Contes Préhistoriques
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Contes Préhistoriques , livre ebook

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Description

Vingt contes. Posologie : un à deux contes par jour pour apprendre à désapprendre ce que les instruments de mesure vous permettent de savoir avec certitude sur ce monde.
Partagez les réflexions de Maya et Édo, deux Cro-Magnon de la tribu des Ogs qui vivaient il y a vingt mille ans. Interrogez-vous avec eux sur leur environnement, leurs conditions de vie : Qu’est-ce que l’arc-en-ciel ?... Le vent ?... L’éclair ?... Le tonnerre ?... Les étoiles ?... Pourquoi le soleil se lève-t-il toujours du même côté ? Pourquoi se couche-t-il de l’autre ? Quand il est rouge, est-ce d’avoir trop couru ? D’où vient le tremblement de terre ?... La lave du volcan ?... L’image que l’homme dessine sur le sol peut-elle s’avérer aussi dangereuse que l’original ? Que faire contre l’adversité, la maladie ? Qui sont les habitants de la mer ? Pourquoi la mer n’aime-t-elle pas les rochers ? Comment fait l’oiseau pour voler ? Regardez autour de vous : le mur, la verticale, le plafond, l’horizontale, la porte qui s’ouvre sur une profondeur, la fenêtre avec la symétrie droite-gauche… Votre environnement date du néolithique.
Le pour, le contre, oui, non, thèse-antithèse-synthèse… Peut-être tranchaient-ils une question, mais peut-être rassemblaient-ils au contraire. Pourquoi dire un seul lorsque le groupe est d’une cinquantaine de personnes ? L’homme préhistorique ne disposait d’aucun de nos outils scientifiques pour expliquer les événements qu’il observait. Il répondait à son interrogation avec les moyens du bord, c’est à dire sa réflexion et sa logique. Les légendes naissent de l’imaginaire des hommes. Elles font leur miel de questions sans réponse. C’est la contingence des choses qui a amené l’homme petit à petit à penser que ce monde était fait pour lui, à sa mesure et qu’il était là pour le dominer.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 juin 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782363156563
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0012€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Contes Préhistoriques


Daniel Jacquier

2017
ISBN:9782363156563
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Table des matières

I. État des lieux
II. Matières premières
III. Volcanologie
IV. Fossile
V. L’empreinte
VI. Corvée de bois
VII. Lycanthropie
VIII. Art graphique
IX. Paroles
X. Jeu de mots
XI. L’arc-en-ciel
XII. Art graphique II
XIII. La pie
XIV. L’hermine et le bouquin
XV. Le regard de l’oiseau
XVI. Le bouquet
XVII. Guérison
XVIII. Les phases de la lune
XIX. Premières notes
XX. Origine du conte
Dictionnaire sommaire de français-og et de og-français
I. État des lieux
 

