Enfance de jumeaux
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Description

Un nouveau livre sur les jumeaux ! Encore un, pourra-t-on comprendre, soulignant ainsi la prolifération des livres consacrés à la gémellité. Mais ce que je veux dire par « nouveau », c’est neuf, original. Je n’en connais aucun autre qui nous plonge comme celui-ci dans l’univers gémellaire. Et par univers gémellaire je n’entends pas seulement le couple que forment entre elles Marion et Géraldine mais le cercle de plus en plus large qu’elles transforment par leur présence : la famille avec Benoît, le frère aîné, le voisinage puis plus tard l’école. Leur histoire nous est contée par la mère, de la naissance jusqu’à l’âge de raison. Une histoire avec ses moments décisifs et ses micro-événements. Ce livre de Colette Hamard nous concerne donc tous, mais tout d’abord les parents, actuels ou potentiels, de jumeaux. Il est meilleur guide qui soit, dans une situation pleine d’embûches et de joies. Cet ouvrage aurait pu s’intituler : Narcisse contrarié, un Narcisse sorti de la mythologie, toujours à la recherche de son double et découvrant cette fois dans le reflet d’une eau limpide non pas sa propre image, mais celle d’une personne différente. Cette révélation me devint évidente lorsque j’eus la chance de devenir la maman de jumelles identiques. Aller au-delà d’une ressemblance physique troublante pour mettre en valeur les essences propres à chaque enfant et raffermir ainsi leur personnalité unique, telle fut mon intention afin de leur préparer un avenir plus solide exempt de notion de dépendance souvent sclérosante. Sans être une adepte farouche de la dégémellisation, j’en suis devenue une partisane nuancée. Ceci est notre histoire d’amour faite de doutes, de patience, de larmes et de rires.

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Publié par
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EAN13 9782130738107
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

1996
Colette Hamard-Frichet
Tnfance de jumeaux
Confidences d'une mère
CopyRight
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130738107 ISBN papier : 9782130474319 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Préface(René Zazzo) Première partie Deuxième partie Troisième partie
able des matières
Préface
René Zazzo
Un nouveau livre sur les jumeaux ! Encore un, pourra-t-on comprendre, soulignant ainsi la prolifération des livres consacrés à la gémellité. Mais ce que je veux dire par « nouveau » c’est neuf, original. Je n’en connais aucun autre qui nous plonge comme celui-ci dans l’univers gémellaire. Et par univers gémellaire je n’entends pas seulement le couple que forment entre elles Marion et Géraldine mais le cercle de plus en plus large qu’elles transforment par leur présence : la famille avec Benoît, le frère aîné, le voisinage puis plus tard l’école. Leur histoire nous est contée par la mère, de la naissance jusqu’à l’âge de raison. Une histoire avec ses moments décisifs et ses micro-événements. Quoi d’original ? Justement le fait que c’est « une histoire vraie » qui s’inscrit dans un univers réel et complexe, avec des réactions prises sur le vif. Réactions des jumelles, réactions d’autrui à leur égard. Sans doute Marion et Géraldine illustrent-elles tout ce que je savais déjà du couple des jumeaux identiques : la complémentarité des rôles où se forment la personnalité de chacun des partenaires, la similitude et l’apparition de leurs conduites, l’autosuffisance du couple et ses insuffisances, l’amour et la jalousie. Je savais tout cela avec des chiffres à l’appui. Mais la vérité des chiffres est une abstraction. L’intérêt de ce livre, sa vérité, est tout au contraire de n’être pas abstrait. De nous faire voir avec les yeux d’une mère, souvent désorientée, de nous faire vivre au quotidien ce que vivent deux jumelles et leur entourage. Je résiste au plaisir de rapporter ici la façon dont Marion et Géraldine ont accompli, à trois mois de différence, la façon dont elles ont réagi aux séparations imposées par la maladie et par l’école. C’est dans le texte maternel qu’il faut en lire le récit. En somme la notion d’illustration que j’utilisais tout à l’heure est impropre. C’est la révélation qu’il faudrait dire. Révélation de ce qu’est la situation gémellaire en général, mais qui jamais ne se présente exactement de la même manière. Chaque individu est un être unique. Mais chaque couple est, lui aussi, unique. Formuler ces deux évidences ce n’est pas nier l’existence de lois universelles. C’est tout simplement une invitation à voir les êtres dans leur diversité. Ce livre de Colette Hamard nous concerne donc tous, mais tout d’abord les parents, actuels ou potentiels, de jumeaux. Il est le meilleur guide qui soit, dans une situation pleine d’embûches et de joies.
