Conversations sur le sexisme
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Description

Les femmes sont encore victimes de préjugés, de stéréotypes, d'inégalités qui limitent leurs vies professionnelles, familiales et sociales. L'heure demeure au développement d'une éducation à l'égalité filles-garçons, à la révision d'attitudes et de discriminations sexistes. Ces conversations en famille, en classe entre élèves sont des invitations éducatives à des discussions pédagogiques qui visent plus amplement une éducation à la citoyenneté, copartagée par les coéducateurs que sont les enseignants et les parents. Conversons-en.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 95
EAN13 9782296224216
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Conversations sur le sexisme
Sexualité humaine
Collection dirigée par Charlyne Vasseur Fauconnet

Sexualité humaine offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, l’identité, les rôles féminin et masculin. Elle s’inscrit dans un mouvement socio-culturel, dans le temps et dans l’espace.
La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. L’erreur fondamentale serait de la limiter à un acte et d’oublier que l’essentiel est dans une relation, une communication avec l’autre, cet autre fut-il soi-même.
Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs s’exprimer dans un espace d’interactions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à l’anthropologie, etc.

Déjà parus

Christophe AVELINE, L’Infidélité , 2009.
Frédéric ALLAMEL, Anthropérotiques , 2009.
Laurent MALTERRE, La guerre des sexes ou guérir le sexe , 2009.
Claude-Émile TOURNÉ, Le Naissant , 2007.
Maria José WEREBE, Organisation sociale, pratiques sexuelles et religion, le cas des trois religions monothéistes , 2007.
Maurice MOULAY, Sexualité et psychothérapie corporelle , 2006.
Drocella MWISHA RWANIKA, Sexualité volcanique , 2006.
Gaspard MUSABYIAMANA, Pratiques et rites sexuels au Rwanda , 2006.
Bacar ACHIRAF, Les mœurs sexuelles à Mayotte , 2005.
Josette FORT, Naissance et fantasme de mort , 2005.
Houria BOUCHENAFA, Mon amour, ma s oe ur. L’imaginaire de l’inceste frère-soeur dans la littérature européenne du XIX e siècle , 2004.
Ney BENSADON, Sodome ou l’homosexualité , 2004.
Jean EMELINA, Les chemins de la libido , 2004.
Annemarie TREKKER, La mémoire confisquée , 2003.
Geneviève PAICHELER (dir.), Sexualité, normes et contrôle social , 2003.
Philippe Clauzard


Conversations sur le sexisme

Eduquer pour l’égalité filles-garçons


L’Harmattan
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-08243-4
EAN : 9782296082434

Fabrication numérique : Socprest, 2012
« La femme a toujours été, sinon l’esclave de
l’homme, du moins sa vassale ; les deux sexes ne se sont
jamais partagé le monde à égalité ; et aujourd’hui
encore, bien que sa condition soit en train d’évoluer, la
femme est lourdement handicapée. »


Simone de Beauvoir


« Par leurs offres et leurs sollicitations, les parents
encouragent les attitudes et comportements qu’ils
jugent appropriés au sexe de leur nourrisson. L’enfant
répond dans le sens souhaité. Et il apprend à se
positionner de façon interactive en tant que personne qui
participe à sa propre élaboration. Comment s’étonner
alors de l’intériorisation des conduites sexuées. »


Françoise Héritier
Philippe Clauzard a publié en 2002 :
Conversations sur l’homophobie,
l’éducation comme rempart contre l’exclusion.
Collection Sexualité Humaine.
L’Harmattan.
À mon Paperino.


À CHW.


Aux femmes que j’ai connues.
Et à celles que j’aurais aimé connaître…


Avec mes remerciements à tous ceux qui ont
contribué, d’une manière ou d’une autre, au développement
de ma pensée et de cet ouvrage…
AVANT-PROPOS

L’ordre moral, le pseudo ordre des choses, les séculaires stéréotypes ordonnant des comportements discriminants ont légitimé l’ordre établi dans une division des sexes, une hiérarchisation entre femmes et hommes, en faveur de ces derniers. Le recours à une vision d’une nature du monde signifiant que « ça a toujours été comme ça, que cela sera toujours ainsi », qui affirme « que cela ne peut être autrement », est un allié puissant pour soumettre un groupe d’individus à la loi d’un autre groupe se proclamant supérieur au moyen de multiples artifices. La femme est dite plus douce, effacée, soumise et passive. Elle est frivole et préoccupée par l’apparence des choses. Elle est la mère qui élève et nourrit les enfants. L’homme est plus agressif, plus dur. Il est un prédateur. Il est responsable. Ces stéréotypes affirment qu’au monde masculin qui se projette vers l’extérieur s’oppose celui de la femme qui vit dans l’ombre du foyer. On le voit, des idées toutes faites, sous de pseudo qualités naturelles, enferment les individus dans leurs caractéristiques et leurs rôles respectifs. Cela accroît l’emprise des uns sur les autres avec des théories de complémentarité qui veulent que la soi-disant force et virilité de l’homme protège la prétendue fragilité des femmes.

À la suite des travaux de John Stuart Mill qui envisageait l’inégalité des sexes comme une construction sociale, Margaret Mead redonne à penser la part d’acquis dans les différences sexuelles. Elle souligne une variabilité des caractéristiques sexuelles selon les origines culturelles, avec ses études ethnologiques sur les peuplades des Arapesh, des Mundugumor et des Chambulis. Ainsi, cette dernière population renverse les rôles tels que nous les observons dans nos pays occidentaux. Les Chambulis, décrits par Mead, forment une communauté où bon nombre des caractéristiques féminines et masculines sont inversées d’après nos stéréotypes traditionnels. On voit des femmes fières, fortes et déterminées, arborant un crâne rasé. Leur sexualité est jugée plus pulsionnelle et débordante que chez les hommes. Elles possèdent le pouvoir économique devant des mâles financièrement dépendants, chamailleurs, geignards. Ces hommes présentent des manières plutôt frivoles. Ils sont fort préoccupés par leurs apparences et leurs habillements ornés de divers bijoux. Les travaux de John Stuart Mill et Margaret Mead montrent bien une répartition sociale des rôles et des tempéraments différents pour chacun des sexes selon les latitudes. Il existe diverses acceptions du masculin et du féminin. Rien n’est donc figé ou déterminé sinon par une volonté de domination masculine que le mouvement des femmes combat depuis plus 40 ans avec de notables avancés comme l’avortement ou la parité. Mais cela ne suffit pas, des inégalités ou injustices subsistent : dans le domaine professionnel (quant aux carrières, aux rémunérations, aux responsabilités, aux emplois partiels non choisis, au chômage plus important), au niveau de la vie quotidienne (où la charge domestique incombe quasi entièrement à la femme), en matière politique (où la compétence d’une femme n’est jamais une chose acquise). N’oublions pas non plus que dans la sphère privée, la violence conjugale et la soumission féminine existent toujours. Les chiffres de la violence conjugale en France demeurent largement alarmants : « Tous les trois jours, une femme meurt, victime de violence conjugale » (novembre 2006).