 
Édo creusait le sol à proximité de leur campement. Il était las de n’y trouver que des os de bison, d’élan, de lagopède, quelques arêtes de poisson aussi… Lui, en son for intérieur, c’était la dépouille d’un mort qu’il aurait souhaité mettre à jour. Elle aurait dû être là…
À la dernière saison de chasse, la tribu y avait enterré un des siens : un guerrier mort à l’issue d’une battue qui avait tourné à leur désavantage.
— Les proies ne sont pas toutes aussi coopératives que les marmottes, se disait-il. Le bison a des retours de corne dont il faut se méfier. Le mammouth, c’est de la trompe et des défenses dont il faut se garder.
Les anciens de la tribu prétendaient qu’un guerrier valeureux au combat ou à la chasse persévérait à fouler la toundra longtemps après l’avoir quittée, ad vitam æternam , par une sorte de privilège accordé au mérite.
— Possible que vivre dans l’espoir de ne pas totalement disparaître du territoire qu’il a sillonné ôte au guerrier l’appréhension de sa mort, poursuivait-il.
Car les occasions de la croiser ne manquaient pas. Il ne connaissait pas de tournant où elle n’aurait pu le prendre en défaut. Seul l’instinct qui le poussait à se tenir sur ses gardes l’avait maintenu en vie. Il aurait presque fini par croire qu’elle éprouvait son courage en lui tournant autour avec autant d’acharnement. Dans une certaine mesure, elle avait autant de raisons qu’eux d’accepter l’idée de sa propre résurrection. Mais la mort avait-elle envie de se mêler à la danse des moucherons, de voler avec des libellules par-dessus les nénuphars ou encore de ployer sous le vent, travestie en fleur des champs ? Car c’était sous ces différentes facettes que l’imaginaire des Ogs faisait résonance à la course des braves. Lui se disait que la mort avait sans doute mieux à faire. À moins que cette grâce ne fût accordée qu’aux Ogs…
— Même s’il en est ainsi, se demandait-il, en quoi les fleurs, les lucioles ou autres herbacées doivent-elles compter sur l’aide de nos morts pour fléchir et bombiner dans la lumière du printemps alors qu’elles pourraient très bien faire ça toutes seules ? De plus, en quoi stimuler la sève d’une plante ou l’abdomen d’un insecte peut-il être de nature à récompenser la bravoure d’un guerrier ?
Lui aurait plutôt parlé de pis-aller, de lot de consolation comme quand on donne à sucer la moelle d’un os à quelqu’un à défaut de lui en avoir offert le gigot ; mais une récompense, certainement pas. Ça ne le convainquait donc pas.
Sans doute cette fantaisie trouvait-elle son utilité dans son caractère exemplaire. Elle incitait les moins vaillants d’entre eux à se dépasser chaque fois que le groupe en avait besoin. Hommes ou femmes, tous aptes à se mesurer aux intempéries ou aux forces de la nature, n’avaient que la meilleure part d’eux-mêmes à offrir. Si la tribu supportait estropiés, vieillards, femmes enceintes et allaitantes en son sein, le parasite était un luxe même pas impossible : impensable ! Maintenant, des morts, il n’en avait jamais entendu témoigner un seul. Sans remettre en doute la parole de ses proches, lui préférait quand même s’accrocher à la certitude que battre la campagne de son vivant, écouter son cœur cogner contre les parois de son sternum, sentir la brûlure de ses poumons après la course était plus réconfortant que l’espérance d’un parcours prochain dans un ailleurs.
Mais qu’était-il advenu du squelette de son ami ?… Parce qu’il ne le trouvait pas. S’en était-il allé grossir le tumulte des torrents qui coulaient, aiguillonner la nuée des insectes ou encore insuffler de l’énergie aux fleurs ?… Au moins, cette prétendue faculté à s’immiscer dans chaque manifestation de la vie courante permettait-elle de se rappeler au bon souvenir des vivants. Que la rivière débordât de son lit, que le glacier rapetissât, que guêpes et moustiques se missent à les taquiner, et l’un d’eux lançait :
— Encore un valeureux qui s’accroche à la prairie des Ogs !
Car leur caractère semblait perdurer par-delà la matière. L’énergie déployée de leur vivant à s’abêtir ou à faire preuve de discernement reflétait leurs nouvelles occupations. Aussi, parmi les follets, comptaient-ils des bons, des méchants, des joviaux et des teigneux. Enfin, c’était l’interprétation qu’ils en donnaient.
Édo, agenouillé sur son périmètre de fouille, s’interrogeait :
— Peut-être la corruption du corps lui a-t-elle permis de se déplacer… Mais par quel artifice ?
Jamais, il n’avait vu un os de mammouth déménager de sa propre initiative. C’était eux, les Ogs qui, s’en servant d’armature pour leurs abris, les charroyaient. La cage thoracique du colosse, par exemple, était un excellent matériau. Et il n’y avait pas de meilleure clôture pour se protéger des hyènes et des lions. Mais lui, enseveli comme il l’était, qui aurait pu le dégager pour en étayer sa galerie ? Il aurait fallu être sacrément gaillard pour le remuer avec toute la terre qu’il avait sur le ventre.
C’était lui, l’enfoui, qui avait demandé à être enterré. Édo s’en souvenait : il souhaitait rejoindre les pierres.
— La prochaine fois que la terre tremblera, prédisait-il, je marcherai à ses côtés. Je ne serai plus seul, vivant parmi les vivants, abasourdi par la fureur tellurique. Je saurai de quelle intériorité la pierre tire sa force, supérieure à celle des animaux du dessus.
Et il était mort. Peut-être avait-il réussi à se fondre dans le minéral. La force lui aurait alors délivré son secret…
Édo n’avait pas formulé de vœux concernant ses funérailles. « À quoi bon ?… » Enseveli, disséminé dans la prairie ou englouti par les siens, il savait que ça dépendrait en grande partie des circonstances. En période de disette, quarante kilos de viande fraîche étaient toujours bon à prendre. Aucune volonté ne pouvait se permettre d’en priver le groupe. Même mort, il demeurait solidaire, la survie du nombre prévalant sur toute autre considération. Mais que la migration des rennes ait rendu la viande abondante et ils accompagnaient la dépouille du défunt dans la prairie pour la déposer au milieu des charognards. Là, ils les regardaient s’en emparer pour la déchiqueter. Quand tout était terminé, qu’il ne restait plus rien de son squelette, que les bestioles l’avaient disséminé aux quatre coins de la prairie, ils rentraient au campement. Il aurait donc fallu que le mort exigeât d’être digéré par les siens pour qu’ils acceptassent de s’en repaître en période d’abondance. Pour certains mourants, perdurer encore un peu dans l’organisme de ses congénères, savoir son corps débité au cours d’une cérémonie d’allégresse durant laquelle les siens conteraient ses aventures avant de le passer sur le grill pour le déguster en se tapant une dernière fois sur le ventre, c’était réconfortant. Repu du cadavre, à l’issue d’une bonne digestion, chacun le rendrait à la nature par les voies naturelles. Les bousiers finiraient le travail…
Tandis qu’Édo creusait, un doute se fit jour dans sa tête : « Sera-t-il encore entier ? » Parce qu’au fond, que savait-il de la décomposition des corps ? Il n’en avait jamais vu un seul aller

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