Première partie
e gynécologue vient de me prévenir : pas d’examen écographique pour cette Lpremière consultation de grossesse, c’est beaucoup trop tôt pour visualiser le fœtus. Et pourtant je me trouve muette, affolée, la gorge sèche, étendue sur la table en train de subir une écographie. Pourquoi ?… Le silence peut être parfois accablant ! Indifférente à l’atmosphère pesante, la sonde ultrasonographique mène une danse agitée sur le ventre encore très plat de sa partenaire également victime. Brusquement mon cœur s’affole, une confusion totale s’installe dans ma tête. Sordides, les mots les plus sombres se bousculent dans un rythme frénétique : trisomie 21… hydrocéphale… spinabifida… Comme au loto, un des pions sera sorti du panier et le résultat va m’être jeté de plein fouet d’une seconde à l’autre. C’est inévitable ! Une voix chaloupante m’extirpe de ce film d’horreur. C’est celle du docteur Liber : – Dites-moi chère Madame, y a-t-il eu des cas de jumeaux dans votre famille ? Muette cette chère Madame, estourbie et surtout honteuse de n’avoir pas prévu cette solution, une des plus naturelles que la génétique puisse proposer… Le lapin à trois pattes s’installe avec beaucoup plus de logique dans l’esprit de l’être humain que ce don parfait de la vie : un être dédoublé, clonage parfait… Un individu se met à penser et tout se complique, l’imagination peut rendre troubles les eaux les plus limpides et par d’étonnantes torsions gâcher ainsi des instants privilégiés. Je m’en voulais terriblement quand semblant sortir d’une anesthésie, je m’entendis répondre : – Vous avez bien dit jumeaux ?… Franchement je ne m ’y attendais pas du tout… Je n’en connais pas dans ma famille… – Eh bien il faut que quelqu’un commence la lignée, vous serez celle-là. J’ai pratiqué cet examen qui n’était pas prévu au programme car je trouvais votre utérus trop gros pour un deuxième mois de grossesse, je viens de vous en donner l’explication, c’est un peu tôt pour se prononcer, mais je suis pratiquement sûr de mon diagnostic, je vérifierai cela dans trois semaines, d’ores et déjà je vous félicite ! Décidément comme tout est compliqué, voilà que je m e mets à pleurer. Cette nouvelle me réjouit-elle vraiment ? Honnêtement oui, alors soyons raisonnable, si je venais d’apprendre que mes entrailles accueillaient un petit être dont la génétique était défaillante, ma réaction larmoyante semblerait sensée. Ayant introduit un peu de lucidité dans mon scénario, je m’autorise à être troublée et émue tout en séchant mes pleurs. – Excusez-moi Docteur, je me trouve stupide, à vrai dire je ne sais pas exactement quoi faire de vos félicitations, je m’y attendais si peu. Honte avouée, donc pardonnée, je me mouche en riant. – Ne vous alarmez pas et déculpabilisez-vous, votre réaction ne me surprend pas, une patiente sur deux n’ayant pas subi de traitement contre la stérilité et apprenant une
grossesse gémellaire réagit comme vous. Vous avez déjà un petit Benoît de trois ans, vous pensiez selon les normes traditionnelles de la famille lui donner une petite sœur et tout ce projet se trouve « chamboulé ». De trois vous allez passer à cinq… Respirez un grand coup et ne vous posez pas trop de questions. Je dois cependant vous avertir e jusqu’au 4 mois rien n’est joué, vous pouvez en perdre un, même les deux, ce que je ne souhaite absolument pas, cela va sans dire, mais mon devoir est de vous avertir. Donc rendez-vous dans trois semaines, tenez en attendant je vous ai fait une petite photo souvenir !… Ouf ! Chez docteur Liber, non seulement il désarçonne mon étonnante réaction, mais en plus comme dans un tour de magie il renverse la situation de manière à ce que je me trouve déjà attachée à ces deux petites vedettes dont il m’a malicieusement confié le polaroïd. L’idée de perdre un bébé, deux de surcroît, me paraît dès à présent insoutenable. Assise dans ma vieille 2 CV, j’ai conscience tout à coup que ma vie vient de prendre un virage à 90° depuis quelques minutes. Le cliché témoin sur les genoux, je me surprends à sourire à ces deux canailles, deux petites taches claires déjà bien installées en couchettes superposées, prêtes pour le grand voyage de neuf mois. Brusquement je me sens envahie par une évidence : nous irons jusqu’au bout de la route, je conduirai, il faut me faire confiance, chers petits clowns, je n’ai pas résisté une seconde à ce premier clin d’œil. Mais au fait, êtes-vous vrais ou faux jumeaux ?