Ailleurs, plus de la moitié de l’humanité est plongée dans la souffrance. La souffrance de la pauvreté, de la mauvaise nutrition, de la maladie, de l’illettrisme. Et en première ligne souffrent les femmes, toujours les premières à ployer sous les douleurs en raison du mépris que leur portent maintes sociétés. Du peu de cas qu’on fait de ces personnes frappées d’infériorité et d’invisibilité.
Chez nous en Europe et en France plus particulièrement, les lois améliorent les choses, mais ne sont pas suffisantes à elles seules, si elles ne sont pas accompagnées de dispositifs éducatifs adéquats. Des programmes plus nombreux et diversifiés doivent éveiller les consciences, provoquer des réflexions, renverser des repères sexistes qui ne tiennent que par des siècles d’obscurantisme.

Les esprits ont évolué. Toutefois, la longue marche vers une normalisation et une égalisation des relations hommes/femmes n’a pas atteint son terme. Il conviendra un jour d’admettre que les garçons peuvent pleurer et les filles faire preuve de force et de détermination. Il convient de travailler cette problématique à la racine des stéréotypes qui sont l’humus des discriminations sexistes. Il convient de sortir de l’idée sociétale, prégnante et blessante, qui réduit le féminin à la soumission et docilité et le masculin à la domination et violence. Aucun des sexes n’a à gagner de ces clichés et de ce fonctionnement des genres. Aucune de ces qualités n’appartient à l’un des sexes, mais à des êtres humains, des individus qui mêlent force et fragilité, hésitation et détermination, extériorité et intériorité. Les unes ne sont pas les gardiennes du foyer et les autres ne se réduisent pas à des aventuriers des villes et des champs. Ne sont-ils pas l’un et l’autre ? Peut-on imaginer un monde qui se débarrasse des catégories de genre à la source des hiérarchisations sexistes ? Peut-on admettre un monde habité par des personnes où le genre n’a pas valeur de discrimination ?

Cet ouvrage comprend quatre parties. Les deux premières sont des conversations fictives : d’abord familiales entre un père et sa fille (d’une dizaine d’années) et scolaires (avec des élèves d’une quinzaine d’années). Une conversation réelle enregistrée en cours préparatoire souligne, en troisième partie, le rapport spontané des élèves à la langue ainsi que la problématique du sexisme appliquée à la langue française. La quatrième et dernière partie présente quelques conseils éducatifs et démarches pédagogiques, ainsi qu’une sélection bibliographique.
N’oublions pas notre légendaire enseignante de notre collection qui évoque, entre les chapitres, le sexisme et les discriminations sexistes avec sa maladresse habituelle, mais touchante, terriblement humaine.
Cet ouvrage pédagogique est destiné aux familles et aux enseignants. Il peut paraître « répétitif » ou « spiralaire » : cela correspond, nous semble-t-il, à l’art de la pédagogie constitué de reformulations et de multiples chemins pour tenter de tout dire et tout faire comprendre. Cela dit, toutes les questions sexistes ne peuvent être abordées de manière exhaustive dans les limites de cet écrit. Ces conversations sont un prétexte stylistique qu’il faut concevoir comme des amorces à des discussions familiales ou scolaires.

La promotion de l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, s’inscrit désormais dans le cadre de politiques tant européennes que nationales. C’est ainsi que la Convention interministérielle de février 2007 établit une politique globale d’égalité des chances entre les filles et les garçons de l’enseignement préélémentaire à l’enseignement supérieur. Elle vise à l’amélioration de l’orientation scolaire et professionnelle des filles ainsi qu’à promouvoir une éducation fondée sur le respect mutuel des filles et des garçons au moyen d’une réflexion sur les stéréotypes concernant les rôles sexués. Elle invite au développement de conduites non sexistes. Les parents et les enseignant-e-s sont aussi encouragés à réfléchir avec les enfants à leurs représentations sur les femmes et les hommes de manière à ce que les filles et les garçons ne soient plus assignés à des rôles sociaux, mais puissent construire librement leurs parcours de vie, leurs chemins d’existence.

Nous dédions ce livre aux milliers de vies détruites par une domination masculine institutionnalisée, une persécution honteuse perpétrée au nom d’un dogme ou d’une tradition, le meurtre de la dignité féminine, voire de la femme insoumise. Des tragédies lointaines, mais aussi proches de chez nous. Espérons que cet ouvrage résonne comme un cri, une alarme, un vœu éducatif. Une amorce à des conversations familiales et scolaires.
SCENE 1 – MAÎTRESSE, POURQUOI ON N’A PAS DE JOURNÉE DE L’HOMME ?

