Humanisme et psy : la rupture
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Humanisme et psy : la rupture

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Description

L'universalité, l'égalité, le progrès sont contestés par des mouvements pour qui les différences culturelles fixent les identités. La notion de liberté de l'esprit s'effrite sous les coups de boutoir assenés par la biologie, le neuro-cognitivisme. Le consumering dans le magasin des techniques du mieux-être ne privilégie que "ce qui marche". Ce Moi triomphant, délié du collectif, qui ne tolère aucun frein dans la gestion de sa vie résume-t-il l'humanisme de ce jour ? Ou, au contraire, n'est-ce pas la vulnérabilité de l'homme qui en exprimerait son paradoxal noyau dur ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 63
EAN13 9782296251618
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Humanisme et psy:larupture?

Albert LE DORZE

Humanisme et psy : la rupture ?

Dumême auteur

Vagabondages psy... il importepourtantd’avoir
descertitudes, L’Harmattan, 2006.

Lapolitisationdel’ordresexuel, L’Harmattan, 2009.

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«Ilfaut une
grandematuritépourcomprendrequel'opinion quenousdéfendons n'est quenotrehypothèse
préférée, nécessairement imparfaite,probablement
transitoire,queseuls les trèsbornés peuventfairepasser pour
une certitudeou unevérité.»Milan Kundera.

«Son humanismetêtu, étroitet pur, austère et sensuel,
livrait uncombatdouteuxcontrelesévènements massifset
difformesde cetemps.Mais inversement,par l’opiniâtreté
deses refus,il réaffirmait, aucœurdenotre époque, contre
lesmachiavéliens, contreleveaud’orduréalisme,
l’existence dufait moral.»Jean-PaulSartre, àlamort
d’AlbertCamus.

5

En mai1968,il n’était pas rare,lorsd’une assemblée
généralequelconque devenuepassive après
quelquesférocesempoignadeset invectives idéologiques, d’entendreun
agitateuraguerri lanceràla cantonade, afindetouillerdes
espritsdissipés,l’invitesuivante :
«Qu’est-cequ’unhumaniste?» et les
impétrantsderépondremécaniquement: «C’estdelam… »Pensée68que L.Ferryet
1
A.Renaut ontcrucifiéesur le boisdel’anti-humanisme.
Sloterdijkannonceluiaussi la findel’humanisme.Maisce
motd’humanismerésonne encorepuissammentaucœur
desconsciences individuellesetcollectives,signifiant
tantôt la défense del’Homme, deses libertés, desa dignité,la
croyance dans le Progrès possible de cetHomme etde
l’Humanitévers plusde bonheur, d’égalité etde fraternité
–lesDroitsdel’Hommes’affichantaujourd’huicommele
bastionultimeoùselogel’humanisme
–,tantôtapparaise
sant sous la forme delaredingoteradsocIII République, à
bas la calotte, banquets
prolongésetvivel’écoleméritocratique,oubliantaupassage féminisme,tiers monde et
question sociale…Oscillationentreparlementarisme et
actiondirecte,vertupublique etvices privés. Cequi n’est
pas sansconséquencepour lasphèrepsychiatriquequi,
commel’humanisme, a cessé de déposer sonavenirentre

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les mains des dieuxet qui maintient, contrevents et
marées, que la guérison de l’homme malade est possiblesice
dernier puise desforces dans ses propres
tréfonds.L’antihumaniste constatera, désolé, que l’homme souffrant et
audelà l’Homme tout court n’est que lejouetdeforces, de
structures qui lui sont
totalementextérieures.Condescendancepour leshumanistes, condoléances pourcet
humanisme, et retirezlesdoléances,n’en resterait que
l’essentiel.

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Dénominateur commun de l'humanisme : toute pensée
qui souligne lerôle central de l'homme dans la cosmologie,
l'ontologie, doué defacultésd'autoréflexion quivisentà
sonémancipationetàsonautodétermination.D'oùl'impor-
tance del'éducation.La défense dela dignité humaine fait
rédiger lesdéclarationsdesDroitsdel'Homme etdu
Citoyen.La «philanthropie »,quasi-synonyme d'humanisme,
concernela culture del'humainengénéral.
L'ontologie concerne cettepartie delamétaphysique
qui s'applique àl'être en tant qu'être,indépendammentde
sesdéterminations particulières.Il s'agitd'unescience de
l'être, delarecherche del'essence del'être, desa
«substantifiquemoellce »ommele ditRabelais.Laquête de
l'identitéprofonde del'hommevise àrepérercequienfait
sasingularité,l'usage duconceptd'ontologieimpliquela
recherche de cequiestunique en l'homme et qui le définit
maisenassure aussi l'unité,son "noyauinfracassable de
nuit" (A.Breton).Lamétaphysiquequi souhaite,
aussiardemment querationnellement,rechercher lescauses
premièresdel'univers,les principesdela connaissance,ou
découvrir l'Etre absolu,se clive en principes
transcendantauxqui placent l'origine de cescausesàl'extérieurde
l'hommeouselondes lois immanentes pour lesquellesun

