Ces règles ne sont jamais édictées clairement mais on les déduit du tollé qui accompagne leur transgression. Ainsi, dans une famille hiérarchique, si un adolescent commence à hausser le ton, il va se faire rappeler à l’ordre sur le mode : « On ne parle pas sur ce ton à papa ou à maman. » Dès lors, pour un temps, il y aura retour à l’état de respect prescrit à l’égard des parents.

Les règles agissent par un mécanisme de feed-back négatif ; elles ramènent le système (la famille) à l’état antérieur. Ce faisant, elles maintiennent la permanence du fonctionnement. Elles sont des conventions acceptées de manière tacite qui donnent son identité à la famille.
Nous avons présenté une famille où la règle centrale est de ne pas parler de ses sentiments, mais il y en a bien d’autres : les familles « pot au feu » dont la règle est « On est bien chez soi, l’extérieur est dangereux », avec pour variante possible « Les changements sont dangereux » ; les familles « militantes » comme dans le film Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes , etc.

Si le couple n’arrive pas à se mettre d’accord sur des règles, il ne peut pas se constituer. De même, si par la suite elles sont trop remises en cause, la famille se disloque.
Le changement
Il est, quant à lui, rendu nécessaire par l’évolution de la famille dans le temps qui rend caduques certaines règles.
Comme tout système vivant, une famille naît, grandit, se reproduit et meurt. Au cours de son évolution le long du cycle vital, elle passe par différentes étapes : le couple, la famille avec jeunes enfants, la famille avec adolescents, le départ des enfants, la vieillesse et la mort des parents.
Chacune de ces étapes se caractérise par une organisation relationnelle particulière. Lorsque les enfants sont jeunes, les relations parents-enfants se fondent sur le rôle éducatif des parents. Les enfants vont avoir à écouter et à obéir. Même dans les familles les plus « libérales », leur autonomie est limitée.
L’entrée du premier enfant dans l’adolescence va remettre cet équilibre en question car l’autonomie est au centre des revendications adolescentes. Les relations vont être amenées à se modifier, ce qui entraînera des tensions de plus en plus importantes jusqu’au moment où les parents commenceront à considérer leurs enfants comme des adultes en devenir. Le système basculera donc vers un autre état stable jusqu’à la prochaine étape.
C’est ainsi que les familles évoluent en passant d’un état stable à un autre par l’intermédiaire d’une crise au cours de laquelle l’organisation relation-nelle se modifie, ce qui leur permet de s’adapter aux changements inéluc-tables comme les changements temporels.

Le blocage et l’apparition d’un « patient désigné »
Il arrive qu’une famille se bloque à une étape du cycle vital. C’est particulièrement fréquent à l’adolescence. En effet, l’entrée du premier enfant dans l’adolescence ébranle une famille sur trois géné-rations, à tel point qu’on peut parler d’« adolescence familiale » 9 car toute la famille est en crise.
C’est qu’avec la puberté, la jeune génération est introduite à une sexualité adulte, ce qui renvoie le couple des parents à la manière dont ils ont vécu l’éveil de leur propre sexualité, donc aux grands-parents, car ce sont eux qui ont connu l’adolescence des parents.
Surtout, l’accession de la jeune génération à la sexualité annonce le déclin et la mort de l’ancienne. Si l’irruption de la sexualité et de la mort sont trop difficiles à supporter pour la famille, en particulier pour le couple parental, l’adolescent peut commencer à présenter des comportements qui le maintiendront dans sa position d’enfant. Ce peut être le cas des difficultés scolaires qui vont avoir pour effet la suppression ou la diminution des sorties et l’obligation de rester davantage à la maison pour travailler, etc.
Si la famille n’arrive toujours pas à surmonter ses peurs, les tensions vont continuer à augmenter et un des membres de la famille, c’est souvent l’adolescent, va en prendre la responsabilité en présentant des symptômes plus ou moins graves : fugues, tentatives de suicide.

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