Vous vous souvenez de Mademoiselle Druche, notre célèbre maîtresse qui ne rechignait pas à affronter ses élèves lors de leçons d’éducation civique. Ce n’est pas qu’elle nous donnait librement la parole, mais moi, Jérôme je la prenais très spontanément. C’est normal, des choses de la vie me remuaient pas mal l’estomac à l’époque. Après quelques hésitations, son intervention sur les questions de l’orientation amoureuse avait été formidable. Depuis lors, je l’avais suivi avec plaisir d’année en année, de cours en cours, même si ses maladresses devenaient légendaires. Ce matin-là, c’était la journée du 8 mars, donc la journée de la femme. Elle entama sa leçon avec ses célèbres questions à la cantonade : « Dites-moi les enfants, à votre avis, c’est quoi le sexisme ? » . Kévin répondit : « C’est comme fascisme, charisme, le sexisme, m’tresse ! » . Un brouhaha s’éleva entre les quatre murs de la classe : « Tu dis n’importe quoi Kevin ! » Comme à son habitude Mademoiselle Druche se gratta le bout de son nez, son visage se referma dans une profonde réflexion, enfin je crois. Elle prit son souffle et lança : « Il n’a pas complètement tort, il associe certains mots qui le méritent, d’autres non. Mais il ne définit pas le mot sexisme. » Elle ajouta : « Cela étant c’est une forme de fascisme à l’encontre des femmes. Une dictature contre les femmes. » Karine s’étonna : « Ah bon, vous êtes certaine, quand même vous allez un peu loin. Ce n’est quand même pas Hitler ! » Mademoiselle Druche s’impatienta un peu. Jessica affirma, péremptoire comme à son habitude : « De toute manière, c’est pas un mot pour nous. » Notre enseignante rétorqua : « Pourquoi dis-tu cela ? » « Parce qu’il y a le mot sexe. C’est pas un truc pour les enfants ça. » Mademoiselle Druche confirma : « Oui, tu es sur la piste. Cela implique effectivement le sexe. Mais cela n’est pas ce que tu penses. » Jessica répondit : « Ben, alors c’est un mot compliqué. » Notre maîtresse l’écrivit au tableau en expliquant que c’était un mot compliqué pour dire une chose toute simple, mais qui n’est pas normale. C’est une inégalité entre les garçons et les filles, lesquelles ne possèdent pas les mêmes chances que les garçons pour réussir leur vie. Certains considèrent même que les garçons sont supérieurs aux filles. Un nouveau brouhaha envahit alors notre classe qui tangua sous les exclamations de mes camarades. Je regardais la scène, amusé : « Bah, c’est vrai, maîtresse, c’est pas pareil les garçons et les filles. » . Une autre camarade s’exclama : « Ah, ben, ça non ! Un garçon c’est pas mieux que moi. » Puis son voisin : « Qu’est-ce que tu racontes, c’est pas vrai. Je cours plus vite que toi et je tape plus fort sur le ballon. » Et la voisine du voisin : « Bon ça va, champion ! Peut-être que t’es le plus fort au ballon, mais moi, je suis meilleure que toi en gymnastique. » Puis le voisin de la voisine du voisin de l’autre bout de la classe s’exclama : « Normal, la gymnastique, c’est pour les filles, comme le patinage artistique. » Jessica, dont l’intelligence lumineuse étonna Jérôme rétorqua : « Ben, non, tu dis n’importe quoi ! Il y a des messieurs qui font aussi de la gymnastique ou du patinage artistique. On les voit à la télé. »
Mademoiselle Druche reprit la main : « Justement, on observe que vos avis divergent. Ils ne vont pas dans le même sens. Écoutez. Garçons et filles peuvent pourtant participer au même sport, ne pensez-vous pas ? Ils peuvent aussi bien réussir en patinage artistique qu’au football. » Kévin affirma avec conviction : « Oui maîtresse, et même, on a des championnes de tennis, comme Amélie Mauresmo. » Son voisin se crut malin d’ajouter : « Mais c’est une lesbienne. » Mademoiselle Druche fut contrainte d’intervenir : « Bon Cédric, là, je crois que tu mélanges tout. La sexualité des personnes et le sexe des personnes. Mais on y reviendra, sur cette question. Pour l’instant, on ne va pas parler d’homosexualité féminine, mais juste des femmes. »
Les filles travaillent bien à l’école, mais elles n’ont pas toujours un bon métier.
Ben, parce qu’elles peuvent pas.
Parce que, parce que… Elles doivent s’occuper des enfants.
Mademoiselle Druche s’impatienta. Était-elle un peu féministe sur les bords, pensa Jérôme. Elle reprit : « Cela est une pensée assez conventionnelle. » Toujours la même bécasse de Jessica demanda : « Ça veut dire quoi conventionnelle, maîtresse ? » Prenant son courage à deux mains, la craie, coincée entre l’index et le majeur, prête à s’effriter, notre maîtresse explicita : « Ça signifie que ça va dans le sens des conventions, des traditions. C’est quelque chose que l’on considère comme normal. C’est dans la norme. »
Mais, maîtresse, les hommes, aussi, doivent s’occuper des enfants. J’ai entendu parler des nouveaux pères.
Oh oui, ils doivent tout partager m’a dit maman, tous les travaux de la maison, et les commissions.
Elles ont aussi droit à avoir leurs propres opinions. Elles sont libres de faire leurs propres choix, c’est pas au mari de commander.
Normal, t’as pas de papa.
Oui, mes parents sont divorcés.
Mademoiselle Druche répliqua, plus que légèrement agacée : « Et alors, cela ne change rien. Divorce ou pas. Il s’agit d’évoquer le rapport entre les hommes et les femmes, que ce soit dans la famille ou dans l’espace public. Et revenons à ces relations entre les hommes et les femmes qui sont particulières, parfois problématiques. » Kevin ne loupa pas notre chère maîtresse, il faut dire que le vilain garnement que je suis, lui avait passé le mot, et cruche comme il est, il posa sans hésiter la question : « Et vous, maîtresse, vous avez des relations qui vous posent des problèmes avec les hommes ? » Mademoiselle Druche devint rouge. Elle se tourna vers la fenêtre comme pour regarder l’étendue de sa vie. Puis, elle fit une remarque très surprenante, inattendue : « Est-ce que je te demande mon petit Kevin, si tu as des problèmes avec les filles à la récré, quand vous vous disputez vos territoires de jeux. Bon maintenant, arrêtez tout ça. Revenons à la leçon que je vous ai préparée. Regardez les quelques illustrations qui sont parues dans la presse. Regardez ces ours. Dites-moi, lorsque vous voyez un ours vêtu d’un tablier, à qui pensez-vous ? À une maman ours ou bien à un papa ours ? » Jessica répondit : « À une maman. » La maîtresse lui demanda de se justifier : « C’est pas certain, pourquoi tu dis ça ? » Ma prétendue fiancée répondit : « Parce que la maman ours met un tablier quand elle fait la cuisine. » Mademoiselle reprit : « Ah bon ? C’est toujours ta maman qui fait la cuisine ? Jamais ton papa ? » Les réponses étaient tristement évidentes et tristement, je ne sais pas pourquoi, je m’endormis. Mademoiselle Druche me houspilla. Tristement somnolent, je lui demandai : « Maîtresse, pourquoi, on n’a pas de journée de l’homme ? Ça manque tristement. Si des hommes pensent du mal des femmes, il n’y a pas de raison, tristement, qu’à l’inverse… » Mon commentaire sonna comme une triste provocation.


Pouvez-vous résumer cette scène ?
Que pensez-vous de l’attitude de Jérôme et de la réaction de l’enseignante ?
Que pensez-vous des propos des autres élèves ?
Que retenez-vous comme définition du sexisme ?
Quelle suite donneriez-vous à ce scénario ? Rejouez-le.
CONVERSATIONS EN FAMILLE