… filles ou garçons ?… Quel mystère ! Gardez votre secret car je désire intensément ce choc, cette découverte au moment de la naissance, immense récompense après ce que l’on nomme une délivrance. Apprendre à cet instant si vous êtes petits mâles ou femelles, la couleur de vos yeux… si vous avez des cheveux… si… quel bonheur ! Ce plaisir de découverte je le ressens déjà comme un premier mot après neuf mois murés dans un silence total, de l’ange vous passerez à l’être sexué, terminé. Après toutes ces réflexions, je me sens épuisée, mon émotion a quitté l’étage supérieur pour atteindre les jambes, elles deviennent si molles que je n’arrive pas à exercer la moindre pression sur la pédale d’accélération. Gomme me l’a conseillé le médecin, je respire profondément et démarre enfin. Je dois passer le relais de cette superbe nouvelle aux deux hommes de ma vie. L’un et l’autre sont sûrement encore plus éloignés de la vérité que je l’étais il y a une heure à peine. Manon, ma voisine, chargée de garder mon petit Benoît pendant cette illustre consultation, me voit arriver anormalement pâle ; le sordide semblant inévitablement reprendre le dessus, elle me questionne d’un air inquiet : – Tu as une mauvaise nouvelle ? – J’en ai deux !… Tu te rends compte !… – Comment, tu as deux mauvaises nouvelles ? – Mais non, écoute-moi bien : j’attends deux bébés, des jumeaux… Dialogue absurde pour question bizarre. Saisit-elle vraiment ce que je viens de lui dire ? Tout son visage se détend et elle se met à rire en hurlant que c’est fantastique… que j’ai une chance inouïe… qu’elle a toujours rêvé d’avoir des jumeaux ! Et d’une… Durant cette fantastique aventure je vais constater à mon grand étonnement, qu’un des fantasmes courant chez une femme est de mettre au monde des jumeaux. Désir,
rêve, je l’entendrai souvent. Seules les jeunes Hiles au pair venant me soutenir plus tard dans les tâches quotidiennes m’avoueront qu’elles préféreraient un enfant unique. Ces jeunes femmes passant brusquement de la théorie à la pratique comprendront que multiplier par deux patience, amour, temps, n’est pas chose simple. Il est facile de dire que la magie des jumeaux reste fascinante, mais les élever est une autre histoire. Personnellement je m’étais fait tirer l’oreille pour avoir des enfants, bien entendu j’avais encore moins envisagé une naissance gémellaire. Le choc provoqué par l’annonce de ce doublé était d’autant plus grand pour moi qu’il était totalement inattendu. C’est ce que je tente d’expliquer à mon adorable voisine. Mais malgré son évidente euphorie, elle garde les idées parfaitement claires. – Ton mari va bientôt rentrer du travail, il faut lui annoncer, préparons-lui un comité d’accueil. Attends-moi dans le jardin, je vais chercher de l’aide. Je me laisse prendre en charge car je suis momentanément incapable de réagir. Bientôt, je vois arriver une nuée de voisins telles des abeilles ayant flairé une source de miel. J’entends bourdonner… les femmes me félicitent, me couvent du regard, tandis que les hommes se chargent du côté pratique : quand Alain arrive les verres sont installés, le blanc est à point. On rit beaucoup sous cape en cette douce fin d’après-midi de juin, on se croirait au club Med…, à l’accueil de nouveaux arrivants. Marc avec un air de plus en plus enjoué tape sur l’épaule d’Alain qui ne comprend rien à l’effervescence du moment. Il me cherche et m’interroge désespérément du regard. Un ami le fait asseoir et lui révèle avec quelques ménagements son double statut de futur père… Je n’ai toujours pas dit un mot… Je me sens étrangère à cette scène, un grand instant de ma vie vient de m’échapper complètement ! Furieuse, j’essaie de cacher ce sentiment. Pourtant cette mise en condition collégiale ne portera pas ses fruits car Alain n’accordera pas une once de sérieux à ce qu’il vient d’entendre. Tout au plus était-ce pour lui une bonne farce de voisinage. Dans une intimité relativement retrouvée, c’est-à-dire dans l’ascenseur, je lui assène le coup de grâce : – Excuse-moi pour ce qui vient de se passer, j’aurais préféré te l’annoncer moi-même, mais tout s’est