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au-delà delapensée estjustement impensable :l'homme
est lamesure detoute chose.
e e
L'humanismenaîtenItalievers lesXIV, XVsiècles.
Lalecture des textesanciensgréco-latins profanes
permettentunécart–l’hypolepse –par rapportauxtextes
canoniques, àlaBible,unaffranchissementdes lettres
sacrées.Dans larecherche delavérité chacundoute deson
interprétationdes textescanoniques.Erasme,Rabelais
considèrent queles« belles-lettres»,les« humanités»,
l'étude desarts libéraux,l’intertextualité, enrichissent
toujoursdavantagela culture humaine.Les textes ne
s'interprètent plusdemanière autoritaire et l'onconstate
quela connaissance dupassé estbien lacunaire.
Ondécouvrel'Histoire et laPolitique.Nous quittons la
contemplation.L'humanismeseveutactif.Son premier
principe arrachel'homme àsanature animalae –ppelons
nature cequi seproduit spontanémentdans l'univers sans
intervention propre del'homme –.Dans lapensée, dans les
mentalitésgréco-latines,il s'agissait plutôtd'aider lanature
às'accomplir:lesêtreshumains setiennentbienàleur
place dans le cosmos,sans rivaliseraveclesdieux.Toutau
plus l'homme devient plushumain, cultivé,s'il progresse
en politesse, civilité,savoir-vivre.
2
P.Descola définit lapolitique comme
cequelescollectifshumains ontconçupour rendre compte des relations
entreleshumainsetentreleshumainset les non-humains.
Pour leshumanistesellevise aubonheurdeshommes.La
singularité del'hommerésideraitdans la conscience, cette
facultéqu'al'homme de connaîtresapropreréalité etdela
juger–lesurmoifreudien–.L'homme?Uneintériorité,

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uneréflexivité,la capacité de signifier
lelangage,unevolonté d'agir, l'intentionnalité.Al'opposé de la machine ?
e
LesLumièresduXVIIIsièclesont indissociablesdela
critique dela «Révélation» etdel’empirisme.L’Etre,
l’essence deschoses nesont pasvisibles.Seuls laRaison
humaine,l’entendementdeKant
méthodique,mathématique,l’expérimentation peuvent rendre compte duréel.La
théorie balaiela contemplation,l’expérience,lescoutumes.
L’hommene connaîtdeschoses que cequ’ilyamis
luimême,leréel n’existequ’autraversduprisme dela
curiosité humaine.Cethumanisme actif,volontairenepeut que
s’arracheràla géographie, àlatradition, auxnormes
préexistantes.Bayleinvoqueraunce «onscience errantee »t
l’on seréfèrera aucosmopolitismekantien.LesLumières
naissenten 1715, année delamortdeLouisXIV,leRoi
Soleil.Elles seréclamentdeRome etdelaGrèceplutôt
e
que dela chrétienté.Et l’Europe
duXVsièclequibénéficie del’imprimeriepasse dansununivers mentaldifférent
de celuidumanuscrit.

Lemouvementhumaniste,lesLumières
ontétéprécédés pardeséclaireurs qui,souvent,risquaientbeaucoup
s'ils s'opposaientauxthéocratiesambiantes.«Que des
penseurscommeGoethe,Hegel,Heine,Marx,Nietzsche,
Freud etEinstein sesoientconsidérésen
quelquesensessentielcommespinozistes n'est pasdénué de
3
signification.»(Y.Yovel).La figure
deSpinoza(16321677)s'impose eneffet,quiaffirmait quelaRaisonest la
puissance du vrai.Mais l'essence del'homme c'est le désir.
C'est l'insatisfaction qui nousfaitchercher levraiBien.Ce
désirest naturel, en outreilestactif et intelligible.L'Etre,
pourSpinoza, c'est lanaturequ'ilappellelaSubstance,il