Dis-moi Papa, pourquoi parle-t-on d’égalité des hommes et des femmes ?
Tout simplement parce que les hommes et les femmes ne sont pas, dans notre société, traités de manière égale.
C’est moche cela. Pourtant, je m’en suis pas rendu compte à l’école.
Vraisemblablement parce que ta maîtresse veille à ce que garçons et filles soient sur un pied d’égalité.
Ben, c’est normal.
Ce n’est pas la norme pour tous. Dans la vie quotidienne, les comportements tout comme les idées qu’ont les gens sont porteurs d’inégalités. À l’école, au travail, ou même en famille, les stéréotypes sur chacun des sexes ont la vie dure.
C’est quoi un stéréotype ?
C’est une manière de voir les choses sans nuances, sans singularités. C’est attribuer des caractéristiques aux gens, une image générale à toutes les personnes d’un même groupe. C’est souvent très réducteur. Ce n’est pas réfléchi.
Et…
C’est synonyme de cliché, de lieu commun en langage plus courant. On dit des choses qu’on se répète depuis la nuit des temps, depuis, parfois on ne sait même plus quand. Ni où, comment.
Et quelles idées dit-on sur les femmes ?
On dit que les femmes sont inférieures aux hommes. On les considère ainsi depuis des millénaires.
Et on sait pourquoi ?
Disons qu’on n’en connaît pas l’origine exacte, de cette dévalorisation. Mais beaucoup de chercheurs avancent des hypothèses.
Des hypothèses ?
Oui des hypothèses qui expliquent des comportements sexistes.
Sexiste, c’est quoi ?
C’est justement dévaloriser les femmes. Penser que le sexe masculin vaut plus que le sexe féminin en maintes choses.
Et alors, les hypothèses…
Des ethnologues, des sociologues, des théologiens, des historiens apportent des éléments de réponse sur les origines de la dévalorisation des femmes. Chaque réponse renvoie aux connaissances particulières de ces disciplines.
C’est compliqué tout ça. Ils finissent par s’entendre…
Sur une idée de dévalorisation constante du féminin, oui. Des textes bibliques font naître la femme de la hanche de l’homme Adam. Des ethnologues ont observé que certaines sociétés primitives considéraient les femmes comme des êtres impurs du fait de leurs pertes de sang régulières.
Des pertes de sang, tu dis…
Lorsque les femmes ont leurs règles, elles sont le siège du « mystère du sang ». Elles sont considérées comme impures au sens traditionnel. Elles sont l’objet d’interdits qui visent à restreindre leur rôle social.
Ah bon ? Est-ce qu’on les enferme ?
En Afrique, les femmes qui perdent leur sang sont souvent confinées au fond de leurs huttes ou dans une maison spécialement construite pour elles. Elles n’ont pas le droit de toucher aux objets, aux ustensiles ou aux aliments habituels, voire de procéder aux tâches ordinaires et de fréquenter des lieux publics.
On m’a dit en classe que le premier homme sur Terre était une femme.
Absolument. Elle s’appelait Lucy.
C’est rigolo ça, que de penser que le premier homme s’appelle Lucy. On parle toujours des hommes préhistoriques.
C’est juste. On parle des hommes et pourtant il y avait des femmes préhistoriques. C’est en 1974 que fut découvert un squelette vieux de 3 millions d’années en Éthiopie. Les études révélèrent que c’était une jeune fille australopithèque de 30 ans, mesurant un mètre vingt. Nommée Lucy, elle est considérée à l’époque comme l’ancêtre de l’humanité.
C’était comment la vie des femmes préhistoriques avec leurs hommes ?
Ben, disons, euh, que la manière de présenter les relations entre l’homme et la femme préhistoriques est simplifiée. On pourrait même dire qu’elle est simpliste. Ce qui peut se comprendre : nous manquons forcément de documents, de témoignages sur leurs vies respectives et leurs rapports.
On dit quoi de simpliste sur eux ?
On présente un homme fort et musclé avec un gourdin à la main partant à la chasse. Il lui incombe de nourrir sa famille. On montre une femme qui est faible et craintive. Elle s’occupe de ses enfants qu’elle élève à l’abri dans une grotte. C’est ainsi qu’on peut les voir représentés dans des illustrations d’encyclopédies pour enfants.
Ça ne me semble pas faux.
Disons que cela correspond à des clichés. Quelques historiens y voient une origine dans une distribution des tâches selon des contraintes morphologiques favorables aux hommes. La chasse exige une force physique ; non pas la cueillette. Et l’on s’enorgueillit davantage de la chasse que de la cueillette. Le problème est là.
Oui, mais c’est fini cela…
Tu as raison, c’était la préhistoire. De nous jours, l’égalité des hommes et des femmes est un droit reconnu. C’est un principe indiscutable. Les représentations ont évolué… Ou presque.
Tu disais « cliché ». C’est quoi ces clichés ?
Je l’ai déjà évoqué. Ce sont des idées toutes faites. Par exemple : penser que la femme est faible et l’homme vigoureux. Et qu’en vertu de ce principe, pour l’une, les tâches sont plus faciles, les plus difficiles étant réservées à l’autre. Or, il n’en est rien.
Ah bon ? Donc pendant la préhistoire, les femmes…
Des scientifiques pensent que les relations entre les sexes, pendant la préhistoire, étaient plus coopératives qu’on ne le dit. Leurs relations étaient basées, face à la dureté des conditions de vie, plutôt sur l’entraide et la solidarité que les rapports de force. Ils devaient affronter un monde extérieur fait d’animaux dangereux, se prémunir contre le froid et la disette, par exemple, lors de ces dures périodes préhistoriques qui virent des glaciations et de nombreux revirements climatiques.
Je vois ça. Ils devaient plus coopérer que s’opposer.
Il semble ainsi que les femmes du paléolithique inférieur se chargeaient du dépeçage et du transport des animaux tués par les grands félins. Et qu’au Paléolithique supérieur, elles ramassaient des baies et des racines afin d’assurer la nourriture du clan les jours de chasse infructueuse.
C’était des femmes travailleuses.
Assurément. Il ne pouvait en être autrement. Elles grattaient les peaux, fabriquaient des outils. Elles ont même peut-être inventé le tissage en fibre végétale et la poterie.
Crois-tu qu’elles ont aussi peint sur les murs des grottes ?
Peut-être. Nous ne sommes pas certains. Cependant, une étude récente démontre que certaines mains peintes au pochoir étaient des mains de femmes. C’est étonnant, non ? On a tant parlé des grottes préhistoriques des seuls hommes de Lascaux.
Comment peut-on savoir cela ?
Ce n’est pas compliqué. On a remarqué que l’index et l’annulaire sont de la même longueur. Or cela n’est pas le cas pour des mains masculines. Donc, ce sont des mains de femmes.
Trop fort ! Les femmes pouvaient donc tout faire. Elles étaient libres.
Vraisemblablement plus que celles qui vécurent quelques milliers d’années plus tard.
Mais pourquoi les choses ont-elles ainsi évolué ? Dis-moi.
Pendant des millénaires, les hommes ont eu le Pouvoir. Ils avaient le droit de régner sur le pays, les affaires, les institutions, la famille. Pas les femmes.
Mais pourquoi ? C’est tellement injuste.
Oui ma fille. Bien après la préhistoire, des textes ont consacré l’homme comme un être supérieur. Dans d’autres contrées, la femme a été victime de fausses croyances, car elle accouchait d’enfant, pas les hommes.