déroulé si vite que je n’ai pu faire autrement. Une chose est certaine : nous allons avoir des jumeaux. Tiens, voici leur première photo ! Je lui glisse sous le nez le cliché de nos mini-voyageurs-couchettes… Tout est bien parti, il reste sept mois de fignolage. Une longue pause avait suivi mon message, quand arrivés dans l’appartement j’entendis enfin la voix de mon mari : – Tu penses que l’on va les garder ? Je le fixai durement… sous-entendait-il interrompre volontairement ce processus fantastique semblant le dépasser ou pensait-il plus simplement à un accident de parcours ? Je ne cherchai pas à savoir, je lui en voulus pourtant de cette réflexion jusqu’à ce que je comprenne qu’à son tour il devait digérer cette nouvelle comme je dus le faire auparavant chez le gynécologue. Alain s’enferma dans un mutisme inquiétant. Enfin, après trois quart d’heure il sortit
de son silence en s’excusant. Il avoua sa crainte de perdre une position installée de père tranquille et par conséquent serait-il à la hauteur pour assumer une telle famille ? Je concevais bien son angoisse d’autant plus qu’il était fils unique. Je lui avouai partager les mêmes inquiétudes. Moi-même assez déstabilisée, je savais qu’il m’était difficile d’imaginer la répartition de l’amour que j’avais exclusivement pour Benoît sur trois adorables têtes. Avoir à distribuer subitement mes sentiments me paraissait injuste et cruel pour mon fils, de surcroît la division s’effectuait par trois et non par deux comme je l’avais imaginé initialement. En conclusion, nous étions deux à vivre les mêmes doutes, nous n’avions pas de raison de nous inquiéter outre mesure, car le partage s’était d’ores et déjà installé. Il me fallait d’une manière urgente trouver quelqu’un capable de comprendre l’excitation positive qui me gagnait sérieusement. Malgré les réserves du médecin, je décidai de téléphoner à ma mère en spéculant sur un succès, car elle aussi avait toujours rêvé, dans sa vie de femme, avoir des jumeaux. Je ne m’étais pas trompée, mon choix s’avéra judicieux, car elle jubilait dans l’appareil : – Tu es certaine ?… C’est formidable, ça vient de notre côté ! L’estocade me parut forte, comment osait-elle prétendre une ascendance gémellaire à cette famille provinciale bien installée dans l’Est de la France ?… Je la soupçonnais de nous inventer des jumeaux dans le but de s’accaparer la totale exclusivité de l’histoire. Revanche également sur ma belle famille ! Ou racontait-elle n’importe quoi sous l’emprise de la joie ? – Mais maman pourquoi dis-tu cela ?… je ne connais pas de jumeaux chez nous, c’est ce que j’ai répondu au médecin qui m’a posé la question. – Comment et Tante Germaine ?… Qui n’a pas une tante Germaine, Madeleine, Hélène… qui traîne dans ses ancêtres ?… J’appris brusquement que notre tante Germaine à nous avait eu une sœur jumelle, morte après quinze jours de faible vie. Généalogie étouffée avec le temps. L’époque de cet événement voulait aussi que les faits obscurs soient tus. Pourtant brusquement le certificat de naissance était à ma disposition, les mauvais souvenirs s’estompaient car un magnifique espoir était en train de poindre. Tout se tenait puisque les naissances gémellaires génétiquement transmissibles s’effectuent souvent en sautant malicieusement une génération à pieds joints, d’autre part, statistiquement parlant, les femmes passent plus couramment le flambeau de la gémellité. Ma grand-mère avait une sœur qui venait de me remettre le témoin, je l’avais saisi très fière. Ainsi grâce à ma famille, je pouvais prétendre être l’instigatrice de cette double naissance. Un doute pourtant subsistait car je savais très bien que le hasard pouvait aussi jouer son rôle. Entre l’ascendance génétique et le hasard, j’optai facilement pour la première hypothèse d’autant plus que ma belle-mère accueillit la nouvelle avec beaucoup plus de froideur. Dans toute cette agitation, je réussis à réaliser qu’il fallait ménager Benoît. Mes idées étaient trop brouillonnes dans le moment présent pour cette petite tête logique et tranquille. Mon fils ne capterait pas mes messages. Grâce à ses trois petites années, il obtenait un sursis de plusieurs mois avant d’apprendre que son univers serait bientôt
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