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estnon anthropocentré car la nature n'est pas à l'image de
l'homme.Cette nature estune totalité,une structure dont
l'homme n'est qu'une partie.Le monde estun
systèmelogiquequiéquivaut auréel.Le monde des idées et le monde
des choses sont identiques.Il n'ya pas d'un côtéle corps,
de l'autre l'esprit, maisun corps-esprit matérialiste et
naturel.LaRaison est le propre de l'homme.La servitude c'est
le désir livré à lui-même,spontané, qui ignore ses
aliénations extérieuenres : passions,vie,jalousie,orgueil,
cupidité,superstitions, délires,mythe,monarchie…Des
erreurs imaginaires prennent laplace
delavéritérationnellequidéfinit laliberté del'homme.Pourtant lanature
toute entièreseréfléchitdans la conscience
humaine,faisant retour surelle-même.LaSubstancerationnelle égale
undieunon transcendant, égale conscience, égaleliberté.
Les plansdela conscience, del'espritdoivent s'identifier
auxidéeséternelles qui sontautantd'essences singulières.
L'identificationduMonde àDieuapourvertud'octroyer
un statutdivinàlaréalitéimmanentecommelemarque
4
fortementYovel .PourSpinoza, eneffet,latâche dela
Raisonest non seulementde
connaîtrelemondemaiségalementdemenerà ce butéthique et spirituel suprêmeque
lareligionappellelesalut.Maiscesalut est séculier.C'est
une affaireimmanente et non transcendante,vouée
auterrestre.C'est lemêmeraisonnement qui nousfaitécarter
l'imaginaire et nous rendvertueux,lavertuétantà
ellemêmesaproprerécompense, «rare etdifficile ».Dans la
lignée dupost-spinozisme,retenons les nomsdeLaMettrie
(1709-1751)etde d'Holbach(1723-1789)détestépar
Rousseau.LaMettrie, avecL'Homme-machine,présente
unevision mécaniste,matérialiste dumonde :l'âmen'est
quela faculté depenser.D'Holbach dans sonSystème de la

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nature,s'appuie surSpinoza pouraffirmerunathéisme
radical.Cesdeuxauteursdéfendentet laliberté ducitoyen
et lanécessaire autorité del'Etat.
Thomas Hobbes(1588-1679) publie en
1651LeLéviathan ou Traité delamatière, dela forme etdu pouvoir
d'unerépublique ecclésiastique etcivile.Contemporainde
Descartes,Hobbes tente d’appliqueraupolitiqueun
rationalisme absolu.Al’opposé deRousseau,ilvoit, comme
Freud,l’homme commeun loup pour l’homme,ilévoque
«laméchanceté delanature humaine ».L’étatdenature,
c’est la guerre detouscontretous, chacunayantundroit
illimitésur l’autre et leschoses, «lejus in omnia ».La
peurdelamort oblige àlarecherche d’uneprotection, de
lapaix, delasécurité,jamaisvraimentgarantiels
;améfiancepersistetoujours.Les sujets renoncentàleursdroits,
par intérêt personnel,par le consentement, etceux-ci sont
transférésau
SouverainAbsolu,leLéviathan–Etat,républiqueoutyran–quidevient source delaloi, delalégalité
devenuesextérieuresauxsujets, désormais soumis.Ce
souverainau-dessusdes loisetdesdevoirsagitaunomdes
sujets.Ceux-ci peuvent serévolter lorsqueleSouverain ne
les protègeplusvraiment:Hobbesestainsi
l’undesfondateursde ce droit inaliénable del’homme.Mais il n’existe
pasde droits naturels individuels, ausens strict, attachésà
lapersonne en tant quetelle,il n’ya guère deplacepour la
moraleoul’exigence dejustice.ChezHobbes,il nes’agit
que d’artifices:laloi naturelle estunéquilibreinstable,
insécurisé etcruel, d’oùlanécessité ducontrat. Ordre et
paixmarchentde conserve et leSouverain se devraitde
suivrelavoixdelaRaison.
Paradoxalement,Leibniz(1646-1716) peutêtre
considéré commeunautrephilosopheprécurseurdesLumières.
Paradoxalement, car ilvoulutfaire brûler les livresde
Spinoza.Pour lui,laRaison s'estfaite existence et rien

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