Y’a quelque chose qui clochait. Je ne vois pas quoi ?
C’était en quelque sorte, une inégalité de fait. Est-ce que les Anciens pouvaient jalouser les femmes d’enfanter ou bien tout au contraire en être épouvantés ? Est-ce qu’ils observaient chez les femmes une puissance supérieure : la grâce d’enfanter dont il fallait se protéger par la répression ? Sont-ce des spéculations, de la psychologie à la petite semaine ? Je ne sais pas, je ne suis pas bien documenté sur ce sujet précis. Mais, assurément, une réponse économique s’impose. Elles devinrent une forme de valeur marchande entre les clans et les familles, car elles assuraient la lignée, la descendance. En même temps, des textes bibliques l’infériorisaient.
Tu veux parler de quoi ?
D’Adam et Eve.
Ils n’ont pas existé, c’est une banale histoire, non, une invention…
C’est un mythe fondateur, c’est-à-dire une histoire tirée d’un texte biblique qui au moyen de symboles veut expliquer et faire penser le monde aux humains. Et ce texte a posé qu’Adam engendre de sa côte une femme, Eve. C’est une création du féminin qui est « extrait » de l’homme.
C’est hallucinant ! Ce n’est pas possible.
Oui. Cela vaudra à la femme, pendant des siècles, le statut d’un être inférieur par nature à l’homme. De surcroît, la femme fut accusée d’être pécheresse et tentatrice.
Tiens, c’est bien sûr la femme qui est fautive…
Oui, les textes bibliques explicitent que c’est Eve qui mange le fruit défendu qu’est la pomme et le donne ensuite à Adam. C’est ainsi qu’ils seront chassés du Paradis par Dieu et condamnés à l’exil terrestre, car ils ont désobéi à la volonté divine.
Quelle histoire ! Au juste, la pomme, c’est quoi ? Un simple fruit, non ? Ou le diable ?
Peut-être bien. C’est une image qui montre la femme sous un mauvais jour de toute façon : elle est faible et ne sait pas résister à la tentation d’un joli fruit. C’est la considérer comme un être faible qui peut se laisser convaincre, se laisser séduire, se laisser dévier de la voie juste. Du coup, on pense que la femme est une personne incapable de diriger. Elle ne peut détenir des responsabilités claniques ou familiales.
Aussi, elle reste à la maison. C’est comme ça qu’une femme présidente, une femme qui est candidate aux élections présidentielles rate son pari.
En quelque sorte. On y reviendra. Considérons ici que la femme est vouée à demeurer au foyer, à élever les enfants qu’elle met au monde. L’homme est considéré comme un être raisonnable qui sait s’adapter à toutes les situations, qui sait réfléchir et méditer pour s’approcher de Dieu. C’est à ce titre qu’il est le seul à pouvoir délivrer la parole de Dieu.
Délivrer la parole de Dieu ? Que veux-tu dire Papa ?
Je veux parler des prêtres.
Ah oui, j’y pense. Il n’y a pas de femmes qui sont prêtres.
Oui. L’accès à la prêtrise est un privilège masculin.
Ouais, mais, bof qui a envie de se faire prêtresse de nos jours, c’est pas très excitant.
Certes plus grand monde, je te l’accorde. Cela étant, nous discutons d’égalité des droits entre hommes et femmes, d’accéder à d’égales responsabilités. Libre à nous de déconsidérer ou non ces responsabilités. Toujours est-il que c’est bien un droit qui est strictement refusé. Les catholiques interdisent la prêtrise aux femmes. La discrimination est identique chez les musulmans qui refusent le droit d’être imam. Plus progressistes en la matière sont les religions judaïque et protestante : quelques femmes rabbins ont fait leur entrée dans les synagogues ; chez les anglicans, certaines femmes sont même devenues évêques.
Enfin, tout le monde ne s’intéresse pas à la religion.
Bien sûr. Je t’évoque cela parce que la religion avec des textes fondateurs est à l’origine d’une différenciation et infériorisation de la femme qui la place sous l’autorité du père. C’est ce qu’on appelle le patriarcat.
C’est quoi le patriarcat, dis-moi, Papa ?
Le patriarcat, c’est un régime social où l’autorité du père est prépondérante, où l’autorité de l’homme est première.
C’est le père qui commande.
Effectivement. Les sociétés ont généralement été patriarcales. Hormis, les Gaulois et les Egyptiens qui permirent à des femmes d’accéder au pouvoir suprême comme Cléopâtre ou Hatchepsout. On peut dire que les sociétés de l’Antiquité étaient machistes.
C’est-à-dire ?
Eh bien, que les femmes étaient sous la tutelle des hommes.
La tutelle, c’est la prison.
On peut voir les choses comme cela. À Rome, le pater familias (qui veut dire en latin « chef de famille ») règne sur la maison comme un véritable chef d’État. Il détient tous les pouvoirs. Les filles sont soumises au père ou au frère. Une fois mariées, elles passent sous la tutelle du mari auquel elles doivent obéissance et fidélité.
On dirait qu’on les considérait comme des enfants, avec cette idée d’obéissance…
En quelque sorte, c’est certain. Ce système de soumission au mari, tu sais, cela existe encore dans de nombreux pays du monde.
Chez nous aussi ?
En France, les choses ont évolué, mais très lentement. Il a fallu attendre 1970 pour que la notion de « chef de famille » disparaisse et janvier 2005 pour que l’enfant puisse porter le nom de sa mère.
C’est très nouveau cela.
Il est vrai que la transmission du seul nom de famille du père à ses enfants était un symbole fort de ce patriarcat. La possibilité de choisir de donner le nom de la mère à l’enfant change beaucoup de choses. Surtout symboliquement. La descendance ne passe plus désormais par le seul univers nominatif du père.
Et alors, nos ancêtres les gauloises avaient un pouvoir égal aux hommes, j’ai entendu en classe…
Tu sais, les Gaulois ne sont pas les ancêtres de tous les petits français ou françaises. Notre population est mélangée, nos origines sont très mixtes…
Je le sais bien, voyons. C’est une façon de dire, enfin… c’est pour rire…
J’en reviens aux Gauloises. Effectivement, elles étaient des femmes émancipées qui disposaient des mêmes droits que les hommes…
Pouvaient-elles devenir des femmes politiques ?
Je ne sais pas. Mais aussi étonnant cela soit-il, elles pouvaient partir à la guerre aux côtés des hommes. De surcroît, elles pouvaient être des personnes pacifiques en exerçant la prêtrise, la justice ou le commerce.
Et non pas les Romaines, à la même époque, si je comprends bien.
Oui, les Gauloises guerroyaient avec les hommes pendant que les Romaines demeuraient au foyer, toutes dévouées à satisfaire leur mari.
Les femmes avaient donc du pouvoir en France, c’est chouette.
Oui, mais cela n’a pas duré. Avec les Francs, les femmes furent exclues du monde politique. Elles furent exclues du trône. On n’était reine qu’en épousant un roi : elles ne pouvaient pas régner et diriger le pays. Clovis fit rédiger avec les lois saliques une sorte de code interdisant aux filles d’hériter de terres ou du trône.
Quel retour en arrière !
Ainsi est faite l’Histoire.
Rassure-moi, papa, avec la Révolution, lorsqu’on a aboli la royauté, les lois ont évolué…
Oh, les choses ne se sont guère arrangées. La Révolution est restée une affaire d’hommes même si les femmes furent les premières à marcher sur Versailles pour exiger du pain pour leurs enfants affamés. Elles réclamèrent l’égalité, la liberté pour tous, la suppression de toutes discriminations. Cependant, les grands révolutionnaires comme Robespierre ou Danton restèrent sourds à leurs revendications.
Pourtant, la Déclaration des droits de l’homme…
Justement, pour des femmes révolutionnaires engagées comme Olympe de Gouges, ce fut une véritable provocation. Avec tous les hommes naissant libres et égaux, où se trouvaient les femmes ? Quels étaient leurs droits, leur reconnaissance de liberté et d’égalité ?
Ah oui… Elles n’existaient pas dans les textes, et donc…
Olympe de Gouge riposte en publiant la « Déclaration de la femme et de la citoyenne », cependant elle fut guillotinée deux ans plus tard. Au même moment, les clubs de femmes sont interdits. On peut dire que les femmes furent renvoyées à leur fourneau.
Quelle misère ! Elles n’ont donc rien gagné ?
Presque rien. Juste le droit d’hériter et de divorcer par consentement mutuel. Elles n’eurent même pas le droit de voter.
C’est scandaleux !
Oui. Au XVIIIe siècle, le discours des hommes, et même des philosophes demeure très rétrograde. Rousseau écrit que la femme est faite pour céder à l’homme, que toute son éducation doit être relative aux hommes afin de leur rendre l’existence agréable et douce.
Elles étudiaient malgré tout à l’école.
Seules, les filles bien nées avaient le droit à une instruction. Néanmoins, l’enseignement dispensé ne devait pas leur donner des idées de liberté, d’émancipation. Il s’agissait d’instruire, mais pas trop.
Et Napoléon ?
Il fait adopter le Code civil qui relègue la femme à la soumission totale. Elles sont traitées comme des êtres mineurs. Elles doivent obéissance au mari et ne peuvent rien effectuer sans une autorisation. Elles ne peuvent pas exercer un métier, ni disposer d’argent sans son accord. Le divorce est interdit.
Retour à la case départ.
Absolument. C’est pourquoi au XIXe siècle, les femmes participeront aux mouvements de revendication dénonçant les inégalités sociales. Il faut savoir qu’à l’époque, elles participent à l’essor économique. Elles travaillent dans des usines, gagnant des salaires de misère. La révolution industrielle a besoin de beaucoup de bras, les leurs aussi.
Elles sortent au moins de leur maison…
Oui, mais sans nulle possibilité d’agir sur leur destin, de prendre en main leur avenir. Du coup, elles participent à des combats politiques comme la Commune. On ira jusqu’à fusiller deux cents pétroleuses pour avoir « profané l’honneur de leur sexe ».
Pétroleuse, tu as dit. C’est marrant comme nom.
On les appelait ainsi, car elles allumaient des feux pendant les révoltes.
Ah bon.
Heureusement avec Jules Ferry et l’avènement de la 3e République, les portes des écoles leur seront ouvertes dorénavant à toutes. Même si les établissements scolaires ne sont pas mixtes, l’obligation scolaire et gratuite pour tous est un immense progrès.
Les choses vont-elles commencer à s’améliorer pour les femmes ?
Oui. Avec la Première Guerre mondiale, les femmes vont démontrer leurs capacités à prendre les affaires des hommes en main. Pendant que les hommes se battaient sur le front, dans les tranchées ; les femmes firent les moissons, conduisirent les tramways, fabriquèrent des outils dans les usines. La guerre terminée, elles furent une fois de plus renvoyées à leurs fourneaux et tabliers de ménagère. Elles furent de nouveau cantonnées à leur strict rôle de mère de famille.
Ben alors, quelle mesquinerie !
Ce sont les Américaines qui, les premières, lancèrent des mouvements de revendication avec le Conseil international de la femme. Peu à peu, les femmes obtinrent par la pression le droit de vote dans les différents pays occidentaux.
Elles avaient gagné des galons avec leur sens aigu des responsabilités pendant la guerre.
On peut dire cela. Surtout, elles furent convaincues de leur bon droit à l’égalité, elles s’autorisèrent à revendiquer. Et les hommes étaient bien obligés d’accepter devant leur courage dont elles avaient fait preuve et la détermination de leurs mouvements de revendication. Les Françaises n’obtinrent cependant le droit de vote qu’en 1944. Elles votèrent pour la première fois aux élections municipales d’avril mai 1945. On peut penser que c’est une forme de remerciement et reconnaissance pour leur participation aux mouvements de Résistance de la Seconde Guerre mondiale.
C’est bien tardif. La France n’était pas dans les premiers pays à octroyer des droits aux femmes, dis donc. Pour un pays des libertés, je rigole…
Absolument pas. Plutôt dans les derniers. Le premier pays à reconnaître le droit de vote aux femmes fut la Finlande en 1906. Si l’on dit que la France est le pays des droits de l’homme, il n’a pas été le pays des droits de la femme !
L’égalité est venue des Américaines…
Oui. On les appelait les suffragettes. Après guerre, les Françaises leur ont emboîté le pas. Une grande écrivaine, Simone de Beauvoir, dénonça la domination masculine enfermant les femmes dans le rôle de mères et ménagères. Elle est l’une des premières à dénoncer la division sexuelle des tâches. Cela fit scandale à l’époque.
Qu’appelles-tu la division sexuelle des tâches ?
C’est une répartition inéquitable et injuste des tâches domestiques, professionnelles et sociales entre les femmes et les hommes.
C’est-à-dire ? Tu veux parler d’une inégalité…
Eh bien, aux hommes, on confie des tâches nobles comme décider de l’avenir d’un pays, diriger une grande entreprise et on concède aux femmes de s’occuper de l’éducation des petits enfants, d’effectuer des activités peu valorisantes comme caissière, standardiste, etc.
Alors, tu trouves que le métier de caissière est peu valorisant.
En comparaison avec des métiers de direction et de responsabilités réservés aux hommes, oui, on peut le penser. On ne demande pas d’initiative à une caissière, que je respecte par ailleurs. C’est même parfois un métier qui s’impose justement du fait de la souplesse ou flexibilité des horaires permettant de s’occuper des enfants dont le mari ne s’occupe pas. Une flexibilité qu’on ne propose pas aux hommes !
Tu veux dire, en définitive, qu’il n’y a aucune raison que les hommes ne s’occupent pas des enfants, qu’ils ne fassent jamais la cuisine ou la vaisselle.
En vois-tu, toi, une raison ?
Non. C’est pourtant toujours les filles qui font la cuisine.
Simone de Beauvoir explique que si les filles et les garçons sont égaux à la naissance, en grandissant, les filles se conforment à un modèle que les hommes ont imaginé pour elles. Elle écrit : « on ne naît pas femme, on le devient ». C’est ainsi que son livre va éveiller des consciences, conduire des femmes à vouloir vivre comme des hommes et le revendiquer haut et fort. Après quelques livres révélateurs d’une nouvelle conscience de la condition féminine, les femmes vont défiler dans les rues dans les années 1960 et 1970 pour contester toutes les dominations masculines et demander le droit de choisir d’avoir ou non des enfants, de choisir le nombre d’enfants souhaité. Elles réclament le droit à la contraception et à l’avortement.
Tu peux m’expliquer ces mots ?
La contraception est un moyen d’éviter la grossesse tout en ayant des relations sexuelles. On emploie alors le préservatif ou bien les femmes prennent la pilule anti – contraceptive. L’avortement désigne la possibilité d’interrompre une grossesse grâce à une intervention médicale.
Les femmes peuvent donc vivre comme elles veulent, si je comprends bien.
Tout à fait. À partir de 1975, les femmes disposent librement de leur corps. Et du coup de leur avenir.
C’est donc une victoire.
Absolument. Mais les féministes doivent être prudentes. Certaines personnes rêvent de revenir sur ces lois considérées comme trop libérales.
Ah bon. C’est donc possible de défaire des lois ?
Tu sais, ma fille, rien n’est jamais acquis définitivement. Il convient de ne pas l’oublier.
Et après ? Parle-moi encore de cette épopée.
De nouvelles batailles se sont engagées dans les années 1980. Les mouvements féministes dénoncent le viol, le harcèlement sexuel, la prostitution, la pornographie ou la violence conjugale, la violence faite aux filles des cités de banlieue. Elles dénoncent aussi les discriminations et les clichés sexistes dans la publicité par exemple.
Le combat ne se termine donc jamais !
Tu n’as pas idée de l’immensité des injustices, des brimades et violences exercées à l’encontre des femmes. Il y a toujours de nouveaux terrains à conquérir. Le dernier fut la parité. C’est aller plus loin que proclamer l’égalité des droits.
C’est quoi ? On va de pair…
C’est un dispositif, une mise à l’œuvre des discours d’égalité dans la réalisation du partage. Elle suppose que les hommes et les femmes se répartissent à parts égales les responsabilités, les postes où s’exerce le pouvoir. La loi de 2000 sur la parité impose ainsi un nombre égal d’hommes et femmes éligibles sur les listes électorales.
Les femmes peuvent accéder à des hauts postes. Directrice d’entreprise ou ministre alors ?
C’est un vrai parcours du combattant, car les hommes ne laissent pas facilement leurs places. Aussi, elles demeurent très minoritaires. De nos jours encore, elles sont encore peu nombreuses sur les bancs de l’Assemblée nationale ou dans les conseils d’administration des grandes entreprises.
C’est donc imparfait.
La parité est un moyen pour réduire les inégalités. Mais les choses changent très lentement. Pauvreté, violence conjugale, inégalité de revenus et de carrières : on voit des chiffres consternants. En de nombreux lieux, l’égalité homme/femme est à construire.
Mais penses-tu que les esprits évoluent aussi ? Les lois, est-ce que ça suffit ?
C’est tout le problème. Le sexisme est aussi véhiculé par des symboles. Le langage surtout. Quand on y regarde de près en matière de politesse, de lexique et de grammaire.
Il faut bien être poli, ça permet de vivre ensemble dans le respect des uns et des autres nous explique-t-on.
Effectivement, la politesse permet de se fréquenter harmonieusement quelles que soient nos différences. Mais il faut savoir que les mots ne sont pas neutres. Connais-tu le mot « Mademoiselle » ? Sais-tu exactement sa définition ?
Ça veut dire, euh…
On peut s’interroger pourquoi le mot « mademoiselle », qui est utilisé pour désigner une femme qui n’est pas mariée n’a pas son équivalent chez les garçons.
Je ne sais pas moi.
Il y avait « Damoiseau ». Le terme n’est plus usité. Jusqu’à une certaine époque, « dame » désignait toutes les femmes nobles, mariées ou non, et « demoiselle », celles de la petite noblesse. C’est par une marque de discrimination, puisqu’une telle obligation n’existe pas pour les hommes, que mademoiselle désigne les femmes non mariées, comme si elles n’avaient pas atteint leur statut social. Il faut savoir que pendant des siècles le statut de la femme est d’abord lié à son état marital. L’emploi du mot « mademoiselle » stigmatise la femme non mariée qui n’accède pas à l’état de « Madame », c’est-à-dire de femme reconnue par l’institution du mariage, une institution hétéropatriarcale. Qui du coup, par la même, la soumet à son mari. Une fois mariée, la femme gagne une existence sociale, tout en passant sous la soumission au mari. Elle passe, en définitive, de la soumission du père à celle du mari. Tu vois, les mots ne sont pas neutres. Ils signifient quelque chose, une aliénation.
Aliénation ?
Absolument. L’aliénation, c’est à l’origine un terme juridique. Il désigne la dépossession de l’individu, la perte de la maîtrise de ses forces propres au profit d’autres puissances supérieures. On parle d’aliénation sociale lorsque la société dépossède l’individu de ses qualités ou d’aliénation mentale lorsqu’elle s’exerce à un niveau individuel. Puisque nous sommes dans les définitions, tiens. Recherchons ensemble dans le dictionnaire l’origine du mot homme, virilité et femme. Voyons de près leur étymologie.
Ben, je lis qu’« homme » vient du latin « homo » ; ça veut dire l’être humain en général.
Et « virilité » ?
Alors, là, c’est… je crois dans cette page. Ça vient de « vir » qui signifie le sexe masculin. Cela a donné naissance au mot « virilis » signifiant la virilité.
Et si tu cherches maintenant la signification du mot « virilité » comme dans un jeu de piste. Alors, tu lis « force, puissance, domination ». Alors que le mot « femina » qui a donné « femme » signifiait en latin « qui allaite ».
C’est dingue, car il y a des femmes sans enfant, sans allaitement, sans…
Eh oui. C’est ainsi que pendant des millénaires, la société n’a reconnu pour la femme qu’une seule fonction : celle de mère de famille.
Et pourtant, en même temps, il faut bien des mères de famille.
Évidemment, et c’est une très noble chose que de mettre au monde des enfants et les élever, mais pas selon des normes patriarcales pour lesquelles seules les fonctions viriles de l’existence sont les plus valorisées.
C’est quoi ces fonctions qui ont plus de valeurs ?
Ce sont les fonctions de direction, de commandement, d’exécution.
Et en même temps, on dit que le masculin l’emporte sur le féminin.
Oui. C’est une fameuse règle grammaticale tout à fait discriminante qui dit bien l’état des mentalités. Le grammairien Vaugelas décida en 1647, de manière arbitraire, que le genre masculin étant le plus noble, il convenait que le primat grammatical soit donné au masculin sur le féminin. On voit la misogynie d’alors.
Miso quoi ?
Il y a tout un lexique qui spécifie la discrimination des femmes avec les termes de misogynie, phallocratie, machisme… Le machiste exalte les vertus du sexe masculin. Il considère que l’homme a droit à certains privilèges comme ne pas s’occuper de la vie domestique (c’est-à-dire le ménage, la cuisine). Le phallocrate, lui, considère que l’homme doit dominer la femme. Il défend une position sociale masculine qui doit soumettre la femme. Le misogyne méprise les femmes : il a pour elle une véritable haine. Les machistes et les phallocrates ne détestent pas nécessairement les femmes tant qu’ils peuvent toujours les dominer. Les misogynes ne sont pas forcément des dominateurs.
C’est compliqué tout cela, dis-moi… Et, ce n’est pas bon pour les femmes.
Ben oui, tu comprends mieux ainsi les choses, peut-être que…
Mais dis-moi, qu’est-ce qu’on peut faire pour changer ces choses-là ? Il y a forcément une solution.
Il faut agir, je pense, sur l’éducation des enfants. Devenir fille ou garçon ne relève pas des seuls facteurs biologiques. On sait maintenant que l’influence de la société, du milieu social et familial, de l’éducation participe de ce que deviennent les garçons et les filles.
Et pourquoi l’éducation ? Tu veux dire que l’école joue un rôle pour les filles et les garçons…
L’école, mais pas seulement. L’éducation des parents aussi. L’éducation n’est pas unisexe. Contrairement à ce que l’on croit. Filles et garçons ne reçoivent pas la même éducation.
Comment ça ? C’est pas comme un vêtement unisexe…
Beaucoup de parents retombent dans des stéréotypes liés au genre masculin et féminin. On voit ainsi le bleu pour la décoration de la chambre du garçon, le rose pour celle de la fille. On encourage le petit garçon à pratiquer du sport, nombre d’activités physiques à l’extérieur tandis que l’on garde la fille pour aider la maman à des tâches ménagères ou s’occuper des autres petits frères et sœurs.
Ce n’est pas toujours comme ça. Il y a des filles qui font du foot.
Peut-être. Mais elles ne sont pas si nombreuses que cela. On pousse le garçon vers la compétition, une autonomie. Pour les filles, on valorise les activités de communication, les activités manuelles. On les traite comme des personnes fragiles qu’il faut protéger. Pour faire plaisir aux parents, les enfants vont rapidement intégrer les étiquettes et valeurs différentialistes en termes de force et fragilité. Ils vont adopter les modes de vie et de pensée qu’on leur inculque de manière souvent insidieuse car implicite. Des modes et des pensées qui ne sont jamais interrogées.
C’est idiot, c’est vraiment idiot d’étiqueter ainsi les filles et les garçons et les pousser à devenir comme ces clichés, comme tu dis. Pourquoi on n’en parle pas ?
Pourquoi on n’en parle pas dans les familles comme justement nous le faisons ? Peut-être parce que nos sociétés sont très traditionalistes. Et il faut beaucoup de temps pour évoluer. Peux-tu me décrire la cour de récréation de ton école ?
Ben, on y joue…
Oui. Et ça se passe comment entre filles et garçons ?
Ben, les filles sont dans un petit coin. Elles jouent à l’élastique ou bien elles se parlent. Et les garçons jouent au foot.
Et qu’en penses-tu ?
Ben, c’est séparé. Les filles prennent moins de place. Ce sont les garçons qui prennent presque toute la cour de récréation, et qui crient très fort.
Conclusion, les filles sont reléguées dans un petit coin. Les garçons profitent davantage de la cour. Ils sont en compétition autour d’un ballon et les filles jouent tranquillement tout en bavardant à un jeu aimable, non turbulent, sans bruit excessif et éventuellement coopératif, contrairement aux garçons.
Ben oui, c’est toujours comme ça.
Et c’est ainsi que chaque fille, chaque garçon fait exactement ce qu’on attend de lui. Chacun se conforme aux règles de stéréotypes de genre masculin et féminin. Et si une fille joue au foot, on la vexera en la traitant de « garçon manqué ». Et un garçon qui n’a que des copines, qui joue à l’élastique : c’est la honte dira-t-on et on le traitera de pédé.
Pourquoi dit-on cela ?
Parce que l’on considère que les homosexuels se comportent comme des filles en adoptant des manières ou une passivité considérée à tort comme d’essence féminine. Là encore, on est dans de flagrants stéréotypes.
À l’école, on dit que les garçons sont turbulents, toujours distraits par plein de trucs alors que les filles passent pour être plus sérieuses, plus travailleuses.
Et tu y crois à cela ? Toutes tes copines sont-elles également travailleuses ?
Oh non pas toutes. Certaines ne pensent qu’à s’amuser en bande ou aller voir les garçons.
C’est bien des stéréotypes, encore et encore. Ils sont véhiculés de nos jours par la publicité sexiste. Les clichés sexistes permettent aux industriels de vendre des produits. Les jouets ont-ils un sexe ? On peut se poser la question lorsqu’on voit sur les catalogues que les filles sont associées aux poupées et les garçons aux voitures. Pour les filles, leur univers serait essentiellement celui de la vie domestique et pour les garçons, l’univers serait extérieur et automobile. Symboliquement force et puissance.
C’est incroyablement idiot, et réducteur. On nous enferme dans un catalogue d’intérêts qu’on n’a pas forcément…
Cela reflète les inégalités sexistes. On fait croire aux enfants qu’il existe des jeux, des jouets, des objets réservés aux filles, d’autres exclusivement pour les garçons. C’est fondé sur des préjugés hérités de la tradition.
C’est vraiment stupide, une fille peut à la fois jouer à la manucure et au pompier.
C’est juste. C’est une affaire de conditionnement. À ce propos, Welzer-Lang est un chercheur qui a développé une théorie intéressante sur la manière de conditionner les sexes dans des rôles stéréotypés. Il parle de la « maison des hommes ». L’injonction à la virilité est un code de conduite très puissant dans notre société.
Tu veux dire quoi par injonction dans cette « maison des hommes » ? Je ne comprends pas.
C’est un ordre formel que recoivent les garçons. Ils doivent correspondre aux caractères moraux traditionnellement pensés comme spécifiquement masculins.
C’est de l’endoctrinement comme dans une secte, ça.
Il y a un peu de cela. La socialisation des hommes s’effectue dans de nombreux lieux de regroupement masculin : des cours d’école aux clubs de sports. C’est cela que le chercheur appelle « la maison des hommes ». C’est un groupe de pairs dans lequel dès le plus jeune âge, les garçons apprennent qu’ils doivent se différencier des femmes.
Qu’est-ce qu’on leur apprend dans ces clubs de mecs ?
Ils y apprennent qu’ils ne doivent absolument pas se plaindre, en revanche apprendre à se battre, apprendre aussi à être les meilleurs. Ils y découvrent que tout ce qui n’est pas conforme à la conduite virile va être classé comme féminin. Il y a une forme de standardisation, de moulage des garçons dans des rôles masculins traditionnellement définis. Le garçon qui n’y adhère pas sera la risée des autres camarades.
Et qu’arrive-t-il à celui qui refuse ces rôles ?
Il finira par être exclu du groupe des hommes, il sera souvent violenté. Il devra se soumettre. De fait, on observe que les hommes vont être formés à la violence masculine des plus forts sur les plus faibles, à la loi du plus fort sur le plus faible. C’est l’école de la domination masculine.
C’est une théorie très intéressante. Mais c’est très attristant !
Ça en dit long sur ce que les éducateurs ont comme travail à considérer pour déconstruire cet état des choses, pour déconstruire des représentations erronées du masculin et du féminin.
Je pense aux corps dénudés de femmes sur des affiches pour faire vendre des automobiles ou d’autres trucs.

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